La monnaie : approche comptable et approche économique

Les citations de l’ouvrage de Dominique Plihon, La monnaie et ses mécanismes (La Découverte 2000) que A-J Holbecq (Stilgar) nous propose dans un récent commentaire, me permettent de mettre le doigt sur l’une des choses qui me chipotent encore dans notre débat sur la monnaie. Dans les passages cités, l’approche de Plihon est toute en opérations comptables : en écritures en actif et passif. Ainsi, par exemple :

La monnaie créée se concrétise par une inscription au compte du client emprunteur qui figure au passif du bilan bancaire ; la contrepartie est inscrite à l’actif à un poste créance sur le client (page 19)

Il n’y a pas de mal à ça : il s’agit d’une des représentations possibles de ce dont il s’agit. Le danger réside dans le déséquilibre que nous introduisons alors inconsciemment quand nous parlons en termes de flux monétaires pour évoquer la monnaie fiduciaire créée par les banques centrales et en termes comptables pour évoquer la monnaie « scripturale » manipulée (je m’abstiens délibérément de dire « créée ») par les banques commerciales.

Or dans la plupart de nos discussions, je constate que nous ne parlons pas d’écritures dans une « langue » appelée comptabilité en partie double mais de flux monétaires effectifs en lesquels nous tentons de traduire l’ensemble des phénomènes d’une manière que j’appellerais « physique », comme si nous avions affaire à un système hydraulique.

Ceci n’est pas innocent parce qu’on trouverait là l’explication du scepticisme que l’on observe chez les « banquiers » devant la notion de création ex nihilo. En effet, quand on travaille dans une banque, et à moins qu’on ne soit comptable soi–même, on s’efforce d’ignorer entièrement l’approche comptable, parce qu’on la considère comme une fiction plus ou moins surréaliste destinée au public et aux régulateurs (entendez : « gogos ») mais sans rapport avec ce que l’on cherche à réellement mesurer, à savoir, le profit et que permet seule de capturer l’approche qu’on appelle « économique », qui ne s’intéresse elle qu’à des flux monétaires effectifs.

Je n’ai moi–même pas échappé à ce danger : dans La monnaie : le point de notre débat (III), je présente ce que j’appelle « L’existence de trois théories distinctes de la création de monnaie ex nihilo ».

– à l’occasion de l’allocation d’un prêt, la création de monnaie ex nihilo porte sur les intérêts qui seront versés par l’emprunteur : ces intérêts constituent une nouvelle source de monnaie (Louis Even) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte de la démultiplication d’une somme déposée sur un compte à vue en raison de la possibilité pour une banque commerciale de prêter les sommes déposées à un tiers en ne conservant que des réserves fractionnaires (Maurice Allais) ;

– la création de monnaie ex nihilo résulte du fait que les banques commerciales peuvent prêter des sommes « fictives » (créées au moment où un prêt est accordé et détruites au moment où il est remboursé) par une simple opération scripturale (Philippe Derudder).

Or, prêtez-y bien attention : dans la théorie Louis Even, on ne parle que de flux : les intérêts sont des flux et la création ex nihilo résulte du fait qu’ils sont extérieurs au prêt.

Dans la théorie Philippe Derudder on ne parle au contraire que d’opérations comptables.

Et dans la théorie Maurice Allais, on parle à la fois de flux : les dépôts et les réserves fractionnaires, et d’opérations comptables, débouchant celles–ci sur la « démultiplication » constatée.

Et c’est cela qui me fait crier : « Casse-cou ! »

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53 réflexions sur « La monnaie : approche comptable et approche économique »

  1. Astrologie et astronomie, où les premiers voient dans les constellations une représentation physique suffisamment pertinente pour servir de grille de lecture, là où les seconds n’y voient qu’une construction de représentation dénuée de tout fondement physique.

  2. @ Emir Abel

    Pardon pour ma petite provocation mais c’est précisément cela que je veux souligner : que le remboursement ait lieu par un « wire », une transaction électronique, ou que ce soient cinq millions de pièces de 20 centimes dans des sacs est strictement indifférent : c’est exactement la même opération. Si j’ai évoqué les sacs des Frères Raptout, c’est pour qu’on ne puisse pas éluder la question « Que font du million les banquiers le jour où il est remboursé ? ». Si c’était une transaction électronique, on pourrait toujours me rétorquer : « On n’en fait rien : c’est un simple jeu d’écriture ! ».

  3. @Paul:

    Mais la monnaie ce n’est QUE de la comptabilité (des écritures en partie double)… 😉 … et la monnaie fiduciaire, c’en est aussi, sauf que les acteur qui l’émettent sont au « niveau supérieur »…

    Et à propos de ton argumentation: si le bénéficiaire d’un prêt rembourse 1 million à sa banque (A) en espèces, c’est, pour la banque A, de la monnaie centrale, qui, comme je l’ai expliqué, va lui être très utile. Mais comme il a bien fallu pour l’emprunteur les trouver « quelque part », c’est une ou des autres banques (B) qui ont subi cette « fuite » … et si elles en ont besoin pour offrir de nouveaux crédits (dans la limite des fuites statistiques de 15 ou 20%, correspondant à la demande d’espèces locale) elle vont devoir se les refournir sur le marché interbancaire et les emprunteront probablement à la banque A qui en a trop. C’est effectivement tout bénéfice pour la banque A (comme le souligne justement Emir Abel), mais perte pour les banques B. Mais, *globalement, dans le système bancaire, le bilan est nul*, que l’emprunteur ait remboursé en monnaie fiduciaire ou monnaie scripturale.

    Donc, comme tu dis Paul « que le remboursement ait lieu par un « wire », une transaction électronique, ou que ce soient cinq millions de pièces de 20 centimes dans des sacs est strictement indifférent : c’est exactement la même opération. »

    Le crédit à l’emprunteur (sous forme scripturale) a bien créé 1 million, cet emprunteur a payé ses fournisseurs avec ce million, par des chèques ou avec sa carte de crédit ou en sortant une partie en espèces. Cette monnaie est bien rentrée dans le circuit économique (et elle a permis peut être à des fournisseurs de rembourser leur propre emprunt). Lorsque l’emprunteur initial devra (ou voudra) rembourser sa banque, il devra trouver ce million, que ce soit sous forme fiduciaire ou scripturale … c’est véritablement sans importance au niveau global du système bancaire. Mais ce qui n’est pas sans importance, je me répête, c’est qu’il lui faudra également trouver en plus les intérêts, lesquels ne peuvent être issus que d’un autre prêt à d’autres acteurs auprès de qui l’emprunteur initial les « prélèvera » (par un échange économique bénéficiaire), ou d’un prélèvement sur une épargne prééxistante (elle même issue d’un prêt antérieur).

  4. @ Paul et JA

    Ce qu’écrivent Emir Abel et A.J. Holbecq me dispense d’ajouter quoi que ce soit … Je suis d’accord avec leurs propos. Mes commentaires ne seraient que des nuances inutiles. Je n’interviendrai qu’en parabole.

    Une parabole n’est qu’une parabole. N’en tirer aucune explication, seulement matière à réflexion. Je tente donc la parabole du moteur à quatre temps. Souvenez-vous : admission, compression, explosion, expulsion.

    Nous insistons sur l’explosion pour dire que c’est de cela que naît la force motrice (je parle, vous l’aurez compris, de la mise en place des crédits bancaires). D’aucuns s’étonnent : ce n’est pas possible ! Une explosion détruirait tout ; rien n’explose. Du tuyau d’échappement ne sortent que des gaz chauds pas des flammes ! Effectivement, on peut n’y rien comprendre car le véhicule n’avance ni à cause de l’admission , ni par la compression ou l’explosion et encore moins l’évacuation mais par la combinaison judicieuse des quatre temps.

    De même le système monétaire combine en général :

    – l’approvisionnement des comptes à vue par les crédits sans cesse remboursés puis renouvelés.
    – la ponction des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs
    – le versement aux comptes pour l’achat d’actifs ou l’acquittement de dettes.

    Et tout ceci continue de se faire sous le contrôle, qui semble bien n’être plus que théorique – et un souvenir de la monnaie métallique – d’une monnaie de banque centrale. Le système se la procure quasiment à volonté et, lui aussi, de manière scripturale (l’impression de billets à la demande n’y change rien) par vente d’actifs à la Banque Centrale s’il ne peut le faire par prêt interbancaires. Il nous faudrait étudier pas à pas ce moteur à n temps pour espérer le comprendre.

    Voilà comment je vois le système. Cependant ce qu’écrit Paul en insistant sur le fait que cela n’est que comptabilité, tout juste bonne pour le public, n’est pas complètement faux. Il y a le bilan, mais aussi le “hors bilan”. Bref le film n’est pas un album de photos (les bilans successifs) ; ce n’est même pas un diaporama. Il y a le son : paroles et musique. Nous sommes dans le film et les banquiers y sont plus que quiconque. Il ne faut pas en faire des boucs-émissaires. Je comprend qu’ils ne se focalisent pas sur les images. Cependant celles-ci existent et font bien le substrat du film. Celui-ci n’est pas pleinement satisfaisant mais nous ne connaissons pas le scénariste et il n’est pas aisé d’infléchir le scénario.

  5. Strictement rien à rajouter à ce que dit Stilgar AJH.

    D’autrte part, je sais que les exemples, comme les métaphores (Jean Jégu) sont limités, mais il n’y a qu’un temps moteur dans les quatre temps du moteur à explosion.

    Sans doute puisque nous serions presque au « sommet » tant attendu, voici des investigations et des expérimentations qui ont débouché sur quelques choses qui n’a jamais pu être démontré faux, ce sont les expérimentations financières du major Douglas (certains le surnomment l’Albert Einstein de l’économie) qui, je crois m’en rendre compte de plus en plus chaque jour, est le dénominateur commun de ceux qui, comme on le voit sur ce blog comme un excellent stimulant, cherchent et veulent remettre la vérité économique et sociale à la base de la structure sociale.

    C’est en anglais, grâce à des intermédiaires fiables, j’ai eu accès à ses travaux (étant un mauvais anglophone) voir : http://douglassocialcredit.com/origins.php

  6. Ne méprisons pas la comptabilité.

    Exemple d’une suite de faits :
    1) A dépose 10 à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10
    PASSIF
    Dépôt de A = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10

    2) Emprunt par B à la Banque de 9.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 1 (10-9)
    Crédit à B = 9
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 9
    Total : 19

    3) Avec l’emprunt, B achète, pour un prix de 9, un bois à C qui dépose le prix à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 9
    Total : 19
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 19 (10+9)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 0 (9-9)
    Détenue par C = 9
    Total : 19

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9; A utilise la monnaie qu’il a déposée à la Banque pour le paiement.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 1 (10-9)
    Crédit à B = 9
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 10 (19-9)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 1 (10-9)
    Détenue par B = 9 (0+9)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 10

    Masse monétaire
    Détenue par A = 1
    Détenue par B = 0 (9-9)
    Détenue par C = 9
    Total : 10

    La Banque crée de la monnaie par le crédit et l’emprunteur annule la création de monnaie par son remboursement.
    La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo par le crédit puisque la contrepartie est l’obligation de rembourser de l’emprunteur. L’entière exécution de cette obligation annule la création de monnaie.

    Maintenant, supposons que B devienne insolvable : son bois à brulé et ne vaut plus rien et, en voulant sauver son bois du feu, il a perdu sa force de travail. Le banquier n’a plus de garantie pour assurer le remboursement.

    Bilan de la Banque (après le point 3))
    ACTIF
    Billets = 10 (1+9)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Perte = 9
    Total : 19
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 19

    Masse monétaire
    Détenue par A = 10
    Détenue par B = 0
    Détenue par C = 9
    Total : 19

    Le banquier a créé de la monnaie dont il devra lui-même assumer le remboursement. Mais, avec un tel bilan, le banquier ne pourra pas totalement rembourser A & C; ces derniers seront rembourser au marc le franc :
    A recevra : 5,26 (10/19*10)
    C recevra : 4,74 (9/19*10)
    Total : 10 correspondant aux billets.

  7. La comptabilité doit toujours être juste, la démonstration en est faite ici, impeccablement, par Gérard P. C’est cela qui compte dans le fond. Mais un fond clair et documenté non moins clairement.

    Car c’est sans compter avec la fluctuation des garanties des prêts, avec la sacro-sainte politique du crédit des banquiers et leur flots erratique de création monétaire ex-nihilo, les intérêts comme vol déguisé, les agios, les frais bancaires toutes catégories, les prélèvements sous n’importe quel prétexte, etc, et d’autres paramètres encore. Toute une violence en col blanc qui ne dit jamais son nom ! Il y a aussi le fait que les banques nord-américaines ayant voulu gonfler leurs bilans (même artificiellement) durant ces dernières années, ont pratiqué la super  »habileté manœuvrière autorisée » irresponsable de la titrisation des prêts hypothécaires dans les couches nord-américaines les plus fragiles économiquement (les couches moyennes nord-américaines étant déjà saturées de remboursement de crédits) et dès que la baisse inéluctable de l’immobilier américain s’est déclenchée, la crise dite des subprimes s’est répandue dams le monde. Les Évangiles disent :  »Vous les reconnaitrez à leurs fruits ». Oui, ils sont pourris, bons pour la poubelle. Les poubelles, ici, ne représentent pas l’avenir. Il faut laisser tomber.

    Mais plutôt étudier ce qu’a découvert le major Clifford Hugh Douglas (voir ci-dessus)

  8. Deux questions de vocabulaire

    @ Gérard P.

    Entièrement d’accord avec votre présentation. Cependant j’en profite pour insister sur ce qui pourrait être un malentendu entre certains d’entre nous.

    Vous écrivez :

    La Banque crée de la monnaie par le crédit et l’emprunteur annule la création de monnaie par son remboursement.
    La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo par le crédit puisque la contrepartie est l’obligation de rembourser de l’emprunteur. L’entière exécution de cette obligation annule la création de monnaie.

    Tout à fait d’accord, bien que ce texte contienne le membre de phrase : “La Banque ne crée donc pas de la monnaie ex-nihilo “ qui, en lecture stricte est la négation exacte de la proposition que vous trouverez souvent sous ma plume :” La Banque créée de la monnaie ex nihilo”.

    Comment est-ce possible ? Ceux qui comprennent que qualifier la création monétaire de “ex nihilo” veut dire qu’un banquier peut se lever le matin en décidant qu’il va créer dix millions d’euros, nous comprennent mal. Tout le monde sait bien que pour prêter il faut trouver un emprunteur. Notre banquier va donc tout au plus pouvoir se dire “ aujourd’hui, je vais m’efforcer de placer 10 millions d’emprunts”. Il faut donc reconnaître que le “ex nihilo” peut prêter à confusion, à beaucoup de confusion. Que diriez-vous d’une formulation qui pourrait être :

    la Banque crée de la monnaie scripturale par le crédit, sans recourir directement à aucune autre monnaie préexistante mais simplement sur l’engagement de l’emprunteur à rembourser le capital et à payer les intérêts convenus. Le remboursement du capital et l’acquittement des intérêts donne lieu à destruction monétaire équivalente, c’est à dire supérieure au capital reçu.

    Je précise que l’adverbe “directement” est utilisé ici pour rappeler que l’attribution d’un crédit reste toujours soumise à des contraintes en matière de monnaie centrale (M0) du fait de l’obligation de fournir des espèces et de respecter les Réserves Obligatoires, ainsi que, plus généralement, les Règles Prudentielles actuellement répertoriées, je crois, sous le nom de Bäle II.
    Sommes-nous tous d’accord la-dessus ?

    @ Paul

    Mon post du 10/06 10:23 comporte une faute de frappe (encore … pardon ) qui le rend partiellement incompréhensible.

    Il est écrit :

    De même le système monétaire combine en général :
    – l’approvisionnement des comptes à vue par les crédits sans cesse remboursés puis renouvelés.
    – le fonctionnement des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs
    – le versement aux comptes pour l’achat d’actifs ou l’acquittement de dettes.

    Au lieu de « fonctionnement des comptes » (du verbe fonctionner) j’ai voulu écrire « ponctionnement des comptes » (du verbe ponctionner). Hélas, le mot ponctionnement n’existe pas en français ! Il faudrait tout simplement dire : « – la ponction des comptes par la perception des intérêts ou la vente d’actifs »

    Ainsi le niveau des comptes descend ou monte selon le cas, comme le piston du moteur auquel je faisais allusion. Le résultat est que, dans ces mouvements, les banques trouvent la possibilité d’acquérir des actifs. Ceux-ci, à la différence des prêts qui ne sont que jeu d’écritures, sont une richesse réelle.

  9. @ Jean Jégu

    Votre clarification sur le terme « ex-nihilo » est limpide et était tout à fait nécessaire car, effectivement cela entraine beaucoup de confusion, tout le monde ne donnant pas la même signification à cette expression. Cela entraine visiblement des malentendus entre des gens qui par ailleurs ne sont pas loin d’être d’accord sur le fond.

    Je vais garder le texte que vous avez proposé dans ma bibliothèque personnelle car je suis sûr qu’il me servira.

    Merci donc.

  10. Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    Voyez cette nouvelle suite de faits à partir du point 4) ci-dessus :

    4) B, après entretien et coupe du bois, vend le bois à A pour le prix de 9,5; A utilise la monnaie déposée à la Banque pour le paiement.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 0,5 (10-9,5)
    Crédit à B = 9
    Total : 9,5
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5 (19-9,5)

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5 (10-9,5)
    Détenue par B = 9,5 (0+9,5)
    Détenue par C : 9
    Total : 19

    5) B rembourse son emprunt de 9 et paie les intérêts de 0,5 à la Banque.

    Bilan de la Banque
    ACTIF
    Billets = 10 (0,5+9,5)
    Crédit à B = 0 (9-9)
    Total : 10
    PASSIF
    Dépôt de A & C = 9,5
    Intérêts = 0,5

    Masse monétaire
    Détenue par A = 0,5
    Détenue par B = 0 (9,5-9,5)
    Détenue par C = 9
    Détenue par la banque = 0,5 (0+0,5)
    Total : 10

  11. Bonjour à tous,

    Je viens faire un petit tour sur le blog de Paul pour voir ce qui s’y passe. Des choses très intéressantes mais je vois qu’il y a de la « résistance » de la part de Paul a admettre le principe de création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Je vois toutefois Paul que vous n’êtes pas opposé à l’idée, mais que vous êtes toujours en l’attente d’une démonstration indémontable qui clouerait le bec à tout contradicteur éventuel. J’ai bien peur que le système ait cette « intelligence » d’avoir été conçu pour ne pas permettre cette démonstration, afin que le « bon peuple » s’y perde avec une partie des « spécialistes », ce qui lui permet de survivre et d’imposer sa loi. Bon je ne vais pas lancer dans une nouvelle explication. Bien des personnes sur ce Blog apportent leur éclairage et tentent d’expliquer le principe et en particulier André Jacques et Jean dont je partage entièrement les points de vue. Je reviens toutefois à une idée forte qui est certes refusée par Paul, je le sais, qui est celle de dire que la monnaie moderne étant maintenant totalement dématérialisée, elle n’existe plus à moins de la faire exister, par le crédit justement.

    Avant, la monnaie était une monnaie marchandise, permanente et gratuite:

    Marchandise : car lorsqu’elle était de métal précieux, elle avait sa propre valeur
    Permanente par sa nature matérielle. Elle ne disparaissait pas, elle circulait de poche en poche
    Gratuite car en dehors des prêts, son émission n’était pas porteuse d’intérêt

    Maintenant la monnaie est une monnaie de dette, temporaire et couteuse

    De dette, car la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit ce qui implique que toute la monnaie soit une dette (Nota : on pourrait croire que la monnaie fiduciaire, émise par les banques centrales échappe à ce principe mais n’oublions pas qu’elle ne fait que correspondre à la partie de monnaie demandée sous forme billets et pièces par les acteurs économiques, cette partie étant incluse au départ dans le montant emprunté, et aux besoins des banques pour les règlements interbancaires, qui sont compensés par des « transferts de créances ». Ainsi la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires. Elle ne précède pas la monnaie scripturale, c’est de la création de la monnaie scripturale que découle la monnaie centrale.)
    Temporaire : car elle n’existe qu’entre le moment où le crédit est consenti et celui ou elle est remboursée
    Couteuse : car son « émission » se faisant par le biais du crédit, est porteuse d’intérêt.

    Mais le système émet un grand écran de fumée sur tout cela en juxtaposant des emprunts à partir de l’épargne et en émettant une partie de la monnaie sous forme de monnaie permanente (pièces et billets) monopole d’une autre entité, la banque centrale, alors que les banques secondaires ont le monopole de la monnaie scripturale. Rajoutez à cela les règles de refinancement (qui laissent supposer que les banques secondaires empruntent auprès des banques centrales la monnaie qu’elles prêtent elles mêmes) et les règles prudentielles qui laissent croire que les banques centrales ont un beau tableau de bord avec des manettes pour contrôler l’évolution de la masse monétaire, et le tour est joué… allez tenter de rendre clair un mécanisme rendu tellement obscur, (au moins en apparence), qu’il rend toute explication suspecte à qui se laisse impressionner par les apparences trompeuses. Je suis peut être simpliste et je suis peut être à côté de la plaque, mais pour moi, je trouve dans les évidences simples que je viens de décrire la preuve de la création monétaire ex nihilo par les banques commerciales. Les flux et la compta ne sont par analogie que l’essence qui coule dans le tuyau, mesurée par le compteur de la pompe, ils ne disent rien sur l’origine de l’essence…

  12. Gérard P. dit  » Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie. »

    Je précise: ce banquier, ou un autre, a émis un autre crédit à un autre emprunteur, créant par la même du capital financier nouveau. C’est sur ce capital que le premier emprunteur va devoir prélever les intérêts qu’il doit au banquier en plus du capital que celui-ci lui avait si gentiment créé. Bien évidemment le système est sans fin ( un nouvel emprunteur, qui bénéficiera d’une nouvelle création monétaire, permettra au second de payer les intérêts).

    Comme le faisait remarquer un économiste connu, de gauche (qui ne remet pas pour autant en cause le système actuel) :

    la création monétaire est une anticipation par le système bancaire de l’acte productif qui suivra le crédit ; si cet acte productif (c’est-à-dire le travail) est validé par la vente des marchandises, l’entreprise réalise monétairement la plus-value produite par le travail, DONT LES INTÉRÊTS SONT UNE PARTIE. Le reflux vers les banques du remboursement et des intérêts est toujours la contrepartie de ce qu’a engendré le système productif

    La question reste de savoir pourquoi ce sont les banques privées qui bénéficient de cette plus-value monétaire et non la collectivité, alors que les risques « industriels » pris par la banque ne sont pas à la hauteur des gains…

  13. @ Philippe D.

    Merci pour cette synthèse générale à laquelle je ne vois rien à ajouter. Je vois la situation comme vous ;

    @ Gérard P.

    C’est un détail mais qui a néanmoins son importance. Je ne suis pas d’accord sur votre proposition suivante :

    Il semble qu’il n’y ait pas de création monétaire pour les intérêts : dans ce cas, le banquier n’avance rien à l’emprunteur. Cependant, lorsque l’emprunteur paie les intérêts, le banquier reçoit de la monnaie.

    En final de votre démonstration, la masse monétaire M1 n’est pas de 10 mais de 9,5 . En effet les billets (0,5) sont rentrés en banque et de ce fait sortis de M1. Bien entendu, il faut les compter en M0. Le paiement des intérêts dans ce cas reste donc bien une destruction monétaire dans M1 comme dans le cas général de paiement par prélèvement sur les comptes de dépôt à vue. Dans ce dernier cas, la banque est payée par réduction de sa dette (réduction de M1) tandis que dans le paiement par billets, elle est payée par augmentation de son avoir en M0.

    Je reconnais que tout ceci est bien compliqué. Mais le texte de Philippe Derudder l’explique bien : tout ceci n’est pas totalement gratuit ; le système pour durer secrète en permanence le maximum de complexité et d’obscurité, mais on ne peut lui refuser une rigueur logique, les banques ne se faisant aucun cadeau entre elles.

  14. Bonjour,

    J’avoue me perdre dans les circonvolutions et les concepts apparemment nécessaires pour décider de ce qu’est la monnaie, et du mystère de sa création.

    Avec Michel Lasserre , je souhaite revenir un instant sur les fondamentaux de la monnaie, à travers une analyse simple didactique, complète et éclairante, accessible à tous les lecteurs de ce blog. A noter qu’une alternative est aussi proposée.

    Ce que la monnaie devrait être d’abord :

    1 un intermédiaire des échanges
    2 une unité de valeur, qui permet d’estimer les valeurs des marchandises et de fixer des rapports entre elles.
    3 une réserve de valeur, seulement affectée par l’inflation, équivalent monétaire de la dépréciation naturelle des biens durables

    Et à ces titres un moyen d’agir sur l’économie par l’utilisation de ces caractéristiques.

    Mais elle a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    b) la transformation de la monnaie en titre de propriété (actions), avec la distribution de dividendes, que les chefs d’entreprise doivent bien considérer comme une charge financière pure pour ne pas faire faillite, procédé guère traité sur le blog.

    Ces deux procédés ont connu depuis trente ans une accélération énorme dans leur utilisation par les effets de levier liés

    – à l’empilement des crédits assis sur la même somme initiale (réserves fractionnelles en peau de chagrin) pour le premier

    – aux produits dérivés où les produits sous-jacents sont soit purement virtuels ou démultipliés, alors que le titulaire de l’option « put » ou « putt » qui a vendu ce qu’il ne possédait pas, se trouve nanti, pour une période donnée, d’une monnaie possédant les capacités de reproduction a et/ou (surtout) b.

    Cette propriété de reproduction de la monnaie, est donc un procédé de captation de richesse pour ses possédants, qui disposent d’un revenu par la seule possession de monnaie. Utiliser au maximum cette propriété est devenu l’objectif ultime de la finance mondialisée.

    Cette propriété est normalement dévolue à la vie, et un tel phénomène de croissance indéfinie est assimilable à un cancer.

    Une vision anthropologique du phénomène a été donnée par Hannah Arendt en 1958 dans « Condition de l’homme moderne » dans laquelle elle étudie l’évolution historique et la nature profonde du phénomène qui conduit à détruire à la fois le « bien commun » et la « propriété privée ».

    Chacun pourra mesurer la dégradation du premier à travers le réchauffement climatique, la dégradation de l’air, de l’eau et des sols, et du second à travers le discours dominant sur « l’homme nomade » pour convaincre les bienheureux qui n’ont pas encore vécu un déracinement forcé.

  15. @ Bernard

    Merci pour la référence à http://www.m-lasserre.com qui est très pédagogique. Je ne vois pas qu’il dise rien de différent de ce que j’ai essayé de dire. Les circonvolutions et concepts nécessaires ici résultent de ce qu’il est difficile d’expliquer certains mécanismes à qui n’en a pas vraiment pris conscience.

    Je donne un exemple.

    Dans le site référencé, je lis : “La monnaie que l’on conserve chez soi, ou sur son compte courant, ne rapporte rien. Pour qu’elle rapporte, il faut la « placer », c’est à dire la transformer en actifs financiers (en capital financier). Les actifs financiers, sont ce qu’on appelle aussi des « titres », ce peut être des titres de propriété ou des titres de créances. “

    Je vois tout à fait ce que cela veut dire et ne conteste rien. Cependant il n’est pas tout à fait exact de dire que la monnaie se transforme en actifs financiers. ( je pense que m-lasserre en serait d’accord). La monnaie utilisée pour acquérir un actif financier passe dans le compte du vendeur de l’actif concerné. Elle continue ensuite de circuler d’une manière indépendante de l’actif financier qu’elle a permis d’acheter …

    C’est pourquoi dans ce blog, j’ai pour ma part restreint volontairement mes interventions à la question de la monnaie. Maîtriser la monnaie est, à mon avis, un préalable à la maîtrise de la finance qui est l’ objectif finalement recherché. Mais la finance constitue une forêt touffue plantée dans la monnaie !

  16. @ Derudder

    « la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit » : c’est une mauvaise habitude qui a été prise mais ce n’est pas une qualité essentielle de la monnaie.

    « la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires » : je ne pense pas que ce soit vrai.

    Je ne suis pas « dans l’attente d’une démonstration indémontable qui clouerait le bec à tout contradicteur éventuel », je suis en train de l’écrire… petit à petit. Ce qu’elle « démontrera de manière indémontable », je n’en suis pas encore sûr.

    Le cœur de ma démonstration à venir se trouve cependant déjà ici : Monnaie – intérêt – croissance et Surplus et masse monétaire.

  17. @ Paul

    Tu reprends Philippe Derudder qui écrit « la monnaie n’existant plus par elle même il faut la créer par le crédit » : en écrivant « c’est une mauvaise habitude qui a été prise mais ce n’est pas une qualité essentielle de la monnaie. »

    On peut discuter de savoir s’il s’agit d’une qualité essentielle, mais par contre je pense que cette « libération » de la création monétaire fut une invention géniale qui permet (plutôt : qui devrait permettre) de ne pas être limitée par sa quantité et donc de nous permettre de réaliser tout ce que nous souhaitons sans être limités par son éventuelle absence (ce qui ne veut pas dire, je précise, qu’il faut faire n’importe quoi avec cette monnaie…)

    En fait, en résumant, il existe deux positions : la première dit « payons les intérêts de la création monétaire à ceux qui mettent à disposition cette monnaie en la créant * « , la seconde dit  » payons les intérêts de cette monnaie créée à la collectivité et réservons de justes honoraires à ceux qui la diffusent »

    Tu rajoutes que tu ne penses pas que ce soit vrai que la monnaie centrale n’est qu’une conséquence de la création monétaire effectuée par les banques secondaires … on reprend ici notre débat entre les partisans de la théorie du multiplicateur de crédit et de ceux du diviseur de crédit. Pour ma part je soutiens, comme Philippe et Jean, la seconde, mais il me semble quand même que la théorie du multiplicateur puisse se défendre et je comprends ta position qui sous-entend de croire en la toute puissance de la Banque Centrale laquelle ne se laisserait pas influencer par les acteurs de l’économie lorsqu’ils demandent plus de crédit…

    PS (redite): * »créer », dans le Robert, c’est « tirer du néant »

  18. @Bernard

    A la lecture attentive de ces deux positions issues de Michel Lassere, je pense que je les réfute (à moins de n’avoir pas assez bien compris ce que vous/il voulait dire):

    Mais elle (la monnaie) a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    b) la transformation de la monnaie en titre de propriété (actions), avec la distribution de dividendes, que les chefs d’entreprise doivent bien considérer comme une charge financière pure pour ne pas faire faillite, procédé guère traité sur le blog. »

    1 – « la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques » fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts…

    2 – Comme l’écrit Jean Jégu, lorsque la monnaie paye des titres de propriété elle ne disparait pas puisqu’il a fallu les acheter à un vendeur qui disposera à ce moment là de cette monnaie. A mon avis, c’est seulement lorsque le prêt « constitutif » de la création de la monnaie est remboursé que cette monnaie disparait, et entre deux il n’y a, je pense (?), pas eu de « transformation de la monnaie », le titre de propriété étant devenu la contrepartie de la nouvelle monnaie…

  19. Stilgar a écrit:

    la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts

    Il y a une chose que je n’arrive pas à distinguer, cela a pu m’échapper, mais je n’ai rien vu dans ce sens sur ce blog, c’est que sur mettons 1000 de monnaie réelle en dépôt qui permettent à une banque de prêter 9000, mettons à 5%, cela fait en réalité 45% d’intérêts sur cette monnaie réelle. Joli bénéfice pour un simple jeu d’écriture ! Ne s’agirait-il pas là d’une  »sur-couverture », où plutôt d’un  »bunker bancaire »… Il y a là infiniment plus que tous les risques et autres  »raisons » de compter envers et contre tout et tous des intérêts.

    Je conjure les uns et les autres d’étudier C. H. Douglas.

  20. @J Jégu

    S’il y a transfert d’actif, entre un vendeur et un acheteur, il s’agit simplement de changement de main de l’actif en question. Et la monnaie circulera évidemment, en étant soit dépensée, soit plus probablement en se fixant sur un actif financier jugé plus attractif.

    Mais la réalité de la création de monnaie dans ce cas est bien la distribution de dividendes qui est largement découplée de l’évaluation de l’actif.

    @Stilgar

    1. “la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques” fait, à mon sens, partie intégrante de la nouvelle création monétaire nécessaire pour payer TOUS les intérêts…

    Est-il possible d’expliciter ce « TOUS les intérêts » que je ne conçois personnellement pas ?

  21. @Bernard

    Je répète que j’ai peut être mal compris ce que vous écriviez, à savoir que pour vous (ou Michel Lasserre)

    la monnaie a acquis une propriété particulière, celle de se reproduire elle-même, par les deux procédés suivants :

    a) celui qui est central sur ce blog, la création d’intérêts associée à chaque opération de crédit (la part d’intérêt du moins qui ne se justifie pas par le coût de la prestation et la couverture des risques)

    Je comprends que vous exprimez que la monnaie a acquis la capacité de se reproduire elle-même par la création d’intérêts pour la part qui ne justifie pas le coût de la prestation et la couverture des risques.

    Je crois comprendre maintenant que vous considérez comme injustifiée la part de l’intérêt qui n’est pas justifiée par le coût de la prestation et la couverture des risques… c’est bien cela ?

    Ma position est un peu différente. Je pense que la collectivité (la société civile) doit bénéficier de l’intérêt – payé à la Banque Centrale – sur toute la création de monnaie (puisqu’il s’agit toujours d’une monnaie prêtée à l’occasion d’une demande de crédit par des agents non-bancaires), les banques commerciales étant payées sous forme d’honoraires pour leur travail d’intermédiaire.

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