Rideau !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le message que l’on recevra demain de la bouche de Mr. Geithner, le nouveau ministre des finances américain, c’est que le salut ne viendra pas des États–Unis. Il nous annoncera une myriade d’initiatives insignifiantes représentant une poussière d’intérêts particuliers et où tous les méchants seront amplement récompensés : hedge funds, paradis fiscaux, spéculateurs à la petite et à la grande semaine et financiers véreux. « Everybody knows the good guys lost », tout le monde sait que les bons ont perdu, chantait déjà Léonard Cohen. On aurait pu espérer un New Deal à la Franklin D. Roosevelt, manque de pot, ce coup-ci cela aurait coûté beaucoup trop cher et on se tourne plutôt vers les rustines : ça tiendra ce que ça pourra !

On s’inquiétait déjà à la vue de l’équipe qu’Obama entreprit de constituer au lendemain de son élection et où l’on retrouvait les survivants les plus éclopés de l’équipe Clinton, et dont le meilleur exemple est Larry Summers : les convertis les plus récents à l’ultralibéralisme et donc les plus dangereux. Geithner accusant la Chine de manipulation de sa devise lors de sa confirmation devant le Sénat, le 21 janvier, donnait le ton : pas de gratitude à attendre des États–Unis envers la Chine pour le sauvetage du consommateur américain durant la période 2002-2007. Ce sera désormais chacun pour soi : si les Chinois ont été assez bêtes pour acheter à coup de dizaines de milliards de dollars les titres adossés à des prêts hypothécaires américains, tant pis pour eux !

Quand le communisme s’écroula en 1989, il existait un plan B : s’il mourait de sa belle mort, c’est qu’il avait eu tort et le capitalisme raison, et plus on prendrait de celui-ci, mieux on se porterait. Comme on le sait maintenant, le doublement de la dose a précipité la mort du patient. Petit problème cependant pour nous en 2009 : le capitalisme s’écrase en flammes, et il n’existe pas de plan B.

Alors ce sera le repli sur soi, le protectionnisme à tout va, l’apparition de seigneurs de la guerre : plus-radical-que-moi-tu-meurs ! (Madame Merkel en héritera probablement d’un en provenance de Bavière dans les jours qui viennent comme ministre de l’économie : bonjour les dégâts !) Les pays les plus malheureux tomberont dans la guerre civile, les plus heureux constitueront des gouvernements d’unité nationale mobilisés contre leurs voisins (qui sont les responsables évidents de leurs déboires) : Israël et Iran, l’Inde et le Pakistan (à coups d’armes nucléaires), que sais-je encore, l’imagination en cette matière sera certainement au pouvoir : le Venezuela et la Colombie ?

Un aspect positif cependant : tout cela devrait nous laisser un peu plus de temps, entre deux coups de canon et de bombes atomiques, pour réfléchir au plan B qui nous permettra de résoudre les vrais problèmes que nous devrons bientôt affronter : quand nous aurons en 2050 épuisé le pétrole, l’eau potable et l’air respirable.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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95 réflexions sur « Rideau ! »

  1. @ Marc,

    Merci pour ce lien. Très court donc à ne pas rater ! Malheureusement il risque fort, ici, d’être vu comme un argument d’autorité, à savoir no pasaran ! Un extrait de cet article publié dans le Monde (!!!) :

    “Des sociétés qui se contentent de satisfaire leur besoin de sens par la consommation n’ont, au moment où, alors qu’elles se sont coupées de la possibilité d’acquérir une identité du sens et un sentiment de ce qu’est le bonheur quand l’économie fonctionnait encore, plus de filet pour retarder leur chute.” (Crise : le choc est à venir, par Harald Welzer, Psychosociologue allemand, chercheur au Kulturwissenschaftlichen Institut d’Essen)

    Bon, je lance un pari : ou personne ne réagit à cet article, ou on va nous annoncer bientôt que son auteur fait partie d’un groupuscule complotiste ou anarchiste ou anti-quelque chose de pas correct- ou extrémiste etc etc, enfin quoique ce soit pour détourner la tête en la gardant haute !!!

    Bonne soirée.

  2. Merci à Dede et Marc pour leurs liens passionnants !
    Assurément, deux catégories de personnes se croisent sur ce blog et nous ne pouvons que remercier Paul de nous permettre ces échanges, mais deux catégories qui s’ignorent en grande partie, ou du moins dont l’une ne se donne absolument pas la peine de répondre à l’autre.
    J’ai envie de reprendre d’ailleurs la métaphore de Jancovici dans son dernier livre “C’est maintenant”. d’un côté les “énarques” pascuant qui ne savent pas compter et de l’autre les énarques qui eux savent compter les coquillages en oubliant les arbres et les poissons nécessaires à la vie de nos iliens.
    J’avoue sans vergogne ne pas savoir du tout compter les billets, les PIB et autres taux…
    A défaut d’acquérir son dernier ouvrage, vous pouvez vister le site de JM Jancovici : http://www.manicore.com (désolé pour la pub)

  3. @ Fab
    @ tous

    Au risque de perdre pas mal de monde en route, voilà comment je vois les choses pour remettre de l’ordre ds les idées, sans pouvoir aller plus loin ds l’analyse (un peu abstraite sans doute, mais il faut bien prendre du recul, non?) de ce qui reste à faire:

    Le pb politico- moral / éco-financiarisation globalisée que nous rencontrons est le suivant :
    Il y a autant de différence entre la production de représentations (a) et la production d’un bouquin ou d’un écrit quelconque (b) qu’entre la gestion socialisée de ce qui se prend ds notre fonction naturelle de valorisation (c) (l’économistique donc) et la légalisation de processus minimaux de légitimation (d).

    Bref : a/b=c/d

    Pourquoi ? En :
    a- vous avez l’interférence de notre FACULTE technico-industrielle (notre faculté d’outil), avec une FONCTION naturelle de représentation.
    b- celle de cette même faculté d’outil avec la faculté de langage (qui n’est pas la fonction symbolique). L’écrit met du langage en conserve et le lecteur, même silencieux, lui redonne la voix.
    c-l’interférence de notre faculté ethnico-politique avec la fonction naturelle de valorisation.
    d- l’interférence de notre faculté ethnico-politique avec la faculté éthico-morale en chacun.

    Aux numérateurs, vous avez interférence d’une fonction naturelle avec une faculté spécifiquement humaine.
    Aux dénominateurs, vous avez interférence de deux facultés.
    Mais il suffit que vous perdiez même partiellement une de ces facultés pour perdre une partie de ce qui fait spécifiquement notre humanité.

    Les politiques s’inquiètent parait-il que 10 à 20 % de la population ne sache pas lire avec aisance, mais qui s’inquiète qu’ils ne sachent eux-mêmes concevoir de codes ou des lois légalisant des processus minimaux de légitimation ? Pas grand monde, surtout pas eux-mêmes. Il faut dire à leur décharge qu’ils n’y ont pas été formés, mais on ne peut pas non plus compter sur eux pour se tirer une balle ds le pied.

    (les fonctions naturelles de représentation et de valorisation sont normalement respectivement redoublées en chacun par les facultés de langage et de droit que nous nous donnons de; mais ce n’est pas parce qu’elles sont supposées présentes que chacun les exerce ou cherchera à les exercer au mieux!)

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