L’actualité de la crise: grands mystères et petites découvertes, par François Leclerc

Billet invité.

GRANDS MYSTERES ET PETITES DECOUVERTES

La période est aux grandes découvertes, mais elles ne sont pas exaltantes. Car elles ne sont pas faites dans le domaine scientifique, mais dans celui de la finance. Tout un monde jusqu’alors méconnu est devenu, par pans entiers et pour peu que l’on s’y consacre, presque à notre portée, perdant ainsi une partie de ses mystères, gardant toutefois encore beaucoup de ses zones obscures. A la faveur de la crise, il a fallu en profiter, la porte vers ce quasi univers si peu exploré s’est un peu entre-baillée, les langues se sont parfois déliées, tandis que la ferveur avec laquelle les croyances qui tenaient lieu de pensée économique dominante a nettement faibli. Car les grands mystères et les petites croyances ont toujours été de pair.

Tout un chemin a été accompli, mais pas jusqu’au bout. Les chroniqueurs, qu’ils se consacrent à la bourse ou aux marchés des matières premières, continuent ainsi de tenter de nous expliquer les variations des cours grâce aux fondamentaux de l’économie, ainsi qu’en vertu de la loi de l’offre et de la demande, n’abordant que rarement les rivages marécageux de la spéculation financière, affichant une superbe indifférence à l’égard des instruments financiers modernes et de leurs effets. Négligeant le plus souvent les volumes des transactions, pas moins significatifs que les indices. Privilégiant ces derniers, s’agissant de la bourse des valeurs, alors qu’ils ne reflètent que la valorisation des actions des plus grandes entreprises.

Il serait cependant injuste de réserver nos sarcasmes à ces chroniqueurs des pages spécialisées, ces cibles faciles. Car si l’on s’intéresse à cette croissance dans laquelle nous sommes à nouveaux paraît-il rentrés, très modestement, une autre découverte survient sans trop avoir à se forcer. Relativisant, pour le moins, cette reprise magique suspendue à toutes les lèvres et qui peut enfin être revendiquée. Sur quoi s’appuie-t-on, en effet, pour s’en prévaloir sur tous les médias grand public ? Sur le calcul de la croissance exprimé en pourcentage du produit intérieur brut, une mesure qui demanderait à être ultérieurement confirmée (mais on l’oublie). Il est certes admis, car l’on est devenu à force prudent, que celle-ci doit beaucoup aux effets des plans de relance publics, ou bien – facteur plus technique – à la fin du destockage des entreprises (même si l’on vend moins bien, il faut bien produire quand les stocks sont plats). Mais un autre facteur décisif relativisant la reprise est oublié dans les commentaires. C’est que les résultats de l’industrie financière entrent dans le calcul du PIB, dont on sait qu’ils doivent peu à l’activité d’intermédiation des banques et beaucoup à la spéculation financière. A l’exception notable de l’industrie pharmaceutique, tous les autres secteurs d’activité restent dans le rouge. C’est le cas clairement établi en France, par exemple. Somme toute, la reprise actuelle est celle de l’activité financière, belle et encourageante découverte !

Au fil de ce que l’actualité a mis en évidence, il a fallu tordre le cou à tant d’autres idées fausses, dont certaines nous ont été serinées sans relâche ! Combien de temps avons-nous attendu pour enfin entendre que les liquidités dispensées par les banques centrales avaient pour réel objet de permettre aux banques de se renflouer sur les marchés ? Combien de temps faudra-t-il encore pour qu’il soit reconnu que la bulle financière qui en résulte est potentiellement dangereuse et qu’il faudrait la percer  (mais on ne sait pas le faire sans déclencher d’autres catastrophes, tout le problème est là). Le plus beau, la suite du feuilleton des actifs toxiques, restant encore à dévoiler au grand jour.

Reprenons depuis le commencement : elles étaient dans les bilans des banques, puis sont devenues par un coup de baguette magique garantes de prêts, afin d’être remisées dans celui des banques centrales. Ces dernières ont été de moins en moins regardantes, s’abritant derrière les notations des agences, dont il était pourtant reconnu qu’elles avaient contribué à la crise. Restant très discrètes à propos de leur valorisation dans leurs propres comptes.

Axel Weber, le président de la Bundesbank, vient d’apporter un éclairage à propos de la situation des banques allemandes : « la stabilisation du système (bancaire) n’est que le début de la fin de la crise ». Annonçant pour la République fédérale, « une restructuration douloureuse et la consolidation de nombreux Landenbanken » (les banques publiques régionales), il a prédit que les difficultés n’étaient pas terminées pour le système bancaire, tant en raison de la progression des taux de défaut sur les crédits que de la présence « d’importants volumes » d’actifs toxiques dans leurs bilans. Il a appelé ces mêmes banques a utiliser les programmes d’aide publics mis à leur disposition, à renforcer leurs fonds propres sans attendre, afin de reprendre leur activité de crédit. En effet, le dispositif de « bad bank » mis au point par le précédent gouvernement ne fonctionne pas, les banques ne l’utilisant pas. Elles ne trouvent pas un intérêt financier suffisant à se débarrasser les 4 à 500 milliards d’actifs toxiques qu’elles détiennent encore… Le plan fédéral « n’est pas une solution bon marché », a clairement expliqué un porte-parole de la fédération des banques publiques (VÖB), fondant ses espoirs sur la réactivation du marché des produits structurés.

Quel sera le destin des autres actifs toxiques, que la BCE a accepté de remiser ? Ils n’ont d’autre vocation que de faire le chemin inverse, et de regagner les bilans des banques, une fois les emprunts à leur banque centrale remboursés (elles préférent pour l’instant, on le comprend, se refinancer à l’échéance). Auront-elles retrouvé leur valeur perdue quand le moment viendra quand même, se demande-t-on, pour que leur retour ne les déséquilibre pas à nouveau ? Intrinsèquement, c’est bien incertain, mais un changement providentiel des normes comptables donnerait un sacré coup de pouce ! Le feuilleton des actifs toxiques, c’est donc aussi celui, tout aussi discret, de cette modification réglementaire tant attendue. Voilà une des raisons pour laquelle la BCE va poursuivre ses injections non plafonnées de liquidités. Quitte à ne pas renouveler ses prêts à un an, ce qui nous sera présenté comme un grand pas en avant, le reste du dispositif restant inchangé. Attendant également un deuxième signal, pour lever le pied : la réactivation des opérations de titrisation, le marché des produits structurés (hors CDS) commençant quant à lui à reprendre de faibles couleurs.

Cela aussi, on en cherche vainement des traces dans les discours et les commentaires officiels. Dans la même veine, les officiels américains multiplient les déclarations en faveur d’un dollar fort, mais ne bougent pas le petit doigt pour le faire remonter, car il faudrait en faire autant des taux de la Fed. En conséquence, le carry-trade va se poursuivre à grand échelle, perturbant l’ensemble du système monétaire.

Donald Kohn, vice-président de la Fed, a plaidé, à l’occasion d’un discours centré sur l’attitude que la Fed devait avoir vis à vis des bulles financières, qu’il était difficile de lutter contre celles-ci avec les instruments de la politique monétaire, et que cette question était de l’ordre de la politique prudentielle (donc pas de son ressort dans l’immédiat). Ajoutant que l’on manquait de « modèles économiques fiables » afin d’y parvenir de manière efficace, arguant enfin du fait qu’une hausse de taux, aux résultats incertains a-t-il dit, créerait des risques pour le plein emploi et la stabilité des prix. Une explication quand même assez courte, étant donné le niveau atteint par le chômage et les risques déflationnistes dominants !

La liste des OVNI de la finance ne s’arrête pas là. L’actualité du voyage en Asie de Barack Obama a remis au goût du jour les commentaires sur le déséquilibre des échanges internationaux, qui continue à être présenté comme résultant avant tout d’un phénomène monétaire : la sous-évaluation volontaire du yuan chinois, afin de favoriser ses exportations, ayant comme conséquence le déficit américain et les surplus chinois. Une explication qui fait l’impasse sur deux phénomènes fondamentaux : la désindustrialisation des Etats-Unis, corollaire de la délocalisation et des investissements américains dans les entreprises étrangères, ainsi que l’endettement des ménages, devenu impossible à accroître et même maintenir. En réalité, plusieurs facteurs font obstacle à ce rééquilibrage, dont le rappel incantatoire est aussi vain que celui en faveur de la hausse du dollar. Les Chinois ne sont pas en mesure de réorienter leur croissance en développant leur marché intérieur sans une reconfiguration lourde (et longue) de leur appareil de production, et un profond remodelage de la société de l’intérieur (celle dont viennent les travailleurs migrants). De leur côté, les Américains ne sont pas en mesure de produire à coût équivalent (sans baisser les salaires de leurs travailleurs) ce qu’ils n’achèteraient plus aux Chinois. La manière dont le rééquilibrage va se faire n’est pas compliquée. Les économistes, qui aiment les formules détournées, annoncent que l’épargne va croître, ce qui est une manière de ne pas dire que la consommation va diminuer.

Si l’on en vient à la future régulation, on pénètre au royaume des fausses pistes et des faux-semblants. Aussi significatif et important que soient les débats à propos de la taxation de la finance ou bien du démantèlement des institutions TBTF, ces mesures apparaissent radicales mais ne vont pas au coeur des problèmes, acceptant l’inéluctabilité de nouvelles crises financières et cherchant uniquement à en limiter les effets. Elles suscitent néanmoins de violents tirs de barrage des banques, fruit de leur intransigeance, de leur farouche volonté à ne voir aucun obstacle dressé sur leur route, de leur conviction que le rapport des forces est déjà en leur faveur.

Quelques citations ne seront pas de trop pour en témoigner. Le Financial Services Forum, un lobby regroupant notamment Goldman Sachs et JP Morgan Chase, a adressé une lettre adressée à la commision des finances de la chambre des représentants, que l’agence Reuters s’est procurée, affirmant que démanteler les banques TBTF « créerait des dommages à long terme pour l’économie américaine ». Stephen Green, le président de la banque britannique HSBC, s’est prononcé en faveur d’un renforcement des obligations des banques en matière de fonds propres, mais a insisté sur le fait qu’une réglementation trop dure pourrait affecter l’économie mondiale et « entraver la reprise ». Josef Ackermann, le président de la Deutsche Bank, s’est opposé à l’idée de réduire la taille des grandes banques mondiales pour limiter les risques systémiques en temps de crise, les grandes banques étant indispensables à une économie mondialisée. Toutes réactions, parmi les plus notables, qui ont fait dire à Jean-Pierre Roth, président de la Banque Nationale Suisse (BNS) et membre du Conseil de stabilité financière (FSB) – qui a pour mission du G20 de définir le cadre de la régulation financière internationale – que « tous les anciens réflexes reviennent immédiatement » avec la fin de la tourmente. L’amenant à en tirer comme leçon que cela pose un « problème fondamental », les grands banquiers sachant dorénavant qu’ils peuvent « compter sur l’appui de l’Etat » en cas de nouvelle crise aiguë.

Les débats en cours à propos de la réglementation des produits dérivés, une question clé, n’incitent pas d’avantage à l’optimisme, même si des batailles d’arrière-garde sont menées aux Etats-Unis sur ce dossier. C’est Gary Gensler, le président de l’agence gouvernementale CFTC, qui s’efforce une fois de plus de durcir les projets de l’administration Obama, assouplis à l’occasion de leur étude par la commission des finances de la Chambre des représentants, alors qu’ils n’étaient déjà pas exagérément stricts ! Un lobbying d’enfer a en effet eu lieu, afin de multiplier les cas d’exemption à une règle déjà bien floue, imposant que les produits « standardisés » passent par des chambres d’enregistrement et de compensation, ce qui appelait une définition de ceux-ci, ou à défaut l’établissement de leur liste. Mais, devant l’extrême complication de l’exercice, il a été proposé qu’il appartiendrait à ces chambres de décider elles-mêmes – et non pas au régulateur – quels produits dérivés devraient faire l’objet de ce passage, laissant les autres dispensés d’enregistrement et de compensation (la situation actuelle pour tous ces produits). On est dans la comédie, qui tournera à la tragédie à la première occasion. Que l’on ne vienne plus nous parler de réglementation, ni même de régulation !

Sommes-nous au bout de nos découvertes ? Nous devrions en faire d’autres, car la machine est toujours aussi folle, même si elle apparaît un peu rangée, et il semble que les financiers soient devenus, par leur intransigeance, leurs principaux ennemis.

Partager :

19 réflexions sur « L’actualité de la crise: grands mystères et petites découvertes, par François Leclerc »

  1. Mon commentaire concernait plus le texte précédent de François Leclerc.
    Quoi… vous avez déjà oublié le texte précédent ???
    Parfois vous pensez qu’au bout d’une centaine de commentaires on a tout dit…
    ou alors qu’il faut comme dans la vie moderne passer rapidement d’une chose à l’autre.
    on se croirait dans le metro à courir ..mais ici d’une réflexion à l’autre…
    Capitalisme forcené des idées.
    En réalité on finit par ne plus réléchir, mais par absorber et régurgiter une soupe idéologique
    une pensée sirupeuse, avec des grumeaux keynesien et humaniste, un peu acidulé libérale..
    tous le monde aime ça, c’est nourrissant équilibré.. doux au gout.. correct.
    Et en plus tout le monde va bien pouvoir m’injurier… et en coeur.

    je vous lis…
    je sens que je vais encore vous choquer…
    opposition entre ville et campagne entre chine riche et le reste des pauvres.
    oppositions entre capitalisme et mode de vie bio..

    Sur ce blog on a pas le droit de dire le nom de la chose..
    Sur ce blog on a le droit de dire que le capitalisme est mauvais.
    Mais dès qu’on dis le nom la chose qui s’y est opposé…
    on se fait injurier etc… par tout les biens pensants ici présents.
    Car en réalité tous les gens ici sont au moins un peu capitaliste.
    et comme on me l’a déjà dis:
    Il ne faut pas dire n’importe quoi…
    Il ne faut pas tout mélanger.

    Je vous parle de… communisme.
    …..
    taritata taritata tari tari tata.
    Ca y est les hordes bien pensantes défilent

    je n’aurais peut être pas du dire ce mot… hérétique.
    j’aurais peut être dû faire un long discours en parlant d’une politique raisonnée et tournée vers le plus grand nombre.
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle des terres arables
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle des ressources
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle des besoins
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle des naissances
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle de la monnaie
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle du credit….
    Une politique ou l-on oserait parler de contrôle de la comptabilité
    ces derniers item pour faire honneur au dernier texte.

    un discour ou je démontrerais que la main invible n’est qu’une supercherie.
    Tout le monde pense que dans le match USA / URSS/
    ou plus exactement dans le match capitalisme /communisme
    le capitalisme est le plus performant et à remporté le match et haut la main.

    Désolé, mais en réalité l’URSS que vous croyez être communiste ne l’était plus.
    ce n’était qu’une grande dictature…du capitalisme d’état en quelque sorte.
    Par contre dans ce match qui est gagnant ?

    La Chine!!!… commmuniste au départ pour devenir maintenant doucement capitaliste maintenant qu’elle est seule.
    Quand est ce que les bien pensants occidentaux du XXI siècle comprendront qu’une politique.. « collectiviste » ou employez le mot qui vous convient,
    en tous les cas une politique faites pour le plus grand nombre et le VERITABLE intéret général est plus efficace et de loin.
    tant que vous penserez qu’il est possible de reformer
    Tant que vous penserez que vous pouvez encore récupérer quelque chose de cet ancien monde
    tant que vous n’aurez pas fait le deuil du monde que vous entretenez…
    vous conduisez vos fils à la destruction.

    1. Les deuils, on les a déjà fait:

      * Dans les plaines d’Ukraine lors de la destruction de l’armèe noire.

      * En Espagne, dans votre destruction de l’espérance anarchiste.

      On oubliera pas.

    2. Je ne suis pas insensible à vos arguments, mais je vois un gros problème avec un système communiste: le manque de liberté. En particulier la liberté de faire ce qui n’est pas prévu par le pouvoir central (par ex: animer un blog à longueur de journée, et pas uniquement qques heures par semaine), ou liberté de ne rien faire plutôt que de faire inutiiement (cfr les millions de travailleurs qui allaient tous les jours au bureau/à l’usine dans les anciens pays du bloc de l’est, pour s’y tourner le pouces et s’assurer nourriture, toit et éducation pour leurs enfants).

      Je préfère une solution « allocation universelle », voir le BIEN (Basic Income Earth Network) couplée à une reconnaissance de bien publics gérés par l’état. Mais cela suppose un état fort capable de prendre l’argent là où il est. Notez aussi que dans un article célèbre, van Parijs et van der Veen ony défendu l’idée que l’instauration d’une allocation universelle était le chemin le plus simple/direct pour arriver au communisme (voir ‘A Capitalist Road to Communism’ http://www.jstor.org/stable/657301?seq=1).

    3. Hhmm.. non, Trevize.

      Si l’on prend un peu de recul, on constate que le communisme et son opposé extrème sont tout aussi mauvais l’un que l’autre.

      Maintenant, mon expérience de gouvernance, que j’ai mis en pratique autant en entreprise que dans des groupes de personnes, me montre simplement une chose.

      Un pouvoir est fort car LEGITIME lorsqu’il permet au contrepouvoir de pouvoir s’exprimer réellement. Et d’agir, bien sûr. Car il ne s’agirait pas qu’il ne soit que le fameux dicton : « la Démocratie, c’est : cause toujours »

      Cela demande franchise, honnêteté, respect, humanité, grandeur,… en gros, être adulte.

      Soit, un juste milieu entre les deux systèmes dont le deuxième est aussi en train de s’écrouler.

    4. @ Trevize: « en réalité l’URSS que vous croyez être communiste ne l’était plus, ce n’était qu’une grande dictature… du capitalisme d’état en quelque sorte. »

      Et vous ne vous posez pas la question de pourquoi le communisme n’a marché ni en Russie ni nulle part ailleurs? La raison est simple: il repose sur l’idée que l’être humain est naturellement bon, ce qui est bien évidement faux. Donnez du pouvoir ou beaucoup d’argent à un être humain et vous verrez son cerveau primitif refaire surface et commander ses actes.

      Si Marx avait non pas lu (il l’a fait) mais cru Hobbes, le communisme n’aurait pas existé.

    5. L’Eglise reconnaît au communisme une « générosité » que n’a pas le capitalisme.
      Historiquement, le capitalisme est lié au développement des doctrines libérales et à l’individualisme. Pour les libéraux, les plus extrêmes, le rôle de l’Etat se borne à garantir une règle du jeu entre des libertés qui s’affrontent. Cette doctrine ne s’accorde pas avec la vision de l’Eglise. Pour elle l’homme n’est pas seulement un individu, c’est-à-dire une partie non divisible d’un tout. Il est une personne avec une dignité et des droits et des devoirs.
      Le libéralisme dans ses conséquences économiques se révèle souvent catastrophique : égoïsme, exploitation de l’homme par l’homme, gaspillage des biens de la terre.
      Sous cet aspect, uniquement économique, il pourrait même être pire que le communisme. Le communisme, quand on le sépare en tant que système économique de sa philosophie, n’est pas plus que le capitalisme l’antithèse, l’opposé et la contradiction du christianisme, mais il peut être plus dur socialement. C’est en ce sens que l’on peut comprendre que le Pape Jean Paul II citant Léon XIII, ait reconnu que l’idéologie marxiste contenait des « graines de vérité » qui « ne doivent naturellement être ni détruites, ni perdues ». A l’inverse, selon lui, de « nombreux et graves problèmes sociaux (…) trouvent en partie leur origine dans des manifestations dégénérées du capitalisme »(2). Pourtant on peut difficilement accuser le pape polonais de sympathies avec les marxistes !
      Connaissez-vous les 20 propositions de l’Eglise pour changer le capitalisme?

  2. Non, il n’y aura pas de possibiltés d’assainir ce système si on ne modifie pas le type de monnaie émise par les banques centrales!
    En effet, en émettant une nouvelle monnaie anticrise (fondante) selon les idées de Silvio Gesell, il serait assez facile et rapide de remettre l’économie à flot!
    Cela n’empêchera aucune grosse faillite, mais aucune faillite, et quelle que puisse être son ampleur, ne pourrait plus jamais devenir une menace systémique, car la nouvelle monnaie (fondante) émise circulerait toujours de la même façon, quelles que soient les conditions que la Finance chercherait à impose!
    La Haute Finance serait tout bonnement privée de son pouvoir, en quelque sorte, d’un trait et en une nuit!
    Il suffirait que les banques centrales se concertent en ce sens, faisant argument qu’il n’y a plus d’autre issue possible de cette crise!

  3. Bonjour François Leclerc,

    MERCI et BRAVO, c’est toujours un plaisir de lire un article d’une telle qualité!

    —–Les grands banquiers sachant dorénavant qu’ils peuvent
    « compter sur l’appui de l’Etat » en cas de nouvelle crise aiguë. —-

    Peut-être (ref: oligarchie) mais ATTENTION car le peuple de plus en plus au courant,
    des « grands mystères et petites découvertes  » pourrait sortir dans la rue….

  4. Juste un contrepoint à vos deux derniers posts

    « Quelle est exactement la fonction du secteur financier dans notre société ? Uniquement ceci : son seul rôle est de fournir du capital de façon efficace et d’aider l’économie réelle. Le secteur financier n’est qu’un outil au service de ceux qui produisent de véritables outils, et non une fin en soi. Mais à l’heure actuelle, cinq déficiences fatales du secteur financier ont donné naissance à un monstre qui saigne l’économie réelle, répand la fraude et la corruption, menace la démocratie et provoque des crises récurrentes, de plus en plus intenses. » William Black est universitaire et a participé sous l’administration Clinton à l’assainissement des Caisses d’Epargnes après leur faillite.
    1.Le secteur financier inflige des dommages à l’économie
    2.Le secteur financier est à l’origine de crises récurrentes et s’intensifiant ici et à l’étranger
    3. Le système financier est si extraordinairemnent prédateur qu’il occupe le 1 pour cent supérieur de la distribution de revenus de notre nation et a contribué grandement à notre grotesque inégalité de revenus
    4. La prédation dans son action de fraude comptable
    5.Les CEO des plus grandes entreprises financières sont si puissants qu’ils représentent un risque critique pour le système financier, notre économie et notre démocratie

    Par William K. Black, New Deal 2.0, 12 octobre 2009

    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2893

  5. Eu déjà, une différence de point de vue sur la finance avec vous, création de richesse ou de valeur, c’est vrai que les banquiers ont inventé des systèmes pour aller chercher l’argent qui en théorie sert à la croissance du PIB mondial.
    Amener les fonds nécessaires au développement de l’économie, en gros prêter aux industriels et aux consommateurs…

    Logiquement l’intérêt que paye l’industriel est compensé par l’augmentation de rentabilité qu’il récupère par la croissance de son activité ou de la baisse de ces coûts occasionnés par son investissement….
    Bien évidemment investissement c’est un terme général, il regroupe aussi le rachat de concurrents…mais dans tous les cas il doit être compensé par un gain tiré de l’opération…
    Les banques d’affaires ont amené de la créativité grâce aux LBO, grâce à la mobilisation de sommes énormes pour des rachats, pour des transferts de technologie et d’usines vers les pays émergents, c’est positif et bien rémunéré…

    Pour les particuliers, logiquement la banque prête pour permettre au consommateur de passer un mauvais moment, de mobiliser immédiatement une somme qu’il aura dans le futur, ou aussi d’économiser, il y a eut des inventions type leasing et fut bien rénuméré pour les banques…

    Seulement les états ont commencé à demander aux banques de les aider à couvrir des déficits, balance des paiements, budgets, les sommes sont devenues redoutables….

    Je ne vais pas continuer ce petit cours, vous et Mr Jorion sont bien meilleurs que moi, juste à travers ses mots dire que les banques sont devenus le passage obligé de la monnaie, un pouvoir immense..et je n’en démords pas, mis à part les rémunérations tirées de mes explications ci-dessus, toutes les autres rémunérations sont fictives ou prélevées sur l’économie réelle…

    En d’autres termes, la bulle et son explosion sont le moyens de prélèvement de ces sommes sur l’économie, nous sommes dans le système boule de neige et de pyramide de Ponzi…

    Les banques initient la bulle et se retirent avant l’explosion, le transfert se fait alors de ceux qui ont mis de l’argent et l’on perdu vers ceux qui ont joué et gagné….

    Pour être certain de gagner, les banques se sont assurées entre elles, les CDO d’une certaine manière ont été détournés de leur objectif initial qui était de protéger et d’assurer les industriels….

    Les sommes jouées sont devenues monstrueuses, les gains fictifs sont alors devenus supérieures aux pertes, les gains ont été comptabilisés plusieurs fois, la vitesse de la bulle a dépassé la capacité de réaction de s banques qui ne se sont pas retirées assez vite de la bulle initiée par elles….

    La question trouver quelqu’un pour payer n’est plus possible…on est passé à l’étape ultime qu’est je pense la crise d’aujourd’hui, les banquiers se dévorent entre eux…. plus personne pour assumer le paiement des gains de la bulle, en fait le système Madoff n’es pas unique, toutes les banques ont fait du madoff, lui par contre n’avait pas joué avec les autres banquiers mais avec des particuliers…

  6. @ Trevize.
    Merci pour ce moment de franche rigolade.
    Si on n’est pas capitaliste on n’est forcément marxiste et vice versa… Inconcevable de rejeter ces deux termes comme 2 frères jumeaux, anti-démocratiques dans leurs fondements. On pourrait être démocrate, gesellien, hindouiste, musulman, thomiste… et rejeter les deux avec le même dégoût.

    Vous illustrez parfaitement le politiquement correct : la critique de la « pensée molle », au mieux relève de la « pensée molle », au pire n’est pas du tout une « pensée »…

    Merci à F. Leclerc pour son travail d’historien de la crise en temps réel, exercice extraordinairement difficile.

  7. Monsieur Leclerc. Article évidemment excellent et qui entraine toujours chez moi deux sentiments.
    Le bonheur de voir les choses maintenant exposées.
    La déprime complète de constater encore et toujours que nous allons dans le mur.
    Ca passera. Et puis bon : il faut souffrir pour grandir.

    Sinon, j’ai bien apprécié votre petite phrase : « La liste des OVNI de la finance ne s’arrête pas là. »
    Vous êtes trés bon dans votre genre, néanmoins.

  8. Mardi 17 novembre 2009 :  » entre 400 et 500 milliards d’euros d’actifs pollueraient encore les bilans des banques allemandes, en particulier régionales, selon une source gouvernementale.  »

    http://www.20min.ch/ro/news/monde/story/18691903

    Les banques allemandes possèdent 400 à 500 milliards d’euros d’actifs pourris.

    En clair : ce sont des soi-disant  » actifs  » que les banques allemandes ne récupèreront jamais. Ils apparaissent dans les bilans des banques en tant qu’ « actifs », mais leur valeur réelle est égale à zéro.

    Et en France ?

    Combien de centaines de milliards d’euros d’actifs pourris les banques françaises possèdent-elles ?

  9. Mention spéciale à Jean-Claude Trichet:

    « Let me make one remark on exchange rates. I have repeatedly been on record in saying that I appreciate the statements made by the US President, the US Secretary of the Treasury and the Chairman of the Federal Reserve that a strong dollar is in the interest of the United States of America. I agree with this analysis entirely. I would add that I believe that the strength of the dollar within the set of floating currencies is in the interest not only of the United States, but of the entire international community. I noted with great interest the remarks made yesterday by Chairman Ben Bernanke at the Economic Club of New York. He said: “The Federal Reserve will continue to monitor these developments closely. We are attentive to the implications of changes in the value of the dollar and will continue to formulate policy to guard against risks to our dual mandate to foster both maximum employment and price stability. Our commitment to our dual objectives, together with the underlying strengths of the US economy, will help ensure that the dollar is strong and a source of global financial stability”. This is a very important statement by my colleague, with whom I have a very good relationship. We are fully aligned in this analysis. »

    http://www.ecb.int/press/key/date/2009/html/sp091117_2.en.html Remarques à l’occasion de la remise du prix banquier de l’année à JC Juncker / pardon de ne pas poster la version francaise qui doit etre en cours de traduction

  10. Attention ! Alerte à la grande découverte :
    le réchauffement climatique, c’est la faute aux bébés…
    Je savais bien que chez ces petits êtres mystérieux, il y avait quelque chose de louche.
    Maintenant, c’est confirmé dans un article de The Lancet, les bébés sont hostiles !
    Surtout ceux qui naissent dans le Sud, dans ces régions rongées de calamités les plus affreuses où ils pullulent
    et menacent notre bon air, nos bonnes mines et nos benoîtes habitudes, et, et…enfin voilà : on va bombarder
    ces contrées de capotes anglaises, et, et, eeeet voilà … ouf, on l’a échappée belle !

  11. Et ajoutez à cela que la valeur d’inventaire, aux USA dans l’industrie, est comptabilisée comme si la pièce avait été produite localement, alors qu’elle fut fabriquée en Chine et achetée à un prix largement inférieur à ce qui est noté. Du coup, comme le chômage augmente et donc le nombre de travailleurs U.S. diminuent, la productivité américaine est en belle croissance !
    C’est pas beau ça ?

  12. « De leur côté, les Américains ne sont pas en mesure de produire à coût équivalent (sans baisser les salaires de leurs travailleurs) ce qu’ils n’achèteraient plus aux Chinois. » :

    Je me pose toujours une question: pourquoi le libéralisme est-il si ancré dans nos discours que l’on oublie le protectionnisme ?

    http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16183

    Jamais un américain sera compétitif face à un chinois ou un somalien. Surtout si les chinois arriment leur monnaie au dollar

    L’usine Obade a quitté la France, mais ce n’est pas pour cela que le prix de la lingerie à baisser en France.

    Par contre , nous payons les cotisations chômage d’ouvrières qui ont parfois plus de 20 ans de boîte.
    Il sera difficile de les recaser sans compter celle ayant un crédit immobilier sur le dos.

    A moins qu’elle quittent leur petites villes pour rejoindre nos banlieues

Les commentaires sont fermés.