Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. S’il le dépense, il achète avec son aide des marchandises qui ont été produites, autrement dit il retire du marché des marchandises. S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera. S’il le place, il le met à la disposition des marchés de capitaux. Là aussi, il ne se passera rien s’il n’y a pas de demande pour ces capitaux, et le résultat est le même que s’il l’avait placé sous son matelas. Ou bien il trouve emprunteur pour son argent et il y a ici deux cas de figure : il s’agit d’un prêt à la production ou d’un prêt à la consommation.

Premier cas : prêt à la production. Les sommes prêtées sont utilisées comme avances et permettent, combinées au travail, de créer des marchandises et un surplus financier – une « rente » (qui sera partagée comme intérêts revenant au prêteur, profit allant à l’industriel et salaire revenant au travailleur). Une fois consenties les dépenses associées à sa survie, chacun de ceux-ci aura alors – s’il lui en reste – le choix de dépenser cet argent en biens de luxe, le thésauriser ou le « placer ». Quoi qu’il en soit, des marchandises auront été produites. Le placement dans des prêts à la production génère donc des marchandises qui se retrouvent sur le marché.

Dans le second cas, celui d’un prêt à la consommation, la somme est prêtée et celui qui en dispose l’utilise pour acheter un objet de consommation, c’est-à-dire cette fois-ci pour retirer une marchandise du marché. Il remboursera la somme empruntée à partir de son salaire, et c’est donc comme si ce salaire avait été dépensé de manière anticipée. Une partie de son salaire sera consacrée à rembourser le prêt et une autre, supplémentaire, au paiement des intérêts. Ceux-ci reviennent au prêteur, qui pourra alors (une fois consenties les dépenses associées à sa survie) à nouveau placer ces sommes, soit comme un prêt à la production, soit comme un prêt à la consommation.

Il s’agit, on le voit, d’une mécanique subtile. Certains économistes considèrent que le système a tendance à s’équilibrer, d’autres soulignent que seules des simplifications excessives dans la modélisation conduisent à cette conclusion et qu’il s’agit en réalité d’une machine infernale où de multiples tendances en sens contraires déboucheront nécessairement à terme sur une catastrophe. On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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106 réflexions sur « Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne »

  1. @Paul,

    je l’ai (votre livre) commandé chez Amazon, laissez moi un peu de temps ;-), au moins de le recevoir.

    (Et tant mieux si vous répondez par avance aux questions qu’un économiste pas vraiment académique se pose en fin de carrière 😉 )

    Cordialement

    Bruno

  2. Monsieur Jorion,
    que faîtes-vous des gens qui investissent dans des fonds, lesquels achètent DES ACTIONS d’entreprises ?

  3. Cher Paul, voici un commentaire détaillé de votre billet, heureusement pas trop long!

    Vous écrivez:

    Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne

    1)Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. S’il le dépense, il achète avec son aide des marchandises qui ont été produites, autrement dit il retire du marché des marchandises. S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera.

    JF:
    En toute rigueur, il se passe bien quelque chose! L’argent dont dispose l’agent économique, s’il ne le remet pas en circulation en le mettant sous le matelas, manque au niveau des biens et services qui ne peuvent être écoulés pour l’exact montant du volume thésaurisé! Autrement dit, le circuit monétaire se rétrécit d’autant, et nous avons un phénomène de sous-consommation (ou de surproduction).

    2)Jorion:
    S’il le place, il le met à la disposition des marchés de capitaux. Là aussi, il ne se passera rien s’il n’y a pas de demande pour ces capitaux, et le résultat est le même que s’il l’avait placé sous son matelas.
    JF:
    “S’il le place”, en banque notamment, cela veut bien dire qu’il le prête à la banque, comme vous le signalez aussi dans votre livre. A ce moment-là, l’argent reste dans le circuit. Le “pas de demande pour ces capitaux” ne peut être, car, sinon, la banque ne l’aurait pas accepté et nous serions dans le cas de la thésaurisation (cf1)). Il est vrai que les entreprises et les ménages sont souvent insuffisamment demadeurs de capitaux à emprunter, car le problème de solvabilité et de capacité de remboursement deviennent aigues comme le signale aussi François Leclerc. Par contre, les états se substituent souvent alors comme emprunteurs sur les marchés des capitaux.
    Les banques doivent absolument trouver une solution rémunératrice pour l’argent placé.
    Sans doute, l’autre “solution” qu’elles trouvent, ce sont des placements spéculatifs à risque élevé et à rendement (théorique) élevé, à condition qu’elles ne se plantent pas. Dans ce cas, les banques spéculent avec les économies des épargnants afin de pouvoir rémunérer les épargnants.
    Un moment donné, cela va dans le mur, et les spéculations bancaires (les actifs bancaires que vous connaissez bien) deviennent des “actifs toxiques” que seules les banques centrales peuvent couvrir en les prenant en pension contre de la monnaie centrale.
    La monnaie centrale qui ne peut revenir dans la production-consommation, faute de prespectives de solvabilité, reste cependant “placée” dans les BC et génèrent des intérêts (faibles, mais sûrs) pour les banques qui restent donc profitables, notamment les TBTF (too big to fail).

    3)Jorion:
    Ou bien il trouve emprunteur pour son argent et il y a ici deux cas de figure : il s’agit d’un prêt à la production ou d’un prêt à la consommation.
    Premier cas : prêt à la production. Les sommes prêtées sont utilisées comme avances et permettent, combinées au travail, de créer des marchandises et un surplus financier – une « rente » (qui sera partagée comme intérêts revenant au prêteur, profit allant à l’industriel et salaire revenant au travailleur). Une fois consenties les dépenses associées à sa survie, chacun de ceux-ci aura alors – s’il lui en reste – le choix de dépenser cet argent en biens de luxe, le thésauriser ou le « placer ». Quoi qu’il en soit, des marchandises auront été produites. Le placement dans des prêts à la production génère donc des marchandises qui se retrouvent sur le marché.
    Dans le second cas, celui d’un prêt à la consommation, la somme est prêtée et celui qui en dispose l’utilise pour acheter un objet de consommation, c’est-à-dire cette fois-ci pour retirer une marchandise du marché. Il remboursera la somme empruntée à partir de son salaire, et c’est donc comme si ce salaire avait été dépensé de manière anticipée. Une partie de son salaire sera consacrée à rembourser le prêt et une autre, supplémentaire, au paiement des intérêts. Ceux-ci reviennent au prêteur, qui pourra alors (une fois consenties les dépenses associées à sa survie) à nouveau placer ces sommes, soit comme un prêt à la production, soit comme un prêt à la consommation.

    JF: Vous décrivez cela dans votre livre très bien.
    Il me semble, cependant, que ces deux cas, prêt à la production tout comme prêt à la consommation, ne sortent pas du cadre de la monnaie en circulation!
    L’argent prêté pour un investissement productif signifie que l’industriel réalise les équipements et la production pour le compte du prêteur qui, lui, ne l’a pas fait lui-même! Cela n’augmente pas ipso facto le volume produit dans l’économie, mais il s’agit d’un partage des rôles. On produirait autant dans le cas où les industriels pourraient s’autofinancer. Le crédit n’est en aucune façon une “anticipation” macrocroéconomique”, mais seulement pour ’emprunteur qui produit en plus ce que le prêteur produit en moins. Ce problème des anticipations est encore une drôle de fausse théorie qui encombre l’économie comme il y en a d’autres.
    Pour les intérêts, c’est vrai, comme on sait, que c’est la part prélevée par le capitaliste, et, vous écrivez ailleurs aussi, c’est une rente ou un seigneuriage! Cela tient à la nature même de l’argent, bien sûr. Je m’en explique sur ce point suffisamment dans d’autres textes.
    L’argent prêté au consommateur, c’est assez comparable avec la production, car l’emprunteur consomme en plus ce que le prêteur consomme en moins.
    Il en résulte aussi un seigneuriage bien sûr, et toujours en raison de la nature même de l’argent.

    4)Jorion
    Il s’agit, on le voit, d’une mécanique subtile. Certains économistes considèrent que le système a tendance à s’équilibrer, d’autres soulignent que seules des simplifications excessives dans la modélisation conduisent à cette conclusion et qu’il s’agit en réalité d’une machine infernale où de multiples tendances en sens contraires déboucheront nécessairement à terme sur une catastrophe. On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.

    JF:
    La dite surproduction que vous pointez vient du fait que la rente capitaliste prélevée par des capitaux trop concentrés ne peut, comme indiqué plus haut, pas véritablement organiser des débouchés des biens, services et le renouvellement des biens d’équipement, car les seuls solvables, à savoir les capitalistes eux-mêmes, n’achèteront pas la 11ème Rolls Royce quand ils ont déjà 10.
    Ils n’achèteront pas non plus les baraques financées par des hypothèques subprime, car cela ne correspond pas à leur standing et qu’eux aussi n’ont qu’un corps et ne peuvent pas occuper toutes ces maisons pour eux-mêmes… Ils ne peuvent même pas les louer, car les pauvres sont devenus trop pauvres pour payer les loyers.
    Il en résulte que la “solution” spéculative ou la solution thésaurisante est leur seule issue très provisoire, et il y a bien quelque chose de pathétique dans leur désarroi obscène.
    En fait, la spéculation est bel et bien la version ultime du processus spéculatif, car la thésaurisation est déflationniste, et, en cas de déflation, les créances se valorisent violemment.
    Il reste que, quand on considère l’argent comme cette “marchandise spéciale” qui reste sur le marché quand tous les biens, services et biens d’équipement ainsi que le travail humain ne font qu’apparaître sur le marché pour en disparaître via la consommation, cela n’est actuellement plus du tout assuré par l’argent tel qu’il est.
    Et pour que l’argent reste effectivement sur le marché EN TOUTE CIRCONSTANCE, soit pour être dépensé par le salarié, soit pour être prêté, il faut trouver un moyen de faire cesser la concentration troujours plus extravagante des capitaux.
    Et pour ce faire, il faudra bien attaquer la rente capitaliste à sa racine, à savoir au niveau de l’argent lui-même!
    Tant que cette monnaie est thésaurisable, elle sera aussi spéculante, et les fortunes croîtront selon la courbe exponentielle du capital générant des intérêts qui s’incorporent aussitôt dans le capital. Ce mécanisme des intérêts et des intérêts composés représente désormais, en revenus annuel, entre 40 et 50% du PIB, et le reste seulement est partagé entre les salariés.
    Symétriquement, la dette croît selon une même courbe exponenentielle, sauf que les débiteurs atteignent un point de non-retour quand leurs revenus et leur travail (surtravail) ne suffisent plus à servir leurs dettes.
    Je vous laisse conclure!

    1. Le « pas de demande pour ces capitaux » ne peut être, car, sinon, la banque ne l’aurait pas accepté et nous serions dans le cas de la thésaurisation.

      Ce n’est pas le cas : les banques ne disent pas « Ne déposez pas d’argent sur votre compte à vue le mois prochain parce que je ne saurais quoi en faire » – même si c’est le cas. Elles acceptent ces sommes, même si elles n’arrivent pas à les reprêter.

      Le crédit n’est en aucune façon une « anticipation » macroéconomique », mais seulement pour ‘emprunteur qui produit en plus ce que le prêteur produit en moins. Ce problème des anticipations est encore une drôle de fausse théorie qui encombre l’économie comme il y en a d’autres.

      Vous avez raison : le prêteur n’anticipe pas une création de richesse. La création de richesse lui est indifférente : il exige simplement le remboursement de la somme prêtée et le versement des intérêts. La manière dont l’emprunteur s’y prendra pour satisfaire à ses obligations contractuelles lui est bien égale. Les intérêts constituent un profit, cela constitue pour lui une motivation suffisante.

    2. quand les banques ne prêtent pas formellement, en achetant des obligations ou d’autres titres, elles placent et prêtent aussi bien, j’imagine que nous disons la même chose.
      Et c’est pourquoi la délimitiation entre banque de crédit et banque d’investissement n’est plus pertinente sans doute.

  4. “On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe).”

    Ce n’est pas exact. Elle peuvent simplement débouchée sur des quantités énormes d’argent non utilisés (genre: dans le matelas). Mais en réalité, à mesure que la concentration de capitaux a lieu, les sommes sont dépensés en vertus des goûts et intentions de celui qui les contrôlent:
    – si c’est le gouvernement: penser grandes constructions publiques parfois utiles pour sa population, parfois grandioses et “éléphant blanc” typiquement associé au nom de tel ou tel président pour sa gloire personnelle
    – si ce sont de richissimes financiers (style usa) ou des dictateurs (style afrique): dépenses en somptueux châteaux de toutes sortes, jet privés, création d’empire in fine plus pour la gloire personnelle que pour la valeur réelle des placement (genre: acheter une compagnie de media, etc)

    “On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.”

    Seulement vrai si le prêteur est un idiot (et je vous accorde qu’il y a en BEAUCOUP (sinon la presque totalité de nos jours) présentement). Un prêteur qui voit à son affaire, c’est-à-dire qui prête SON argent à l’inverse d’un banquier ou d’un ministre, cessera de prêter lorsque le salarié est trop endetté par rapport à sa capacité de paiement à venir (qui tient compte de son âge) et qu’il risque de ne plus être remboursé sur la totalité des capitaux investis. De plus, et c’est là l’essentiel, au fur et à mesure que le prêteur s’enrichit (de façon exponentiel dû à l’intérêt), ses possibilités de s’enrichir s’amenuise, les placements possibles devient rares, voire éventuellement quasi-inexistant. Mais le problème ne vient pas du prêt mais bien de: la concentration de la richesse

    Et c’est là où vous avez raison (et vous l’avez écrit ailleurs): la concentration de richesse lorsque trop grande crée des problèmes de société importants, et c’est exactement pour cette raison que les sociétés qui fonctionnent ont crées 2 outils pour y remédier:
    1) les lois anti-trusts et anti-monopoles
    2) l’impôt, et en particulier, et à mon avis, celui qui est le meilleur et devrait remplacer tous les autres: l’impôt sur la fortune
    C’est ce que n’ont jamais semblé comprendre ni les libertariens (qui ne pensent pas qu’un monopole soit possible! faut-il être à ce point idiots!), ni les néo-conservateurs (qui ne voit pas l’intérêt d’avoir une société équilibrée avec un minimum de répartition de richesse), ni les marxistes (qui cherchent la concentration du pouvoir – et donc par le fait même de la richesse – dans les mains d’une intelligentia ou nomenclatura très similaires aux néo-conservateurs et au pouvoir aristocratique même s’ils ne l’avoueront jamais!)

    Pour remedier à la situation le gouvernement doit
    1) laisser tomber les institutions financières qui en réalité jouent pour la plupart au casino avec l’argent de tous pour le profit de quelques traders et dirigeants. Je suis TRES décu que Paul Jorion se soit opposé à cette idée (à moins que je ne l’aie mal compris) et est approuvé le sauvetage des institutions “par nécessité”. C’est une erreur collosale éminemment mauvaise car cela a permis et va permettre encore plus la création d’une concentration spectaculaire de richesse aux mains de quelques banquiers qui de facto pourront tout contrôler via leur ressources financières (incluant les politiciens), scenario final que pourtant Paul voulait éviter!
    2) guarantir/rembourser les dépots banquaires perdus des petits particuliers et petites et moyenne entreprises jusqu’à une limite raisonnable
    3) imprimer de la monnaie (pour combattre la déflation) et la diriger vers ceux qui en ont le plus besoin: ce qui relancera très rapidement la bonne consommation (entendre: manger, vivre, se loger) et relancer par le fait même les industries qui y pourvoient
    3) remplacer graduellement tous les impôts actuels par
    a) l’impression de monnaie annuelle à un niveau égal à la productivité et qui ira directement au gouvernement. (l’impression de monnaie peut être vue comme un impôt)
    b) un impôt sur la fortune proche du taux de la productivité du pays

    J’en profite pour féliciter François Leclerc: ses billets réguliers sont des bijoux de concision et sont écrits dans un style tout-à-fait exceptionnel.

  5. Meilleurs voeux à tous ceux qui animent cet espace instructif et accueillant…

    Après avoir fini “La face cachée des banques” d’Eric Laurent, la question que je me pose, c’est :

    Par quel phénomène (cataclysme, pandémie, action d’éclat, que sais-je ?) ceux qui tiennent la barre politico-financière aujourd’hui vont-ils enfin la lacher, pour laisser l’alternative prendre son quart ?

    Mais que cela ne vous empêche pas de continuer à chercher le bon cap !

    1. Marquis de Laplace

      « On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). »

      Vous objectez que cela peut déboucher sur des “quantités énormes d’argent non utilisées” ou des dépenses somptuaires pour les Etats ou encore produits de luxe pour les très riches.

      Vous oubliez un aspect fondamental : le système actuel provoque l’insolvabilité des salariés la rémunération de ces derniers étant tout à la fois très inégalitaire et surtout de par sa masse globale moindre que celle du capital (intérêts et plus values boursières. )

      Dans une première phase , certes, la production se maintient voire augmente mais c’est parce qu’elle est dopée par le crédit à la consommation, mais dans une seconde phase d’un même processus — celui qui correspond à : ” la trop grande concentration du capital” — , les salariés après avoir vu la charge de leur dette augmenter (les intérêts à payer sur les crédits à la consommation et les emprunts immobiliers) se trouvent dans la nécessité de réduire leur niveau antérieur de consommation si bien que l’offre globale de produits sur le marché arrive un moment à surpasser la capacité d’endettement des consommateurs-salariés. La production des produits de luxe ne peut à elle seule résorber une demande globale de biens de consommations anémiée : les salariés pauvres et moyens sont, vous l’oubliez, bien plus nombreux que les riches et / ou les Etats aux dépenses somptuaires qui dépendent des recettes fiscales prélevées sur les salariés. Le marché des biens de luxe par définition limité à tous ceux qui tirent les bénéfices de la concentration du capital n’est pas extensible.

      Pour le reste vos solutions sont moins radicales que celle que propose Paul, lequel en interdisant les paris sur la fluctuation des prix ferme tout simplement le “casino” mondial de la finance. Vous restez sur une optique kéynésienne, de redistribution, alors que Paul prend le problème à sa racine là où l’on permet de faire de l’argent avec de l’argent avec pour effet de concentrer les richesses.

  6. “Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne” ?
    Moi, je pense qu’une grande partie de l’argent que l’on gagne va à l’état. Tout d’abord, l’état impose les employeurs (cotisations patronales) et les salariés (retenues salariales). Ensuite, il engrange beaucoup de rentrées avec les impôts indirects (TVA, accises….) : en effet, chaque fois que nous consommons un bien ou un service, nous sommes taxés (+/- 6 à 21%….) donc, plus l’argent circule, plus l’état « récolte » des impôts… Les impôts directs sont socialement le plus acceptables puisqu’ils sont proportionnels aux revenus, bien que certains veuillent les remplacer par une « flat tax »… Cet argent doit normalement servir la population (éducation, travaux publics, santé, armée…), mais depuis 30 ans, la notion de service public est progressivement remplacée par les valeurs propres au secteur privé, telles que concurrence, rentabilité, marketing, management… En Belgique, à la tête des ministères, il n’y a plus des fonctionnaires mais des top-managers, avec les salaires du top management du privé… La plupart des entreprises publiques ont été vendues : électricité, gaz… et on va essayer de « privatiser » peu à peu les universités, les écoles, l’armée. Ces services privatisés doivent être rentables et la population les paie de plus en plus cher… Le top management (politiciens, hauts fonctionnaires….) est souvent « confronté » aux « abus » et au clientélisme : dans certains cas, on peut même parler d’affaires familiales… Les fonctionnaires de base, par contre, sont, comme les ouvriers, payés le moins possible… De plus en plus, nous pouvons considérer l’état comme une entreprise privée telle une banque ; or, c’est peut être à ce niveau que les réformes sont les plus urgentes…

  7. Dans l’idéal, l’argent de l’Etat revient aux Citoyens, par la redistribution directe (aides, allocations, subventions,…) et indirecte (service public, constitution de capital fixe,…), les Citoyens les plus riches participant proportionnellement plus au “pot commun”.

    Mais aujourd’hui, c’est surtout les Citoyens les plus riches qui profitent le plus de l’argent des contribuables les plus pauvres. Par le “bouclier fiscal?” Entres autres, oui. Mais surtout par le fait que l’Etat s’est lui-même, avec notre assentiment passif (qui ne dit mot consent) privé du droit régalien de battre monnaie. L’article 104 du Traité de Maastricht, transposé en article 123 du Traité de Lisbonne, interdit à la Banque Centrale (européenne ou française) de prêter directement au Trésor Public. Résultat, celui-ci doit se tourner vers les marchés financiers, et emprunter, avec un considérable intérêt, les sommes qui ne servent pas aux riches. Moralité (si je puis dire) : les contribuables les moins aisés paient sur leur travail un impôt qui finira, comme intérêt, dans les poches des riches (par ailleurs largement exonérés de l’impôt par les niches fiscales, dont le “bouclier”, mais aussi par la fraude, la fuite, et la dissimulation).

    M. Jorion a donc raison de pointer l’accumulation du capital comme facteur majeur de crise. Cependant, il me semble qu’il oublie une importante question, qui vient avant “où va l’argent que l’on gagne” ; c’est “d’où vient l’argent que l’on gagne”, et surtout, “l’argent que l’on gagne est-il de la vraie monnaie?”

    Les riches, de plus en plus riches, “vident” la masse monétaire nécessaire à l’économie réelle, pour la placer dans des titres financiers, qui, aujourd’hui, représentent à près de 90% des prises de garantie contre des hausses ou des baisses d’actifs sous-jacents, qui sont eux-mêmes des paniers de titres plus ou moins rentables (dérivés de dérivés et dérivés au premier ordre). J’ai donc le sentiment que l’intérêt gagné par les uns n’est pas vraiment “transformé” en le salaire reçu par les autres. En effet, la masse monétaire dite “M1” augmente, mais elle augmente moins vite que celles dites “M2” et “M3”, qui justement représentent, en grande partie, les placements des riches.

    Qui est à l’origine de la monnaie dans M1? Selon les explications de M. Jorion, c’est la Banque Centrale, et elle seule (beaucoup d’auteurs ne sont pas en accord avec cette théorie, je me dois de le souligner, même si je me dois aussi de souligner que beaucoup de personnes défandant une idée fausse n’en feront pas une vérité).

    Comment se fait-il que M3 augmente à un taux supérieur à celui de M1, ou même que M1 augmente plus vite que la somme des dépôts en Banque Centrale + somme des pièces et billets en circulation? Selon M. Jorion (si j’interprète correctement ses écrits), c’est par le prêt successif à plusieurs emprunteurs du même euro M1. Mais si cela est bien le cas, l’augmentation de (M3-M1) à un taux supérieur à celui de M1 impose que certains prêts sont comptabilisés simultanément, ce qui revient à dire que le même euro M1 “appartient” en même temps à plusieurs personnes. Ou bien qu’il a été “multiplié”, sous forme de “promesses d’euro M1” accordées simultanément à plusieurs emprunteurs.

    Par qui, et comment, sont fabriquées les promeses de monnaie qui alimentent M1, (M2-M1) et (M3-M2)?

    Comme ce sont seulement les plus riches, ceux qui sont aussi aux commandes de la règlementation et de la politique, qui profitent de ce système étrange, je me demande sérieusement ce qu’il y a de caché là-dessous. En effet, si il est possible de “multiplier” les promesses d’euros M1 par des règles bancaires qui profitent aux riches, sans que le système des “vrais” euros M1 ne s’effondre, pourquoi les Etats ne pourraient-ils pas s’appliquer à eux-mêmes ces mêmes règles, plutôt que de payer des intermédiaires privés pour le faire à leur place, et au prix fort?

    Les mécanismes de la création monétaire (car la monnaie est un objet sociologique, pas un donné naturel : quelqu’un, quelque part crée la monnaie) sont obscurs, et très orientés. M. Jorion affirme que la Banque Centrale crée toute la monnaie, et que cette monnaie circule, étant prêtée et empruntée de nombreuses fois, ce qui explique l’augmentation de la somme des dépôts, comptabilisée sur une période donnée.

    Cependant, les faits exposés ci-dessus amènent à penser que certains acteurs du circuit bancaire ont la capacité, sinon le droit, de prêter plusieurs fois simultanément le même euro ; ce qui s’apparente à un droit de création monétaire supplémentaire, qui ne résidrait pas entre les mains de la Banque Centrale, étant entendu que ce qui est créé n’est pas de la “monnaie”, au sens restrictif où l’entend M. Jorion, mais des “promesses de monnaie”. Dans ces cas, l’emprunteur est-il informé, ou floué? Il pense être légitimement l’unique propriétaire d’un euro, escomptable immédiatement et à vue au guichet de sa banque, mais se trouve en réalité en compétition avec plusieurs autres propriétaires, qui pourraient théoriquement, même si la probabilité en est faible, venir au même moment réclamer la réalisation de “leur” promesse. Il paie un prix pour cette “pleine propriété”, mais ne l’a pas. Par contre, celui qui “prête” l’euro empoche plusieurs fois le prix demandé pour le prêt (l’intérêt).

    A ce point, il est légitime de se demander si, par exemple, le même euro peut être prêté plusieurs fois à l’Etat, donnant lieu à versement de plusieurs intérêts d’emprunt par celui-ci, et donc à une captation accélérée des prélèvements sur le travail des contribuables moins aisés, au bénéfice direct des prêteurs riches? Ce qui revient à se demande si il ne serait pas plus juste que l’Etat puisse lui-même promettre plusieurs fois un même euros à plusieurs de ses débiteurs, en sachant (séries statistiques à l’appui) que seul 1/X demandera effectivement, et pour une durée limitée, la réalisation de cette promesse?

    C’est exactement cela, le droit régalien de battre monnaie. Droit qui est aujourd’hui concentré dans les mains de la Banque Centrale indépendante du politique, mais aussi, apparemment, dans quelques autres, privées, qui se gardent bien de s’en vanter, après avoir stérilisé celui aux mains de l’Etat.

    1. Dans ces cas, l’emprunteur est-il informé, ou floué ? Il pense être légitimement l’unique propriétaire d’un euro, escomptable immédiatement et à vue au guichet de sa banque, mais se trouve en réalité en compétition avec plusieurs autres propriétaires, qui pourraient théoriquement, même si la probabilité en est faible, venir au même moment réclamer la réalisation de « leur » promesse. Il paie un prix pour cette « pleine propriété », mais ne l’a pas.

      A ce point, il est légitime de se demander si, par exemple, le même euro peut être prêté plusieurs fois à l’Etat, donnant lieu à versement de plusieurs intérêts d’emprunt par celui-ci, et donc à une captation accélérée des prélèvements sur le travail des contribuables moins aisés, au bénéfice direct des prêteurs riches ?

      Merci d’avoir formulé la question de cette manière qui me permet de mieux comprendre l’un de ses aspects. Comme vous le savez, dans « L’argent, mode d’emploi », je me suis intéressé uniquement aux flux monétaires dans une perspective « objectiviste », je dirais purement physique, que j’ai résumée à partir d’un principe de « conservation des quantités » dont j’ai pu mettre en évidence qu’il n’était jamais enfreint. Le point de vue que vous adoptez est au contraire purement « subjectiviste » : fondé sur l’angoisse : c’est une autre lecture, liée à ce que le psychanalyste appellerait la « dynamique libidinale », que j’ai évoquée de manière générale (pages 109 à 115) mais pas spécifiquement en effet dans le cas du dépôt sur un compte en banque.

    2. Bonsoir.

      Merci Brieuc : votre commentaire est littéralement passionnant. J’y retrouve la volonté de comprendre ce qui rapproche les deux thèses en présence ici, sur la création monétaire : les promesses de payer produites par les banques privées ne sont pas de l’argent, même si on s’en sert comme si ça en était ; on peut même parler de fausse monnaie.

      La réponse de Paul est également encourageante.

      J’ai particulièrement apprécié cette formulation de Brieuc :

      Par qui, et comment, sont fabriquées les promesses de monnaie qui alimentent M1, (M2-M1) et (M3-M2) ?

      Comme ce sont seulement les plus riches, ceux qui sont aussi aux commandes de la règlementation et de la politique, qui profitent de ce système étrange, je me demande sérieusement ce qu’il y a de caché là-dessous. En effet, s’il est possible de « multiplier » les promesses d’euros M1 par des règles bancaires qui profitent aux riches, sans que le système des « vrais » euros M1 ne s’effondre, POURQUOI LES ÉTATS NE POURRAIENT-ILS PAS S’APPLIQUER À EUX-MÊMES CES MÊMES RÈGLES, plutôt que de payer des intermédiaires privés pour le faire à leur place, et au prix fort ?

      Paul, as-tu une réponse à cela, s’il te plaît ?

      Paul, est-il possible de faire de l’analyse de Brieuc un point de départ de discussion (un billet invité) ?

      ——-

      Par ailleurs, Paul, est-ce que tu as lu l’analyse littéralement passionnante (que quelqu’un a signalé ici même il y a quelques jours) (et qui pourrait, elle aussi, faire un splendide billet invité) : “La Crise : Scénario pour 2010”, de Jean-Claude Werrebouck, professeur d’économie à Lille 2 ?

      http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-crise-scenario-pour-2010-42124131.html

      Le plan de ce document captivant (à lire, à digérer et à faire lire), est le suivant :

      Les États et la monnaie

      Les États de Droit et la monnaie.

      La perte du pouvoir monétaire.

      La difficile répudiation douce de la dette.

      Les voies souterraines du desserrement de l’Étau monétaire et financier.

      Vers la guerre monétaire ?

      Chaque paragraphe compte, chaque mot compte, ce document est une clef de compréhension, il projette plusieurs rais de lumière intense et inédite sur la crise, et les solutions (crédibles !) qu’il décrit sont d’une radicalité stupéfiante. J’ai été scotché par ce texte.

      Qu’en penses-tu, Paul ?

      Amicalement.

      Étienne.
      ________________

      “L’information sur les parties en présence et leur offre ou leur demande en capital est en effet précieuse : elle permet aux intermédiaires que sont les banques de se positionner de manière stratégique sur des opérations menées sur la base de leurs fonds propres – ce qu’elles ne manquent jamais de faire.

      À partir de leur position d’intermédiaires entre prêteurs et emprunteurs, les banques sont parvenues à constituer la finance en un empire qui ponctionne une part toujours croissante sur les flux monétaires engendrés par l’économie, faisant de la finance un secteur parasitaire par rapport à celle-ci.”

      “L’argent, mode d’emploi”, Paul Jorion, p. 290.

      Paul, est-ce que tu as imaginé DES MESURES contre ces délits d’initiés systématiques ? (Ces malhonnêtetés aggravées, ultra dommageables pour la société, justifieraient à elles seules, selon moi, de jeter tous les banquiers en prison, ou au moins, de les exproprier sans indemnités.)
      ________________

  8. Il FAUT donc absolument intégrer aux analyses macro-financières le paramètre temps.
    De la même façon que le trade haute fréquence le fait.
    Une armée de fourmis trafiquent en même temps sur les mêmes masses monétaires…et s’arrachent des parts de liquidités qui ne sont pas “légalement” partageables.
    Ceci crée des trous énormes” fugitivement” dans les masses.
    Tout dépend de l’heure à laquelle on décide d’observer la fourmilière.
    Au moment de bilans, des comptes et des statistisques les trous ne se voient pas, il n’est pas “correct” de les voir.

  9. à Tartar

    Nous sommes en pleine psychanalyse pure et dure…
    Attention : les trous dans le réel provoquent toujours des effets d’après-coup sur une ou plusieurs générations ensuite.
    C’est bien ici que nous détruisons le futur des générations à venir, encore plus sûrement qu’en détraquant le climat… mais il est aussi détraqué par ces mêmes trous (d’ozone et autres !)

    Certains pensaient qu’il suffisait de créer quelque part un petit coin de paradis pour que de proche en proche tout se remette d’aplomb… Aujourd’hui nous sommes dans la nécessité de modifier radicalement le global et nous n’avons comme moyen que de modifier le local partout : c’est une équation paradoxale à résoudre d’urgence si nous ne voulons pas disparaître à échéance courte et fixée.

  10. Les très intéressantes interventions, dans l’ordre, de Brieuc Lefèvre, Paul Jorion, Étienne Chouard, puis l’écho bien bien perçu de Tartar. Ces interventions m’inclinent à souligner le fait que le traitement de l’argent est comparable à celui des sportifs, surtout les champions sportifs dans les compétitions sportives décisives. Tout le monde jure respecter les règlements et les contrôles (hrhmm…), mais le dopage est généralisé à ce niveau et bien évidemment, au grand jamais, l’on se hasarderait à étaler au grand jour les “formules chimiques moléculaires miraculeuses” qui donnent ces résultats stupéfiants. Stupéfiants dans tous les sens du terme, car frelatés. Tous les autres sportifs
    – réglo – sont “hors course” car respectueux des règlements, ils attendront longemps, sinon toujours, pour se hisser dans les premiers du classement…

    En d’autre termes, est-il possible que les – BILANS DES BANQUES -, cet antre obscure entre tous de magiciens ici “spécialisés”, ne soient plus l’élément DÉTERMINANT qui, au final, assure la “pérénité” de ce système particulièrement nocif, prédateur et létale pour toute les sociétés productrices. On ne peut que constater que les “quantités” ne reflètent pas elles-mêmes la production des biens et leur accessibilité normale et juste comptablement. Car au fond, – ce qu’il y a dans le bilans des banques – conditionne le sort heureux ou malheureux, mais toujours malheureux, ingrats, fait de suites de turpitudes sans fins pour les plus nombreux et toujours les mêmes, ingratitudes interminables dont l’origine est autant objective par les chiffres bancaires donc QUI NE REFLÈTENT PAS les rélités économiques quelques soient les conservations des quantités monétaires, que subjective, car justement, le thermomètre du bilan des banques est manipulé (entre autres exemples le 2 avril 2009, le jour même du G20 à Londres, Londres une fois de plus… etc).

    L’antagonisme jamais mis en refief: bilans des banque-VS-sociétés producrices, doit disparaître et le bilan des banques ne refléter financièrement – pour les sociétés productrices et personne d’autre – que les progrès physiquement possibles et de plus en plus écologiquement possibles dans tous les processus et les techniques de production. C’est cela une finance saine. Et jamais, au grand jamais, le règne absolu des groupes financiers et de leurs affidés.

  11. @Tartar, 4/01/10 08:16

    Vous avez raison: le TEMPS est un facteur primordial. C’est bien ce temps qui permet à un euro prêté à Mr. Blue pour une durée t1 d’exister en tant que promesse d’euro EN MEME TEMPS que le même euro prêté à Mr. Pink pour une durée t2. Durant le laps de temps (t2-t1), le même euro est PROMIS simultanément à MM. Blue et Pink.

    Or, chacun va considérer que l’enregistrement de cette promesse, telle qu’il la lit sur le relevé de son compte courant, EST de la monnaie. Chacun va dire “j’ai un euro”, et le dépenser pour subvenir à ses besoins. La promesse va circuler de compte en compte, passant parfois entre des mains réelles sous forme réelle (pièce de 1 euro), pour finir par s’éteindre, au moment ou Mr Blue et Mr Pink rembourseront le prêt qui leur a été accordé.

    En fait, j’ai le sentiment, de par ma propre analyse, que les trous n’ont rien de fugitif, malheureusement, et que le système bancaire, pour ne pas laisser dévoiler la supercherie, doit absolument réussir à “boucher” autant de trous qu’il en creuse. Autrement dit, accorder autant de crédits nouveaux qu’il s’en éteint par remboursement des termes échus. Sinon, les comptes courant vont avoir de plus en plus de mal à être alimentés en promesses d’euro, frauduleuses pour l’esprit cartésien, mais nerf de la guerre pour l’économie réelle. C’est le scénario du “credit crunch”, tant redouté au plus fort de la crise financière de l’automne 2008.

    J’ai le sentiment que les banques exploitent à fond la faille, le gap, entre le moment d’accorder un crédit, et le moment de trouver les fonds nécessaires à le couvrir. Dans l’interstice temporel se glisse de la “promesse de monnaie” non couverte, qui génère de l’intérêt, mais ne coûte rien à la banque. C’est sans doute là que les défenseurs de la création monétaire par les banques voient la dite création.

    1. Comme je l’ai dit, cette « monnaie non couverte », n’existe que comme fantasme au niveau de l’angoisse du déposant. C’est ce dont Allais parle aussi : le déposant qui s’affole, « Peut-être que quelqu’un d’autre possède en ce moment MON argent que j’ai mis à la banque ! »

      Au niveau des flux, il n’y a pas de « trous », seulement une « conservation des quantités ». Les angoisses individuelles ne constituent pas un système, c’est pour cela qu’il est impossible d’un parler au niveau global. Les flux, oui : c’est pour cela qu’on peut parler des flux monétaires comme d’un système cohérent. C’est pour cela que dans « L’argent, mode d’emploi », je me contente de parler de ce niveau-là.

    2. @Brieuc et @Tartar

      le mécanisme temporel – et temporaire – dont vous parlez me semble tout à fait intéressant à creuser. Se pourrait-il qu’en annalysant différemment les stocks de monnaie, et les flux monétaires, on ait enfin une piste pour réconcilier les tenants des différentes théories monétaires portant sur l’augmentation de monnaie. Et, plus intéressant encore, une piste pour aborder l’augmentation continuelle des ratios M1/monnaie centrale, M2/monnaie centrale, M3/monnaie centrale, en allant au delà de simples interrogations sur les variations de la vitesse de circulation de la monnaie.

      J’avoue qu’il est tentant de creuser la question.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

  12. Et pourtant, M. Jorion, j’ai bien souvent lu et entendu que les systèmes reflétaient justement ce que ceux qui les font en pensent, et la manière dont ils ressentent. L’angoisse de “perdre” un dépôt sur lequel il base sa fortune ne pourrait-elle pas pousser (un tout petit peu) le banquier à créer un système où il ne prête pas vraiment sa fortune, mais juste une promesse d’en donner un petit bout en cas de demande appuyée?

    Le système bancaire est construit sur la cupidité des hommes. Ne nous attendons donc pas à ce qu’il reflète autre chose, au fin fond de lui-même, ni à ce qu’il soit construit en vertu de principes rigoureux et altruistes.

    1. Cela confirme l’idée que l’establishment financier préfère voir circuler une interprétation complotiste du mécanisme du crédit plutôt qu’une interprétation correcte mais anxiogène et susceptible de déboucher sur une panique bancaire (voir « L’argent, mode d’emploi » : 177-180).

    2. “Cela confirme l’idée que l’establishment financier préfère voir circuler une interprétation complotiste du mécanisme du crédit plutôt qu’une interprétation correcte mais anxiogène et susceptible de déboucher sur une panique bancaire (voir « L’argent, mode d’emploi » : 177-180).”

      Est ce également l’avis de Schumpeter qui écrit pourtant ” Tout paiement d’une dette annule un dépôt – qui naturellement ne vaut qu’au sein d’un système bancaire assurant l’ensemble des activités de compensation sociale.” et ” Tout crédit bancaire et tout investissement bancaire crée un dépôt (au sens d’avoirs en compte-chèques). ” ?
      Je veux dire: fait-il parti lui aussi du complot ?

    3. Puisque vous avez un exemplaire de « L’argent, mode d’emploi » sous les yeux, vous aurez donc pu lire ceci :

      « Schumpeter explique la genèse de l’idée que les banques commerciales « créent de la monnaie ex nihilo », et la justifie d’ailleurs également, dans le premier volume de son Histoire de l’analyse économique, déjà citée. Après avoir décrit le mécanisme des « réserves fractionnaires » qui permet, comme nous l’avons vu, aux banques de prêter la plus grande partie de l’argent déposé sur les comptes-courants de leurs clients, il explique que ce mécanisme permet à la monnaie de circuler à une certaine vitesse mais, constate-t-il, cette vitesse n’affecte pas « l’habitude qu’ont les gens de détenir certaines sommes de ce qu’ils considèrent comme argent comptant, comme argent liquide » (ibid.), et il ajoute :

      « Aussi peut-il paraître plus naturel de dire que les banquiers augmentent non pas la vitesse mais la quantité de la monnaie – ou des moyens de paiement qui, en de certaines limites, font aussi bien office de monnaie, si l’on souhaite réserver ce terme pour les pièces de monnaie, ou pour les pièces plus le papier d’État » (Schumpeter [1954] 1983, Tome I : 445). »

      Schumpeter suggère donc dans ce passage qu’il serait « plus naturel » – ce sont ses propres termes – d’évoquer la vitesse de circulation de la monnaie comme une augmentation de sa quantité. Et il clarifie ce qu’il veut dire par là quelques lignes plus bas, quand il ajoute que

      « … les emprunteurs ont véritablement le sentiment de disposer de moyens liquides qui sont, normalement, tout aussi bons que la monnaie. On ne dit plus que les banques “prêtent leurs dépôts” ou l’”argent des autres”, mais qu’elles “créent” des dépôts ou des billets de banque ; elles paraissent fabriquer la monnaie plutôt qu’en augmenter la vitesse… (ibid.)

      (page 150 – 151) »
      Cela se trouve vingt pages avant le passage que vous citez, cela n’aurait pas dû vous échapper !

    4. Jean Marie Harribey ne semble pas du tout de votre avis… et Schumpeter est très clair dans ” Théorie de la monnaie et de la banque “

  13. M. Jorion,

    En quoi votre démonstration de la couverture parfaite de chaque euro prêté (la conservation des quantités) est-elle anxiogène? Si vous avez raison, je ne vois pas de raison pour l’establishment financier de se priver d’une explication aussi limpide et rassurante : un euro existe, cet euro est prêté, puis remboursé, et rendu à son propriétaire initial.

    Par ailleurs, l’interprétation que vous faites de ces petits mots (“pas vraiment”) dans votre livre, à la page 178, est votre interprétation, certes honorable mais toute personnelle, et donnée en tant que telle (pas d’appui d’autres auteurs, pas de démonstration puisée à la source d’une théorie monétaire) ; permettez-moi de ne pas la partagez, ou à tout le moins de ne pas la considérer à ce stade comme exclusive. J’imagine parfaitement, de mon côté, que ce “pas vraiment” reflète, en une formule sibylline, le fait que les banques ne considèrent pas UN compte particulier et ses mouvements particuliers comme une ressource pour appuyer leurs crédits, mais bien l’ENSEMBLE des comptes de dépôts enregistrés chez eux, et inscrits comme des actifs dans le compte d’exploitation. La compensation au jour le jour des mouvements antagonistes de retrait et dépôt leur laisse une “masse” de ressource à peu près constante à disposition. Donc, ce n’est “pas vraiment” votre argent qui est prêté, mais un montant total dont le maximum est proche de la somme “moyenne” des dépôts enregistrés. Or, comme chaque retrait de votre part entraîne, à répartition des parts de marché des dépôts constante, un dépôt à peu près équivalent sur un ou plusieurs autres comptes au sein de votre banque, “votre” argent reste disponible, car la banque possède toujours assez d’actif pour vous donner satisfaction, au cas où vous auriez besoin de “votre” argent.

    La “conservation des quantités” ne devrait donc pas faire peur à l’establishement, au contraire! A moins que vous n’ayez en réserve une autre explication “correcte mais anxiogène”? Ce qui me forcerait à penser que la “conservation des quantités” serait une manière de désamorcer tout à la fois l’angoisse et la théorie du complot. Rassurez-moi : vous ne “roulez” tout de même pas pour l’establishement, en profitant de votre influence publique pour noyer quelques poissons?

    1. Comme je l’ai déjà dit : il ne s’agit pas de pétitions où il est important de réunir le plus grand nombre de signatures. Il s’agit de comprendre comment ces mécanismes fonctionnent, le fait que des gens prestigieux ne les aient pas compris est regrettable, c’est tout ce qu’on peut en dire.

    2. @Brieuc et à Paul,

      j’ai un peu de mal à comprendre à la fois la question de Brieuc et la réponse de Paul (mais je n’ai pas encore lu le livre de Paul, en commande pour mes étrennes).

      S’il s’agit de comprendre le mécanisme de l’épargne et de la thésaurisation, je pense que l’on connaît à peu près tous le circuit de la monnaie fiduciaire – lorsqu’elle ne finit pas sous un matelas.

      S’il s’agit, par contre, de dire que l’éventualité de crises de liquidité et de panique financière peut être angoissante (c’est ainsi que je comprends le sens du mot “anxiogène”), là encore je pense que tout le monde est à peu près d’accord, que l’on fasse, ou non, partie de gens prestigieux.

      La question, qui est peut être celle posée par Brieuc, ou pas, mais que je pose en tout cas, est celle-ci:

      par quel mécanisme, ou par quels mécanismes, une crise de liquidité peut-elle survenir (sachant que, prestigieux ou non, l’histoire m’a appris que cela s’est parfois produit)

      Merci de m’éclairer sur ce point,

      cordialement, Bruno Lemaire

  14. M. Jorion,

    Certes, des gens prestigieux n’ont rien compris pendants des lustres à la théorie de l’évolution, à celle de la circulation sanguine, ou à la dérive des continents. Mais vous parlez de l’effet anxiogène, sur le commun des mortels, du prêt de l’argent déposé en compte courant. Or, si les gens prestigieux dont vous parlez ne comprennent pas ce qui se passe, ni ne sont d’accord avec votre explication, ils ont à tout le moins l’instinct affûté pour percevoir l’effet bénéfique de votre vision du système : une explication qui d’une part met à bas la possible anxiété du déposant lambda, et d’autre part exonère les hautes sphères bancaires de tout opprobre complotiste.

    Je m’étonne donc que ces gens prestigieux n’aient pas, depuis longtemps, sauté sur une pareille explication. Elle aurait tout de même été bien plus simple et bénéfique que d’allez inventer des usines à gaz pour expliquer qu’ils ne “prêtent pas vraiment votre argent”.

    Mais peut-être pensez-vous surtout aux prestigieux auteurs qui apologisent depuis des décennies sur la création monétaire par les banques privées? Eh bien il me semble que les plus nombreux sont justement issus, et parfois encore partie prenante, de ces hautes sphère de la finance. La plupart des textes légaux, des opuscules, brochures et dépliants de vulgarisation des banques privées et même centrales, sont fondés sur la théorie de la création monétaire par le crédit bancaire.

    Ou bien ils ont tous une bonne raison de penser que cette théorie est vraie (le mimétisme est une bonne raison), ou bien ils ont un gros problème de “com’ “, comme on dit de nos jours.

    Cela dit, vous ne répondez pas à ma question.

    1. Rebonsoir Brieuc, Paul, Johannes et les autres.

      En suivant S. Gesell, les mécanismes monétaires seraient trop simples pour que les gens “cultivés” – souvent pédants – les comprennent, ou, mieux, veuillent les expliquer.

      Ce peut être une raison pour que les mécanismes monétaires soient rarement expliqués en profondeur, voire abordés, dans les cours d’économie, ce ne serait pas assez “sexy”, car trop simple. Cette explication “pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué” pourrait peut être éviter de croire à un certain “complot”.

      Ou alors, comme le disait l’épistémologue Kuhn, il faut attendre que toute une génération (depuis Gesell, c’est plutôt de 4 générations qu’il faudrait parler) ait disparu pour qu’une théorie correcte des mécanismes monétaires soit enfin enseignée.

      Quoiqu’il en soit, merci de me répondre sur les raisons épisodiques des crises, potentielles ou réelles, de liquidité, sachant qu’un sou est un sou, un euro un euro, et que la loi de la quantité constante doit bien se retrouver quelque part, m^me dans un concept de crise.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

    2. “ils ont à tout le moins l’instinct affûté pour percevoir l’effet bénéfique de votre vision du système : une explication qui d’une part met à bas la possible anxiété du déposant lambda, et d’autre part exonère les hautes sphères bancaires de tout opprobre complotiste.”

      Vous trouvez que cela met à bas l’anxiété du déposant lambda, de savoir qu’il pourrait ne pas récupérer l’argent qu’il a mis en banque? Demandez un peu aux argentins (leur nom colle au problème en plus) ce qu’ils en pensent, eux qui ont perdu leurs dépôts lors de leur crise (en 2002, si je me souviens bien). Encore aujourd’hui, ils gardent leurs économies sous le matelas.

      http://www.global-gestion.fr/gestion/pdf/revuepresse/2008-10-16-CHALLENGES.pdf

  15. Thésaurisation, méfiance et anxiété: encore une istoire de pigeons…

    @moi, et à tous,

    effectivement, ce sont surtout les petits épargnants qui perdent gros, si l’on peut dire. Non seulement on leur fait croire que leurs économies “sonnantes mais surtout trébuchantes” vont servir à alimenter le circuit économique – ce qui n’est que très partiellement vrai, mais encore ils pensent aussi en tirer une certaine sécurité, sinon une sécurité certaine.

    Sacré système banco-financier, qui utilise le fameux “voile monétaire” des économistes de l’école de Chicago ainsi que des discussions plus ou moins ésotériques sur la véritable provenance de l’argent, pour éviter qu’on demande où va cet argent, ce qui est quand m^me LA question.

    La réponse est pourtant de plus en plus connue: elle va pour une bonne part aux revenus “non gagnés”, c’est à dire aux capitalistes. On amuse la galerie avec des boucs émissaires, certes coupables, comme Madoff, Bouton ou consorts (qu’on ne sort pas assez, d’ailleurs).

    Mais le fond du problème n’est pas là. Il est que l’argent n’est pas utilisé pour le bien du plus grand nombre, mais essentiellement pou r l’intérêt de quelques uns.

    Je reste libéral, mais pas pigeon (pas trop du moins). Sans contraintes fortes, claires, précises, compréhensibles, le libéralisme – de droite comme de gauche – va à sa perte.

    Cordialement,

    Bruno Lemaire.

  16. Sur le forum oléocène:

    A fin octobre:

    Masse monétaire “officielle”: Total M3 = 9401 Md€

    Ne font pas parti de la masse monétaire:
    – Titres de créance d’une durée de > 2 ans = 2611 Md€
    – Dépôts remboursables avec préavis > 3 mois = 135 Md€
    – Dépôts à terme à > 2 ans = 2174 Md€
    – Capital et réserves des IFM = 1729 Md€

    total: 6649 Md€

    En ce qui concerne les prêts accordés par les IFM

    – assurances et fonds de pension = 92 Md€
    – Autres intermédiaires financiers = 997 Md€
    – Sociétés non financières = 4731 Md€
    – Crédits à la consommation ‘ménages) = 628 Md€
    – Crédits immobiliers (ménages) = 3520 Md€
    – Autres prêts (ménages) = 770 Md€

    Sous total: 10739 Md€

    Prêts aux administrations publiques = 994 Md€
    Prêts aux non résidents zone euro = 2807 Md€

    Sous total = 3801 Md€

    Total général = 14540 Md€

    Avis du forumeur ayant soumis ces informations: “c’est sur ce total général de 14540 Md€ que s’applique l’intérêt versé aux IFM (banques et sociétés de crédit): à 5% en moyenne ca fait 727 milliards d’euros par an…”

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