Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. S’il le dépense, il achète avec son aide des marchandises qui ont été produites, autrement dit il retire du marché des marchandises. S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera. S’il le place, il le met à la disposition des marchés de capitaux. Là aussi, il ne se passera rien s’il n’y a pas de demande pour ces capitaux, et le résultat est le même que s’il l’avait placé sous son matelas. Ou bien il trouve emprunteur pour son argent et il y a ici deux cas de figure : il s’agit d’un prêt à la production ou d’un prêt à la consommation.

Premier cas : prêt à la production. Les sommes prêtées sont utilisées comme avances et permettent, combinées au travail, de créer des marchandises et un surplus financier – une « rente » (qui sera partagée comme intérêts revenant au prêteur, profit allant à l’industriel et salaire revenant au travailleur). Une fois consenties les dépenses associées à sa survie, chacun de ceux-ci aura alors – s’il lui en reste – le choix de dépenser cet argent en biens de luxe, le thésauriser ou le « placer ». Quoi qu’il en soit, des marchandises auront été produites. Le placement dans des prêts à la production génère donc des marchandises qui se retrouvent sur le marché.

Dans le second cas, celui d’un prêt à la consommation, la somme est prêtée et celui qui en dispose l’utilise pour acheter un objet de consommation, c’est-à-dire cette fois-ci pour retirer une marchandise du marché. Il remboursera la somme empruntée à partir de son salaire, et c’est donc comme si ce salaire avait été dépensé de manière anticipée. Une partie de son salaire sera consacrée à rembourser le prêt et une autre, supplémentaire, au paiement des intérêts. Ceux-ci reviennent au prêteur, qui pourra alors (une fois consenties les dépenses associées à sa survie) à nouveau placer ces sommes, soit comme un prêt à la production, soit comme un prêt à la consommation.

Il s’agit, on le voit, d’une mécanique subtile. Certains économistes considèrent que le système a tendance à s’équilibrer, d’autres soulignent que seules des simplifications excessives dans la modélisation conduisent à cette conclusion et qu’il s’agit en réalité d’une machine infernale où de multiples tendances en sens contraires déboucheront nécessairement à terme sur une catastrophe. On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

106 réflexions sur « Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne »

  1. Il faudrait donc prendre aux riches pour donner aux pauvres, puis encadrer les prêts.
    Dans les sociétés démocratiques, c’est le Droit qui en décide. Il revient donc au Politique de proposer des solutions, et aux électeurs de choisir.
    Le résultat n’est pas évident.

    1. Non parce qu’on atteint le « mur de l’inflation », euthanasie du capital: On ne peut alléger les souffrances de la majorité sans euthanasier le capital par l’inflation, ce que refusent nos dirigeants. On ne peut pas non plus se décréter président du pouvoir d’achat par cette même occasion, car l’on met le doigt dans l’inflation. C’était donc un pur mensonge, non discuté, non analysé quand aux conditions de possibilités, du Pdt actuel de la république.

      Il ne pouvait pas promettre d’augmentation du pouvoir d’achat, parce que ceci allait lancer une inflation. Pour a-t-il promis ce qu’un enfant de 6 ans sait impossible, et pourquoi personne en france ne s’est interrogé sur cette promesse, avant l’élection ?

      Dans l’inflation se mirent toutes les contradictions, les conditions et les paradoxes du capitalisme.

  2. «  » »On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui l’obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation. » » »

    N’y a-t-il pas un lapsus calami : « augmentant chez celui qui le consent (le prêt) » en lieu et place de « augmentant chez celui qui l’obtient (le prêt) » ?

    1. Excusez-moi Paul mais André dit en d’autres mots:
      « Les intérêts (en déduction des salaires) perçus par celui qui consent (la banque) le prêt augmentent les capitaux susceptibles d’être prêtés (par la banque) », c’est justement ce que vous vouliez dire n’est ce pas aussi votre avis ?

  3. c bien ce que je pense depuis longtemps,le probleme est le profit versus interet (comme le profit de la spéculaton)
    c’est cela qu’il faut changer
    les sa à but non lucatrif,les mutuelles,les cooperatives sont une voie de transformation douce
    Propositions majeurs
    instauration d’une éco-socio-taxe dans le monde par pays
    réstauration de la préférence communautaire à 80%
    salaire maximun égale à 25 fois le moins disant de l’allocation adulte handicapé(aah),du minimun vieillesse,du smic et des salaires de l’entreprise en integrant les sous-traitants jusqu’au dernier rang avec non cumul des mandats et des fonctions (jusqu’à atteindre le salaire maximun pour les fonctions)
    salaire minimun égale à 1500E : se loger(500E),se nourir(200E),se vetir(100E),s’assurer(100E),s’équiper(100E),se cultiver(100E),se socialiser(100E),se transporter(200E),économiser(100E)
    suppression de la spéculation
    suppression de l’intéret (banque public)
    suppression du profit (société anonyme à but non lucratif,mutuelle,coopérative,etc)
    suppression de la publicité par de l’informacité (faite par les associations de consommateurs)
    suppression du « marketing » (marché) par du « needing » (besoin)
    bon,j’arrete là
    j’ai écrit un programme avec plus de 350 mesures,si çà interresse quelqu’un pour l’amender ,le completer,je peux l’envoyer à mr jorion qui le passera à sa reflexion et peut lui servir comme échaffaudage à ses solutions et s’en servira comme bon lui semble ou m’envoyer un mail
    bonne année à tous
    bruno

  4. @Paul, et à tous

    Paul pose, une fois de plus, une vraie question, que l’on peut ranger sous la grande rubrique de l’équilibre, ou du déséquilibre, de l’Offre et de la Demande, pas uniquement de l’argent, bien sûr.

    Des générations d’étudiants, plus ou moins crédules, ont essayé de faire la part des choses, entre modèle d’équilibre, équilibre ex ante (= anticipé), et équilibre ex post (= réalisé). Bien entendu, m^me les économistes les plus théoriciens savent que l’équilibre n’existe pas, ils se contentent de dire que tout se passe comme si.

    Et bien, justement, tout ne se passe pas comme si.

    L’argent que l’on gagne (comment, il faudrait sans doute y revenir) ne retourne pas nécessairement à la sphère économique, la sphère productive comme la sphère de consommation.

    Paul Jorion a soulevé la question de la thésaurisation (pour faire simple, l’argent que l’on cache sous son matelas: c’est plus facile avec des billets de banque qu’avec des bons du trésor 😉 ).

    Dit autrement, l’épargne – au sens de ce que l’on ne consomme pas – ne va pas nécessairement à l’investissement (au sens de l’achat de machines ou d’équipements). Donc l’Epargne volontaire ne suffit pas nécessairement pour équilibrer l’Investissement souhaité.

    Après, on peut ranger dans les investissements le gonflement des stocks (quand il est involontaire, cela ne plait pas vraiment aux entreprises concernées), pour restaurer la sacro-sainte équation I=S, Investissement = Epargne. Mais c’est évidemment complètement « pipeau ».

    En allant plus loin encore, toujours au niveau de l’argent qui ne retourne pas dans la sphère productive, il y a la spéculation dont parle aussi Paul Jorion. Au lieu de s’investir dans des entreprises, elle va vers la bourse: là encore, de nobles âmes vont dire que c’est la m^me chose: que nenni bien sûr, mais après avoir incité le bon peuple à « investir » en bourse, quel homme politique oserait dire maintenant que ce n’est pas nécessairement une bonne idée.

    Enfin, bien sûr, il y a tout le circuit des banques commerciales, qui vont prêter de l’argent contre reconnaissances de dettes, et qui vont parfois, quand tout va bien (mais c’est de moins en moins le cas) contribuer à compléter le gap entre épargne et investissement (quand cet argent nouvellement émis ne va pas directement grossir la spéculation boursière ou les matelas – en principe cela arrive moins pour les matelas que pour la spéculation. Cela me semble actuellement le plus gros morceau à avaler, et encore plus à digérer.

    Cordialement,

    Bruno

  5. Pour que l’on puisse envisager des modeles et des equilibres, il faudrait deja que le systeme en question ait une quelconque rationalite… Alors que ce n’est pas du tout le cas. La valeurs des biens produits/consommes est completement imaginaire, et fluctue sans cesse sans raisons valables.

    Comment apprehender par exemple le cas d’un T-Shirt portant le Logo X. Il est produit pour 0.5 euro mais est vendu a 10… Puis, un beau jour, son prix passe a 100 parceque la marque devient populaire. Et quelques mois plus tard, la mode change et sa valeur devient nulle.

    Ou alors, qu’en est-il de l’envoi de SMS dont le cout de production est nul, dont la valeur pour consommateur est nulle, mais qui permettent pourtant a des millions d’euros de changer de main chaque jour?

    1. je n’ai évidemment pas envisagé des modèles et des équilibres, bien au contraire.

      J’ai simplement signalé l’abêtissement, volontaire ou non, des étudiants en sciences économiques, que l’on habitue à voir le modèle plutôt que la réalité, la carte plutôt que le territoire.

      Pour le reste, je pense que s’intéresser à la thésaurisation n’est sans doute pas suffisant.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

  6. Bonjour,

    Il manque, me semble-t-il une destination à mon epargne ….

    Si plutot que d’investir dans un apareil de production ou un bien de consommation, Je place mon argent sur le marché financier par l’achat d’un titre pour me couvrir d’un risque à la hausse ou à la baisse voire pour spéculer sur elles, cet argent est « retiré » en quelque sorte du circuit économique réel et ne circule plus que sur le circuit financier venant ainsi alimenter l’inflation des actifs financiers …

    N’y a t il pas une dérive, qu’observe tres bien, il me semble François Morin, dans son livre « le nouveau mur de l’argent » où il annonce que 85 % environ des transactions monetaires en 2003 ont été faites sur de la couverture à la hausse ou a la baisse d’un prix … et 8% environ sur de l’échange de devises… ???

    Dans ce cas là, n’y a t il pas spoliation de la masse monétaire au service seulement des produits financiers et quasiment plus rien ( 5%) pour les transactions réelles ?

    Cela ne vient-il pas aussi obstruer les politiques monétaires des zones économiques puisque si elle augmente la masse monétaire, 95 % de cette augmentation se retrouvera capturer par les actifs financiers selon le même principes ?

    Comment en sortir ?

    Bien à vous,
    Frédéric

    1. @Frederic,

      Je pense que vous mettez l’accent sur quelque chose de fondamental.
      Comment orienter l’épargne, et éviter les fuites de toute sorte, en dehors de la sphère économique.

      C’est un peu la m^me question que les fuites bancaires des reconnaissances de dettes, en plus grave puisque cela touche directement la sphère économique.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

  7. « Ou alors, qu’en est-il de l’envoi de SMS dont le cout de production est nul, dont la valeur pour consommateur est nulle, mais qui permettent pourtant a des millions d’euros de changer de main chaque jour? »

    Bon, d’accord, c’est quand même des voleurs…
    Mais est-on si sûr que le coût de production d’un sms soit nul?
    ça coûte combien, et ça s’amortit sur combien de temps, de couvrir un territoire avec des antennes, (à installer, puis à entretenir, par exemple?).

    1. C’est une facon de simplifer… Ce que je veux dire c’est que l’economie repose sur la vente et l’achat de biens immateriels qui n’ont de valeur que celle que l’on veut bien donner au temps T et qu’il me semble illusoire de vouloir mettre ca en equations.

      Sinon, pour l’anecdote, dans beaucoup de pays le SMS a disparu au profit de l’email gratuit et illimite, du fait de la concurrence. En France, il faudra sans doute attendre Free pour que cesse l’entente entre les operateurs.

    2. Le SMS tient sa valeur bien réelle du désir de l’émetteur d’envoyer une information. Les couts/prix dont vous parlez n’ont rien a voir avec la valeur du SMS. Comment quantifier en argent le prix/cout de l’info contenue dans le SMS? Impossible sauf pour l’émetteur et le recepteur. La valeur de quoi que ce soit ne tient pas au cout/prix, seulement au désir.

    3. Hé hé hé…

      Dans la même « veine » financière, les possesseurs de fibres optiques qui relient les continents pour les échanges sur internet se font des fortunes colossales.

  8. Excellent petit article de rappel.

    Me revient toujours en mémoire la réflexion de mon meilleur prof d’éco : « lorsqu’une entreprise doit emprunter pour des dépenses courantes, on est pas loin d’en faire l’autopsie. »

    Soit, dès que l’on vit au-dessus de ses moyens pour autre chose qu’un investissement, on va forcément dans le mur.

    1. @Yvan

      autre façon de dire que « emprunter sur le long terme » (avec une charge d’intérêts exponentielle …) pour payer « le court terme » n’est pas « optimal ».

      Bien à vous,

      Bruno Lemaire.

    2. En parlant d’états, celui de la Californie ne versent plus d’argent aux écoles publiques.
      Tout comme le dernier rempart des Démocraties est la Justice (détestés par le capitalisme),
      le premier moyen de créer la violence est de supprimer l’Education.

      Notez, ça va donner du boulot aux fabricants de prisons, c’est déjà ça.

    3. « Notez, ça va donner du boulot aux fabricants de prisons, c’est déjà ça. »

      Même pas. En Californie ils vident aussi les prisons par manque de moyens. Il va bientôt être très risqué de se promener à LA.

  9. « S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera. »

    Si il le garde en billet sous son matelas, il ne se passera rien. Mais si il le laisse sur son compte courant bancaire ce qui peut sembler assez similaire, il permettra à la banque d’avoir dans ses comptes des fonds supplémentaires pour prêter davantage non ? Ce n’est pas tout à fait rien il me semble

    1. Un exemple concret et personnel : j’ai placé une somme que je nomme 8 x S, dans une banque commerciale, pour une durée de 5 ans (dépot à terme sur 5 ans) à un taux moyen de 3,7 %.
      La même banque me propose un prêt de 1 x S à un taux de 3 % sur une durée de 3 ans.
      Cela veut nécessairement dire qu’elle utilise mon dépôt de 8 x S pour préter à un taux bien supérieur, jusqu’à
      20 % dans le cadre d’un crédit « révolving », ce qui veut dire qu’il suffit que je dispose d’une certaine somme pour devenir un agent actif de ce qui nous rapproche tous les jours un peu plus de la fin de notre civilisation.

      Comme le disait le chef de la police, ou le juge (?), dans le film de Melville « Le Cercle Rouge », les hommes sont tous coupables, ou du moins ils le sont tous devenus à notre époque.

  10. Je viens de faire
    un post sur la dette totale des USA.

    Ce post examine les évolutions de la dette de marché. C’est une infographie brièvement commentée.

    Ce type de post a une vocation pédagogique. Ces posts sont renouvelés tous les trois mois à mesure que les données sont mises en ligne. Leur renouvellement peut être mensuel comme pour les évolutions de la dette fédérale.

    1. A onubre;
      Bonjour;
      Vous dites à propos de l’endettement us et son report sur l’Etat:  » la crise attendra le pendu qui aura simplement pris le temps de tresser sa corde ».
      Historiquement on ne voit pas des Etats se pendre. La réalité des Etats est beaucoup plus complexe. Ce qui nous gène c’est qu’on avait pris l’habitude depuis plus d’un siècle de voir les Etats adopter la méthode douce pour répudier la dette: l’inflation. Méthode qui à priori ne fonctionne pas aujourd’hui. Les Etats retrouveront donc bientôt les méthodes de naguère, lesquelles étaient souvent violentes. Par exemple on « faisait de l’inflation » par dilution de métal précieux dans les monnaies métalliques , méthode déjà moins douce. mais il y en eu de plus redoutables comme la répudiation des deux tiers en 1797. Parce qu’il sera bientôt impératif de répudier la dette nous verrons dans peu de temps la contestation de l’indépendance des banques centrales.
      C’est le scénario que je propose pour cette année.

  11. Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne?

    Dans l’état actuel des choses… l’argent qu’on gagne (chaque fois moins d’argent pour plus de travail) sert fondamentalement à justifier et donner de la valeur à l’argent qu’ils impriment ou vont encore imprimer ( http://tinyurl.com/y9bh6fn ). Comme le résultat du travail partage présentation (billets et monnaies) avec les signes qu’on imprime joyeusement sans qu’ils correspondent à de la richesse réelle crée… le résultat final est que 3.000€ de richesse crée se trouvent sur le marché… avec l’ouvrier qui dispose de 3.000€ de salaire (je sais, je simplifie), mais aussi les banques qui ont reçu une injection d’imprimerie de 1.000.000€. C’est à dire, 1.003.000€ de signes monétaires se disputent 3.000€ de marchandises réelles, comme quoi, inflation induite médiante, le total de 1.003.000€ va servir à acheter tout ce qui existe… 3.000/1.003.000 ième partie (0,003%) va vers le travailleur, 99,997% s’échangera contre les 1.000.000€ qui n’ont couté que du papier et de l’encre à produire.

    On ne s’en sortira pas si on ne laisse pas qu’ils échangent ces papiers monopoly entre eux tant qu’ils veulent, mais qu’on refuse d’échanger les richesses réelles que nous produisons contre des papiers.

    Retrouver NOTRE rationalité, quoi. Comme quoi je crois qu’en vue du mécanisme énorme… il ne faut pas trop perdre de temps avec des détails comme les intérêts. Ces intérêts seraient un objet d’étude interessant si le système était sain. Soigner les maux de tête d’un malade de cancer en fase terminale aigue ne repoussera pas la date du déces.

  12. Paul évoque une trop grande concentration du capital, mais il faut sans doute prendre aussi en compte la masse que celui-ci représente désormais, à force d’être accumulé. Les deux aspects vont de pair, générant une situation dont nous connaissons aujourd’hui un premier résultat.

    Donc, ce capital peut être investi dans la production ou dans la consommation. A cette nuance paradoxale près qu’il faut prioritairement développer la consommation pour ensuite justifier et absorber l’augmentation de la production. Aboutissant à une conséquence implacable : si cette consommation vient à faire défaut (le gisement des emprunteurs et les filons qu’ils représentent ne sont pas inépuisables), il ne reste alors que deux issues possibles au capital, non compte-tenu de l’expansion de nouveaux marchés de consommateurs, sur laquelle nous reviendrons. Soit on se dirige tout droit vers une crise de surproduction, les produits ne trouvant plus acheteurs, ce qui aboutit à un affaiblissement du rendement du capital, puis des pertes. Soit on en vient à investir dans une production et des produits d’un type particulier – financiers – ne pouvant plus le faire dans une production de biens et de services qui n’a plus de débouchés potentiels ou auprès de consommateurs qui ne sont plus assez solvables .

    Il est classique d’expliquer ce phénomène de transhumance vers de nouveaux alpages ensoleillés par la recherche de meilleurs rendements (la recherche du profit maximum). Ce qui n’est pas faux, mais néglige une autre raison : il y a beaucoup trop de capitaux disponibles pour la quantité d’investissements rentables à faire dans le secteur productif. Il faut donc trouver de nouveaux débouchés pour les capitaux. Car ceux-ci se battent les flancs et cherchent où aller, courant frénétiquement dans tous les sens (c’est le phénomène de la liquidité des marchés, indispensable à leur maintien en vie). C’est dans ces conditions que s’opère, et tente de se pérenniser, une décorélation entre les activités économiques et financières.

    Une autre tendance lourde aboutit à cette errance. De la même manière que le gisement des consommateurs n’est pas extensible à l’infini, celui des matières premières de la planète ne l’est pas davantage (l’activité de production procède à la fois d’une transformation et d’une destruction). Certes, il y a encore de la marge dans les deux domaines : les pays émergents offrent de gigantesques marchés de consommateurs potentiels et les ressources de la planète Terre sont loin d’être épuisées. Mais un autre phénomène est venu restreindre par anticipation cette marge de manoeuvre : la masse des capitaux disponible croit plus rapidement que ne le font l’appareil productif et le nombre des consommateurs solvables. Car la nature même du développement induit au sein de ce processus tend à laisser beaucoup de consommateurs sur le carreau. Les pays émergents étant une des plus efficaces machines à fabriquer de l’inégalité sociale à grande échelle que l’humanité n’ait jamais connue. Il y a en effet une forte corrélation entre le nombre de consommateurs et celui de travailleurs, or le nombre des derniers est limité par le volume de la production. Présenté comme vertueux, ce cercle donne dans la pratique toutes les apparences d’être vicieux, ou tout du moins grippé par une raison exogène, la répartition très inégalitaire de la richesse.

    Ces quelques remarques illustrent l’impasse dans laquelle se trouvent placés la rente et les rentiers (ces dénominations ne rendant pas bien compte, en raison de leur caractère suranné, de ce qu’ils sont devenus). Le capitalisme financier a cru trouver une issue en devenant une sorte de machine à fabriquer de la dette, dont il tirait profit de deux manières : directement, par les intérêts qui en résultaient, et indirectement, par le développement artificiel d’un niveau de consommation ne correspondant pas aux revenus disponibles des consommateurs. Mais, en dépit de leur grande sophistication, les instruments de levage auxquels cette mission était assignée n’ont pas résisté.

    Devant faire face à une situation qui va aboutir, à terme, à une baisse de la consommation dans les pays occidentaux, le capitalisme financier va mettre les bouchées doubles pour se reposer sur le développement de nouveaux marchés de consommateurs dans les pays émergents, accélérant le basculement de l’axe économique du monde. Poursuivant au sein de celui-ci son travail destructeur, comme le montre notamment la situation financière chinoise. Il va également poursuivre sa tentative d’autonomisation financière vis à vis de la sphère de l’activité économique et humaine, se condamnant ainsi par cela même qu’il désigne être son salut : la recherche à tout prix du profit.

    1. Quelle folle logique humaine,

      C’est troublant, c’est effectivement ce qui a été prédit autrefois dans les écritures, mais dit autrement et sous une autre forme de langage.

      Pourvu que toute cette production de marchandises ne s’accumule pas trop quand même jusqu’au ciel, pour la seule recherche du profit en quantité trop grande jusqu’à la prochaine Bulle de plus ? Qui donc achètera encore leur cargaison demain ?

      Monde moderne en pleine décomposition morale sens-tu la très mauvaise odeur qui règne follement sur les marchés sans scrupules, mais maintenant c’est bien car plus personne n’est dupe …

    2. Merci, François lLeclerc pour votre subtile analyse qui rejoint la mienne parfaitement.
      Je cains, cependant, que le projetde « bascule » des axes économiques échouera du fait des inégalités sociales trop importantes dans les pays émergeants.
      Il y a là, effectivement, des consommateurs potentiels ou hypothétiques, mais leurs revenus sont si faibles et la corruption dans ces pays est si énorme que je ne vois pas, actuellement, comment une meilleure redistribution des revenus pourrait s’opérer dans ces pays, et comment s’opérerait sans cela un relais pour une consommation en baisse dans les pays dits riches…
      à suivre.
      Je joins à Paul un commentaire circonstancié à son texte qui, à mon sens, a besoin de précisions comme la vôtre, ou la mienne.
      Bonne année à tous

    3. Article intéressant et synthétique bien complété par François Leclerc, mais je voudrais revenir sur la première phrase :

      « Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. »

      Ceci est un présupposé qui ne concerne pas tant d’habitants de notre planète, il suppose que l’individu dispose toujours d’assez d’argent pour avoir le choix. Ils y a ceux qui n’ont rien ou juste assez pour survivre et aussi ceux qui vivent au dessus de leur moyens, ceux ci dépensent tout ce qu’il gagnent.

      La monnaie est instrument d’échange social nécessaire dans une société ou chacun est spécialisé. Il permet à chacun d’obtenir les biens nécessaire à sa vie sans les produire directement.

      Celui qui peut vivre avec moins que ce qu’il gagne est un capitaliste à partir du moment ou il investit son argent dans l’optique de gagner de l’argent à partir de l’argent placé.

      Or à qui cet argent est le plus utile, à celui qui n’en à pas ou pas assez pour vivre. (vivre étant à prendre non pas seulement au sens des besoins vital d’un humain isolé mais au sens sociétal c’est à dire d’un homme dans son groupe sociétal).

      Le capitaliste est donc celui qui prête son surplus pour obtenir plus de surplus à celui ou ceux qui n’ont pas ce surplus, il y a donc un risque mais aussi un engrenage mortel car l’intérêt est d’abord une charge supplémentaire pour l’emprunteur.

      Si l’emprunteur emprunte pour consommer cela renchérit le cout de cette consommation et donc diminue le potentiel global de consommation.
      Si l’emprunteur emprunte pour produire, il faudra qu’il trouve dégage une marge suffisante hors le cout de l’emprunt enchérira les couts de production ( et oui il n’y a pas que les charges salariales il y a aussi les frais financiers ) et le remboursement de la dette reste une épée de Damoclès sur tout aléas de vente et de règlement.

      Dans tous les cas l’emprunteur à peu de chance de s’en sortir par le haut. Ce qui diminue à la longue les emprunteurs potentiels et rend les capitalistes de plus en plus féroces entre eux (on ne prête qu’aux riches), accroissant la concentration du capital.

      La question est donc bien politique et doit être posé en terme d’utilisation de l’argent.

      – Jusqu’à quel niveau doit on autoriser l’accumulation de capital par quelques uns au détriment du plus grand nombre ?
      – Quels doivent être les mécanismes qui permettent de garantir et de limiter les revenus par tête et d’assurer une répartition non pas égale mais équitable de la richesse produite par l’humanité ?

      Le capitalisme actuel est en train de s’auto-détruire par absence de limites dans un monde limité. Il reste à inventer la société de l’auto-limitation, cela passe sans aucun doute par l’action de chacun de nous.

    4. « Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. »
      Ceci est un présupposé qui ne concerne pas tant d’habitants de notre planète, il suppose que l’individu dispose toujours d’assez d’argent pour avoir le choix. Ils y a ceux qui n’ont rien ou juste assez pour survivre et aussi ceux qui vivent au dessus de leur moyens, ceux ci dépensent tout ce qu’il gagnent.

      Il n’est pas question de choix : je ne dis pas « décide de le dépenser ou non… », c’est purement descriptif : « le dépense ou non ».

  13. « On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande […] »

    Pour un capitaliste (après lui le déluge), ce n’est pas un problème car les marchandises que nous produisons ont un cycle court sur le marché :

    1/ Un budget publicité est nécessaire à la création du besoin (ou l’envie) chez le consommateur, ce budget est renouvelé chaque année. Marcel n’avait pas nécessairement besoin d’un Iphone, la publicité lui a dicté cette envie résolue dans un achat compulsif. Le budget de 500 milliards dollars / an alloué à la publicité racoleuse et envahissante des marchandises que nous produisons a pour fonction de prendre Marcel dans ses filets. Opération réussie ! Marcel a eu l’impression de faire une affaire …

    2/ L’obsolescence programmée de l’Iphone signifie que Marcel est potentiellement captif de la marque à pomme. D’ailleurs Marcel est devenue une bonne « pomme » accroc à de nouveaux achats compulsifs pour nourrir son Iphone.

    3/ Marcel est devenu captif : il achètera son prochain smartphone à crédit, les gadgets ont un prix. Il décide ainsi d’allouer une partie de son salaire à sa maladie, ainsi il peut paraitre aussi riche que son voisin payé plus que lui ! La marque à Pommes de son côté pour assurer sa croissance ouvre une nouvelle ligne de crédit à la banque pour l’allouer au budget publicité de son prochain modèle : La boucle est bouclée et un tas d’Iphone « obsolète » gisent dans les décharges à ordures.

    Conclusion :
    Publicité, obsolescence programmée des marchandises, et crédit à la consommation sont les trois mamelles de la « croissance capitaliste » programmée dans une boucle infinie. Croissance capitaliste qui a été théorisée dans des livres savants, or croire en une croissance infinie dans un monde fini, est bien la preuve que cette « théorie » ne pouvait être l’oeuvre que d’un fou ou d’un économiste.

    1. @Bertrand,

      m^me si je partage pour une bonne part vos vues sur l’influence néfaste du marketing qui cherche à rendre captif le consommateur, je crois qu’il faut séparer deux espèces de « profiteurs ».

      1) Les profiteurs « purs », les capitalistes « vrais », les « hommes aux écus » de Marx, qui ont pour seul « mérite » d’avoir des écus, ou des euros, à placer (Et comme on ne prête qu’aux riches, quand ils n’en ont pas assez, ils en empruntent aux banques, ravies de leur rendre ce « petit » service)

      2) les « marketeurs » qui utilisent trop souvent les études de marché pour susciter des besoins tendant à rendre captifs leurs clients. Ils créent peut être, parfois, de la valeur, mais ne le font évidemment pas pour le « bien » de leurs clients. Cela n’empêche pas que certaines inventions ‘je ne suis pas pro-Apple ou pro Microfoft ou pro Google ou pro …) aient apporté un véritable mieux à leurs clients.

      Il est sûr que dans le cas de Nike, d’Adidas ou d’autres firmes de ce genre, vendre un produit 100 euros alors qu’il coûte à produire 10 euros pose problème.

      Mais, dans ce deuxième contexte, ce n’est pas tant le capitalisme qu’il faut condamner (ce serait le cas dans le premier contexte) que l’avidité de certains entrepreneurs, et le manque de jugeotte de certains clients.

      DEs campagnes d’éducation « anti-pub » pourraient peut être changer cet état de chose, mais quand on voit la folie de consommation autour de la fête de plus en plus paienne de Noël, on peut en douter.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire

  14. L’Accumulation, est l’expression du deuxième principe de la thermodynamlique, l’entropie: Dans le temps, tout système se dégrade (par aggrégation, cf la rouille produite par l’oxydo-réduction).

    1. @Petit-Boutien
      Quel rapport voyez vous entre entropie et accumulation ? Pourriez vous développer votre idée s’il vous plait ?

    2. Oui.
      Le propre d’un système thermodynamique, c’est à dire d’une portion d’espace séparée du milieu extérieur par une paroi, est qu’il est ouvert, fermé, ou figé (adiabatique). Dans ce dernier cas, le système doit être indéformable (bouteille thermos) et ne devient thermodynamique qu’après avoir procédé à une accumulation d’énergie.

  15. Bonjour et bonne année à tous,

    Le texte de Paul Jorion qui dans la lignée de son ouvrage sur l’ argent et le commentaire de Francois Leclerc me persuadent que la croissance, aujourd’hui qualifiée de « durable » (ce qualificatif traduisant bien les « mauvais » rêves de ceus qui l’emploient), n’est là que pour le remboursement de la dette.
    Comme cette croissance est devenue impossible pour les raisons qui sont dans vos textes bien dépeintes, le reboursement de la dette devient chaque jour plus impossible.

    1. @Marlowe

      Dés lors que les intérêts des emprunts dépassent le supplément de croissance (à l’inflation près), il est évidemment impossible de rembourser la dette.

      Harrod et Domar l’avaient déjà écrit dans les années 1979, cela reste vrai de nos jours.

      D’où mon « amendement constitutionnel » : le taux d’usure (donc interdit) commencera à partir du moment où il dépassera le taux de croissance, corrigé du taux d’inflation.

      Les banquiers, qui se régalent en prêtant à 5% ce qui leur revient à 1% (si on laisse de côté le fameux problème de « création monétaire »), devront alors se contenter de faire payer leurs services comme tout apporteur de service.

      On comprend que cela ne les enchante pas.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

    2. Il n’y a qu’une augmentation de la masse d’argent initiale (correspondant au capital) qui permette de rembourser capital + intérêts..

  16. @Paul: vous êtes le premier, à ma connaissance, à aborder les intérêts sous l’angle systémique, indépendamment de la vieille question de leur justification. C’est un point de vue nouveau car, pour le consommateur ordinaire, ils sont généralement « supportables » et semblent ne jouer qu’un rôle très subalterne. Ce serait intéressant de savoir ce qu’ils représentent en volume puisqu’il y a un effet de cascade derrière eux. Le capital, à l’embonpoint duquel ils contribuent, ne se trouve pas seulement enclin à s’investir davantage dans le crédit, mais aussi à fuir n’importe où dans le monde, ou dans n’importe quel titre financier, contribuant ainsi à appauvrir le système dans lequel les intérêts ont été payés.

    1. @CRapaud rouge, et à Paul,

      en fait la question des intérêts a été soulevé il y a une quarantaine d’années par des économistes de renom:

      dans la querelle des 2 Cambridge, Joan Robinson a prouvé à Samuelson qu’il n’y avait aucune justification théorique pour que le taux d’intérêt soit à tel niveau plutôt qu’à tel autre. Cela n’a pas empêché P. Samuelson d’avoir le Prix Nobel.

      Sur le niveau « optimal » des taux d’intérêt, comme je l’ai rappelé dans un commentaire un peu plus haut, et comme je l’avais écrit dans la Revue Financière en 1977 je crois, le niveau de la « croissance de l’âge d’or » (ou « croissance équilibrée ») relie le taux d’intérêt au taux de croissance et au taux d’inflation. En résumé, si on anticipe une inflation de 3%, et une croissance de 0,5%, le taux d’intérêt optimal devrait être de 3,5%

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

  17. Vraiment j’aime bien lire les billets de MMr Jorion et Leclerc , histoire de me tenir au courant , mais franchement l’économie ça me dépasse. Cela se résume pour moi à examiner de temps en temps le fond de mon porte-monnaie pour voir si je vais pouvoir atteindre la fin du mois sans encombres.
    La répétition dans ce billet de la formule « les dépenses associées à sa survie » me donne envie de faire quelques commentaires.
    Je remplacerai d’abord la formule par « les dépenses associées à son bien-être ».
    En fait quand je me désole du sort de si nombreux humains je voudrai qu’ils aient tous le niveau de vie que moi. Bon je sais bien que comme le dit J-M Jancovici j’ai, en permanence, en tant que français moyen 150 esclaves humains à mon service via les énergies fossiles.
    Mais ça c’est un autre problème dont je ne parle pas pour le moment.

    Voici donc où je veux en venir : le bien-être une fois atteint est-il normal de vouloir aller plus loin ?
    Et quand je dis aller plus loin je pense à bien-être « matériel ».
    Si les hommes sont vraiment des humains à partir du moment où leur besoins matériels sont suffisamment pourvus ils doivent absolument se tourner vers autre chose sinon on ne s’en sortira pas même avec une super constitution pour l’économie qui de toute façon sera toujours détournée par les adeptes du toujours plus. Et cette habitude (du toujours plus sur le plan matériel) si constante chez les hommes devrait être considérer comme un DELIT.
    Car les occasions de se livrer à autre chose qu’à la poursuite du gain ne manquent pas : prendre plaisir à s’instruire , les arts, la musique, les voyages, les relations humaines variées, les sciences, etc…
    Mais notre monde n’est pas organiser comme ça : dommage.
    Plusieurs de ces activités ne demandent pas beaucoup de moyens : il y faut simplement – du temps- et du temps on en aurait quand on pense aux formidables gains de productivité et d’organisation dont on est maintenant capable. Et tout cet excés de temps dont on nous prive ne sert qu’à accentuer l’emprise d’un petit nombre sur un grand nombre !

    Vous voulez faire une croisière sur un de ces somptueux yachts dont vous ne voyez que les photos ?
    Pas de problème : ce yacht n’appartient à personne car il a été construit petit à petit par un groupe de personnes motivées pour ce projet et maintenant ils le prètent à tous ceux qui se font inscrire sur la liste d’attente.
    Et ce groupe de personnes motivées se verra bientôt offrir un voyage pour découvrir tous les cols de l’Himalaya.
    Bien sûr entre temps ils auront aussi participés aux activités « productrices » soit dans les champs, soit dans les usines, soit dans les services et tout aura été judicieusement réparti.

    Nous sommes une engeance foncièrement prédatrice ? Non, non ,ce n’est pas vrai, je ne veux pas en rester là, ça doit changer : presque tout est à revoir dans notre façon de vivre, d’accord. Mais puisqu’on est capable de penser à autre chose (en mieux) on doit aussi être capable d’y arriver (ensemble).
    Mais comme l’a écrit Michel Clouscard le capitalisme de la séduction a vraiment bien réussi sur la majorité de nos contemporains.
    Qui nous sortira de cette ornière ?
    J’en sais rien.
    A plus

    1. > Gélaf
      « Qui nous sortira de cette ornière ? »

      Peut-être bien plus un grand nombre d’hommes ?

      Ce n’est pas non plus le nombre d’Egos et de grandes marques qui manque de nos jours.

      Je me demande même si en mettant plus d’Egos nous y arriverons à sortir de l’ornière de cette grande séduction.

  18. La distinction entre prêts à la consommation et prêts à la production est pertinente, mais je ne suis pas sûr que les prêts à la production soient pour autant toujours vertueux. Si les prêts à la production permettent en effet de créer de nouveaux biens, on peut aussi avoir parallèlement contraction d’une production antérieure. En effet, l’argent qui provient de la vente des nouveaux biens – créés grâce au prêt consenti – vient lui aussi de quelque part, et est donc retiré du reste de l’économie. Si la quantité d’argent banque centrale et la vitesse de circulation de l’argent est inchangée, il y aura donc un autre bien, quelque part, qui aurait pu être acheté et qui ne l’est plus. On a donc simplement eu un nouvel acteur à arriver sur le marché, qui a pris des parts de marché au détriment d’un autre, et qui en plus va verser des intérêts pour son emprunt, ce qui n’aurait pas forcément eu lieu autrement.
    Tout dépend donc de la provenance du nouvel argent: a-t-il été créé ou a-t-il simplement été ponctionné sur l’économie restée en dehors de cela inchangée? Dans un cas, le crédit à la production aura eu un effet positif. Dans l’autre cas, il aura eu un effet neutre voire négatif.

    J’ai lu le livre de Paul Jorion, « l’argent, mode d’emploi »: je sais donc à quel point la réponse classique des économistes: « tout prêt correspond à une création monétaire » est fausse.

    J’ajouterais d’ailleurs que j’ai vraiment apprécié ce livre, qui permet de clarifier un grand nombre de questions qui restent très vagues dans d’autres ouvrages. Cependant, j’aurais une question sur un point du livre qui m’est resté obscur:

    le livre montre que les prêts bancaires ne correspondent pas à une création monétaire, mais simplement à un transfert d’argent plus une création de créance et donc de promesse de remboursement – qui ne vaut pas argent, surtout si le prêt n’est jamais remboursé! les créanciers de Dubaï sont en train de s’en apercevoir… – en revanche on sait que de la monnaie arrive à être créée réellement, par l’intermédiaire des banques centrales. Mais par quel mécanisme? Le livre est moins disert sur l’aspect « banque centrale », qui ne fonctionnent pas de la même façon dans tous les pays. En Europe en effet, les interventions de la banque centrale (BCE) (opérations d’open market) sont apparemment uniquement sous forme de prêts, jamais sous forme d’achats de titres – ce qui aurait permis de libérer de la monnaie banque centrale à titre définitif. (voir ici: http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9rations_d%27open_market ). Mais les prêts ont vocation à être remboursés – avec intérêt. Si la BCE n’accepte que de l’argent banque centrale, et n’endosse pas pour elle-même des prêts bancaires classiques, comment donc de la monnaie peut-elle être créée à titre définitif? (les autres types d’actions de la banque centrale, fixation des taux directeurs, fixation des niveaux de réserves obligatoires, et interventions sur le marché des changes n’ayant là encore aucun effet). Sauf à considérer justement que la banque centrale ne crée jamais de monnaie à titre définitif, et que le tout fonctionne en mode pyramidal, avec accélération exponentielle du montant des prêts…

    Si Paul Jorion pouvait me répondre, d’avance merci…

    1. Très bonne synthèse de ce que nous pouvons voir se dessiner tout doucement, Monsieur Werrebrouck.

      ‘tite touche perso :
      – les Chinois vont accélérer le mouvement concernant le Yuan mais dans leur zone. (les US étaient coincés en ne pouvant leur donner plus de droits de vote et les Chinois vont les détruire grâce à leurs alliés)
      – les Pays du Golfe n’ayant pas pu lancer leur monnaie commune ce 1er janvier, le jour où elle sera créée, nous verrons alors quel bloc ils choisiront. Et ce sera le très probable vainqueur.)

      Et comme vous l’écrivez à la fin de votre article : Meilleurs vœux à tous pour une excellente année.

    2. Je viens de finir la lecture de l’article de jc Werrebrouck. Si vous avez lu « La sortie de la crise », mon article publié en décembre dans le No 157 de Le Débat, vous aurez noté la similarité de nos analyses… ce qui ne me retiendra pas de dire que son texte est excellent !

  19. De toute évidence l’équilibre (dynamique )n’est pas la situation observée. Il suffit de considérer les échanges US/Europe avec Chine .L’équilibre est il envisageable dans le contexte actuel? Cela ne vaudrait que si l’économie était une science cad soumise aux lois nautrelles.
    Hors l’économie est avant tout le résultat de choix et de décisions humaines et de leurs interactions. D’ailleurs l’éconiomie chinoises n’est que le produit du déséquilibre (accumulations de capitaux ) des économies occidentales.

    Les économies occidentales se sont développées lentement par leur marchés intérieurs signifiant ainsi la part croissante de la population ayant un rôle dans le fonctionnement de l’économie. Le point crucial étant que ce rôle est double: producteur et consommateur. Dès lors que ce critére n’est plus vérifié, pour les participants d’un périmètre donné, alors on peut dire que l’économie dérive, c »est à dire qu’elle produit une accumulation de capital et/ou dettes. Mais il me semble que l’un est le corollaire de l’autre, car il n’y a pas création de richesse ( au sens macro ). Et comme le dit justement Paul cela conduit à la surproduction. L’exportation, tant vantée par nos politiques n’est rien d’autre que le besoin qu’a une economie de consommateurs non producteurs.
    Ce qui revient à dire qu’une économie optimisée pour l’accumulation de capital (intérêts+bénéfices) a forcément besoin d’une qui ne l’est pas. Ce qui ne peut marcher durablement. Tout comme le producteur non consommateur qu’est la chine. Je pense que la ‘science’ économique est inopérante dans la recherche de cet équiibre car elle ne sait pas conserver dans ses représentations l’impératif de la non séparation des rôles producteur/consommateur. Cela est du ressort de la politique de le poser comme grandeur élémentaire de la pérénité economique.
    La première evidence dans ce sens est un seul corpus de règles pour tous (constitution économique de Paul). Pour patienter jusqu’a son avènement, la réflexion de Paul permet de dégager quelques principes de pilotages de bon sens:
    – suppression des intérêts et/ou des privilèges de prêteurs: permet de limiter l’accumulation de capital + restreints l’offre de crédits et par voie de conséquence la surproduction (on diminue ainsi les risques et donc la raison d’être objective de l’intérêt )
    – taxe consigne sur toutes les matières 1ére et énergie non renouvelables appliquée dès l’extraction pour les usages industriels
    – reports des taxes sur les outils de production au lieu du travail.
    – pilotage de l’économie en indexant sur la masse salariale distribué les investissements, le capital, l’endettement ( ce qui se fait peut être déjà mais selon des règles différentes et inapropriées)
    – instauration d’un revenu universel afin de simplifier l’administration et de sortir du champ politique les questions qui servent surtout à ces derniers pour faire leur commerce de voies éléctorales

    1. Très bonnes résolutions, Ervita.

      Mais pour cela, il faudra que l’Humanité soit suffisamment adulte pour limiter les trop grandes prédations.
      Et c’est pas demain la veille…

  20. Indépendamment du vecteur argent ( mais j’ai bien compris que c’est au parcours de ce dernier que l’on s’intéresse dans ce billet ) , est ce qu’une société comme tout organisme vivant n’est pas condamnée à mort quand elle consomme plus de richesse-s- ( énérgie-s-?) qu’elle n’en produit ?

    Quand la » croissance » est aussitôt confisquée , que ce soit pour des causes de malversations humaines , ou des causes naturelles ( ça coûte plus cher de rétablir le minimum de ressource nécessaire à la survie , que de transformer et consommer cette ressource ).

    Qui a -t-il de plus économiquement stupide qu’une station d’épuration ?

    Mais pardon de sortir de l’objet strict du billet .

    1. Bonjour Paul,

      je viens d’aller voir l’article dont vous indiquiez le lien.

      Tout en partageant l’anlyse de M. Allais, je m’étonne que l’auteur de l’article indique que vous auriez pris la position suivante:


      Les deux auteurs estiment que le système bancaire ne doit sa survie qu’à l’intervention publique et qu’il est donc, de fait, nationalisé. Mais là où Johnson y voit un choix politique, Jorion estime qu’il n’y avait pas d’alternative.

      Il me semblait au contraire que vous (= Paul Jorion) regrettiez la position d’Obama, ce qui laisserait entendre qu’une autre solution était possible.

      Qu’en pensez vous?

      Cordialement

      Bruno Lemaire.

    2. Je n’ai pas lu le Débat (pas encore) mais si l’on se réfère aux écrits déjà connus de Paul on peut supputer les raisons pour lesquelles Lemaître a écrit ce qu’il a écrit.

      Il n’y avait pas d’alternative dans le sens où le non renflouement des banques après la faillite de Lehman Brothers aurait provoqué l’effondrement pur et simple du système financier au niveau mondial. C’est à cause de l’urgence d’une situation qu’il y avait absence d’alternative. Cela n’a rien à voir avec un problème politique, à ce stade.
      La critique de Lemaître peut facilement induire une lecture à contre-sens chez tout lecteur qui ne connaîtrait rien des thèses de Paul. Bref, c’est un article sans grand intérêt si ce n’est celui de citer quelques auteurs et de les catégoriser en fonction de critères très flous.

      Le sort réservé à Paul frise la désinformation car le lecteur non averti pourra croire que Paul Jorion se caractériserait par l’adoption d’une posture — virulente — alors qu’en réalité ce sont ses analyses qui sont radicales et originales ce dont il n’est fait nullement mention dans l’article, laissant au contraire penser que Paul serait moins pertinent que Simon Johnson ou Gréau, car moins politique, un comble quand on sait comment Paul en anthropologue fort d’une connaissance intime des rouages de la finance décortique, déconstruit minutieusement et méthodiquement le système capitaliste. Autrement dit quand on sait que Paul fait de l’économie politique. Ce qu’il fait sans prôner le renversement du système ni son remplacement ex nihilo par un autre système clé en main ; les solutions viendront d’abord s’appliquer en certains des points névralgiques et cruciaux du système existant avec des conséquences pourtant non dénuées de radicalité !

  21. De la valeur réelle d’un SMS…

    @Scaringella en particulier, et à tous en général.

    Tous ceux qui se sont efforçés au cours des âges de définir la véritable « valeur » d’un bien ou service ont échoué, que ce soit les tenants de la valeur travail, du coût de production ou de toute autre valeur intrinsèque.

    Aucun bien ou service n’a une « valeur » intrinsèque, plus ou moins stable.

    Si un bien est proposé sur un marché, parfait ou imparfait, et qu’il rencontre un acheteur, il continuera à être produit, dès lors que son coût de production est inférieur à son prix de vente, prix de vente qui dépend de l’état du marché.

    Pour le SMS, si vous acceptez de payer 10 centimes pour un service qui revient 3 centimes à l’opérateur, tant mieux pour l’opérateur. Dans un tel contexte, nous sommes dans un monde olipolistique, ou aucun opérateur n’a vraiment intérêt à baisser ses prix de vente, jusqu’à ce qu’un nouvel entrant, Free au hasard, essaye de s’y risquer. Lorsque les cablo-opérateurs ne gagneront plus d’argent sur ce marché, ils lanceront autre chose: la télé sur mobile par exemple …

    Cordialement,

    Bruno Lemaire.

    PS. Aucun marché n’est « parfait », aucun marché n’est « en équilibre », et les livres de micro-économie qui racontent que les entreprises produisent jusqu’à ce que leur coût marginal égale le prix de marché n’ont sans doute jamais travaillé dans une entreprise. Mais, cela, les lecteurs de ce blog le savent sûrement depuis longtemps.

  22. L’article de Jean-Luc Gréau est (également) tout à fait passionnant car il est aussi l’un des rares a avoir prévu la crise du crédit, dès 2005 . Pour ceux qui ne le connaissent pas, cherchez ses articles sur Google …

  23. Si on le garde sous le matelas et que la déflation est la , apparait un interet passif de pouvoir d’achat qui ne résulte d’aucun pret . Si on supprime l’interet sur le pret, on ne supprime pas l’interet sur le pouvoir d’achat à moins d’envisager quelque chose comme une monnaie fondante, chère à Mr Finch.

    1. La monnaie fondante de S. Gesell est une piste de monnaie complémentaire qu’il faut sans doute creuser, elle a le grand mérite de lutter contre la thésaurisation. La question, bien sûr, est de savoir si ses inconvénients l’emportent sur cet énome qualité.

      Cordialement

      Bruno Lemaire

    2. Patience, j’arrive!
      Je prépare un comentaire pour distinguer mieux épargne et thésaurisation!
      Quant aux prérendus « inconvénients » de la monnaie fondante, l’inconvévient est surtout celui que les économistes n’arrivent pas à analyser convenablement ce qui se passe, hormis François Leclerc et les geselliens.
      Le fonctionnement de la monnaie est trop « simple », mais la plupart des auteurs cherchent midi à 14 heures!

  24. 1-correction : « Qu’y a-t-il… »

    2- Paul Jorion : je n’ai pas lu où Lemaître parlait de virulence . C’est une critique reçue en off?

  25. Bien sûr je sais que Mr Jorion est favorable à de petites avancées qui pourraient produire de grands résultats.
    Je suis prêt à abandonner mon goût pour les utopies radicales en faveur d’améliorations mineures. D’accord.
    Mais s’il-vous-plaît donnez-moi un exemple récent qui confirme cette possibilité.
    Toutes les modifications mineures de ces temps derniers vont vers un peu moins de solidarité et un peu plus de barbarie.

    La démocratie ? La belle affaire : pour qu’elle fonctionne il y faut d’abord de véritables hommes d’état.
    Je sais qu’après la guerre on en a eu un : il avait quand même le souci de l’ensemble du peuple.
    Hors voici le gros problème de la démocratie : c’est que vous ne pouvez voter que pour ceux qui se présentent…
    Et ceux qu’on nous a proposé récemment ils avaient le souci de qui ? Ils nous étaient présentés par qui ?
    Alors si la démocratie n’en est plus une, sur quel levier allons-nous nous appuyer pour faire passer les (bonnes) petites transformations mineures ?

    Il y a des réponses connues à cette question mais aucunes ne me plaisent: les guerres, les révoltes, les révolutions, etc…
    Ce n’est pas les gentils blogs sur Internet qui vont nous mener en douceur vers le nouvel ordre mondial que nous souhaitons.

    Tiens ,à propos, j’ai bien entendu quelqu’un parler, en 2009, de son intention d’imposer « un » nouvel ordre mondial.
    Et de ce côté là on a : le temps, l’argent, la police, l’armée, la finance, les médias, la pub, les faux économistes, les faux anthropologues, la baraka quoi !
    Je me trompe ?
    A plus

  26. Tout ce billet de Paul relève des investigations pointues de Clifford Hugh DOUGLAS (1879-1952), grand – praticien – de l’économie industrielle et analyste pointu de la composition des prix dans les processus de production. J’en ai parlé d’assez nombreuses fois ici et ailleurs. Et je vois ici que je fais très mal mon travail, car aucune allusion, ou presque rien, n’est faite aux découvertes expérimentales de Douglas. Il est vrai, et pour cause! que ses découvertes mettent à mal la dominance bancaire dasn le monde. Tous les prétextes, y compris les plus fallacieux, ont été avancés dans le passé pour écarter les propositions salubres de Douglas. Pourtant, Douglas est au cœur du sujet bancaire, monétaire et financier. Au lieu de cela l’on continue à faire des « exégèses » sur Keynes et consorts et d’assez nombreux autres « pontes économiques », des « génies » auquels on doit, au final, les crises qui nous terrassent.

    Nous espérons des traductions de Clifford Hugh Douglas en français. On peut lire ceci, ci-dessous, en français, très accéssible, et en tirer tout le parti possible. L’auteur, J. Crate Larkin, était un américain de Buffalo qui avait complètement intégré l’investigation et la technique élaborée proposée par Douglas du vivant de ce dernier. J’ai déjà transmis ce lien ici, mieux vaut je pense plusieurs fois que jamais, quelque soit le lectorat, y compris, bien sûr (et surtout?) celui du blog de Paul Jorion: (il y a des références religieuses qui, selon les exigences des lecteurs, peuvent être sautées; ainsi l’on peut lire 94 pages en continu sur les 112 pages de cet opuscule en ligne, soit de la page 13 à la page 106)

    http://www.michaeljournal.org/Larkin_fr.pdf

    Ainsi, les prêts à la production, relèvent de la partie B de la formation et la composition des prix chez Douglas, cette partie B se rapporte aux revenus des actionnaires de par les prêts à la production effectués par les actionnaires. Même si des actionnaires vivent dans le grand luxe, ils ne peuvent pas faire 10 banquets par jour, ne logent pas dans 10 maisons à la fois (même de grand luxe), ne s’habillent pas avec 25 costumes à la fois (même de chez les plus grands couturiers), s’ils ont un yatch(s) et un avion privé(s) cela non plus ne suffit pas nécessairement à « achever » (et de loin) leurs « dépenses », etc. Les prêts à la production représentent un circuit financier lent et long par rapport à l’autre catégorie financière qui constitue la partie A dans la composition des prix.

    Les prêts à la consommation, donc, relèvent pour l’essentiel de la partie A dans la formation et de la composition des prix chez Douglas. Ces prêts à la consomation, eux, dépendent d’abord des revenus salariaux dont Douglas souligne qu’ils participent par leurs achats (y compris les achats les plus courants et indispensables) à la rémunération des capitaux engagés dans le processus de production (partie B). Douglas prouve que cette rémunération des capitaux ampute d’autant le pouvoir d’achat des salariés et d’autres catégories de producteurs, donc de la catégorie A.

    Douglas a trouvé qu’un prix de vente d’un objet de consommation contient un gros 1/3 qui est formé uniquement par l’accumulation des dettes toutes catégories de toutes les entreprises ayant participé à la fabrication (énergie, matières premières, transports, sous-traitances, à nouveau transport, etc, etc) de l’objet ou du service mis en vente. L’architecte et économiste en activité, très avancée en économie, Madame Magrit Kennedy trouve, 80 ans après Douglas, des résultats tout à fait similaires et même un peu supérieurs (et je crois qu’elle ne connaissait pas Douglas, à vérifier si elle le connaissait ou pas).

    Donc les acteurs économiques se trouvant dans la catégorie A des prix de vente ne peuvent – AUCUNMENT – acheter toute la production. Il s’agit de leur production, car c’est eux qui la font, bras et matière grise, c’est un comble! C’est l’occasion de l’entrée en lice du crédit. Celui-ci est rémunérateur mais pas pour les producteurs… pour les actionnaires seulement. Ainsi, pour assayer, et à grands frais, d’écouler la production, tous les artifices du marketing massif si nocif et empoisonnant l’environement (et dans les têtes!), faussant les perceptions, etc, sont mis en œuvre avec les dégâts à terme qu’on perçoit de partout à présent. « Il faut », par tous les moyens que le marketing fasse « éponger » la production par les « achats » presque forcés des producteurs (ces futurs prisonniers définitifs du crédit) soumis à la « férule » du marketing intensif. C’est le début de la spirale infernale des crédits sans fin et la perdition qui s’en suit.

    On voit ce qui suit: la catégorie A est frustrée de son pouvoir d’achat (ne parlons même pas des impôts qui constituent le coup de grâce…). Un exemple très rapidement rappelé: à 5% d’intérêt on paie – deux – fois sa maison en 20 ans. Pourquoi payer 2 fois? À quel titre? EST-CE NORMAL?? Tandis que la catégorie B, même si elle nage dans le luxe inouï sous une pluie de dollars ou d’euros ou autres, ne pourra – jamais – absorber toute la production.

    Ces deux catégories relevant de A et de B existant dans les prix ne peuvent donc JAMAIS acheter A + B. Quelque soit les directives et les partis politiques qui triomphent temporairement. Il faudra donc que A + B puisse acheter A + B. C’est très possible et réaliste à faire. Car ces 2 circuits, le court-A et le long-B qui existent déjà, mais leur intrication fait que ces 2 circuits ne marchent JAMAIS, sauf, c’est tristement banal et permanent, pour les déjà plus riches…

    Les acheteurs « A » paient à eux seuls la plus grande proportion de la rémunération des capitaux. Incroyable mis vrai.

    Je le rappelle encore une fois. Il y a environ ~300 millions d’actionnaires dans le monde, (dont 50% sont de nationnamité étatsunienne) ce sont ceux qui sont classés B chez Douglas; bien sûr parmis eux seuls les actionnaires fortunés font la moyenne du pouvoir d’achat de tous les concernés dans cette catégorie B. On voit que 300 millions de personne, ce sont environ 1 personne sur 22 par rapport aux 6,75 milliards d’habitants actuels de la Terre.

    Il y a donc 1/22 habitans de la Terre qui est un actionnaire, 1 actionnaire sur 22 non actionnaires. Si l’on soustrait les enfants, les écoliers, les étudiants, les malades, les handicapés, etc., toute personne empêchée de travailler pour d’autres raisons qu’économiques, etc., cette proportion: actionnaires/non actionnaires dans le monde peut, sans trop de risques d’erreur, être estimée globalement à 1/13 ou 1/14. Soit 1 actionnaire pour 13 ou 14 actifs (y compris bien entendu les chômeurs). Ainsi, en résumé, 14 hommes et femmes ne peuvent pas acheter complètement les produits qu’ils fabriquent et dont ils ont besoin. Certains d’entre eux seulement sont solvables pour qu’on leur accorde un prêt à la consommation et ces derniers, outre le remboursement du capital, devront payer des intérêts bancaires écrasants des décenies durant. Dans d’innombrables pays pauvres seulement 4 ou 5% des gens ont « accès aux marché des capitaux », pour les autres, il n’en est même pas question.

    La réforme financière trouvée expérimentalement par Douglas, connue sous le nom de Crédit-Social (1) qui n’a pas pu être démontrée fausse (ou alors l’arithmétique serait elle-même fausse) déplait énormément aux milieux bancaires et financiers, eux-mêmes commanditaires des milieux politiques, car cette réforme financière transférerait la « sacro-sainte » – politique monétaires – des banquiers aux instances sociales, tandis que les banques commerciales, ayant alors une couverture à 100%-monnaie, ne prêteraient plus que l’argent de leurs déposants, faisant ainsi leur seul vrai métier. Des dispositions pourraient faire en sorte que tout l’argent de l’épargne ne finisse pas, à la longue, dans de moins en moins de poches qui ne manqueraient pas de dominer le marché mnétaire en siphonant régulièrement l’argent disponble de la masse monétaire dans leurs seules esarcelles. Mais c’est là un autre débat, certes incontournable, mais l’on ne peut pas tout faire de front.

    J’ai bien l’impression que toutes les discussions, les réflexions, pour géniales qu’elles soient, passent, on dirait que c’est un fait exprès, à côté de ces éléments de base de l’économie industrielle (et agricole), chassis de toutes les autres types d’économie dont la réforme en faveur légitime de la société n’est – presque – rien dans son apparence. Cette féforme ne toucherait rien à l’organigramme social existant et pouvant alors se perfectionner, elle couperait salubrement de l’herbe sous les pieds de la politique en installant en amont de la politique un organe technique sain et efficace.

    (1) on peut dire aussi Argent-Social, c’est la même chose

    1. @Rumbo,

      je ne connais pas assez les oeuvres de douglas pur pouvoir en discuter ici, mais ce que vous en dites est assez alléchant.

      Je vais donc essayer de creuser les points que vous soulevez, en parcourant les oeuvres indiquées.

      Quoiqu’il en soit, et dans l’état actuel de mes connaissances 😉 ,je pense que des gens comme Douglas, Gesell ou Even ont été mis sous le boisseau par la pensée dominante, et m^me par Keynes, qui les avait sans doute lu (pour Even, je ne sais, pour Douglas et Gesell il l’écrit lui-m^me je ne sais plus où).

      Keynes a eu pour mérite, m^me si c’est en terme alambiqués, de remettre en cause la loi de Say (l’Offre crée sa propre demande, au moins ex ante) et de parler de thésaurisation intempestive.

      Il a aussi parlé des « travaux bidons » (du type des chantiers nationaux) qui consistent, au lieu de donner directement de l’argent (mon fameux Revenu Minimum de Dignité, appelé par d’autres Revenu d’Existence) aux chômeurs et/ou aux plus démunis, de leur faire creuser des trous et de les reboucher, en les payant pour cela.

      Cela lui évitait de réfléchir plus avant sur les problèmes d’adéquation entre la Production et la Consommation, et surtout sur l’argent gagné et l’argent dépassé.

      D’où la question qu’il a refusé d’aborder: d’où vient l’argent…

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

    2. Keynes associe dans « le royaume des morts » (in the underworlds) de la pensée économique Karl Marx, Silvio Gesell et le Major Douglas [page 32 de Keynes, The General Theory of Employment, Interest and Money, Londres : MacMillan [1936] 1974] La traduction française de Jean de Largentaye – qui n’y comprend rien – dit : « dans la pénombre de Karl Marx, de Silvio Gesell et du Major Douglas » (page 44).

  27. Lemaître :

    ‘il fallait une preuve de l’impopularité de la finance, Le Débat (novembre-décembre) la fournit au-delà de toute attente. Cette revue que dirige Marcel Gauchet, intellectuel habituellement pondéré, publie cinq articles sur « l’après-crise » que d’aucuns pourraient considérer comme autant de brûlots davantage à leur place dans Alternatives économiques que chez Gallimard.

    1. Effectivement . Connotation partisane ou facilité de journaliste ?

      Mais après tout , « brûlot » ne m’avait pas heurté comme un jugement péjoratif . En tous cas en se référant au sens originel , vous voilà définitivement repéré comme marin breton . Vous êtes donc bien intégré sur la côte atlantique .

  28. Sur l’endettement massif des états (ou de certains d’entre eux) et des ménages (ou de certains d’entre eux).

    J’ai écrit un peu plus haut (et c’est que je disais à mes étudiants quand ils avaient la gentillesse de m’écouter- pas très souvent) que je ne croyais pas aux situations d’équilibre, et que je me méfiais des modèles « la carte n’étant pas le territoire », m^me si je les ai enseignés pendant des décennies.

    C’est pour cela que je me permets de reprendre une question qui me semble apparaître en filigrane dans nombre de commentaires ou de billets récents, sur ce blog et sur d’autres.

    Autant il est évident « comptablement » que le montant d’argent prêté est égal au montant de l’argent emprunté (lapalissade ?) autant je m’interroge sur la qualité de l’argent emprunté vis à vis de l’argent prêté.

    Je m’explique: quand j’emprunte à un ami 10000 euros (oui, j’ai de très bons amis), mon ami va avoir 10000 euros de moins.
    Pour simplifier, je vais supposer que c’est en liquide, et que ces 10000 euros passent du matelas de mon ami au mien (non, je ne vous donnerai pas mon adresse).

    Supposons maintenant que, par un coup de baguette magique, tous les emprunteurs rendent instantanément aux prêteurs la totalité de leurs prêts. Qu’est ce qui va changer?

    Si les prêts/emprunts ne concernaient que des particuliers, vous pourriez me dire: pas grand chose au niveau monétaire, la quantité de monnaie n’ayant évidemment pas changé, quelle que soit la définition que chacun donne à la monnaie. Au niveau psychologique, il en irait sans doute différemment.

    Maintenant, si l’on généralise, et si l’on range parmi les prêteurs nets (c’est à dire ceux qui, globalement, sont plutôt prêteurs qu’emprunteurs) les banques, est-ce que cela va être différent?

    Je laisse cette question ouverte à la sagacité des lecteurs de ce blog, même si j’ai évidemment une petite idée sur la question.

    Mais pourquoi cette question? En fait, on dit que les dettes abyssales vont finir par emporter le système actuel (ce que je crois tout à fait). Mais, pourquoi, si la totalité des dettes est égale à la totalité des prêts, et si c’est seulement une question de vases communicants, on devrait trouver une solution, n’est ce pas? Le problème serait-il mal posé, ou insuffisamment cerné? Là encore, je laisse, en ce début d’année, cette question ouverte.

    Bon week end à tous, cordialement,

    Bruno Lemaire

    1. Réponse à cette question dans « L’argent, mode d’emploi » (Fayard 2009) : Appendice : Un outil analytique pour la monnaie : pages 371 -392.

      Dans toutes les bonnes librairies !

    2. Piqué au vif par cet échange, j’ai sorti mon (précieux) exemplaire de L’argent mode d’emploi, onéreusement acquis dans une bonne librairie, et relu vite fait l’appendice sus-mentionné où il est raconté qu’un billet de 100 euros permet d’annuler des dettes pour 600, simplement parce que X doit 100 euros à Y qui en doit lui-même 100 à Z, etc. Donc, si à l’inverse l’on ne vous rembourse pas 100 euros que l’on voit doit, alors vous ne pouvez pas rembourser les 100 que vous devez à Tartampion, et lui-même ne peut pas rembourser les 100 qu’il doit à Untel, etc. Les défauts de paiement ne peuvent que s’enchaîner en cascade, provoquant un effet d’avalanche à partir d’un certain seuil. Ce seuil est largement atteint lorsque, selon la formule de Paul, « tout l’argent qu’on a doit servir à payer la dette ».

  29. @Paul,

    je l’ai (votre livre) commandé chez Amazon, laissez moi un peu de temps ;-), au moins de le recevoir.

    (Et tant mieux si vous répondez par avance aux questions qu’un économiste pas vraiment académique se pose en fin de carrière 😉 )

    Cordialement

    Bruno

  30. Monsieur Jorion,
    que faîtes-vous des gens qui investissent dans des fonds, lesquels achètent DES ACTIONS d’entreprises ?

  31. Cher Paul, voici un commentaire détaillé de votre billet, heureusement pas trop long!

    Vous écrivez:

    Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne

    1)Celui qui dispose d’argent le dépense ou ne le dépense pas. S’il le dépense, il achète avec son aide des marchandises qui ont été produites, autrement dit il retire du marché des marchandises. S’il ne le dépense pas, il peut le garder sous son matelas, le thésauriser, et rien ne se passera.

    JF:
    En toute rigueur, il se passe bien quelque chose! L’argent dont dispose l’agent économique, s’il ne le remet pas en circulation en le mettant sous le matelas, manque au niveau des biens et services qui ne peuvent être écoulés pour l’exact montant du volume thésaurisé! Autrement dit, le circuit monétaire se rétrécit d’autant, et nous avons un phénomène de sous-consommation (ou de surproduction).

    2)Jorion:
    S’il le place, il le met à la disposition des marchés de capitaux. Là aussi, il ne se passera rien s’il n’y a pas de demande pour ces capitaux, et le résultat est le même que s’il l’avait placé sous son matelas.
    JF:
    « S’il le place », en banque notamment, cela veut bien dire qu’il le prête à la banque, comme vous le signalez aussi dans votre livre. A ce moment-là, l’argent reste dans le circuit. Le « pas de demande pour ces capitaux » ne peut être, car, sinon, la banque ne l’aurait pas accepté et nous serions dans le cas de la thésaurisation (cf1)). Il est vrai que les entreprises et les ménages sont souvent insuffisamment demadeurs de capitaux à emprunter, car le problème de solvabilité et de capacité de remboursement deviennent aigues comme le signale aussi François Leclerc. Par contre, les états se substituent souvent alors comme emprunteurs sur les marchés des capitaux.
    Les banques doivent absolument trouver une solution rémunératrice pour l’argent placé.
    Sans doute, l’autre « solution » qu’elles trouvent, ce sont des placements spéculatifs à risque élevé et à rendement (théorique) élevé, à condition qu’elles ne se plantent pas. Dans ce cas, les banques spéculent avec les économies des épargnants afin de pouvoir rémunérer les épargnants.
    Un moment donné, cela va dans le mur, et les spéculations bancaires (les actifs bancaires que vous connaissez bien) deviennent des « actifs toxiques » que seules les banques centrales peuvent couvrir en les prenant en pension contre de la monnaie centrale.
    La monnaie centrale qui ne peut revenir dans la production-consommation, faute de prespectives de solvabilité, reste cependant « placée » dans les BC et génèrent des intérêts (faibles, mais sûrs) pour les banques qui restent donc profitables, notamment les TBTF (too big to fail).

    3)Jorion:
    Ou bien il trouve emprunteur pour son argent et il y a ici deux cas de figure : il s’agit d’un prêt à la production ou d’un prêt à la consommation.
    Premier cas : prêt à la production. Les sommes prêtées sont utilisées comme avances et permettent, combinées au travail, de créer des marchandises et un surplus financier – une « rente » (qui sera partagée comme intérêts revenant au prêteur, profit allant à l’industriel et salaire revenant au travailleur). Une fois consenties les dépenses associées à sa survie, chacun de ceux-ci aura alors – s’il lui en reste – le choix de dépenser cet argent en biens de luxe, le thésauriser ou le « placer ». Quoi qu’il en soit, des marchandises auront été produites. Le placement dans des prêts à la production génère donc des marchandises qui se retrouvent sur le marché.
    Dans le second cas, celui d’un prêt à la consommation, la somme est prêtée et celui qui en dispose l’utilise pour acheter un objet de consommation, c’est-à-dire cette fois-ci pour retirer une marchandise du marché. Il remboursera la somme empruntée à partir de son salaire, et c’est donc comme si ce salaire avait été dépensé de manière anticipée. Une partie de son salaire sera consacrée à rembourser le prêt et une autre, supplémentaire, au paiement des intérêts. Ceux-ci reviennent au prêteur, qui pourra alors (une fois consenties les dépenses associées à sa survie) à nouveau placer ces sommes, soit comme un prêt à la production, soit comme un prêt à la consommation.

    JF: Vous décrivez cela dans votre livre très bien.
    Il me semble, cependant, que ces deux cas, prêt à la production tout comme prêt à la consommation, ne sortent pas du cadre de la monnaie en circulation!
    L’argent prêté pour un investissement productif signifie que l’industriel réalise les équipements et la production pour le compte du prêteur qui, lui, ne l’a pas fait lui-même! Cela n’augmente pas ipso facto le volume produit dans l’économie, mais il s’agit d’un partage des rôles. On produirait autant dans le cas où les industriels pourraient s’autofinancer. Le crédit n’est en aucune façon une « anticipation » macrocroéconomique », mais seulement pour ’emprunteur qui produit en plus ce que le prêteur produit en moins. Ce problème des anticipations est encore une drôle de fausse théorie qui encombre l’économie comme il y en a d’autres.
    Pour les intérêts, c’est vrai, comme on sait, que c’est la part prélevée par le capitaliste, et, vous écrivez ailleurs aussi, c’est une rente ou un seigneuriage! Cela tient à la nature même de l’argent, bien sûr. Je m’en explique sur ce point suffisamment dans d’autres textes.
    L’argent prêté au consommateur, c’est assez comparable avec la production, car l’emprunteur consomme en plus ce que le prêteur consomme en moins.
    Il en résulte aussi un seigneuriage bien sûr, et toujours en raison de la nature même de l’argent.

    4)Jorion
    Il s’agit, on le voit, d’une mécanique subtile. Certains économistes considèrent que le système a tendance à s’équilibrer, d’autres soulignent que seules des simplifications excessives dans la modélisation conduisent à cette conclusion et qu’il s’agit en réalité d’une machine infernale où de multiples tendances en sens contraires déboucheront nécessairement à terme sur une catastrophe. On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation.

    JF:
    La dite surproduction que vous pointez vient du fait que la rente capitaliste prélevée par des capitaux trop concentrés ne peut, comme indiqué plus haut, pas véritablement organiser des débouchés des biens, services et le renouvellement des biens d’équipement, car les seuls solvables, à savoir les capitalistes eux-mêmes, n’achèteront pas la 11ème Rolls Royce quand ils ont déjà 10.
    Ils n’achèteront pas non plus les baraques financées par des hypothèques subprime, car cela ne correspond pas à leur standing et qu’eux aussi n’ont qu’un corps et ne peuvent pas occuper toutes ces maisons pour eux-mêmes… Ils ne peuvent même pas les louer, car les pauvres sont devenus trop pauvres pour payer les loyers.
    Il en résulte que la « solution » spéculative ou la solution thésaurisante est leur seule issue très provisoire, et il y a bien quelque chose de pathétique dans leur désarroi obscène.
    En fait, la spéculation est bel et bien la version ultime du processus spéculatif, car la thésaurisation est déflationniste, et, en cas de déflation, les créances se valorisent violemment.
    Il reste que, quand on considère l’argent comme cette « marchandise spéciale » qui reste sur le marché quand tous les biens, services et biens d’équipement ainsi que le travail humain ne font qu’apparaître sur le marché pour en disparaître via la consommation, cela n’est actuellement plus du tout assuré par l’argent tel qu’il est.
    Et pour que l’argent reste effectivement sur le marché EN TOUTE CIRCONSTANCE, soit pour être dépensé par le salarié, soit pour être prêté, il faut trouver un moyen de faire cesser la concentration troujours plus extravagante des capitaux.
    Et pour ce faire, il faudra bien attaquer la rente capitaliste à sa racine, à savoir au niveau de l’argent lui-même!
    Tant que cette monnaie est thésaurisable, elle sera aussi spéculante, et les fortunes croîtront selon la courbe exponentielle du capital générant des intérêts qui s’incorporent aussitôt dans le capital. Ce mécanisme des intérêts et des intérêts composés représente désormais, en revenus annuel, entre 40 et 50% du PIB, et le reste seulement est partagé entre les salariés.
    Symétriquement, la dette croît selon une même courbe exponenentielle, sauf que les débiteurs atteignent un point de non-retour quand leurs revenus et leur travail (surtravail) ne suffisent plus à servir leurs dettes.
    Je vous laisse conclure!

    1. Le « pas de demande pour ces capitaux » ne peut être, car, sinon, la banque ne l’aurait pas accepté et nous serions dans le cas de la thésaurisation.

      Ce n’est pas le cas : les banques ne disent pas « Ne déposez pas d’argent sur votre compte à vue le mois prochain parce que je ne saurais quoi en faire » – même si c’est le cas. Elles acceptent ces sommes, même si elles n’arrivent pas à les reprêter.

      Le crédit n’est en aucune façon une « anticipation » macroéconomique », mais seulement pour ‘emprunteur qui produit en plus ce que le prêteur produit en moins. Ce problème des anticipations est encore une drôle de fausse théorie qui encombre l’économie comme il y en a d’autres.

      Vous avez raison : le prêteur n’anticipe pas une création de richesse. La création de richesse lui est indifférente : il exige simplement le remboursement de la somme prêtée et le versement des intérêts. La manière dont l’emprunteur s’y prendra pour satisfaire à ses obligations contractuelles lui est bien égale. Les intérêts constituent un profit, cela constitue pour lui une motivation suffisante.

    2. quand les banques ne prêtent pas formellement, en achetant des obligations ou d’autres titres, elles placent et prêtent aussi bien, j’imagine que nous disons la même chose.
      Et c’est pourquoi la délimitiation entre banque de crédit et banque d’investissement n’est plus pertinente sans doute.

  32. « On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). »

    Ce n’est pas exact. Elle peuvent simplement débouchée sur des quantités énormes d’argent non utilisés (genre: dans le matelas). Mais en réalité, à mesure que la concentration de capitaux a lieu, les sommes sont dépensés en vertus des goûts et intentions de celui qui les contrôlent:
    – si c’est le gouvernement: penser grandes constructions publiques parfois utiles pour sa population, parfois grandioses et « éléphant blanc » typiquement associé au nom de tel ou tel président pour sa gloire personnelle
    – si ce sont de richissimes financiers (style usa) ou des dictateurs (style afrique): dépenses en somptueux châteaux de toutes sortes, jet privés, création d’empire in fine plus pour la gloire personnelle que pour la valeur réelle des placement (genre: acheter une compagnie de media, etc)

    « On devine aussi que le développement du crédit à la consommation débouche lui aussi sur une production de marchandises en quantités trop grandes, puisqu’une partie des salaires sera versée comme intérêts, augmentant chez celui qui les obtient, les capitaux susceptibles d’être prêtés, une fois de plus soit comme prêt à la production, soit comme prêt à la consommation. »

    Seulement vrai si le prêteur est un idiot (et je vous accorde qu’il y a en BEAUCOUP (sinon la presque totalité de nos jours) présentement). Un prêteur qui voit à son affaire, c’est-à-dire qui prête SON argent à l’inverse d’un banquier ou d’un ministre, cessera de prêter lorsque le salarié est trop endetté par rapport à sa capacité de paiement à venir (qui tient compte de son âge) et qu’il risque de ne plus être remboursé sur la totalité des capitaux investis. De plus, et c’est là l’essentiel, au fur et à mesure que le prêteur s’enrichit (de façon exponentiel dû à l’intérêt), ses possibilités de s’enrichir s’amenuise, les placements possibles devient rares, voire éventuellement quasi-inexistant. Mais le problème ne vient pas du prêt mais bien de: la concentration de la richesse

    Et c’est là où vous avez raison (et vous l’avez écrit ailleurs): la concentration de richesse lorsque trop grande crée des problèmes de société importants, et c’est exactement pour cette raison que les sociétés qui fonctionnent ont crées 2 outils pour y remédier:
    1) les lois anti-trusts et anti-monopoles
    2) l’impôt, et en particulier, et à mon avis, celui qui est le meilleur et devrait remplacer tous les autres: l’impôt sur la fortune
    C’est ce que n’ont jamais semblé comprendre ni les libertariens (qui ne pensent pas qu’un monopole soit possible! faut-il être à ce point idiots!), ni les néo-conservateurs (qui ne voit pas l’intérêt d’avoir une société équilibrée avec un minimum de répartition de richesse), ni les marxistes (qui cherchent la concentration du pouvoir – et donc par le fait même de la richesse – dans les mains d’une intelligentia ou nomenclatura très similaires aux néo-conservateurs et au pouvoir aristocratique même s’ils ne l’avoueront jamais!)

    Pour remedier à la situation le gouvernement doit
    1) laisser tomber les institutions financières qui en réalité jouent pour la plupart au casino avec l’argent de tous pour le profit de quelques traders et dirigeants. Je suis TRES décu que Paul Jorion se soit opposé à cette idée (à moins que je ne l’aie mal compris) et est approuvé le sauvetage des institutions « par nécessité ». C’est une erreur collosale éminemment mauvaise car cela a permis et va permettre encore plus la création d’une concentration spectaculaire de richesse aux mains de quelques banquiers qui de facto pourront tout contrôler via leur ressources financières (incluant les politiciens), scenario final que pourtant Paul voulait éviter!
    2) guarantir/rembourser les dépots banquaires perdus des petits particuliers et petites et moyenne entreprises jusqu’à une limite raisonnable
    3) imprimer de la monnaie (pour combattre la déflation) et la diriger vers ceux qui en ont le plus besoin: ce qui relancera très rapidement la bonne consommation (entendre: manger, vivre, se loger) et relancer par le fait même les industries qui y pourvoient
    3) remplacer graduellement tous les impôts actuels par
    a) l’impression de monnaie annuelle à un niveau égal à la productivité et qui ira directement au gouvernement. (l’impression de monnaie peut être vue comme un impôt)
    b) un impôt sur la fortune proche du taux de la productivité du pays

    J’en profite pour féliciter François Leclerc: ses billets réguliers sont des bijoux de concision et sont écrits dans un style tout-à-fait exceptionnel.

  33. Meilleurs voeux à tous ceux qui animent cet espace instructif et accueillant…

    Après avoir fini « La face cachée des banques » d’Eric Laurent, la question que je me pose, c’est :

    Par quel phénomène (cataclysme, pandémie, action d’éclat, que sais-je ?) ceux qui tiennent la barre politico-financière aujourd’hui vont-ils enfin la lacher, pour laisser l’alternative prendre son quart ?

    Mais que cela ne vous empêche pas de continuer à chercher le bon cap !

    1. Marquis de Laplace

      « On devine en particulier qu’une trop grande concentration du capital (qu’engendre nécessairement le versement d’intérêts) débouche automatiquement sur une production de marchandises en quantité trop grande, puisqu’elle génère des quantités énormes d’argent qui ne pourront pas être dépensées (ni en biens de première nécessité ni en biens de luxe). »

      Vous objectez que cela peut déboucher sur des « quantités énormes d’argent non utilisées » ou des dépenses somptuaires pour les Etats ou encore produits de luxe pour les très riches.

      Vous oubliez un aspect fondamental : le système actuel provoque l’insolvabilité des salariés la rémunération de ces derniers étant tout à la fois très inégalitaire et surtout de par sa masse globale moindre que celle du capital (intérêts et plus values boursières. )

      Dans une première phase , certes, la production se maintient voire augmente mais c’est parce qu’elle est dopée par le crédit à la consommation, mais dans une seconde phase d’un même processus — celui qui correspond à :  » la trop grande concentration du capital » — , les salariés après avoir vu la charge de leur dette augmenter (les intérêts à payer sur les crédits à la consommation et les emprunts immobiliers) se trouvent dans la nécessité de réduire leur niveau antérieur de consommation si bien que l’offre globale de produits sur le marché arrive un moment à surpasser la capacité d’endettement des consommateurs-salariés. La production des produits de luxe ne peut à elle seule résorber une demande globale de biens de consommations anémiée : les salariés pauvres et moyens sont, vous l’oubliez, bien plus nombreux que les riches et / ou les Etats aux dépenses somptuaires qui dépendent des recettes fiscales prélevées sur les salariés. Le marché des biens de luxe par définition limité à tous ceux qui tirent les bénéfices de la concentration du capital n’est pas extensible.

      Pour le reste vos solutions sont moins radicales que celle que propose Paul, lequel en interdisant les paris sur la fluctuation des prix ferme tout simplement le « casino » mondial de la finance. Vous restez sur une optique kéynésienne, de redistribution, alors que Paul prend le problème à sa racine là où l’on permet de faire de l’argent avec de l’argent avec pour effet de concentrer les richesses.

  34. “Ce qu’il advient de l’argent qu’on gagne” ?
    Moi, je pense qu’une grande partie de l’argent que l’on gagne va à l’état. Tout d’abord, l’état impose les employeurs (cotisations patronales) et les salariés (retenues salariales). Ensuite, il engrange beaucoup de rentrées avec les impôts indirects (TVA, accises….) : en effet, chaque fois que nous consommons un bien ou un service, nous sommes taxés (+/- 6 à 21%….) donc, plus l’argent circule, plus l’état « récolte » des impôts… Les impôts directs sont socialement le plus acceptables puisqu’ils sont proportionnels aux revenus, bien que certains veuillent les remplacer par une « flat tax »… Cet argent doit normalement servir la population (éducation, travaux publics, santé, armée…), mais depuis 30 ans, la notion de service public est progressivement remplacée par les valeurs propres au secteur privé, telles que concurrence, rentabilité, marketing, management… En Belgique, à la tête des ministères, il n’y a plus des fonctionnaires mais des top-managers, avec les salaires du top management du privé… La plupart des entreprises publiques ont été vendues : électricité, gaz… et on va essayer de « privatiser » peu à peu les universités, les écoles, l’armée. Ces services privatisés doivent être rentables et la population les paie de plus en plus cher… Le top management (politiciens, hauts fonctionnaires….) est souvent « confronté » aux « abus » et au clientélisme : dans certains cas, on peut même parler d’affaires familiales… Les fonctionnaires de base, par contre, sont, comme les ouvriers, payés le moins possible… De plus en plus, nous pouvons considérer l’état comme une entreprise privée telle une banque ; or, c’est peut être à ce niveau que les réformes sont les plus urgentes…

  35. Dans l’idéal, l’argent de l’Etat revient aux Citoyens, par la redistribution directe (aides, allocations, subventions,…) et indirecte (service public, constitution de capital fixe,…), les Citoyens les plus riches participant proportionnellement plus au « pot commun ».

    Mais aujourd’hui, c’est surtout les Citoyens les plus riches qui profitent le plus de l’argent des contribuables les plus pauvres. Par le « bouclier fiscal? » Entres autres, oui. Mais surtout par le fait que l’Etat s’est lui-même, avec notre assentiment passif (qui ne dit mot consent) privé du droit régalien de battre monnaie. L’article 104 du Traité de Maastricht, transposé en article 123 du Traité de Lisbonne, interdit à la Banque Centrale (européenne ou française) de prêter directement au Trésor Public. Résultat, celui-ci doit se tourner vers les marchés financiers, et emprunter, avec un considérable intérêt, les sommes qui ne servent pas aux riches. Moralité (si je puis dire) : les contribuables les moins aisés paient sur leur travail un impôt qui finira, comme intérêt, dans les poches des riches (par ailleurs largement exonérés de l’impôt par les niches fiscales, dont le « bouclier », mais aussi par la fraude, la fuite, et la dissimulation).

    M. Jorion a donc raison de pointer l’accumulation du capital comme facteur majeur de crise. Cependant, il me semble qu’il oublie une importante question, qui vient avant « où va l’argent que l’on gagne » ; c’est « d’où vient l’argent que l’on gagne », et surtout, « l’argent que l’on gagne est-il de la vraie monnaie? »

    Les riches, de plus en plus riches, « vident » la masse monétaire nécessaire à l’économie réelle, pour la placer dans des titres financiers, qui, aujourd’hui, représentent à près de 90% des prises de garantie contre des hausses ou des baisses d’actifs sous-jacents, qui sont eux-mêmes des paniers de titres plus ou moins rentables (dérivés de dérivés et dérivés au premier ordre). J’ai donc le sentiment que l’intérêt gagné par les uns n’est pas vraiment « transformé » en le salaire reçu par les autres. En effet, la masse monétaire dite « M1 » augmente, mais elle augmente moins vite que celles dites « M2 » et « M3 », qui justement représentent, en grande partie, les placements des riches.

    Qui est à l’origine de la monnaie dans M1? Selon les explications de M. Jorion, c’est la Banque Centrale, et elle seule (beaucoup d’auteurs ne sont pas en accord avec cette théorie, je me dois de le souligner, même si je me dois aussi de souligner que beaucoup de personnes défandant une idée fausse n’en feront pas une vérité).

    Comment se fait-il que M3 augmente à un taux supérieur à celui de M1, ou même que M1 augmente plus vite que la somme des dépôts en Banque Centrale + somme des pièces et billets en circulation? Selon M. Jorion (si j’interprète correctement ses écrits), c’est par le prêt successif à plusieurs emprunteurs du même euro M1. Mais si cela est bien le cas, l’augmentation de (M3-M1) à un taux supérieur à celui de M1 impose que certains prêts sont comptabilisés simultanément, ce qui revient à dire que le même euro M1 « appartient » en même temps à plusieurs personnes. Ou bien qu’il a été « multiplié », sous forme de « promesses d’euro M1 » accordées simultanément à plusieurs emprunteurs.

    Par qui, et comment, sont fabriquées les promeses de monnaie qui alimentent M1, (M2-M1) et (M3-M2)?

    Comme ce sont seulement les plus riches, ceux qui sont aussi aux commandes de la règlementation et de la politique, qui profitent de ce système étrange, je me demande sérieusement ce qu’il y a de caché là-dessous. En effet, si il est possible de « multiplier » les promesses d’euros M1 par des règles bancaires qui profitent aux riches, sans que le système des « vrais » euros M1 ne s’effondre, pourquoi les Etats ne pourraient-ils pas s’appliquer à eux-mêmes ces mêmes règles, plutôt que de payer des intermédiaires privés pour le faire à leur place, et au prix fort?

    Les mécanismes de la création monétaire (car la monnaie est un objet sociologique, pas un donné naturel : quelqu’un, quelque part crée la monnaie) sont obscurs, et très orientés. M. Jorion affirme que la Banque Centrale crée toute la monnaie, et que cette monnaie circule, étant prêtée et empruntée de nombreuses fois, ce qui explique l’augmentation de la somme des dépôts, comptabilisée sur une période donnée.

    Cependant, les faits exposés ci-dessus amènent à penser que certains acteurs du circuit bancaire ont la capacité, sinon le droit, de prêter plusieurs fois simultanément le même euro ; ce qui s’apparente à un droit de création monétaire supplémentaire, qui ne résidrait pas entre les mains de la Banque Centrale, étant entendu que ce qui est créé n’est pas de la « monnaie », au sens restrictif où l’entend M. Jorion, mais des « promesses de monnaie ». Dans ces cas, l’emprunteur est-il informé, ou floué? Il pense être légitimement l’unique propriétaire d’un euro, escomptable immédiatement et à vue au guichet de sa banque, mais se trouve en réalité en compétition avec plusieurs autres propriétaires, qui pourraient théoriquement, même si la probabilité en est faible, venir au même moment réclamer la réalisation de « leur » promesse. Il paie un prix pour cette « pleine propriété », mais ne l’a pas. Par contre, celui qui « prête » l’euro empoche plusieurs fois le prix demandé pour le prêt (l’intérêt).

    A ce point, il est légitime de se demander si, par exemple, le même euro peut être prêté plusieurs fois à l’Etat, donnant lieu à versement de plusieurs intérêts d’emprunt par celui-ci, et donc à une captation accélérée des prélèvements sur le travail des contribuables moins aisés, au bénéfice direct des prêteurs riches? Ce qui revient à se demande si il ne serait pas plus juste que l’Etat puisse lui-même promettre plusieurs fois un même euros à plusieurs de ses débiteurs, en sachant (séries statistiques à l’appui) que seul 1/X demandera effectivement, et pour une durée limitée, la réalisation de cette promesse?

    C’est exactement cela, le droit régalien de battre monnaie. Droit qui est aujourd’hui concentré dans les mains de la Banque Centrale indépendante du politique, mais aussi, apparemment, dans quelques autres, privées, qui se gardent bien de s’en vanter, après avoir stérilisé celui aux mains de l’Etat.

    1. Dans ces cas, l’emprunteur est-il informé, ou floué ? Il pense être légitimement l’unique propriétaire d’un euro, escomptable immédiatement et à vue au guichet de sa banque, mais se trouve en réalité en compétition avec plusieurs autres propriétaires, qui pourraient théoriquement, même si la probabilité en est faible, venir au même moment réclamer la réalisation de « leur » promesse. Il paie un prix pour cette « pleine propriété », mais ne l’a pas.

      A ce point, il est légitime de se demander si, par exemple, le même euro peut être prêté plusieurs fois à l’Etat, donnant lieu à versement de plusieurs intérêts d’emprunt par celui-ci, et donc à une captation accélérée des prélèvements sur le travail des contribuables moins aisés, au bénéfice direct des prêteurs riches ?

      Merci d’avoir formulé la question de cette manière qui me permet de mieux comprendre l’un de ses aspects. Comme vous le savez, dans « L’argent, mode d’emploi », je me suis intéressé uniquement aux flux monétaires dans une perspective « objectiviste », je dirais purement physique, que j’ai résumée à partir d’un principe de « conservation des quantités » dont j’ai pu mettre en évidence qu’il n’était jamais enfreint. Le point de vue que vous adoptez est au contraire purement « subjectiviste » : fondé sur l’angoisse : c’est une autre lecture, liée à ce que le psychanalyste appellerait la « dynamique libidinale », que j’ai évoquée de manière générale (pages 109 à 115) mais pas spécifiquement en effet dans le cas du dépôt sur un compte en banque.

    2. Bonsoir.

      Merci Brieuc : votre commentaire est littéralement passionnant. J’y retrouve la volonté de comprendre ce qui rapproche les deux thèses en présence ici, sur la création monétaire : les promesses de payer produites par les banques privées ne sont pas de l’argent, même si on s’en sert comme si ça en était ; on peut même parler de fausse monnaie.

      La réponse de Paul est également encourageante.

      J’ai particulièrement apprécié cette formulation de Brieuc :

      Par qui, et comment, sont fabriquées les promesses de monnaie qui alimentent M1, (M2-M1) et (M3-M2) ?

      Comme ce sont seulement les plus riches, ceux qui sont aussi aux commandes de la règlementation et de la politique, qui profitent de ce système étrange, je me demande sérieusement ce qu’il y a de caché là-dessous. En effet, s’il est possible de « multiplier » les promesses d’euros M1 par des règles bancaires qui profitent aux riches, sans que le système des « vrais » euros M1 ne s’effondre, POURQUOI LES ÉTATS NE POURRAIENT-ILS PAS S’APPLIQUER À EUX-MÊMES CES MÊMES RÈGLES, plutôt que de payer des intermédiaires privés pour le faire à leur place, et au prix fort ?

      Paul, as-tu une réponse à cela, s’il te plaît ?

      Paul, est-il possible de faire de l’analyse de Brieuc un point de départ de discussion (un billet invité) ?

      ——-

      Par ailleurs, Paul, est-ce que tu as lu l’analyse littéralement passionnante (que quelqu’un a signalé ici même il y a quelques jours) (et qui pourrait, elle aussi, faire un splendide billet invité) : « La Crise : Scénario pour 2010 », de Jean-Claude Werrebouck, professeur d’économie à Lille 2 ?

      http://www.lacrisedesannees2010.com/article-la-crise-scenario-pour-2010-42124131.html

      Le plan de ce document captivant (à lire, à digérer et à faire lire), est le suivant :

      Les États et la monnaie

      Les États de Droit et la monnaie.

      La perte du pouvoir monétaire.

      La difficile répudiation douce de la dette.

      Les voies souterraines du desserrement de l’Étau monétaire et financier.

      Vers la guerre monétaire ?

      Chaque paragraphe compte, chaque mot compte, ce document est une clef de compréhension, il projette plusieurs rais de lumière intense et inédite sur la crise, et les solutions (crédibles !) qu’il décrit sont d’une radicalité stupéfiante. J’ai été scotché par ce texte.

      Qu’en penses-tu, Paul ?

      Amicalement.

      Étienne.
      ________________

      « L’information sur les parties en présence et leur offre ou leur demande en capital est en effet précieuse : elle permet aux intermédiaires que sont les banques de se positionner de manière stratégique sur des opérations menées sur la base de leurs fonds propres — ce qu’elles ne manquent jamais de faire.

      À partir de leur position d’intermédiaires entre prêteurs et emprunteurs, les banques sont parvenues à constituer la finance en un empire qui ponctionne une part toujours croissante sur les flux monétaires engendrés par l’économie, faisant de la finance un secteur parasitaire par rapport à celle-ci. »

      « L’argent, mode d’emploi », Paul Jorion, p. 290.

      Paul, est-ce que tu as imaginé DES MESURES contre ces délits d’initiés systématiques ? (Ces malhonnêtetés aggravées, ultra dommageables pour la société, justifieraient à elles seules, selon moi, de jeter tous les banquiers en prison, ou au moins, de les exproprier sans indemnités.)
      ________________

  36. Il FAUT donc absolument intégrer aux analyses macro-financières le paramètre temps.
    De la même façon que le trade haute fréquence le fait.
    Une armée de fourmis trafiquent en même temps sur les mêmes masses monétaires…et s’arrachent des parts de liquidités qui ne sont pas « légalement » partageables.
    Ceci crée des trous énormes » fugitivement » dans les masses.
    Tout dépend de l’heure à laquelle on décide d’observer la fourmilière.
    Au moment de bilans, des comptes et des statistisques les trous ne se voient pas, il n’est pas « correct » de les voir.

  37. à Tartar

    Nous sommes en pleine psychanalyse pure et dure…
    Attention : les trous dans le réel provoquent toujours des effets d’après-coup sur une ou plusieurs générations ensuite.
    C’est bien ici que nous détruisons le futur des générations à venir, encore plus sûrement qu’en détraquant le climat… mais il est aussi détraqué par ces mêmes trous (d’ozone et autres !)

    Certains pensaient qu’il suffisait de créer quelque part un petit coin de paradis pour que de proche en proche tout se remette d’aplomb… Aujourd’hui nous sommes dans la nécessité de modifier radicalement le global et nous n’avons comme moyen que de modifier le local partout : c’est une équation paradoxale à résoudre d’urgence si nous ne voulons pas disparaître à échéance courte et fixée.

  38. Les très intéressantes interventions, dans l’ordre, de Brieuc Lefèvre, Paul Jorion, Étienne Chouard, puis l’écho bien bien perçu de Tartar. Ces interventions m’inclinent à souligner le fait que le traitement de l’argent est comparable à celui des sportifs, surtout les champions sportifs dans les compétitions sportives décisives. Tout le monde jure respecter les règlements et les contrôles (hrhmm…), mais le dopage est généralisé à ce niveau et bien évidemment, au grand jamais, l’on se hasarderait à étaler au grand jour les « formules chimiques moléculaires miraculeuses » qui donnent ces résultats stupéfiants. Stupéfiants dans tous les sens du terme, car frelatés. Tous les autres sportifs
    – réglo – sont « hors course » car respectueux des règlements, ils attendront longemps, sinon toujours, pour se hisser dans les premiers du classement…

    En d’autre termes, est-il possible que les – BILANS DES BANQUES -, cet antre obscure entre tous de magiciens ici « spécialisés », ne soient plus l’élément DÉTERMINANT qui, au final, assure la « pérénité » de ce système particulièrement nocif, prédateur et létale pour toute les sociétés productrices. On ne peut que constater que les « quantités » ne reflètent pas elles-mêmes la production des biens et leur accessibilité normale et juste comptablement. Car au fond, – ce qu’il y a dans le bilans des banques – conditionne le sort heureux ou malheureux, mais toujours malheureux, ingrats, fait de suites de turpitudes sans fins pour les plus nombreux et toujours les mêmes, ingratitudes interminables dont l’origine est autant objective par les chiffres bancaires donc QUI NE REFLÈTENT PAS les rélités économiques quelques soient les conservations des quantités monétaires, que subjective, car justement, le thermomètre du bilan des banques est manipulé (entre autres exemples le 2 avril 2009, le jour même du G20 à Londres, Londres une fois de plus… etc).

    L’antagonisme jamais mis en refief: bilans des banque-VS-sociétés producrices, doit disparaître et le bilan des banques ne refléter financièrement – pour les sociétés productrices et personne d’autre – que les progrès physiquement possibles et de plus en plus écologiquement possibles dans tous les processus et les techniques de production. C’est cela une finance saine. Et jamais, au grand jamais, le règne absolu des groupes financiers et de leurs affidés.

  39. @Tartar, 4/01/10 08:16

    Vous avez raison: le TEMPS est un facteur primordial. C’est bien ce temps qui permet à un euro prêté à Mr. Blue pour une durée t1 d’exister en tant que promesse d’euro EN MEME TEMPS que le même euro prêté à Mr. Pink pour une durée t2. Durant le laps de temps (t2-t1), le même euro est PROMIS simultanément à MM. Blue et Pink.

    Or, chacun va considérer que l’enregistrement de cette promesse, telle qu’il la lit sur le relevé de son compte courant, EST de la monnaie. Chacun va dire « j’ai un euro », et le dépenser pour subvenir à ses besoins. La promesse va circuler de compte en compte, passant parfois entre des mains réelles sous forme réelle (pièce de 1 euro), pour finir par s’éteindre, au moment ou Mr Blue et Mr Pink rembourseront le prêt qui leur a été accordé.

    En fait, j’ai le sentiment, de par ma propre analyse, que les trous n’ont rien de fugitif, malheureusement, et que le système bancaire, pour ne pas laisser dévoiler la supercherie, doit absolument réussir à « boucher » autant de trous qu’il en creuse. Autrement dit, accorder autant de crédits nouveaux qu’il s’en éteint par remboursement des termes échus. Sinon, les comptes courant vont avoir de plus en plus de mal à être alimentés en promesses d’euro, frauduleuses pour l’esprit cartésien, mais nerf de la guerre pour l’économie réelle. C’est le scénario du « credit crunch », tant redouté au plus fort de la crise financière de l’automne 2008.

    J’ai le sentiment que les banques exploitent à fond la faille, le gap, entre le moment d’accorder un crédit, et le moment de trouver les fonds nécessaires à le couvrir. Dans l’interstice temporel se glisse de la « promesse de monnaie » non couverte, qui génère de l’intérêt, mais ne coûte rien à la banque. C’est sans doute là que les défenseurs de la création monétaire par les banques voient la dite création.

    1. Comme je l’ai dit, cette « monnaie non couverte », n’existe que comme fantasme au niveau de l’angoisse du déposant. C’est ce dont Allais parle aussi : le déposant qui s’affole, « Peut-être que quelqu’un d’autre possède en ce moment MON argent que j’ai mis à la banque ! »

      Au niveau des flux, il n’y a pas de « trous », seulement une « conservation des quantités ». Les angoisses individuelles ne constituent pas un système, c’est pour cela qu’il est impossible d’un parler au niveau global. Les flux, oui : c’est pour cela qu’on peut parler des flux monétaires comme d’un système cohérent. C’est pour cela que dans « L’argent, mode d’emploi », je me contente de parler de ce niveau-là.

    2. @Brieuc et @Tartar

      le mécanisme temporel – et temporaire – dont vous parlez me semble tout à fait intéressant à creuser. Se pourrait-il qu’en annalysant différemment les stocks de monnaie, et les flux monétaires, on ait enfin une piste pour réconcilier les tenants des différentes théories monétaires portant sur l’augmentation de monnaie. Et, plus intéressant encore, une piste pour aborder l’augmentation continuelle des ratios M1/monnaie centrale, M2/monnaie centrale, M3/monnaie centrale, en allant au delà de simples interrogations sur les variations de la vitesse de circulation de la monnaie.

      J’avoue qu’il est tentant de creuser la question.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

  40. Et pourtant, M. Jorion, j’ai bien souvent lu et entendu que les systèmes reflétaient justement ce que ceux qui les font en pensent, et la manière dont ils ressentent. L’angoisse de « perdre » un dépôt sur lequel il base sa fortune ne pourrait-elle pas pousser (un tout petit peu) le banquier à créer un système où il ne prête pas vraiment sa fortune, mais juste une promesse d’en donner un petit bout en cas de demande appuyée?

    Le système bancaire est construit sur la cupidité des hommes. Ne nous attendons donc pas à ce qu’il reflète autre chose, au fin fond de lui-même, ni à ce qu’il soit construit en vertu de principes rigoureux et altruistes.

    1. Cela confirme l’idée que l’establishment financier préfère voir circuler une interprétation complotiste du mécanisme du crédit plutôt qu’une interprétation correcte mais anxiogène et susceptible de déboucher sur une panique bancaire (voir « L’argent, mode d’emploi » : 177-180).

    2. « Cela confirme l’idée que l’establishment financier préfère voir circuler une interprétation complotiste du mécanisme du crédit plutôt qu’une interprétation correcte mais anxiogène et susceptible de déboucher sur une panique bancaire (voir « L’argent, mode d’emploi » : 177-180). »

      Est ce également l’avis de Schumpeter qui écrit pourtant  » Tout paiement d’une dette annule un dépôt – qui naturellement ne vaut qu’au sein d’un système bancaire assurant l’ensemble des activités de compensation sociale. » et  » Tout crédit bancaire et tout investissement bancaire crée un dépôt (au sens d’avoirs en compte-chèques).  » ?
      Je veux dire: fait-il parti lui aussi du complot ?

    3. Puisque vous avez un exemplaire de « L’argent, mode d’emploi » sous les yeux, vous aurez donc pu lire ceci :

      « Schumpeter explique la genèse de l’idée que les banques commerciales « créent de la monnaie ex nihilo », et la justifie d’ailleurs également, dans le premier volume de son Histoire de l’analyse économique, déjà citée. Après avoir décrit le mécanisme des « réserves fractionnaires » qui permet, comme nous l’avons vu, aux banques de prêter la plus grande partie de l’argent déposé sur les comptes-courants de leurs clients, il explique que ce mécanisme permet à la monnaie de circuler à une certaine vitesse mais, constate-t-il, cette vitesse n’affecte pas « l’habitude qu’ont les gens de détenir certaines sommes de ce qu’ils considèrent comme argent comptant, comme argent liquide » (ibid.), et il ajoute :

      « Aussi peut-il paraître plus naturel de dire que les banquiers augmentent non pas la vitesse mais la quantité de la monnaie – ou des moyens de paiement qui, en de certaines limites, font aussi bien office de monnaie, si l’on souhaite réserver ce terme pour les pièces de monnaie, ou pour les pièces plus le papier d’État » (Schumpeter [1954] 1983, Tome I : 445). »

      Schumpeter suggère donc dans ce passage qu’il serait « plus naturel » – ce sont ses propres termes – d’évoquer la vitesse de circulation de la monnaie comme une augmentation de sa quantité. Et il clarifie ce qu’il veut dire par là quelques lignes plus bas, quand il ajoute que

      « … les emprunteurs ont véritablement le sentiment de disposer de moyens liquides qui sont, normalement, tout aussi bons que la monnaie. On ne dit plus que les banques « prêtent leurs dépôts » ou l’ »argent des autres », mais qu’elles « créent » des dépôts ou des billets de banque ; elles paraissent fabriquer la monnaie plutôt qu’en augmenter la vitesse… (ibid.)

      (page 150 – 151) »
      Cela se trouve vingt pages avant le passage que vous citez, cela n’aurait pas dû vous échapper !

    4. Jean Marie Harribey ne semble pas du tout de votre avis… et Schumpeter est très clair dans  » Théorie de la monnaie et de la banque « 

  41. M. Jorion,

    En quoi votre démonstration de la couverture parfaite de chaque euro prêté (la conservation des quantités) est-elle anxiogène? Si vous avez raison, je ne vois pas de raison pour l’establishment financier de se priver d’une explication aussi limpide et rassurante : un euro existe, cet euro est prêté, puis remboursé, et rendu à son propriétaire initial.

    Par ailleurs, l’interprétation que vous faites de ces petits mots (« pas vraiment ») dans votre livre, à la page 178, est votre interprétation, certes honorable mais toute personnelle, et donnée en tant que telle (pas d’appui d’autres auteurs, pas de démonstration puisée à la source d’une théorie monétaire) ; permettez-moi de ne pas la partagez, ou à tout le moins de ne pas la considérer à ce stade comme exclusive. J’imagine parfaitement, de mon côté, que ce « pas vraiment » reflète, en une formule sibylline, le fait que les banques ne considèrent pas UN compte particulier et ses mouvements particuliers comme une ressource pour appuyer leurs crédits, mais bien l’ENSEMBLE des comptes de dépôts enregistrés chez eux, et inscrits comme des actifs dans le compte d’exploitation. La compensation au jour le jour des mouvements antagonistes de retrait et dépôt leur laisse une « masse » de ressource à peu près constante à disposition. Donc, ce n’est « pas vraiment » votre argent qui est prêté, mais un montant total dont le maximum est proche de la somme « moyenne » des dépôts enregistrés. Or, comme chaque retrait de votre part entraîne, à répartition des parts de marché des dépôts constante, un dépôt à peu près équivalent sur un ou plusieurs autres comptes au sein de votre banque, « votre » argent reste disponible, car la banque possède toujours assez d’actif pour vous donner satisfaction, au cas où vous auriez besoin de « votre » argent.

    La « conservation des quantités » ne devrait donc pas faire peur à l’establishement, au contraire! A moins que vous n’ayez en réserve une autre explication « correcte mais anxiogène »? Ce qui me forcerait à penser que la « conservation des quantités » serait une manière de désamorcer tout à la fois l’angoisse et la théorie du complot. Rassurez-moi : vous ne « roulez » tout de même pas pour l’establishement, en profitant de votre influence publique pour noyer quelques poissons?

    1. Comme je l’ai déjà dit : il ne s’agit pas de pétitions où il est important de réunir le plus grand nombre de signatures. Il s’agit de comprendre comment ces mécanismes fonctionnent, le fait que des gens prestigieux ne les aient pas compris est regrettable, c’est tout ce qu’on peut en dire.

    2. @Brieuc et à Paul,

      j’ai un peu de mal à comprendre à la fois la question de Brieuc et la réponse de Paul (mais je n’ai pas encore lu le livre de Paul, en commande pour mes étrennes).

      S’il s’agit de comprendre le mécanisme de l’épargne et de la thésaurisation, je pense que l’on connaît à peu près tous le circuit de la monnaie fiduciaire – lorsqu’elle ne finit pas sous un matelas.

      S’il s’agit, par contre, de dire que l’éventualité de crises de liquidité et de panique financière peut être angoissante (c’est ainsi que je comprends le sens du mot « anxiogène »), là encore je pense que tout le monde est à peu près d’accord, que l’on fasse, ou non, partie de gens prestigieux.

      La question, qui est peut être celle posée par Brieuc, ou pas, mais que je pose en tout cas, est celle-ci:

      par quel mécanisme, ou par quels mécanismes, une crise de liquidité peut-elle survenir (sachant que, prestigieux ou non, l’histoire m’a appris que cela s’est parfois produit)

      Merci de m’éclairer sur ce point,

      cordialement, Bruno Lemaire

  42. M. Jorion,

    Certes, des gens prestigieux n’ont rien compris pendants des lustres à la théorie de l’évolution, à celle de la circulation sanguine, ou à la dérive des continents. Mais vous parlez de l’effet anxiogène, sur le commun des mortels, du prêt de l’argent déposé en compte courant. Or, si les gens prestigieux dont vous parlez ne comprennent pas ce qui se passe, ni ne sont d’accord avec votre explication, ils ont à tout le moins l’instinct affûté pour percevoir l’effet bénéfique de votre vision du système : une explication qui d’une part met à bas la possible anxiété du déposant lambda, et d’autre part exonère les hautes sphères bancaires de tout opprobre complotiste.

    Je m’étonne donc que ces gens prestigieux n’aient pas, depuis longtemps, sauté sur une pareille explication. Elle aurait tout de même été bien plus simple et bénéfique que d’allez inventer des usines à gaz pour expliquer qu’ils ne « prêtent pas vraiment votre argent ».

    Mais peut-être pensez-vous surtout aux prestigieux auteurs qui apologisent depuis des décennies sur la création monétaire par les banques privées? Eh bien il me semble que les plus nombreux sont justement issus, et parfois encore partie prenante, de ces hautes sphère de la finance. La plupart des textes légaux, des opuscules, brochures et dépliants de vulgarisation des banques privées et même centrales, sont fondés sur la théorie de la création monétaire par le crédit bancaire.

    Ou bien ils ont tous une bonne raison de penser que cette théorie est vraie (le mimétisme est une bonne raison), ou bien ils ont un gros problème de « com’ « , comme on dit de nos jours.

    Cela dit, vous ne répondez pas à ma question.

    1. Rebonsoir Brieuc, Paul, Johannes et les autres.

      En suivant S. Gesell, les mécanismes monétaires seraient trop simples pour que les gens « cultivés » – souvent pédants – les comprennent, ou, mieux, veuillent les expliquer.

      Ce peut être une raison pour que les mécanismes monétaires soient rarement expliqués en profondeur, voire abordés, dans les cours d’économie, ce ne serait pas assez « sexy », car trop simple. Cette explication « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » pourrait peut être éviter de croire à un certain « complot ».

      Ou alors, comme le disait l’épistémologue Kuhn, il faut attendre que toute une génération (depuis Gesell, c’est plutôt de 4 générations qu’il faudrait parler) ait disparu pour qu’une théorie correcte des mécanismes monétaires soit enfin enseignée.

      Quoiqu’il en soit, merci de me répondre sur les raisons épisodiques des crises, potentielles ou réelles, de liquidité, sachant qu’un sou est un sou, un euro un euro, et que la loi de la quantité constante doit bien se retrouver quelque part, m^me dans un concept de crise.

      Cordialement,

      Bruno Lemaire.

    2. « ils ont à tout le moins l’instinct affûté pour percevoir l’effet bénéfique de votre vision du système : une explication qui d’une part met à bas la possible anxiété du déposant lambda, et d’autre part exonère les hautes sphères bancaires de tout opprobre complotiste. »

      Vous trouvez que cela met à bas l’anxiété du déposant lambda, de savoir qu’il pourrait ne pas récupérer l’argent qu’il a mis en banque? Demandez un peu aux argentins (leur nom colle au problème en plus) ce qu’ils en pensent, eux qui ont perdu leurs dépôts lors de leur crise (en 2002, si je me souviens bien). Encore aujourd’hui, ils gardent leurs économies sous le matelas.

      http://www.global-gestion.fr/gestion/pdf/revuepresse/2008-10-16-CHALLENGES.pdf

  43. Thésaurisation, méfiance et anxiété: encore une istoire de pigeons…

    @moi, et à tous,

    effectivement, ce sont surtout les petits épargnants qui perdent gros, si l’on peut dire. Non seulement on leur fait croire que leurs économies « sonnantes mais surtout trébuchantes » vont servir à alimenter le circuit économique – ce qui n’est que très partiellement vrai, mais encore ils pensent aussi en tirer une certaine sécurité, sinon une sécurité certaine.

    Sacré système banco-financier, qui utilise le fameux « voile monétaire » des économistes de l’école de Chicago ainsi que des discussions plus ou moins ésotériques sur la véritable provenance de l’argent, pour éviter qu’on demande où va cet argent, ce qui est quand m^me LA question.

    La réponse est pourtant de plus en plus connue: elle va pour une bonne part aux revenus « non gagnés », c’est à dire aux capitalistes. On amuse la galerie avec des boucs émissaires, certes coupables, comme Madoff, Bouton ou consorts (qu’on ne sort pas assez, d’ailleurs).

    Mais le fond du problème n’est pas là. Il est que l’argent n’est pas utilisé pour le bien du plus grand nombre, mais essentiellement pou r l’intérêt de quelques uns.

    Je reste libéral, mais pas pigeon (pas trop du moins). Sans contraintes fortes, claires, précises, compréhensibles, le libéralisme – de droite comme de gauche – va à sa perte.

    Cordialement,

    Bruno Lemaire.

  44. Sur le forum oléocène:

    A fin octobre:

    Masse monétaire « officielle »: Total M3 = 9401 Md€

    Ne font pas parti de la masse monétaire:
    – Titres de créance d’une durée de > 2 ans = 2611 Md€
    – Dépôts remboursables avec préavis > 3 mois = 135 Md€
    – Dépôts à terme à > 2 ans = 2174 Md€
    – Capital et réserves des IFM = 1729 Md€

    total: 6649 Md€

    En ce qui concerne les prêts accordés par les IFM

    – assurances et fonds de pension = 92 Md€
    – Autres intermédiaires financiers = 997 Md€
    – Sociétés non financières = 4731 Md€
    – Crédits à la consommation ‘ménages) = 628 Md€
    – Crédits immobiliers (ménages) = 3520 Md€
    – Autres prêts (ménages) = 770 Md€

    Sous total: 10739 Md€

    Prêts aux administrations publiques = 994 Md€
    Prêts aux non résidents zone euro = 2807 Md€

    Sous total = 3801 Md€

    Total général = 14540 Md€

    Avis du forumeur ayant soumis ces informations: « c’est sur ce total général de 14540 Md€ que s’applique l’intérêt versé aux IFM (banques et sociétés de crédit): à 5% en moyenne ca fait 727 milliards d’euros par an… »

Les commentaires sont fermés.