L’euro à la merci des banques, par Jean-Pierre

Billet invité.

L’euro est en crise. A lire les articles des commentateurs avisés, la responsabilité en revient aux différents canards boiteux au sein de l’Union : les fameux PIGS, comme les ont si subtilement nommés les milieux financiers. Leurs déficits galopant expliqueraient la débâcle actuelle, ils contribueraient à semer le doute auprès des investisseurs et à alimenter la panique. Mais à y regarder de plus près, les événements ne se sont pas déroulés de la sorte. Récapitulons brièvement les faits.

La Grèce est le gros souci de l’Union. C’est ce que nous serinent les médias, banques, économistes et finalement politiciens de tous bords. Certes, on ne peut nier que les finances de cet État soient dans un état lamentable. Depuis que le pays est gouverné par une nouvelle équipe, le déficit a subitement doublé, dépassant les 13% du PIB. Il ne faut pas s’étonner de la chose : les chiffres communiqués par le gouvernement précédent étaient embellis. Mais qui nous assure que les nouveaux soient fiables ? Personne, bien sûr. En réalité, cela n’a aucune importance. Tout ce qu’on en déduit formellement est que la Grèce est dans la dèche. Son nouveau gouvernement a calculé ses besoins pour cette année : 53 milliards d’euros. Sans doute la seule donnée fiable de tout cet imbroglio.

Mise sous pression, la Grèce a dû démontrer qu’elle avait un plan de redressement approprié. L’Europe et ses membres lui ont d’ailleurs fait la leçon : si elle ne parvient pas à réduire son déficit à 3% du PIB d’ici 2012, les sanctions tomberont. Il n’est initialement fait aucune allusion à une quelconque aide de la part de l’Europe. Le pays doit s’en tirer seul.

Et il s’affaire, ce petit pays. Il convoque un consortium de banques qui doit lui élaborer un emprunt international digne de ce nom. Le Crédit Suisse est choisi pour le diriger. Ce dernier s’accoquine avec la Deutsche Bank, Morgan Stanley et Goldman Sachs pour mener la besogne à son terme. La Grèce souhaite récolter 5 milliards d’euros à cinq ans. Ces quatre banques lui concoctent un emprunt très attrayant et sollicitent les investisseurs. Ces derniers ne se font pas priés. Ils sont tout bonnement enchantés par les conditions qui leur sont offertes. Dame ! 4% de plus qu’un emprunt allemand équivalent, on ne rechigne pas à une telle aubaine. Les banques du consortium récoltent en quelques heures pour l’équivalent de 25 milliards d’euros d’intentions d’achat. Un succès qui permet à la Grèce de revoir les conditions initiales de son emprunt. Le coupon passe de 6,35% à 6,10%. Le gouvernement grec stoppe prématurément la souscription et se satisfait de 8 milliards en tout, quand même 60% de plus que prévu. Tout le monde est aux anges.

Jusqu’ici, rien de particulier à signaler. Le succès retentissant de ce placement vaut les louanges les plus élogieuses du monde politique européen, des banques et même de la banque centrale européenne. Ils sont unanimes : la Grèce est sur la bonne voie. Son problème sera résolu. L’Europe s’en tirera. Le lendemain, pourtant, le cours de cet emprunt qui se négocie déjà sur le marché secondaire chute de 3% d’un coup. Dans le monde obligataire, une telle variation est énorme. Que s’est-il passé ? Les investisseurs sont outrés. Ils affirment haut et fort avoir été floués.

On peut effectivement le craindre. Car si un tiers des ordres a été satisfait, il est impossible qu’une large part des deux tiers restant ne cherche à obtenir sa part sur le marché. Le cours aurait par conséquent dû résister, voire grimper. S’il chute, c’est que des investisseurs ayant acquis les titres les vendent précipitamment. Et cela le lendemain d’une opération couronnée de succès ?!? Non, on avance d’emblée l’idée que les banques ont falsifié leur carnet de commandes, pour attirer plus facilement les investisseurs finaux. Bien sûr, elles démentent. Alors quoi ?

On apprend le jour de cette débâcle que la banque américaine Goldman Sachs, membre du consortium, avait de sa propre initiative contacté les autorités chinoises pour lui demander si elles étaient intéressés par 25 milliards d’euros d’emprunts grecs. La Chine décline cette offre. Le gouvernement grec s’offusque d’être pris ainsi au dépourvu et condamne les agissements de la banque américaine. Saine réaction, avouons-le. Mais le mal était fait, l’attention des investisseurs s’est portée sur cette affaire. L’euro a souffert. C’est que bon nombre d’entre eux ont rapidement compris qu’il n’y avait pas que la Grèce dans un état piteux en Europe. D’aucuns ont commencé à se débarrasser d’un trop plein de titres souverains européens.

La Grèce et l’Europe sont les premières victimes de cette situation. Le pays, parce que l’affaire l’affaiblit et lui compliquera la vie lors de nouvelles émissions. L’Europe, parce que les oscillations de l’euro dépassent son entendement. Nos politiciens, eux, dans leur grande majorité, affirment que cette histoire n’est qu’un fait divers et que la baisse de l’euro est une bonne nouvelle pour les exportateurs. Ils oublient que les principaux exportateurs produisent des produits pointus dont le prix est non tributaire des mouvements des monnaies. Quant aux produits courants, l’Europe en importe davantage qu’elle n’en exporte (hors d’Europe).

Une enquête est toutefois ouverte sur ces agissements inhabituels. Une semaine après ces évènements, de nouveaux arguments sont avancés par les banques du consortium. La première explication concerne le carnet de commandes. Ce ne sont pas elles qui l’ont gonflé, mais les investisseurs. Pour être certains d’obtenir les titres tant convoités, certains investisseurs auraient commandé un multiple de ce qu’ils étaient véritablement capables d’assumer. Voilà pourquoi les 17 milliards manquant auraient disparu dès le lendemain.

Cette explication ne tient pas la route. S’il est vrai qu’on commande parfois davantage qu’on ne souhaite réellement, lorsque l’émission est clôturée on n’obtiendra qu’une fraction de la commande. Même celui qui serait privilégié et obtiendrait tout, donc trop par rapport à ce qu’il peut financer, trouverait facilement preneur pour le remplacer. Car, ne perdons pas de vue que si on gonfle sa commande, c’est qu’on croit dans ce qu’on achète. On ne dilapide pas son bien le jour suivant !

Cette explication rejetée, les banques en avancent une nouvelle, plus cocasse encore. C’est la faute au gouvernement grec ! Oui, ce dernier, suite au succès de son émission, avait promptement annoncé qu’il allait en lancer une nouvelle dans la quinzaine, un nouvel emprunt, mais à dix ans cette fois-ci. Cette annonce, affirment les banques, aurait tout d’un coup refroidi les ardeurs des investisseurs. Et prévoyant une chute future des cours, ils se seraient débarrassés des titres fraichement acquis.

Cette explication est encore moins convaincante que la précédente. On imagine mal un investisseur accepter une perte de 3% le lendemain de son acquisition parce qu’il est furieux. Si le succès de l’emprunt provenait de son différentiel par rapport aux emprunts allemands, pourquoi irait-il alors le vendre ? Et quant à la Grèce, on ne peut raisonnablement pas lui reprocher d’essayer de profiter de l’engouement qu’a suscité sa première émission de l’année. De plus, qu’est-ce qu’un emprunt annoncé à dix ans a à voir avec un autre à cinq ans ? Il s’agit de deux segments distincts du marché qui s’adressent le plus souvent à des investisseurs différents. L’argument ne tient donc pas du tout.

Il devient de plus en plus clair que ce sont les banques elles-mêmes qui ont occasionné cette débâcle. Et la suite confirme cette hypothèse. Les grandes banques ayant pignon sur rue sur les marchés internationaux ne se contentent pas de jouer le rôle d’intermédiaire financier qu’elles sont, mais agissent pour leur propre compte. Comme elles constituent l’intermédiaire incontournable de tous les marchés financiers, tout ordre, d’où qu’il émane, passe entre leurs mains. En outre, les banques font aussi fonction de teneur de marché. Ce sont donc elles qui déterminent le prix. Alors, pensez au magot qu’elles ont pu réaliser par la baisse orchestrée de l’euro. Et ceci en manipulant somme toute un tout petit emprunt à l’échelle mondiale. Voilà un bel effet de levier, avouons-le.

Elles ne se sont d’ailleurs pas arrêtées en si bon chemin. Outre les couvertures prises via les Credit–Default Swaps (CDS) contre les risques que présentent les PIGS, il leur fallait maintenant aussi faire fructifier ces derniers. Alors, quoi de plus simple que de s’attaquer aux Bourses et emprunts de ces pays ? Les politiciens européens en sont littéralement restés pantois. Les Bourses en question chutent, entraînant les autres dans leur sillage. Une panique s’installe chez les investisseurs réguliers. Ils ne comprennent plus. Nous allions sortir de la crise, nous affirmait-on sur tous les tons. Et voilà que cela craque à nouveau. Ces investisseurs emballeront la machine et les banques attendent tranquillement pour ramasser les magots délaissés. Dans l’intervalle, si leurs CDS le leur permettent, elles les exercent et encaissent encore plus sur le dos des investisseurs normaux.

L’histoire n’est pas finie. Parallèlement à tout cela, il y a les banques centrales occidentales. Elles avaient décidé à la fin de l’année passée qu’elles allaient stopper leurs largesses vis-à-vis des banques. Certes, elles ne le feraient pas abruptement, mais il fallait qu’elles se mettent à agir en ce sens. Il devenait indispensable d’étayer l’affirmation que la crise est résorbée et la reprise en route. Jusqu’à présent aucune de ces banques n’a changé sa politique. Quelques détails ont été adaptés, mais le gros des mesures subsiste.

Est-ce par mégarde, est-ce par oubli ou serait-ce sciemment, mais Jean-Claude Trichet, le très éclairé président de la BCE, a omis de signaler qu’il acceptait encore des titres grecs en guise de nantissement pour les crédits qu’il allouait aux banques. Cet oubli a fortement irrité les banques. Elles cèdent volontiers des emprunts d’état pour obtenir du crédit à vil prix auprès de leur banque centrale. Si les emprunts grecs ne sont plus recevables – parce qu’ils pourraient subir une nouvelle rétrogradation, nous dit-on – ils deviennent inutiles. Donc on s’en débarrasse. Voilà qui a fortement pesé sur le cours de ces emprunts. Et c’est exactement ce qui s’est produit. Tous les emprunts grecs ont chuté, tous de l’ordre de 3%, voire plus.

Mais ce faisant, ces banques ont placé les gouvernements européens devant une énorme responsabilité. Ils devront en effet faire très attention quand ils lanceront leurs emprunts. Les banques leur dicteront les conditions. Quant aux banques centrales occidentales, ces actions leur empêcheront de changer de cap. Les taux d’intérêt resteront faibles et stables encore un bon moment si les banques continuent librement ce petit jeu. Et elles préparent déjà la suite. L’agence Moody’s vient d’annoncer que si les USA ne prenaient pas de mesures draconiennes en matière de résorption des déficits, elle se verrait contrainte de rétrograder la notation du pays. En clair : la prochaine cible, après l’euro, c’est le dollar.

Quand empêchera-t-on ces banques de nous nuire avec autant de désinvolture ? Quand nos dirigeants politiques comprendront-ils le jeu malsain qui se déroule devant leurs yeux et qu’ils financent de surcroît ? Seraient-ils tous myopes, bornés ou, pis, incompétents ? Je n’ose le croire.

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85 réflexions sur « L’euro à la merci des banques, par Jean-Pierre »

  1. Speculation on secret economy talks
    There are reports some of the world’s top bankers are gathering in Sydney for secret talks on the…
    THE world’s top central bankers began arriving in Australia yesterday as renewed fears about the strength of the global economic recovery gripped world share markets.
    http://www.news.com.au/business/secret-summit-of-top-bankers/story-e6frfm1i-1225827289543
    Rien ne va plus, faites vos jeux………………..l’économie casino en conciliabules.

  2. En même temps, [ dans le nord ]
    Les grands argentiers du G7 chargés de conforter une reprise fragile………
    IQALUIT – Les ministres des Finances et banquiers centraux du G7 concluent samedi une réunion à Iqaluit (Canada), en principe sans publier de communiqué, mais en cherchant à rassurer sur leur objectif commun de conforter une reprise économique mondiale bien fragile.
    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iAyL3oqSRozK6zptVMCCQJBX_uVQ

  3. Si les faits évoqués par Jean-Pierre sont avérés, les états disposent de services aussi discrets qu’efficaces pour “refroidir” rapidement certains enthousiasmes malsains.

    Les “banksters” devraient vraiment commencer à s’en inquiéter.

    1. Je suis surpris que vous soyez le seul à avoir cette réaction!
      A la lecture de cet article, j’ai eu 2 sentiments:

      – Une profonde incrédulité, d’abord, qui m’amène à m’interroger sur les sources de ce billet explosif. Quelles sont elles?

      – La colère! Car si ce qui y est dit est vrai, les banques qui ont été maintenues à bout de bras par les états et le contribuable sont en train de leur reprocher les conséquences de ces efforts! Je n’attends rien du monde de la finance, mais là ils font fort quand même! Ce n’est ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre envers des états souverains. Ces états ont toujours été soit complices soit victimes de la finance, mais là j’ai l’impression que nos amis banquiers se sont attaqué à un très très gros poisson. Je ne parle pas de la Grèce ou du Portugal, mais de l’ensemble des pays de la zone euro. Si cette déclaration de guerre est comprise comme telle par ces pays, que croyez vous que puisse être leur réaction? Les états et les banques n’ont pas les mêmes moyens, pas les mêmes méthodes pour faire la guerre. La violence fait partie de l’arsenal légitime des états, je me demande si les banquiers l’ont oublié…

    2. @ Tchita

      Tenez, je crois que cet article paru dans le Financial Times vendredi dernier

      http://www.ft.com/cms/s/0/fef14154-11f5-11df-b6e3-00144feab49a.html?nclick_check=1

      reprend une partie de ce que je raconte mais vu sous un autre angle. Pour le reste, je me réfère aux dépêches et faits des marchés et relie tous ces comportements, connaissant les pratiques de ce marché, y ayant moi-même travaillé. Ensuite, les renseignements de subalternes au sein des banques qui, pour des raisons qu’on comprendra aisément, préfèrent rester anonymes, complètent l’ensemble.

    3. @ bien vu
      La différence entre les financiers anglo-saxons et les financiers européens c’est que les premiers n’ont rien à craindre des Etats européens et de la BCE, les seconds si . Et croyez moi ils savent très bien à quel jeu il ne faut pas jouer !

    4. Merci Jean-Pierre pour cet article de FT, ça atténue un peu mon incrédulité et fait croître ma colère… 😉

      Je ne suis pas familier avec les pratiques de ce milieu, mais est-il habituel de souscrire un CDS sur un emprunt d’état dont la demande de souscription est 3 fois supérieure à l’offre? Comme vous l’expliquez si bien, la montée semble assurée dans les heures qui suivent le déblocage des bonds.
      Du coup, les banques et hedge funds qui se sont couvert n’ont ils pas une belle tête de coupables de délit d’initié?
      On voit là encore un effet pervers du transfert de risque…

    5. @ Tchita

      Si un investisseur prévoit une détérioration quelconque d’un actif financier, il peut se couvrir via un CDS. Comme c’est un contrat réglé de gré à gré, il déterminera avec sa contrepartie les modalités de l’assurance. Il pourra par exemple convenir de se faire rembourser si le cours de l’emprunt chute de quelques pour cent ou s’il subit une rétrogradation. Le CDS peut en fait couvrir n’importe quel risque.

      Alors, dans le cas présent, sachant que les pays des PIGS sont sur la sellette, qu’ils risquent tous de subir une rétrogradation de leur note, il est parfaitement normal qu’un investisseur s’assure. Ne pas le faire lui serait reproché par les actionnaires. Mais là où les choses sont inacceptables, c’est que cet investisseur soit en mesure de créer l’évènement qui enclenchera l’exercice de son CDS. Tout le problème est là et nos dirigeants laissent faire, sans broncher.

      Paul Jorion a déjà évoqué cette pratique dans des billets antérieurs. Mais je vous convie à lire le reportage de Gretchen Morgenson et Louise Story, qui vient d’être publié dans le New York Times concernant la relation entre Goldman Sachs et AIG juste avant l’effondrement du second. Ce reportage confirme intégralement les suspicions énoncées par Paul. Les manipulations sont évidentes, mais on peut difficilement les démontrer de façon tangible, uniquement par recoupement. Vous constaterez, en effet, qu’aucune des parties impliquées ne veut confirmer ses pratiques propres.

      Bonne lecture : elle est édifiante !

      http://www.nytimes.com/2010/02/07/business/07goldman.html?th&emc=th

    6. Merci pour ces précisions Jean-Pierre. Je connaissais le principe des CDS, mais je n’avais pas conscience de la systématisation de leur utilisation. A dire vrai ce qui me surprend ici c’est de trouver encore des compagnies d’assurance pour signer ce genre de contrats en ces temps d’incertitude monétaire et obligataire.
      L’article du NYT est en effet édifiant. J’ai du mal à pleurer sur la chute d’AIG, mais GS plus que jamais ressemble à l’ogre de la fable.

      Pour en revenir à la remarque initiale d’Eomenos, je me demande quand un gouvernement va se décider à passer à l’action. Pas sûr qu’il fasse bon être dans les chausses du PDG de Goldman Sachs dans les mois qui viennent.

      @ Clemence Daerdenne
      Les services en question sont à mon avis les services secrets – section opération- , pas vraiment moraux, mais efficaces quand il s’agit d’expliquer à quelqu’un qu’il a franchit la ligne rouge…

      Je délire sans doute, mais je me demande si certaines dirigeants de banques ne risquent pas de consommer quelques sorbets épicés au polonium s’ils continuent leurs blagues…

  4. bonsoir,

    tout d’abord corriger un faux ami qui m’écorche les oreilles à longueur de journée, de grâce en français le terme US de “regulation” devient contrôle ou règlementation. On doit dire autorité de contrôle plutot que regulateur…
    Sinon sur le marché des devises que je pratique depuis un certain temps il faut bien en voir les deux faces, l’une officiel sur le marché organisé et l’autre, sombre sur les marchés de gré à gré en bank-to-bank ou encore plus sombre letter-to-letter. La taille des opérations est très souvent de l’ordre du Trillion (l’unité de base) mais la réside la grande différence entre Fed et BCE, entre dollar et euro : la fed contrôle sevèrement toute ces opérations en dollar. Je m’explique, toute opération de ce type depassant le 50Billions (donc evidemment toutes) doit satisfaire aux règles edictées par la fed et passé sous ses fourches caudines (vous devez obtenir l’agrément de la Fed). Et l’ecartement des dents est très très fin. Ne pas s’y plier c’est se voir blacklister avec toute la chaine d’intervenants , banques comprises pour des années. La BCE considère que le marché s’équilibre de lui même et donc a la différence de la Fed ne fait que subir la situation…

    @ françois leclerc,
    j’aimerais pouvoir vous poser qq questions en direct si cela est possible, vous avez mon adresse email…

    1. Les mots « réglementation » et « régulation » sont deux mots distincts qui renvoient à des choses distinctes mais il n’y a pas de raison de proscrire l’un des deux. Je suppose que vous ne proposez pas de remplacer « autorégulation » par « autoréglementation ».

  5. La Grèce n’a jamais eu de véritable devise après 1945.Avant l’Euro,une grande majorité des transactions étaient effectuées en Deutche Mark,le drachme vivotait au gré des humeurs touristiques…Imputer seulement la crise du pigs à l’euro,c’est oublier l’effet dévastateur des bulles immobilières et financières créés par une surévaluation de la livre sterling depuis 15 ans,dont les premières victimes sont les classes moyennes…britanniques, engagées dans un business colonial démentiel sur les cotes de ces pays exotiques au son du clairon des manipulateurs de la city.Au bout du chemin,des économies réelles dévastées,une colonisation à crédit détruisant les économies locales dans une grande partie de notre continent,et rendant difficile un retour à une productivité salvatrice pour réembaucher ces millions de chomeurs.Hélas,Le sud de l’Europe entame un processus économique équivalent à celui d’une grande partie du continent Africain à la fin du 20eme siècle.Au début le mirage fonctionne,tout ce petit monde semble s’enrichir et profiter des investissements des uns et des autres,mais les tricheries comptables et la pénurie ,transforment ce reve en cauchemar.

    1. Puisque le site de notre hote est aussi un blog politique et qu’il vient d’etre classé 4eme blog politique , je salue les camarades de l’Ile de Ré et je suis ravie qu’une section militante reprenne cet article de Jean-Pierre.

    2. Puisqu’une section socialiste a repris un article du site de Paul Jorion, j’invite d’autres sections à en faire de même, il est temps d’élargir nos horizons et de proposer d’autres lectures possibles.

  6. Mais non elle ne travaille pas à Pôle emploi, pire que ça Clemence est une de ces militantes blabla du parti socialiste.
    Dites moi vous aussi vous allez sortir un clip aussi génial que celui de l’UMP, pour sauver le pays ???
    Est ce que Jospin viendra chanter ? Allez vous nous refaire une balade dans Paris, la rose au poing ?
    Je vais vous dire Clemence, j’ai tout autant de respect pour le parti socialiste que pour l’ump, c’est bonnet blanc et blanc bonnet et toujours les mêmes vieilles recettes de part et d’autre qui ne mènent nul part.
    Il y a pourtant certainement autant au parti socialiste qu’à l’ump, des personnes valables, l’ennui c’est que pour l’instant, elles ne se montrent pas.
    Il faut dire que quitter les grosses machines politiques pour créer du neuf, c’est un tout autre travail et un tout autre combat que le blabla…
    Quand au terme camarades, ceux des goulags vous saluent …
    Camarades est à mettre dans le même sac que Déontologie.

  7. Et si nous parlions un peu de l’origine, d’où vient l’interdiction pour les états d’emprunter directement à la banque centrale. Quelle est donc la cause ?
    Pour ma part, je pense que tout vient de la rupture des accords de Brettons Woods, tout vient du 15 août 1971.
    Tout découle du Dollar. En effet, jusqu’à ce jour toutes les monnaies dépendaient de la convertibilité en or via le dollar.
    Le jour où le Dollar n’est plus convertible, tout s’écroule, il faut donc ancrer le système monétaire sur autre chose, et ils n’ont rien trouver de mieux que le rapport entre dettes d’états/ PIB. Il fallait donc contenir cette dette pour que la monnaie garde cette valeur, et le monde entier s’est aligné sur les USA, il a été interdit aux Etats Européens de garder leur modèle de social démocratie où l’état pouvait se financer directement à la banque centrale. Les USA étaient à cette date une véritable puissance mondiale dominante sans concurrent. C’est là où les banques sont entré en jeu d’autant plus facilement que les échanges mondiaux étaient en Dollar et que les autres pays n’étaient que les otages de cela.
    De Gaulle en 1965, avait vu juste, il n’y avait aucune raison, l’Europe reconstruite avec des réserves équivalente aux USA sinon plus qu’elle reste vasalisé au Dollar. Et quel plus beau cadeau aux USA que de prélever en Europe indirectement un impôt de plus via les intérêts de la dette pour y maintenir la croissance en deça de ce qu’elle aurait du être.
    C’est à partir de 1973, que la France pour ne citer qu’elle a commencé son déclin.
    Notre problème, c’est bien le privilège exorbitant du Dollar.
    Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de nos problèmes en Europe.
    Quand à l’ Euro, c’est une monnaie artificielle, parce qu’il n’y a un ministre des finances en Europe, pas une volonté commune de parler d’une seule voie et de contrer l’hégémonie de la monnaie américaine.

    On a beau savoir que la croissance américaine par rapport à la croissance européenne n’est qu’illusion, l’europe continue à faire vis à vis du dollar courbette comme au lendemain de la guerre quand l’europe était en ruine.

  8. En plus comme le Pib des Usa est trafiqué par le recours comme nul part ailleurs au crédit, c’était facile à eux de se dire la meilleure économie du monde et par là même la monnaie la plus sûre. cqfd

  9. Nous avions les moyens et nous nous sommes laissé dépossédé :

    Extrait d’une conférence de presse de Charles De Gaulle

    Q. – M. le Président, en changeant en or une partie de ses avoirs en dollars, la France a provoqué certaines réactions qui ont fait apparaître les défauts du système monétaire actuel. Etes-vous partisan de réformer ce système, et, si oui, comment ?

    R. – Je vais tâcher d’expliquer ma pensée sur ces points, A mesure que les États de l’Europe occidentale, décimés et ruinés par les guerres, recouvrent leur substance, la situation relative qui avait été la leur par suite de leur affaiblissement apparaît comme inadéquate, voire abusive et dangereuse. Rien, d’ailleurs, dans cette constatation n’implique de leur part et, notamment, de celle de la France quoi que ce soit d’inamical à l’égard d’autres pays, en particulier de l’Amérique. Car, le fait que ces États veuillent, chaque jour davantage, agir par eux-mêmes dans tout domaine des relations internationales procède simplement du mouvement naturel des choses. Il en est ainsi pour ce qui est des rapports monétaires pratiqués dans le monde depuis que les épreuves subies par l’Europe lui firent perdre l’équilibre. Je veux parler – qui ne le comprend? – du système apparu au lendemain de la Première Guerre et qui s’est établi à la suite de la Seconde. On sait que ce système avait, à partir de la Conférence de Gênes, en 1922, attribué à deux monnaies, la livre et le dollar, le privilège d’être tenues automatiquement comme équivalentes à l’or pour tous paiements extérieurs, tandis que les autres ne l’étaient pas. Par la suite, la livre ayant été dévaluée en 1931 et le dollar en 1933, cet insigne avantage avait pu sembler compromis. Mais l’Amérique surmontait sa grande crise. Après quoi, la Deuxième Guerre mondiale ruinait les monnaies de l’Europe en y déchaînant l’inflation. Comme presque tontes les réserves d’or du monde se trouvaient alors détenues par les États-Unis, lesquels, en tant que fournisseurs de l’univers, avaient pu conserver sa valeur à leur propre monnaie, il pouvait paraître naturel que les autres Etats fissent entrer indistinctement des dollars ou de l’or dans leurs réserves de change et que les balances extérieures des paiements s’établissent par transferts de crédits ou de signes monétaires américains aussi bien que de métal précieux. D’ autant plus que l’Amérique n’éprouvait aucun embarras à régler ses dettes en or si cela lui était demandé. Ce système monétaire international, ce « Gold Exchange Standard », a été par conséquent admis pratiquement depuis lors. Cependant, il ne paraît plus aujourd’hui aussi conforme aux réalités et, du coup, présente des inconvénients qui vont en s’alourdissant. Comme le problème peut être considéré dans les conditions voulues de sérénité et d’objectivité – car la conjoncture actuelle ne comporte rien qui soit, ni très pressant, ni très alarmant – c’est le moment de le faire. Les conditions qui ont pu, naguère, susciter le « Gold Exchange Standard » se sont modifiées, en effet. Les monnaies des Etats de l’Europe occidentale sont aujourd’hui restaurées, à tel point que le total des réserves d’or des Six équivaut aujourd’hui à celui des Américains. Il le dépasserait même si les Six décidaient de transformer en métal précieux tous les dollars qu’ils ont à leur compte. C’est dire que la convention qui attribue au dollar une valeur transcendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale, à savoir la possession par l’Amérique de la plus grande partie de l’or du monde. Mais, en outre, le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiement, amène les États-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet, ce qu’ils lui doivent, ils le lui paient, tout au moins en partie, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, au lieu de les leur payer totalement avec de l’or, dont la valeur est réelle, qu’on ne possède que pour l’avoir gagné et qu’on ne peut transférer à d’autres sans risque et sans sacrifice. Cette facilité unilatérale qui est attribuée à l’Amérique contribue à faire s’estomper l’idée que le dollar est un signe impartial et international des échanges, alors qu’il est un moyen de crédit approprié à un Etat. Évidemment, il y a d’autres conséquences à cette situation. Il y a en particulier le fait que les Etats-Unis, faute d’avoir à régler nécessairement en or, tout au moins totalement, leurs différences négatives de paiements suivant la règle d’autrefois qui contraignait les États à prendre, parfois avec rigueur, les mesures voulues pour remédier à leur déséquilibre, subissent, d’année en année, une balance déficitaire. Non point que le total de leurs échanges commerciaux soit en leur défaveur. Bien au contraire! Leurs exportations de matières dépassent toujours leurs importations. Mais c’est aussi le cas pour les dollars, dont les sorties l’emportent toujours sur les rentrées. Autrement dit, il se crée en Amérique, par le moyen de ce qu’il faut bien appeler l’inflation, des capitaux, qui, sous forme de prêts en dollars accordés à des Etats ou à des particuliers, sont exportés au dehors. Comme, aux États-Unis même, l’accroissement de la circulation fiduciaire qui en résulte par contre-coup rend moins rémunérateurs les placements à l’intérieur, il apparaît chez eux une propension croissante à investir à l’étranger. De là, pour certains pays, une sorte d’expropriation de telles ou telles de leurs entreprises. Assurément, une telle pratique a grandement facilité et favorise encore, dans une certaine mesure, l’aide multiple et considérable que les États-Unis fournissent à de nombreux pays en vue de leur développement et dont, en d’ autres temps, nous avons nous-mêmes largement bénéficié. Mais les circonstances sont telles aujourd’hui qu’on peut même se demander jusqu’où irait le trouble si les États qui détiennent des dollars en venaient, tôt ou tard, à vouloir les convertir en or? Lors même, d’ailleurs, qu’un mouvement aussi général ne se produirait jamais, le fait est qu’il existe un déséquilibre en quelque sorte fondamental. Pour toutes ces raisons, la France préconise que le système soit changé. On sait qu’elle l’a fait, notamment, lors de la Conférence monétaire de Tokyo. Étant donné la secousse universelle qu’une crise survenant dans ce domaine entraînerait probablement, nous avons en effet toutes raisons de souhaiter que soient pris, à temps, les moyens de l’éviter. Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’ aucun pays en particulier. Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard il puisse y avoir de critère, d’étalon, autres que l’or. Eh oui ! L’ or, qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n’a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. D’ailleurs, en dépit de tout ce qui a pu s’imaginer, se dire, s’ écrire, se faire, à mesure d’immenses événements, c’est un fait qu’encore aujourd’hui aucune monnaie ne compte, sinon par relation directe ou indirecte, réelle ou supposée, avec l’or. Sans doute, ne peut-on songer à imposer à chaque pays la manière dont il doit se conduire à l’intérieur de lui-même. Mais la loi suprême, la règle d’or – c’est bien le cas de le dire – qu’il faut remettre en vigueur et en honneur dans les relations économiques internationales, c’est l’obligation d’équilibrer, d’une zone monétaire à l’ autre, par rentrées et sorties effectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurs échanges. Certes, la fin sans rudes secousses du « Gold Exchange Standard », la restauration de l’étalon -or, les mesures de complément et de transition qui pourraient être indispensables, notamment en ce qui concerne l’organisation du crédit international à partir de cette base nouvelle, devront être concertées posément entre les Etats, notamment ceux auxquels leur capacité économique et financière attribue une responsabilité particulière. D’ailleurs, les cadres existent déjà où de telles études et négociations seraient normalement menées. Le Fonds monétaire international, institué pour assurer, autant que faire se peut, la solidarité des monnaies, offrirait à tous les Etats un terrain de rencontre approprié, dès lors qu’il s’agirait, non plus de perpétuer le « Gold Exchange Standard », mais bien de le remplacer. Le « Comité des Dix », qui groupe, aux côtés des États-Unis et de l’ Angleterre, d’une part la France, l’ Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique, d’ autre part le Japon, la Suède et le Canada, préparerait les propositions nécessaires. Enfin, il appartiendrait aux Six États qui paraissent en voie de réaliser une Communauté économique européenne d’élaborer entre eux et de faire valoir au -dehors le système solide que recommande le bon sens et qui répond à la puissance renaissante de notre Ancien Continent. La France, pour sa part, est prête à participer activement à la vaste reforme qui s’impose désormais dans l’intérêt du monde entier.

    Charles de G au lle Extrait de « Discours et Messages » – Charles de Gaulle – Plon, 1970 – pages 330 à 334

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