L’euro à la merci des banques, par Jean-Pierre

Billet invité.

L’euro est en crise. A lire les articles des commentateurs avisés, la responsabilité en revient aux différents canards boiteux au sein de l’Union : les fameux PIGS, comme les ont si subtilement nommés les milieux financiers. Leurs déficits galopant expliqueraient la débâcle actuelle, ils contribueraient à semer le doute auprès des investisseurs et à alimenter la panique. Mais à y regarder de plus près, les événements ne se sont pas déroulés de la sorte. Récapitulons brièvement les faits.

La Grèce est le gros souci de l’Union. C’est ce que nous serinent les médias, banques, économistes et finalement politiciens de tous bords. Certes, on ne peut nier que les finances de cet État soient dans un état lamentable. Depuis que le pays est gouverné par une nouvelle équipe, le déficit a subitement doublé, dépassant les 13% du PIB. Il ne faut pas s’étonner de la chose : les chiffres communiqués par le gouvernement précédent étaient embellis. Mais qui nous assure que les nouveaux soient fiables ? Personne, bien sûr. En réalité, cela n’a aucune importance. Tout ce qu’on en déduit formellement est que la Grèce est dans la dèche. Son nouveau gouvernement a calculé ses besoins pour cette année : 53 milliards d’euros. Sans doute la seule donnée fiable de tout cet imbroglio.

Mise sous pression, la Grèce a dû démontrer qu’elle avait un plan de redressement approprié. L’Europe et ses membres lui ont d’ailleurs fait la leçon : si elle ne parvient pas à réduire son déficit à 3% du PIB d’ici 2012, les sanctions tomberont. Il n’est initialement fait aucune allusion à une quelconque aide de la part de l’Europe. Le pays doit s’en tirer seul.

Et il s’affaire, ce petit pays. Il convoque un consortium de banques qui doit lui élaborer un emprunt international digne de ce nom. Le Crédit Suisse est choisi pour le diriger. Ce dernier s’accoquine avec la Deutsche Bank, Morgan Stanley et Goldman Sachs pour mener la besogne à son terme. La Grèce souhaite récolter 5 milliards d’euros à cinq ans. Ces quatre banques lui concoctent un emprunt très attrayant et sollicitent les investisseurs. Ces derniers ne se font pas priés. Ils sont tout bonnement enchantés par les conditions qui leur sont offertes. Dame ! 4% de plus qu’un emprunt allemand équivalent, on ne rechigne pas à une telle aubaine. Les banques du consortium récoltent en quelques heures pour l’équivalent de 25 milliards d’euros d’intentions d’achat. Un succès qui permet à la Grèce de revoir les conditions initiales de son emprunt. Le coupon passe de 6,35% à 6,10%. Le gouvernement grec stoppe prématurément la souscription et se satisfait de 8 milliards en tout, quand même 60% de plus que prévu. Tout le monde est aux anges.

Jusqu’ici, rien de particulier à signaler. Le succès retentissant de ce placement vaut les louanges les plus élogieuses du monde politique européen, des banques et même de la banque centrale européenne. Ils sont unanimes : la Grèce est sur la bonne voie. Son problème sera résolu. L’Europe s’en tirera. Le lendemain, pourtant, le cours de cet emprunt qui se négocie déjà sur le marché secondaire chute de 3% d’un coup. Dans le monde obligataire, une telle variation est énorme. Que s’est-il passé ? Les investisseurs sont outrés. Ils affirment haut et fort avoir été floués.

On peut effectivement le craindre. Car si un tiers des ordres a été satisfait, il est impossible qu’une large part des deux tiers restant ne cherche à obtenir sa part sur le marché. Le cours aurait par conséquent dû résister, voire grimper. S’il chute, c’est que des investisseurs ayant acquis les titres les vendent précipitamment. Et cela le lendemain d’une opération couronnée de succès ?!? Non, on avance d’emblée l’idée que les banques ont falsifié leur carnet de commandes, pour attirer plus facilement les investisseurs finaux. Bien sûr, elles démentent. Alors quoi ?

On apprend le jour de cette débâcle que la banque américaine Goldman Sachs, membre du consortium, avait de sa propre initiative contacté les autorités chinoises pour lui demander si elles étaient intéressés par 25 milliards d’euros d’emprunts grecs. La Chine décline cette offre. Le gouvernement grec s’offusque d’être pris ainsi au dépourvu et condamne les agissements de la banque américaine. Saine réaction, avouons-le. Mais le mal était fait, l’attention des investisseurs s’est portée sur cette affaire. L’euro a souffert. C’est que bon nombre d’entre eux ont rapidement compris qu’il n’y avait pas que la Grèce dans un état piteux en Europe. D’aucuns ont commencé à se débarrasser d’un trop plein de titres souverains européens.

La Grèce et l’Europe sont les premières victimes de cette situation. Le pays, parce que l’affaire l’affaiblit et lui compliquera la vie lors de nouvelles émissions. L’Europe, parce que les oscillations de l’euro dépassent son entendement. Nos politiciens, eux, dans leur grande majorité, affirment que cette histoire n’est qu’un fait divers et que la baisse de l’euro est une bonne nouvelle pour les exportateurs. Ils oublient que les principaux exportateurs produisent des produits pointus dont le prix est non tributaire des mouvements des monnaies. Quant aux produits courants, l’Europe en importe davantage qu’elle n’en exporte (hors d’Europe).

Une enquête est toutefois ouverte sur ces agissements inhabituels. Une semaine après ces évènements, de nouveaux arguments sont avancés par les banques du consortium. La première explication concerne le carnet de commandes. Ce ne sont pas elles qui l’ont gonflé, mais les investisseurs. Pour être certains d’obtenir les titres tant convoités, certains investisseurs auraient commandé un multiple de ce qu’ils étaient véritablement capables d’assumer. Voilà pourquoi les 17 milliards manquant auraient disparu dès le lendemain.

Cette explication ne tient pas la route. S’il est vrai qu’on commande parfois davantage qu’on ne souhaite réellement, lorsque l’émission est clôturée on n’obtiendra qu’une fraction de la commande. Même celui qui serait privilégié et obtiendrait tout, donc trop par rapport à ce qu’il peut financer, trouverait facilement preneur pour le remplacer. Car, ne perdons pas de vue que si on gonfle sa commande, c’est qu’on croit dans ce qu’on achète. On ne dilapide pas son bien le jour suivant !

Cette explication rejetée, les banques en avancent une nouvelle, plus cocasse encore. C’est la faute au gouvernement grec ! Oui, ce dernier, suite au succès de son émission, avait promptement annoncé qu’il allait en lancer une nouvelle dans la quinzaine, un nouvel emprunt, mais à dix ans cette fois-ci. Cette annonce, affirment les banques, aurait tout d’un coup refroidi les ardeurs des investisseurs. Et prévoyant une chute future des cours, ils se seraient débarrassés des titres fraichement acquis.

Cette explication est encore moins convaincante que la précédente. On imagine mal un investisseur accepter une perte de 3% le lendemain de son acquisition parce qu’il est furieux. Si le succès de l’emprunt provenait de son différentiel par rapport aux emprunts allemands, pourquoi irait-il alors le vendre ? Et quant à la Grèce, on ne peut raisonnablement pas lui reprocher d’essayer de profiter de l’engouement qu’a suscité sa première émission de l’année. De plus, qu’est-ce qu’un emprunt annoncé à dix ans a à voir avec un autre à cinq ans ? Il s’agit de deux segments distincts du marché qui s’adressent le plus souvent à des investisseurs différents. L’argument ne tient donc pas du tout.

Il devient de plus en plus clair que ce sont les banques elles-mêmes qui ont occasionné cette débâcle. Et la suite confirme cette hypothèse. Les grandes banques ayant pignon sur rue sur les marchés internationaux ne se contentent pas de jouer le rôle d’intermédiaire financier qu’elles sont, mais agissent pour leur propre compte. Comme elles constituent l’intermédiaire incontournable de tous les marchés financiers, tout ordre, d’où qu’il émane, passe entre leurs mains. En outre, les banques font aussi fonction de teneur de marché. Ce sont donc elles qui déterminent le prix. Alors, pensez au magot qu’elles ont pu réaliser par la baisse orchestrée de l’euro. Et ceci en manipulant somme toute un tout petit emprunt à l’échelle mondiale. Voilà un bel effet de levier, avouons-le.

Elles ne se sont d’ailleurs pas arrêtées en si bon chemin. Outre les couvertures prises via les Credit–Default Swaps (CDS) contre les risques que présentent les PIGS, il leur fallait maintenant aussi faire fructifier ces derniers. Alors, quoi de plus simple que de s’attaquer aux Bourses et emprunts de ces pays ? Les politiciens européens en sont littéralement restés pantois. Les Bourses en question chutent, entraînant les autres dans leur sillage. Une panique s’installe chez les investisseurs réguliers. Ils ne comprennent plus. Nous allions sortir de la crise, nous affirmait-on sur tous les tons. Et voilà que cela craque à nouveau. Ces investisseurs emballeront la machine et les banques attendent tranquillement pour ramasser les magots délaissés. Dans l’intervalle, si leurs CDS le leur permettent, elles les exercent et encaissent encore plus sur le dos des investisseurs normaux.

L’histoire n’est pas finie. Parallèlement à tout cela, il y a les banques centrales occidentales. Elles avaient décidé à la fin de l’année passée qu’elles allaient stopper leurs largesses vis-à-vis des banques. Certes, elles ne le feraient pas abruptement, mais il fallait qu’elles se mettent à agir en ce sens. Il devenait indispensable d’étayer l’affirmation que la crise est résorbée et la reprise en route. Jusqu’à présent aucune de ces banques n’a changé sa politique. Quelques détails ont été adaptés, mais le gros des mesures subsiste.

Est-ce par mégarde, est-ce par oubli ou serait-ce sciemment, mais Jean-Claude Trichet, le très éclairé président de la BCE, a omis de signaler qu’il acceptait encore des titres grecs en guise de nantissement pour les crédits qu’il allouait aux banques. Cet oubli a fortement irrité les banques. Elles cèdent volontiers des emprunts d’état pour obtenir du crédit à vil prix auprès de leur banque centrale. Si les emprunts grecs ne sont plus recevables – parce qu’ils pourraient subir une nouvelle rétrogradation, nous dit-on – ils deviennent inutiles. Donc on s’en débarrasse. Voilà qui a fortement pesé sur le cours de ces emprunts. Et c’est exactement ce qui s’est produit. Tous les emprunts grecs ont chuté, tous de l’ordre de 3%, voire plus.

Mais ce faisant, ces banques ont placé les gouvernements européens devant une énorme responsabilité. Ils devront en effet faire très attention quand ils lanceront leurs emprunts. Les banques leur dicteront les conditions. Quant aux banques centrales occidentales, ces actions leur empêcheront de changer de cap. Les taux d’intérêt resteront faibles et stables encore un bon moment si les banques continuent librement ce petit jeu. Et elles préparent déjà la suite. L’agence Moody’s vient d’annoncer que si les USA ne prenaient pas de mesures draconiennes en matière de résorption des déficits, elle se verrait contrainte de rétrograder la notation du pays. En clair : la prochaine cible, après l’euro, c’est le dollar.

Quand empêchera-t-on ces banques de nous nuire avec autant de désinvolture ? Quand nos dirigeants politiques comprendront-ils le jeu malsain qui se déroule devant leurs yeux et qu’ils financent de surcroît ? Seraient-ils tous myopes, bornés ou, pis, incompétents ? Je n’ose le croire.

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85 réflexions sur « L’euro à la merci des banques, par Jean-Pierre »

  1. Remarquable,merci!
    Le malade est en phase terminale.
    Le monde financier est atteint d’une maladie auto-immune.
    Ses actes pervers n’auront qu’une fin la destruction de l’économie ,puis la révolte populaire et la mise à sac des banques.
    Acte suicidaire.

  2. Dans le déroulement des faits, que vous exposez et analysez dans leur simplicité, l’attitude la BCE est particulièrement à relever. Elle l’a d’ailleurs été par Gillian Tett, chroniqueuse du Financial Times, une excellente observatrice de l’activité financière.

    A l’automne 2008 (chute de Lehman Brothers), la BCE avait annoncé temporairement assouplir sa politique et dorénavant accepter, en garantie de ses prêts aux banques, des obligations d’Etat notées BBB et au-dessus, au lieu de A- et plus. Il était question depuis quelques temps de revenir sur cette mesure.

    En n’évoquant pas cette question, alors que les marchés étaient dans l’attente d’une telle annonce, Jean-Claude Trichet a mis de l’huile sur le feu, accréditant l’idée que les banques qui venaient d’acheter des obligations grecques risquaient de ne plus pouvoir les échanger contre des liquidités à plus bas prix. Difficile de croire que c’est un oubli, pour un homme qui pèse ses mots et connaît leur poids.

    La question devient alors de comprendre, au-delà de l’attitude des banques que vous décrivez, les raisons de celle de la BCE, qui a tiré le tapis sous les pieds des Grecs et fait rebondir la crise!

    Comme quoi, comme vous venez de le démontrez, il est toujours intéressant de mettre au point l’image floue des marchés, animés par d’insondables ressorts…

    1. Merci à vous deux pour vos mises au point. Désormais nous avons la netteté, suffit de régler sur l’hyper focale et de zoomer large.A vos plumes, écrivons le bon scénario, genre série attrape tout, buzzons BUZZONS AMPLIFIONS.

    2. Merci François pour cet éclaircissement, on comprends dès lors le rôle de la BCE dans tout ça.
      Vous me corrigerez si je me trompe, la partie qui se joue en ce moment est donc celle de la BCE contre les états membres de la zone euro pour imposer la politique de rigueur budgétaire. La récente note juridique de la BCE, à cet effet prend alors tout son sens.
      Que pensez vous du vote de censure du parlement portugais contre le plan de rigueur proposé par gouvernent de gauche(sic) ? Quels seront les ressorts utilisés cette fois ci? Le jeu masqué de la BCE ne risque t il pas d’apparaitre au grand jour?

      nb: on peut noter que ce sont souvent les partis de la gauche « institutionnelle » qui sont les plus zélés à servir la soupe bruxelloise.

    3. @ Galien

      La situation politique Portugaise obéit à sa propre logique, et il ne faut pas y voir autre chose en l’occurrence. Les oppositions de droite et de gauche au parti socialiste au pouvoir ont utilisé le prétexte d’un vote d’une hausse des crédits pour les régions autonomes des Açores et de Madère, afin de mettre en minorité le gouvernement.

      Quant à interpréter l’attitude de la BCE, il faudrait en savoir plus, afin de quitter le domaine des suppositions. Je ne crois pas qu’il soit possible d’opposer celle-ci à la politique suivie par le gouvernement allemand, le Français n’ayant pas été très prolixe à ce sujet.

    4. @François
      En parlant des partis de gauche je faisait référence aussi à la politique intérieur des USA ou les collusions du parti démocrate avec WallStreet dérangent passablement(qui a abrogé le Glass Steagel Act?), voir la défaite récente de Kennedy et ses conséquences.
      Les attentes populaire envers les partis de gauche en général rend l’allégeance de ceux-ci au monde financier bien plus délicate à gérer.
      En Europe, j’ai le sentiment que le tabou Européen est plus fort dans la gauche institutionnelle, qui n’a pas de composante souverainiste, que dans les partis de droite, après je ne me risquerait pas dans le débat de qui roule pour qui.

      Je suis aussi d’accord avec vous sur le fait que la politique de la BCE ne semble pas déranger outre mesure le gouvernement Merkel, quand aux vacances communes de Trichet et Sarkozy je présuppose un problème d’agenda.

      Concernant le Portugal, même si bien sûr le jeu politicien y fait son œuvre, je note quand même que le consensus fort vis à vis de Bruxelles, qui traverse les classes politiques majoritaires en Europe, risque de souffrir des coups de boutoir du marché et/ou de la BCE.
      Est t on en train d’ouvrir la boîte de Pandorre?

  3. iIl n’y a pas de fatalité en économie!

    Plus le déficit public augmente,plus la croissance baisse
    et en économie,il faut avoir le courage de dire la vérité…

    1. Le bernard-l’hermite ou pagure, crustacé mou piquant les coquilles vides. le vide étant la prémonition quantitative de vos économies si vous continuez à appliquer votre concept.

  4. Jean-Pierre conclut son texte en écrivant : « Quand empêchera-t-on ces banques de nous nuire avec autant de désinvolture ? Quand nos dirigeants politiques comprendront-ils le jeu malsain qui se déroule devant leurs yeux et qu’ils financent de surcroît ? Seraient-ils tous myopes, bornés ou, pis, incompétents ? »

    Je suis en total désaccord avec la conclusion de ce texte, et avec l’ensemble de ce texte.

    Jean-Pierre, le problème, ce n’est pas les banques.

    Le problème, ce n’est pas le « jeu malsain » que jouent les banques.

    Le problème fondamental, c’est l’euro.

    C’est la nature même de l’euro qui est le problème fondamental.

    L’euro regroupe 16 pays européens qui ont des intérêts différents.

    L’euro regroupe 16 pays européens qui ont des structures économiques différentes.

    L’euro regroupe 16 pays européens qui ont des visions du monde différentes.

    L’euro regroupe 16 pays européens qui ont des histoires différentes.

    L’euro regroupe 16 pays européens qui ont subi des traumatismes historiques différents.

    L’euro regroupe 16 pays européens qui ont des mentalités différentes.

    Et quand j’écris l’adjectif « différentes », je suis gentil : je suis encore en-dessous de la réalité. J’aurais peut-être pu écrire : « opposées », « inconciliables », « incompatibles ».

    Par exemple, vous croyez vraiment que l’Allemagne et la Grèce peuvent avoir la même monnaie ?

    Franchement, vous croyez que c’est tenable ?

    En ce qui me concerne, je regarde l’euro, et je regarde l’évolution de l’euro. Je constate que dans son essence même, l’euro est soumis à des forces extrêmement puissantes qui sont des forces divergentes.

    Dans son essence même, l’euro est soumis à des forces centrifuges qui tirent dans toutes les directions.

    Dans son essence même, l’euro est condamné à éclater à très brève échéance.

    Cette monnaie unique était condamnée à exploser à la première crise. Nous y sommes.

    C’était écrit. C’était inscrit dans sa nature même.

    Et les banques n’ont rien à voir avec la nature explosive de l’euro. Les banques n’ont pas créé l’extrême fragilité de l’euro : ce sont les dirigeants politiques européens qui ont construit cette monnaie unique destinée à mourir jeune.

    1. L’euro n’est sans doute pas viable dans son état actuel, mais ce n’est pas lui le problème. Ce sont les traités qui empêchent les états d’agir convenablement, c’est le carcan imposé par la BCE et garanti par les traités qui augmente les frictions. Le Pacte de stabilité et de croissance, un addendum imposé en 1997 par le gouvernement allemand de l’époque pour contrecarrer l’adhésion de l’Italie à la zone euro, exige, entre autres, que les états membres confinent leur déficit budgétaire annuel à moins de 3% de leur PIB, sauf exception extraordinaire.

      Cette simple restriction, reprise dans le Traité de Lisbonne, est une des clés du déraillement des finances européennes et, par conséquent, de l’euro. Qu’on ait voulu préserver la valeur intrinsèque de l’euro à son avènement en 1999, je peux le comprendre. Mais une fois conçu, une fois les pays admis à la zone, ce genre d’articles devait disparaître, être placé sur non-actif. Il n’en a jamais rien été. Et, soit dit en passant, la première victime de cet article a été son concepteur : l’Allemagne !

      Peut-être que cette crise permettra à nos dirigeants de se ressaisir et de redresser la barre. Mais vu la qualité des gens qui nous entourent, je doute qu’on y parvienne. Et, ma foi, Alain a peut-être raison lui aussi : ils seraient complices, pourquoi pas ? A eux de nous démontrer le contraire.

    2. @jean pierre, BA
      Je viens de finir une conversation avec le PDG de Morgan stanley ; et avec son accent yankee inimittable, il m’a demandé de vous remercier chaleureusement : « tu les salueras de ma part ! , que l’euro s’effondre et que l’Italie, la France et l’Espagne s’endettent .. c’est tout benef pour moi »
      amicalement

    3. @ BA
      Je partage votre analyse. Mais j’ajouterais surtout:
      L’euro regroupe 16 pays européens avec des politiques fiscale différentes.
      Chaque pays est souverain pour les questions fiscales, sociales… mais coincé par une politique monétaire commune.

      On peut le rapprocher de la situation des pays « dollarisés », avec une dette extérieure en dollar et non en monnaie locale, ce est fortement instable comme l’a prouvé à maintes reprises l’histoire.

    4. L’euro a permis à l’ensemble des pays de la zone Euro de repousser l’échéance,l’inéluctable constat: nous vivons au-dessus de nos moyens. Croissance basée sur l’acheter moins cher (Asie) pour contenter une population dans sa frénésie de consommer. Ce « acheter » moins cher à permis de juguler l’inflation pour une déflation sur énormément de produit de consommation. Aujourd’hui si l’euro perd de sa superbe (inéluctable également) et que l’Asie augmente ses prix (même topo) je vous laisse imaginer l’état de nos finances.
      cependant plus vite se sera fait mieux ce sera. Nous pourrons alors rapatrier de la production dans nos contrées avant d’avoir perdu tout notre savoir-faire.

  5. C’est vrai que jouer à perdre 3% sur quelques milliards pour les banques quand elles peuvent grâce à cela sur le marché des changes rafler la mise sur d’autres montants en milliards bien plus conséquent, c’est bien tentant.
    Oui, il est beau le marché, l’offre et la soit disant demande, n’est devenu que stratégie et spéculation.
    Je crois que nos gouvernants se sont crus du même monde que les financiers, je crois aussi qu’ils se sont crus plus puissants qu’ils ne l’étaient, je pense qu’ils commencent à comprendre qu’ils ne gouvernent plus rien et que surtout ils ne peuvent compter sur la finance pour un renvoi d’ascenseur. En un mot, il va falloir qu’ils reconnaissent qu’ils se sont fait pigeonner et vu l’égo de ses messieurs ça va prendre un moment, pas facile pour eux d’admettre qu’ils ont été bien trop C….

  6. Pardonnez moi de raisonner comme un paysan madré. Si je place à 6% brut, que la garantie par DTS me côute 2% et que je peux mobiliser ma créance auprès de la BCE à un taux inférieur à 4%, je suis gagnant quoi qu’il arrive. Je détourne à mon profit une mesure de relance. Alors je comprends que M. Trichet ait le sentiment qu’on le prenne pour une bille et ne se laisse pas faire.

    1. @jipea
      Attention à ce que vous dites M JIPEA . Trichet est par DEFINITION un agent du grand capital, vendu aux banques américano-européennes, qui se repaît du sang du peuple. Il ne peut pas vouloir autre chose que des sur-profits, la spéculation et la baisse radicale du niveau de vie
      A part cela , vous mettez un peu de bon sens dans ce débat !
      amicalement

  7. Merci beaucoup pour ce billet d’une grande clarté et fort instructif.

    Je me permets une question. Est-il possible qu’une telle manipulation puissent servir à prévenir une chute « naturelle » du dollar en la masquant, au moins relativement, par une chute « artificielle » de l’euro ?

    J’entends par « naturelle » le fait l’effondrement du dollar est depuis longtemps prévisible, contrairement au cas de l’euro, dont il semble bien que les évolutions résultent d’une manipulation « artificielle » (préméditée?).

    1. Le dollar est artifficiellement soutenu depuis que la crise sévit. Il doit l’être pour plaire à la Chine qui, à la veille de l’effondrement de Lehman Brothers, avait prévenu les autorités américaines que si elles n’entrreprenaient rien pour sauvegarder les deux géants que sont Fannie Mae et Freddie Mac, dans lesquels la Chine plaçait une large partie de ses réserves en dollars, elle abandonnerait le dollar. Les autorités ‘compétentes’ américaines n’ont pas hésité un instant et ont sauvé les deux géants de l’hypothèque, délaissant Lehman à son triste sort.

      Aujourd’hui, depuis que les taux d’intérêt sont maintenus artificiellement bas, les spéculateurs et, a fortiori les banques, empruntent en dollars pour les convertir aussitôt en une autre devise plus rémunératrice. Cette pratique est connue sous l’appellation ‘carry trade’. Précédemment, la monnaie de départ privilégiée était le yen. Aujourd’hui, le dollar lui a ravi sa place. On estime à plus de 1.500 milliards de dollars investis de la sorte actuellement. Cette masse, le jour où ces spéculateurs pour une raison ou une autre clôtureront leurs positions, propulsera le dollar vers des sommets inimaginables et économiquement insoutenables. Un danger futur que les banques utiliseront à leur convenance quand elles estimeront que nos gouvernements les embêtent un peu trop avec nos nouvelles directives et régulations.

      En clair, les taux de changes n’ont plus aucune connexion économique et sont devenus un des jouets favoris du monde bancaire. Ce sont malheureusement des jouets boomerangs.

  8. @ fl
    Votre article est intéressant, mais je vous trouve assez impressionniste. Notamment lorsque vous écrivez
    « ce que nous serinent les médias, banques, économistes et finalement politiciens DE TOUS BORDS. « De tous bords ? : ce n’est pas exact
    Il y a manifestement une différence d’attitude entre les européens ( et c’est d’abord des Etats dont il faut parler) et les anglo-saxons ( et là c’est d’abord du monde financier dont il faut parler ) C’est ce que dit le chef du gouvernement socialiste espagnol ;  » José Luis Rodriguez Zapatero a critiqué vendredi le analystes anglo-saxons qui créent de l’inquiétude sur la monnaie unique européenne. « Il existe des analystes créateurs d’opinion sur l’euro, et la majorité d’entre eux viennent de pays ayant d’autres monnaies », a déclaré M. Zapatero, en référence aux analystes financiers de Grande-Bretagne ou des Etats-Unis
    . http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/02/05/01011-20100205FILWWW00744-l-euro-une-monnaie-forte-zapatero.php

    Vous oubliez de plus que ce sont les autorités politiques notamment allemandes , mais les français sont visiblement d’accord qui ont lancé l’opération GRECE : car le but est de revenir à la normale de Maastricht le plus vite possible et en clair de pousser les pays du Sud a mettre de l’ordre dans leurs finances . Rien ne permet de dire qu’elles n’ont pas maîtrisé les choses compte tenu de la structure institutionnelle particulière dans laquelle elle se situe ( décrite par Merkel, un mois avant la cise .. comme c’est curieux) . Pour dire le contraire il faudrait prouver que BNP SG et Deutsche bank auraient prêté la main consciemment à des opérations de spéculation : ce qui dans le contexte actuel m’étonnerait largement

    Il y a dans cette affaire une partie de bras de fer cachée non pas entre la banque en général et les politiques en général , mais entre les milieux financiers ANGLO-SAXONS et l’europe. Les premiers visant à reconquérir un pouvoir de menace qu’ils risquent de perdre .. ( rappelez vous l’affaire Volkswagen ! )
    Dans ce contexte décrire des autorités européennes complices ou même totalement dépendantes « des banques » en général est assez léger. C’est nier la spécificité de la gestion de l’euor , et c’est finalement accréditer la manière de voir anglo-saxonne qui redoute plus que tout que l’europe et l’euro sorte renforcée de la crise actuelle ( cf l’attitude d’Obama, l’idole des aveugles ! )
    Dans l’affaire Grécque c’est MERKEL qui a gagné la première manche

    amicalement

    1. Je partage tout à fait votre avis, Monsieur Roche.

      Et, sans vouloir faire de l’anti-américanisme évolué, toutes les relations que les US ont avec l’ensemble des pays se tendent actuellement.
      Le fait que nous nous focalisions sur le cas des PIGS est aussi du fait que nous vivons en Europe, aussi…

      Bref, prenons du recul. Même si ça demande un effort.

    2. Certes, il y a des exceptions. Mais avouez qu’avant cette nouvelle débâcle, vous n’entendiez aucun gouvernement européen mettre la reprise et la solidité de l’euro en doute.

      Quant à la différence entre le monde anglo-saxons et européen continental, il a toujours existé. Mais vous omettez un joueur de taille dans cette arène : les banques. Qu’elles soient américaines, anglaises, françaises, allemandes ou autres, lorsqu’elles agissent sur les marchés internationaux, elles n’ont qu’une devise : le dollar. Pour elles, il est primordial que cette monnaie existe, résiste. C’est leur référence. Elles raisonnent toutes en dollars, convertissent tout en dollars. Un taux de change d’une devise à une autre passe toujours par le dollar. Les interventions sur le marché des changes des banques centrales s’effectuent toutes en dollars.

      Alors, l’attitude d’une banque américaine ou française face à une autre monnaie restera comparable. Et dans le cas présent, notez qu’il y avait une banque de la zone euro au sein du consortium. Cette banque ne s’est pas gênée à contribuer à la chute de l’euro. C’est comme en 1991 quand Soros recevait des crédits des banques anglaises pour couler la livre sterling. Le monde bancaire occidental est totalement imbriqué. Voyez l’audition de Geithner qu’a commenté Paul Jorion où on apprend qu’une partie des milliards de dollars alloués pour le sauvetage d’AIG est tombée dans l’escarcelle de la Société Générale !

      Non, sur les marchés, actuellement, ce sont les banques qu’y font la pluie et le beau temps. Les politiciens suivent le mouvement avec quelque retard, toujours surpris par ce qui leur arrive car n’y comprenant pas grand-chose. A moins qu’ils soient complices comme certains ici le suggèrent.

    3. Ce billet n’est pas de ma plume, mais de celle de Jean-Pierre !

      Comme a dit le président Mao, il y a les contradictions principales et les contradictions secondaires. Les histoires de gros sous, qui passent toujours d’abord mais que l’on préfère taire, et les débats d’idées, plus nobles, que l’on met en avant.

      Entre le capitalisme Rhénan allemand relooké façon finance haut de gamme et les îliens de l’orgueilleuse et onéreuse City, les désaccords ne sont pas d’hier, ils viennent de s’illustrer et ne vont pas manquer de continuer à s’exprimer, certes.

      Mais pourquoi ne pas d’abord aller à l’essentiel  ? Comme si nous devions acceptions d’analyser la question du déficit avec la seule grille de la protection des générations futures, qui nous est rabâchée pour nous persuader de payer les yeux fermés et la rage au ventre, comme si elle était unique (je ne fais pas d’amalgame avec vous).

    4. D’autant plus d’accord avec francois que ce sont TOUJOURS les generations futures qui payent.

      L’argument des generation futues et de la meme eau que le dogme de l’irpp impot juste par escence et tva impot injuste par nature.

      Et tant d’autres.

    5. @jean pierre
      Votre analyse est toujours impressionniste, car vous voulez à toute force mettre un trait d’égalité qui n’existe pas entre la politique financière européenne et celles des USA. Il y a certes les arbitrages entre monnaie , pain quotidien des banques, et il y a ssi la spéculation directe qui tente de s’organiser dans les milieux financiers anglo-saxons contre la Grèce
      Et je voudrais bien voir que la BNP et / ou la Deutsche Bank s’amusent à ce genre de sport !

      Par ailleurs , je trouve particulièrement léger le traitement qui est réservé aux politiques européens dans une série de mails et je parle de la France et de l’Allemagne avant tout ( car on le sait l’angleterre a intérêt à l’affaiblissement de l’Europe)
      Comparez la position de la France et de l’Allemagne avant et après la crise : et vous verrez que nous seulement elles ont gagné en marge de manoeuvre ( c’est Barnier qui est l’homme fort en Europe, et ce n’est plus T Blair, c’est Sarko qui parle à Davos et pas Cameron ! ), mais qu’elles pèsent toutes vers une règlementation du monde bancaire . Dire que c’est insuffisant et abonder dans les sens des anglo-saxons sont deux choses bien différentes.

      C’est d’ailleurs ces marges de manoeuvre nouvellement gagnées qui ont convaincu le gvt allemand de mettre la pression sur le « club med » ( car c’est lui et non les milieux financiers qui est à l’initiative) !

      Dernier point enfin : il n’est pas vrai qu’une politique de désendettement de l’Etat soit forcément anti-sociale. J’aimerais bien savoir qui va payer les dettes que nous accumulons si ce n’est les générations futures ( ou alors les retraités si on génère de l’inflation) !
      FL : il fait quand même que la génération 68 se rende compte des dégats qu’elle produit !

  9. excellent !
    merci à vous deux pour ces analyses
    beaucoup des choses qui sont dites sur ce blog mériteraient de faire l’objet d’une publication plus large au risque de déstabiliser le système ( mais ne l’est il pas déjà ?) mais après tout ne nous voilons pas la face…..

  10. Comment peut ont gagner sur la chute de l’euro ? Cette chute a pour effet de gonfler la demande de dollars ou d’autres titres, lesquels ?

    merci, L

  11. Sur ce blog, qui pense que l’Allemagne et la Grèce peuvent avoir la même monnaie ?

    Qui pense que c’est faisable ?

    1. Moi. On avait bien l’or auparavant. Tout dépend de la souplesse politique assortie à la monnaie commune pour en préserver l’existence. Dans un seul et même pays, il existe aussi d’innombrables différences d’une région à l’autre ne mettant pas la monnaie du pays en danger pour autant. Alors, pourquoi ne serait-ce pas faisable au niveau européen ? Ce sont les traités qui sont inadaptés.

    2. BA.

      Je sens que je ne peux vous empêcher de vous auto-centrer. Mais je me doute d’une chose : vous n’habitez pas près d’une frontière de notre charmant pays.
      Ainsi, vous sauriez que tous les frontaliers vont faire leurs courses hors France.

      Vous confondez aussi monnaie avec us et coutume d’un pays…

      Pour répondre à votre question, chose que je viens de faire, je vais aussi l’exprimer autrement : quelque soit la monnaie d’un pays, il en fait ce qu’il en veut chez lui.
      Alors, qu’elle soit commune à 16 pays ne change pas vraiment grand-chose sauf qu’il est beaucoup plus facile et rapide de tuer une monnaie utilisée par peu de gens.
      L’Euro est ainsi bénéfique. (et en plus inaccessible à un politique qui ferait forcément n’importe quoi, ne voyant que sa ré-élection et ne comprenant rien en économie)

      Et ainsi, lorsque tous les pays du monde seront à l’Euro (ou DTS), au moins, nous aurons tuer cette variation de plus qui s’appelle RISQUE DE CHANGE.

    3. Si l’Europe n’est qu’une et solidaire, c’est faisable.
      Après tout, les régions d’Allemagne ne sont pas égalitaires en terme de contribution au pib est ce pour autant qu’il y a une monnaie différente par région.
      Tout cela n’est que volonté politique,

    4. Un grand marché, des politiques communes, une même monnaie…..et des disparités fiscales, sociales, politiques… l’Europe est sans doute autre chose qu’un « grand machin », oui, un espoir.

      Mais pourquoi dire l’Europe ? un seul mot pour des ensembles différents, celui de Schengen, celui de l’euro, celui du marché unique……?

      Une Europe du libre échange n’a de sens (je veux dire de légitimité pour les administrés concernés) que si elle devient un état fédéral ayant adopté la même fiscalité et le même droit, au minimum.

      Une telle Europe ne peut se constituer que progressivement de manière à inclure à terme tous les états qui actuellement s’en réclament.

      L’ Europe actuelle est à l’image du monde, un ensemble incohérent dessiné par les lobbies, c’est un terrain de jeu pour financiers. Tant qu’il en est ainsi le « Grand Machin » constitue-t-il même un espoir?

  12. Je vois et je dirige surtout le monde tel que je suis de nouveau mis en avant à l’antenne, le banquier, le financier, le politique ou alors le malin.

    Je le redis au sujet de l’Europe celle surtout des bureaucrates et des marchands, peut-on vraiment un bâtir un foyer meilleur sans amour, sans paix, sans réelle charité au cœur et à l’esprit, au début cela peut bien sur durer quelque temps par des intérêts communs, principalement pour le commerce des corps et des choses de plus mais tôt ou tard, tout cela finira par s’écrouler par les intérêts privés, Jean Jacques Goldman en avait même écrit et chanté une chanson je crois: « Il suffira d’un jour, c’est écrit dans des textes en latin  » Vous vous en rappelez, et bien moi je l’attends ce jour, c’est comme une promesse qui nous avait bien été dite autrefois dans les écritures.

    Apocalypse veut dire révélation, et qu’est ce qu’on y apprend dans une meilleure étude, méditation et réflexion des écritures saintes dans le respect, et bien que le monde des hommes ne sera pas toujours diriger dangereusement par les marchands de la terre, quelle bonne nouvelle surtout catastrophique pour eux, étonnant n’est ce pas ?

    La crise mondiale, bancaire, financière, climatique, politique celle du monde moderne c’est aussi le grand jour d’un dévoilement, d’une réelle mise à nu pour beaucoup de gens, de ce qui compte réellement ou pas de faire entendre à chacun d’entre nous, plus de chichi écolo et d’hypocrites de première alors. Il s’agit bien de la fin d’un monde telle que certains hypocrites de première peuvent encore se l’imaginer à l’antenne, celui de nos vaines représentations politiques, idéologiques, pour perdurer, vaine tradition des hommes de ce temps, vaines constructions mentales et bureaucratiques de plus.

    Notre petit monde parfait que nous nous sommes bien créés artificiellement ne se révèle être en fait qu’un grand mythe, un peu comme une grande tragédie grecque voyez-vous, quel grand symbole tout de même et alors tout s’écroule c’est comme un grand château de cartes, de sable, patatrac et nous entrons alors subitement dans le monde réel, c’est-à-dire celui des premières personnes touchés par la crise, par la vie quoi, les gens vrais ….

    Derrière tout mal, tout financier, tout banquier, tout politique, se trouve peut-être un meilleur bien à chercher, ne pas oublier de se dire qu’il n’y a pas non plus que des gens comme ça dans ce bas monde, vouloir s’obstiner à perdurer plus longtemps ce même genre de valeurs, quelle grande folie humaine partagée par les grands de ce monde, au risque même d’en faire de plus de victimes, bien sur tout cela ne les empêche pas encore de dormir par rapport au ciel, comme par exemple ce ministre du budget ou d’autres du même genre, vraiment les meilleurs représentants personnifiés et caractérisés de ce système devenu bien infernal, des gens sans doute encore trop achetés et bien entretenus matériellement par les choses mises en place.

    Enfin tout le monde n’est pas né pour se conduire d’abord comme ces gens là fort heureusement d’ailleurs.

  13. «  »Quand empêchera-t-on ces banques de nous nuire avec autant de désinvolture ? Quand nos dirigeants politiques comprendront-ils le jeu malsain qui se déroule devant leurs yeux et qu’ils financent de surcroît ? Seraient-ils tous myopes, bornés ou, pis, incompétents ? Je n’ose le croire » ».

    Nos gouvernants et à plus forte raison ceux des EU sous Bush ne sont ni myopes, ni bornés, ni incompétents. Ils appartiennent simplement au même cercle social, au même monde que celui de la finance. E Woerth: ancien de chez Arthur Andersen, C Lagarde, ancienne dirigeante de Baker etc, cabinet d’avocats d’affaire US, Borloo, ancien avocat de Bernard Tapie. Chez les US, c’est Henri Paulson, ancien dirigeant de Goldman Sachs, dont il est encore un des principaux actionnaires lorsqu’il est secrétaire d’état au Trésor de Bush et qui fait tomber la banque concurrente, Lehman Brothers.

    La plupart des banques françaises sont (ou ont été) dirigées par d’anciens hauts fonctionnaires (Bouton, Pébereau, Haberer). Lorsque les choses se gâtent pour le Lyonnais, non seulement son siège social crame à Paris, mais également et simultanément ses entrepôts en province où il stocke ses archives. Qui a pu commettre un tel méfait? avec quels moyens ? Sur l’ordre de qui ? Qui risquait d’être mouillé à part les dirigeants? L’appareil d’Etat à l’époque n’était poutant pas Sarkozyste. La gauche, la droite, c’est du cirque pour amuser les pauvres!

    Les zones du pouvoir sont réservées aux gens de pouvoir. Nous n’existons pas pour eux,simples pions sur leur échiquier. Il haïssent cependant les intellectuels en sciences humaines qui leur plongent le nez dans leurs turpitudes. En effet, malgré les écrans de fumée et la complexité des systèmes qu’ils mettent en place, leurs desseins sont trop simples. Ils ne sont pas des philantropes, Leur plaisir, c’est la méchanceté, plumer les autres les humilier, leur écraser les pieds avec leurs pompes Weston.

    Je les laisse donc à leur monde de M… et part de ce pas à la pêche avec de vrais amis et une bouteille de muscadet. Je ne boirai pas à leur santé, mais jouirai de mon plaisir gratuit!

    1. @ de Saint Naz
      Votre analyse est là encore impressionniste .
      Vous oublierz deux choses :
      1/ d’une part que le pouvoir des hauts fonctionnaires ( des enarques pour aller vite) joue en France un rôle de régulation des banques et des grandes entreprises . Quoi qu’on en pense par ailleurs. C’est une des raisons pour lesquelles les banques françaises sont bien mieux contrôlées que les autres actuellement
      2/ d’autre part que le Traité de Maastricht et la gestion de l’Euro sont basés sur un principe de gestion financière totalement différent de celui des Etats unis ( on peut le qualifier de conservateur). De ce point de vue, l’europe et la BCE sont en contradiction avec les intérêts des banques d’affaire américaine qui ne demandent rien tant que l’endettement des Etats .. . Lesquels intérêts américains sont relayés avec une inconscience digne des meilleurs éloges par DSK et toute une fraction du parti socialiste soit dit en passant ..
      Il faut insister sur ce dernier point, car on tend à confondre la politique d’équilibre budgétaire qui se dessine en Europe avec une prise de pouvoir du monde financier sur la vie politique. Alors que c’est quand même le contraire.
      amicalement

    2. à Claude Roche

      Mon analyse n’a rien d’impressionniste.
      1- Messier était-il oui ou non Chef de cabinet de Balladur Premier Ministre. Peut-on dire qu’il a eu un rôle de régulateur par rapport à Vivendi? je ne crois pas.

      Que les « énarques » jouent un rôle de régulateur, je n’en doute pas, mais pour leur propre business, c’est à dire kla très grande entreprise à caractère financière. Si la présence de ces hauts fonctionnaires étéit aussi régulatrice que vous le décrivez, pourquoi aurait-on eu besoin de la missionRené Ricol pour contrôler que ces banques faisaient réellement leur travail: irriguer les entre prises avec l’épargne qu’elle collectent plutôt que de spéculer.

      Je connais les deux systèmes, européen et étazunien, il m’arrive de lire, vu mon métier quelques publications sérieuses. Ce que je maintiens, c’est que politiques et financiers ont les même intérêts car ils sont du même monde, de la même « société » qui possède en commun un socle culturel, des coutumes et un corpus de croyances, dont une vision très particulière de leur éminent rôle social, . Ce n’est pas un point de vue économique, c’est un point de vue sociologique, basé sur 20 ans de recherches des époux Pinsont-Charlot, sociologues du CNRS qui a observé ces milieux pendant 20 ans. (dernier livre « grand public »:les ghettos du ghotta.

      Quant aux réflexion sur les socialos, vous pouvez me la jouer de l’extrême gauche à l’extrême droite, tout cela ne me provoque que d’irrépressibles accès d’hilarité!

    3. @ de st Naz
      Monsieur
      Je vous propose de comparer votre discours avec celui de Sarah Palin
      Si vous y voyez une différence de fond, je vous paye une bouteille de Champagne
      amicalement

    4. @ Claude Roche

      Petit argument Monsieur!

      Quand on décrit n’importe quelle classe sociale ou groupe professionnel en admettant qu’il peut avoir une culture commune, on admet cela comme une évidence. C’est encore plus vrai pour les groupes formés autour d’un intérêt commun (Bruno Latour). Mais curieusement, selon votre thèse (ou croyance) cela ne s’appliquerait pas à ceux dont il est question plus haut!

      Cultivez-vous, lisez les ouvrages universitaires des Pinson-Charlot qui ne sont guère contestables.

      Quand à ma critique vis à vis des valeurs, croyances et coutume du monde politique et financier, sachez simplement que je connais familialement ces réalités de l’intérieur, et que je n’oserai même pas répéter les discours décalés tenus à table!

      Vous êtes croyant Monsieur, et comme tout croyant prompt à flétrir les hérétiques.

      Amicalement!

    5. Pour Monsieur Roche et ceux que ça intéresse: les publications trouvables des Pinçon-Charlot

      * Les Ghettos du Gotha : Comment la bourgeoisie défend ses espaces, Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
      * La Chasse à courre, ses rites et ses enjeux, Payot, coll. « Petite bibliothèque », Paris, 2003 (1re édition 1993) (ISBN 2-228-89749-3)
      * Sociologie de Paris La Découverte – 2004 – Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
      * Châteaux et châtelains Anne Carrière – 2005 – Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
      * Voyage en grande bourgeoisie PUF – 1997, 2002, 2005 – Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
      * Sociologie de la bourgeoisie La Découverte, coll. « Repères » – 2000, 2003 – Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon

      Si vous tapez « les ghettos du gotha », vous trouverez également des extraits d’une émission réalisée pour France 3 sur le sujet.

      Pour vous documenter sur leurs travaux, articles dans wiki.

      Bonne lecture!

    6. @ philippe de saint naz
      « Quand à ma critique vis à vis des valeurs, croyances et coutume du monde politique et financier, sachez simplement que je connais familialement ces réalités de l’intérieur, et que je n’oserai même pas répéter les discours décalés tenus à table! »

      argument faible.
      il y’a plethore de personnes , sinon la majorité d’entre nous, qui, dans la sphére familiale notamment à table comme vous dites, peuvent reveler leur partie mysogine, raciste, antisemite, homophobe, vulgaire, extremiste etc…et qui dans la sphere professionnelle, politique, sociale au sens large, redeviennent des citoyens epris des principes de la république et de l’interet general.

      les 2 attitudes antagonistes cohexistent en chacun de nous. apres, tout est une affaire de curseur.

      je connais aussi le milieu de la politique et des couloirs de l’assemblée. ce n’est pas rare de cotoyer des parlementaires, fiefés egoistes, machos ou même gros beauf, qui se transforment par magie en montant à la tribune pour defendre avec brio et authenticité le droits des femmes, des exclus, la solidarité, les principes de la republique etc…

      n’est ce pas le lot de chacun d’entre nous de devoir ajuster regulierement nos discours et nos actes ?

    7. @ Daerdenne

      C’est bien cette schizophrénie qui est inquiétante et qui malgré tout révèle une morale curieuse et légèrement décadente.

      Hormis ma famille, contrairement à vous, je ne fréquente pas de tels gens (mysogine, raciste, antisemite, homophobe, vulgaire, extremiste ). C’est le fait que vous trouviez normal que les gens que vous fréquentez puissent avoir de telles positions intellectuelles qui m’inquiète, et qui me prouve encore que le monde politique et celui qui le côtoie n’est pas un monde de gens psychologiquement et sociologiquement normaux.

      Quant’au fait que les élus puissent défendre à l’assemblée des lois progressistes ou républicaines, j’espère quand même qu’ils font le boulot. Seulement, il y a un problème: la légitimité réelle nos représentants laisse à désirer (on pourrait parler longtemps des effectifs des partis politiques, encore plus minoritaires que les syndicats, et des filtres tordus qu’ils constituent pour une vraie démocratie, de la sélection qu’ils opèrent parmi les candidats etc.).

      Quant au fait de défendre telle ou telle loi, ce ne sont pas des convictions, ce sont les ordres de vote du groupe politique auquel l’élu appartient. Vous avez vu beaucoup d’entre eux voter contre leur groupe pour des questions importantes? Vous pensez qu’après des incartades ils ont conservé leur investiture? Ne me faites pas sourire (ou pleurer)

      En fait votre billet montre justement à l’envie ce qui me semble nocif: certains élus (nationaux, régionaux et départementaux) ont une mentalité tordue. Ceux auxquels je faisait allusion dans mes billets précédents la possèdent à l’évidence.

  14. Bonjour,
    Merci pour votre article qui montre que ce n’est pas la crise pour tout le monde. Il y a toujours eu des profiteurs de guerre…
    Mais l’euro n’est pas le seul attaqué comme le prouve cet article du Monde qui ne fait qu’éclairer ce que nous savions déjà.

  15. Je crois comme Claude Roche qu’il y a une partie de bras de fer entre le monde anglo-saxon et l’Union Européenne, le RU et les USA étant dans des situations plus critiques que celle des membres de l’UE. Les attaques ont commencé quand les medias anglo-saxons, ont montré du doigt l’Europe du Sud,et l’Europe de l’Est comme déclencheurs de la crise, en 2008 et 2009. Les salves sont régulières.

  16. Vous lire tous est un vrai antidépresseur. Monsieur Jorion, présentez vous aux prochaines élections,et comptez sur moi pour vous amener un max de voix. ( ils ont mauditcarmen, nous on a Paul Jorion). Merci.
    Ils nous prennent pour des débiles et nous cachent ce qui arrive, au lieu de s’y préparer tous ensemble.
    Bon we.

  17. Les spéculateurs et autres hedge funds s’en donnent à cœur joie, en spéculant contre l’euro et la dette des pays du sud de l’Europe. Ils le font avec de l’argent que les banques centrales leur prêtent à 1% seulement !

    Quand une PME française veut emprunter pour se développer, elle ne peut pas trouver de crédit à moins de 3% !

    Où est la logique ??

    1. La logique, c’est qu’il est plus lucratif pour ces beaux messieurs puisqu’on leur permet de le faire de spéculer que de prêter.

  18. « Quand nos dirigeants politiques comprendront-ils le jeu malsain qui se déroule devant leurs yeux et qu’ils financent de surcroît ? Seraient-ils tous myopes, bornés ou, pis, incompétents ? Je n’ose le croire. »

    Beaucoup d’intervenants posent des questions pertinentes en réaction à cet excellent billet.
    Ba dit  » qui pense que l’Allemagne et la Grèce peuvent avoir la même monnaie ? Qui pense que c’est faisable ? »
    « Les zones du pouvoir sont réservées aux gens de pouvoir. » écrit de Saint Naz (joli pseudo …)
    On peut se rappeler aussi que d’anciens dirigeants de premier plan se retrouvent choyés par le monde des affaires (sic) et de la finance mieux que des coqs en pâte.
    Exemple:
    « Gerhard Schröder
    Peu après avoir cédé le pouvoir à la conservatrice Angela Merkel, Gerhard Schröder a été engagé par Gazprom pour diriger le conseil de surveillance du consortium germano-russe chargé de construire ce gazoduc sous la mer Baltique, dont Gazprom détient 51%. Schröder avait lui-même arrêté la construction de ce pipeline en tant que chancelier et cela attiré de nombreuses critiques en Allemagne.
    Le 30 mars 2006, Gerhard Schröder est élu à l’unanimité[1] président de la North-European Gas Pipeline Company, entreprise chargée de superviser la gestion et la construction d’un gazoduc reliant la Russie et l’Allemagne en passant par la mer Baltique, évitant ainsi la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine.
    Par ailleurs, le gouvernement de Gerhard Schröder s’était porté garant d’un crédit d’un milliard d’euros proposé par les banques Deutsche Bank et KfW à Gazprom pour la construction de ce gazoduc germano-russe en mer Baltique. Gazprom a toutefois par la suite refusé ce prêt des deux banques.
    Le 29 mars 2006, le quotidien russe Kommerssant, publie un article[2] qui annonce que Schröder va proposer au président russe Poutine une entreprise relations publiques basée en Allemagne visant à améliorer l’image de la Russie en Europe occidentale. Les deux hommes sont réputés bons amis et Schröder espère obtenir le financement d’entreprises russes. Schröder a peu après nié ces informations parlant d’un think tank visant au dialogue entre la Russie et l’Occident.
    Il a été également recruté par la banque Rotschild comme conseiller dans le développement de ses activités en Europe de l’est, en Russie, en Turquie, au Moyen-Orient et en Chine.
    Gerhard Schröder, qui a adopté avec sa dernière épouse une petite fille originaire de Russie, ne cache pas les relations amicales qu’il entretient avec le président Vladimir Poutine. »
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Gerhard_Schr%C3%B6der
    Juste pour ne ne trop s’ennuyer mais bénévolement bien sûr !

    On continue? Blair Tony pour voir :http://fr.wikipedia.org/wiki/Tony_Blair#Carri.C3.A8re_apr.C3.A8s_le_poste_de_Premier_ministre
    « Tony Blair conseille les sociétés JP Morgan et Zurich Financial. Il pourrait également devenir conseiller haut de gamme chez LVMH où il interviendrait 3 à 4 fois par an. Bernard Arnault serait un de ses amis.
    En 2008, il occupe un poste de conférencier à l’Université Yale, sur les relations entre foi et mondialisation.
    Les relations étroites avec Rupert Murdoch, propriétaire de nombreux médias en Grande-Bretagne ont été l’objet de critiques sur l’indépendance de la presse. »

    Cela ressemble fort à des récompenses pour services rendus à la finance. Finalement incompétent n’est pas le mot qui convient, CORROMPUS, me semble plus approprié !
    Que deviendront Merkel et Sarkozy quand le vent politique aura tourné ?

    1. Il n’y’a pas de deterministe. il existe des hommes politiques INTEGRES ET HONNETES qui font un autre choix que de vendre leur ame au grand capital.

      Saluons le comportement d’un d’entre eux : Lionel JOSPIN, seul premier ministre qui lors de son depart de Matignon a rendu à la Republique le solde des fonds secrets dédiés à sa charge au lieu de partir avec à l’instar de ses predecesseurs (environ 2 millions d’Euros). Homme politique retraité qui refuse tous postes d’où qu’ils viennent et tous autres remunerations. Homme public qui accepte, par contre, les invitations dans les lycees, facs et universités à la demande des lyceens et des etudiants . Passionné de la chose publique qui continue à rediger des rapports sur des grandes questions politiques au service de l’interet collectif.

      Et il’y’en a bien d’autres tous partis confondus, femme et homme politiques, haut fonctionnaires, grand commis de l’état qui placent le service de l’etat et l’interet collectif au dessus de tout.

      Mr Blair et M.Schoder ont fait, en toute conscience, un tout autre choix.

      Nous saurons dans quelques années quels seront les choix de Mme Merkel et Mr Sarkozy .

    2. @Daerdenne

      A Jospin, vous auriez pu ajouter Méhaignerie, ou Braouezec et Brard, et même de Villiers et bien d’autres. Vous êtes une croyante (de gauche). Deuxième chose, vous croyez à l’action politique en général telle qu’elle existe aujourd’hui. Le problème des croyants, c’est que la religion leur masque la réalité et que les religions font des martyrs

  19. Bonjour,

    J’ai eu grand plaisir à vous lire. Si j’ai bien compris actuellement ils vont (les banquiers bien sur) s’amuser avec l’euro. Donc l’euro baisse par rapport au dollar. Conclusion les put sur l’euro explosent!!!! BRAVO
    Vous nous dites qu’ils vont s’attaquer ensuite au dollar. La je n’ai pas la même conclusion car le dollar est la seule monnaie qui permet d’acheter directement de l’or alors l’euro ne peut pas.
    Imaginez si le dollar déringolait!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! l’or sera à 2000 dollar l’once et je ne crois pas que la chine le veuille bien qu’elle soit devenu la cinqième détentrice d’or mondial.
    Tant que les banquiers n’auront pas mis au point une monnaie mondiale le dollar remontera et je le vois même à 0.9 par rapport à l’euro. Pourquoi ?
    Si le dollar remonte ainsi l’économie chinoise explosera littéralement et le conflit avec l’iran pourra être engagé.
    Le pétrole sera propulsé mais bloqué par l’augmentation du dollar.
    Voilà c’est mon point de vue et l’euro va déringoler afin que les entreprises mondiales se relocalisent en europe etque la chine connaisse l’effondrement de leur économie (n’oublions pas que le yuan a une parité fixe et se trouve indexé sur le dollar).

  20. Laissez-moi écrire une petite histoire, qui précise une hypothèse concernant l’euro.

    Pourquoi l’euro est-il à la merci des banques ?

    Parce qu’il est en train de se désagréger.

    Pourquoi l’euro est-il en train de se désagréger ?

    Parce qu’il est une créature artificielle, faite de plusieurs organismes cousus ensemble.

    L’euro est comme la créature du professeur Frankenstein.

    Les dirigeants politiques de plusieurs pays européens ont choisi de faire une expérience : créer une créature artificielle, faite de plusieurs organismes cousus ensemble. Cette créature, c’est l’euro.

    Comme dans l’histoire du professeur Frankenstein, les dirigeants politiques ont pris un morceau d’organisme allemand, ils l’ont cousu avec un morceau d’organisme grec, ils ont cousu aussi un morceau d’organisme français, ils ont rajouté un morceau d’organisme espagnol, et aussi un morceau d’organisme néerlandais, etc.

    L’euro est comparable à la créature du professeur Frankenstein : l’euro est fait de bric et de broc, l’euro est un patchwork, avec des coutures apparentes.

    Au début, tout va bien : la créature du professeur Frankenstein ouvre les yeux, elle respire, elle se met debout, elle marche.

    Ensuite, ça se gâte : on a l’impression que le bras gauche de la créature veut aller dans une direction, on a l’impression que le bras droit de la créature veut aller dans la direction opposée, la jambe gauche veut elle-aussi aller dans une autre direction, la jambe droite veut elle-aussi aller dans une autre direction, etc.

    Les 16 morceaux qui composent la créature veulent aller chacun dans une direction.

    Les 16 morceaux qui composent la créature se souviennent : ils se souviennent du corps qu’ils étaient avant.

    Et chacun de ces 16 morceaux continue à vivre comme il a toujours vécu, SELON SA PROPRE HISTOIRE, ET SELON SA PROPRE NATURE.

    En février 2010, la créature du professeur Frankenstein, l’euro, commence à se désagréger sous nos yeux : ses coutures commencent à craquer, le sang coule.

    Les spéculateurs et les banquiers sont des vautours : ils viennent de comprendre que la créature saigne, et qu’elle va bientôt se disloquer. Ils ont commencé à l’attaquer. Ils ont commencé à la mordre.

    Mais les vautours ne sont pas les responsables de la dislocation de la créature. La créature n’était pas viable. La créature devait se désintégrer, c’était écrit.

    L’euro est à la merci des banques, aujourd’hui, certes ; mais les banques ne sont pas responsables de la désagrégation de l’euro.

    Les responsables, ce sont les professeurs Frankenstein qui ont créé cette malheureuse créature, en pensant qu’elle serait viable.

  21. Ces accords avaient été conclus pour soutenir le dollar lors de l’avènement de la crise en 2007. Il fallait éviter à tout prix que les investisseurs (tous, Trésors fortunés [BRIC] inclus) n’abandonnent le billet vert et ne complique la vie des banques qui, je le souligne, raisonnent en dollars. Le dollar a mis un an à se stabiliser. Comme il évolue plutôt sereinement depuis, malgré qu’il soit intrinsèquement sans valeur, la prolongation de ces accords n’était plus requise. Mais peut-être, qu’en effet, les banques ont profité de cette absence pour jouer plus librement. Une sorte de signal de départ.

  22. Speculation on secret economy talks
    There are reports some of the world’s top bankers are gathering in Sydney for secret talks on the…
    THE world’s top central bankers began arriving in Australia yesterday as renewed fears about the strength of the global economic recovery gripped world share markets.
    http://www.news.com.au/business/secret-summit-of-top-bankers/story-e6frfm1i-1225827289543
    Rien ne va plus, faites vos jeux………………..l’économie casino en conciliabules.

  23. En même temps, [ dans le nord ]
    Les grands argentiers du G7 chargés de conforter une reprise fragile………
    IQALUIT — Les ministres des Finances et banquiers centraux du G7 concluent samedi une réunion à Iqaluit (Canada), en principe sans publier de communiqué, mais en cherchant à rassurer sur leur objectif commun de conforter une reprise économique mondiale bien fragile.
    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iAyL3oqSRozK6zptVMCCQJBX_uVQ

  24. Si les faits évoqués par Jean-Pierre sont avérés, les états disposent de services aussi discrets qu’efficaces pour « refroidir » rapidement certains enthousiasmes malsains.

    Les « banksters » devraient vraiment commencer à s’en inquiéter.

    1. Je suis surpris que vous soyez le seul à avoir cette réaction!
      A la lecture de cet article, j’ai eu 2 sentiments:

      – Une profonde incrédulité, d’abord, qui m’amène à m’interroger sur les sources de ce billet explosif. Quelles sont elles?

      – La colère! Car si ce qui y est dit est vrai, les banques qui ont été maintenues à bout de bras par les états et le contribuable sont en train de leur reprocher les conséquences de ces efforts! Je n’attends rien du monde de la finance, mais là ils font fort quand même! Ce n’est ni plus ni moins qu’une déclaration de guerre envers des états souverains. Ces états ont toujours été soit complices soit victimes de la finance, mais là j’ai l’impression que nos amis banquiers se sont attaqué à un très très gros poisson. Je ne parle pas de la Grèce ou du Portugal, mais de l’ensemble des pays de la zone euro. Si cette déclaration de guerre est comprise comme telle par ces pays, que croyez vous que puisse être leur réaction? Les états et les banques n’ont pas les mêmes moyens, pas les mêmes méthodes pour faire la guerre. La violence fait partie de l’arsenal légitime des états, je me demande si les banquiers l’ont oublié…

    2. @ Tchita

      Tenez, je crois que cet article paru dans le Financial Times vendredi dernier

      http://www.ft.com/cms/s/0/fef14154-11f5-11df-b6e3-00144feab49a.html?nclick_check=1

      reprend une partie de ce que je raconte mais vu sous un autre angle. Pour le reste, je me réfère aux dépêches et faits des marchés et relie tous ces comportements, connaissant les pratiques de ce marché, y ayant moi-même travaillé. Ensuite, les renseignements de subalternes au sein des banques qui, pour des raisons qu’on comprendra aisément, préfèrent rester anonymes, complètent l’ensemble.

    3. @ bien vu
      La différence entre les financiers anglo-saxons et les financiers européens c’est que les premiers n’ont rien à craindre des Etats européens et de la BCE, les seconds si . Et croyez moi ils savent très bien à quel jeu il ne faut pas jouer !

    4. Merci Jean-Pierre pour cet article de FT, ça atténue un peu mon incrédulité et fait croître ma colère… 😉

      Je ne suis pas familier avec les pratiques de ce milieu, mais est-il habituel de souscrire un CDS sur un emprunt d’état dont la demande de souscription est 3 fois supérieure à l’offre? Comme vous l’expliquez si bien, la montée semble assurée dans les heures qui suivent le déblocage des bonds.
      Du coup, les banques et hedge funds qui se sont couvert n’ont ils pas une belle tête de coupables de délit d’initié?
      On voit là encore un effet pervers du transfert de risque…

    5. @ Tchita

      Si un investisseur prévoit une détérioration quelconque d’un actif financier, il peut se couvrir via un CDS. Comme c’est un contrat réglé de gré à gré, il déterminera avec sa contrepartie les modalités de l’assurance. Il pourra par exemple convenir de se faire rembourser si le cours de l’emprunt chute de quelques pour cent ou s’il subit une rétrogradation. Le CDS peut en fait couvrir n’importe quel risque.

      Alors, dans le cas présent, sachant que les pays des PIGS sont sur la sellette, qu’ils risquent tous de subir une rétrogradation de leur note, il est parfaitement normal qu’un investisseur s’assure. Ne pas le faire lui serait reproché par les actionnaires. Mais là où les choses sont inacceptables, c’est que cet investisseur soit en mesure de créer l’évènement qui enclenchera l’exercice de son CDS. Tout le problème est là et nos dirigeants laissent faire, sans broncher.

      Paul Jorion a déjà évoqué cette pratique dans des billets antérieurs. Mais je vous convie à lire le reportage de Gretchen Morgenson et Louise Story, qui vient d’être publié dans le New York Times concernant la relation entre Goldman Sachs et AIG juste avant l’effondrement du second. Ce reportage confirme intégralement les suspicions énoncées par Paul. Les manipulations sont évidentes, mais on peut difficilement les démontrer de façon tangible, uniquement par recoupement. Vous constaterez, en effet, qu’aucune des parties impliquées ne veut confirmer ses pratiques propres.

      Bonne lecture : elle est édifiante !

      http://www.nytimes.com/2010/02/07/business/07goldman.html?th&emc=th

    6. Merci pour ces précisions Jean-Pierre. Je connaissais le principe des CDS, mais je n’avais pas conscience de la systématisation de leur utilisation. A dire vrai ce qui me surprend ici c’est de trouver encore des compagnies d’assurance pour signer ce genre de contrats en ces temps d’incertitude monétaire et obligataire.
      L’article du NYT est en effet édifiant. J’ai du mal à pleurer sur la chute d’AIG, mais GS plus que jamais ressemble à l’ogre de la fable.

      Pour en revenir à la remarque initiale d’Eomenos, je me demande quand un gouvernement va se décider à passer à l’action. Pas sûr qu’il fasse bon être dans les chausses du PDG de Goldman Sachs dans les mois qui viennent.

      @ Clemence Daerdenne
      Les services en question sont à mon avis les services secrets – section opération- , pas vraiment moraux, mais efficaces quand il s’agit d’expliquer à quelqu’un qu’il a franchit la ligne rouge…

      Je délire sans doute, mais je me demande si certaines dirigeants de banques ne risquent pas de consommer quelques sorbets épicés au polonium s’ils continuent leurs blagues…

  25. bonsoir,

    tout d’abord corriger un faux ami qui m’écorche les oreilles à longueur de journée, de grâce en français le terme US de « regulation » devient contrôle ou règlementation. On doit dire autorité de contrôle plutot que regulateur…
    Sinon sur le marché des devises que je pratique depuis un certain temps il faut bien en voir les deux faces, l’une officiel sur le marché organisé et l’autre, sombre sur les marchés de gré à gré en bank-to-bank ou encore plus sombre letter-to-letter. La taille des opérations est très souvent de l’ordre du Trillion (l’unité de base) mais la réside la grande différence entre Fed et BCE, entre dollar et euro : la fed contrôle sevèrement toute ces opérations en dollar. Je m’explique, toute opération de ce type depassant le 50Billions (donc evidemment toutes) doit satisfaire aux règles edictées par la fed et passé sous ses fourches caudines (vous devez obtenir l’agrément de la Fed). Et l’ecartement des dents est très très fin. Ne pas s’y plier c’est se voir blacklister avec toute la chaine d’intervenants , banques comprises pour des années. La BCE considère que le marché s’équilibre de lui même et donc a la différence de la Fed ne fait que subir la situation…

    @ françois leclerc,
    j’aimerais pouvoir vous poser qq questions en direct si cela est possible, vous avez mon adresse email…

    1. Les mots « réglementation » et « régulation » sont deux mots distincts qui renvoient à des choses distinctes mais il n’y a pas de raison de proscrire l’un des deux. Je suppose que vous ne proposez pas de remplacer « autorégulation » par « autoréglementation ».

  26. La Grèce n’a jamais eu de véritable devise après 1945.Avant l’Euro,une grande majorité des transactions étaient effectuées en Deutche Mark,le drachme vivotait au gré des humeurs touristiques…Imputer seulement la crise du pigs à l’euro,c’est oublier l’effet dévastateur des bulles immobilières et financières créés par une surévaluation de la livre sterling depuis 15 ans,dont les premières victimes sont les classes moyennes…britanniques, engagées dans un business colonial démentiel sur les cotes de ces pays exotiques au son du clairon des manipulateurs de la city.Au bout du chemin,des économies réelles dévastées,une colonisation à crédit détruisant les économies locales dans une grande partie de notre continent,et rendant difficile un retour à une productivité salvatrice pour réembaucher ces millions de chomeurs.Hélas,Le sud de l’Europe entame un processus économique équivalent à celui d’une grande partie du continent Africain à la fin du 20eme siècle.Au début le mirage fonctionne,tout ce petit monde semble s’enrichir et profiter des investissements des uns et des autres,mais les tricheries comptables et la pénurie ,transforment ce reve en cauchemar.

    1. Puisque le site de notre hote est aussi un blog politique et qu’il vient d’etre classé 4eme blog politique , je salue les camarades de l’Ile de Ré et je suis ravie qu’une section militante reprenne cet article de Jean-Pierre.

    2. Puisqu’une section socialiste a repris un article du site de Paul Jorion, j’invite d’autres sections à en faire de même, il est temps d’élargir nos horizons et de proposer d’autres lectures possibles.

  27. Mais non elle ne travaille pas à Pôle emploi, pire que ça Clemence est une de ces militantes blabla du parti socialiste.
    Dites moi vous aussi vous allez sortir un clip aussi génial que celui de l’UMP, pour sauver le pays ???
    Est ce que Jospin viendra chanter ? Allez vous nous refaire une balade dans Paris, la rose au poing ?
    Je vais vous dire Clemence, j’ai tout autant de respect pour le parti socialiste que pour l’ump, c’est bonnet blanc et blanc bonnet et toujours les mêmes vieilles recettes de part et d’autre qui ne mènent nul part.
    Il y a pourtant certainement autant au parti socialiste qu’à l’ump, des personnes valables, l’ennui c’est que pour l’instant, elles ne se montrent pas.
    Il faut dire que quitter les grosses machines politiques pour créer du neuf, c’est un tout autre travail et un tout autre combat que le blabla…
    Quand au terme camarades, ceux des goulags vous saluent …
    Camarades est à mettre dans le même sac que Déontologie.

  28. Et si nous parlions un peu de l’origine, d’où vient l’interdiction pour les états d’emprunter directement à la banque centrale. Quelle est donc la cause ?
    Pour ma part, je pense que tout vient de la rupture des accords de Brettons Woods, tout vient du 15 août 1971.
    Tout découle du Dollar. En effet, jusqu’à ce jour toutes les monnaies dépendaient de la convertibilité en or via le dollar.
    Le jour où le Dollar n’est plus convertible, tout s’écroule, il faut donc ancrer le système monétaire sur autre chose, et ils n’ont rien trouver de mieux que le rapport entre dettes d’états/ PIB. Il fallait donc contenir cette dette pour que la monnaie garde cette valeur, et le monde entier s’est aligné sur les USA, il a été interdit aux Etats Européens de garder leur modèle de social démocratie où l’état pouvait se financer directement à la banque centrale. Les USA étaient à cette date une véritable puissance mondiale dominante sans concurrent. C’est là où les banques sont entré en jeu d’autant plus facilement que les échanges mondiaux étaient en Dollar et que les autres pays n’étaient que les otages de cela.
    De Gaulle en 1965, avait vu juste, il n’y avait aucune raison, l’Europe reconstruite avec des réserves équivalente aux USA sinon plus qu’elle reste vasalisé au Dollar. Et quel plus beau cadeau aux USA que de prélever en Europe indirectement un impôt de plus via les intérêts de la dette pour y maintenir la croissance en deça de ce qu’elle aurait du être.
    C’est à partir de 1973, que la France pour ne citer qu’elle a commencé son déclin.
    Notre problème, c’est bien le privilège exorbitant du Dollar.
    Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de nos problèmes en Europe.
    Quand à l’ Euro, c’est une monnaie artificielle, parce qu’il n’y a un ministre des finances en Europe, pas une volonté commune de parler d’une seule voie et de contrer l’hégémonie de la monnaie américaine.

    On a beau savoir que la croissance américaine par rapport à la croissance européenne n’est qu’illusion, l’europe continue à faire vis à vis du dollar courbette comme au lendemain de la guerre quand l’europe était en ruine.

  29. En plus comme le Pib des Usa est trafiqué par le recours comme nul part ailleurs au crédit, c’était facile à eux de se dire la meilleure économie du monde et par là même la monnaie la plus sûre. cqfd

  30. Nous avions les moyens et nous nous sommes laissé dépossédé :

    Extrait d’une conférence de presse de Charles De Gaulle

    Q. – M. le Président, en changeant en or une partie de ses avoirs en dollars, la France a provoqué certaines réactions qui ont fait apparaître les défauts du système monétaire actuel. Etes-vous partisan de réformer ce système, et, si oui, comment ?

    R. – Je vais tâcher d’expliquer ma pensée sur ces points, A mesure que les États de l’Europe occidentale, décimés et ruinés par les guerres, recouvrent leur substance, la situation relative qui avait été la leur par suite de leur affaiblissement apparaît comme inadéquate, voire abusive et dangereuse. Rien, d’ailleurs, dans cette constatation n’implique de leur part et, notamment, de celle de la France quoi que ce soit d’inamical à l’égard d’autres pays, en particulier de l’Amérique. Car, le fait que ces États veuillent, chaque jour davantage, agir par eux-mêmes dans tout domaine des relations internationales procède simplement du mouvement naturel des choses. Il en est ainsi pour ce qui est des rapports monétaires pratiqués dans le monde depuis que les épreuves subies par l’Europe lui firent perdre l’équilibre. Je veux parler – qui ne le comprend? – du système apparu au lendemain de la Première Guerre et qui s’est établi à la suite de la Seconde. On sait que ce système avait, à partir de la Conférence de Gênes, en 1922, attribué à deux monnaies, la livre et le dollar, le privilège d’être tenues automatiquement comme équivalentes à l’or pour tous paiements extérieurs, tandis que les autres ne l’étaient pas. Par la suite, la livre ayant été dévaluée en 1931 et le dollar en 1933, cet insigne avantage avait pu sembler compromis. Mais l’Amérique surmontait sa grande crise. Après quoi, la Deuxième Guerre mondiale ruinait les monnaies de l’Europe en y déchaînant l’inflation. Comme presque tontes les réserves d’or du monde se trouvaient alors détenues par les États-Unis, lesquels, en tant que fournisseurs de l’univers, avaient pu conserver sa valeur à leur propre monnaie, il pouvait paraître naturel que les autres Etats fissent entrer indistinctement des dollars ou de l’or dans leurs réserves de change et que les balances extérieures des paiements s’établissent par transferts de crédits ou de signes monétaires américains aussi bien que de métal précieux. D’ autant plus que l’Amérique n’éprouvait aucun embarras à régler ses dettes en or si cela lui était demandé. Ce système monétaire international, ce « Gold Exchange Standard », a été par conséquent admis pratiquement depuis lors. Cependant, il ne paraît plus aujourd’hui aussi conforme aux réalités et, du coup, présente des inconvénients qui vont en s’alourdissant. Comme le problème peut être considéré dans les conditions voulues de sérénité et d’objectivité – car la conjoncture actuelle ne comporte rien qui soit, ni très pressant, ni très alarmant – c’est le moment de le faire. Les conditions qui ont pu, naguère, susciter le « Gold Exchange Standard » se sont modifiées, en effet. Les monnaies des Etats de l’Europe occidentale sont aujourd’hui restaurées, à tel point que le total des réserves d’or des Six équivaut aujourd’hui à celui des Américains. Il le dépasserait même si les Six décidaient de transformer en métal précieux tous les dollars qu’ils ont à leur compte. C’est dire que la convention qui attribue au dollar une valeur transcendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale, à savoir la possession par l’Amérique de la plus grande partie de l’or du monde. Mais, en outre, le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiement, amène les États-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet, ce qu’ils lui doivent, ils le lui paient, tout au moins en partie, avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre, au lieu de les leur payer totalement avec de l’or, dont la valeur est réelle, qu’on ne possède que pour l’avoir gagné et qu’on ne peut transférer à d’autres sans risque et sans sacrifice. Cette facilité unilatérale qui est attribuée à l’Amérique contribue à faire s’estomper l’idée que le dollar est un signe impartial et international des échanges, alors qu’il est un moyen de crédit approprié à un Etat. Évidemment, il y a d’autres conséquences à cette situation. Il y a en particulier le fait que les Etats-Unis, faute d’avoir à régler nécessairement en or, tout au moins totalement, leurs différences négatives de paiements suivant la règle d’autrefois qui contraignait les États à prendre, parfois avec rigueur, les mesures voulues pour remédier à leur déséquilibre, subissent, d’année en année, une balance déficitaire. Non point que le total de leurs échanges commerciaux soit en leur défaveur. Bien au contraire! Leurs exportations de matières dépassent toujours leurs importations. Mais c’est aussi le cas pour les dollars, dont les sorties l’emportent toujours sur les rentrées. Autrement dit, il se crée en Amérique, par le moyen de ce qu’il faut bien appeler l’inflation, des capitaux, qui, sous forme de prêts en dollars accordés à des Etats ou à des particuliers, sont exportés au dehors. Comme, aux États-Unis même, l’accroissement de la circulation fiduciaire qui en résulte par contre-coup rend moins rémunérateurs les placements à l’intérieur, il apparaît chez eux une propension croissante à investir à l’étranger. De là, pour certains pays, une sorte d’expropriation de telles ou telles de leurs entreprises. Assurément, une telle pratique a grandement facilité et favorise encore, dans une certaine mesure, l’aide multiple et considérable que les États-Unis fournissent à de nombreux pays en vue de leur développement et dont, en d’ autres temps, nous avons nous-mêmes largement bénéficié. Mais les circonstances sont telles aujourd’hui qu’on peut même se demander jusqu’où irait le trouble si les États qui détiennent des dollars en venaient, tôt ou tard, à vouloir les convertir en or? Lors même, d’ailleurs, qu’un mouvement aussi général ne se produirait jamais, le fait est qu’il existe un déséquilibre en quelque sorte fondamental. Pour toutes ces raisons, la France préconise que le système soit changé. On sait qu’elle l’a fait, notamment, lors de la Conférence monétaire de Tokyo. Étant donné la secousse universelle qu’une crise survenant dans ce domaine entraînerait probablement, nous avons en effet toutes raisons de souhaiter que soient pris, à temps, les moyens de l’éviter. Nous tenons donc pour nécessaire que les échanges internationaux s’établissent, comme c’était le cas avant les grands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne porte la marque d’ aucun pays en particulier. Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard il puisse y avoir de critère, d’étalon, autres que l’or. Eh oui ! L’ or, qui ne change pas de nature, qui se met, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n’a pas de nationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeur inaltérable et fiduciaire par excellence. D’ailleurs, en dépit de tout ce qui a pu s’imaginer, se dire, s’ écrire, se faire, à mesure d’immenses événements, c’est un fait qu’encore aujourd’hui aucune monnaie ne compte, sinon par relation directe ou indirecte, réelle ou supposée, avec l’or. Sans doute, ne peut-on songer à imposer à chaque pays la manière dont il doit se conduire à l’intérieur de lui-même. Mais la loi suprême, la règle d’or – c’est bien le cas de le dire – qu’il faut remettre en vigueur et en honneur dans les relations économiques internationales, c’est l’obligation d’équilibrer, d’une zone monétaire à l’ autre, par rentrées et sorties effectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurs échanges. Certes, la fin sans rudes secousses du « Gold Exchange Standard », la restauration de l’étalon -or, les mesures de complément et de transition qui pourraient être indispensables, notamment en ce qui concerne l’organisation du crédit international à partir de cette base nouvelle, devront être concertées posément entre les Etats, notamment ceux auxquels leur capacité économique et financière attribue une responsabilité particulière. D’ailleurs, les cadres existent déjà où de telles études et négociations seraient normalement menées. Le Fonds monétaire international, institué pour assurer, autant que faire se peut, la solidarité des monnaies, offrirait à tous les Etats un terrain de rencontre approprié, dès lors qu’il s’agirait, non plus de perpétuer le « Gold Exchange Standard », mais bien de le remplacer. Le « Comité des Dix », qui groupe, aux côtés des États-Unis et de l’ Angleterre, d’une part la France, l’ Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique, d’ autre part le Japon, la Suède et le Canada, préparerait les propositions nécessaires. Enfin, il appartiendrait aux Six États qui paraissent en voie de réaliser une Communauté économique européenne d’élaborer entre eux et de faire valoir au -dehors le système solide que recommande le bon sens et qui répond à la puissance renaissante de notre Ancien Continent. La France, pour sa part, est prête à participer activement à la vaste reforme qui s’impose désormais dans l’intérêt du monde entier.

    Charles de G au lle Extrait de « Discours et Messages » – Charles de Gaulle – Plon, 1970 – pages 330 à 334

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