L’actualité de la crise: l’Europe attardée au rayon bricolage, par François Leclerc

Billet invité

L’EUROPE ATTARDEE AU RAYON BRICOLAGE

La réunion de l’Ecofin de lundi et mardi prochains à Bruxelles va illustrer parfaitement l’art et la manière des gouvernements de gérer cette crise. Deux jours pleins vont être consacrés par les ministres des finances de la zone euro à des débats sur la crise de la dette et de l’euro en Europe, dont nous savons dès maintenant que nous en connaîtrons fort peu. C’est une routine installée : les représentants de gouvernements issus d’élections démocratiques choisissent le plus strict huit clos quand il s’agit de discuter des affaires d’importance !

Depuis New York, Christine Lagarde vient de nous en avertir, questionnée à propos du plan de sauvetage financier de la Grèce : « Je ne m’attends certainement pas à ce qu’une décision soit prise, ni aucun bouton pressé ou même sélectionné pour être pressé ultérieurement, parce que c’est tout à fait prématuré » (elle faisait référence à l’idée que le plan était prêt et qu’il suffisait d’appuyer sur le bouton pour l’actionner lorsque nécessaire). Toutes les rédactions sont en alerte, les fils des agences et les colonnes de la presse spécialisées sont remplies de rumeurs à propos de ce fameux plan, mais il va probablement falloir à nouveau se contenter de belles paroles.

Ce qui ne va pas manquer d’alimenter les suspicions sur la persistance de désaccords, ou pis, sur une connivence forgée autour d’une forte conviction partagée : « ces affaires n’ont pas à être rendues publiques, car pour les régler nous utilisons avec nos amis de la finance des moyens qui n’ont pas besoin d’être connus ». Cela n’étant pas sans rappeler le coup d’avant, les conditions dans lesquelles la dernière émission obligataire grecque a été accueillie par les marchés.

L’essentiel de l’effort des ministres va en ce début de semaine se porter sur un autre thème. Tous les artifices et les ressources de la communication vont être mis à profit pour annoncer de nouvelles mesures de surveillance renforcées des budgets des pays de la zone euro, dans le cadre d’une affirmation unanime de la nécessité de la rigueur, une fois donné en exemple le plan de rigueur des Grecs, la mention de meilleur gouvernement du mois étant décernée à Athènes comme une entreprise américaine le fait pour ses employés.

Quel que soit le pays concerné, la charge de la dette (le paiement de ses intérêts) va en effet peser de plus en plus dans les budgets, les Etats rétribuant les investisseurs privés, sauvés par leurs soins du désastre, puis se refusant à sortir de cette logique mortifère. Ce qui en dit long sur qui, représentants des uns ou des autres, est effectivement aux commandes, et en définitive sur ce que représentent effectivement les Etats. Une caricature nous en est actuellement offerte que nous n’aurions pas osé si cruellement dessiner.

Comment chasser le spectre hideux d’une déstabilisation de l’euro ? Au sommet, c’est devenu une affaire de haute priorité. Car celle-ci pourrait facilement se répandre largement en Europe et devenir dans ces conditions incontrôlable. Que n’a-t-on à ce sujet évoqué les PIIGS (Portugal – Italie – Irlande – Grèce et Espagne) – évitant d’inscrire le Royaume-Uni sur la liste des grands malades – sans néanmoins parvenir, depuis maintenant plus d’un mois, à mettre au point un plan d’aide financière européen toujours promis mais se faisant beaucoup désirer ! Il faut donc prendre le taureau par les cornes.

Et, dans un premier temps, se rendre à l’évidence : laisser la Grèce se présenter sur les marchés obligataires sans la protection d’un parapluie européen revenait à ce qui lui soit imposé par ceux-ci des taux très élevés, rendant son rétablissement financier encore plus incertain, créant parallèlement une forte incitation à ce que se poursuive le jeu spéculatif engagé contre l’euro. D’où la mise au point de ce plan, qui un jour existe et le lendemain n’existe plus. L’histoire tranchera !

L’idée d’un Fonds monétaire européen (FME) avait bien été lancée sans crier gare par le ministre allemand des finances, nécessitant apparemment de rallier ensuite les Français à cette cause, selon la presse. Mais, quel que soit le sort qui sera finalement réservé à cette initiative, notamment concernant le lourd chapitre des sanctions que le FME pourrait infliger aux récalcitrants – à propos desquelles les Français ont une attitude pour le moins nuancée, car ils pourraient être visés – il est vite apparu que son éventuelle mise en place s’inscrivait au mieux dans le moyen terme, alors que le calendrier de la crise de l’euro est à court terme. Et qu’il fallait faire vite.

C’est la raison pour laquelle, sous les auspices d’une Angela Merkel déclarant quasiment l’état d’urgence, est intervenue une offensive européenne en règle contre les CDS nus, dénoncés comme étant les instruments de la spéculation sur la dette souveraine. Sans que l’on soit parvenu clairement – ce qui n’est trop étonnant, vu la totale opacité de leur marché – à déterminer ses acteurs ainsi que l’impact de leur rôle dans l’augmentation des taux obligataires grecs, mais avec la forte conviction que, dans le doute, il ne fallait pas s’abstenir. Et que l’opinion publique serait réceptive, les gouvernements désignant un ennemi hors de portée leur permettant de confortablement se poser en victime.

Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, Georges Papandréou et Jean-Claude Juncker (qui dirige l’Eurogroupe), ont toutes affaires cessantes demandé de concert à Bruxelles que soit diligentée une enquête, afin de déterminer « s’il y a eu des opérations spéculatives illégales sur la dette grecque » et « comment a réellement fonctionné le marché des CDS dans cette affaire ». Nous en attendons désormais avec intérêt les résultats détaillés !

Les propositions franco-allemandes de régulation de tous les produits dérivés négociés de gré à gré ont par ailleurs été mises sur la table. Les CDS devraient faire l’objet d’un enregistrement obligatoire et passer par des chambres de compensation, une période minimale de détention de ceux-ci serait instaurée, « l’achat de CDS qui ne sont pas utilisés à des fins de couverture » seraient interdits.

Que n’a-t-on alors entendu, de l’autre côté de la Manche et de l’Atlantique  ! Ashish Shah, un credit strategist de Barclays asséna sans tarder, dans une note rendue publique, que « interdire la détention nue de CDS équivaut à interdire carrément les CDS, puisque cela paralyserait toute transaction sur le marché », telle une vision d’apocalypse. Ajoutant de manière toute aussi énigmatique et pour faire bonne mesure : « Nous continuons de croire que ce serait extrêmement destructeur pour des marchés qui permettent actuellement de compenser la concentration des risques et d’encourager l’activité de prêt ». L’emploi du terme destructeur pouvant cependant permettre de penser que ce n’est pas se tromper de cible que de mettre en cause les CDS nus !

Un florilège de lamentations et de mises en garde s’en suivit, publiée par la presse financière bien pensante, avec comme principal argument un amalgame systématique entre les CDS dans leur fonction assurancielle d’origine et les instruments purement spéculatifs que sont les CDS nus. Ou bien faisant état de l’extrême complexité qui serait rencontrée – sempiternel argument – pour démêler les uns des autres.

Le feuilleton ne fait que commencer, au vu des visages fermés qu’a suscité Georges Papandréou en visite chez ses interlocuteurs américains de Washington, lorsqu’il a évoqué avec véhémence le sujet ! Ou lorsque l’on peine à suivre les méandres des négociations bipartisanes en cours au Sénat américain sur le projet de loi de régulation financière. Il a été suffisamment souligné que rien ne serait plus simple que contourner l’Europe, si elle adoptait à elle seule une législation restrictive à propos des CDS nus, afin de poursuivre la spéculation financière sur ce marché trop beau pour être honnête. Quel avenir va pouvoir avoir l’offensive européenne dans ces conditions de blocage américain ?

La publication d’une lettre de Tim Geithner, secrétaire au Trésor, à Michel Barnier, commissaire européen chargé des affaires financières, est alors venue à point nommé pour illustrer le fossé qui séparait les Européens des Américains, dès lors que les premiers se mettaient en tête de s’impliquer dans la régulation financière. « Nous nous inquiétons d’un certain nombre de propositions qui seraient discriminatoires vis-à-vis des sociétés américaines et qui leur interdiraient l’accès au marché européen dont elles disposent actuellement », a ainsi protesté Tim Geithner, en référence aux projets européens d’encadrement des hedge funds. « Dans ce domaine comme dans d’autres, je crois que nous sommes d’accord sur le fait qu’il est essentiel de respecter les engagements pris au G20 d’éviter de faire des différences, et de définir des règles du jeu qui soient les mêmes pour tous », a-t-il précisé, oubliant les faits accomplis systématiques de l’administration américaine dès lors qu’il s’agit de régulation financière. Il n’est de bonne régulation financière que si elle est décidée à Washington: il fallait que cela soit dit, et écrit.

Dans ces conditions, Nicolas Sarkozy est-il parti à Londres rencontrer Gordon Brown avec comme objectif de faire valoir les principes d’une régulation renforcée, ou bien pour y trouver le moyen de produire, sous couvert de compromis, un ersatz de régulation – pour la galerie ? – comme il y est parvenu à propos des paradis fiscaux ? Au sortir de sa rencontre, il a indiqué que les discussions se poursuivaient, afin de trouver « le point d’équilibre qui nous permettra d’avancer dans la régulation, d’obtenir la transparence et d’éviter les risques systémiques, et qu’en même temps, la City, qui est un atout pour l’Europe, ne se sente pas mise en danger ». Tous les espoirs sont donc permis… pour la City.

Heureusement, le projet d’une taxe sur les activités financières va pouvoir être brandi lors du prochain G20 de Toronto et fournir un dérivatif bienvenu, l’important étant la proclamation de son principe, son montant très modéré étant justifié par la nécessité de ne pas faire obstacle à la relance.

Résumons-nous. Les Grecs peuvent espérer être aidés, à condition que cela ne soit pas public. Des rounds successifs de discussion sur la création d’un FME vont pouvoir avoir lieu, sans plus de conséquences immédiates. La commission de Bruxelles va se retrouver une raison d’exister dans le rôle du Père Fouettard, qui lui a si bien réussi maintenant que l’on connaît certains dessous accommodants du respect du pacte de stabilité dont elle a été la garante. De nouvelles mesures de régulation européenne vont être – via le gouvernement Britannique – négociées avec la City, dont on connaît l’appétence pour celles-ci.

Tout cela ne fait pas une stratégie pour faire face à la crise de la dette publique européenne, surtout dans un contexte économique que tous les indicateurs économiques annoncent plus que morose, où les tendances déflationnistes sont toujours aussi fortes.

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39 réflexions sur « L’actualité de la crise: l’Europe attardée au rayon bricolage, par François Leclerc »

  1.  » C’est une routine installée : les représentants de gouvernements issus d’élections démocratiques choisissent le plus strict huit clos quand il s’agit de discuter des affaires d’importance !  »

    Oui ça laisse à méditer sur la manière dont ils préfèrent changer les choses, surtout avec un peu de retard à l’allumage et dans le plus strict huit clos, bla, bla on sait d’ailleurs toujours ce qu’il en ressort de ce genre de réunions, histoire de faire encore bonne figure tant de mascarade démocratique, dans quinze ans nous y serons certainement encore.

    Qu’est-ce qui règne encore aujourd’hui et durement sur l’esprit des peuples ? Les marchands, les bureaucrates, les politiciens ne s’approchent toujours pas mieux de l’autre aussi en période de crise, non on préfère de nouveau fonctionner comme à l’habitude, comme à l’ancienne, les gens de la haute toujours avec les gens de la haute, la routine quoi.

    Quand viendra-t-il le jour ou ils s’adresseront enfin différemment aux peuples, accablant continuellement leur monde, de préceptes et décrets supplémentaires qu’ils ne mettent déjà pas mieux en pratique, quand viendra-t-il ce jour ou nous éprouvons pas toujours le même genre d’impression. J’exprime d’abord mes idées dans le plus strict huis clos avec mes proches ami(e)s les VIP, et puis après je recherche à les imposer aux autres soit par tel ou tel autre moyen de plus, oui quel grand mépris démocratique de plus à l’égard des peuples comme des consciences.

  2. « Au sortir de sa rencontre, il a indiqué que les discussions se poursuivaient, afin de trouver « le point d’équilibre qui nous permettra d’avancer dans la régulation, d’obtenir la transparence et d’éviter les risques systémiques, et qu’en même temps, la City, qui est un atout pour l’Europe, ne se sente pas mise en danger ». Tous les espoirs sont donc permis… pour cette dernière. »

    Cette dernière est-elle l’Europe ? Votre habituel ton caustique suggérerait plutôt qu’il s’agit de la City…

  3. La politique en 2010:

    J’habite à Levallois-Perret, en plein milieu du bastion construit par la droite avec l’argent public.

    Hier soir j’ai reçu un appel téléphonique avec la voix de Valérie Pécresse qui me disait pourquoi il fallait voter pour elle (serveur vocal automatisé).

    VERIDIQUE

    1. Je connais très bien Levallois-Perret et il est vrai que cette ville est vraiment l’exemple même des dérives de ces trente dernières années :
      Autrefois ville industrielle (connue pour la fabrication des 2cv)
      Suite à la crise industrielle et l’arrivée à la mairie de la droite au début des années 1980, il y eut une métamorphose comme il y en a eu très peu en France. Les usines ont fermées une à une et le maire, Patrick Balkany a eu l’idée de faire venir des entreprises afin qu’elles y installent leurs sièges sociaux tout en construisant des immeubles haut standing dans les zones industrielles désertes et en forçant les plus modestes à quitter la ville. Cette ville devint très rapidement le « plus grand chantier d’Europe » qui la fit passer de ville ouvrière (la Tour Eiffel y fut construite !) à ville 100% tertiaire (emplacement stratégique pas très loin de la Défense avec le siège social de Carrefour, de Lagardère Active ou de BASF).
      Le bilan est plus que mitigé (même très mauvais) 25 ans après : la ville emploie certes 60 000 personnes tout en ayant plus de 60 000 habitants (ce qui fait de cette ville la plus densément peuplée de France) mais dans le même moment elle est extrêmement endetté (je crois de l’ordre de 400 millions d’euros), la mixité sociale a quasiment disparu, quoiqu’en dise Mr Balkany, le clientélisme est roi, le déni de démocratie dans les conseils municipaux est très fréquent (on coupe le micro à l’opposition !!!). Mr Balkany dépense des fortunes pour les décorations de Noël, la ville devient invivable avec le manque de place de parking et la surpopulation etc. La seule chose positive, c’est qu’il s’occupe très bien du jardin de la mairie. On peut dire qu’en 2008 avec sa réélection à la mairie il a pu finir la « déproletairsation » de Levallois avec le lancement du chantier pour rénover le centre commercial eiffel seul quartier plus ou moins populaire de la ville…
      Son dernier projet en date est de faire deux tours jumelles de 150 mètres de haut, on est dans la complète démesure…en quelque sorte cette ville est plus ou moins le projet miniature de Sarkozy pour la France…

    2. à Marseille, en tout dans mon arrondissement, celui de notre cher maire monsieur Gaudin, nous aussi, nous avons reçu un appel enregistré sur répondeur d’incitation à voter pour la liste UMP, tête de liste monsieur Mariani
      (-il fallait appuyer sur la touche 1 pour l’entendre, soit avec possibilité de ne pas appuyer avant de raccrocher pour zaper ….- )

  4. En son temps Silvio Gesell disait que les ministres des Finances étaient les véritables chefs des gouvernements. Aujourd’hui, ce sont les créanciers privés qui sont les véritables maitres des Etats et les ministres des Finances leurs serviteurs obligés !

  5. Il est 22h20 et voici le sommaire du monde.fr chapitre economie: http://www.lemonde.fr/economie/

    Comme on peut le constater, c’est le bonheur!

    Allez, je me laisse la nuit pour porter conseil et j’interviendrais demain sur les propos leclercien!

    Ha j’oubliais les elections regionales, avec le grand retour du fn dans le nord et paca…

  6. C’est la reprise des bonnes nouvelles
    Zombie City contre Sarkoland
    Une production Euro Disney
    Nul doute qu’il y aura plusieurs saisons
    Avec des épisodes douloureux
    Où les méchants seront les gentils
    et les gentils les perdants
    Un jeu d’ombre et de lumière
    remplit de promesses
    et
    de rebondissements.
    ou
    comment détourner,
    déplacer des montagnes
    de vide
    et
    licencier la valeur

  7. Entendu dans l’excellente émission hebdo du samedi sur France Culture « L’économie en question » :
    Le FME est avant tout un coup politique face au FMI.
    Obstacle : cela ne peut s’effectuer à court ou moyen terme, il y a des règles à respecter : on ne peut pas aider directement dans la zone euro un pays en difficulté.

    La Grèce a été beaucoup mise en cause dans cette émission mais assez peu les autres pays, ça évite de voir ce qui s’est passé.
    L’Allemagne, par sa politique de déflation salariale et de dumping social (TVA sociale), est en cause et aussi la responsabilité des autres pays européens et aussi des autres institutions à mettre en place, on ne parle plus ainsi de la fiscalité et du budget européen, d’un gouvernement économqiue européen à mettre en place.
    Proposition totalement insuffisante et moyen pour masquer, différer les vraies réformes à faire.
    On ne sait pas d’où viennent les ressources, par les sanctions financières des pays qui vont mal ? (ne se fera pas).
    La Grèce doit emprunter 5 Ma à 6,38 % (c’est fort de café), elle fait les efforts : TVA, fiscalité, taxe essence, gel retraites ….
    Ou l’UE fait le boulôt ou le FMI doit le faire au plus tôt.
    C’est un LEURRE, un placebo pour masquer les vraies réformes
    C’est fait dans une sorte de cacophonie suréaliste débile !!
    Appliquer des sanctions financières c’est risible
    Pour la BCE « l’absence de solidarité financière est une règle » c’est 000
    Le FME est un nouvel instrument mais pas de système de décision européen
    C’est débile, cette propal, on a assez d’instruments.
    http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/economie/fiche.php?diffusion_id=82259

    1. Au fond un FME pourquoi pas ? Mais pour quelle politique ? Le consensus de Washington, néolibéral, a été abandonné par le FMI qui ne le croit plus efficace (enfin !). Et pourtant la politique que l’on recommande à la Grèce ces jours ci me parait bien néolibérale. Elle risque fort d’échouer comme elle a échoué dans de nombreux pays ou le FMI l’a fait appliquer.

      Donc avant d’être sur que que le FME sera une bonne idée, demandons à ceux qui le proposent quelle politique il exigera des malheureux pays qu’il viendra aider…..

  8. Et on se surprend, étonné et même hagard, à souhaiter que plus tôt les Etats-Unis seront dans leur fange jusqu’au cou, le plus tôt sera le mieux, pour que l’on puisse enfin commencer à travailler …
    Mais on se reprend assez vite, car on pense immédiatement aux américains qui vont morfler (bien qu’ils soient les premières causes des conséquences) et ensuite aux petits asiatiques, africains, américains du sud et européens qui risquent de morfler veugra quand cela viendra.
    Car cela viendra et plus vite que l’on ne pense …

    Et pendant ce temps là, en europe, les shaddocks pompaient.

  9. François
    Si Merckel&Co continue ainsi, on peut deviner que la guerre financière entre la zone Euro et la zone Dollar va devenir chaude et plus seulement froide. Cela ne va pas arranger nos affaires mais on pourra peut-être voir quel côté va se ranger la Grande-Bretagne…

  10. La caractéristique du tsarisme à la veille de sa chute est la censure et non la liberté.
    Les hommes ratent rarement lorsqu’il s’agit de se ressembler. C’est lorsqu’il s’agit, au contraire, de cultiver leurs différences pour féconder l’avenir que surgissent les crises, les guerres, les incompréhensions, la bêtise et le malentendu.

    Je les regrette déjà, les hommes politiques faillibles, maintenant que nous sommes à 95% gouvernés par des robots programmés…

  11. S’il y a une notion partagée c’est que les finances mesurent l’importance des choses.
    Ainsi l’état Français représente quelque 53% du PIB.
    Le budget de l’UE fait 1% de son PIB … dont la grosse majorité retourne aux Nations.
    Ce pourcent ne couvrirait pas le coût d’emballage de produits courants.
    Imaginez les USA avec 1% …

    Pourquoi l’UE alors ?
    Et bien c’est une commodité pour les politiciens nationaux, ils s’y déchargent de leurs échecs et lachetés pour le prix de cette petite commission de Bruxelles.
    Au parlement européen un député souverainiste anglais a bien décrit le président de l’UE comme « une serpillère humide ». C’est évidemment un manque de respect au personnel, c’est d’ailleurs tout ce qui lui a été reproché.

    Paradoxalement c’est ce statut qui rend l’UE de plus en plus indispensable.

  12. François Leclerc,

    Je vous trouve bien conscilliant avec cette histoire de FME. Qui d’un avis de plus en plus général (et que je partage) sert surtout à contrer la menace de voir un jour le FMI (le vrai cette fois) venir fourrer son nez dans les affaires ordo-libérales si chères à nos amis allemands. (Est-ce un hasard d’ailleurs si Staüble en est à l’origine ?)

    Pêle-mêle: le traité de masstricht, l’indépendance de la banque centrale (on a vu à quel point monsieur Trichet était opposé à une intervention du FMI pour la Grèce), mais aussi la déflation salariale (dumping) en Allemagne à l’origine des difficultés croissantes pour ses partenaires, etc…

    A lire et relire, cet article déjà ancien de Simon Johnson à propos de la Grèce mais toujours aussi pertinent
    http://www.project-syndicate.org/commentary/johnson5/French

    Mais aussi, cet autre article ravageur de Heiner Flassbeck est ancien vice-ministre des finances allemand et directeur de la division sur la mondialisation et les stratégies de développement à la Conférence des Nations Unies surle commerce et le développement à Genève.
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/05/avis-de-tempete-sur-l-union-monetaire-europeenne-par-heiner-flassbeck_1314796_3232.html

    On pourra écouter aussi ces deux émissions de France Culture directement au sujet du FME « l’Economie en Question »
    http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/economie/fiche.php?diffusion_id=82259
    et L’esprit public http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public/fiche.php?diffusion_id=82455 où Jean-Louis Bourlanges, Eric Le Boucher, Nicolas Baverez et Dominique Plihon sont tous unanimes à dénoncer ce FME pour ces même raisons que je viens d’exposer rapidement !

    François Leclerc, j’ai l’impression que pour une fois vous n’avez pas bien perçu où se cache l’arnaque derrière ce FME germanique !

    1. Le FME est ni plus ni moins que l’expression de l’impasse dans laquelle se trouve l’Allemagne, et avec elle toute l’Europe. L’expression de l’illusion selon laquelle la croissance pourrait y repartir sur le même mode qu’auparavant.

      La crise actuelle n’a fait qu’accélérer et mettre à jour une évolution dont le moteur est le basculement du monde vers l’Asie et les pays émergents.

      Les grands flux commerciaux planétaires en sont déjà affectés et vont progressivement continuer de l’être. Les pays émergents vont être de plus auto-suffisants. Les exportations allemandes, que ce soit vers ces pays ou à l’intérieur de l’Europe, ne pourront plus prétendre jouer le même rôle.

      L’Allemagne, comme de plus en plus d’économistes l’analysent, doit reconsidérer un modèle économique favorisant ses exportation au détriment de son marché intérieur. C’est uniquement à ce prix que l’Europe retrouvera son équilibre perdu.

      Par ailleurs, la cohésion de l’Europe (en l’occurrence de la zone euro) suppose que des mécanismes de transfert financiers soient mis sur pieds. Aujourd’hui, ce sont des plans plus ou moins bricolés (prochaines échéances de refinancement grecques en avril prochain), demain se sera peut-être une solution institutionnelle permanente.

      Un des enjeux, enfin, reste toujours l’éventualité de l’entrée du Royaume-Uni dans la zone euro, à la faveur des rebondissements de la crise qui vont l’affecter.

  13. Bonsoir M. Leclerc

    vous dites: « soit diligentée une enquête, afin de déterminer « s’il y a eu des opérations spéculatives illégales sur la dette grecque » et « comment a réellement fonctionné le marché des CDS dans cette affaire ». Nous en attendons désormais avec intérêt les résultats détaillés ! »

    avec quels délais aurons nous quelque chance de savoir l’issue de cette enquête?
    puisque la spéculation destructrice contre l’euro se joue sur du très court terme.
    `
    D’accord avec Alain A ci-dessus

    sans être ‘conspirationniste’ il s’agit d’une véritable guerre basse intensité USA contre Europe.
    guerre programmée avec ses servants et ses relais.

    1. Peu de chances d’en connaître plus les résultats que ceux de l’enquête menée par la Fed de son côté et sur le même sujet !

  14. Comme vous le soulignez bien, bricolage à tous les rayons, ou cacophonie complète. Sans parler
    de guerre de basse intensité ( bientot les drones au dessus de nos tetes ), les ‘shorts’ euro sont
    remontés à leur plus haut niveau. Ce qui est pathétique, c’est que la ‘crise grecque ‘ est sous leurs
    yeux depuis des semaines, la presse étrangère souligné combien il serait important pour l’ avenir
    de l’Eurozone de voir affichée une volonté politique commune, et ce qui nous est rapporté d’une
    certaine facon équivaut à « botter en touche »…ceci alors que les signaux sont au rouge dans l’eurozone

    Je redonne ici les références de l’analyse de Paul de Grauwe, économiste professeur à l’Université de Gand, que j’ai retrouvée traduite dans El Pais, ‘La crise grecque et le futur de l’Eurozone ‘

    The Greek crisis
    and the future of the Eurozone

  15. Vous avez lu l’article de Zerohedge qui parle de fraude monumentale au sujet de Lehman, trafic de comptabilité encore une fois et pendant ce temps on encaisse des millions à tous les niveaux de la direction. Un peu comme Enron, un peu comme Altran (c’était moindre mais pas mal non plus) Parmalat ect…. et celles qui pour l’instant dont on ne parle pas…
    Et vous voulez avoir confiance aux multiples « Arthur Andersen » chargé du soit disant contrôle ???
    Ce que je vois moi, c’est que tout en haut on se sert vive le trafic à grande échelle, vive l’inventivité comptable, vive les sociétés écrans
    Tandis que tout en bas on culpabilise les chômeurs ………..on culpabilise les Etats pour finances pourries, mais tout est pourri, tout repose sur la fraude, voilà la réalité.

    http://www.jovanovic.com/blog.htm

    1. Et en plus ils échappent le plus souvent aux sanctions pénales.
      Bientôt nous allons tous payer pour les retraites…
      On va bientôt à nouveau qualifier les cheminots, les fonctionnaires, les gaziers… de privilégiés, d’être un fardeau pour la société…
      Tout cela pour diviser et favoriser un appauvrissement général.

  16. Il y a trente ans henri Laborit, je ne sais pas ce que vous en pensez….

    « La domination est un phénomène précis. Elle s’exprime par l’impossibilité, pour le prolétariat, d’assurer son propre destin. Toutes les décisions essentielles de la vie individuelle et collective sont entre les mains des autres, monopoles, groupes de pression économiques, technocrates. Ces derniers sont engagés dans le déterminisme implacable du profit pour le profit, de la domination pour la domination. Le régime parlementaire réalise cette tromperie remarquable qu’il paraît autoriser l’expression de la volonté du plus grand nombre, alors que ce plus grand nombre, intoxiqué par l’information dirigée, ignorant les facteurs économiques et politiques fondamentaux, inconscient du jeu dont il est l’objet, obéit ».

    On se sent quelque peu impuissant, voir même nauséeux, la prise de conscience, la compréhension semblent plus en plus indispensables, seul espoir : internet n’existait pas.

    1. Internet n’existera bientôt plus, je vous renvoie aux manoeuvres actuelles HADOPI (censure d’internet sous couvert de droit d’auteur), LOPPSI (censure sous couvert de lutte contre la pédoporno), bientôt ACTA (traité international secret), les remises en cause de la « neutralité du net »…. qui toutes ont pour but de réprimer la possibilité pour les internautes de s’exprimer. Voir à ce sujet les excellentes interventions de Benjamin Bayart, par exemple celle-ci : http://vimeo.com/3110600

    2. Oui

      J’avais en ce qui me concerne fait le saut de Sartre (l’aliénation, y compris celle du prolétaire) à Bernard Stiegler (redéfinition du prolétaire comme celui qui a perdu ses savoir-faire et savoir-vivre, fut-il care à France télécom, ou consommateur pas pauvre du tout mais les bras ballants devant le « choix » d’une gondole d’hypermarché. Laborit est un des angles, mais assez restreint (dans mon souvenir) si on le remet en perspective avec les autres visions du grand tout par diverses lorgnettes (Stiegler, donc, mais aussi Sennett, voir … Jorion). Intérêt toutefois de la filière Laborit : revisiter la psychanalyse pour ce qu’elle offre de mieux : son contenant (un forme de « sprituel »), surtout pas son contenu (la peur de la castration, les fantasmes précisément organisés comme ceci ou comme cela, ce à quoi je préfère le concept géénrique de « liaison des pulsions » en étant très prudent sur les détails. La société actuelle révèle assez bien les déliaisons, et ça ne se limite pas aux concepts de castration ou d’Oedipe. Stiegler parle certes d’énergie libidinale, mais je n’ai jamais vu qu’il se ramène aux versants explicites du freudisme tel qu’il s’est hélas imposé, notamment avec des belles conneries par rapport aux ambitions de désaliénation psychique affichées comme l’avis de Bettelheim sur l’autisme)

  17. ERRATUM : j’ai fait durer un jour de trop la réunion de l’Ecofin, qui ne commencera que mardi. Elle est précédée, comme d’habitude, d’une réunion de l’Eurogroup ce lundi. Ce qui explique ma confusion.

  18. Le ministre néerlandais des Finances Jan Kees de Jager a déclaré lundi que son gouvernement était opposé à un plan de sauvetage pour la Grèce, mais que d’autres façons d’aider le pays pouvaient être mises au point par les ministres des Finances de l’Union européenne.

    Le mois dernier, le gouvernement grec a dévoilé de nouvelles mesures d’austérité budgétaire visant à ramener en 2012 son déficit public dans les limites fixées par l’Union européenne.

    Cependant, les investisseurs craignent toujours que le pays ne soit pas en mesure d’honorer ses dettes, et la Grèce doit payer des taux d’intérêt si élevés sur ses nouveaux emprunts qu’ils remettent en question sa capacité à atteindre ses objectifs de réduction du déficit.

    « Il n’y aura pas de sauvetage parce que, premièrement, la Grèce doit résoudre ses propres problèmes », a déclaré le ministre néerlandais des Finances à la presse lors de son arrivée à la réunion mensuelle des ministres de l’Eurogroupe.

    « Il n’y aura pas de sauvetage parce que c’est évidemment interdit par les traités », a-t-il ajouté.

    Néanmoins, Jan Kees de Jager n’a pas exclu la possibilité de certaines formes d’aide financière pour la Grèce et a indiqué que plusieurs options étaient envisageables, par exemple des prêts bilatéraux de certains pays européens ou bien des garanties pour les emprunts grecs.

    Investir

  19. Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a estimé que la Grèce était désormais « en bonne voie » pour atteindre son objectif de réduire cette année de quatre point de pourcentage son déficit public, par rapport aux 12,7 % du PIB de l’an dernier. Les deux hommes n’ont pas donné de précisions sur le volume des mesures envisagées. Mais, selon une source informée, un montant de 20 à 25 milliards d’euros est évoqué.
    M. Juncker a parlé « des aides bilatérales » d’autres pays de la zone euro sous forme de prêts à la Grèce, avec néanmoins des taux d’intérêts élevés pour ne pas faire de cadeau au pays et « l’inciter fortement » à retourner rapidement vers les marchés pour trouver de l’argent.
    Mais il indique que le mécanisme envisagé, dont certains détails doivent encore être réglés, « n’incluera pas des garanties sur des emprunts » de la Grèce.
    En tout état de cause, tous les pays de la zone euro y participeraient, a-t-il souligné.

    Boursorama

    Autrement dit : il va y avoir « des aides bilatérales » sous forme de prêts à la Grèce. Chacun des 15 Etats de la zone euro va prêter quelques milliards d’euros à la Grèce.

    Le problème, c’est ceci : ces 15 prêts seront accordés à la Grèce avec des taux d’intérêts élevés « pour ne pas faire de cadeau au pays et l’inciter fortement à retourner rapidement vers les marchés pour trouver de l’argent ».

    Or, si les taux d’intérêt sont élevés, ces 15 prêts aggraveront la situation financière de la Grèce. Le remède sera pire que le mal.

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