L’actualité de la crise: ils marchent sur notre tête, par François Leclerc

Billet invité

ILS MARCHENT SUR NOTRE TETE

Après la Chine, coupable d’obstinément sous-évaluer sa monnaie afin de favoriser ses exportations, l’économie occidentale vient de se trouver un deuxième grand responsable des déséquilibres mondiaux qui la perturbent gravement : voici venu le temps de l’Allemagne, dénoncée comme appliquant une politique néfaste de modération salariale, à qui l’on demande désormais de diminuer les impôts (pour ne pas donner à quiconque de mauvaises idées).

On remarquera qu’il s’agit des deux plus grandes puissances économiques exportatrices mondiales, atteintes d’un mal que l’on n’avait pas encore détecté et que le docteur Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et président (tournant) de la Banque des règlements internationaux, vient de diagnostiquer avec perspicacité sur les ondes de la radio française BFM : « La situation où un pays accumule les excédents est une situation qui traduit un déséquilibre entre la consommation et la production » (sic). On est loin du temps où la puissance d’un pays se mesurait aux excédents de sa balance des payements !

Dans les deux cas, ces pays et la politique économique qu’ils défendent sont montrés du doigt, sommés de la corriger afin de contribuer à remettre sur ses pieds un monde qui marcherait dorénavant sur sa tête (ce que l’on avait déjà remarqué). Ceux-là mêmes qui avaient hier droit aux félicitations du jury. Les impétrants, on ne s’en étonnera pas, protestent de leur innocence et se drapent outragés dans leurs vertus en prétendant ne rien vouloir changer.

Les réactions n’ont pas tardé. Aux Etats-Unis, des sénateurs annoncent vouloir déposer une loi prévoyant des sanctions (des taxes à l’importation) pour les pays dont la monnaie sera sous-évaluée. On attend avec intérêt la définition des critères d’évaluation de la juste valeur de la monnaie, ainsi que l’acronyme de la nouvelle agence fédérale chargée de la calculer ! En Europe, le premier de la classe est sommé de diminuer ses impôts, afin que le danger d’une déflation qui est aux portes du continent s’éloigne.

Dans les deux cas, la Chine et l’Allemagne devraient, afin de remettre le monde à l’endroit, réorienter leur activité économique en privilégiant le développement de leurs marchés intérieurs (en accroissant le pouvoir d’achat). Nous en sommes là ! pas à un paradoxe près, si l’on contemple les effets de la politique de distribution de la richesse de ces dernières décennies, dont cela n’était pas spécialement l’objectif principal !

Beaucoup, par ailleurs, cherchent des bases de repli face aux vents mauvais du monde. La tendance est au protectionnisme européen, afin de se donner un peu plus de poids et de chances. Mais les remparts de cette forteresse seront-ils assez hauts pour que puisse s’y développer, à l’abri, une économie nous protégeant des miasmes qui nous ont déjà atteints, car nos propres sociétés en sont à l’origine ?

Se contenant d’incriminer ces déséquilibres, la description de la crise économique qui nous est proposée est un peu courte et ses remèdes sont illusoires. Des raisons plus profondes sont à l’origine des déséquilibres que l’on déplore. Ce sont elles sur lesquelles il faudrait agir, pour y remédier. La crise financière et économique a contribué à révéler, de manière aigüe, ce dont la globalisation menée selon les instructions du capitalisme financier est à l’origine. C’est à globalisation alternative que nous pourrions réfléchir et oeuvrer.

Quoiqu’il en soit, le monde est en train de changer d’axe, les pays émergents ont émergé et s’affirment dans toute leur puissance, les pays développés peinent à la tâche et sont à la recherche de nouveaux moteurs de croissance. L’industrie financière, elle, s’est largement affranchie des contingences nationales et des frontières, sauf en ce qui concerne ses petits coins de paradis qu’elle jalouse férocement. Retranchés derrière nos murs, pourrions-nous réellement nous en protéger ?

Ainsi, si l’on considère la logique perverse d’une « chinamérique » qu’il faudrait redresser, on saisit qu’il est absurde de fonder ses espérances sur un développement un tant soi peu rapide du marché intérieur chinois (qui prendra des décennies et suppose une évolution en profondeur de la société, pour laquelle existent de nombreux obstacles), ainsi que de l’autre côté du Pacifique sur une nouvelle jeunesse de l’industrie américaine (qui sera toujours pénalisée par le différentiel des coûts salariaux, pour ne parler que de ce handicap tout aussi durable).

Il suffit de voir les extraordinaires difficultés rencontrées par l’industrie automobile américaine (et sa crise spécifique), pour comprendre que l’appareil industriel américain est globalement orienté vers une production adaptée à des modes de consommation portés par une société prospère qui appartient au passé ; que sa reconversion est une tâche d’aussi longue haleine que va l’être l’accès à un mode de consommation et de vie modernes des masses paysannes chinoises de l’intérieur du pays, laissées pour compte d’une croissance qui ne les concerne que lorsqu’il leur est demandé d’y contribuer en tant que travailleurs intérieurs migrants.

Tirer ce fil rouge permet de comprendre que la dualité – pour ne pas dire le fossé – qui existe au sein de ces sociétés, dans leur très grande diversité, représente autant si ce n’est plus un obstacle qu’un potentiel à leur développement. Que celui-ci est en réalité très inégal, et qu’il y a des raisons à cela, qui ne sont pas évoquées et encore moins combattues. Une caractéristique occultée en Chine, en raison de la fascination que crée un développement concentré sur sa bande côtière, comme aux Etats-Unis, pays le plus riche du monde qui comporte le plus de pauvres ! (ainsi que le plus grand nombre de prisonniers : 2,3 millions, soit un sur cent des Américains en âge d’être incarcéré, selon le Pew Center).

A la faveur du basculement du monde en train de s’opérer, cette vision peut être élargie à une autre dualité : celle qui va le diviser selon de nouvelles frontières. D’un côté les pays continuant de connaître un fort taux de croissance, de l’autre ceux qui vont connaître pour une longue période une croissance proche de la stagnation. Et l’on peut s’interroger à propos des tendances qui se manifestent : la période qui s’annonce ne va-t-elle pas être caractérisée par un approfondissement des dualités en question, qu’elles s’expriment au sein des sociétés comme entre les pays et régions du monde ?

Notre description du monde, pour sûr, s’en trouverait assez chamboulée ! Nous amenant à reconsidérer, en vrac, à la fois nos modèles de développement et nos modèles de société. Pour le meilleur, ou bien pour le pire quand on commence à évoquer la Tiers-Mondisation de la planète, énumérant les signes extérieurs d’exclusion qui expriment sa progression.

Les pays occidentaux sont face à un constat difficile. Tout a été fait pour qu’ils vivent en s’endettant, au grand bénéfice des marchés financiers. Les particuliers comme les Etats, on le découvre maintenant, mais un peu tard. Alors que la machine à fabriquer du crédit n’est plus en mesure d’y pourvoir comme avant. Non pas que les masses de capitaux flottants, qui ont démesurément enflé en quelques dizaines d’années, ne soient pas là, mais parce qu’ils sont à la recherche de rendements qu’ils ne peuvent trouver que dans les salles de jeu du casino. Pas dans l’économie réelle, dont la solvabilité est devenue douteuse. Et parce leurs détenteurs se sont brûlés les doigts avec certains jouets qui se sont révélés dangereux.

Si l’endettement des particuliers, qui était un des moteurs de leur consommation, et par voie de conséquence de la croissance économique, est en panne, par quoi donc le remplacer ? Telle est la question qui doit être résolue. Elle n’est pas encore apparue dans toute son ampleur, mais elle le fera très vite, dès lors que cesseront les plans de soutien à l’économie (les primes à la casse par exemple, qui ne peuvent être éternellement reconduites), que les programmes d’aide sociale seront écornés au nom de la nécessaire rigueur, et que le pouvoir d’achat global stagnera ou même reculera.

Aux Etats-Unis, le pays où la contribution de la consommation des particuliers à la croissance économique est la plus forte en pourcentage (70%), les programmes de soutien étatiques se multiplient au fur et à mesure que se délite le tissu économique. L’Etat fédéral s’implique dans des domaines de plus en plus nombreux, afin de contenir la crise sociale des classes moyennes. Symbole de cette situation, le Sénat vient dans l’urgence d’adopter un ensemble de dispositions, dont la prolongation de certaines déductions fiscales et aides aux chômeurs, dans l’espoir de générer des créations d’emploi. Les aides se poursuivront jusqu’au 31 décembre 2010, mais après, comment faire face à un chômage devenu structurel (un problème qui n’est pas spécifique aux Etats-Unis)?

Cela s’ajoute à d’autres mesures, destinées à tenter d’enrayer la chute du marché immobilier et la progression des saisies, à favoriser l’achat de voitures ou à accroître le nombre de bourses pour les étudiants qui ne peuvent plus les financer par emprunt bancaire. Sans parler du gros morceau de la réforme de la santé, destiné à procurer une couverture sociale à des dizaines de millions d’Américains (il y aura encore des laissés pour compte). Afin d’éclaircir ce sombre horizon, Barack Obama est à la recherche d’un moteur de croissance – dont le taux actuel ne pourra être tenu, comme il est largement reconnu – et revendique une place de « premier exportateur de biens et services dans le monde ». Mais l’économie américaine a, en réalité, perdu dans les années 90 cette place qu’elle ne retrouvera pas, c’est un slogan. Aujourd’hui, elle est rétrogradée à la troisième, derrière la Chine et l’Allemagne qui sont au coude à coude. Comment, dans ces conditions, va-t-il être possible de réduire le déficit public, si l’implication financière de l’Etat continue de se révéler indispensable, afin de soulager une crise sociale dont l’ampleur ne nous parvient encore qu’atténuée en Europe et qui va encore s’approfondir ?

Quant à l’Allemagne – la question est partout suffisamment soulignée pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’y appesantir – comment pourrait-elle prétendre rester prospère dans une Europe qui doit se préparer à ne plus y être ? Ce repli sur lequel elle se renferme repose sur des mérites et une excellence pas partagés, dans la droite ligne idéologique de libéraux allemands à l’offensive, face auxquels la chancelière Angela Merkel résiste passivement ne pouvant leur faire front. Il n’a toutefois aucun avenir. Comme le fait remarquer avec pertinence Martin Wolf dans sa dernière chronique du Financial Times, ce n’est pas l’Allemagne qui va exclure de la zone euro les brebis galeuses comme elle prétend s’y préparer, c’est elle qui se place dans la logique de risquer de devoir en sortir.

« Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés » : les Européens sont dans ce contexte condamnés à faire corps, s’ils veulent s’adapter au mieux à la nouvelle donne. Leur protection sociale et le rôle maintenu de l’Etat sont leurs points forts, après avoir été si décriés. C’est de leur renforcement qu’il devrait être question et non pas de leur mise en cause, au prétexte d’une rigueur destinée à saper le peu de croissance que les économistes croient pouvoir déceler. Restera ensuite à mettre en marche le moteur d’un développement économique européen adapté au changement d’axe du monde.

Pour commencer, les tables de la loi devront être réécrites. Les critères d’un pacte de stabilité européen qui n’est plus respecté et ne pourra plus l’être revus. Remplacés par un nouveau dispositif qui ne pourra pas se résumer à la mise en oeuvre de mesures de basse police – comme une sorte de Fonds monétaire de quartier, tel un commissariat du même nom – mais qui impulsera une politique collective de développement s’appuyant sur un financement européen. C’est cela, ou…

La Commission de Bruxelles vient d’évaluer les programmes de réduction des déficits de 14 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, Estonie, Finlande, France, Irlande, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Slovaquie et Suède) : « d’une manière générale, pour la majorité des quatorze programmes examinés, les hypothèses de croissance sous-tendant les projections budgétaires sont jugées plutôt optimistes », a conclu la Commission afin de ne pas faire de la peine. Ce qui, traduit, signifie que les gouvernements en question parient sur des perspectives économiques irréalisables et que les objectifs assignés ne seront par conséquent pas tenus. Comme vient de l’annoncer le directeur général du FMI, la reprise économique est « meilleure que prévu », en tablant sur 4% de croissance du PIB mondial cette année (après avoir prévu 3,9% en janvier dernier). Cela risque fort de ne pas suffire, vu la contribution européenne à cette moyenne.

Pour poursuivre, enfin, la définition et la mise en oeuvre d’un nouveau modèle, non seulement économique mais aussi de société, sont en gestation et pourraient s’affirmer. Un modèle qui élargira à l’économie une démocratie qui tend à se perdre dans le domaine politique. Tant il est vrai que – dans nos sociétés occidentales, comme dans celles des pays qui ont émergé – la croissance économique n’a de sens que partagée et s’appuyant sur ce que les Grecs ont appelé la souveraineté du peuple : la démocratie, dont de nouvelles formes, à maturité, sont à formaliser.

Demain, c’est certain, sera un autre jour.

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84 réflexions sur « L’actualité de la crise: ils marchent sur notre tête, par François Leclerc »

  1. Monsieur François Leclerc,

    Qui êtes-vous (cursus) pour écrire de si brillants et éclairés billets ? Ne deviez-vous pas « bouger » vos meubles et votre petite famille à Bruxelles …. vous y seriez utile au milieu des cancres qui nous dirigent à coup de subventions parasites.

    Le ticket Jorion / Leclerc en tête des troupes ….

    1. Pour ne pas jouer les mystérieux, voici une partie importante de mon bagage : la liste de mes principaux jobs successifs.

      Pion – Prof. de maths et physique chimie – Cadre de l’édition – Journaliste freelance – Chef d’escale d’une compagnie charter – Chargé d’études et de missions mercenaire – Producteur de films documentaires – Producteur de films publicitaires – Directeur d’une société de télévision – Conseiller au développement dans une grande agence de presse.

      Dans les intervalles, quand il y en a eu, beaucoup de voyages dans tous les coins possibles  !

    2. UN CV trés sympathique. Une grande diversité qui fait la richesse de l’expérience. Vos billets sont d’une grande richesse de pertinence. Comme dit « Coucou », le beau pourrait bien être à venir.
      Mille merci de votre investissement sur ce blog.

    3. Quant la Grande Crise sera finie (on peut rêver !) j’espère que vous écrirez vos mémoires. 🙂

    4. Et sans oublier votre rôle de Conseiller politique au sein du blog, affecté notamment pour les régionales mondialisées. Nous suivons vos colonnes et vos consignes. A la manière d’un John Nash, décryptons vos billets. Je crois que l’on tient le fil rouge (ou rose). Le Capital est décapité, les têtes tombées seront foulées aux pieds ; marchons sur les têtes, « aux marchés » citoyens !

    5. @ François

      Votre parcours est très intéressant, très divers et enrichissant. je sui particulièrement sensible à la partie « voyages dans tous les coins possibles ». La connaissance du monde manque à beaucoup de nos contemporains. Vos chroniques sont d’un bon niveau tant par le contenu que par le style d’écriture. Vous pourrez un jour en tirer peut-être un livre qui en fera la synthèse…avec une préface de Paul Jorion. Vous vous complétez bien. Merci pour vos analyses qui sont toujours réfléchies.

    6.  » Comment faire face à un chômage devenu structurel (un problème qui n’est pas spécifique aux Etats-Unis) ?  »

      01 ère idée : ne pas pousser continuellement les gens à avoir peur du chômage,
      02 ème idée : ne pas toujours vouloir faire le bien comme les autres partout ailleurs,
      03 ème idée : ne pas rappeler continuellement aux gens qu’ils sont sans argent pas d’emploi,
      04 ème idée : recevoir avant tout les gens dans la confiance et non dans le jugement et la bêtise,
      05 ème idée : leur offrir de temps en temps du café à moins que cela ne coute encore trop cher,
      06 ème idée : remplacer la fourche et les donneurs d’ordre par des personnes plus intelligentes,
      07 ème idée : ne pas toujours vouloir les caser à faire des cv de trente six mille manières,
      08 ème idée : ne pas toujours les pousser à se sentir de plus en plus mal en société,
      09 ème idée : ne pas toujours vouloir faire le bien avec plus de fourches pointus,
      10 ème idée : obliger de temps le temps le politique à subir cela le premier,
      11 ème idée : prendre davantage en compte l’avis des plus touchés,
      12 ème idée : rendre davantage hommage à ces gens là,
      13 ème idée : tout chômeur et avant tout un homme,
      14 ème idée : ne pas toujours vouloir faire vite,
      15 ème idée : aider n’est pas juger l’autre,
      16 ème idée : d’abord aimer aider,
      17 ème idée : apprendre à voir l’autrement,
      18 ème idée : apprendre à se défaire des idées reçus,
      19 ème idée : tout chômeur n’est pas systématiquement mauvais travailleur,
      20 ème idée : tout travailleur n’est pas forcément meilleur travailleur pour son pays,
      21 ème idée : ne pas toujours vouloir leur répéter les mêmes choses pour abrutir,
      22 ème idée : ne pas toujours suivre la même conduite des premiers en bourse,
      23 ème idée : ne pas vouloir toujour traité l’homme comme une marchandise,
      24 ème idée : la bureaucratie se moque bien de la conscience humaine,
      25 ème idée : permettre un jour au prochain d’être mieux entendu,
      26 ème idée : ne pas vouloir toujours dire du mal des chômeurs,
      27 ème idée : ne pas toujours parler d’abord des financiers,
      28 ème idée : qui aide mal ne fait pas mieux les comptes,
      29 ème idée : ne pas toujours vouloir faire peur,
      30 ème idée : aimer d’abord faire le bien non faussement encore comme hier,
      31 ème idée : aider n’est pas juger pourquoi aider si je n’aime déjà pas approcher l’autre,
      32 ème idée : ne pas toujours vouloir pousser le monde à fonctionner comme les premiers,
      33 ème idée : tout beauf de droite comme de gauche ne pense pas forcément mieux qu’hier,
      33 ème idée : ne pas toujours vouloir pouser les êtres à aller plus vite à l’Abime,
      34 ème idée : ne pas toujours respecter les ordres qui font bien peu de bien,
      35 ème idée : ne pas toujours vouloir marquer le monde dans la peur,
      36 ème idée : à quoi bon récompenser si c’est pour voir plus cela,
      37 ème idée : tout n’est pas qu’une question d’argent,
      39 ème idée : il suffit parfois de pas grand chose,
      40 ème idée : moins de piqûres de rappel,
      41 ème idée : travaillons moins vite,
      42 ème idée : éduquer autrement,
      43 ème idée : semer autrement,
      44 ème idée : à vous autres,

    7. La Prusse de 1870 à laminé l’empire français pourri de dettes et de compromissions. Rappelons les mots des prussiens de l’époque pour qualifier leurs adversaires… « des lions commandés par des ânes »…
      Rappelons que l’Allemagne depuis Bismarck a massivement investit en direction de ses citoyens…sécurité sociale; éducation. Et les résultats ne se sont pas fait attendre bien longtemps sous la forme de prix Nobel en physique-chimie puis de leur déclinaison en terme de produits industriels technologiquement performants.
      Rappelons enfin que contrairement au choix de l’état français , l’état allemand dépositaire du plan Marshall à prêté l’argent aux entreprises allemandes qui ont dû le rembourser avec les intérêts. L’Allemagne d’Helmut Koll a pu en partie grâce à cette politique vertueuse absorber sa deuxième moitié le moment venu.
      Aujourd’hui les allemands font toujours la course en tête. Toujours avec cette avance technologique qui peine à exister en France par suite des calculs étroits des industriels, de la politique de copinage généralisée et de cette tendance au mandarinat que nous connaissons tous.
      Etre vertueux c’est toujours s’assurer de l’avenir…
      Une idée neuve servie par un exécutant dynamique permet souvent d’emporter la décision. Tout le monde sait ou se trouve la sortie, il faut qu’il y en ait un pour oser franchir la porte. Avec nos eurocrates certifiés « oncle Sam » nous avons quelques soucis devant nous encore.

    8. Bonjour,

      Oui, la diversité c’est bien et ça nous change. Tous les rouages de la société sont tellement crispés : une articulation sans cartilage donne, ce me semble, une bonne image du fonctionnement de notre société.

      @ Jérémie : tout est dit, ou presque 🙂

      Cordialement

    9. Bonjour,

      @ RIOU René :
      « des lions commandés par des ânes » : oui, il semble que les français, pour leur malheur, affectionnent depuis déjà longtemps et, il est a craindre, pour longtemps encore les « ânes ». A quand le « coup de pied de l’âne » ?

      Cordialement,

  2. « Comme le fait remarquer avec pertinence Martin Wolf dans sa dernière chronique du Financial Times, ce n’est pas l’Allemagne qui va exclure de la zone euro les brebis galeuses comme elle prétend s’y préparer, c’est elle qui se place dans la logique de risquer de devoir en sortir. »

    C’est ce que certains prédisent en effet et leur analyse n’est pas dénuée d’intérêt. L’Allemagne étant la locomotive de l’économie européenne, si elle veut pouvoir monter la pente, elle n’aura pas d’autre choix que de se défaire des wagons qui risquent – sous leur poids grandissant – de l’entraîner irrémédiablement tout en bas.

    Finalement, ce n’est peut être pas le maillon faible qui risque de défaire l’UE…

    1. Je ne partage pas cette analyse et la comparaison avec une locomotive ne doit pas être poussée trop loin.

      Imaginez que l’Allemagne sorte de l’euro. Instantanément le mark recréé s’appréciera considérablement par rapport à l’euro (si il existe encore) ou aux monnaies nationales qui réapparaîtront vraisemblablement.

      Tous ses clients dévaluant simultanément l’économie allemande ressentira un coup de frein terrible et entrera en récession.

      Nous ne sommes pas des wagons : une partie des dettes que nous contractons servent à acheter des produits allemands, nos plans de relance bénéficient à l’Allemagne etc….

      La question me parait être, les allemands sont-ils plus riches ou plus heureux par ce qu’ils vivent dans une économie « vertueuse » ? Devons nous à tout prix les imiter ? Ils le demandent, certes, mais il est visible que si tous les partenaires de l’Allemagne devenaient aussi compétitif qu’elle, elle serait la première à en souffrir.

      Enfin l’idée de Mme Lagarde n’est pas neuve. Lors de la conférence de la Havane consacrée à l’organisation du commerce internationale dans les années 50, il avait été posé comme principe que tout Etat qui dégagerait un excédent récurrent devrait prendre les mesures pour revenir à l’équilibre. Cette idée a disparu en même temps que le premier projet d’OMC que cette conférence avait proposé; il fut refusé par le congrès US. Nous eûmes le GATT.

    2. @Mortimer

      Cette hypothèse de sortie de l’Allemagne de la zone euro (et probablement d’autres pays) est elle-même basée sur une hypothèse de crise sur le long terme. Tous les indicateurs laissent à penser aujourd’hui, que la Grande Crise va perdurer en occident s’il n’y a pas de changement radical de politique financière et économique. Nous aurons au mieux, une croissance molle avec un taux de chômage à deux chiffres qui ne baissera pas, alors même que les Etats continueront encore et encore de s’endetter pour tenter de relancer la machine.

      Bien que nation vertueuse de l’UE pour sa rigueur budgétaire, l’Allemagne n’échappera pas à l’engrenage de l’endettement excessif et avec lui, du sur-endettement, loin des critères de Maastricht. On prévoit en effet, un taux d’endettement de plus de 85% du PIB rien qu’à l’horizon 2011 avec un déficit de l’ordre de 3%.

      Bien évidemment, si cela devait arriver, non seulement ce serait la fin de l’Euro mais aussi celle de l’Union Européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui.

  3. « Dans les deux cas, la Chine et l’Allemagne devraient, afin de remettre le monde à l’endroit, réorienter leur activité économique en privilégiant le développement de leurs marchés intérieurs (en accroissant le pouvoir d’achat). Nous en sommes là ! pas à un paradoxe près, si l’on contemple les effets de la politique de distribution de la richesse de ces dernières décennies, dont cela n’était pas spécialement l’objectif principal ! »

    C’est Obama qui a ouvert le feu il y a un an (ou deux, je sais pu). Vous aviez oublié ?
    Et Krugman propose maintenant de taxer les importations chinoises de 25%

  4. Bernard Connolly tape très fort aussi sur la zone euro et n’épargne pas l’Allemagne.

    http://blog.turgot.org/index.php?post/Connolly

    Bernard Connolly est ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne, dont il a été brutalement congédié, en 1997, après avoir publié un ouvrage magnifiquement prémonitoire (The Rotten Heart of Europe)

    1. Je ne nage pas dans les eaux de l’Institut Turgot, patronné notamment par Claude Bébéar.

  5. « Un modèle qui élargira à l’économie une démocratie qui tend à se perdre dans le domaine politique. » : et pour ce faire, quelle autre solution que de commencer par une « constitution économique » ?

  6. « Ainsi, si l’on considère la logique perverse d’une « chinamérique » qu’il faudrait redresser, on saisit qu’il est absurde de fonder ses espérances sur un développement un tant soi peu rapide du marché intérieur chinois (qui prendra des décennies et suppose une évolution en profondeur de la société, pour laquelle existent de nombreux obstacles), ainsi que de l’autre côté du Pacifique sur une nouvelle jeunesse de l’industrie américaine (qui sera toujours pénalisée par le différentiel des coûts salariaux, pour ne parler que de ce handicap tout aussi durable). »

    Par contre du côté de l’Allemagne, il suffirait d’annuler les réformes Hartz de monsieur Schröder et la TVA « sociale » de madame Merkel pour commencer. Pas infaisable à priori pour revenir plus ou moins à un état antérieur plus sain.

    Et plus à moyen terme, Monsieur Connoly (ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne brutalement congédié, en 1997) cité plus haut évoque une sortie de l’Allemagne de la zone Euro.
    Une solution plutot crédible amha mais malheureusement difficile à faire avaler à nos amis allemands tellement prompts à taper sur les « porcs », club med et autres planteurs d’olivier mais ayant très bien compris où se trouve leur intérêt pour autant et doublement !

    Si ma mémoire est bonne monsieur Fitoussi a évoqué un scénario assez proche mais qui ne me convainc pas dans la version que lui, propose.

    1. « Par contre du côté de l’Allemagne, il suffirait d’annuler les réformes Hartz … » : je ne vois pas trop ce que viennent faire les réformes Hartz ici. Remarquez que je n’ai rien contre leur suppression, mais l’évoquer ici en réaction me donne une désagréable impression que cet article serve de prétexte à une revendication politique.

  7. Excellent article. Je peux voir que vous avez finalement opté pour le terme de tiers-mondialisation (que je trouve impropre) au détriment de tiers-mondisation qui me semble plus correct bien que souligné par le correcteur automatique. En fait, ce qui me semble pertinent c’est que vous réaffirmez des tendances que l’on pouvait déjà décrire il y a 10 voire 20 années…l’un des plus grands problèmes actuels est la multiplication des asymétries entre les pays et dans chaque pays et ceci paraît bien plus insupportable dans un monde où les flux se sont intensifiés et ont accéléré.
    On assiste à une fuite en avant…le monde occidental est tel un artiste qui aurait perdu son inspiration et qui pour la retrouver essayerait d’innover davantage pour plus de sophistications vaines au lieu de retourner aux fondamentaux qui lui avait permis de se réaliser…à une époque on a décidé de casser ce que l’on appelait l’état-providence sans réelles justifications acceptables.

  8. Au début ,c’était cool :c’était l’industrie financière qui s’était plantée…
    Il y a peu ,c’était la Grèce qui nous jouait une caricature de cigale emprunteuse …
    Aujourd’hui on cherche des poux dans la tête aux fourmis …Je ne cite personne,je ne veux pas me mettre à dos 20% de la population mondiale…sans compter les amis d’Outre -Rhin…
    C’est qui la prochaine tête de Turc ?
    Ps :aucune allusion à l’entrée de la Turquie dans l’Union…

  9. C’est a mourir de rire ! hier il fallait délocalisé pour faire la max de bénef ou améliorer sont système de productivité. Les vrai capitalistes, ceux qui produisent des biens sont aujourd’hui taxer de TROP BON capitaliste, car il accapare trop de richesse.

    demain les PIGS seront a l’honneur, car il vivent a crédit et a default de consommer des biens réel et d’en produire il payent des interets. Se qui fait bein sur le bonheur des banquiers, et le malheur du developement industriel.

    M’enfin en résumé, il faudrait soi disant produire autant que l’on consomme ou consommer autant que l’on produit. J’adore c’est donneur de léçons qui ne font que l’inverse de se qu’il disent.

    Il ont vraiment perdu leur tête, le problème c’est qu’il jouent maintenent avec la notre :))

  10. @Francois Leclerc

    Mais c’est dingue ont dirait que vous faites de l’Allemagne une victime. Elle a pratiqué une politique mercantiliste agressive et quand on lit certain propos tenu dans les journaux allemands comme Die Welt sur Christine Lagarde, çà pu largement le syndrome de supériorité et une époque dont on croyez les allemands vaccinés.

    « Beaucoup, par ailleurs, cherchent des bases de repli face aux vents mauvais du monde. La tendance est au protectionnisme européen, afin de se donner un peu plus de poids et de chances. Mais les remparts de cette forteresse seront-ils assez hauts pour que puisse s’y développer, à l’abri, une économie nous protégeant des miasmes qui nous ont déjà atteints, car nos propres sociétés en sont à l’origine ? »

    Sous-entend par là que évidement le protectionnisme ne servira à rien, vous voulez parier? Quand même dois je rappeler que la crise actuelle est bien née de la déflation salariale, elle même fruit de l’abandon des politiques de régulation commerciale qui avaient cours autre-fois. La finance a servie de cache misère mais les résultats ont les voient aujourd’hui. Et quand vous dites que la crise est notre propre fruit, j’assiste pour dire qu’il est le fruit de la domination des conceptions anglo-saxonne sur l’Europe.

    Sans parler de la structure même de la monnaie unique qui produit une divergence inéluctable entre les différentes nations européenne, notre zone ayant à la fois le pays avec le plus fort excédent de la planète l’Allemagne, et les champions du déficit commercial Espagne ou Grèce. Ce n’est pas un hasard l’euro est structurellement sous-évalué pour l’Allemagne et sur-évalué pour les autres.

    Mais la politique Allemande d’accumuler les excédents a-t-elle rendu l’Allemagne prospère comme vous semblez le croire? Il n’y a plus de chômage en Allemagne? C’est quoi la prospérité allemande ou même chinoise? Gonfler leur coffres de bout de papier pendant que leurs habitants crèvent dans les rues? Vous avez une drôle de conception de la prospérité. La mondialisation est un jeu de perdant perdant les seules qui y gagnent sont une micro-minorité, présenter les pays excédentaire comme prospères alors que leur performances sont basé sur la démolition systématique des salariés c’est entrer plein pied dans l’idéologie du moment. Avoir des excédents çà ne sert à rien si c’est pour voir le niveau de prospérité de la population se dégrader.

    Il faut remettre les priorités en ordre, et rappeler au passage que les excédents des uns sont les déficits des autres, seul l’équilibre permet le bon voisinage. Au fait avez vous remarqué que l’on nous vendait autrefois la mondialisation pour enrichir le pays, alors qu’aujourd’hui il faut l’appauvrir toujours au nom de la mondialisation, quel changement.

    1. @yann: nous n’avons pas lu le même article ! Il me semble que François Leclerc se fait plus le rapporteur de ce qui se dit dans les chancelleries que de sa propre opinion.

  11. « La tendance est au protectionnisme européen, […] Mais les remparts de cette forteresse seront-ils assez hauts [….] ? »
    Poser la question à ceux dont l’usine a été délocaliser ou dons le job est offshoré.
    De toute façon quelqu’un a t’il un meilleur plan ?

    1. J’ai bien conscience de leur situation et de la responsabilité que notre société a vis-à-vis d’eux (ou devrait avoir). C’est sur ce terrain qu’il faut me semble-t-il se battre.

  12. La politique se mêle de plus en plus des questions financières, impliquant de prendre avec des pincettes de nombreuses déclarations ou campagnes.

    Il n’est pourtant pas exclu, aux dernières nouvelles, que la Grèce fasse finalement appel au FMI, ce qui ferait entrer l’Europe dans une crise politique majeure. La clé se trouve à Berlin, au sein de la coalition gouvernementale.

    Une autre campagne est à nouveau menée à propos de la réévaluation du yuan chinois. Les spécialistes du commerce international ont pourtant plutôt tendance à penser que cela ne changerait pas grand chose pour les Etats-Unis, si une réévaluation devait intervenir: cela ne créera pas pour autant des opportunités pour les entreprises américaines, mais plus certainement pour d’autres pays émergents qui produiront à la place des Chinois. Les produits made in US ne trouveront pas plus preneur. Au final la balance commerciale des Etats-Unis n’en sortira pas améliorée…

    1. « Il n’est pourtant pas exclu, aux dernières nouvelles, que la Grèce fasse finalement appel au FMI, ce qui ferait entrer l’Europe dans une crise politique majeure. La clé se trouve à Berlin, au sein de la coalition gouvernementale. »

      Charles Wyplosz plaide depuis le début de la crise grecque en faveur du FMI.

      Et dans l’article suivant, il s’attaque au « FME » et continue de voir le FMI comme un moyen de remettre en cause Maastricht et je crois, l’impérialisme allemand au sein de la zone euro:

      http://www.telos-eu.com/fr/article/fonds_monetaire_europeen_une_bien_mauvaise_idee

    2. faut il que les conditions des européens soient si dures que la Grèce en appelle au FMI … qui se paiera sur la bête ..

      ou faut il que le gvt grec soit faible au point de choisir la fuite en avant pour ne pas affronter son peuple ?

  13. « Quoiqu’il en soit, le monde est en train de changer d’axe, les pays émergents ont émergé et s’affirment dans toute leur puissance »
    Je ne sais pas ce que vous avez fumé, mais je veux bien la même chose! Whoo!
    Les BRIC scient les branches sur lesquelles ils sont assis, espérant ainsi envoyer la locomotive américaine au rebut. Ils ne pourront cependant pas exporter leurs ressources indéfiniment, et n’ont pas les moyens d’aller piller celles des autres (des pays déjà pillés, qui ne seront jamais nommés émergents, et qui n’émergeront jamais).
    Je crains que notre monde ne change pas d’axe d’ici le prochain rapport alarmiste de l’AIE, celui de 2009 étant déjà particulièrement gratiné. De philosophie oui. Mais pas d’axe.
    Au risque de radoter, je rappelle que notre civilisation est construite en château de cartes maintenu par un flux fossile d’énergie globalisée. Le sens de ce flux est déterminé par le contrôle géopolitique qu’exerce le complexe militaro-industriel le plus puissant. Les émergents ont bien du pain sur la planche. Mais pas de panique: le flux se tarit.

    « Barack Obama est à la recherche d’un moteur de croissance »
    Barack le sanguinaire se moque de sa piétaille indocile comme de sa dernière chemise. Contrairement à notre minarque, Barack va la chercher loin, sa croissance, le couteau entre les dents.

    « Pour poursuivre, enfin, la définition et la mise en oeuvre d’un nouveau modèle, non seulement économique mais aussi de société, sont en gestation et pourraient s’affirmer »
    Si vous observez attentivement, vous verrez que c’est déjà le cas, sauf peut-être dans la lucarne angoissée du télécran.

    Merci pour votre billet, M. Leclerc.

  14. « Si l’Olympique Lyonnais mène sur le Bayern 2 à 0, on ne va pas lui demander de se laisser rattraper » : telle est en substance la déclaration du ministre des finances Allemand hier soir en réponse aux propos de C. Lagarde. Le propos est élégant : il aurait pu inverser les 2 équipes sans perdre en vraisemblance. Au-delà, on voit que son modèle sous-jacent est celui d’une compétition par élimination directe, « la Champions League » comme on dit maintenant, avec un seul vainqueur au final. C’est celui d’une compétition entre pays européens, pour lequel l’instance centrale sert à organiser les règles de la compétition. Ce modèle s’impose comme naturel à chacun.

    Pour autant, en a-t-il été toujours ainsi? sans rappeler les temps héroïques de la CECA, les grandes réussites européennes ont notamment été l’industrie spatiale et aéronautique. Airbus est né d’une coopération entre une société d’Etat Française (personne n’y voyait malice) et des entreprises allemandes, projet soutenu par les 2 Etats, contre toute logique commerciale apparente au début. Sans cette coopération, aucun de ces projets n’aurait vu le jour.

    Aujourd’hui, pourrait-on refaire Airbus? Je ne suis pas sûr que les règles actuelles l’auraient permis (cela resterait à vérifier par des plus courageux que moi), ni que la volonté soit là.

    Ainsi, sur les 15 dernières années, pendant que s’établissait aux forceps l’instrument de coopération que devait être la monnaie unique, par dérives lentes et successives, on créait par ailleurs le changement complet de paradigme, de la coopération à la compétition entre nations. Aujourd’hui, ce modèle semble complet et achevé, au point que toute dérogation semble impossible, aventureuse, grotesque. La contradiction est maintenant à son paroxysme.

    Au final, il n’y aurait donc qu’un vainqueur : si le Bayern gagne, ce sera (peut-être) grâce à Ribéry, si c’est l’OL, Lisandro ou Kallstrom n’y seront pas « étrangers »… Pourrait-on refaire Airbus?

    1. « par dérives lentes et successives, on créait par ailleurs le changement complet de paradigme, de la coopération à la compétition entre nations. » : exact ! Dans ma jeunesse, l’Europe devait éviter qu’on se marche sur les pieds, on trouvait ça idiot. Mais il n’y a pas eu que l’euro pour provoquer cette dérive, l’élargissement de 6 à je ne sais plus combien en eut sa part. Sans compter l’arrivée des Britanniques dont de Gaulle ne voulait pas.

    2. Se pencher sur la gouvernance d’EADS , et celle de ses satellites ( au figuré!) , est effectivement un bon laboratoire d’analyse des sensibilités européennes sur le fait économique et industriel .

      Les échos que me remontent quelqu’un qui m’est cher , c’est que l’approche à l’allemande a les avantages et les défauts qui ont fait les succès et les échecs du génie allemand : soin du détail , de la cohérence , de la discipline ,de la modèlisation , manque de réactivité , entêtement , groupisme .

      Au total l’Allemagne ,en version (+) , est maîtresse dans l’organisation du travail , la reconnaissance du prix du travail sans tenir compte du statut social , la mise en oeuvre du but exprimé . Elle peut devenir odieuse en version (- ) de ces mêmes caractéristiques : groupisme ,entêtement , mythe du chef , dictature .

      Selon moi ,on relève un peu les mêmes traits dans le génie japonais , et jusqu’à ce jour chez les américains ( USA) . Pour ces derniers , il n’est pas neutre de noter le poids de l’immigration allemande prostestante ,dans leur structuration de l’élite initiale ( dont …la banque ).

      Raison de plus pour dire au peuple allemand qu’il a un talent extraordinaire pour agir sur le réel , mais qu’il le perd ( et qu’il peut se perdre comme il a failli le faire une fois ) s’il postule que le monde se résume à la gestion du présent et à l’agir .

      Et que l’Europe est la solution pour qu’ils échappent à ce risque mortel , pour le plus grand bien de ses partenaires , le leur et la bonne exploitation de leur génie .

    3. C’est pour cela que l’idée de Fabius, de l’Europe des petits cercles, permettant aux pays qui le voulaient de coopérer sur des projets, a été balayée d’un revers de main, après la victoire du non à la constitution européenne, comme « plan B ». C’était pourtant, la seule idée intelligente que j’aie entendue à l’époque, idée qui tient toujours du reste.Mais j’ai acquis depuis longtemps la conviction que personne ne veut de l’Union. Est ce que cette crise va accélérer le mouvement selon la logique de la champions league, ou est ce qu’au contraire, nécessité poussera à la solidarité. On verra.

  15. « L’Allemagne étant la locomotive de l’économie européenne, »

    C’est bien là le problème l’Allemagne comme le Japon d’ailleurs ne peut pas, et ne veut pas, être une locomotive, pour cela il faudrait qu’elle importe plus qu’elle n’exporte pour tirer la demande, comme les Etats-Unis l’on fait après la seconde guerre mondiale.
    Mais l’Allemagne et le Japon ne sont que des remorques luxueuses, de plus leur démographie leur interdit d’être des locomotives.

    Le problème global est que les Etats-Unis était jusqu’à présent la locomotive de l’économie, mais depuis les années 80 une locomotive grâce au surendettement, la désépargne des ménages, le sous investissement chronique, le stimulus keynésien dans le complexe militaro-industriel depuis Reagan etc…

    Aujourd’hui il n’y a plus de locomotive, la Chine peut-être…mais je suis sceptique.

  16. La production mondiale de pétrole et nos PIB croissants jusqu’où ?

    Probable stabilisation de la production autour de 90 millions de barils/jours de 2010 à 2028.
    Possible de 100 millions b/J de 2020 à 2030 !
    Eventuelle autour de 105 millions b/J en 2030 !!
    Un baril contient 42 gallons américains-usa-, soit 34,9723 gallons impériaux, soit 158,9873 litres de pétrole.
    2% de croissance de PIB mondial implique une augmentation de 1% de production d’or noir.
    En pleine crise-2009- consommation mondiale 84,7 millions de B/J.
    Les réserves ultimes de la mer du nord sont à 200$ !
    Le pétrole de synthèse et sables bitumineux sont au-delà de 147 $ !
    L’économie de l’ancien modèle passe en déflation à 90 $
    La dépendance, de l’Europe, à l’énergie fossile- toutes confondues- est de 98 %.

    C’est bien la crise des subprimes qui a déclenché la crise financière et la récession actuelle.
    La mathématique et la physique rattrapent les fondements même de ce que nous appelons croissance !

    L’ancien modèle est mort ! Vive le nouveau modèle !

    Le nouveau modèle protectionniste européen défini par le traité Berlin-Paris est porté par la connaissance et la compréhension des évolutions traversant notre planète et notre région.
    Les liquidités nécessaires à notre transition civilisationnelle seront portées par un baril de pétrole fictif à 400 Euro qui nous permettra d’investir sur la génération Y.

    1. Ha enfin quelqu’un qui parle du vrai sujet !
      Et encore vous êtes gentils je trouve.

      Depuis 2005 la production de brut stagne a 84 millions de barils par jours.
      Le discours des insiders change et le pic oil n’est plus envisagé pour demain, mais pour aujourd’hui :
      2010 ici pour le boss de Petrobras : http://www.theoildrum.com/node/6169
      2014 ici pour des scientifiques du Koweit : http://www.eurekalert.org/pub_releases/2010-03/acs-wco031010.php

      Il n’y a croissance que virtuellement a cause des taux qui rasent le plancher et des effets de loupes statistiques des gouvernements qui n’osent pas avouer la vérité a leur peuples.

      Donc, la stabilisation a déjà eu lieu. Nous sommes déjà en 2020 ou 2030… sauf que préférons appeler ca 2010…

  17. @François Leclerc
    Bonjour
    Vous avez écrit

    « Se contenant d’incriminer ces déséquilibres, la description de la crise économique qui nous est proposée est un peu courte et ses remèdes sont illusoires. Des raisons plus profondes sont à l’origine des déséquilibres que l’on déplore. Ce sont elles sur lesquelles il faudrait agir, pour y remédier. La crise financière et économique a contribué à révéler, de manière aigüe, ce dont la globalisation menée selon les instructions du capitalisme financier est à l’origine. C’est à globalisation alternative que nous pourrions réfléchir et oeuvrer.

    Quoiqu’il en soit, le monde est en train de changer d’axe, les pays émergents ont émergé et s’affirment dans toute leur puissance, les pays développés peinent à la tâche et sont à la recherche de nouveaux moteurs de croissance. L’industrie financière, elle, s’est largement affranchie des contingences nationales et des frontières, sauf en ce qui concerne ses petits coins de paradis qu’elle jalouse férocement. Retranchés derrière nos murs, pourrions-nous réellement nous en protéger ? »

    Je relevais hier mardi 16 mars 2010 chez Paul Jorion, « Fermer la Bourse », Louis Giscard d’Estaing, aristocratie financière, bourgeoisie industrielle, innovoisie et formoisie
    que la clé de la « crise » se trouvait dans la défaite de la « classe formoise », que la mise sur « la touche » des capitalistes industriels par l’aristocratie financière relevait de profonds motifs POLITIQUES.
    J’acquiesce donc aux propos que vous tenez ci-dessus.
    Sur « les instructions du capitalisme financier », il est nécessaire de pratiquer une étude historique de cette « aristocratie financière ». En particulier, les périodes pendant lesquelles elle augmenta son pouvoir de nuisance. Et les causes de celui-ci.
    Ayant brièvement cité Marx hier, je viens, à l’intention première des lecteurs de ce blog, de procédé à une réédition de la suite du texte de Marx sur mon blog.
    extraits :

    Après la révolution de Juillet, lorsque le banquier libéral Laffitte conduisit en triomphe son compère le duc d’Orléans à l’Hôtel de ville [1], il laissa échapper ces mots : « Maintenant, le règne des banquiers va commencer. » Laffitte venait de trahir le secret de la révolution.
    Ce n’est pas la bourgeoisie française qui régnait sous Louis-Philippe, mais une fraction de celle-ci : banquiers, rois de la Bourse, rois des chemins de fer, propriétaires de mines de charbon et de fer, propriétaires de forêts et la partie de la propriété foncière ralliée à eux, ce que l’on appelle l’aristocratie financière. Installée sur le trône, elle dictait les lois aux Chambres, distribuait les charges publiques, depuis les ministères jusqu’aux bureaux de tabac.

    ==

    L’endettement de l’État était, bien au contraire, d’un intérêt direct pour la fraction de la bourgeoisie qui gouvernait et légiférait au moyen des Chambres. C’était précisément le déficit de l’État, qui était l’objet même de ses spéculations et le poste principal de son enrichissement. A la fin de chaque année, nouveau déficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Or, chaque nouvel emprunt fournissait à l’aristocratie une nouvelle occasion de rançonner l’État, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, était obligé de traiter avec les banquiers dans les conditions les plus défavorables. Chaque nouvel emprunt était une nouvelle occasion, de dévaliser le public qui place ses capitaux en rentes sur l’État, au moyen d’opérations de Bourse, au secret desquelles gouvernement et majorité de la Chambre étaient initiés. En général, l’instabilité du crédit public et la connaissance des secrets d’État permettaient aux banquiers, ainsi qu’à leurs affiliés dans les Chambres et sur le trône, de provoquer dans le cours des valeurs publiques des fluctuations insolites et brusques dont le résultat constant ne pouvait être que la ruine d’une masse de petits capitalistes et l’enrichissement fabuleusement rapide des grands spéculateurs. Le déficit budgétaire étant l’intérêt direct de la fraction de la bourgeoisie au pouvoir, on s’explique le fait que le budget extraordinaire,dans les dernières années du gouvernement de Louis-Philippe, ait dépassé de beaucoup le double de son montant sous Napoléon, atteignant même près de 400 millions de francs par an, alors que la moyenne de l’exportation globale annuelle de la France s’est rarement élevée à 750 millions de francs.

    ==

    Le pillage de l’État en grand, tel qu’il se pratiquait au moyen des emprunts, se renouvelait en détail dans les travaux publics. Les relations entre la Chambre et le gouvernement se trouvaient multipliées sous forme de relations entre les différentes administrations et les différents entrepreneurs.

    ==

    Pendant que l’aristocratie financière dictait les lois, dirigeait la gestion de l’État, disposait de tous les pouvoirs publics constitués, dominait l’opinion publique par la force des faits et par la presse, dans toutes les sphères, depuis la cour jusqu’au café borgne se reproduisait la même prostitution, la même tromperie éhontée, la même soif de s’enrichir, non point par la production, mais par l’escamotage de la richesse d’autrui déjà existante. C’est notamment aux sommets de la société bourgeoise que l’assouvissement des convoitises les plus malsaines et les plus déréglées se déchaînait, et entrait à chaque instant en conflit avec les lois bourgeoises elles-mêmes, car c’est là où la jouissance devient crapuleuse, là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent que tout naturellement la richesse provenant du jeu cherche sa satisfaction. L’aristocratie financière, dans son mode de gain comme dans ses jouissances, n’est pas autre chose que la résurrection du lumpenprolétariat dans les sommets de la société bourgeoise.

    ===
    L’actualité extraordinaire de ces lignes doit nous inciter à un retour critique et historique : l’instance économique est toujours tributaire du politique.
    Il suffit d’imaginer ce qu’il adviendrait des bons du trésor étasunien si les mingong chinois avaient l’idée « saugrenue » de réclamer (et d’obtenir) un salaire de 1000 euros par mois.

    Concernant le texte de Marx, il est – pour les parties que j’ai coupées ici – lisible sur mon blog (accompagné de la vidéo où l’on voit Paul Jorion remettre les pendules à l’heure au rhéteur Woerth) mercredi 17 mars 2010 Le déficit et l’aristocratie financière : Sous Louis-Philippe, les mêmes escrocs de la Banque organisaient le déficit structurel de l’État délibérément (Marx dénonçait en 1850 les maîtres à penser des escrocs de l’école de Chicago : « Les Luttes de classes en France ») (Je n’avais pas de vidéo où l’on voyait Marx polémiquer avec les ministres du gouvernement provisoire de 1848 !)

    Quant à la réponse à votre dernière « question » la réponse sur « comment se protéger ? » est simple : en étant solidaire de nos cousins mingong chinois et africains, en renversant le capitalisme mondial.

  18. à M. Leclerc
    je vous cite
    « Non pas que les masses de capitaux flottants, qui ont démesurément enflé en quelques dizaines d’années, ne soient pas là, mais parce qu’ils sont à la recherche de rendements qu’ils ne peuvent trouver que dans les salles de jeu du casino. Pas dans l’économie réelle, dont la solvabilité est devenue douteuse. »

    Des capitaux qui enflent et ne sont pas dans l’économie réelle,
    s’agit-il d’accidents sans substance, selon les catégories aristotéliciennes?
    autrement dit des « idées » mathématiques détruisent des sociétés et mettent en péril la planète, belle revanche de Platon et de Pythagore!

    c’est assez amusant ces mouvements de fédérations puis de séparations. l’Italie retardataire dans l’élaboration de son unité par rapport aux autres États nations européens a vu la première la tendance séparatiste Italie du Nord vis-à-vis des oliviéristes du Sud de la botte. le TCE imposé de toutes forces aux différents peuples ‘européens’ et maintenant la très forte tentation de repli sur ses bonnes ‘vieilles’ frontières.
    pas sans rappeler les opérations très juteuses de fusion-acquisition pour les banques, puis de nouveau de ventes de morceaux d’empires.
    = systoles, diastoles…

    autre remarque, je suis toujours très mal à l’aise avec cette histoire de croissance. il faut de toute urgence employer un autre machin pour décrire « l’accroissement de certaines quantités » au dépens d’autres
    de toutes les façons, cette « croissance » est désormais impossible et NON SOUHAITABLE
    le plein emploi impossible et NON NÉCESSAIRE à l’humanité

    merci

  19. La monnaie unique européenne a longtemps été un projet. Au cours de la dernière décennie, elle est devenue une réalité. Mais, depuis hier, c’est une question. Une question posée par le dirigeant du pays le plus puissant d’Europe, la chancelière allemande, Angela Merkel, sous la forme d’une proposition radicale : « A l’avenir, nous aurons besoin d’une disposition dans le traité qui permette, en dernier recours, d’exclure un pays de la zone euro. » Radicale pour trois raisons.

    C’était d’abord la première fois qu’un dirigeant européen disait publiquement que l’euro n’était pas intangible. Une déclaration particulièrement forte en ce qui concerne une monnaie qui n’est rien d’autre que de la confiance cristallisée.

    Ensuite, la chancelière a évoqué la nécessité de changer le traité sur l’Union européenne. Une procédure particulièrement lourde puisqu’elle suppose l’adoption d’un nouveau texte ratifié par chacun des vingt-sept pays membres.

    Enfin, Angela Merkel a parlé de l’exclusion d’un pays ne respectant pas les règles -une action particulièrement violente dans une construction politique fondée depuis un demi-siècle sur l’envie de participer à une aventure collective.

    Bien sûr, la chancelière parlait non devant le Parlement européen mais devant des députés allemands très remontés à l’idée d’un soutien de Berlin à Athènes. Son propos marque néanmoins un moment décisif. L’euro devait être un début. Une monnaie unique devait engendrer un rapprochement des politiques budgétaires. Comme toujours dans les affaires européennes, l’économique était censé entraîner le politique.

    Mais, depuis, rien n’a été fait. Et, comme l’avaient dit les économistes, le grand écart entre le monétaire et le budgétaire pose un problème vital en temps de crise. La question est posée. Il n’y a que deux réponses possibles : l’avancée ou l’explosion.

    Les Echos

  20. Il n’est pas étonnant que François Leclerc n’est pas économiste formé au moule de la fausse « sccience » économique! C’est pourquoi ist en mesure de comprendre bien des correlations pas si compliquées.
    Encore un effort! Pour saisir pourquoi ni les économistes ni les politiques ni même les banques centrales ne se donnent pas les moyens d’agir!
    Le problème est que l’on cherche à « servir » et à se faire asservir par l’ordre monétaire tel qu’il est que l’on nomme capitalisme plutôt que de proposer une monnaie faite pour nous rendre service. La seule justification du signe monétaire est qu’il doit opérer des transactions toujours et encore. Or, le signe monétaire actuel tire sa force de chantage capitaliste du fait qu’il peut être retenu et organiser les blocages, source e toutes les spéculations massives.
    Or, il en’est pas si difficile d’envisager un signe monétaire nouveau, un signe monétaire marqué par le temps (ou SMT) qui permettrait instantanément de dégripper la circulation monétaire et d’en finir avec la crise et d’en finir avec le capitalisme lui-même.
    Mais cela nécessiterait l’abandon des doctrines fausses en cours auprès des économistes les mieux établis. Ceux-ci ne nous sont, hélàs, que de peu de secours pour sortir du dilemme actuel.
    Leur position a-critique par rapport au fonctionnement monétaire actuel est le principal obstacle au changement.

    1. Tant que les économistes et les politiques ne se préoccuperont que des profits au lieu du bien être des polpulations, rien ne changera.
      Excusez-moi, Johannes, continuez à enfoncer votre clou, je commence à taper sur le mien qui dans le fond rejoint le vôtre !

    2. Concernant le signe monétaire marqué par le temps (ou SMT), que parfois on appelle aussi la « monnaie fondante », j’ai une question, mais auparavant je tiens à faire une remarque qui a un lien avec l’idée de « monnaie fondante ».

      Lorsque j’observe l’argent qui est disponible, je distingue d’un coté ceux qui spéculent en disposant de sommes énormes et d’autre coté ceux qui disposent de petites sommes, fruits de leur labeur industrieux, et ne sont pas en position de spéculer.

      D’abord concernant les masses monétaires qui circulent dans des circuits bâtis spécialement à l’intention de la spéculation : il est évident que ces masses ont une grande fluidité. Ce n’est pas là que se concentre la thésaurisation que certains voudrait obliger à circuler. Ces sommes circulent déjà fort bien et plus elles circulent plus elle rapportent à leurs propriétaires et aux intermédiaires.

      Concernant cette circulation spéculative il conviendrait d’agir plutôt en la gelant : une taxe de type Tobin, suffisamment élevée permettrait de bloquer ces flux spéculatifs nuisibles à l’économie productive. Mais en fin de compte l’interdiction des paris sur les prix agirait dans le même sens. Donc contre la spéculation nul besoin d’instaurer la « monnaie fondante » il suffirait d’appliquer des mécanismes – bien connus et mis en pratique dans de nombreux domaines – de taxes ou d’interdictions.

      Ma question concerne une autre masse monétaire et une autre population : elle concerne les faibles sommes qu’arrivent éventuellement à épargner les citoyens.

      Cette question concerne la « monnaie fondante ». Je l’ai posé plusieurs fois mais je n’ai pas encore obtenu des réponses satisfaisantes. Donc une fois de plus je reformule ci-dessous mes interrogations.

      À propos de la « monnaie fondante » je comprends bien que l’argument valable est d’inciter à la circulation de la monnaie afin de stabiliser dans le temps l’équation « masse de productions et de services offerts = masse de monnaie ». Mais il y a un aspect que je ne comprends pas : certains biens ne peuvent être achetés qu’après une longue épargne ou à crédit. C’est le cas par exemple des logements.

      Le crédit conduit à des comportements d’achat irresponsables et à des situations financières inextricables (voir par exemple la masse énorme des dettes hypothécaires qui ne pourront jamais être remboursées par des emprunteurs lesquels se sont engagés au-dessus de leurs moyens).

      Vivre à crédit n’est pas sain – c’est une spéculation sur les gains à venir.

      L’alternative c’est qu’il faut épargner pour pouvoir tout simplement se loger (de même que les entrepreneurs au lieu de s’endetter devraient épargner pour pouvoir investir dans les moyens de production etc.).

      Il y a longtemps j’ai cru comprendre que l’épargne est une vertu car cela permet d’acheter ce qu’on a effectivement les moyens financiers d’acheter plutôt que ce qu’on espère pouvoir rembourser sur une période plus ou moins longue. L’instauration de la « monnaie fondante » signifie la fin de l’épargne. Ai-je bien compris ? Dans ce nouveau schéma épargner n’est donc plus une vertu.

      Mais vivre à crédit est malsain – donc il faut supprimer le système économique qui repose sur la consommation à crédit.

      En supprimant le système de crédit et en généralisant la « monnaie fondante » comment pourra-t-on concrètement par exemple accéder à la propriété d’un logement ?

    3. à jonathan,
      Non, hélàs, vous n’avez pas encore compris!
      Si j’ai préféré le terme SMT à « monnaie fondante » c’est justement pour faire sentir que le SMT ne signifie absolument pas la fin de l’épargne.
      Au contraire, celle-ci se retrouve parfaitement stabilisée et sécurisée, car la circulation convenable du signe monétaire stabilise tout particulièrement le retour banque des sommes non utilisées directement. Dès lors, la banque les proposerait sans intérêts aux emprunteurs redevenus solvables du fait de n’être plus écrasés par le service de la dette. L’épargnant, en déposant en banque, se verrait préservé de la perte inscrite dans le SMT. L’épargnant et le prêteur seraient beaucoup moins exposés au risque de défaut de la part des emprunteurs. Des états comme la Grèce, tout comme tous les autres, pourraient se désendetter aisément et rapidement.
      Une autre façon, réelle, d’échapper à la perte serait précisément l’investissement dans des biens durables, véritable épargne de précaution. Il n’est donc absolument pas vrai que le SMT empêcherait l’épargne, je démontre le contraire.
      Je rappelle que le SMT n’implique pas la « fonte » de la masse, car ce dispositif devra prévoir la restauration de la masse « fondue » par la banque centrale.
      D’utre part, la circlation rapide du SMT implique qu’une masse très faible suffirait pour opérer toutes les transactions efficacement. Et le faible pourcentage (environ 2% par trimestre) du marquage du temps sur une masse faible en volume implique des rajustement finalement peu élevés de la part de la BC ainsi qu’un coût totalement négligeable pour les citoyens moyens, dépensant – sans perte aucune – leur revenu mensuel et avant l’action du marquage du temps.
      Quant à la spéculation, vous avez sans doute formellement raison en regardant les choses très furtivement et très superficiellement. En réalité, je rappelle que le mouvement monétaire rapide dans les circuits spéculatifs sans affecter l’économie réelle et les investissements productifs, cela revient à dire que les masses utilisées pour la spéculation sont, en fait, des masses en « boucle d’attente » comme des avions empêchés d’attérir sur un aéroport encombré. Autrement dit, le fait de spéculer est une façon un peu plus sophistiquée de thésauriser encore davantage. En plus, les gains qui en résultent retirent encore davantage de liquidités de l’économie réelle et des transactions courantes, moyennant quoi, il est vrai qu’il faudra bien un moyen d’empêcher cela.
      Hélas, mon ami Paul Jorion ne semble pas bien voir qu’une simple interdiction des paris sur les variations des prix des actifs, si cela devait être possible d’être obtenu (ce n’est pas encore fait), gélerait, comme vous le supposez, certes les masses (comme le ferait sans doute aussi la taxe Tobin), mais le résultat serait peut-être pire que le mal de la spécualtion, et les banquiers le font souvent valoir:
      Nous entrerions dès lors dans un cycle déflationniste gravissime, car la meilleur façon, la façon la plus radicale d’exercer son pouvoir pour le capitaliste deviendrait dès lors la « grève de l’argent », autrement dit le retrait liquide pur et simple en attendant des jours meilleurs. Il faut comprendre qu’attendre immobile est une autre façon de spéculer encore plus fondamentale: justement la thésaurisation massive, possible avec le signe monétaire actuel, bien entendu.
      Quelle que soit la façon d’aborder le problème, nous reviendrons toujours à ce point: le fait que le signe monétaire durable (le SMD) peut ne pas circuler selon le bon vouloir de son détenteur, et sans risque aucun pour lui, est bien la racine même du régime pervers que nous subissons et qui nous asservit tous, à savoir le capitalisme. En sortir n’est possible qu’avec le SMT.

    4. juste une petite remarque technique; Vu que je lis tous les posts avec attention, et que, en outre, je souffre d’une légère, très légère dyslexie, pourriez vous écrire en toutes lettres ce qu’est le SMT. Ça m’éviterait d’y voir une future pathologie généralisée. Merci par avance.

    5. johannes finckh dit : « Dès lors, la banque les proposerait sans intérêts aux emprunteurs redevenus solvables du fait de n’être plus écrasés par le service de la dette. L’épargnant, en déposant en banque, se verrait préservé de la perte inscrite dans le SMT. L’épargnant et le prêteur seraient beaucoup moins exposés au risque de défaut de la part des emprunteurs. ».

      Ce n’est toujours pas clair pour moi.

      Concrètement : Jean a décider d’épargner et au lieu de passer ses vacances à Bali il met de coté en vue d’acheter un appartement. Il n’a pas confiance dans les banques car il a étudié l’histoire et il sait que les dépôts ne sont en vérité pas garantis (révolution, insolvabilité des banques etc.). Il thésaurise chez-lui des billets de banque (garantis par l’État) qu’il à laborieusement gagné en travaillant comme conducteur de bus. Il met chaque mois de coté 300 euros sous son matelas.
      Si ces billets de banque sont du type « SMT » ou « monnaie fondante » combien aura-t-il épargné ou perdu au bout de 30 ans de travail et d’épargne ?

  21. Vous devriez fort de votre bagage, solliciter le fauteuil de Willem Buiten au Financial Times.

    Votre optimiste final me parait proche de celui de Joseph Stiglitz dans sa critique de la globalisation:
    le problème, amha, est que les élus ou représentants de la démocratie, ignorent de facto la tiers-mondialisation de leurs ‘sociétés développées’, John Berger: »Le controle des populations du monde qui se résument à des producteurs, des consommateurs et des pauvres marginalisés, est la tache assignée aux gouvernements nationaux existants.La planète est une prison et les gouvernements
    dociles, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont des rabatteurs de troupeaux..Le pont de repère final n’est pas tactique.Il est stratégique.Le fait que les tyrans du monde soient ex-territoriaux explique l’étendue de leur pouvoir de surveillance, mais monte également l’imminence d’une faiblesse.. » ( ‘Dans l’entre-temps, réflexions sur le fascisme économique’, 2009 )

    1. Ce à quoi j’ai assisté, au Brésil, c’est à un phénomène de l’ordre de l’occultation ou du déni.

      Une partie de la société ne voit pas l’autre, ne la prend pas en compte dans sa description d’une société qui est pourtant commune. Deux mondes coexistent, une unique description en est disponible.

      Ceux d’en haut côtoient ceux d’en bas et tentent d’ignorer qu’ils ne vivent pas comme eux ! Ils ont été éduqués avec des outils d’analyse qui n’appréhendent pas les mécanismes qui prévalent dans la société d’en bas, qui reste terra incognita.

      Il en résulte d’étranges, complexes et étroites relations entre les deux parties de la société: la formelle et l’informelle.

    2. @francois: j’ai fait un lapsus, je voulais évoquer Willem Buiter, buiten signifiant dehors en néerlandais,ce qui est le cas de Willem Buiter, depuis sa nomination chez Citi.
      J’ai eu le meme sentiment lors de mes voyages au Mexique et lors de mon voyage au Brésil
      , en fait une partie de la société se protège derriere des murs et des services de sécurité privées
      ou publiques ( les policiers reconvertis en surveillants d’intersections dans les quartiers résidentiels.
      Heureusement que El Pais faisait part de la possibilité d’une vraie gauche au pouvoir au Mexique, après les échecs de Calderon,
      Je voulais attirer votre attention sur cet article-entretien avec l’un du mouvement de Porto Alegre:

  22. Bravo! « on » est en train de redécouvrir le B, A BA du bon sens, à savoir: tout déséquilibre est globalement préjudiciable à l’économie.
    Si pour atteindre un budget en équilibre +/- 3% (critère de Maastricht) on est obligé de déséquilibrer sa balance commerciale ou sa balance des paiements, on a juste fait que déporter son problème! … sur d’autres!
    Il faudrait donc, à l’échelle mondiale probablement, puisqu’il s’agit dorénavant d’un système économique global totalement inter-relié, que les états s’accordent sur des critères de budget de balance des paiements et de balance commerciale, au moins pour nous éviter les déséquilibres dont profitent et qu’outrancient les spéculateurs.
    On n’a pas fini d’attendre…

  23. Le problème de l’Allemagne n’est pas pris par le bon bout. L’Europe devra faire face au même problème que la chine : étendre la prospérité (de l’Allemagne et de « provinces » du Nord) sur les autres provinces.

    Le problème de l’Allemagne (dans l’Europe) sera d’étendre (partager) sa puissance (sa richesse) au sein de la zone. Saura t’on l’attirer vers l’Ouest et le Sud alors que son espace naturel est à l’Est.

    Madame Lagarde, la France préparent une erreur historique : il faut au contraire reserrer les liens avec l’Allemagne.

  24. Nous devrions arrêter de critiquer l’Allemagne. L’Allemagne n’est pas la seule à ne pas vouloir payer pour sauver la Grèce.

    Lisez cet article :

    Le ministre des Finances néerlandais s’oppose à un sauvetage de la Grèce.

    Le ministre néerlandais des Finances Jan Kees de Jager a déclaré lundi 15 mars que son gouvernement était opposé à un plan de sauvetage pour la Grèce, mais que d’autres façons d’aider le pays pouvaient être mises au point par les ministres des Finances de l’Union européenne.

    Le mois dernier, le gouvernement grec a dévoilé de nouvelles mesures d’austérité budgétaire visant à ramener en 2012 son déficit public dans les limites fixées par l’Union européenne.

    Cependant, les investisseurs craignent toujours que le pays ne soit pas en mesure d’honorer ses dettes, et la Grèce doit payer des taux d’intérêt si élevés sur ses nouveaux emprunts qu’ils remettent en question sa capacité à atteindre ses objectifs de réduction du déficit.

    « Il n’y aura pas de sauvetage parce que, premièrement, la Grèce doit résoudre ses propres problèmes », a déclaré le ministre néerlandais des Finances à la presse lors de son arrivée à la réunion mensuelle des ministres de l’Eurogroupe.

    « Il n’y aura pas de sauvetage parce que c’est évidemment interdit par les traités », a-t-il ajouté.

    http://www.investir.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/le-min-fin-neerlandais-s-oppose-a-un-sauvetage-de-la-grece-233419.php

  25. Je partage bien volontiers l’analyse de M.Riou…L’Allemagne sait depuis longtemps que la fiabilité d’une économie n’est pas dans une monnaie , laquelle , un moment , peut tomber dans la tourmente ,mais sur la solidité de son industrie (innovations , qualité , taille des entreprises…). C’est grâce a elle que les capitaux sont rentrés après la grande dépression , malheureusement pas pour la bonne cause (réarmement et la suite )

    Cela me fait grincer des dents quand je lis les critiques acerbes provenant des zélites anglosaxonnes qui ont sacrifié la production au profit d’une inflation du tertiaire et particulièrement de la finance .

    La Chine c’est autre chose : profitant d’un dumping social unique (niveau des salaires ,niveau des protections sociales inexistant , régime totalitaire ..) n’a fait que profiter de la globalisation néolibérale et de la désindustrialisation des pays occidentaux…Les profits tirés des importations de Chine ont été gigantesques ,mal distribués évidemment , mais effectivement risquent de se tarir au fur et à mesure de la paupérisation de nos populations.

    Tout cela , malheureusement sent le roussi , comme il est de mise lors de crises économiques gravissimes . On sait à quoi ça sert de désigner des boucs émissaires .

  26. @Juan Nessy

    Ce serait effectivement intéressant de développer les tribulations d’EADS à travers les âges, comme illustration concrète et comme révélateur (au sens photographique) des contraintes politiques et économiques successives, européennes et mondiales. Le feuilleton n’est pas fini :cf avions ravitailleurs.

    @Lou : Je vous suis : sur ces grands projets structurants (aéro et spatial), c’est la coopération entre Etats qui a été motrice. Ils ont largement échappé à Bruxelles proprement dit.

  27. Navré de polluer ainsi votre très bon papier. Je ne suis pas aussi pessimiste que vous sur la situation chinoise. Ils auront VITE un marché intérieur, quels que soient les obstacles formidables qu’ils rencontreront sur leur route, la dictature aidant malheureusement (et dans ce contexte n’en doutez pas la dictature et un nationalisme exacerbé feront… des miracles… sic).

    Je disais tout le mépris que j’avais pour le pauvre Krugman hier ou avant-hier, sa dernière « sortie » sur la Chine étant des plus pitoyable et quasi suicidaire sur le plan purement stratégique si elle était prise au sérieux par les instances dirigeantes US.
    Encore 2 ou 3 articles de ce type (il en a déjà commis pas mal si l’on y regarde bien), et il devrait vite devenir très dispensable sur contre-info.

    Un article sur antiwar, cité par dedefensa.org, s’interroge sur ce -prétendu- « tournant », le chercheur abandonnant sa posture de… chercheur pour celle de « combattant » (de quel « tournant » parlent-ils???). Posture de « clown » conviendrait sûrement mieux, tant Krugman se décrédibilise.
    http://original.antiwar.com/john-v-walsh/2010/03/16/the-panicky-eagle-circles-the-dragon/

    Une autre interprétation – à laquelle je ne crois pas au vu de ses papiers précédents – et qui sauverait sa « bonne foi », serait qu’il fait actuellement l’épreuve de la nullité de la théorie économique standard. Il perçoit les antagonismes, mais il est incapable de les penser en terme d e rapports de forces. Si crise il y a c’est celle de « l’équilibre » macroéconomique mondial. Du coup il ne peut y avoir à ses yeux qu’une solution TECHNIQUE, enracinée dans la « bonne théorie économique », à ce problème GÉOPOLITIQUE.
    (Pour lui le niveau géopolitique est, comme l’État pour les libertariens, une perturbation de la façon dont devrait fonctionner un système économique bien conçu (qui n’existe nulle part ailleurs que dans sa tête).
    Il résout cette contradiction en s’orientant sur la piste « balance commerciale » et « cours du yuan » comme remède « technique » de cette sorte, et des moyens nécessaire pour l’imposer s’il le faut (sur le mode sans la violence la vertu est impuissante, etc etc).

    Mais fondamentalement je crois qu’il a tjs été un apôtre de la puissance US et qu’il sait très bien ce qu’est la véritable nature de l’économie.

    Ceci confirme également l’excellent choix de Paul Jorion d’en rester à l’analyse et à la description du réel (quitte à donner dans la « recherche-action »). Il ne risque pas de perdre sa crédibilité de cette façon.

  28. « Une caractéristique occultée en Chine, en raison de la fascination que crée un développement concentré sur sa bande côtière »
    Ce n’est plus vrai. D’avion on voit que des autoroutes courent désormais vers l’intérieur du pays là où il n’y avait encore que très peu d’infrastructures il y’a 5 ans. Et la Chine est désormais une (très) grande société de consommation.
    Félicitons-nous que des pays aient fait le choix du développement humain et de l’avenir!
    Le « rééquilibrage » réclamé à l’Allemagne par Lagarde n’est pas seulement une faute politique, c’est aussi le révélateur d’une pensée économique malade. Le développement d’un pays, le développement de son industrie sont des choix politiques. C’est le marché qui suit et non l’inverse. La France vient de découvrir qu’elle n’avait plus de politique industrielle depuis longtemps. Il était temps. Aussi gageons que Lagarde c’est presque déjà du passé!

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