Michel de Certeau (1925 – 1986)

Michel, je l’ai déjà dit ici : je chérirai toujours nos conversations « at The Backs » à Cambridge. Je lis ce soir avec consternation certains commentaires sur mon blog relatifs à Mai 68 et tu me pardonneras de te ressusciter un peu, vingt-quatre ans après ta mort, toi qui en parlais si bien.

« On n’était pas du même bord
On n’était pas du même chemin
Mais on cherchait le même port »

Jacques Brel

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35 réflexions sur « Michel de Certeau (1925 – 1986) »

  1. des paroles se font encore entendre , mais elles sont punies

    Rue89 publie en intégralité le poème, signé l’adjudant A.

    « Il faisait beau alors, le jour où j’ai signé !
    Je me souviens comme j’étais fier de m’engager,
    D’être formé à ce métier par mes aînés…

    Du bon droit je voulais être le soldat,
    Dans le respect des traditions et des hommes.
    Du citoyen, à tout faire je serai l’homme !

    De ma personne alors, j’ai donné sans compter.
    Ma famille dans cette voie s’est trouvée liée.
    Mes devoirs étaient les siens sans qu’elle ait signé…

    Nos Gradés, nos Officiers étaient nos modèles.
    Ils savaient nous motiver et nous ordonner.
    Alors nous étions soudés, unis et fidèles…

    Nous savions des sacrifices la juste raison,
    Et étions tous reconnus “Servants de la Nation ! ”
    De la France, la plus noble et vieille Institution.

    Un nouveau Roi fût nommé, et tout a changé.
    Diviser pour mieux régner, tel était son but !
    Il y parvint bien, précipitant la chute !

    Pour ce faire, il choisit bien parmi les nôtres,
    Ceux d’entre eux les plus vénaux, les moins fidèles,
    Leur fit tant miroiter, qu’il furent ses “apôtres”.

    Ces vendus et parjures aujourd’hui, ont ourdi
    D’enterrer sans coup férir notre belle histoire…
    De nous taire ils nous ordonnent, arguant : “Tout est dit ! ”

    L’un des nôtres osa parler sans démériter,
    se faisant ainsi le râle de notre douleur…
    Il fût vite éliminé par ces fossoyeurs !

    Aujourd’hui, Sainte Geneviève saigne et pleure,
    Je sens bien ses larmes chaudes sous mon képi,
    Comme si sur moi SARKOZY faisait son pipi…

    Soldats nous sommes, et c’est debout que nous mourrons.
    Et à l’instar de CAMBRONNE, “MERDE” nous dirons.
    Nous briserons nos armes, mais nous taire “Pas question ! ”

    Nous ne sommes que des hommes, soldats mais citoyens,
    Et nos voix dans l’urne pèsent bien pour un scrutin…
    Qu’on les entende ensuite, d’étonnant n’a rien.

    Nous taire il ne faut point, surtout si c’est la fin !
    Au pays des Droits de l’Homme, on dénie les miens.
    Fidèle, loyal je suis, muet je ne suis point.

    Même si tout est fini, que prévue est la fin,
    Nous n’irons au sépulcre qu’après avoir tout dit.
    Geneviève, Chère Patronne, Il pleut sous nos képis ! »

  2. Qui, en france, croit encore à la Révolution ? Besançenot ? (drivé par le vieux Krivine, pourtant lui aussi Soixante-huitart) ?
    La démystification dont il est question dessus s’applique au discours politique en général quelquesoit sa couleur. Qui croit au « story-telling » présidentiel ? la ménagère de plus de 50 ans ?

    1. Pourquoi ce mépris pour la ménagère de plus de cinquante ans ? Elle est consciente des réalités . Ce n’est pas elle qui s’abrutit devant des matchs télévisés ou qui va hurler sur les stades en agitant des petits drapeaux. Mais c’est bien elle qui doit alimenter la famille coûte que coûte même si le frigo est vide dès le 15 du mois .

    2. Actuellement peu de personnes y croient, mais voyons dans 3 ans. Encore 2 années de crispation, de récession, chaque année apportant sa charrette des morts, sa charrette des déshérités par millions car cette crise n’aura pas de fin. Et il s’en suivra un conflit autrement plus déterminant que 1968, avec non pas des étudiants mais des adultes déterminés ayant des objectifs clairs en tout cas orientés selon un seul axe.

      La crise apportera une forme de communisme, voilà mon verdict. Pourquoi ? parce qu’il n’y a pas d’autres solution.

      Dans peu de temps la crise débouchera sur un néant, il nous faudra choisir une sortie.

    3. @liszt

      Je suis assez d’accord avec votre analyse, une seule solution, l’évolution vers une système de partage qui ne soit pas fondé sur le profit individuel, mais le problème c’est que le capitalisme se défendra avant de mourir, il ne va pas agoniser tout seul. la preuve, les tentatives de rendre tout le monde actionnaire, pour faire monter encore la mise et embringuer tout le monde dans le sale engrenage… Comme on l’a fait déjà en obligeant tout le monde à avoir un compte en banque (soit disant plus prudent). Nous avons été embringués malgré nous. le capitalisme est un système hyper capable de s’adapter à toute opposition quand il a une « police » et une hiérarchie bien faite.
      Je me souviens d’un temps où on nous remettait une enveloppe avec les billets de la paye. C’était en 1976…
      Je n’avais pas de compte en banque, seulement un CEL de la poste pour mettre un peu de côté…de fait, je n’avais rien de côté à cette époque là…
      Vous voyez bien qu’on nous fait croire qu’on a progressé alors que nous sommes de plus en plus fourbus!

    4. D’accord aussi avec Litz

      L’erreur c’est de projeter sur l’idée de révolution les figures des révolutions du passé.
      Et d’ailleurs aucune révolution ne ressemble à une autre.

      Ma première conviction est que l’on ne sortira de cette crise par le haut que s’il y a une mobilisation
      collective. Paul Jorion lui même l’implique lorsqu’il évoque une constitution pour l’économie.
      Par définition une constitution, si l’on considère son esprit et non pas seulement sa lettre, est un nouveau contrat social qui doit faire l’objet d’un assentiment général.

      Cette constitution ne tombera pas du ciel un beau matin après que nos décideurs soudain touchés par la grâce auront décidé d’un commun accord d’en finir avec le vieux système pour poser de nouvelles fondations. Quelques décideurs se détacheront éventuellement du lot pour prendre nettement tourner le dos au système mais ceux-ci, devront, au choix être rejoints par une multitude d’anonymes, ou entraînés eux-mêmes par un mouvement beaucoup plus ample et profond.

      De là découle ma seconde conviction. Une révolution — au sens de poser de nouvelles fondations — cela se prépare. Non pas tant au niveau logistique, car c’est manifestement encore prématuré de se poser ce genre de question, mais au niveau intellectuel, culturel. Seul l’émergence puis le partage d’un nouveau paradigme créera les conditions d’une réelle transformation politique, sociale et culturelle. Je précise que j’intègre ici l’économique dans les trois autres dimensions de la transformation, car si révolution il doit y avoir elle ne pourrait passer que par une redéfinition préalable de l’économique. Redéfinition au sens où l’on redessine.

      Pour l’heure le pessimiste affiche sa triste mine et règne en maître, mais les choses pourraient changer car des couches sociales jusqu’ici épargnées par la crise se voient elles aussi désormais confrontées aux exigences froides et bassement calculatrices d’un capitalisme en bout de course. Le capitalisme crée nous le savons des inégalités, il pille et dégrade les richesses naturelles de notre planète, mais il lamine aussi les psychismes. Ces derniers ne vont donc pas rester inertes éternellement. La matière grise jusqu’ici employé exclusivement au service du capital pourrait servir d’autres desseins.

  3. « refaire une société à partir d’une parole »=refaire le monde dans le creuset des mots.
    Cela s’appelle la poésie. Trouvez-vous vraiment qu’elle se porte si mal?

    1. En plus des mots dans ce fameux creuset, il faut y ajouter le silence qui souvent tient lieu de parole.

  4. il pleut sous nos képis.. ça c’est vraiment un truc qui me trouble… chapeau. Très fort.

  5. « On ne peut savoir si l’homme se servira longtemps encore de la parole ou s’il recouvrera petit à petit l’usage du hurlement. » Cioran

    1. Mmm. C’est davantage en nous que le risque doit être pris. Faire face à son destin est autrement plus risqué, plus discret aussi. Quelque chose comme mourir avant de mourir.

  6. @ P. Jorion :
    A la lecture de nombreuses réactions et de vos articles, je me demande, puisque bon nombre parlent d’hédonisme, si par hasard Mai 68 n’aurait pas été une résurgence puissante d’un hédonisme à multiples facettes, au sein d’une société conservatrice, afin qu’enfin surgisse autre chose que la ‘simple’ reproduction de la même parole, des mêmes discours, que par cette parole se créée une société du plaisir. Ceci est en lien avec votre billet sur l’émergence de l’individu (Saint Augustin ?), bien avant Mai 68. J’ai juste ‘retracé’ un peu plus loin …
    Le souci, c’est que l’hédonisme a produit en tant ‘qu’école philosophique’ plusieurs orientations, dont l’hédonisme cynique, prônant l’assouvissement des désirs personnels immédiats à travers l’égoïsme notamment. Le ‘Tout tout de suite’ et le ‘Ici et maintenant’ peuvent-ils s’y affilier ? Ou plutôt une des productions ‘involontaires’ (on peut débattre sur ce terme, au sens de conscience) de Mai 68 n’est-elle pas ce type de conséquences ?
    Dans une autre direction, on peut aussi retracer une partie de Mai 68 qui a ‘aboutie’ à ce que d’aucuns ont pu appeler une ‘dérive capitaliste’ avec un hédonisme utilitariste, dont les liens avec le libéralisme peuvent se tirer des pensées de Hobbes, Bentham et surtout de Stuart Mill. En quelque sorte, l’utilitarisme indirect (dissociation de plaisir d’avec la moralité) permet à ‘l’économie’ (du plaisir de l’individu) de se désincruster du ‘politique’ (et de la morale), pour se focaliser sur la rationalisation des conséquences et sa comptabilisation, les concepts ‘moraux’ étant en quelque sorte ‘contingents’ … D’où des ‘récupérations’ très claires des paroles de Mai 68, pour refonder un ‘nouveau libéralisme’ (néo-libéralisme) autour d’un hédonisme de consommation individuelle.
    Mais en fait, au coeur de ce que vous souhaitez décrire de Mai 68, n’y a-t-il pas l’épicurisme, dont certains recherchaient la trace dans les lectures de Paul Nizan, Les matérialistes de l’antiquité, réédité justement en … 68 ? Epicure, Erasme. Un tout autre projet que portait Mai 68, que l’utilitarisme et à fortiori l’égoïsme cynique, non ?
    Si ceci est exact, la prise de parole pour faire advenir le matérialisme, qu’il soit historique ou philosophique, n’a-t-elle pas échouée à faire advenir une ‘autre société’ parce que Kant avait raison sur sa critique du lien entre épicurisme et éthique : la morale (la vertu) peut advenir sans et même contre le bonheur individuel ? N’est-ce pas là l’échec principal de Mai 68 ?
    Cordialement.

    1. Zébu,

      je partage votre analyse.

      Ce n’est pas faire injure en effet à l’esprit de mai 68 que de constater que sa part d’hédonisme, portée par une pensée anti-autoritaire a été récupéré par le capitalisme pour en faire son fond de commerce. La conséquence en apparence paradoxale mais en réalité logique est que le capitalisme néo-libéral en exploitant tous les ressorts de la libido en dehors du monde de l’entreprise, c’est à dire dans la sphère privée, et même publique s’agissant du divertissement de masse, a pu maintenir sa structure hiérarchique et autoritaire en son sein.

      Il est très important de faire comme vous l’avez fait une distinction entre l’usage utilitariste de l’hédonisme et une compréhension de celui-ci qui s’inscrit dans une visée émancipatrice au sens politique et culturel. De cette non distinction viennent beaucoup des malentendus et des faux procès faits à mai 68.
      Certes les acteurs de mai 68 n’avaient peut-être pas toujours une claire conscience de cette distinction.
      Certains de ses acteurs échappèrent peut-être à la dimension politique du mouvement. Mais comme les paroles de Michel de Certeau le disent, mai 68 c’est une confiance dans le pouvoir de la parole libérée.
      Or le politique et la transformation sociale qui l’accompagne passe d’abord par le discours, donc la parole.
      Celle-ci n’est pas moins aujourd’hui qu’hier superflue. Au contraire, la parole c’est la vie même. Tout projet politique qui penserait pouvoir l’exclure, l’emprisonner, la dompter, ne peut être un projet politique authentique.

      Je complèterais votre analyse en faisant aussi une distinction entre pulsion et désir, cela pour répondre à tous ceux qui prétendent que tous nos maux actuels viennent de cette époque.

      Il ne faut pas confondre la pulsion avec le désir qui sont deux choses tout à fait différentes.
      Je ne me souviens plus de la citation exacte mais Lacan avait dit quelque chose comme :
      il ne faut pas transiger avec le désir. Ainsi à propos de l’amour Lacan dira qu’il est désir du désir de l’autre. Ce qui fera dire à Lacan qu' »il n’y a pas de rapport sexuel » dans le sens où le désir de l’autre, dans l’amour, passe par la reconnaissance par au moins une des parties du désir de l’autre.

      Ne pas transiger avec le désir ne veut donc pas dire que l’on peut faire tout et n’importe quoi, se jeter sur l’autre comme un objet de consommation, mais au contraire que l’on trouve à investir socialement sa propre énergie libidinale. Aussi pour Lacan le pathologique c’est quand quelque chose n’a pu se nouer dans la psyché qui relève de ce qu’il appelle l’espace symbolique. Or l’accès au symbolique c’est ce qui permet l’accès à la relation sociale. Ne pas céder sur le désir c’est donc ne pas renoncer à ses désirs profonds, qui ne peuvent avoir qu’un ancrage social. Ainsi dans une transformation sociale il y a toujours à l’origine le désir. A ce titre 68 fut un mouvement pour le désir, désir que l’ordre capitaliste patriarcal voulait enfermer dans sa boîte. Le demi échec de 68 tient à ce que le capitalisme

      Le néo-libéralisme, après avoir épuisé le filon de la libido s’adresse désormais aux pulsions du consommateur c’est à dire à l’énergie libidinale brute, non encore investie socialement, en cela il est a-social et même désocialisant. Le système consumériste s’intercale entre le consommateur individuel et la société et c’est ce qui finit par saper les bases de cette dernière car les objets de consommation ne peuvent faire l’objet d’une appropriation sociale dans la durée et au travers d’une réflexion de nature politique.

    2. @Zebu et Pierres Yves D

      Excellente synthèse à vous deux ! Paradoxalement et pour une bonne part involontairement, l’esprit de 68 (pas seulement en France) a contribué à tuer le rêve par l’immédiat, l’idéal par la consommation pulsionnelle. Quelle peut-être la manifestation du désir, notamment une certaine forme de transcendance qui je crois lui est liée, si on ne lui oppose aucune contrainte ?

      J’ai peur que la réponse soit sous nos yeux, en formation depuis une trentaine d’années, sous la forme d’une sorte de pragmatisme quasi robotisé qui détricote implacablement le lien social. Savoir si Mai 68 en est à l’origine, où seulement un symptôme (y compris défensif) d’une évolution en cours n’est pas très important…

      En revanche, je souscris à l’importance primordiale de la parole dans le projet politique, à sa faculté de véhiculer l’idéal vers lequel tendre et partant, le cortège de principes auxquels la société doit s’amarrer plus ou moins fermement. Laïque, j’exclus le retour au religieux. Ma solution préférentielle est donc la réhabilitation de l’Etat au travers d’un néo-jacobinisme qui redorerait la devise nationale : liberté-égalité-fraternité. 1789 n’a pas non plus fini son travail en France et en Europe…

      On me parle parfois dans le cercle communiste de l’émancipation complète des individus. J’y crois autant qu’à la rationalité des agents économiques brandie par les néolibs. Ce sont deux formes d’utopies qui me semblent très proches au final. Or on sait très clairement aujourd’hui que la seconde est irréalisable…

  7. 68 c’est avant tout chez certain jeunes occidentaux, et pas tous, loin s’en faut, la prise de conscience des limites du capitalisme productiviste colonisateur et guerroyant.
    C’est la découverte du mot écologie que notre président, pourtant farouche opposant à l’esprit soixante-huitard a cru bon d’accoupler avec un autre mot symbole de 68, « Grenelle ».
    Peut-être pour pouvoir mieux définitivement discréditer l’un et l’autre. Consternant,ou désespérant, vous avez raison Paul.

    L’esprit 68, c’est un candidat présidentiel « allumé » assis sur le bureau du studio de la télé en noir et blanc qui nous explique doctement que le prochain problème de la planète se résume au verre d’eau qu’il nous présente. Très peu porteur à l’époque les « délires » de ce monsieur Dumond!!!!
    Que n’avons-nous pas entendu comme commentaires à l’époque…..?
    Et maintenant? C’est un peu mieux…..
    Mais au slogan, « jouissons sans entrave » acquis grâce à la généralisation de la contraception permettant de « faire l’amour, plutôt que la guerre » comme contrôle démographique, il tempère avec cette ‘histoire d’eau » qui n’interdit pas d’interdire certaines pratiques et comportements mortifaires.
    Lorsque l’on parle d’épuration, c’est de stations dont-il s’agit…..

    68, trois dimensions en une : spirituel, sociale et environnementale.
    Et oui! spirituel aussi!
    Cars à cette époque votre pousse tendu vous emmenait plus sûrement sur « les chemins de Katmandou » qu’aujourd’hui un Transal vers l’Afghanistan…..
    La découverte par de jeunes prolétaires judéo-chrétirens de civilisations, de dieux, de philosophies et de pratiques « exotiques » débouchant sur la redécouverte des médecines douces, ou l’échafaudage des élucubrations new-age, entre autres.
    Sans 68 l’église de scientologie aurait-elle eu assez d’adeptes pour conquérir le coeur de Nicolas Sarkozy? J’en doute.

    Et puis 68, c’est aussi ne l’oublions pas ceux qui sont morts, ou qui sont toujours emprisonnés cars passé à la lutte armée, des brigades rouges à la bande à Bader en passant par action direct. Cette « ultra-gauche » dépassé à l’époque les frontières de Tarnac….. Les futurs conseillés Elyséen se faisait les dents dans le maquis….
    Lire à ce sujet l’excellent livre de Dany le Rouge : « Nous t’avons tant aimée la révolution » où il interviewe les survivants de cette époque épique à travers le monde pour une télévision Allemande. La reconversion de certains comme Jerry Rubin par exemple est parfois troublante….
    De Hippy à Yapy pour finir Yoopy-golden-boy.
    Cars : « Une société qui abolit toute aventure fait de l’abolition de cette société la seul aventure possible » et « les forteresses se prennent de l’intérieur »……
    Les acteurs de 68 serait-il en passe de réussir, mais un peu tard leurs utopies de jeunesse?
    Qu’en pensent ce cher Cohn, DSK, Kesler ou Kouchner ?

    1. Pensez-vous que la réforme de l’enseignement consécutive aux événements de 68 a eu pour résultat d’améliorer ou de détériorer l’orthographe et la grammaire des générations suivantes?
      La conséquence n’est-elle pas une perte de cohérence des idées exprimées?
      Plus grave encore
      Pensez-vous que le style SMS fait perdre ou gagner à la compréhension des textes?

    2. La « méthode globale » employée pour l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe a fait des dégâts bien avant 68, J’en suis le plus bel exemple. Pour moi, le mal été déjà fait et je vous avoue que cela peut filer de gros complexes face à l’expression écrite.
      Mais, 68, c’est aussi l’entrée de la notation de l’expression orale en cours de français….

      « Orthographe. La science qui épelle avec l’œil à la place de l’oreille. Défendue avec plus de chaleur que de lumière par quelques échappés d’asiles. »[Ambrose Bierce]

      « L’orthographe est plus qu’une mauvaise habitude, c’est une vanité. » [Raymond Queneau]

      « Faire de l’orthographe le signe de la culture, signe des temps et de sottise. » [Paul Valéry]

      « Je regrette l’Y de l’ancienne orthographe du mot abîme. Car Y était du nombre de ces lettres qui ont un double avantage : indiquer l’étymologie et faire peindre la chose par le mot : ABYME. » [Victor Hugo]

      Plus concis, en style SMS, car c’en est un en devenir, cela donnerai : « Tartar, fromage ou désert? »

    3. Pour tenter de démêler le vrai du faux (celle des tenants d’une propagande, très intéressée de la privatisation de l’enseignement ….), je vous conseille la lecture de « Le niveau monte » Baudelot et Establet (le livre n’aborde point non plus de tout, par exemple -de l’enseignement technique avant et après 68 de l’enseignement technique, – ni de la nécessaire création d’universités pour pallier leur pénurie d’universités devant celle du nombre d’étudiants, -…. )

      Bref, dans leur ouvrage, publié en 1990, Baudelot et Establet, démontrent que le niveau monte
      « Les statistiques militaires permettent, au moins sur les garçons, de se faire une idée de l’évolution récente, en comparant les résultats des jeunes aux mêmes tests lors des périodes: entre 1967 et 1982, les conscrits français ont amélioré leurs résultats de 3,5 points sur 20, la moyenne passant de 10 sur 20 à 13,5 sur 20. Reprenant les calculs que Christian Baudelot et moi-même avions effectués en 1989, les statisticiens du Ministère de l’Education nationale, ont constaté une hausse tout à fait comparable entre 1981 et 1995.1 Dans les deux cas, une analyse fine, diplôme par diplôme, montre une constance du niveau à diplôme égal, la hausse globale étant imputable au niveau de formation.
      Ces éléments statistiques qui seraient plus impressionnants encore, si l’on disposait des performances féminines, puisque dans tous les pays la scolarisation des filles s’est développée plus vite que celle des garçons. « 

  8. Merveilleux, Paul Jorion, de voir rappelée la parole et la mémoire de Michel de Certeau, qui comme Felix Guattari mais pour d’autres raisons, n’a pas eu de descendance, un problème qui complique
    la diffusion posthume de son oeuvre et sa pensée.Il faut vivement souhaiter qu’une maison d’édition
    ait le courage d’ entreprendre la publication des « Oeuvres complètes » de Michel Certeau, comme il
    l’a été fait récemment pour celles de Simone Veil, deux des comètes d’une certaine pensée francaise.

    1. @ Charles

      si , Felix a des descendants …ils travaillent de façon rhizomélique…il avait suffisamment semé de turbercules..

      à quand l’éclosion, me dirais-vous ?

      en temps utile , répondrais-je.

  9. 68, c’est une tentative du prolétariat et de la jeunesse de l’époque pour s’émanciper, qui a avorté par la reprise en main virulente de l’autre camp, celui des nantis et des partis de l’ordre qui ne l’ont pas voulu sous peine de voir leur système s’effondrer.
    Nous avons eu peur d’aller jusqu’à la victoire!
    Il ne faudra pas reproduire cette erreur… mais la peur de réussir fait aussi partie de la vie, et elle nous impuissante souvent lorsque nous sommes un tant soit peu conscients des conséquences de nos actes.
    Tout pouvait changer, basculer. Rien n’a eu lieu.
    Mais la parole est restée, la preuve ici. Ce droit inaliénable à prendre la parole pour qu’il se passe quelque chose plutôt que rien lorsque le monde est en proie à la plus grande injustice.
    J’ai bon espoir que la jeunesse du monde invente ce nouveau cap!

  10. Mai 68 n’est pas né, il me semble, de l’idée de faire la révolution. Le mot révolution me paraît avoir été davantage employé par les politiques que par les acteurs non ? C’était bien un changement profond désiré par un grand nombre d’entre nous.
    Même petite, j’ai été inquiète des fumées noires crachées par les usines. Je les voyais comme une menace.
    Et puis, j’ai été soulagée (Oh combien!) d’entrevoir un autre chemin possible pour les femmes. De ce point de vue, l’ancien carcan ne me disait guère.
    Ainsi, c’est avec grande impatience que j’attendais le rapport circonstancié de mon frère et de ma sœur qui pouvaient se rendre au cœur du cyclone. Je ne me souviens pas, dans les discussions en famille ou entre amis, avoir entendu à l’époque le mot révolution.

  11. Bonjour Paul, bonjour à tous.

    Il me semble que nos commentaires sur mai 68 peuvent relever de trois catégories:
    morale: jugements de valeurs sur les comportements
    rapports de classe: contre les nantis
    le vôtre et celui de quelques uns qui rapporte cet évènement à des mouvements d’évolution des sociétés occidentales plus amples dans le temps et l’espace.

    On peut très bien envisager une complémentarité entre ces trois niveaux de lecture qui vont du personnel localisé au général étendu: ce n’est pas le cas: nous ne sommes pas tous anthropologues philosophes sociologues et économistes!…

    68 comme mise en évidence de la fin de la parole comme pouvant structurer une société?
    Faudrait il renoncer à la parole pour tenter de donner un sens à nos aspirations de vivre ensemble?
    La différence entre construction stérile et parole vivifiante ne tiendrait elle pas à un détail: parole fermée face à une parole ouverte?
    Parce que nous sommes humains et conscients de notre finitude, nous avons besoin, pour vivre sans désespérer, de nous projeter, non pas dans le futur qui est affaire de calculs, mais dans l’avenir.

    Les artefacts, matériels et immatériels, s’inscrivent dans les trois dimensions mesurables par tout instrument scientifique. Le vivant est fractal et donc irréductible à une quelconque commensurabilité aux choses.

    Quant à la révolution matérielle à venir : et l’économie et l’évolution des ressources planétaires sont en train d’en construire le cadre! Il est d’ores et déjà certain qu’elle ne plaira pas à tout le monde !
    Cordialement.

  12. Oui, mai 68 aura permis au moins une chose: la déconstruction du discours. En tenant compte de cet apport, qui sont les Démosthène, les Bossuet, et surtout les Jaurès d’aujourd’hui? L’éloquence reste indispensable, c’est elle qui donne de l’élan. Nul besoin qu’elle s’enlise dans la grandiloquence ou la mièvrerie.

  13. Ce que je retiens de l’interview de Michel de Certeau, c’est la démystification, par Mai ’68, de la représentation, « la critique fondamentale de l’idéologie selon laquelle on peut, intellectuellement ou politiquement, être représenté ».

    C’est là que se situe, sans doute, la grandeur et l’échec de Mai ’68.

    La grandeur : c’est dans le cadre de cette critique, dont l’horizon était l’instauration d’une démocratie directe, que l’on peut comprendre « qu’avec la parole, on peut faire l’histoire, (…) qu’avec du discours, des projets, on peut modifier la réalité d’une société (…) qu’à partir de cette rébellion symbolique on allait changer la société ».

    L’échec : le malheur de mai ’68, c’est d’en être resté là, de n’avoir pas su, pu ou voulu définir les médiations indispensables au fonctionnement de tout régime politique quel qu’il soit (on ne peut vivre, éternellement, en « anarchisme » : il faut bien que, à un moment donné, quelques-uns occupent une place où s’exerce l’autorité (à ne pas confondre avec le pouvoir, comme l’a si bien analysé Arendt).

    Michel de Certeau a bien dégagé une des conséquences de cet échec, mais il ne la développe pas assez : « Et ce qui s’est imposé, ce fut un système technologique ». Derrière cette formule abrupte, je perçois tous les discours et les actes qui ont fait florès dans l’après mai ’68 : en vrac : la mort du sujet, le paradigme cybernétique, la postmodernité, le structuralisme, la déconstruction…. A cet égard, mai ’68 n’aura été qu’une courte parenthèse dans un processus déjà engagé dès le fin de la deuxième guerre mondiale (cf. le livre de Céline Lafontaine : « L’empire cybernétique, Des machines à penser à la pensée machine »), … processus qui a fait le lit du néolibéralisme.

  14. Ce matin sur France Inter chez Nicolas Demorand, Luc Ferry et Philippe Meirieu parlaient de la violence scolaire.

    Sur la fin le thème a dérivé vers mai 68 (Luc Ferry) qui là encore est accusé de tous les maux:
    – perte de l’autorité des maîtres (ce n’est pas nouveau, très simpliste même si cela n’est pas dénué de toute vérité),
    – le consumérisme effréné qui aurait poussé les parents a se considérer comme des consommateurs vis-à-vis de l’école. Alors là, la thèse est pour le moins osée… J’en suis resté sans voix. Comment un philosophe (enfin quelqu’un qui a fait des études de philosophie) peut-il être autant dans le contre-sens que cela?

    A écouter. Cela vaut son pesant de cacahouètes…
    http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/

    Vraiment, notre époque me fait penser à la seconde république (1848-1851). Les mêmes débats stériles où une pseudo élite autoproclamée discute entre elle du niveau de responsabilité de la révolution française et de Napoléon dans la situation de la France, soit 60 à 40 ans plus tard, sans voir le moins du monde les responsabilités plus récentes ou plus profondes (structure même de la société)… Le même besoin de recherche de bouc-émissaires soit-disant consensuels.

    Vraiment, cette époque comme la notre sont affligeantes de médiocrité. Mais maintenant la médiocrité est mondiale. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès…

    1. Luc Ferry est l’auteur, avec Alain Renaut de « La pensée 68 », livre qui a beaucoup contribué à créditer
      68 de tous les maux de la société actuelle. La pensée 68 c’est dans son livre paru en 1985 : Bourdieu, Foucault, Lacan, et Derrida. Depuis quelques autres penseurs se sont ajoutés à sa liste comme Levy-Strauss accusé de faire le lit du relativisme.

      Les auteurs cités, selon les cas, replacent l’humain dans un cadre historique, social, politique et c’est difficile à comprendre pour un philosophe pour qui il ne saurait y avoir de sujet que de sujet transcendantal, celui-ci reprochant alors aux autres la « mort du sujet ». Pourtant quels penseurs ont le plus contribué à donner de nouvelles figures à l’individuation, et donc au sujet, si ce n’est ces auteurs honnis, quand bien même ceux-ci s’appliquaient-ils à le déconstruire dans sa version traditionnelle ? Ce n’est pas parce que le sujet contemporain n’est plus celui de la tradition qu’il disparaît.

      Le sujet, si je ne m’abuse, c’est d’abord l’individu doué d’initiative. Il y a ainsi quelque chose de paradoxal à voir un philosophe reprocher à ses contemporains d’apporter des arguments de nature à nourrir l’initiative.

      L’initiative du sujet transcendantal est quant à elle limitée puisqu’elle ne peut viser qu’à la préservation d’un ordre social figé. Et pourtant pour un Ferry ce sont toutes les initiatives qui sortent du cadre traditionnel qui sont qualifiées d’irresponsables.

      Ainsi Luc Ferry fait la critique de l’école objet de consommation mais il se garde de critiquer le système – capitaliste – qui mécaniquement produit ce genre de comportement.

      Alors l’irresponsabilité, de quelle coté est-elle ?

    2. Merci pour ces informations.

      Je ne connaissais que le volet politique et éducatif de l’homme. Je savais bien qu’il était philosophe mais je dois bien avouer que je n’avais pas lu la moindre ligne de lui provenant de ses écrits philosophiques. A la vue de ce que vous me dites et de ce que j’ai pu entendre sur France Inter, j’ai bien peur que je vais mourir idiot…

      Si je résume, sans entrer dans le fond, sa pensée philosophique consiste essentiellement à critiquer celles des autres. Certes, il faut bien commencer par connaître ce que ceux qui vous précèdent ont pu écrire pour pouvoir ensuite la critiquer. Mais on ne peut s’arrêter là. Heureusement que la philosophie n’est pas que positionnement par rapport aux autres. Sinon on en serait resté la philosophie du gourdin (« La loi du plus fort est toujours la meilleure » comme a dit de La Fontaine). Bref, ce brave homme a t’il développé des théories qui lui sont propres?

      Néanmoins, Visiblement, il a le mérite d’être cohérent. Son penchant politique est bien celui qui correspond à sa pensée « philosophique ». Il n’y a pas maldonne.

    3. @ Pierre-Yves D. Pierre-Yves D. dit : 8 avril 2010 à 11:23

      Vous ne portez pas le capitalisme dans votre cœur, c’est votre droit.

      J’ai répondu à votre intervention 31 mars 2010 à 13:07 en donnant une autre vision du capitalisme sur le site ci-après : http://www.pauljorion.com/blog/?p=9401#comment-68939

      Il me serait agréable d’avoir votre avis.

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