L’actualité de la crise: bricolages en tous genres, par François Leclerc

Billet invité

BRICOLAGES EN TOUS GENRES

Combien de temps les dirigeants de la zone euro vont-ils parvenir à tenir fermé le couvercle de la crise ? Tout tourne toujours autour des stress tests des 91 banques retenues. D’un côté, on nous affirme qu’ils sont menés en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, alors que l’on reconnait de l’autre que les ministres de l’Ecofin actuellement réunis à Bruxelles vont mettre au point leurs ultimes réglages.

Les déclarations les plus contradictoires continuent d’être recueillies à propos des paramètres d’effort qui ont été ou vont être choisis – on ne sait plus – à propos de la décote que pourraient subir les obligations souveraines des pays attaqués par les marchés.

Que cette question soit au centre des débats est en soi significatif de l’importance qui lui est accordée, des risques de défaut qui sont en réalité redoutés, à défaut d’être publiquement reconnus. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a rejeté dans ces termes l’idée selon laquelle les critères auraient été arrondis : “D’abord on a dit qu’ils étaient trop durs, qu’ils allaient conduire toutes les banques à la faillite, le lendemain on dit qu’ils sont trop faibles et que l’exercice ne sert à rien. Généralement, la vérité se situe au milieu”. On ne peut pas mieux avouer qu’un compromis politique est recherché.

Un article du Spiegel retient l’attention. Selon l’hebdomadaire, qui bénéficie souvent de fuites organisées, le gouvernement allemand mettrait au point un plan permettant de gérer des processus de restructuration de la dette souveraine en zone euro. Il faut dire que s’il devait être activé, le gouvernement Allemand serait aux première loges, en tant que premier contributeur du plan de stabilité financière européen. L’idée serait que le secteur privé (les banques) seraient également mises à contribution, une décote consentie par ses soins. En contrepartie, le reste de l’investissement serait garanti suivant un montage pouvant faire appel au FMI et qui serait géré – suivant le modèle du Club de Paris – par un nouveau club qui pourrait prendre le nom de Club de Berlin. Le mécanisme serait à double détente, prévoyant qu’au cas où la décote de la dette ne réglerait pas le problème, le pays qui en aurait bénéficié passerait sous le contrôle financier de la structure.

Parallèlement, des tests continuent d’être menés par des mégabanques européennes, dont les résultats sont distillés dans les médias bien informés. Après le Crédit Suisse, c’est la Royal Bank of Scotland (RBS) qui a publié aujourd’hui une étude limitée au secteur bancaire espagnol, un secteur clé. Il en ressort que les banques auraient besoin d’être recapitalisées à hauteur de 50 milliards d’euros, alors qu’on estime que les tests ne feront état que de 20 milliards d’euros. Si la décote qui devait intervenir sur les portefeuilles de dette obligataire des banques devait atteindre 30% au lieu des 5% étudiés, la perte enregistrée serait alors de 400 milliards d’euros. Les milliards volent de tous côtés, c’est désormais la routine.

On se doute en tout état de cause que les résultats qui seront finalement annoncés – le 23 juillet prochain – ne correspondront pas au pire de ce qui pourrait advenir, dans la logique même de ce que devraient être des stress tests ; mais, plus prosaïquement, à ce qui pourra être financé en faveur des banques qui seront déclarées dans le besoin. Par quel moyen, c’est toute la question.

Les « mesures nécessaires » seront prises à déclaré Didier Reynders, le ministre belge des finances – l’Union européenne étant désormais sous présidence Belge – tout en reconnaissant que les modalités détaillées des tests seraient déterminées lors de la réunion de l’Ecofin en cours. Charilaos Stavrakis, son homologue chypriote, précisant qu’ «il y a plusieurs options à disposition des responsables politiques pour aider une banque en difficulté”, y compris “l’injection de fonds publics”.

Il faudra attendre pour en savoir plus, mais des rumeurs insistantes font état de la possibilité de transformer l’European Financial Stability Facility (EFSF), qui est en phase finale de montage, et dont la mission est actuellement de venir à la rescousse des Etats de la zone euro qui ne parviendraient plus à se financer sur les marchés. Il lui serait demandé d’accorder ses aides aux banques qui en auraient besoin. Cela n’ira pas sans mal pour y parvenir, si nécessaire, mais il faudra bien trouver une solution financière.

En attendant la chute de l’histoire, nous assistons à la suite de son déroulement, selon une distribution déjà rodée. L’oracle de la BCE continue d’essayer d’influer sur le cours des événements et de calmer le jeu, tout pénétré du poids supposé de ses propres mots, tandis que le FMI fait toujours entendre sa petite musique discordante, dont les Allemands, toujours aussi crispés et soumis à de fortes tensions internes, soupçonnent les Américains d’écrire la partition. Le sentiment prévaut que l’accalmie enregistrée pourrait être de courte durée, même si personne n’a de tout côté intérêt à précipiter les événements. Car rien n’est réglé, tous les problèmes sont repoussés devant.

Les banques, puisqu’il s’agit une fois de plus d’elles, porteuses du masque de la tragédie et de la comédie suivant la face qu’elles présentent, dans leur double rôle d’émetteur et d’investisseur, mettent les bouchées doubles sur le marché obligataire afin de se présenter sous leur meilleur jour au moment de leur audition, quand les petits comptes des stress tests seront arrêtés. Tout du moins celles qui sont en mesure de le faire.

Tout porte donc à croire qu’un replâtrage est en cours, qui permettra au mieux de passer l’été. Des portes de sortie sont recherchées, des mécanismes sont étudiés afin de donner au désendettement la souplesse qui lui a fait brutalement défaut. Afin de l’étaler dans le temps, sans savoir combien il en faudra.

Dans cette attente, il est avec bien du retard tenté ici et là de reprendre l’initiative dans le domaine laissé à l’initiative des Américains de la régulation financière. Y aurait-il une voie européenne de possible, qui triomphe des divisions politiques internes et du barrage des mégabanques ? Des intentions continuent d’être affichées, à propos de la taxation des transactions financières, de la réglementation des hedge funds ainsi que des produits dérivés. Deux informations permettent de relativiser ce qui apparaît plus relever d’opérations politiques que d’effectives volontés réformatrices. Seul le gouvernement allemand peut avoir une certaine crédibilité, confronté à un secteur bancaire particulièrement touché ou très actif, s’agissant de la Deutsche Bank, dans le petit monde des mégabanques.

A l’instigation d’Unicredit, la mégabanque italienne, il est actuellement tenté de mettre sur pied un fonds européen dont l’objectif serait d’éviter une taxation des banques, au prétexte qu’il permettrait de renflouer les banques en difficulté, si nécessaire. Il serait abondé par des contributions volontaires des grandes banques qui en soutiendraient la création et pourrait réunir quelques 20 milliards d’euros, ce qui ne dépassera donc pas le niveau symbolique vu les montants qui sont par ailleurs évoqués.

Alors que la Commission de Bruxelles est en train de finaliser les mesures qu’elle va proposer afin de réguler le marché des produits dérivés, dix grandes entreprises européennes viennent de rendre public un avertissement, demandant à ce qu’elles soient rééxaminées et adoucies, afin d’éviter, disent-elles, une nouvelle crise financière, contrairement à l’intention affichée de la prévenir. Parmi celles-ci, on trouve Daimler, BMW, Volkwagen, EADS, Rolls-Royce, Lufthansa, Man Group, Eon, RWE et Bayer. Un ultimatum est même sous-entendu, faisant état de possibles délocalisations d’activités de production, au cas où elles ne seraient pas entendues.

Cela rappelle très exactement ce qui s’est passé aux Etats-Unis, où ce sont des entreprises non financières qui ont été mises en avant pour réclamer une réglementation complaisante du marché des produits dérivés, au nom de leurs besoins financiers propres. Alors que ceux-ci ne seraient pas effectivement menacés par les nouvelles règles envisagées.

Entre une crise dont il faut à tout prix prolonger l’accalmie et une régulation financière qui s’annonce très incertaine, reste un petit détail à régler, qui ne suscite pas tant d’assauts d’éloquence : la relance de l’économie.

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257 réflexions sur « L’actualité de la crise: bricolages en tous genres, par François Leclerc »

    1. Nos joueurs (hexagonaux) sentant se dégrader leurs conditions de travail ,ce sont déjà mis en grève,des précurseurs…

  1. à vigneron,

    Marlowe offre un texte à la lecture et à la réflexion.
    Marlowe pense qu’il est nécessaire de dire d’où vient ce texte.
    Croyez vous que le texte, c’est à dire, les idées qui le parcourent, peuvent (les idées) être démolies pour la raison que l’auteur serait criticable ?
    Et si vous critiquez l’auteur sur sa vie et/ou sur ses actes, qu’avez vous à en dire ?
    Votre vie et vos actes valent’ils mieux ?

    Les idées appartiennent à ceux qui en font usage et les vies à ceux qui les ont vécues.

    1. Marlowe,

      Je dis que je ne juge pas de la valeur d’un texte à sa cohérence avec les actes ou non-actes de son auteur. Sinon on pourrait faire un grand feu de tristesse! Mais jusqu’à un certain point! J’imagine que vous même prenez avec de longues pinces, et une petite sur le nez, un discours de notre très Surélevé président, désormais surnommé le Roux et Combalusier des bêtes en cours…

      Sous sa pseudo-légende d’homme et de penseur libre, et de grand pourfendeur, de loin, du Stalinisme, le sieur Souvarine aura surtout fini à la botte des US et comme acteur zélé de la guerre froide en France, après avoir été un marxiste léniniste acharné et haut gradé et, accessoirement le quasi fondateur du PCF.

      On a le droit de se tromper, et même de tenter de rattraper ce que l’on considère comme des errements, mais vous avouerez que si les chants des sirènes médiatiques et culturelles avaient dû évoluer suivant les variations seyant à ses successives convictions, le free jazz et la musique sérielle intégrale n’auraient pas attendu Coleman et Stockhausen…

      Cordialement

  2. @ Paul Jorion, François Leclerc, julien Alexandre, @ tous :
    En lien avec le rayon bricolage, je souhaiterais faire suite à diverses réactions de différents intervenants concernant certaines analyses sur :
    – les moyens d’actions à repenser,
    – ‘l’intérêt’ de construire une bibliothèque ‘exotérique’ pour les participants à ce blog.

    Par exemple, le post de Charles A. qui citait le LKP, comme ‘exemple’ intéressant de ‘mobilisation’, sur lequel j’ai écris un post : http://www.pauljorion.com/blog/?p=13785#comment-95459

    Puis Marlowe (http://www.pauljorion.com/blog/?p=13785#comment-95362), Souvarine et Pablo75 sur la constitution d’une bibliothèque : ne serait-ce qu’avec les innombrables liens qui figurent dans les différents posts des différents articles, une bibliothèque, j’en suis sûr, de plusieurs milliers de références consultables pourrait être constituée.

    Et toujours, que ce soit via une bibliothèque consultable ou via des modes d’actions ‘réformées’, une action pédagogique comme base de références pour ‘agir’ sur le terrain et ‘repenser’ l’action.

    Il me semble qu’une telle action pédagogique viendrait renforcer ce blog, en permettant d’accéder à des références accessibles et constituées par les apports des participants, tout comme des modules de ‘formations’ pédagogiques sur la crise financière et d’autres sujets.
    Je sais bien qu’il existe déjà une inventaire de demain, qui est à lui seul une ressource très importante, mais elle est peu catégorisée. De même, il y a le wiki ECCE pour la Constitution pour l’Economie mais il me semble que cet espace n’a pas la même fonction.

    Je pense en particulier à des systèmes d’e-learning via internet, accessibles en licence libre et même gratuitement, que le monde éducatif utilise d’ailleurs assez souvent, avec différentes ressources d’ailleurs qui pourrait venir renforcer son utilisation :
    – wiki,
    – forum,
    – messagerie,
    – agenda/calendrier,
    – RSS,
    – ….
    Ces plates-formes d’apprentissage en ligne me semblent adaptées au fonctionnement de ce blog mais nécessitent des compétences techniques que je ne possède pas.

    Y a-t-il des personnes dans la salle qui savent comment fonctionnent ces machins ?
    Qu’en disent les premiers concernés, en premier lieu Paul Jorion ?
    Est-ce : intéressant, faisable, gérable ?

    1. Si vous lisez attentivement Marlowe, et si celui ci s’exprime clairement, c’est à dire si les mots pour le dire viennent aisément, vous comprendrez que Marlowe conçoit un blog, et internet d’une manière plus générale, comme une opportunité de rencontres, ce qui serait déjà pas mal.
      Un peu à la manière d’un journal écrit par des journalistes vraiment indépendants (!) et qui serait gratuit ou pour lesquels journalistes la rémunération du travail serait laissée au bon vouloir du lecteur qui pourrait de ce fait méler son grain de sel aux articles accessibles.

      Pour le reste, il y a des rencontres réelles et les livres dont Marlowe ne voit pas pourquoi ils devraient être toujours gratuits dans un monde où rien ne l’est.

      Il existe aussi des bibliothèques du service public.
      Profitez en pendant qu’elles existent encore.

      Je crois sincèrement qu’il ne faut pas demander plus à un lieu de réflexion qui a le mérite d’exister.

  3. Dites, vous avez remarquez ?? Le poulpe de Oberhausen s’appelle Paul, comme PJ !! C’est forcément plus qu’une coincidence…… A en lire certains on a là une figure messianique, au bas mot ! (je dis cela pour détendre l’atmosphère, car le temps est orageux et Marlowe déprime, donc pitié ne sortez pas vos bazookas).

    1. Dire que c’est l’Europe !! les SDF parisiens pourraient se la couler douce au pays où la bière est bonne et moins chère. Achetons des maisons en Irlande !

    2. Heu… Je ne voudrais pas faire mon communiste comme d’habitude, mais le nombre de maisons rien qu’en France est déjà largement suffisant pour loger tous nos SDF.

      Hhmm… destruction de maisons.
      Le symbole est fort, chez nous. Mais aux US, une maison n’est pas un foyer, elle n’est qu’un bien de spéculation.
      Mais vous remarquerez que la boucle est bouclée, chez eux : le capitalisme a besoin de destruction pour reconstruire. Gagner de la “valeur” dans tous les cas. Par n’importe quel moyen…

    3. Démolir des logements vides ils font cela surtout pour éviter que les prix ne baissent plus encore …250.000 ex immigrants (polonais, Baltes etc) ont quitté le pays(ou la construction est quasi totalement à l’arrêt)…environ 60.000 Irlandais auraient quitté leur pays vers l’Australie, le Canada,l’Afrique du Sud etc…d’autres vont le faire (voir lien plus haut),pour un pays de 4.2 millions d’habitants c’est énorme… selon certains analystes le prix de l’immo est prêt pour une autre baisse de 20 pct au moins..il faut dire qu’en 2007 Dublin était la ville la plus chère du monde(une énorme bulle s’était developpée depuis les années 1990)….elle vit actuellement en pleine déflation (salariale aussi) et avec un taux de chômage officiel de 14 pct.
      Comme quoi tous ces pseudos miracles (Irlande tigre celtique, Espagne etc)n’étaient que de vastes fraudes basées sur des subprimes à l’Européenne, des mirages…voila ou mène la concurrence fiscale et des taux de croissance artificiellements créés comme aux USA après le 11 sept 2001…
      Mais bon tout cet argent n’a surement pas été perdu pour tout le monde je suppose?

    4. L’Irlande n’est qu’un cas parmi les autres.La destruction du capital productif, mettant des millions de travailleurs dans la misère, a déjà bien commencé ici même.

      C’est le propre d’une crise capitaliste. Cette destruction est la condition d’une remontée du taux de profit et d’un redémarrage de l’accumulation.

      Nous sommes nombreux à analyser que ce n’est que le début, et que vue la dimension de la crise, amplifiée par les subterfuges financiers, et son association avec la crise écologique, elle menace l’humanité. Et appelle à agir, par tous les moyens qui seront nécessaires.

  4. Bonjour,
    Quelqu’un pourrait me dire que contiennent ces ‘crash tests” ou où trouver les examens à passer.
    J’ai cherché sans vraiment trouver les règles d’audit dont il était question.
    En 2009, Eco89 en parlait vaguement.

    1. Voir le travail remarquable de François dans plusieurs billets sur ce point. J’ai pas vu mieux. C’est fait pour ne pas être transparent…

  5. PJ est toujours un ardent défenseur de la mondialisation et de l’UE, car à son avis, le seul problème serait la spéculation (même Sarkozy semble aller dans ce sens)…. Pour lui, la fin du système, annoncée maintes fois est imminente , alors qu’une poursuite voire même un renforcement du système néolibéral n’est à mon sens pas exclue tant que les mêmes dirigeants, la mondialisation et le système néolibéral restent en place…. Conséquence : disparition des classes moyennes, chômage, désindustrialisation en Occident, inégalités, injustices, abandon des cultures locales (pays), extrémismes religieux et nationalistes…. Selon moi, Paul Jorion ne veut pas critiquer les élites de gauche, alors que la droite et la gauche sont conjointement responsables de cette crise anthropologiques car, depuis trente ans, elles ont abandonné les bases de leur idéologie respective et laissé (avec l’aide des élites américaines) s’instaurer un système dévastateur pour les populations : la réaction des peuples européens et américains ne se fera peut-être plus attendre longtemps….

  6. En effet, l’Enfoiré.
    C’est ainsi qu’on montre que l’on a toujours pas compris un principe de base.
    Les banques ont 2 à 5% de fonds propres par rapport aux montants qu’elles manipulent.
    Un “test” consisterait donc, en cas d’appel de capitaux massifs, voir si elles pourraient éventuellement répondre à la demande.
    Clairement, bien sûr : non. Pour toutes.
    Et voire même, chose amusante, les banques chinoises avec leurs 15,5% de fonds propres pourraient, en cas de gros coup dur, ne pas pouvoir répondre et faire une ch’tite sympathique banqueroute.
    Pourquoi crois-tu que les banques américaines tombent en faillite les unes après les autres..???

    Il faut parfois lire les articles de François Leclerc et se tenir au courant de certaines vérités. (vérité : mot ancien d’une langue morte et bientôt supprimé des dictionnaires de traduction)

    1. @ Le Marin
      Source please: indiquez où Paul se proclame ou révèle “ardent défenseur de la mondialisation et de l’UE”, et autres affirmations gratuites.
      Et au lieu de faire des procès d’intention, confortez la suite de vos propos sur quelques données vérifiables.

      Pour retourner aux choses sérieuses, la FED a effectivement révisé en baisse la croissance US.
      Par ailleurs, la crainte vis à vis de la Chine gagne les analystes financiers

      -4,01% pour le CAC40, -3,10% à Londres, -3,33% pour le DAX… mardi dernier, les Bourses européennes ont dévissé en choeur. Même musique sur les places américaines. A Wall Street, le Nasdaq et le Dow Jones ont également clôturé en forte baisse — enregistrant respectivement une chute de -3,85% et de -2,65%. Les Bourses asiatiques avaient préalablement donné le ton… et, vous l’aurez compris, il était plutôt à la complainte qu’à la pop music.

      Le chef d’orchestre de ce raffut financier ? La Chine. Comme le notait Mathieu Lebrun, notre spécialiste des CFD, “La révision à la baisse des prévisions de croissance en Chine en avril a littéralement fait replonger les marchés ce mardi. Pour ne rien arranger, les tensions sur le secteur bancaire — fin d’un programme de refinancement auprès de la BCE jeudi — n’ont fait qu’empirer les choses.” En effet, la situation de l’économie mondiale reste inquiétante.

      La croissance chinoise revue à la baisse pour le mois d’avril par le Conference Board — de 1,7% à 0,3% suite à une erreur comptable — a fortement exacerbé la nervosité ambiante. Sachant que nombreux sont ceux qui considèrent la Chine comme le moteur mondiale de la reprise, il n’en fallait pas plus pour déclencher l’élan de panique observé mardi sur l’ensemble des places boursières mondiales.

      Comme le confirme Jérôme Revillier, spécialiste du Forex, “les craintes d’une reprise mondiale plus lente que prévue et d’une croissance moindre en Chine a suffi à effrayer les investisseurs.” Dans les colonnes de La Quotidienne de MoneyWeek, Cécile Chevré nous tient un discours similaire : “Nous nous inquiétons de la surchauffe de son économie — en particulier du crédit. La chute de la Bourse de Shanghai (-25% depuis le début de l’année !!), est mauvais signe.”

      Tous les regards — tourmentés remplis d’espoirs — convergent donc vers l’empire du Milieu.Pour Simone Wapler, les actes de la Chine peuvent lourdement peser sur l’avenir de notre économie mondiale. Ainsi, vendredi dernier, dans les colonnes de L’Investisseur Or et Matières, elle proposait à ses lecteurs deux scénarios :

      “Tout va — comme d’habitude — dépendre de la Chine. Si elle réussit à crever sans douleur ses débuts de bulle immobilière et à maintenir un niveau de croissance solide tout s’envolera. Déjà, les salaires augmentent et le gouvernement chinois a décidé de laisser (très modestement) s’apprécier le yuan. L’inflation se réveillera. Les matières premières, l’or noir et l’or jaune en profiteront.

      Si la croissance chinoise ralentit violemment, la déflation des actifs se poursuivra. Il n’y aura plus de souscripteurs pour les futures émissions d’obligations souveraines nécessaires aux rééchelonnements des dettes… sauf les banques centrales. Ce sera la faillite des monnaies fiduciaires, dollar en tête. Ce sera la grande heure de l’or.”

      Lequel se réalisera ? Pour le moment l’énigme reste entière et dépendra des choix pris par le gouvernement chinois. A mon sens, une chose reste certaine, ne comptons pas trop sur la Chine pour relancer nos économies occidentales. Le rythme de sa croissance a été surévalué, son économie est en proie à des déséquilibres manifestes et la bulle immobilière menace… La voie du milieu ne nous mènera peut-être pas vers la prospérité…

      Source: http://www.lebilletdutrader.com/2010073513/nos_analyses/cac40-chine-shanghai/

    2. @Charles

      “Et au lieu de faire des procès d’intention, confortez la suite de vos propos sur quelques données vérifiables.”

      Ne vous en déplaise, Paul s’est prononcé plusieurs fois – notamment dans des débats en 2009, édités sur ce blog – en faveur du libre-échange au niveau mondial ; il est aussi un défenseur de l’UE (inutile de rappeler un de ses seuls invités du monde “politique”, C.Lepage, ainsi que des articles qui vont dans ce sens….). Cependant, ce que je voulais vraiment dénoncer (partie non publiée), c’est la pensée unique qui a parfois tendance à contaminer le blog et pousse à la censure de certains articles…

    3. @ Le Marin

      Pour éclairer les lecteurs : vos tentatives de sortir du cadre de « la pensée unique » s’identifient malheureusement à des apologies du racisme et des régimes d’apartheid, ce qui explique pourquoi elles n’apparaissent pas ici.

    4. charles a,

      http://www.pauljorion.com/blog/?p=13785#comment-95458

      vous voyez, ce genre de calculs macabres me font penser que vos ‘prescriptions’ nous engagent surtout à ressembler à ceux qu’elles prétendent combattre.

      même si je peux apprécier les écrits de madame lacroix-riz ou désirer l’effondrement de la forme financiarisée actuelle.

      derrière vous n’avancez pas de projet, rien de viable, rien de connu, ni de probable, et c’est bien là la force du système actuel: lui il ‘est’. et il n’est pas qu’idéologique, les intellectuels lénifiants manquent bien souvent cruellement d’instinct.
      .
      monsieur jorion, s’il n’est plus un jeune page au désir ardent d’en découdre, dans sa grande sagesse semble l’avoir compris. et pour aller dans le sens de le marin, si monsieur jorion, lumineusement, n’affiche pas trop ouvertement ses vues, je ne l’ai jamais lu critiquer pleinement à son compte mondialisation et unification européenne non plus. par contre la spéculation oui. mais je n’ai pas tout lu certes.

      quand au fait qu’il ne critique pas la gauche peut-être a-t’il compris qu’il ne sert à rien de tirer sur l’ambulance…?

      cordialement

  7. C’est parce que nous vivons l’absolutisme du capital que ce n’est plus possible. Le capitalisme à l’état absolu, la Théorie érigée en idéologie implacable, depuis l’Euro. Warrenbrouk avait fait un papier sur les petits gros, et les grands athlétiques dans l’Europe, et aussi avant l’europe. Avant l’euro, Ce n’était pas l’absolutisme du capital car l’on pouvait prendre certaines libertés avec la doctrine monétaire, mais l’erreur à été d’instaurer absolument un système absolument non viable !

    Et la complexité de notre société n’est pas évidente comme critère puisque l’Europe harmonise, donc réduit la complexité par rapport à l’état antérieur ? Est-ce que l’europe institutionnelle et économique est plus complexe que ce qu’elle a remplacée ou moins complexe… je rappelle cette discussion sur la fragilité des sociétés complexes, qui m’embrouille les idées.

  8. Une info pour évaluer la les stress-tests des banques.
    Elle est parue sur le site Romandienews.ch. Je vous la donne brute.

    (AWP/08 juillet 2010 18h11)

    “Au total, les 91 banques testées pèsent 65% du secteur bancaire de l’Union européenne.

    Ces tests, dont les résultats devraient être publiés autour du 23 juillet, sont censés rendre compte de la capacité de résistance des établissements bancaires à des conditions économiques et financières extrêmes.

    Seul bémol, les informations sur ces tests “semblent stimuler les marchés même si à aucun moment les tests ne prennent en compte la possibilité du défaut de paiement d’un Etat”, tempérait M. Hewson.”

    La dernière phrase montre que ces tests pouraient être pour le moins complaisants, pour ne pas alarmer tout le monde. C’est ce qu’ils appellent le “bémol”(sic!) des tests.

    Cela voudrait-il dire qu’ils écartent d’emblée un scénario du type Grèce?
    C’est trop réaliste?

    J’aimerais bien avoir votre interprétation de ce “bémol”, MM. François Leclerc ou Paul Jorion; ou les 2.

    1. Il a fallu que les marchés fassent pression pour que des décotes sur les obligations souveraines soient prises en considération dans les tests.

      Mais il semble, faute d’information officielle, que le taux testé soit trop faible par rapport à celui qui pourrait devoir être consenti, dans le cas de la Grèce notamment.

    1. Qu’il ait tort ou raison, ce Philipulus de 95 ans, inventeur de la mixomatose pour le lapin, n’apporte rien à ceux qui ont envie de vivre et de bien faire. Il va bientot mourir et souhaite de même à toute l’humanité, c’est pas très joli comme sentiment.
      Qu’il se taise donc.

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