Un contrat social cognitif, par zébu

Billet invité.

Suite au billet « Une civilisation cognitive », de nombreuses remarques se sont fait jour, en particulier sur la seconde partie de l’article qui se voulait prospective et qui en lieu et place d’avoir circonscrit un périmètre d’étude est directement passé à la description des fonctionnalités possibles, sans passer par la case conceptualisation, ce qui ne rend bien évidemment la lecture ni aisée ni compréhensible.

Pour rappel, le paradigme de la mécanisation apparu avec la révolution industrielle est en train de s’écrouler, de par son extension logique : produire plus, signifiant consommer plus, d’où une société de consommation ‘de masse’, consommant de plus en plus ses propres ‘éléments’.

Ainsi du travail (en particulier le salariat), base sociale de ce paradigme, mais aussi de l’argent, devenu dans une économie financiarisée et libéralisée ‘totalement’ l’élément en passe d’être le plus produit et consommé sur terre avec l’énergie, qui elle, est de moins en moins produite.

Les États, qui ont joué une fonction de cheval de Troie pour l’économie financière et jusque là garants du contrat social, se retrouvent actuellement dans une double impasse.

Impasse financière, puisqu’ils ont financé par l’emprunt le fonctionnement d’un État social déclinant (du fait de la modification de la répartition des richesses produites, au détriment du salariat) et puisqu’ils ont apporté les garanties (sonnantes et trébuchantes) nécessaires à un capitalisme financier failli.

Impasse politique car cette même dette à l’égard de créanciers privés (ceux-là même qu’ils ont ‘sauvés’) les rend dépendants des ‘marchés’, les plaçant dans une position de faiblesse politique pour agir.

En d’autres termes, les États ont été et se sont abusés, ‘à l’insu de leur plein gré’. Mais la propagande que l’on a servi pendant des dizaines d’années aux citoyens pour qu’ils continuent à ‘jouer’ aux mêmes règles du jeu n’a pas connu, elle, de failles majeures, jusqu’à ce que la Grande Crise n’émerge dès 2007 et produise la rupture que nous connaissons actuellement, rupture que l’on ne pourra ressouder par les mêmes simples emplâtres employés jusqu’ici : il n’y aura pas de retours en arrière car la crise suit sa propre dynamique.

Or, les différents mouvements de résistance face à la révolution industrielle montrent qu’un luddisme (destruction des machines), même ‘rénové’, ne permettrait guère de faire face à cette situation. De même, une révolution sans idéaux et sans paradigme risque fort d’accoucher dans ou de la terreur, ou du chaos.

Reste que certains, au sein du capitalisme ont bien analysé l’impasse en vue et ont commencé à produire une tentative de nouveau paradigme : le ‘capitalisme cognitif’. Bien que son avatar européen, la Stratégie de Lisbonne, ait été un échec dès 2004, ce paradigme là reste d’actualité car il permettrait non seulement de sauver la mise à un capitalisme empêtré dans ses contradictions mais de récupérer la dite mise pour rejouer au casino, même joueurs, cartes neuves.

Un tel ‘capitalisme cognitif’ ne serait qu’une ‘extension du domaine de la lutte’ (chère à Michel Houellebecq) au cognitif et ne résoudrait pas de toute évidence les injonctions paradoxales qu’un tel ‘paradigme’ pourrait produire : concurrence/coopération, lucrativité/gratuité, productivisme/qualité, utilitarisme/préservation, etc.

C’est pourtant ce que d’aucuns, comme Yann Moulier-Boutang dans « L’abeille et l’économiste », nous prédisent comme avenir radieux, en s’appuyant d’ailleurs … sur le capitalisme financier, celui-là même qui est la cause de nos soucis actuels !

Autant dire un retour à la case départ, en prenant plusieurs millions de milliards d’euros, une erreur de la banque en sa faveur.

Afin d’éviter ce cercle infernal, il est alors nécessaire de définir un nouveau contrat social car celui en cours ne porte plus suffisamment en lui-même, aux yeux des citoyens, de courage et de volonté politique, de confiance partagée. L’État, en particulier, a promu depuis les années 70 des politiques publiques néo-libérales, celles-là même qui ont conduit à remettre en cause la stabilité d’un système social basé sur le travail, sur lequel un certains nombre de droits sociaux se fondaient, afin de généraliser une société de chômage de masse et la financiarisation de cette société (notamment par la dette), venant à saper les pouvoirs politiques de ces mêmes États.

Or, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les États avaient basé leur légitimité sur la protection qu’ils offraient des droits sociaux naturels, que la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948 avait consacrés.

Pire, l’assujettissement de ces mêmes États aux politiques financières remet en cause les droits naturels politiques acquis depuis la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, en rendant inopérants les choix souverains opérés par les citoyens à certaines occasions, notamment en 2005 lors du Traité européen ou même en proposant de ‘constitutionnaliser’ des choix de politiques économiques relevant de cette même souveraineté populaire.

C’est donc l’ensemble des héritages politiques, en France notamment (CNR, 1936, 1789) qui sont remis en cause mais aussi les droits naturels obtenus lors de ces combats politiques : droits politiques, soumis à la prépondérance du droit à la propriété privée, droits sociaux, soumis à la prépondérance du droit du créancier sur son débiteur.

Denis Kessler, vice-président du MEDEF, n’avait-il pas écrit le 04 octobre 2007 un éditorial dans le journal ‘Challenges’ intitulé « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » et annonçant le détricotage du programme du CNR par Nicolas Sarkozy ?

C’est donc l’ensemble du contrat social qui est remis en cause, quelle que soit la philosophie du contrat social par ailleurs. Car la préservation, libérale, de Locke des droits naturels par l’État se réduit de plus en plus, par l’extension sécuritaire de l’État, à la propriété privée. Celle de Rousseau, à fortiori, de souveraineté populaire, est démontée, tant l’État est devenu une instance de représentations des intérêts individuels, à l’encontre de l’intérêt général prôné par l’auteur. Enfin, le « Léviathan » de Hobbes que les citoyens craignaient ne s’est pas révélé être celui que l’on attendait : en lieu et place de l’État, nous avons eu celui ‘des marchés’.

Il est donc temps de se remettre à l’ouvrage philosophique afin de redéfinir un nouveau contrat social, dont l’objet ne serait pas ‘que’ une ‘simple’ préservation des droits naturels définis tels qu’actuellement mais bien par l’extension de ces droits naturels, qui seuls permettront d’étendre la lutte contre les dangers qu’avaient pu déjà identifier les philosophes des Lumières, à savoir le totalitarisme, l’intérêt particulier et le non respect de la liberté individuelle.

De la même manière que ceux qui conquirent les nouveaux droits politiques sur la base des travaux réalisés pendant le Siècle des Lumières et de ceux qui conquirent les nouveaux droits sociaux sur la base des luttes sociales menées au début du 20ème siècle pour fonder ou refonder le contrat social, il est nécessaire d’étendre les droits naturels pour refonder le contrat social.

C’est à mon sens avec de nouveaux droits, cognitifs ceux-là, qu’un tel contrat social peut voir le jour. A la fois pour lutter contre ceux-là mêmes qui prétendent utiliser la cognition pour refonder le capitalisme et à la fois pour lutter contre les effets engendrés par le capitalisme.

Plus profondément même, il s’agit de lutter contre ce qui fonde le capitalisme : la machinisation, le productivisme, la concurrence, la lucrativité sans limites, l’accumulation de la propriété privée comme seul horizon et comme seul véritable droit naturel. Scientifiquement, le paradigme capitalistique se fonde aussi sur un rationalisme transformé en positivisme, alimenté par un technologisme indépassable, seul moteur apte à réaliser la nécessaire dialectique entre le savoir et la réalité.

Or, affirmer que la cognition devient la base du contrat social, c’est affirmer que la raison et la conscience ne sont pas les seules ‘capacités’ de l’être humain, que l’affect fait partie intégrante de sa dimension. C’est affirmer que le concept falacieux ‘d’Homo oeconomicus’ est et doit être limité, que la ‘science’ économique telle que conçue actuellement est et doit être limitée, que l’économie doit revenir à la place qui lui est due : un outil, non une fin en soit.

Affirmer que le contrat social est fondé sur la cognition, c’est affirmer que la concurrence seule est inapte à atteindre l’objectif de l’accès à la connaissance car cette connaissance ne peut être que partagée. C’est affirmer que la coopération peut aussi bien sinon mieux atteindre cet objectif, que le productivisme matérialiste est désormais ‘relatif’ puisque l’objet n’est pas de produire plus de biens ou de services mais bien de mieux connaître.

C’est aussi affirmer que la propriété privée ne peut pas à elle seule permettre la connaissance car elle limite de fait son développement : l’accumulation et la lucrativité ne sont que des ‘outils’, parmi d’autres, comme la circulation et la vitesse ou l’échange et le don, tout aussi sinon plus ‘performants’.

C’est enfin affirmer qu’il existe des savoirs ‘communs’, à la fois exogène et endogènes à l’être humains, conditions du développement des savoirs humains, comme l’air, l’eau, l’espace, les patrimoines génétiques et culturels, la biodiversité et la paix, savoirs irréfragables, tant collectivement qu’individuellement.

C’est affirmer que puisque chaque individu possède les capacités cognitives à sa naissance, il ne peut être dépourvu de sa souveraineté sur celles-ci, à la fois pour les reconnaître comme pour les faire reconnaître : c’est donc affirmer que la souveraineté populaire réside aussi dans une souveraineté directement gérée par ces mêmes individus en ce qui concerne ce droit naturel nouveau que serait la cognition et que la souveraineté indirecte (déléguée à des représentants) n’est pas suffisante pour éviter l’arbitraire et l’intérêt particulier.

C’est aussi se donner la possibilité de faire asseoir un système social sur une autre base que le travail tel que défini actuellement, base remise en cause de manière croissante par celui-là même qui l’instaura comme fondement social, soit le capitalisme. Les droits sociaux ne seraient donc plus assis sur le travail utilisé pour la production mais bien sur l’utilisation des savoirs dans cette production, en fonction de l’objet de la production (lucratif ou non) et de la nature de la propriété de ces savoirs (‘communs, ‘publics’ ou ‘privés’). Toute production, même (et surtout) celles n’utilisant pas ou peu le travail humain, génèrerait ainsi des ressources financières sous forme de cotisations, qui permettront de financer un autre système social, notamment par la mise en place d’un revenu universel, auquel viendrait s’adjoindre les revenus, qu’ils soient d’activités ou de remplacements. Ces mêmes ressources permettraient aussi de protéger les savoirs ‘communs’, notamment en rendant ‘visibles’ les utilisations de ces savoirs par les productions à but lucratifs et en soumettant leurs utilisations à cotisations.

Enfin, affirmer que la cognition est le fondement du contrat social, c’est affirmer que les seuls savoirs théoriques ne sont pas suffisants à définir la réalité du monde humain et que les savoir-faire, autant sinon plus que les savoirs théoriques permettent de réaliser ce qu’Hegel définissait comme la dialectique : du savoir au réel, il est nécessaire aussi de ‘faire’ pour appréhender ce réel et en retirer un savoir. C’est affirmer que ceux qui produisent sont aussi nécessaires et ‘utiles’ que ceux qui conçoivent, c’est lutter contre l’établissement d’un modèle social hiérarchique où les savoirs théoriques dominent les savoir-faire, où ‘l’éducation’ n’a plus pour objet d’apprendre à apprendre mais bien de transmettre les savoirs comme outils de pouvoir et de reproduction des hiérarchies sociales.

Le doute quant à l’évolution du capitalisme actuel se réduit de jour en jour. La mécanisation, base de son expansion, est en train de se réduire au fur et à mesure que l’environnement naturel réduit les potentialités d’exploitation et la ‘machinisation’ s’est introduite dans les différentes facettes de la vie. Les ressources naturelles étant atteintes d’entropie ou en voie de l’être, ne reste plus que les nanotechnologies (l’infiniment petit) et l’espace (l’infiniment grand) comme ‘réserves’. L’argent, quant à lui, s’est tellement démultiplié qu’il génère un autre type de risque : l’effondrement gravitationnel ou la démonétisation. Enfin, l’énergie, nécessaire au mécanisme est elle aussi atteinte de déplétion et à moins que le positivisme ne sauve encore le capitalisme par la fission (qui mettra quelques dizaines d’années à naître en tant qu’énergie stable, utilisable et ‘privatisée’), il n’y a aucun espoir de ce côté-là non plus.

Reste alors les savoirs, tant le capitalisme a besoin d’une ressource inépuisable à exploiter, sans ‘externalités’ par trop contraignantes et privatisable évidemment, grâce à une propriété intellectuelle étendue à toute ‘chose’. En clair, le cognitif reste le seul horizon, le seul ‘Far-West’ possible, lui permettant en outre d’échapper éventuellement aux lois thermodynamiques, notamment celle de l’entropie, pour produire un système ‘néguentropique’, où, enfin, l’accumulation et la lucrativité, privatisées, seront sans limite, avec des taux improbables de productivité.

En ce sens, construire un contrat social cognitif est aussi affirmer, dès maintenant, que la cognition ne sera pas la prochaine ‘frontière’ à outrepasser du capitalisme mais bien qu’elle en sera sa limite et l’instrument de son ‘containment’. Car au ‘jeu’ d’endiguement, le capitalisme joue avec les blancs, soit toujours un coup d’avance : à supposer que l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix, voir l’interdiction des taux d’intérêts pour les prêts (dans une vision utopique que ne renierait pas Thomas More) ne se mettent en place, ce sera toujours identique à ce qui se produit actuellement, soit pas assez et toujours trop tard.

Le ‘capitalisme 2.0’ sera entretemps passé à autre chose, au ‘capitalisme cognitif’. Par exemple.

C’est donc de demain qu’il s’agit mais c’est à aujourd’hui d’agir.

Pour ceux qui doutent (groupe auquel j’appartiens) de la possibilité qu’une telle ‘tectonique des plaques sociales’ rende possible l’émergence d’un tel ‘continent’, il est nécessaire de citer Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles ».

(Suivra, si nécessaire, une pompeuse et très imparfaite proposition de Déclaration des droits cognitifs de l’Homme).

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111 réflexions sur « Un contrat social cognitif, par zébu »

  1. Juste une petite remarque, je pense qu’il s’agit de l’Energie de Fusion, qu’il s’agit de stabiliser, et non de Fission ?

    1. Oui, la stabilisation dont je parlais n’est pas d’ordre physique mais bien économique et financière. Avant que de contrôler les utilisations de la fission, pas la fission elle-même (ce qui allonge les délais de livraison, donc).

  2. Bon-jour tout le monde !

    Je reste un peu… comment dire ? Non pas sceptique mais un peu hésitante quant au parallèle avec 1789. Je comprends bien qu’on espère un changement brutal, rapide en tous cas. Et les conditions sont proches de celles de l’époque en un sens. Mais je trouve encore plus de rapprochement avec une époque sans doute plus mal appréhendée (parce que moins définie dans le temps ?) : la Renaissance. En fait, c’est là que les Lumières ont pris racine.
    Le temps des hommes libéré par l’avènement de la machine (les moulins), la (re-)découverte de la Connaissance, l’Humanisme… N’est-ce pas ce qui apparait en filigrane aujourd’hui ?

  3. On parle beaucoup de la Chine sur ce blog.
    A vrai dire on y parle de bien des choses d’une manière assez théorique et sans expérience qui transparaitrait des propos tenus.

    Ayant une expérience professionnelle récente dans l’Empire du Milieu, je peux vous livrer deux conclusions toutes personnelles:
    1) tant que la Chine se borne à singer le “système” euro-américain, d’essence indo-européenne, elle n’est ni dangereuse ni très efficace quoi que certains en pensent;
    2) la Chine a réellement une culture différente (la seule authentiquement autre à ma connaissance) à apporter à l’humanité dont elle s’est éloignée au cours du XXème siècle et qu’elle trouve difficile à ré acculturer au XXIème (cf.: l’œuvre de François Jullien).

    En Chine, la sphère socio-économique est quasi totalement manipulée par le pouvoir ce qui est une tradition et aussi un mode d’expression (les oppositions s’expriment au sein de l’Administration gouvernante en comités restreints, ce qui est un des moyens de ne pas perdre la face aux yeux de tous). On peut en conclure que tout ce qui s’y passe a sa source au plus haut niveau et que le pouvoir conserve toujours au moins deux fers au feu, l’un en cas d’accentuation de la tendance émergée, l’autre pour accompagner la tendance émergeante, un peu plus quand plusieurs tendances semblent pouvoir se déployer concurremment ou non.

    @ZEBU

    Votre approche m’intéresse et me gène à la fois.
    Cette gène provient de ce que vous restez dans un cadre conceptuel strictement impliqué par la culture indo-européenne alors que, pour moi, le nouveau paradigme qu’on espère tant dans cette colonne ne saurait advenir sans la réconciliation, sûrement pas facile, des deux cultures chinoise et indo-européenne.

    1. J’ai indiqué dans un commentaire sur le billet précédent que la Chine avait été éminemment concernée par le paradigme de la cognition :
      http://www.pauljorion.com/blog/?p=14166#comment-98447
      Notamment par l’institutionnalisation du mandarinat vers la dynastie Tang, qui empêcha la circulation des connaissances : de fait, le mandarinat a un lien de cause à effet pour la ‘stagnation’ qui suivit pendant plusieurs siècles.
      Les nationalistes essayèrent de modifier le mandarinat en 1911 mais c’est surtout les maoïstes qui l’exécutèrent, avant que de revenir à une position plus ‘médiane’ quant à l’acquisition des connaissances, avec le retour de la figure du mandarin, du savant.
      A l’inverse, avec les démêlés de Google avec la Chine, on constate bien qu’un des soucis majeur de la Chine actuelle est le contrôle de la circulation de l’information, de son accès.
      A mon sens, le paradigme de la cognition peut donc être pertinent pour la Chine, comme outil de représentation et d’explication du monde, par les chinois eux-mêmes.
      Cordialement.

  4. A qui appartient la planète? Oui, à qui?
    Elle appartient à ceux qui savent – qui savent que la conquête de la Terre par la technique et l’économie n’est qu’un moment de la conquête de l’univers tout entier. La Mondialisation est une guerre pour la Vérité, qui doit être gagnée par ceux qui savent, qu’on appelle aujourd’hui les « vainqueurs cognitifs ».
    […]
    Aussi opaque que le destin dans la tragédie antique, l’évolution qui a enfanté la gestion de tout est un rouleau compresseur. Il casse, il concasse les civilisations affaiblies ou rebelles. Il aplatit le matériau humain pour en gérer les fragments.
    PIERRE LEGENDRE. Dominium Mundi.

    -De quoi souffres-tu?
    -De l’irréel intact dans le réel dévasté.
    RENÉ CHAR

  5. Bonjour.
    Le fait que nous allons etre obligé de nous recentrer sur des besoins essentiels (les 2/3 des emplois concernent des productions non liées a l’essentiel et devraient donc tendre a disparaitre , du moins se réduire), place ce débat dans un domaine d’interet assez réduit.
    On peut qd meme considérer que la rémanance moderniste nous laisse des vestiges de technologie meme dans la pénurie d’abondance . (Net , informatique …)J’ai qd meme deux remarques a formuler sur la proposition de zébu:
    -acces au cognitif
    Nous venons de quitter une periode ,inouie et a priori non reproductible , ou l’acces aux infos , au savoir, a l’éducation etait optimisé . (je parle du monde occidental bien sur). Durant un demi siecle , nous avons été un labo “in situ” de l’experience totale de l’acces a l’enseignement , aux connaissances , illimité , pratiquement gratuit etc …..
    Qu’en est il advenu ? l’optimum réalisé constaté de la démocratisation du “savoir” c’est l’ AUDIMAT !!
    A partir de maintenant on ne peut plus dire “la liberté viendra avec l’education ! on ne pourra jamais faire mieux ….

    – Contrat social .
    Ce concept est , a mon sens mal utilisé par son créateur, il me parait plus pertinent de le placer a la période de socialisation de toute espece animale .
    Un contrat est deal , un échange . On a donc échangé l’abandon de notre agressivité (L’agressivité intra-spécifique de K. LORENZ)d’animal solitaitre ….contre la protection du groupe (d’ou l’arnaque du terme “etat providence”qui est un pléonasme ).
    Le but de ce deal est évident : un “gain de productivité” …contre une perte de liberté .
    Nous ne nous en sommes pas encore remis , des millions d’années plus tard : transformer de l’agressivité inaliénable en rites socialisants hierarchisants a pris du temps .
    -Deuxieme gain dce productivité tenté récemment (avant hier) : par l’agriculture , la spécialisation , l’abandon du modèle archaique naturel parcellisé fractal en usage ds toute la galaxie pour une tentative de centralisation rationnelle …..en échec évident .
    – Zébu , nous propose un étage suplémentaire …Mais ds un contrat , un deal , il faut donner qq chose en échange…. que faut il donner en echange de la jeunesse eternelle ?…car c’est encore de Néoténie qu’il sagit .

  6. Pour faire avancer le débat, critique de ” société cognitive”, “contrat cognitif”
    Intelligence collective originelle : seulement des individus en nombre restreint sont concernés, partageant un intérêt commun. Ils visent à obtenir un collectif, entité ayant sa propre individualité . Il serait impropre de parler de cognition collective, ce qui impliquerait de gommer l’avantage des particularismes individuels.
    Les caractéristiques sont la proximité d’intérêt avec pérennité, ou selon l’espace.
    Chaque participant conserve la perception de sa position ( poste )dans le groupe et de son évolution ( effet en retour de ses actes). Il fait du groupe une lecture horizontale : il connaît chaque individualité des compagnons avec leur richesse résultant de leur opacité propre. Ce qu’on pourrait appeler intelligence téléonomique
    Il fait du collectif son projet d’activité, avec l’intelligence verticale du mouvement auquel l’individu appartient avec sentiment d’une histoire partagée , et d’un présent destin collectif. Ce qu’on pourrait appeler intelligence d’ordre téléologique? Enfin cette forme d’intelligence collective exige un même référentiel autour d’un objet collectivement poursuivi, que cet objet soit matériel ou bien symbolique. S’il est symbolique, il importe que le sens en soit clairement identifiable , c’est-à-dire avec la conscience de toutes les ambiguïtés et acceptions possibles.
    Là encore le terme d’intelligence collective semble préférable à celui de cognition, car la connaissance et la reconnaissance impliquent un corpus de conventions a priori, de règles, d’apprentissages figés qui sans aller jusqu’aux contraintes idéologiques ne prennent pas appui sur les particularismes ( ce qe ’Hegel , dans ses cours d’esthétique, nommait la « fantaisie créative »)
    Dans un processus de relocalisation de l’économie autour de réseaux AMAP ou de coopératives municipales par exemple, ou de l’organisation de travail en Fabs Labs, la risque me semble moindre autour de l’organisation de l’intelligence collective ( modèle de l’équipe sportive, du travail paysan collectif convivial lors des anciennes moissons et battages) que sur la base d’un “contrat cognitif” forcément plus contraignant.
    Pour en savoir plus, et sur l’intelligence collective pyramidale, bonne description sur le lien suivant, dont je me suis inspiré : http://www.thetransitioner.org/Intelligence_Collective_Revolution_Invisible_JFNoubel.pdf

    1. Ta proposition semble rejoindre ma conception de la dérive de l’espèce humaine au regard de l’organisation “naturelle” de tout système vivant .
      En effet, le mode “naturel” de gestion des groupes n’est jamais le gigantisme , l’hypertrophie du groupe ….mais toujours le système parcellisé , fractal , auto-organisé . Le nombre d’interaction est normalement limité par le nombre d’individu pouvant acceder aux ressources locales . Les hierarchisations et interactions des individus utilisent l’affect p intrant du système complexe de gestion

    2. Ta proposition semble rejoindre ma conception de la dérive de l’espèce humaine au regard de l’organisation “naturelle” de tout système vivant .
      En effet, le mode “naturel” de gestion des groupes n’est jamais le gigantisme , l’hypertrophie du groupe ….mais toujours le système parcellisé , fractal , auto-organisé . Le nombre d’interaction est normalement limité par le nombre d’individu pouvant acceder aux ressources locales . Les hierarchisations et interactions des individus utilisent l’affect parmi les intrants du système complexe de gestion . L’affect necessite la reconnaissance /connaissance de l’autre .
      Le système récemment (1/2 siecle ) tenté par l’espece humaine , de quitter le système parcellisé pour le système centralisé, est inoui sur la planete , et de par sa faible experience , a ^peu de chance d’etre vertueux .
      On peut remarquer des tentatives de re-parcellisation par domaines d’interet (foot, cul, religion, peche a la ligne …) . La concentration et le regroupement par centre d’interet ou communautarisme , en plus de rompre l’ “unité de lieu” , verse dans une endogamie perverse . S’ils semblent booster l’aspect cognitif , ils boostent aussi les conflits par leur absence de dilution.
      Il me semble que le système centralisé , contrairement au système fractale accroit fortement l’entropie .

  7. Suite à la question concernant la signification du mot cognitif, mis à part de dire qu’est cognitif tout ce qui s’intéresse à l’acquisition de connaissances à l’organisation des connaissances par le système nerveux central chez l’être humain ainsi que tous les autres êtres vivants dotés d’un système nerveux central, il faut indiquer que la création de ce mot était liée à une évolution de la recherche en psychologie voulant dépasser les études comportementales des activités humaines, autrement dit les études qui ont clamé que la psychologie ne devait s’intéresser qu’aux comportements, le système nerveux central et en particulier le cerveau devaient être laissés en dehors du champ de la psychologie et être considérés comme des “boites noire” dont la psychologie ne pouvait observer de manière mesurable que deux caractéristiques: d’un côté ce qui entrait dans la boite noire et de l’autre ce qui en sortait. Pendant plus d’un siècle une grande partie de la recherche en psychologie a été contrainte par cette vision mécaniste du fonctionnement de la pensée, analysant seulement ce qui entrait et sortait et en tirant des conclusions parfois efficaces dans certaines situations (Approches comportementalistes de certaines mal fonctions mentales) même si éloignées de la réalité du fonctionnement de la pensée humaine. Le fonctionnement interne du cerveau était exclu du champ des recherches. Les avancées en neuroanatomie et en neurologie, en particulier au niveau de l’imagerie médicale et des systèmes de mesure de l’activité cérébrale ont permis de faire sauter ce carcan intellectuel et de faire évoluer la psychologie vers une compréhension plus large des activités humaines par l’étude des fonctions cérébrales internes. Poussées par les progrès de l’informatique, déjà au niveau des instruments de mesure (Imagerie médicale, Scanners, IRM) mais aussi par des analogies qui pour être un peu simplistes ont permis de poser des questions nouvelles sur le traitement de l’information par le cerveau humain, une discipline nouvelle est apparue vers 1970 : les Neurosciences, et l’étude cognitiviste des fonctionnements de la pensée humaine, y incluant maintenant le fonctionnement du cerveau, ce dernier n’étant plus considéré comme une boite noire… Comme il fallait trouver un nom à cette nouvelle discipline le terme « Sciences cognitives » ou encore cognitivisme, prenant en partie ses distances avec le comportementalisme. Toutefois ce terme cognitivisme allait aussi être appliqué dans le domaine naissant de l’intelligence artificielle lors de l’analyse des formes de raisonnements propres aux experts, ce qui allait donner naissance à la branche de l’intelligence artificielle appelés « Systèmes experts » où on essayait de comprendre par quels processus cognitifs les experts arrivaient à donner des réponses lors de la solution de problèmes complexes et de le répliquer à l’aide de programmes informatiques…

    Pour ceux que ça intéresserait voici les références de deux livres reliant le cognitivisme aux fonctionnements de l’économie
    Bernard Walliser, L’économie cognitive, Odile Jacob, Paris 2000
    T. Gaudin, ” Introduction à l’économie cognitive “, Editions de l’Aube, Paris 1997

    1. On peut ajouter aux champs du mot cognitif, une vision plus vague, celle des mécanismes de la pensée. Dans le monde de la psychologie, cette conception très floue à donné lieu à une approche qui peut paraître très peu ambitieuse dans sa volonté explicative (historiquement très pragmatique).

      Elle diffère au moins de trois approches qui lui ont précédé. La psychanalyse qui construit son modèle avec de nombreux concepts et notamment la notion inconscient. Un approche “psychiatrique” qui décrit son modèle à travers l’étude des fonctionnement physique, notamment les messages chimiques dans le cerveau. L’approche comportementale qui ne décrit pas de mécanisme interne mais cherche à travers les comportements à agir sur ces mécanismes internes. Dans ces différents modèles, la pensée d’une personne n’est pas un mécanisme de base qui engendre une description psychologique, l’information se trouve hors du champ de la conscience.

      Le terme “cognitive” a été dans cette approche employé afin de donner un rôle très importante aux pensées de la personne, à ses interactions avec ses émotions et ses comportements. Le premier pas est de relier, si cela semble possible, des émotions de base (tristesse, anxiété, joie, colère, surprise) avec des pensées “générales” (par exemple colère et frustration). Il s’est agit par la suite de construire des “cas type” pour rester générique et cependant prendre en compte l’immense diversité des personnes. Malgré la simplicité de cette démarche associé à la notion de “cognitif”, celle-ci à produit de nombreuses connaissances.

  8. La première chose, je crois, c’est ETRE.

    ETRE tout simplement. Loin de tout ce qu’on attend de nous.

    Simplement être et cultiver le savoir-être.

    Tout le reste vient loin, loin derrière cela.

  9. Je n’arrive qu’avec retard dans le débat et je dois dire que je réagis au moins autant à l’impression d’ensemble que me laissent les commentaires qu’à la lettre de la contribution de Zébu.
    Impression dominante, donc : le déficit de conscience de la prégnance de nos modes d’acquisition et de communication du “savoir”. Ceux-ci semblent considérés comme universels dans la plupart des commentaires, alors qu’ils sont extrêmement contraints (et souvent sérieusement appauvris) par nos langues, nos systèmes d’écriture et de représentation, nos modes de socialisation (dont l’école), nos systèmes d’attribution de ressources et de prestige…
    Parmi les oublis les plus dommageables dans ce qui prévaut dans notre culture : ce que l’on apprend-comprend-partage par le corps et des processus non-verbaux, y compris à des niveaux conceptuels très élaborés.
    La question me paraît plus large que celle qui me semble posée : si nous voulons mener une réflexion fructueuse sur une société qui permettrait de développer plus pleinement, plus harmonieusement chez tous cette présence au monde et à autrui qu’on appelle “connaissance”, à quelle “bifurcation” faut-il remonter, quels enseignements d’autres cultures nous faudrait-il reconsidérer, quel déconditionnement devons-nous tenter ?

    1. A mon sens, concernant la civilisation ‘occidentale’, à Leonardo Da Vinci : prototype même de l’être humain. Savant, ingénieur, artiste, …
      Pour lui, la connaissance ne se résumait pas à des savoirs théoriques ou philosophiques, seulement, mais aussi à la biologie, la mise en oeuvre pratique d’engins, la production d’oeuvres d’art, etc.

      On pourra dire que Da Vinci était un génie. C’est à la fois exact et faux.

      Exact, en comparaison de son environnement car sa personnalité lui a permis de ne jamais rester ‘cloisonné’ sur telle ou telle configuration ou figure : l’artiste, le penseur, l’ingénieur, etc.

      Faux car … Da Vinci n’avait pas ce que nous avons actuellement : l’accès, même partiel et payant parfois, en tout temps et en tout lieu. Si une multitude de Da Vinci ne se sont pas fait connaître, c’est sans doute aussi que le système cognitif actuel ne le permet pas, voir, ne le tolère pas (cf. ‘applatissement scolaire’, évoqué par Paul Jorion).

      Le fait que Da Vinci n’ait pas eu de savoir universitaire est en soit révélateur. Le fait aussi qu’il ait suivi sa formation auprès de Verrocchio, véritable maître à toucher à tout (peinture, forgeron, orfèvre, sculpteur, fondeur), sans compter l’apprentissage des mathématiques le démontre : à cette époque là, les savoirs n’étaient scindés entre savoirs théoriques et savoirs-faire.
      Plus : il ne pouvait y avoir de savoirs sans savoirs-faire !!
      Impensable ‘socialement’ actuellement …

      C’est cela l’humanisme : appréhender toutes les facettes de l’homme, toutes les facettes de la création, tant intellectuellement que techniquement.
      On retrouve ce souci là avec les encyclopédistes : certains rédacteurs (parmi les 140) passèrent plusieurs mois auprès d’artisans pour pouvoir rédiger un article sur un métier artisanal !!
      Pensez-vous que l’on ferait cela aujourd’hui ? On crierait au fou !

      Cordialement.

  10. Quelques remarques sur votre nouveau texte. Remarques critiques si vous le voulez bien. J’ai bien saisi que vous le vouliez bien. Comme j’avais bien apprécié votre premier texte en ce qu’il affermissait d’autres vues exprimées sur le blog, j’avais envie encore de vous lire et de vous en dire quelques mots. Je vois bien que vous tentez de clarifier l’ensemble de vos vues mais il subsiste bien des points d’interrogations sans parler de la praticabilité à peine esquissée au cœur de votre démonstration.

    1/ Vous dites :

    “Ainsi du travail (en particulier le salariat), base sociale de ce paradigme, mais aussi de l’argent, devenu dans une économie financiarisée et libéralisée ‘totalement’ l’élément en passe d’être le plus produit et consommé sur terre avec l’énergie, qui elle, est de moins en moins produite. ”

    Vous assénez l’idée que ” l’énergie […] elle, est de moins en moins produite ” – Qu’est-ce à dire ?Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, là. D’où vient – elle si elle existe et qu’elle n’est pas « produite » – Quelle était l’ancienne énergie qui elle, était « produite » ? Si la nouvelle ne l’est pas, est -elle transformée au moins ? … ou tombe t-elle du ciel comme la manne céleste ? Il aurait fallu déplier vos vues précisément car même si votre objectif est de clarifier l’ensemble, il ne faudrait pas comme le Petit Poucet, que vous tombiez de votre poche des cailloux d’incompréhension nouvelle. Mais j’ai bien compris que le propre des « chemins qui ne mènent nulle part » sont ceux que nous devons poursuivre dans l’immédiat, sans l’aide de personne.

    2/ Vous dites :

    ” Impasse politique car cette même dette à l’égard de créanciers privés (ceux-là même qu’ils ont ‘sauvés’) les rend dépendants des ‘marchés’, les plaçant dans une position de faiblesse politique pour agir. ”

    Est-ce à dire qu’il n’y a aucun acte politique qui puisse être, au cas où il incomberait à certains d’être élus pour agir ? Que pensez vous par exemple du texte politique
    ” gouverner face aux banques ” du Parti de Gauche ? Loin de moi l’idée de réduire ce blog à une polémique stérile ou partisane, mais bien plutôt de vouloir comprendre un peu plus que je ne savais hier et sans détours vis à vis de la lucidité du jour : poser la question de la toute puissance des marchés et de la nécessité qui nous est posé d’agir face à leur empire c’est aussi refuser la condition – jamais renouvelée depuis 1933 – 1945 – de
    «  surnuméraire contemporain » des nouvelles hégémonies totales. Laisser faire les marchés financiers « se refaire » sur notre dos, c’est se sacrifier et accepter notre sacrifice. Oui, n’est -ce pas accepter dès lors et comme par avance notre condition nouvellement
    ” exterminable ” ? Oui, la question doit être à nouveau posée. Parfaitement et franchement. Après tout, ne laisse t-on pas chaque année des holocaustes de la faim se dérouler dans le monde sans qu’aucune volonté politique ne la déclare expressément “cause transnationale et universelle de première importance” . Dont acte.

    3/ Vous dites :

    Un tel ‘capitalisme cognitif’ ne serait qu’une ‘extension du domaine de la lutte’ (chère à Michel Houellebecq) au cognitif et ne résoudrait pas de toute évidence les injonctions paradoxales qu’un tel ‘paradigme’ pourrait produire : concurrence/coopération, lucrativité/gratuité, productivisme/qualité, utilitarisme/préservation, etc.

    Alors pourquoi dans ce cas là le reprendre si ce terme vous apparait inopérant et entaché de bien des retournements possibles ? Si celui-ci en effet est un terme déjà entrevue par le capitalisme financier pour accroître un nouveau cycle de puissance, pourquoi alors s’en saisir ? Je trouve que le bât blesse sur ce point car vous le déclarez disqualifié vous-même par avance et cela avant même de le reprendre à votre compte et à bon compte. N’est-ce pas contradictoire ? Et pourquoi pas me direz-vous ? Certes. Mais est -il possible d’imaginer pouvoir fonder une réflexion nouvelle en reprenant les termes et catégories des adversaires ou des ” ennemis ” ? Est-il possible d’asseoir une puissance sur un terme que l’on a soi-même déchu une phrase avant ? Je me pose la question. Ou alors je ne vous comprends plus. Ce que je veux bien croire.

    4 / Vous dites :

    ” Or, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les États avaient basé leur légitimité sur la protection qu’ils offraient des droits sociaux naturels, que la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948 avait consacrés. ” [ … ] Il est donc temps de se remettre à l’ouvrage philosophique afin de redéfinir un nouveau contrat social, dont l’objet ne serait pas ‘que’ une ‘simple’ préservation des droits naturels définis tels qu’actuellement mais bien par l’extension de ces droits naturels, qui seuls permettront d’étendre la lutte contre les dangers qu’avaient pu déjà identifier les philosophes des Lumières, à savoir le totalitarisme, l’intérêt particulier et le non respect de la liberté individuelle.

    Là je vous suis. Bien que la définition des « droits naturels » devraient être mieux explicités pour qu’on ne les confonde pas avec ceux dits «  naturels » qui fondait hier l’ aristocratie et par suite dans les idées après elle, la haute bourgeoisie avec sa reproduction sociale et le système des «  héritiers ». Au delà de cet aspect, j’ai les mêmes vues que vous. Là où le marxisme vulgaire dépréciait les «  libertés formelles » sous prétexte de les trouver hypocrites au vue de l’entière domination capitaliste de classe sur les autres, il est sans doute bien vu – après la chute du mur de Berlin ( 1989 ) et la chute de Wall Street ( 2007 ) – de reprendre cet point précis, là où il y eut un impensé de chaque côté des extrêmes . Étendre les libertés sociales, politiques, économiques et culturelles devraient être la base d’une liberté recouvrée. On pourrait même y voir ( soyons fous ) la fin du hiatus qui opposait encore hier la liberté individuelle aux libertés collectives. Mais il est vrai que c’est aller un peu vite en besogne et qu’il ne faut pas tuer l’ours quand on peut le dresser. ( ou le réimplanter dans les Pyrénées ).

    5 / vous dites :

    Affirmer que le contrat social est fondé sur la cognition, c’est affirmer que la concurrence seule est inapte à atteindre l’objectif de l’accès à la connaissance car cette connaissance ne peut être que partagée. C’est affirmer que la coopération peut aussi bien sinon mieux atteindre cet objectif, que le productivisme matérialiste est désormais ‘relatif’ puisque l’objet n’est pas de produire plus de biens ou de services mais bien de mieux connaître.

    Êtes-vous sûrs que ceux qui appellent à la concurrence ( faussement «  libre » et véritablement «  faussée » ) souhaite «  connaître » ? N’utilise t-il pas pour leur propre décuplement ce pouvoir de la connaissance pour précisément «  n ‘en rien savoir ». N’en rien savoir sur la possibilité de la coopération qui ne les enrichiraient pas autant que l’économie casino et bien évidemment n’en rien savoir sur ce qui pourrait être ce règne de la connaissance partagée sous prétexte de brevetabilité engrangeuse de dividendes neufs. Il n’y a cas voir comment les dites «  connaissances » sur les OGM, les nano-aliments, les aliments à base d’ ADN sont opaques pour avoir une bonne idée de ce qu’est la connaissance aujourd’hui. Ceux qui l’annexent, la confisquent ou la détournent pour leurs propres profits n’en veulent rien savoir sur ce que pourrait être ce règne de la «  cognition partagée ». Il faudrait dès lors proposer peut-être deux plans de la connaissance. La connaissance ouverte ou fermée. Restreinte ou partagée. Une connaissance libre et une connaissance propriétaire. Il est clair que dans un climat de concurrence acharnée, on peut se demander jusqu’à quand la connaissance sera encore en partie «  libre d’accès ». Où l’on voit se dessiner plusieurs régimes d’accès aux savoirs. Restreindre l’accès au savoir est une lutte d’avenir pour «  l’hégémonie » car elle sait bien que tant qu’elle freinera, diluera, ajournera cet accès libre à la connaissance, elle prolongera son règne de plusieurs siècles. On comprend aussi pourquoi l’abrutissement de masse ou la haine de la Princesse de Clèves est un combat essentiel pour elle et une nécessite fondamentale. Mais j’ai bien saisi que vos vues portent ailleurs et plus haut que toutes ces considérations. Pourtant il faudra dire aussi un jour au delà des vœux pieux comment il faudra s’y prendre pour ouvrir l’espace du savoir et des savoirs-faire à toute la société, à chaque citoyen, citoyennes ou résidents sur le territoire national. Il faut une stratégie et un appétit certain pour faire de la cognition le cœur de la refondation humaine et de la solidarité humanisante. Comment faire pour que l’accès à la connaissance ne soit pas lui aussi privatisé et que la connaissance ne devienne pas cette nouvelle entité privative ? Privative de liberté et d’autonomie ? Quid des personnes qui sont laissées sur le bord du chemin ? Quid de celles qui n’ont jamais eu accès à l’ Éducation ? De quelle cognition parlons-nous en définitive ? Celle validée par l ‘hégémonie économique et politique ? De toutes cognitions ? Il y a là des éclaircissements à apporter. Vous parlez d’affects aussi. Certes. Mais vous imaginez le chœur des critiques cyniques : «  ça nous fait une belle jambe ! » Vous devez éclairez là dessus.

    6/ Vous dites :

    Plus profondément même, il s’agit de lutter contre ce qui fonde le capitalisme : la machinisation ( …) / La mécanisation, base de son expansion.

    La machinisation ( mécanisation ) comme « principe fondateur » du capitalisme ou comme «  base de son expansion » ? Il faut choisir. Vous distinguiez sans doute le capitalisme antique du capitalisme moderne. Autre hypothèse en corolaire. Est-ce la technologie qui perpétue le système ou est-ce celle-ci qui va le dissoudre dans une nouvelle forme économique et sociale à plus ou moins long terme ? Votre fascination critique pour les « Luddites » doit être explicité par rapport à cette possibilité là, sinon on ne comprend pas bien ce qu’ils viennent faire dans le tableau. Y – a t-il des nouveau Luddites aujourd’hui ? Si c’est le cas il faudrait aussi en dire un mot. Des nouveaux, pas seulement des anciens. Mais on peut à l’inverse de cette hypothèse ( détruire les machines modernes pour retrouver la liberté d’exister par le travail personnalisé ) penser que la technologie, la connaissance peut être l’élément de l’expiration du capitalisme tardif ( financier ) dans une extase nouvelle : la cognition ouverte et partagée. Avec les fruits qui vont avec. La dignité en premier lieu. C’est votre objet principal. A moins évidemment que précisément cette financiarisation outrancière ne soit les signes avant – coureurs du décalage abyssale entre les objets de la connaissance et les dits «  sujets connaissants ». On a plutôt envie de dire aujourd’hui que les sujets soi disants « connaissants » – les experts en expertises – semblent plutôt vouloir ne rien en savoir. Je veux parler de la réalité. On pourrait rapprocher d’ailleurs les élites de certaines bases moyennes ou populaires qui n’en veulent rien savoir tout autant. Comme s’il y avait un déficit du «  vouloir », du désir de connaître. Vaste sujet d’interrogations…Le « progrès » est passé par là avec son cortège parallèle de périodes de régressions inouïes et de destructions fantastiques. Mais alors sur quelle nouvelle bases sociales refonder la connaissance ? Adossée au marché celle-ci tend à se privatiser et à devenir complètement opaque pour le commun des mortels. Ses spécialisations exponentielles n’ agrandissent – elle pas l’écart entre les connaissants et les autres, toujours plus ignorants ? Comment faire en sorte qu’il y ait partage et distribution plus étendue des connaissances ainsi que des responsabilités afférentes ?

    7 / Vous dites :

    « En ce sens, construire un contrat social cognitif est aussi affirmer, dès maintenant, que la cognition ne sera pas la prochaine ‘frontière’ à outrepasser du capitalisme mais bien qu’elle en sera sa limite et l’instrument de son ‘containment’.

    Vous venez de définir le cœur de votre réflexion. La cognition comme «  containment ». Voilà une première définition à relever. Elle est claire. Une puissance nécessaire qui contiendrait le capitalisme à outrepasser ses « frontières » du jour. Est ce possible ? Le capitalisme n’est – il pas défini comme la puissance du capital accumulé qui n’a plus aucune frontière ? Et que rien ne peut contenir ? Il y a là beaucoup trop d’interrogations qui surgissent. Comment la connaissance pourrait -elle contenir un système qui la promeut et l’instrumentalise afin que son empire ne finisse jamais ? Voilà un motif à penser sérieusement. La connaissance comme effet de système ou comme palliatif à ses maux toujours plus grands ? Vos réflexions sur les frontières du microscopiques ( nano- technologies ) et macroscopiques ( conquêtes & recherches spatiales ) que le capitalisme dans sa volonté d’expropriation sans borne tente déjà de vouloir annexer n’invalident -elles pas vos vues sur la question ? En d’autres termes qu’elle est le régime qui fonde la connaissance sous le capitalisme tardif ? Une recherche d’accumulation effréné de capital ou de connaissances ? Les deux mon capitaine. Bien. Pour l’augmentation du taux de profit à un bout et la paupérisation à l’autre bout de la chaine ? Mais qu’en est – il à l’heure où la démonétisation se profile ? En est -il de même pour la connaissance ? Se démonétise t-elle aussi ? A l’heure où on a enfourné dans les locomotives du capital des tombereaux de dollars, d’euros et de yen et qu’on en a reporté le poids de la dette sur le dos des populations qu’en est -il de la connaissance sur ce sujet et son refus par tous ? La connaissance comme dette ? Envers qui ? Envers quoi désormais ? Les populations futures sacrifiées pour des décennies ? N’ y a t-il pas là un grand vase communicant, entre les populations sacrifiées et la privatisation des connaissances ? N’ y a t-il pas là le signe évident d’une formidable régression qui à nouveau ruine l’idée humaniste du savoir héritée de la Renaissance ? Et celle qui en 1945 s’était juré d’en partager tous les fruits ?

    8 / Vous dites :

    « Reste alors les savoirs, tant le capitalisme a besoin d’une ressource inépuisable à exploiter, sans ‘externalités’ par trop contraignantes et privatisable évidemment, grâce à une propriété intellectuelle étendue à toute ‘chose’. En clair, le cognitif reste le seul horizon, le seul ‘Far-West’ possible, lui permettant en outre d’échapper éventuellement aux lois thermodynamiques, notamment celle de l’entropie, pour produire un système ‘néguentropique’, où, enfin, l’accumulation et la lucrativité, privatisées, seront sans limite, avec des taux improbables de productivité. »

    N’en sommes-nous pas effectivement là ? La brevetabilité du vivant n’est elle pas une nouvelle frontière largement dépassée par le capitalisme contemporain ? Auquel cas cette idée serait en contradiction avec ce que vous disiez auparavant. Les frontières sont belles et bien dépassées et la connaissance est le véhicule non pas du progrès mais du dépassement des frontières par le capital en vue de son accumulation. La Brevetabilité ici, voulant bien dire la «  privatisation du vivant à but lucratif ». Qu’est-ce à dire ? N’est-ce pas là le bout du bout de l’expropriation définitive et totale de l’homme ? Devenons-nous à la fois des surnuméraires, des ” inutiles ” au vu de la force de travail inemployable et en plus et de fait, des désindividualisés par le capital en tant que source de profit potentiel :
    «  brevetable ». L’humain comme force de brevetabilité vivante ? Passage du règne du travail en tant que force à celui de corps brevetable ? Jetable ? Recyclable ? Qu’est-ce à dire ?

    9 / Vous dites :

    C’est aussi se donner la possibilité de faire asseoir un système social sur une autre base que le travail tel que défini actuellement, base remise en cause de manière croissante par celui-là même qui l’instaura comme fondement social, soit le capitalisme. Les droits sociaux ne seraient donc plus assis sur le travail utilisé pour la production mais bien sur l’utilisation des savoirs dans cette production, en fonction de l’objet de la production (lucratif ou non) et de la nature de la propriété de ces savoirs (‘communs, ‘publics’ ou ‘privés’). Toute production, même (et surtout) celles n’utilisant pas ou peu le travail humain, génèrerait ainsi des ressources financières sous forme de cotisations, qui permettront de financer un autre système social, notamment par la mise en place d’un revenu universel, auquel viendrait s’adjoindre les revenus, qu’ils soient d’activités ou de remplacements. Ces mêmes ressources permettraient aussi de protéger les savoirs ‘communs’, notamment en rendant ‘visibles’ les utilisations de ces savoirs par les productions à but lucratifs et en soumettant leurs utilisations à cotisations

    Là est le cœur de votre démonstration. Il faudrait que vous vous concentriez plutôt sur lui plutôt que de diluer votre propos dans des considérations annexes. Permettez moi d’insister. Cette idée est le moteur de votre analyse. Vous devriez en faire le motif essentiel de votre démonstration. C’est le plus important. On pense tout de suite aux nouvelles machines qui ont remplacé les hommes depuis plus de trente ans. Mais il est vrai que ça ne date pas d’hier et que c’est la dynamique du capitalisme moderne. Pour accroitre les performances et le taux de profit, la rationalisation des entreprises actionnariales a été décisive. Moins de salariés pour plus de machines. Les machines entendues comme support effectif de cognition ( celle qui les a rendu possible ) et … d’exclusion humaine ( on sacrifie des humains en plus grande quantité sur l’autel de la cognition performative ( technologie ) . Une cognition de l’exclusion. Ça fait réfléchir. Comment dès lors passer d’un empire de la cognition restreinte ( l’accès à la connaissance exclusivement donné aux héritiers ou aux acteurs de plus en plus raréfiés de la reproduction sociale des élites hégémoniques ) à la puissance de la cognition partagée ? Comment passer de l’empire de la cognition d’exclusion à la puissance de la cognition qui fédère ( formation professionnelle gratuite et renouvelable pour tous à n’importe quel moment de la vie professionnelle ) ? Comment porter le poids des dépenses sociales non plus sur le travail ( raréfié entre autre du fait des machines ) mais sur la connaissance ?
    Qu’est-ce à dire ? Il vous faudrait mieux encore développer vos idées :
    «  Les droits sociaux ne seraient donc plus assis sur le travail utilisé pour la production mais bien sur l’utilisation des savoirs lors de cette production, en fonction de l’objet de la production (lucratif ou non) et de la nature de la propriété de ces savoirs (‘communs, ‘publics’ ou ‘privés’) »… A suivre.

    10 / Vous dites :

    « Enfin, affirmer que la cognition est le fondement du contrat social, c’est affirmer que les seuls savoirs théoriques ne sont pas suffisants à définir la réalité du monde humain et que les savoir-faire, autant sinon plus que les savoirs théoriques permettent de réaliser ce qu’Hegel définissait comme la dialectique : du savoir au réel, il est nécessaire aussi de ‘faire’ pour appréhender ce réel et en retirer un savoir. C’est affirmer que ceux qui produisent sont aussi nécessaires et ‘utiles’ que ceux qui conçoivent, c’est lutter contre l’établissement d’un modèle social hiérarchique où les savoirs théoriques dominent les savoir-faire, où ‘l’éducation’ n’a plus pour objet d’apprendre à apprendre mais bien de transmettre les savoirs comme outils de pouvoir et de reproduction des hiérarchies sociales. »

    Certes Mais pour porter cela il faut une puissance au minimum correspondante à la puissance contraire sinon plus forte. Cela fait des décennies que l’on dit ça et rien n’est fait parce que personne ne veut en politique affirmer dans la loi ce qui devrait l’être. A l’heure du précariat généralisé n’est-ce pas être hélas en retard sur l’évènement ? L’heure est elle à ces considérations là tandis que les salaires globaux ne sont pas augmenté de 20 %, comme même les dirigeants de Natixis le réclament . On dit depuis des lustres qu’il y a égalité en droit entre l’homme et la femme alors que le premier est payé 28 % de plus que la seconde. Tout cela continue imperturbablement comme si de rien n’était et que personne ne voulait non plus rien en savoir. On se paie de mots. Un règne d’illusion trompeur où les idées généreuses des textes pallient imaginairement aux réalités concrètes indécrottables. Comment ne pas envisager effectivement un vaste courant d’opinions contraires à ce que l’on voit se généraliser : à savoir une pente générale vers la régression ? Quid dans votre démonstration de ceux qui selon les termes du débat n’ont jamais eu accès à l’Éducation ? Je le répète c’est important. Quid de ceux qui ne sont plus ni producteur ( chômeurs ) ni porteur d’un savoir ou d’un savoir -faire monnayable ? J’ai à moitié saisi comment vous comptiez définir les sujets doués de cognition ou de l’usage que les entreprises font ou ne font pas de celle -ci . Sujet hautement délicat puisqu’il est question d’asseoir les cotisations sur l’utilisation des connaissances et non plus sur l’utilisation du travail du fait de sa raréfaction. Aux dernières nouvelle et du fait de la crise financière, il y a 20 % de chômeurs en Espagne. 20 % !!! Il y a des hommes et des femmes sous ces chiffres ! Et ce n’est pas fini. Il est temps effectivement de reposer les problèmes sur de nouvelles bases sociales et anthropologiques.

    11 / Je me permets de dire :

    Au vu de ces chiffres : 20 % de chômage en Espagne, ne pourrions-nous pas partir de cette réalité là pour imaginer d’autres vues ? Plutôt que d’asseoir la solidarité sociale sur l’ usage des savoirs que les entreprises en font ( même si je trouve l’idée hautement intéressante et que j’attends de vous d’autres éclaircissements ) ne pourrions-nous pas plus justement encore l’adosser sur l’ annulation du travail qu’occasionne ce système financiaro- hyper-technologique qui précisément «  n’en veut rien savoir » de ce coût humain à mesure qu’il s’amplifie et annexe toute les dimensions de l’existence ; fait comme si ce coût n’existait pas ou comme s’il venait du ciel comme le vent ou la pluie ? Pourquoi ne pas prendre en compte précisément le vide occasionné et les souffrances créées pour ajuster l’impôt sur les sociétés ? Imaginer une variable d’ajustement imposable globale sur le manque de travail généralisée ? Baser l’impôt des sociétés précisément sur la raréfaction du travail ( temps partiel ) , le manque de travail
    ( chômâge ) , sur la destruction et l’expropriation des savoirs et des savoirs-faire
    ( délocalisation ) . Taxer le vide plutôt que le plein. Taxer les entreprises au prorata du taux de chômage du pays concerné. Selon diverses variables connexes selon la taille de l’entreprise et les filiales à l’extérieur. Plus elles ont de filiales et plus celles-ci seraient taxées ( on sait que celles -ci échappent en grande partie à l’imposition du fait de leurs filiales à l’étranger ) – Plus elles seraient grosses et plus elles participeraient à la solidarité sociale en prenant en compte le chiffre national du chômage en cours. Plus le chômage baisse, plus la variable serait ajustée à la baisse. Plus il augmente plus elles seraient sollicitées. Ce ne serait plus sur le travail que la solidarité serait alors adossée mais sur son manque et son annulation programmé. N’est-ce pas après tout ce qui nous arrive à nous simple citoyen qui n’ont comme force de travail que nos bras cognitifs ? N’est-ce pas à nous que l’on fait porter quasiment toute la charge ? N’ y aurait-il pas là une vertu à taxer ce qui tue ( le manque de travail ) plutôt que de taxer ce qui crée (le capital cognitif ) ? On me dira que cela fera fuir les entreprises. Pas celles qui embauchent et créent précisément les ressources cognitives nécessaires à leur responsabilités sociales et à leur développement nécessaire. ( C’est là que des idées en quelque sorte peuvent se rejoindre ) – Plus elles seraient vertueuses et moins elles seraient imposables jusqu’à un seuil limite infranchissable, il va sans dire . Il y aurait tout un système de palliers vertueux de 1 à 30 par exemple. Des tranches d’imposition qui prendraient aussi le taux de machines expropriantes de main d’œuvre humaines. Toutes sortes de coefficients justifiés : La parité des salaires entre hommes et femmes, la représentation salariale, la qualité sociale ou pas de l’entreprise, le taux d’emploi des jeunes, les critères de qualité environnementale, le taux d’accident du travail etc… ? Mais je vois bien en disant cela que c’est l’idée même de responsabilité et de propriété qui est ici à redéfinir, à redéplier et à redéployer. Il faudra une force politique en face, toute faite de persuasion et de volonté. Ainsi plus les entreprises embaucheraient ou respecterait les normes en question et moins elles seraient taxées selon un coefficient équilibré de soutenabilité bien évidement ( je ne suis pas complètement fou ). Ce n’est pas le pléthorique abscons et insoutenable qui est visé là, mais la conscience d’une nécessaire redéfinition de la propriété entrepreneuriale. Trouver les termes d’une redéfinition du «  Progrès » qui ne soit plus celui de la seule profitabilité restreinte et unidimensionnelle de l’actionnariat privé. Les banques au vu de la crise passeraient largement à la caisse. Comme en Hongrie. Comment insuffler un nouvel esprit de responsabilité sans coercition positive ? N’est-ce pas ce qu’il se passe avec les lois pour chacun d’entre nous ? Ne sont – elles pas là précisément pour donner une marche à suivre plus ou moins relative selon les époques, certes, mais pourtant sans détours lorsqu’elle s’abattent sur les contrevenants ? Pourquoi l’entreprise échapperait -elle à un même régime de responsabilité ? BP n’a t-il que ses actionnaires à ménager ou cette entreprise qui a tué 11 salariés, en ne respectant pas les normes de sécurité pour faire des économies, qui gâche l’énergie fossile dans le golfe du Mexique, qui ruine les écosystèmes et les salariés américains du littoral, a t-elle d’autres responsabilités immédiates ? Élargir l’assiette des responsabilités selon plusieurs dimensions liées à la réalité contemporaine telle qu’elle est et non pas telle que certains font semblant de ne pas la voir et qui ne fait qu’ accumuler les nuées au dessus de nos têtes, est une piste à creuser. Où va-t on me dira t-on ? Oui où va t-on depuis 2007 et la chute de Wall Street ? Je vous le demande aussi. Vers la politique de rigueur, c’est à dire la récupération du taux de profit par les élites de l’ hégémonie économique qui n’acceptent pas d’avoir joué à l’économie casino – leur propre jeu défini par leurs propres règles – et d’avoir énormément perdu. Quitte à ruiner par la même occasion les États et leurs populations. Ainsi soit-il ? Est-ce à nous de payer leur addictions pathologiques ? Ad vitam aeternam ? De payer deux fois leurs dettes incommensurables ?

    Merci de m’avoir lu – Bonne continuation à vous.

    1. Ouch …
      H2, vous êtes chirurgien ou quoi . 😉

      Je vais essayer de vous répondre, le plus brièvement possible.

      1/ » l’énergie […] elle, est de moins en moins produite » : dans le sens où elle est de plus en plus consommée et que le pic de consommation est déjà atteint pour certaines sources d’énergie, comme le pétrole. C’est une des données concernant le capitalisme : tant que l’énergie pouvait être produite plus facilement que consommée, l’expansion restait de mise. Actuellement, c’est l’inverse et le nucléaire ne semble pas apporter de réponse (à court terme) quant à cette inversion.

      2/ » Impasse politique car cette même dette à l’égard de créanciers privés (ceux-là même qu’ils ont ‘sauvés’) les rend dépendants des ‘marchés’, les plaçant dans une position de faiblesse politique pour agir. » : à mon sens, gouverner ‘face’ aux banques n’a pas de sens. Soit il faut gouverner les banques, soit proposer autre chose. Oui, l’acte politique reste souverain, irrémédiablement. Mais il reste actuellement otage du piège qu’il a lui même contribué à construire et otage de lui-même : la représentation de la souveraineté a atteint ses limites, en particulier face à la puissance financière. Reste la possibilité de la souveraineté populaire direct, partiellement (ce que je pense) ou totalement au sein d’un système démocratique, pour modifier cet ‘état’, état qui n’est que factuel.

      3/ Un tel ‘capitalisme cognitif’ ne serait qu’une ‘extension du domaine de la lutte’ (chère à Michel Houellebecq) au cognitif et ne résoudrait pas de toute évidence les injonctions paradoxales qu’un tel ‘paradigme’ pourrait produire : concurrence/coopération, lucrativité/gratuité, productivisme/qualité, utilitarisme/préservation, etc. : le terme ‘cogniif’ n’est pas ‘entaché’ en lui-même, c’est l’adjonction du terme ‘capitalisme’ qui le rend inopérant (un oxymore, en quelque sorte). C’est d’ailleurs souvent la stratégie du capitalisme que d’opérer une ‘OPA’ sur des concepts qui peuvent le mettre en danger et de l’associer à lui (exemples : ‘capitalisme social’, ‘capitalisme régulé’, …).

      4 / » Il est donc temps de se remettre à l’ouvrage philosophique afin de redéfinir un nouveau contrat social, dont l’objet ne serait pas ‘que’ une ‘simple’ préservation des droits naturels définis tels qu’actuellement mais bien par l’extension de ces droits naturels, qui seuls permettront d’étendre la lutte contre les dangers qu’avaient pu déjà identifier les philosophes des Lumières, à savoir le totalitarisme, l’intérêt particulier et le non respect de la liberté individuelle” :
      Etendre les droits naturels en y intégrant ce que j’appelais les droits cognitifs permettrait aussi d’y modifier la notion, centrale, de propriété privée. En intégrant le cognition comme droit, on modifie aussi la propriété privée intellectuelle et par suite, la propriété privée tout court. Or, la propriété privée, non pas des moyens de production comme pensait le matérialisme historique de Marx mais bien de la connaissance est LA source de pérennisation du capitalisme : d’où les batailles phénoménales, en coulisses, sur la propriété intellectuelle. Dès lors où la propriété privée n’est plus la seule définition donnée de la propriété mais que s’y adjoignent les notions de propriété publique et de propriété commune, la propriété privée ne peut plus être le moteur, la ressource en droit naturel du capitalisme pour faire primer sa supériorité, en s’appuyant sur … la propriété privée, droit naturel, de tous mais utilisée au profit de certains de fait.

      5 / Affirmer que le contrat social est fondé sur la cognition, c’est affirmer que la concurrence seule est inapte à atteindre l’objectif de l’accès à la connaissance car cette connaissance ne peut être que partagée. C’est affirmer que la coopération peut aussi bien sinon mieux atteindre cet objectif, que le productivisme matérialiste est désormais ‘relatif’ puisque l’objet n’est pas de produire plus de biens ou de services mais bien de mieux connaître. : c’est pour cela qui est nécessaire de redéfinir le droit naturel de la propriété, en y adjoignant d’autres droits de propriété, public et commun. Et affirmer en préambule, en article 1, que tout individu a accès librement et gratuitement aux savoirs, seul la nature de la propriété pouvant restreindre cet accès, et sous conditions d’une définition par la loi dans ce cas. Dans le cas inverse, toute restriction, même fondée sur la loi, est illégale car le droit naturel prime le droit positif.

      6/ Plus profondément même, il s’agit de lutter contre ce qui fonde le capitalisme : la machinisation ( …) / La mécanisation, base de son expansion. : les deux. A la fois principe (paradigme) et moteur de développement. Quant à un ‘nouveau’ luddisme, on pourrait peut-être voir dans les actions d’ouvriers d’usines menaçant de tout faire sauter un nouveau luddisme, plus radical car portant sur l’ensemble de l’outil de production, y compris l’immobilier et le foncier, sans compter le cognitif inscrit dans les systèmes informatiques. A l’inverse et pour éviter cela, il doit y avoir partage des savoirs (ce dont le capitalisme évidemment ne souhaite pas) à partir du droit naturel à l’accès aux savoirs.

      7 / « En ce sens, construire un contrat social cognitif est aussi affirmer, dès maintenant, que la cognition ne sera pas la prochaine ‘frontière’ à outrepasser du capitalisme mais bien qu’elle en sera sa limite et l’instrument de son ‘containment’. : c’est effectivement possible à mon sens. Que le capitalisme utilise la connaissance pour tendre son ’empire’, c’est certain mais il le ait d’une certaine manière : par la propriété privée. Renversez la perspective, en redéfinissant la propriété privée, au sein d’une définition globale de ce qu’est la propriété, vous obtenez alors un renversement de situation : dès lors où la propriété prédominante devient la propriété commune, inaliénable, le capitalisme ne peut qu’être endigué.

      8 / Vous dites : « Reste alors les savoirs, tant le capitalisme a besoin d’une ressource inépuisable à exploiter, sans ‘externalités’ par trop contraignantes et privatisable évidemment, grâce à une propriété intellectuelle étendue à toute ‘chose’. En clair, le cognitif reste le seul horizon, le seul ‘Far-West’ possible, lui permettant en outre d’échapper éventuellement aux lois thermodynamiques, notamment celle de l’entropie, pour produire un système ‘néguentropique’, où, enfin, l’accumulation et la lucrativité, privatisées, seront sans limite, avec des taux improbables de productivité. » : on en est là, effectivement. Le capitalisme va jusqu’au bout de la logique d’exploitation : tout l’Homme y passera, toutes ses ressources, en particulier ‘privées’ (génomes, affects, etc.). D’où l’urgence de préserver le cognitif de cette utilisation et de cette privatisation.

      9 / “Toute production, même (et surtout) celles n’utilisant pas ou peu le travail humain, génèrerait ainsi des ressources financières sous forme de cotisations, qui permettront de financer un autre système social, notamment par la mise en place d’un revenu universel, auquel viendrait s’adjoindre les revenus, qu’ils soient d’activités ou de remplacements. Ces mêmes ressources permettraient aussi de protéger les savoirs ‘communs’, notamment en rendant ‘visibles’ les utilisations de ces savoirs par les productions à but lucratifs et en soumettant leurs utilisations à cotisations” : C’est exact, c’est le coeur non pas du concept mais bien du moteur. Car sans reconfiguration, inscrite dans les droits naturels (afin de les préserver eux aussi de modifications futures), du financement ou des cotisations, il n’y a pas de système de sécurité sociale ni de sécurité de la cognition : sans cotisations sociales, la sécurité sociale n’existe pas ou peu (exemple dans le système anglo-saxon, où ce sont les impôts qui financent le système, avec le résultat observable). En fait, les développements sont intégrés précisément dans une ‘déclaration des droits de la cognition’, que je n’ai pas transmise (au vu des réactions, je crains que ce ne soit superfétatoire).

      10 / «C’est affirmer que ceux qui produisent sont aussi nécessaires et ‘utiles’ que ceux qui conçoivent, c’est lutter contre l’établissement d’un modèle social hiérarchique où les savoirs théoriques dominent les savoir-faire, où ‘l’éducation’ n’a plus pour objet d’apprendre à apprendre mais bien de transmettre les savoirs comme outils de pouvoir et de reproduction des hiérarchies sociales. » : c’est une des bases du contrat social cognitif. Le savoir-faire DOIT être valider, car toute entreprise qui utilise des savoirs a tout intérêt à ce que la part es savoirs communs ou publics soit la plus restreinte possible, le taux des cotisations étant adapté au regard de cet objectif, donc de valoriser les savoirs privés, notamment les savoirs-faire de ses employés. Or, si les savoirs-faire sont ainsi valorisés dans le process de production (optimisation fiscale), cela permet de revaloriser les rémunérations des ‘opérateurs’, notamment manuels. Plus globalement, le système éducatif n’étant plus qu’un système pédagogique (apprendre à apprendre), ceux qui possèderont moins de savoirs théoriques sortiront en premiers du système pédagogique initial, pour développer des savoirs-faire, savoirs-faire qui sont plus ‘utiles’ aux entreprises fiscalement que des connaissances théoriques de propriété commune ou publique. Quant à ceux qui ne ‘produisent’ rien, leur savoir-faire peut-être reconnu et valider sur d’autres configurations que la figure du demandeur d’emploi : bénévoles par exemple mais aussi des savoirs-faire non validés encore (exemple : partage des savoirs-faire pour auto-construire sa propre maison). Sans compter que le revenu universel vient remettre une perspective complètement différente en termes de rémunérations.

      11 / “Taxer le vide plutôt que le plein. Taxer les entreprises au prorata du taux de chômage du pays concerné.” : votre idée rejoint la question des externalités, que le capitalisme n’a de cesse et d’engendrer et de refuser d’assumer le coût.
      La question est effectivement du comment identifier les externalités et comment opérer une taxation sur cette base. Compliqué, à mon sens : c’est notamment toute la difficulté, en dehors du principe pollueur/payeur, d’une éco-taxe. De fait, il serait plus sain d’éviter de produire des externalités. Ainsi, afin d’éviter de payer des cotisations plus importantes sur un process de production n’utilisant que des savoirs communs, en particulier se basant sur la mécanisation, on valorise la reconnaissance des savoirs-faire et on réduit le productivisme, ainsi que certaines externalités. A l’inverse, utiliser un savoir ou des biens communs est plus taxé. De même, les cotisations sociales pourraient être progressives, comme l’impôt sur le revenu, au regard de l’utilisation des savoirs dans le process de production et du type de savoirs utilisés. Les cotisations pourraient aussi être progressive, sur le chiffre d’affaire, en fonction du rapport nombre d’employés / chiffre d’affaire : plus le rapport est faible et plus les taux de cotisations seront élevées. Ceci est d’ailleurs, sans même parler de cognition, ‘réalisable’ dès demain, sur des bases définies par la loi : type de poste (CCD, CDI, …), ancienneté, nombre d’employés > 50 ans, etc.
      Actuellement, les cotisations ne sont basées QUE sur la masse salariale. Point. Ce qui me fait dire que c’est donner un bâton pour se faire battre : l’égalité de traitement de situations inégales, ça suffit !! Quand le secteur financier en aura marre de payer des cotisations à maxima parce qu’il produit énormément de CA et emploie peu (au regard du CA), les choses commenceront à bouger.

      Ouf …

      Bonne lecture.
      Cordialement.

  11. Zébu me semble revêtir un habit déjà porté,dans les années 70 par un certain Henri Laborit.
    On retrouve dans cette analyse,les termes chers à Laborit,médecin chercheur à qui l’on doit entre autre les anesthésiants modernes et autres psychotropes.Chercheurs en biologie et comportementaliste.

    http://lionel.mesnard.free.fr/le%20site/henri-laborit.html

    Un grand parmi les grands ,nié par cette médecine officielle pharmaco-chimique qui ne roule que pour ses propres intérêts financiers et alus du tout pour l’intérêt de ses patients,mais c’est un autre sujet…

    Ces temps de crises ne seraient ils pas propice à “l’éloge de la fuite”….

    1. Des habits trop vastes, des habits méconnus mais des habits de lumière apparemment.
      Je vais essayer de l’approcher. Merci pour le lien.

  12. Merci à Paul Trehin de nous donner en référence le livre de T. Gaudin.
    jJe ne découvre cette référence donc que presque en fin de tous les commentaires, alors qu’il faudrait commencerpar lire au moins le condensé qui en est donné sur le lien suivant:
    http://www.2100.org/text_ecocognitive.html
    où le rôle de l’activité cognitive partagée apparait comme ouverture à une nouvelle utopie concrète.
    Pour avancer dans la démarche proposée par Paul Jorion , il nous faut faire l’effort d’un échange de nos sources,et d’un rélexion collective véritable plutôt que d’échanger des points de vue en discutant. Soit un véritable travail “ésotérique”, c’est à dire entre “amis inconnus” disposés à changer leur comportement cognitif: tout le contraire d’une secte car toute personne est admise pourvue qu’elle soit respectueuse de l’autre ( celui qui n’est pas moi, que je ne reconnais pas comme ipséité)

  13. Toutes mes excuses. Mais il ya tellement à liresur ce blog!
    Encore une mise au point sur mon questionnement:
    Vous avez répondu à un commentaire, je cite:
    « la propriété privée, non pas des moyens de production comme pensait le matérialisme historique de Marx mais bien de la connaissance est LA source de pérennisation du capitalisme : d’où les batailles phénoménales, en coulisses, sur la propriété intellectuelle. »
    D’accord sur la pertinence actuellement de poser ce problème de la propriété intellectuelle.
    Vous sous-entendez une certaine forme de reconsidération de la critique marxienne qui mériterait un long développement. Il me semble ( je n’ai pas l’étoffe de faire plus que de poser la question) que les moyens de productions sont à inclure dans un processus de connaissance ! Dès lors qu’on pose le Cognitif comme nouveau Paradigme ? Pas pour Marx à son époque, malgré sa volonté de penser les contradictions dialectiques, mais qui ne disposait pas des connaissances moins réductrices actuelles sur les liens entre « esprit »supposé penser et “corps” percevant, ressentant, agissant. Au XIX eme siècle il n’était pas envisageable de distinguer entre l’idée de connaître et l’apprentissage cognitif . Le savoir-faire technique, les aspects non-verbaux dans la création (dessiner, sculpter, et même écrire…) ne sont pas ( plus comme au XIXème siècle) à exclure d’un processus complet de l’activité cognitive. C’est bien pourquoi, tout en partageant la plupart de vos analyses, je crains que donner un champ d’application aussi large au terme « cognitif » ne soit source de bien des malentendus. Il faudrait un nouveau billet pour situer les choses historiquement ?
    En tout cas merci pour votre apport

  14. Je relis mes propos. Le moins qu’on puisse dire c’est que rien n’y est clair. Tout ce qui concerne l’économie relève de procédures de pensée qui ne sont pas les miennes. J’ai envie de rejeter tout cela comme bricolage au sens où Levy Straus le définissait comme fabriquer un paradigme par assemblage de chaînes syntagmatiques. Je préfère retourner à mes propres bricolages personnels sur du concret: bâtir, cultiver mon jardin, dessiner Tout serait pour le mieux si les arts libéraux nobles ne se mêlaient pas de régir les arts mineurs ? Je renonce à l’activité cognitive participative!

  15. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heure, l’avenir repose sur trois piliers la solidarité, l’autonomie et la prospérité sans expansion matérielle.

  16. En clair, le cognitif reste le seul horizon, le seul ‘Far-West’ possible, lui (le capitalisme) permettant en outre d’échapper éventuellement aux lois thermodynamiques, notamment celle de l’entropie, pour produire un système ‘néguentropique’, où, enfin, l’accumulation et la lucrativité, privatisées, seront sans limite, avec des taux improbables de productivité.

    Vous prêtez des pouvoirs surnaturels au capitalisme. Il a pu, peut et pourra encore beaucoup pour se préserver, mais de là à réfuter les lois de la physique et des systèmes…
    Un capitalisme qui opterait in-extremis pour sa version cognitive, comme vous dites, ne ferait qu’accélérer son agonie inévitable, par une limitation nouvelle et surajoutée du flux comme de la quantité d’informations du système. Et donc sa désagrégation.

    1. Tout à fait … Vigneron !!
      Point de pouvoirs surnaturels mais de réelles capacités d’adaptation et de survie. Vous avez très bien identifié la finalité de ce type de processus : plus que désagrégation, je dirais désintégration. Car cette ‘version cognitive’ du capitalisme est une injonction paradoxale, un oxymore, un attelage improbable qui finira forcément dans le fossé, les deux tirant dans des sens opposés.
      Ceci n’empêche pas l’utilité et même la nécessité, urgente, au vu de la situation, pour le capitalisme de trouver une alternative … A COURT TERME (court terme = quelques mois, quelques années). Ce court-termisme est non seulement inscrit dans ses gènes mais répond aux besoins actuels, le temps … de se donner du temps, pour trouver dans plusieurs décennies d’autres ‘ressources’ à exploiter.
      Ne pas oublier que le capitalisme est une prédation nomade : quand la ressource visée est épuisée, il doit en trouver une autre pour survivre car il en va de la survie de son ‘logiciel’ (exploitation).
      D’où la référence à la conquête de l’ouest : on sait tous que ce type de conquête à une limite, une fin.
      Il n’y a que les américains pour l’oublier car cela fait partie de leur patrimoine culturel, indépassable (apparemment).
      Cordialement.

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