L’actualité de la crise : DEUX POIDS, DEUX MESURES, par François Leclerc

Billet invité

Réunis jeudi et vendredi prochains en Conseil européen, les chefs d’Etat et de gouvernement vont ramasser les copies pour adopter à l’unanimité un communiqué final avec pour objectif de stopper la cacophonie de ces derniers jours. Un projet de texte a déjà fuité auprès de la BBC, qui s’en tenait au minimum décent, mais les débats se sont depuis élargis à un nouveau sujet, une augmentation de capital de la BCE ayant entretemps été posée sur le tapis.

Rien toutefois ne présage – on s’en doute un peu – que les réponses qui vont être apportées en fin de semaine vont changer la face de l’Europe.

La crise part pourtant dans tous les sens. La nouveauté réside dans le développement de la protestation dans plusieurs pays : après le Portugal, la Grèce, l’Irlande, ce sont le Royaume-Uni et l’Italie qui connaissent leurs premières grandes manifestations, emmenées par les étudiants qui jouent leur traditionnel rôle d’éclaireurs. Si elles ont en commun de ne pas avoir de débouché politique revendiqué, la situation générale devrait être considérée comme inquiétante par ceux qui sont au pouvoir ou aspirent à y accéder.

En ce sens, la crise n’est pas devenue uniquement sociale, elle est également profondément politique, car mettant en évidence l’absence de répondant pouvant la canaliser. Les bonnes âmes parleront de montée du populisme et du danger des extrémismes, mais elles n’offriront pas pour autant d’alternatives, cloîtrées dans le cadre étroit de la rigueur – dont elles ne savent ni ne veulent sortir – avec des mots creux et des programmes timorés pour seule vaine promesse.

Politique, la crise l’est plus explicitement en Belgique, à la recherche d’un gouvernement introuvable dans un pays qui ne se reconnaît plus, ou bien en Italie, où une vulgaire emittenza retarde son départ sans que sa succession soit prête. Ou en Grande-Bretagne, où les bases parlementaires de la coalition entre conservateurs et libdems sont fragilisées par la mise en oeuvre d’un plan de rigueur extrême. Ou bien en Espagne, où des élections amèneraient si elles avaient lieu maintenant le Parti Populaire de centre-droit au pouvoir, tandis qu’au Portugal la tentative d’un gouvernement de coalition PS-PPD a pour l’instant fait long feu. Ou encore en Allemagne, où la coalition au pouvoir s’apprête à perdre des consultations difficiles, impliquant à terme sa reconfiguration.

Une autre nouveauté est apparue en Grande-Bretagne. La montée de l’inflation et la faiblesse de la croissance place la Banque d’Angleterre dans une situation inconfortable, prise entre la nécessité de relever ses taux d’un côté et de les maintenir bas de l’autre, de laisser suspendu son programme d’achats d’actifs ou au contraire de le relancer pour aider l’économie. Les signes avant-coureurs de la stagflation apparaissent, de triste mémoire dans un pays qui a déjà connu ce mélange de faible croissance et de forte inflation, prélude alors au thatchérisme, une période noire ou bénie suivant que l’on était pauvre ou riche, avec cette fois-ci la promesse de gratter encore plus jusqu’à l’os.

Au sein de la zone euro, l’Espagne reste le pays de tous les dangers. On y découvre subitement d’une part que les banques n’y sont pas en aussi bonne santé que certains l’affirment, et d’autre part que la crise immobilière continue de couver, propageant lentement mais sûrement ses miasmes. Des chiffres inquiétants circulent, calculés par Moody’s ou par UBS, faisant état d’importants besoins de recapitalisation des banques dans l’année qui vient, en fonction des pertes attendues.

De nouvelles émissions obligataires à 12 et 18 mois viennent de voir les taux s’envoler, signe des incertitudes qui planent à court terme. Selon un décompte dont on ne garantit pas la rigueur, Elena Salgado, la ministre des finances, vient pour la 58ème fois de déclarer sur un ton convaincu que « l’Espagne n’a pas besoin d’être aidée ».

Giulio Tremonti, son homologue italien, pourrait bientôt la rejoindre pour chanter ce même refrain. Malgré son maintien au pouvoir de justesse, Silvio Berlusconi n’est pas sorti d’affaire et l’Italie de sa crise politique. L’écart de ses taux avec ceux de l’Allemagne a atteint un record historique il y a deux semaines.

La dette publique italienne, d’un montant de 1.867 milliards d’euros (120% du PIB), est la troisième mondiale par ordre d’importance, alors que les perspectives de croissance sont très faibles, de l’ordre de 1,1% en 2011. Le pays vient de prendre son ticket dans la file des pays qui attendent d’entrer dans la zone des tempêtes.

C’est aussi le cas de la Belgique, que l’agence Standard & Poor’s vient de mettre en garde : “Si la Belgique échoue à former bientôt un gouvernement, une dégradation de sa notation pourrait intervenir dans les six mois”. Poursuivant : “l’incertitude politique prolongée en Belgique présente des risques pour la réputation de solvabilité de son gouvernement”.

Le pays doit en effet dégager 22 milliards d’euros d’ici 2015 pour ramener le déficit public à zéro, contre 6% du PIB l’année dernière, avec pour objectif que la dette ne repasse pas l’an prochain au-dessus de 100% du PIB.

Les autorités de Bruxelles, qui tentent encore d’exister dans la cacophonie ambiante, viennent de souligner dans un rapport semestriel sur l’état de l’Europe que « la possibilité de contagion au sein de marchés très interconnectés signifie que le système financier de l’UE dans son ensemble reste exposé ». Une tardive reconnaissance que la lancinante question de la dette ne peut se résumer à celle de la dette publique, mais qu’elle englobe également la dette privée, plus particulièrement celle du système bancaire. Sans que cette évidence soigneusement éludée soit bien entendu assortie du commencement de l’amorce d’une solution. La tenue prochaine de nouveaux stress tests fait à elle seule évoluer les commentaires, sans même attendre leurs résultats…

Le menu des chefs d’Etat et de gouvernement est déjà copieux, il est vrai ! Ils prétendent se consacrer en priorité au futur mécanisme de crise, pour en avancer le lancement de six mois, début 2013. Mais ils ne vont pas pouvoir en rester là, devant la nécessité d’aborder dans l’immédiat les sujets qui fâchent. L’émission d’euro-obligations évacuée sans nuances – malgré le renfort apporté à cette option par le FMI, la Commission de Bruxelles et l’économiste en chef de l’OCDE – repousser toute augmentation des moyens mis à disposition du fonds de stabilité financière (EFSF) ne suffira pas pour clore le débat.

Venant troubler le front du refus emmené par les Allemands, auxquels les Français se sont ralliés, la Commission de Bruxelles a en effet proposé que l’EFSF voit ses prérogatives et instruments élargis. En mettant à disposition des lignes de crédit à court terme pour les pays qui en auraient besoin – à la manière du FMI – ou bien en achetant des obligations souveraines. Une bonne manière faite à la BCE, afin qu’elle puisse se désengager. Mais cela n’en prend pas spécialement le chemin, l’immobilisme devrait prévaloir.

Tel le feu qui couve, un autre débat sous-jacent ne pourra être totalement éludé. Innocemment présenté sous le terme de renforcement de la « gouvernance économique » et en réalité abordant la question de l’avenir de l’Europe, puisque tous, les Allemands en tête, réaffirment ces derniers temps avec force leur indéfectible attachement à l’euro et qu’il faut se donner les moyens de sa conservation. La rigueur et la discipline budgétaire soit, mais comment y parvenir sans renforcer et coordonner les politiques économiques et fiscales ?

Dans une interview remarquée accordée à Bild am Sonntag, Wolfgang Schäuble – ministre allemand des finances – a déclaré être ouvert à une harmonisation de la politique fiscale. Faisant référence à la création de l’euro, il a avancé qu’« il avait été décidé que la politique fiscale et budgétaire serait réservée au niveau national. Mais si cela doit changer, nous pouvons en parler ». Par ailleurs, la politique économique allemande se déploie, soit en cherchant à ce que que la Pologne rejoigne la zone euro, soit en prévoyant d’accroître ses exportations en Inde afin de diversifier hors Europe ses débouchés.

Toujours dangereusement au bord du précipice, les gouvernements de la zone euro cherchent à serrer les coudes, sans savoir encore trop comment procéder. Pris entre un fédéralisme vide de contenu et le chacun pour soi qui prédomine actuellement. Prenant les devants, Jean-Claude Trichet a cadré la discussion avant l’ouverture du sommet européen. Il préconise d’« aller davantage dans la direction d’une fédération », défendant la nécessité d’un « bond en avant dans la gouvernance économique nécessaire et proportionnée à l’union monétaire que nous avons créée ». Le tout au service de la politique de rigueur disciplinée qu’il ne cesse de préconiser, ignorant les avertissements du FMI de ne pas sacrifier la relance de la croissance.

L’OCDE n’est pas en reste, considérant dans sa dernière étude que de « lourdes incertitudes » planent sur une reprise qualifiée de « faible et lente », la « priorité immédiate » de la réduction des déficits pouvant « freiner la croissance à court terme ». C’est dans ce but que l’organisation préconise de renforcer l’Union économique et monétaire, car elle “est venue compliquer la coordination de la réponse à la crise, l’échelon national conservant un grand nombre de pouvoirs et les échelons de l’UE et de la zone comportant de multiples acteurs”. Le tout afin de mettre en place une surveillance accrue des déficits budgétaires, avec à la clé des sanctions « appliquées quasi-automatiquement ». De manière significative, mais accessoire, le document de l’OCDE reconnait que « de nouvelles opérations de recapitalisation des banques pourraient être nécessaires ».

En attendant, c’est de la recapitalisation de la BCE qu’il est question. En formulant cette perspective, que cherche donc Jean-Claude Trichet ? Devant se résoudre à poursuivre son soutien des pays de la zone des tempêtes sur le marché obligataire, il demande aux Etats et à leurs banques centrales de mettre au pot en doublant le capital de la BCE, non sans s’être assuré du soutien préalable de l’Allemagne.

Malgré elle, la BCE est entraînée sur une pente et veut interrompre la glissade. Jean-Claude Trichet veut par son intervention signifier aux gouvernements que les achats obligataires de la BCE ne sont pas illimités et qu’ils doivent prendre leurs responsabilités, comme il n’a cessé de l’affirmer. Car, en réalité, aucune augmentation de capital n’est nécessaire, l’Eurosystème, qui regroupe la BCE et les banques centrales nationales, étant déjà solidaire en raison de ses mécanismes internes pour les achats effectués et à venir.

Le contexte général du marché obligataire n’en est pas moins inquiétant. Selon Unicredit, la mégabanque italienne, les pays de la zone euro devront aller chercher 560 milliards d’euros en 2011, soit 45 milliards de plus que cette année, le montant le plus élevé depuis la création de l’euro. Dans un contexte général de hausse des taux, qui atteint également les Etats-Unis, quels taux les pays européens devront-ils consentir, qu’ils soient ou non pris dans la zone des tempêtes ?

Deux facteurs vont se conjuguer pour contribuer à cette hausse. 1/ La concurrence avec les banques, dont les prochains stress tests, s’ils veulent être plus crédibles que les précédents, ne pourront pas totalement masquer le besoin de recapitalisation de certaines. 2/ L’exode des capitaux engagé vers le nouvel eldorado des pays émergents, que la Banque des règlements internationaux a déjà enregistré. Soit dans le cadre d’opérations à court terme de carry-trade sur le marché monétaire, soit afin de participer au développement des nouveaux marchés financiers.

La politique européenne a décidément comme constante d’être toujours décidée par défaut. Le prochain sommet n’y fera pas exception. Ses modalités évoluant au fil du temps et des circonstances, elle suit toutefois une même ligne directrice : les Etats doivent être soumis à une grande rigueur de gestion et se financer auprès des banques commerciales, tandis que celles-ci bénéficient d’une grande souplesse et sont financées par la BCE.

Cela revient à ce que les financiers appellent dans leur langage une asymétrie de traitement et que le commun des mortels dénonce comme étant « deux poids, deux mesures ».

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136 réflexions sur « L’actualité de la crise : DEUX POIDS, DEUX MESURES, par François Leclerc »

    1. où en est le Patriot Act …n’a-t-il pas été prolongé ?

      en désaccord complet avec les libertés fondamentales …état d’exception, ceci cela …

      c’est exactement, sous le nom de LLOPSI 2, ce que le sous-vers-rien fait passer au forcing ici …

  1. @ E. Quilgars
    Merci pour le lien vers l’article de F. Horn.
    La citation de Alan Greenspan du 23/10/2008, “Durant 40 ans j’ai été fermement convaincu que mon idéologie fonctionnait exceptionnellement bien”, me fait penser à une autre, cette fois de Léon Tolstoï: “Les sujets les plus difficiles peuvent être expliqués à l’esprit le plus lent s’il n’en a pas déjà formé une idée; mais la chose la plus simple ne peut être expliquée à l’homme le plus intelligent s’il est fermement persuadé qu’il ait déjà, sans l’ombre d’un doute, ce qui se trouve devant lui.” (citation initiale du bouquin “Le casse du siècle” de Michael Lewis)
    La théorie économique dominante sera-t-elle une victime collatérale de la crise? Elle va sans doute résister le plus longtemps possible avec son argument choc, TINA.
    Amha plus dure sera la chute.

  2. http://www.telegraph.co.uk/finance/financetopics/financialcrisis/8203455/Spain-debt-downgrade-threat-sends-euro-and-stock-markets-lower.html

    US will lose AAA credit rating, says M&G’s Jim Leaviss
    A leading fund manager has warned that the world’s largest economy will be downgraded within two years because of its high levels of debt.

    http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/8202225/US-will-lose-AAA-credit-rating-says-MandGs-Jim-Leaviss.html

    Nouriel Roubini: ‘The economic policy is still lend, pray and hope’
    Nouriel Roubini, the man dubbed Dr Doom for his warnings of the financial crisis, expects the global economy to grow by almost 4pc next year, but the forecast carries several stings in its tail.

    http://www.telegraph.co.uk/finance/financetopics/financialcrisis/8202238/Nouriel-Roubini-The-economic-policy-is-still-lend-pray-and-hope.html

    http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/8202925/UK-mortgage-lending-to-fall-to-30-year-low.html

    UK inflation rises to a surprise six-month high
    Britain’s cost of living rose at the fastest pace seen in six months in November, putting Bank of England policymakers under growing pressure to raise interest rates sooner rather than later.

    http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/8200730/UK-inflation-rises-to-a-surprise-six-month-high.html

  3. Le PIB par habitant de la Belgique supérieur à la moyenne européenne en 2009

    En 2009, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Belgique était supérieur à la moyenne de l’Union européenne, celui du Grand-Duché du Luxembourg étant le plus élevé des 27, selon des statistiques publiées mercredi par l’Office européen de statistiques Eurostat. En 2009, le PIB par habitant au Luxembourg, exprimé en standards de pouvoir d’achat, a été plus de deux fois et demi-supérieur à la moyenne de l’UE27, avec un indice de 271, la moyenne de l’UE étant établie à 100. Viennent ensuite les Pays-Bas (131) et l’Irlande (127). La Suède (118), l’Allemagne (116), la Belgique (116, en huitième position), la Finlande (113) et le Royaume-Uni (112) étaient entre 10 % et 20 % au-dessus de la moyenne. La France, l’Italie et l’Espagne enregistraient un PIB par habitant entre 0 % et 10 % au-dessus de la moyenne de l’UE27, tandis que Chypre et la Grèce se situaient entre 0 % et 10 % au-dessous de la moyenne. Enfin, on retrouvait en queue de classement la Hongrie (65), l’Estonie (64), la Pologne (61), la Lituanie (55), la Lettonie (52), la Roumanie (46) et la Bulgarie (44).

    lesoir.be

    1. Déjà… : 27..??? Tous ne sont pas à l’Euro.
      In fact, l’Irlande est riche de ses dettes…

      Ca me semble léger comme analyse. Et basée sur le “PIB”…

  4. La banque des règlements internationaux (BRI ou BIS en Anglais) vient de mettre en ligne son dernier rapport sur les principales tendances de l’activité bancaire et financière internationale

    http://bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1012b_fr.pdf

    En coopération avec des banques centrales et autorités monétaires du monde entier, la
    BRI compile et diffuse plusieurs séries de statistiques sur l’activité bancaire et
    financière internationale. Le commentaire ci-après s’appuie sur les dernières données
    disponibles : deuxième trimestre 2010 pour le marché bancaire ; troisième trimestre
    2010 pour les titres de dette et les marchés organisés de produits dérivés ; premier
    semestre 2010 pour les dérivés de gré à gré.

    On peut y voir par exemple page 5 l’exposition des banques internationales (par nationalité) aux dettes publiques et privées des PIGS (en milliards d’Euros)

    Gréce 252
    Irlande 749
    Portugal 293
    Espagne 990
    PIGS 2284

    dont pour les banques Françaises

    Gréce: 83,1
    Irlande:77,3
    Portugal: 48,5
    Espagne: 201,3

    pour un total de 410 Milliards d’Euros (soit 18% de l’exposition internationale aux PIGS)

    pour les banques Allemandes c’est 511 Milliards (soit 22%)
    pour celles du Royaume Uni c’est 370 Milliards (soit 16%)
    pour les banques Américaines c’est 353 Milliards (soit 15%)

    1. Oui mais comme le but n’est pas d’entasser des billets dans les caves des ministères, ce sont aussi ceux qui bénéficient de la meilleure (en volume) redistribution donc d’un niveau de vie élevé puisque l’argent circule au quotidien au lieu de servir à spéculer.

  5. A propos du NB de dag et de la réponse de liervol.
    Dans la page “accueil” rubrique “donation pourquoi” il est mentionné: “bientöt ici un numéro de boîte postale. C’est quand bientôt?

  6. Comment obliger nos élus à respecter la volonté du peuple, c’est à dire de la majorité de la population et non d la petite minorité des très riches ? En rétablissant le crime de forfaiture, de trahison du peuple qu’ils sont censés représenter, avec des peines de prison ferme et des amendes énormes et dissuasives .

  7. @ François Leclerc :

    vous utilisez le mot “crise” 7 fois dans ce texte. Crise veut dire que les événements sont passagers, que la vie “comme avant” va recommencer. Et si ce n’était pas le cas ? Dans ce cas nous assisterions à un effondrement, comparable à 1989 et la fin du communisme qui n’est jamais revenu.

    Or, les bonnes décision si nous sommes dans une crise ne sont pas nécessairement les bonnes décision si il s’agit d’un effondrement.
    La BCE ne peut pas faire autrement que faire comme si il s’agissait d’une crise, elle y croit peut-être même sincèrement, mais vous, Monsieur Leclerc, vous pouvez envisager toutes les hypothèses.

    Pourquoi n’envisageriez-vous pas, dans un de vos futurs textes, que des dettes ne seront pas remboursées ? Soit un pays refuserait de rembourser ses dettes, par suite de changement de gouvernement par exemple, soit une banque serait victime d’un raid de spéculation, soit un phénomène à la Cantona, soit n’importe-quoi qui ferait que des dizaines de milliards seraient perdus. Puis effet domino.

    Que se passerait-il alors ?

    1. Une partie des dettes de la Grèce, de l’Irlande et probablement du Portugal seront échangées contre des Euro-bunds avec une perte de 30 à 40%. Ce n’est pas à proprement parler un effondrement.
      Ces dettes souveraines sont détenues en grande majorité par des assurances, banques, fonds divers basés en zone euro.
      Ce serait l’occasion pour les gouvernements de nationaliser les banques qui auront la tête sous l’eau puisque les dettes souveraines constituent le très gros de leur fonds propres selon Bâle 2 et 3. Je doute que l’UE le permette, je suppose que les états devront renflouer leurs banques et payer les bonus des dirigeants à fonds perdus (pour ceux qui en ont vraiment besoin), comme d’hab.

    2. Des euro-bunds ?

      Quels euro-bunds ?

      Vous croyez vraiment que les Etats européens “riches” vont accepter la création d’euro-obligations ?

      Vous croyez vraiment que l’Allemagne va accepter de voir ses taux d’intérêt exploser pour permettre aux taux d’intérêt grecs de baisser ?

    3. @ HP :

      Une partie des dettes (…) seront échangées (…) avec une perte de 30 à 40%. Ce n’est pas à proprement parler un effondrement.

      bien-sûr, je parlais d’après cette dernière mesure de désespoir. De même que le QE III. Une fois que que tous ces abracadabras se seront révélés inefficaces.

      HP, vous n’avez pas répondu, vous avez juste repoussé l’échéance de quelques mois. Mais on peut lire, en pointillé, les résultats:

      Ces dettes souveraines sont détenues en grande majorité par des assurances, banques, fonds divers basés en zone euro. Ce serait l’occasion pour les gouvernements de nationaliser les banques (…) puisque les dettes souveraines constituent le très gros de leur fonds propres

      en bref: si les banques sont nationalisées, les dettes publiques sont effacées, et ceux qui auront placé leur argent dans des assurance-vie, des SICAV, des fonds de pension… perdront tout. En d’autre termes, les rentiers se retrouveront ruinés.

      Finalement, ça me plaît bien: bring it on ! comme disent les ricains.

      Je doute que l’UE le permette

      l’UE, combien de divisions ?

    4. On peut prévoir beaucoup de dispositions dans un plan ordonné de restructuration des dettes, contrairement aux effets de l’érosion monétaire qui s’imposent sans discrimination.

      Il est par exemple possible de dédommager en totalité ou partie- via un fonds crée à cet effet – telle ou telle catégorie de créanciers, s’ils sont atteints. De procéder à un échange de leurs actifs avec de nouveaux titres.

      Une multitude de solutions existent pour ne pas s’enfermer dans la commode logique du tout ou rien, qui justifie de ne s’engager à aucun prix sur le chemin de la restructuration. Un raisonnement identique à celui qui s’apitoie sur la défense des petits rentiers pour masquer les intérêts des grands et, en l’occurrence, comparer l’inflation au diable.

    5. L’économie allemande est forte parce qu’exportatrice, essentiellement en Europe, si l’Euro “casse” en plusieurs morceaux, l’Allemagne perdra plusse que si elle paye ses emprunts un peu + cher. Son économie est dite forte mais ses banques ne pourraient pas encaisser un défaut de l’Irlande ou de la Grèce, du moins sans une aide massive du contribuable allemand.
      L’Allemagne payera ses euro-bunds un peu plus cher parce qu’il faut bien quelque chose, sous une forme ou une autre, pour remplacer les dettes souveraines des états dont certaines sont invendables. Mais les emprunts de ces pays “malades” sont faibles par rapport au volume nécessaire à l’Allemagne, rien de catastrophique. Après tout c’est une sorte de transfert financier “caché”, et c’est exactement de ça qu’ont besoin ces pays.
      En attendant une formule pour compenser les différences de productivité.

      Je ne crois pas non plus à un crash complet de l’Euro ou de la BCE. Il ne faut pas prendre les avis des marchés pour une vérité, l’Euro est solide, ce qui lui manque c’est un peu de solidarité et de courage politique. Ce qui lui viendra certainement quand ça sera indispensable.
      Les acheteurs de dettes qui s’en sont mit plein les poches avec les taux de la Grèce ou de l’Irlande mangeront des pertes, pour une fois. On peut en effet penser que l’UE trouvera un moyen de limiter les pertes ou de ne pas devoir reporter les faillites privées sur la dette des états, qui n’en peuvent plus.

      Pour éviter la panique pendant les heures d’ouverture de la bourse, ce sera annoncé un samedi : la Grèce remboursera 75%, l’Irlande 60%, le Portugal 80%, le poids de ces monnaies est diminué d’autant dans l’Euro ; les emprunts d’états passeront dorénavant par une agence vendant des eurobunds, et voilà, affaire réglée.
      Évidemment, faudra pas que la livre, le dollar et la chine s’effondrent en même temps, ça compliquerait beaucoup. 😉
      Donc le + tôt sera le mieux, vu la pente que suit le dollar, mais le fruit n’est pas encore mûr.

    6. @ François Leclerc :

      Il est par exemple possible de dédommager (…) telle ou telle catégorie de créanciers, s’ils sont atteints. De procéder à un échange de leurs actifs avec de nouveaux titres.

      euh… qui décide si ils sont atteints ?

      je vais vous la faire à l’envers: dans le capitalisme de base, c’est le marché qui décide si un investissement est rentable. Si non, l’investissement est perdu. Or, aujourd’hui ce sont les politiques qui décident de renflouer tel ou tel investisseur, sous prétexte de “too big to fail“. Et sous prétexte de “démocratie

      Franchement, Mr Leclerc, vraiment franchement, vous pensez que 1/2 milliards d’Humains éduqués et les plus riches de la planète vont se laisser […] encore longtemps ? Je vous invite à relire vos cours d’Histoire avant de répondre.

    7. @ François Leclerc (en vous relisant) :

      Une multitude de solutions existent pour ne pas (…) comparer l’inflation au diable.

      si je comprends bien, votre solution est l’hyperinflation. Vous avez raison, ce serait une solution pour noyer la dette. Allez, je vous le fais à 3 milliards de morts. Vous me l’achetez ? Vous imaginez quoi ? Que 1.3 milliards de Chinois, 1 milliards du musulmans, 1 milliards d’Indiens… vont vous laisser faire ?

    8. @ Zolko

      Vous me faîtes dire ce que je n’écris pas. Vous m’attribuez des positions qui ne sont pas les miennes pour mieux les pourfendre. Changez de registre !

  8. L’Espagne emprunte des milliards d’euros sur les marchés internationaux.

    – Emprunt à 12 mois :

    En août 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 12 mois. L’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 1,836 %.
    En septembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 1,908 %.
    En novembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,363 %.
    Mardi 14 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 3,449 % !

    – Emprunt à 18 mois :

    En août 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 18 mois. L’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 2,078 %.
    En septembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,146 %.
    En novembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,664 %.
    Mardi 14 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 3,721 % !

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE6BD0YF20101214

    Conclusion : plus les jours passent, plus l’Espagne emprunte à des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

    Plus les jours passent, plus l’Espagne se surendette.

    Plus les jours passent, plus l’Espagne se rapproche du défaut de paiement.

  9. Jeudi 15 décembre 2010, l’Espagne a lancé un emprunt à 10 ans, et un emprunt à 15 ans.

    Pour l’émission à 10 ans, le Trésor a émis 1,782 milliard à un taux moyen de 5,446 %, en forte hausse par rapport à celui de la dernière émission de ce type, le 18 novembre (4,615 %), mais dans la lignée de la clôture de mercredi (5,452 %).

    Pour les obligations à 15 ans, il a émis 619 millions d’euros à un taux moyen de 5,953 %, là aussi très supérieur à celui de la dernière émission (4,541 %, le 21 octobre) et similaire à la clôture de mercredi (5,984 %).

    Dépêche AFP

    Conclusion : plus les jours passent, plus l’Espagne se rapproche du défaut de paiement.

  10. Si vraiment la BCE avait dans ses livres une quantité “minuscule” d’obligations pourries, alors pourquoi les dirigeants de la BCE sont-ils allés implorer les chefs d’Etat et de gouvernement de recapitaliser la BCE ?

    Votre analyse ne résiste pas à ce fait : jeudi 16 décembre 2010, les dirigeants de la BCE sont allés à Bruxelles pour demander aux chefs d’Etat une recapitalisation de la BCE.

    Cet événement est à mon avis d’une importance historique car il montre l’état réel de la BCE.

    1. J’ai écrit qu’elle avait dans ses livres une quantité miniuscule d’obligations en comparaison avec les autres grandes banques centrales (0,7% du PIB de la zone euro comparé à 6% du PIB pour la FED et 14% du PIB pour la BoE et la BoJ).

      Vous vous alarmez de ce que ces achats d’obligations causent la faillite de la BCE (vous confondez faillite et besoin de recapitalisation!) et la fin de l’Euro mais alors que penser de la FED, BoE et BoJ qui ont acheté plus de 10 fois plus d’obligations de leurs états respectifs? Je ne vous ai pas entendu dire que ces mêmes banques étaient elles aussi en faillite, ou prédire la fin prochaine du dollar, de la livre et du yen.

      Donc, deux poids deux mesures?.

    2. Plusieurs interprétations de l’augmentation de capital de la BCE circulent, entre lesquelles il est difficile de trancher, vu l’opacité dont elle est entourée.

      Au gré des analyses, elle permet  :

      1/ De mieux provisionner de futures dépréciations des actifs de la BCE.
      2/ D’anticiper des achats d’obligations espagnoles dans le cadre de son sauvetage inévitable.
      3/ De faire pression sur les Etats pour qu’ils reprennent la main sur la BCE et augmentent les moyens du fonds de stabilité.

      C’est peut-être un peu des trois  !

    3. (Au fait, je me suis trompé en plaçant mon message tout à la fin de la file car il s’adressait à Chris06)

      D’accord avec les deux premières hypothèses.

      Je ne comprends pas la troisième hypothèse : en allant pleurer famine à Bruxelles jeudi 16 décembre, la BCE se rabaisse. La BCE détruit encore plus son indépendance en allant demander aux chefs d’Etat et de gouvernement qu’ils la recapitalisent. La BCE ne fais pas pression sur les Etats : elle vient demander 5 milliards d’euro aux Etats.

      La BCE était depuis sa création très jalouse de son indépendance par rapport aux chefs d’Etat. Aujourd’hui, elle n’est plus du tout en position de force.

    4. Toute indépendante qu’elle soit théoriquement, la BCE est capitalisée par les Etats à l’origine de sa création. Donc, rien de nouveau.

      Par contre, elle craint de formellement perdre celle-ci en intervenant sur le marché obligataire et en endossant leurs responsabilités, Leur intimant alors de gérer leur dette et en attendant de payer leur sauvetage.

    5. @BA,

      tant que vous continuerez à confondre “procéder à une augmentation de capital” avec “être en faillite” et “aller pleurer famine” vous continuerez à avoir une compréhension très imparfaite et extrêmement biaisée de la réalité.

    6. Chris06, nous verrons ce que donnera la réalité au premier semestre 2011.

      Début juillet 2011, nous reparlerons de l’état réel de la BCE et des quantités “minuscules” d’obligations d’Etat qu’elle détiendra.

      Début juillet 2011, nous reparlerons de l’état de la zone euro.

      Et nous verrons qui avait “une compréhension très imparfaite de la réalité”.

    7. @BA

      vous avez écrit que la BCE était déja en faillite. Savez vous ce que signifie être en faillite?

      Vous vous êtes alarmés de la quantité d’obligation d’état que la BCE avait acheté. Je vous ai fait remarquer qu’il s’agissait d’une quantité minuscule en comparaison avec les autres banques centrales.

      Maintenant vous changez de sujet et vous me parlez de la quantité d’obligations qu’elle détiendra en Juillet 2011. Je n’ai pas fait de pronostic à ce sujet mais je suppose que, selon vous, la BCE étant déja en faillite, elle n’en détiendra pas plus. En effet, comment une entreprise en faillite pourrait elle augmenter son bilan?

      Début juillet 2011, nous reparlerons de l’état de la zone euro

      Nous n’avons pas parlé, dans cet échange, de “l’état de la zone euro”…

  11. @françois leclerc

    A propos des restructurations “ordonnées”. Que pensez-vous de la solution des Brady Bonds, appliquée, entre autres, dans les années 90 à l’Argentine , le Brésil , la Bulgarie , Costa Rica , la République Dominicaine , l’Équateur , le Mexique , le Maroc , le Nigeria , les Philippines , la Pologne , l’Uruguay et le Venezuela . Solution de restructuration préconisée dèja par Strategic Risk Management à propos de la dette grecque en début d’année, puis par Simon Johnson en septembre à propos de l’Irlande ?

  12. Vous avez raison de les évoquer, j’en avais d’ailleurs parlé je ne sais plus quand !

    Mais la crise actuelle n’est pas régionale comme l’était celle de l’Amérique latine de l’époque. Les Américains, qui se sont délestés de leurs produits titrisés vérolés sur les Européens, seront-ils prêts à renvoyer l’ascenseur ?

    N’y croyant pas, Jean-Claude Junker à présenté l’émission des euro-obligations comme un moyen de faire financer la dette européenne par les Chinois !

  13. Mais c’est la fuite en avant de la BCE qui m’alarme.

    Vous ne voyez pas que c’est la fuite en avant de la BCE ?

    Vous n’avez pas lu cet article du Monde ?

    “Il suffit de lire les chiffres pour comprendre les besoins de la BCE. Ses comptes affichent un montant de capital souscrit de 5,8 milliards d’euros pour un total de bilan de 138 milliards d’euros, et encore, ces données remontent à fin 2009, avant que la BCE ne se lance dans des opérations de sauvetage.”

    Ces données remontent à fin 2009, avant que la BCE ne se lance dans des opérations de sauvetage !

    La BCE est en faillite, et elle va continuer à racheter des obligations pourries du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce, de l’Espagne !

    Nous qui sommes de vieux lecteurs des livres de Paul Jorion, nous sommes en train de revivre le même cauchemar que dans les années 2005-2008 !

    Nous sommes en train de parler à des aveugles qui nous expliquent que la situation s’améliore.

    J’ai l’impression de revivre les années 2005-2008.

    Nous avons en face de nous des aveugles qui nous expliquent que la situation européenne va de mieux en mieux.

    Quant à la Fed, je sais bien que la Fed est devenue une gigantesque fosse à m…. et que son bilan est encore plus dégradé que celui de la BCE.

    Mais je m’en fous, de la Fed. J’habite en France et la situation de la France, de l’Europe m’intéresse plus que la Fed ou que la Banque Centrale du Japon.

    Ce n’est pas parce que les dirigeants de la Fed et les dirigeants de la Banque Centrale du Japon se comportent de façon suicidaire que les dirigeants de la BCE doivent être approuvés.

    Les dirigeants de la BCE, eux-aussi, se comportent de façon suicidaire. Ils sont en train de faire une fuite en avant suicidaire.

    Voilà ce qui est en train de se passer aujourd’hui, en ce moment même, sous nos yeux. Et ça va très mal finir.

    1. La BCE est en faillite, et elle va continuer à racheter des obligations pourries du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce, de l’Espagne !

      Si la BCE est en faillite, comment peut elle continuer à racheter des obligations pourries du Portugal.. etc…?

      Comprenez vous ce que veut dire “être en faillite”?

      Les dirigeants de la BCE, eux-aussi, se comportent de façon suicidaire. Ils sont en train de faire une fuite en avant suicidaire.

      Mais non, ils se comportent de maniére ultra conservatrice. Le rythme actuel d’achat d’obligations d’état est de l’ordre de 3 milliard d’Euros par semaine (par comparaison celui de la FED est de 25 milliard de Dollars par semaine).
      Si elle devait passer, dans un futur proche, à un rythme 5 à 10 fois plus élevé, alors là oui, il y aurait un risque réel.

  14. Dans la semaine du 15 au 19 novembre, la BCE a racheté 672 millions d’euros d’obligations pourries.

    Dans la semaine du 22 au 26 novembre 2010, la BCE a racheté 1,348 milliard d’euros d’obligations pourries.

    Dans la semaine du 29 novembre au 3 décembre, la BCE a racheté 1,965 milliard d’obligations pourries.

    Dans la semaine du 6 au 10 décembre, la BCE a racheté 2,667 milliards d’obligations pourries.

    Tout va très bien, Madame la Marquise.

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