UNE CONSTITUTION POUR L’ECONOMIE, par Zébu

Billet invité. Ma « théorie des statuts sociaux réciproques dans la formation du prix » dont il est question ici se trouve dans Le prix (éditions du Croquant 2010). Je voudrais mentionner immédiatement que le billet de Zébu constitue une contribution importante à la théorie que je mets en place dans mon livre. Le blog était déjà un instrument de diffusion d’information économique et financière, il joue également depuis un certain temps le rôle de think tank, la preuve est faite qu’une véritable équipe de recherche s’est bâtie autour de lui (le texte de Zébu reprend au bond des propositions émises par Pierre Sarton du Jonchay). Que vous ayez déjà eu l’occasion de le faire ou non, n’hésitez pas à l’avenir à intervenir vous aussi dans ce sens.

« Le droit de supprimer tous ceux qui nous agacent devrait figurer en première place dans la constitution de la Cité idéale. »

Emil Cioran, De l’inconvénient d’être né, 1973.

« Le droit d’opprimer tous ceux qui agacent le libéralisme figure en première place dans la constitution de l’Economie idéale (libérale) »

Anonyme, 2010.

Pierre Sarton du Jonchay a écrit il y a quelques temps un commentaire dans un billet intitulé  « Un programme pour la présidence française du G20 » une explicitation des termes qu’il utilise pour décrire ce qu’il appelle le marché unique d’option. C’est sur cette base là, associée au travail que mène Paul Jorion sur la formation des prix qu’il m’a semblé intéressant de formuler une réflexion, forcément inaboutie, dont l’objet serait de formaliser une proposition de Constitution pour l’économie. Sans qu’il faille reprendre l’ensemble de la terminologie, il apparaît nécessaire de reprendre succinctement quelques éléments clefs.

En premier lieu, un sujet (individu, personne morale, institution, etc.) désigne un objet dont il anticipe la fabrication ou la réalité : le nominal.

A ce nominal est associé un prix, que l’on dénomme donc prix nominal, qui permet à la fois de mettre en rapport l’objet anticipé (le nominal) avec d’autres objets, au travers d’un prix au comptant ou à terme (prix valable dans le présent immédiat ou à des échéances fixées dans le futur) mais aussi d’anticiper un prix pour un objet particulier. Ce prix nominal désignant un objet réel (ou à réaliser), appelé sous-jacent, forme une option, en trois étapes :

1/ un objet anticipé ;

2/ l’anticipation du prix de l’objet ;

3/ la réalisation de l’objet anticipé, au prix anticipé.

A ces trois étapes, il convient d’ajouter la livraison effective du sous-jacent, qui permet de déclarer que l’objet réalisé est bien réel pour celui à qui il était destiné (commanditaire, client, etc.).

Dans ce processus, on retrouve ce que Pierre Sarton du Jonchay appelle la quadri causalité d’Aristote : matière (objet anticipé), forme (anticipation du prix de la matière), fin (objet réalisé au prix anticipé), effet (livraison effective de l’objet réalisé au prix anticipé).

L’idée proposée par Pierre est de constituer un marché unique d’option, marché (à terme) de cotation des options formées par les acteurs économiques, pour définir les risques que peuvent faire courir les options mises sur le marché. Or, ce marché unique d’option ne traite pas seulement de la cotation des sous-jacents (objets réalisés, dont la contrepartie ou contre-réalité doit être néanmoins garantie) mais également de la cotation des primes de risque.

Sur le marché unique d’option, le risque n’est pas une évaluation du risque des personnes, encore moins de la valeur – réciproque ou relative – des personnes elles-mêmes mais bien l’évaluation du risque d’absence d’effet ou de fin dans l’option, soit le risque de la production et surtout de la livraison réelle du sous-jacent, au terme du contrat d’option. C’est cette prime de risque qui sera cotée pendant toute la durée du contrat d’option, afin de permettre à l’acheteur comme au vendeur d’identifier l’écart (le différentiel) évalué par tous sur ce marché entre le degré de réalisation du sous-jacent et le temps qui passe.

Plus le temps passe et le sous-jacent n’est pas réalisé comme il devait l’être à l’échéance anticipée pour l’instant présent et plus la prime augmente, forçant le vendeur à réaliser (produire) ou livrer le sous-jacent plus rapidement. A l’inverse, plus la réalisation ou la livraison du sous-jacent est « en avance » sur le terme du contrat de l’option et plus la prime décroît, pouvant ainsi même devenir théoriquement nulle si la certitude du prix nominal ne souffre aucun doute.

L’évaluation du risque se situe donc bien sur l’absence d’effet (ou de fin) d’un sous-jacent d’une option au cours du temps, évaluation matérialisée en continu par la prime de risque pendant toute la durée de l’option, par le marché unique d’option. Néanmoins, il faut 4 conditions pour que ce marché unique d’option puisse se réaliser sans « tromperie », ce que ne sont pas évidemment les marchés à terme actuellement :

1/ utiliser le même langage pour décrire le sous-jacent pour les différents acteurs, avec les mêmes signifiants ;

2/ distinguer le vendeur de l’acheteur afin d’éviter la confusion quant aux positions qu’ils occupent l’un et l’autre sur un marché (sur les marchés à terme, l’acteur peut successivement être vendeur ou acheteur) ;

3/ exiger une contrepartie (garantie) à minima sur la réalisation de l’objet, afin de garantir l’effectivité de la livraison et donc de garantir la réalité de l’option pour le marché ;

4/ définir et utiliser un étalon du temps et du prix par un tiers, permettant d’objectiver les conditions de réalisation de l’option, quels que soient les types d’acteurs parties prenantes dans le contrat d’option.

Pour faire bonne mesure, le dit tiers sera par ailleurs présent dans les points 1 et 2 et il sera nécessaire de déposer le contrat de l’option chez celui-ci, contrat lisible par tous ceux qui agissent sur le marché unique d’option.

Pour autant, tout ceci ne dit rien de la définition du prix nominal, clef de voute de tout l’édifice. C’est là, me semble-t-il, que l’application de la théorie des statuts sociaux réciproques dans la formation du prix par Paul Jorion est nécessaire, afin d’éviter de passer par une théorie de la valeur, qui inverse les données du problème. Car la valeur n’est pas une causalité de la formation du prix mais au mieux une conséquence : elle n’explique en rien son émergence, n’est qu’une abstraction théorisée permettant ensuite d’expliquer la formation des prix dont on recherchera empiriquement les preuves. Un postulat vérifié par la recherche – orientée – de son existence réelle, tout comme on poserait comme possible l’existence de l’abominable homme des neiges en recherchant dans les traces de pas pouvant lui correspondre une régularité, une « trace profonde », en quelque sorte. A l’inverse, l’utilisation de la théorie des statuts sociaux réciproques dans la formation des prix permet de poser une causalité, par de véritables rapports de forces sociaux (ce qu’Adam Smith, par exemple, reconnaissait volontiers) : ces rapports de force servent à définir les prix nominaux (prix anticipés), prix qui se réalisent et sont observables au travers des prix en acte (prix réels).

En définissant cette fois une clef de répartition des bénéfices et des risques de pertes entre les salaires, les profits et les rentes (métayage financier), on oblige alors les acteurs à inscrire leurs rapports de force sociaux au sein même de la formation du prix et on donne à lire à tous les acteurs la définition de ce rapport de force entre statuts sociaux. Cette fonction de transparence est une des clefs non seulement de la cause et de la mesure de cette cause de la formation des prix par  les acteurs du marché, afin d’évaluer via la prime le risque de non-livraison, mais aussi la possibilité pour les acteurs du prix eux-mêmes d’identifier leurs rapports de force tels que les acteurs du marché le perçoivent, soit une objectivation indéniable.

On peut aussi imaginer d’aller plus loin avec ce métayage financier. Puisque les acteurs d’un prix sont d’accord pour définir la clef de leur répartition du prix (définition par ailleurs elle-même évolutive et pouvant faire l’objet d’une option dont l’accord lui-même serait le sous-jacent), il est aussi légitime qu’ils agissent de même pour définir le prix nominal du sous-jacent à produire, car le niveau même du prix qui sera côté aura une incidence sur les différents acteurs d’un même prix (cotation de la contrepartie pour la réalisation à minima, niveau de production ou de salaire des travailleurs). C’est le marché unique d’option qui définira par la suite, sur la base d’une demande de prix en puissance (ask) formé par les acteurs d’un même prix et d’une offre de prix en puissance (bid), un prix en acte (settle, rencontre entre l’ask et le bid sur le marché à terme), soit un prix réel « incertain » concernant le sous-jacent de l’option. Ce prix en acte ne sera effectivement « qu’incertain » puisque jusqu’au terme du contrat d’option, le prix réel ne peut être défini comme certain. Néanmoins, ce prix « incertain » mais réel permettra d’identifier la contrepartie nécessaire pour la réalisation de l’objet et garantir l’option.

La prime de risque, quant à elle, sera cotée par le marché directement mais de manière temporaire et évolutive car c’est la cotation de la prime de risque tout au long du temps du contrat d’option qui permet à tous d’identifier le niveau de risque d’une absence d’effet du sous-jacent au terme de l’option.

En résumé, à l’inverse des marchés à terme actuel, outre la spéculation qui y réside, ce sont les acteurs agissant sur une réalité (sociale, économique, financière, …) qui définissent entre eux, selon les rapports de force entre statuts sociaux, la clef de répartition des risques et des bénéfices ainsi qu’un prix nominal, puis l’exposent au marché d’options dont l’objet sera, à travers une cotation de prime de risque, d’évaluer le risque que cette réalité n’advienne pas au terme préalablement défini de l’option.

En soi, ce type de ‘formatage’ pourrait sembler être déjà une avancée, au regard des fonctionnements des marchés à terme actuellement.

Mais il y manquerait encore quelque chose.

Car si le métayage financier permet de partager les risques (ainsi que les bénéfices) entre un métayeur (entrepreneur) et un ou des métayers (salariés, investisseurs, …), ce type de système rigidifie en quelque sorte les rapports de force existants entre les différent statuts sociaux : plus le statut social réciproque d’un acteur sera faible et plus sa part dans la formation du prix sera faible. Sans l’intervention d’un tiers, la détermination au travers des rapports de force sociaux du prix reproduira les rapports entre statuts sociaux, interdisant ainsi la fluidité de ces statuts sociaux entre eux ou du sujet au sein de sa classe sociale (rareté), produisant un jeu à somme nulle pour les différentes parties prenantes. Or, sans cette fluidité, c’est la ploutocratie financière qui profite avantageusement de son statut social acquis et privilégié, permettant ainsi sa reproduction.

L’idée est donc de faire réaliser l’évaluation (ou la notation) de l’équité des rapports de force entre statuts sociaux en présence, dans le prix nominal formé par les acteurs eux-mêmes (avant le prix en acte ‘temporaire’, défini par le marché d’option). Une telle évaluation devrait être réalisée, comme avec les agences de notation actuelles, en fonction d’un cahier des charges (analyse fondamentale), fondé sur l’équité des rapports de force entre statuts sociaux des acteurs d’un même prix. Plus la note serait ‘positive’ et plus elle indiquerait  aux acteurs du marché d’options et au vendeur et à l’acheteur … la faiblesse du risque de non fin ou de non effet du contrat d’option, par le simple fait que dans un métayage financier, justement, le métayeur est dépendant du métayer pour la réalisation du sous-jacent.

Or, plus le métayer aura un rapport de force défavorable par rapport au métayeur au sein de la formation du prix, et plus le risque d’absence d’effet sera grand pour le contrat d’option (mauvaise qualité, résistance, manifestations, grèves, etc.) et donc plus la prime augmentera, pesant principalement sur le métayeur …

Objectivement, le métayeur a donc tout intérêt à bien évaluer ce risque de notation que pourrait lui faire courir une clef de répartition par trop défavorable au métayer et a donc intérêt à négocier avec le métayer une clef de répartition dans la formation du prix nominal la plus ‘équitable’ possible, afin que le jeu ne soit plus à somme nulle (la perte de l’un est le profit de l’autre) mais bien au contraire, un jeu à somme positive pour les différentes parties. L’inverse est aussi vérifié, puisque, dans le cas (hypothétique …) où c’est le métayer qui ‘prime’ dans son rapport de force d’avec le métayeur, un rapport de force social par trop déséquilibré pourrait être in fine défavorable par l’arbitrage de la notation éthique.

De sorte, que l’on retrouvera ainsi le fameux prix ‘profond’, ‘constant’ du concept de la valeur mais cette fois-ci expliqué par une causalité objective : des rapports de force sociaux dont les termes sont oscillants mais dont on peut néanmoins dégager une certaine constante sur certaines durées (exemple : ces 30 dernières années, où le prix fut constamment défavorable, de manière croissante puis ‘stable’, aux salaires, en comparaison des parts de la rente et du profit).

La ‘valeur’ ne nous sert donc à rien.

Définir ce type de système économique pose néanmoins un certain nombre de questions jusqu’alors non résolues :

1/ quel ‘tiers de confiance’, pour assurer l’objectivité réelle des 4 conditions définies plus haut (langage, distinction vendeur/acheteur, contre-partie sur la production et étalonnage du temps et du prix), ainsi que la réception des contrats d’option (accessibles à tous), pour que le marché unique d’option  fonctionne ?

On serait tenté de dire immédiatement que dans l’optique d’une cohérence de fonctionnement démocratique, cette ‘agence (unique) de notation éthique’ (ou démocratique) devrait échoir à l’Etat, dont l’objet est de garantir le contrat social (démocratique). Pour autant, au vu du fait que l’accès des classes sociales et le contrôle de cet accès aux organes de l’Etat sont soumis aux mêmes rapports de forces sociaux (de manière spécifique) que ceux intervenant dans la formation du prix (non transparence), il n’existe pas actuellement de solutions sans une réforme profonde de la démocratie, permettant notamment que les citoyens puisent exercer leur pouvoir de contrôle et d’action, y compris entre deux élections (via un mandat de représentant révocable et un référendum d’initiative populaire, par exemple). Le tirage au sort de citoyens pourrait être une autre solution.

2/ comment mettre en œuvre une telle ‘constitution’ ?

Seule la loi semble être opportune car il n’y a nul besoin de créer de nouveaux outils : les ‘anciens’ pourraient être tout simplement utilisés. Les bourses, les marchés à terme, les produits dérivés, les infrastructures, les compétences existent. Seule la volonté politique manque. Ce sont donc les citoyens, qui, par leurs votes, doivent permettre la création de lois ‘constituantes’ au travers de leurs mandants, y compris et surtout en faisant pression sur ces futurs représentants, lors d’élections, pour créer les conditions nécessaires à sa mise en œuvre. Si ces pressions électorales sont inefficaces, d’autres solutions peuvent être imaginées : l’exemple de l’appel de Cantona, bien que ratant sa cible, le prouve. L’absence par ailleurs de possibilité d’exprimer politiquement cette exigence laisse à prévoir que d’autres solutions hors du cadre politique actuel seront nécessaires.

Quelles seraient les conséquences (les effets pourrait-on dire) de la mise en place d’un tel marché unique d’option ?

Elles seraient multiples.

En premier lieu, cela proclamera la fin du règne, tyrannique, de la valeur en tant qu’abstraction de théories économiques, et avec elle, de l’absence d’effet (réalité) de la ‘science économique’, qui n’a jamais bien décrit que ce qu’elle concevait uniquement, soit, des abstractions. En ce sens, le marché unique d’option réunifierait les différentes facettes de l’humanité, en lieu et place de la schizophrénie actuelle menant à séparer le politique de l’économique, alors même que l’Homme est les deux, alternativement ou en même temps (cf. ‘La dissociété’, de Jacques Généreux).

En reprenant le fonctionnement du marché unique d’option, on peut aisément démontrer cette ‘réunification’. Un sujet (individu, entreprise, …) participe, que ce soit au sein de sa classe sociale ou entre classes sociales, au travers des ‘rapports de force’ qu’il entretient (négociations, conflits, alliances, etc., ce que les hommes font depuis le néolithique), à la formation de ‘leurs’ prix. Il définit le prix nominal du sous-jacent, afin qu’il soit côté par le marché, permettant ainsi d’évaluer la garantie nécessaire à ce qu’il soit réalisé effectivement. Il participe aussi, au travers de la cotation de la prime de risque, de l’évaluation du risque de non-effectivité, en investissant par exemple sur ce marché. Il participe encore (sous des formes à déterminer, directement ou indirectement) à la notation des options et de leur correspondance d’avec le contrat social, via la notation éthique. Il reçoit, quelle qu’elle soit, la part de son revenu au travers du prix réel du sous-jacent et de la prime, selon la clef de répartition auquel il a lui-même participé. Et au sein d’une société démocratique, il participe, selon les modalités démocratiques en cours, à la définition du cahier des charges éthique permettant à l’agence de noter les primes de risque.

Un seul et même sujet peut ainsi, tout à la fois et sans se trouver dans une injonction paradoxale, être : salarié/entrepreneur/investisseur, évaluateur, investisseur, citoyen.

Car, en tant que citoyen, il participe à la définition des politiques économiques, qui peuvent être différentes mais toutes s’intégrer au sein du marché unique d’options.

En effet, et c’est une seconde conséquence importante, à l’inverse d’une économie de marché (sous entendu ‘libérale’) le marché unique d’option est … un marché de l’économie.

Car rien n’interdit à ce que les citoyens (en démocratie) puissent librement définir la politique économique qu’ils désirent choisir, à l’inverse d’une économie de marché qui impose comme seule et unique solution l’échange tel qu’il se pratique actuellement : lucrativité sans fin, compétition de tous contre tous, spéculation, etc. Dans le marché unique d’option, les citoyens peuvent ainsi très bien, au travers des lois que leurs mandants votent, préférer une économie favorisant plutôt le salaire au sein de la tri-répartition des bénéfices (lois ‘sociales’, revenu citoyen, …) ou au contraire privilégier la rente sur le salaire.

On pourrait ainsi très bien imaginer une suppression de la rente, par la socialisation/nationalisation du crédit et la fin de l’intérêt versé pour le crédit ou faire en sorte que le profit ‘disparaisse’ socialement en faisant en sorte de proclamer la fusion entre le salaire et le profit (salarié-associé, coopérative) ou l’absence de profit (économie dirigée, nationalisation et service publics), voir même l’absence de salaire, de rente et de profit (associations, fondations, sur la base du don), sans pour autant que le système du marché unique d’option en serait altéré : il continuerait à fonctionner, de la même manière. De même, on peut tout aussi bien imaginer différents types de régimes politiques démocratiques, de représentation ou non : représentants élus et contrôlés, exercice de la souveraineté directement par les citoyens, systèmes intermédiaires, etc.

L’adaptabilité de ce fonctionnement permet justement le libre choix de la nature de l’économie des sujets, exprimé par ceux-ci au travers du politique et non pas inscrits dans le marbre comme l’est actuellement la définition de l’économie dans les traités européens de l’UE.

En ce sens, le marché unique d’option est aussi un marché d’options politiques, toutes légitimes si elles résultent des choix démocratiques des citoyens (en supposant que ceux-ci, dans une démocratie réelle, aient effectivement le choix, ce qui est une autre sphère de réflexion et d’action, à savoir la refonte de la démocratie).

Enfin, le terme ‘d’unique’ pour la dénomination de marché d’option est justifié puisque la fonction de ce type de marché à terme est bien d’échanger des matières livrables, quelles qu’elles soient : devises, matières premières, produits dérivés, actions, …

Toutes les ‘matières’ peuvent ainsi s’intégrer sur ce marché, avec les mêmes règles (ce qui facilitera par ailleurs leur comparaison) car il n’est pas normal ni sain que selon la nature de la matière, des règles différentes leur soient appliquées, contribuant ainsi à dissocier les matières, donc la réalité. De la même manière qu’un sujet peut être ‘réunifié’ par le marché unique d’option, la matière peut l’être aussi.

L’autre avantage de ce marché est qu’il limitera probablement la spéculation, les paris sur les fluctuations des prix, non pas tant parce ce marché est en soit un modèle de vertu mais bien parce que seules les primes seront cotées, les sous-jacents ne l’étant pas. En considérant (chose possible mais non obligatoire) que le prix des primes est inférieur au prix des sous-jacent, de par l’absence d’intérêt des acteurs du prix nominal à ce que la cotation de la prime dépasse le prix du sous-jacent (auquel cas et bien avant, ils ‘dénoueront’ le contrat d’option, soit en produisant et en livrant très rapidement, soit en se déclarant en défaut, ce qui limite par ailleurs l’intérêt de la spéculation), une éventuelle spéculation sur l’effet (la livraison effective) serait quantitativement plus réduite que si la spéculation devait porter sur la totalité de l’option (prime + sous-jacent). Enfin, étant un marché de livrable, le marché unique d’option oblige le vendeur à produire le sous-jacent ou à le garantir, ce qui réduit considérablement la vente ‘à nu’ spéculative, mais n’interdit pas l’achat ‘à nu’, dans un but spéculatif, des primes de risques. L’interdiction des paris sur les variations des prix serait donc toujours d’actualité, avec ce système …

Dans le même esprit, une unification de l’impôt sur le revenu serait nécessaire. Car, de la même manière que la matière et le sujet seront chacun réunifiés, il apparaît incohérent que l’outil de redistribution financière des rapports de forces sociaux (soit l’impôt) ne soit pas lui aussi ‘réunifié’.

L’impôt sur le revenu doit donc se transformer en impôt sur les revenus, un même citoyen pouvant être à la fois salarié, entrepreneur et rentier.

Pour quelle raison, selon son ‘état’, un même citoyen devrait connaître plusieurs ‘états’ de fiscalisation ?

L’impôt doit être unique, quels que soient les matières et les sujets concernés et ce quels que soient, là encore, les choix démocratiques de tous les citoyens pour définir collectivement les politiques de redistribution sociale des revenus entre le salaire, le profit et la rente et leurs niveaux (assiettes fiscales, etc.).

Il n’y aurait alors plus de césures entre : l’économie (la production de réalité), le politique (la définition des normes sociales de réalité), la répartition au sein de la société par le politique des effets de l’économie (impôts sur les revenus).

Enfin, cette réflexion ne porte pas sur des thématiques qui sont en tant que telles des sujets propres de débats, notamment concernant la monnaie, même si cette question est représentée dans le marché unique d’options, qui intègre les devises, soit les réalités anticipées et à livrer des entités, nationales ou supra-nationales, utilisant une monnaie pour échanger, avec une même évaluation de leurs risques à être ou non livrées à terme (selon les conditions de l’option).

De même aussi, les débats sur la démocratie et la forme qu’elle doit prendre et sur la nature de la ou des propriétés : on peut très bien imaginer que les citoyens aient, par exemple, envie de définir la nature de la propriété, autrement que par la propriété privée ou publique, une nature ‘commune’ de la propriété par exemple, dont les caractéristiques seraient anticipés et la ‘livraison’ (la réalité) évaluée sous forme de prime, le sous-jacent étant … nul, car commun. Le seul objet (fin) de ce type d’option serait de proposer au marché unique d’option une option sur l’altération, par exemple, de l’air pour une nation donnée, à partir des caractéristiques définies au moment de l’option, caractéristiques devant être identiques ou améliorées, au terme de l’option. A l’inverse des ‘permis de polluer’, ces options permettraient, via leurs primes de ‘risques’, d’évaluer de manière permanente, par tous, les évolutions des politiques menées par les nations en question concernant ces ‘biens communs’. Et comme le sous-jacent est ‘nul’ financièrement (car non ‘évaluable’, financièrement), la prime est potentiellement non limitée, soit un risque financier maximum pour les nations en question, risque ayant par ailleurs un impact sur les autres contrats d’options de ces mêmes nations, notamment sur les obligations : comment en effet évaluer positivement des contrats d’obligations d’une nation quand celle-ci obère au travers des biens communs dont elle a l’usufruit son propre avenir, soit une partie de ses capacités à livrer une réalité conforme aux contrats d’option d’obligation qu’elle expose sur ce même marché unique d’options ? L’écologie est donc, aussi, potentiellement concernée par le marché unique d’options.

PS :

Les mots ayant leur importance dans la compréhension commune des formes (intentions) et des matières (sujet du débat), on peut aussi transformer le langage utilisé si cela s’avère nécessaire, afin d’écarter des représentations qui n’auraient pas lieu d’être :

–      ‘marché unique d’options’ : ‘marché unique des livrables’

–      ‘prime de risque’ : ‘prime de risque de non livraison’

–      ‘valeur’ : ‘valeur en théorie économique’

–      etc.

Deux éléments important doivent donc être retenus, au-delà des termes utilisés :

–      le marché décrit est uniquement accessible aux ‘matières’ produites et livrées (ce que ne sont pas forcément uniquement les marché à terme actuellement). En ce sens, le marché unique d’options est bien un marché à terme mais un marché d’anticipation de réalité, pas de plus-value ;

–      la prime de risque n’est pas un outil de définition des ‘risques’ que pourraient générer tel ou tel acteur et dont une contre-partie aurait besoin de les connaître pour mieux définir son ‘risque’ de plus-value (ou de moins value). La prime dans le marché unique d’options est une évaluation du risque de non-production et de non-livraison d’une réalité anticipée.

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125 réflexions sur « UNE CONSTITUTION POUR L’ECONOMIE, par Zébu »

  1. J’ai compris pourquoi vous ne publierez pas ma contribution. Alors que je cherche à supprimer les marchés financiers et certaines activités bancaires pour les remplacer par un 4ème pouvoir politique, vous chercher à créer les règles d’un marché financier dont les spéculateurs arbitreront la lutte des classes.

    Il faudrait que je relise ce billet et y mette des mécanismes concrets sur cette abstraction absconse, mais pour le moment je ne fais pas la différence entre votre « marché de l’économie » et une marchandisation de la démocratie, qui n’est pas du tout votre but bien sûr.

  2. Tiens, j’avais pas vu cet article de zébu. Je suis un peu fatigué et il est possible que tout ceci me dépasse, et donc j’ai rien compris même si cela semble plus accessible que du PSJ. Mais je tiens à applaudir l’effort fourni et à l’encourager. Si j’en juge par l’apparence du texte, c’est loin d’être des élucubrations.

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