L’actualité de la crise : PLUS ON AVANCE, MOINS ON SAIT QUOI FAIRE, par François Leclerc

Billet invité.

Tenir une simple liste des discussions entamées et laissées en suspens, pour ne pas parler des mises à jour de dossiers, est une tâche qui de jour en jour s’alourdit. Sans aller chercher jusqu’aux Etats-Unis, où la lancinante question de la réduction du déficit fédéral n’est pas près de trouver une réponse, imposant dans l’immédiat au Congrès de relever le plafond autorisé de la dette publique, l’Europe n’est pas mal pourvue sur ce chapitre.

Il en ressort, pour en faire la synthèse, que plus on avance, moins on sait quoi faire.

L’émission des euro-obligations, que l’on croyait pour un temps enterrée, a déjà rejailli à Paris, à l’occasion d’une visite jeudi de Georgios Papandréou, le premier ministre grec. Prudemment, il a avancé qu’il faut utiliser « tous les outils possibles de la boîte à outils », après avoir affirmé en décembre dernier vouloir contribuer à réunir un million de signatures d’Européens en sa faveur. Il s’inscrivait alors dans le cadre de L’initiative citoyenne européenne, qui permet selon le Traité de Lisbonne de saisir la Commission européenne. A l’occasion du démarrage de la présidence de l’Union européenne par la Hongrie, son ministre des finances György Matolcsy a immédiatement pris le relais depuis Budapest. Parlant des euro-obligations, il a pronostiqué : « Je l’exclurais aisément pour d’ici à la fin de l’année. Mais, d’ici à 2013 ou d’ici au milieu de la décennie, je suis très optimiste quant à l’issue finale : nous aurons certainement des nouveaux instruments financiers comme les euro-obligations ».

Une nouvelle vague de stress tests avait par ailleurs été bien décidée par les leaders européens, mais l’on n’en parlait plus, relevant seulement que la Société Générale s’était depuis publiquement prononcée contre leur tenue. Dans un article publié par le Financial Times, George Osborne, le ministre des finances britannique, n’y va pas par quatre chemins. Rappelant cette décision, il a la cruauté de souligner que les précédents avaient mis en évidence un besoin de financement des banques de 3,5 milliards d’euros, ce qui s’est six mois plus tard révélé être à peine le dixième de ce que les seules banques irlandaises avaient besoin. Suggérant de ne pas répéter une telle erreur d’appréciation, il propose que les prochains tests soient validés par le FMI, histoire de les rendre cette fois-ci crédibles… Et qu’ils prennent en compte non seulement le ratio de fonds propres mais aussi le niveau et la qualité des liquidités. On voit bien qu’il n’est pas dans la zone euro, lui…

La réforme du système monétaire international fait partie des grands sujets à éclipse. Elle revient sur le devant de la scène, la présidence française du G20 en ayant fait l’un de ses chevaux de bataille. A l’occasion d’un colloque parisien, Christine Lagarde, la ministre française des finances, a tenté un diagnostic. Pour énumérer « une grande volatilité des flux de capitaux, qui affecte beaucoup plus gravement les pays émergents et les pays les moins développés », « l’insuffisance des actifs de réserve, sûrs, stables » ainsi que « l’absence d’une enceinte de coordination appropriée, efficace en matière de changes ». Ensuite plus évasive sur le terrain des solutions, proposant d’aller « vers un système qui soit plus équilibré, plus stable, plus transparent ». Avec comme objectifs d’améliorations : « mieux protéger » les pays émergents, « mieux diversifier » les monnaies de réserve et « mieux coordonner » le tout. Au niveau de généralités auquel elle s’est volontairement tenue, les discussions ne manqueront pas d’espace pour s’engager ; autre chose sera de concrétiser.

Un dernier sujet monte en puissance, celui-là destiné à devenir permanent, après avoir du être recadré. Initialement présenté sous l’angle institutionnel de la « gouvernance économique », qui s’est heurté au refus allemand, il est dorénavant évoqué comme la réalisation d’une « convergence fiscale et sociale » au nom de laquelle bien des forfaits se préparent. Un rapport de deux parlementaires UMP vient d’être remis à Nicolas Sarkozy, qui va le transmettre au président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy.

Remarquant avec un sens très politique qu’« il n’est ni souhaitable ni possible d’institutionnaliser trop l’Eurogroupe », leurs auteurs affirment « qu’aucune sortie de crise durable ne se fera sans un approfondissement de la convergence, notamment franco-allemande » et « suggèrent à cet égard de mettre en place un calendrier de convergence sociale et fiscale impliquant les deux Parlements ainsi qu’une nouvelle impulsion à la coopération industrielle entre les deux pays ».

François Fillon, le premier ministre, n’a pas tardé à en tirer les conclusions : « Les questions de convergence et d’harmonisation vont s’imposer en haut des priorités européennes », a-t-il déclaré. « C’est dans cet esprit d’ailleurs que j’accueille de façon positive l’ouverture d’un débat en France sur le coût du travail et la question des 35 heures », ajoutant « on ne peut imaginer à long terme une zone euro dans laquelle le temps de travail, l’âge de la retraite, le coût du travail soient complètement divergents ». On craint qu’il en sera en ces matières comme pour la fiscalité : l’alignement se fera par le bas. Quant à une politique économique commune, le sujet n’est lui pas prioritaire…

Xavier Bertrand, le ministre du travail, a également tiré ses propres conclusions. Pas favorable à ce que le chiffon rouge des 35 heures soit agité, il a estimé que l’essentiel était d’avoir plus d’emplois et qu’il fallait donc poser la question du « coût du travail ». Si l’on comprend bien, il faudrait selon lui répartir la masse salariale pour en faire bénéficier les chômeurs.

Tous ces débats vont-ils ou non aboutir, et quand ? Rien ne justifie, pour ceux qui ont voix au chapitre, de trop se précipiter. Une réalité va pourtant les rattraper, qui s’est déjà rappelée à eux sans tarder dans l’actualité de ce tout début d’année. Il s’agit des tensions du marché obligataire, considéré selon tous ses compartiments : dette souveraine, des banques et des grandes entreprises. Car les cloisons n’y sont pas étanches. Au contraire, ces compartiments communiquent entre eux. Les emprunteurs sont de différentes natures, mais les investisseurs ont les mêmes intérêts à défendre. Une forte concurrence entre les débiteurs était annoncée, on est arrivé dans le vif du sujet.

L’année n’a pas seulement commencé avec de premières douloureuses émissions obligataires des Etats, qui ne pouvaient les reculer. Elle a été également l’occasion pour de nombreux émetteurs privés de se précipiter sur le marché, afin de réaliser leurs opérations de financement avant que le peloton des Etats ne se présente et ne fasse, comme tout le monde s’y attend, encore monter les taux. Selon la banque écossaise RBS, les Etats de la zone euro devraient en 2011 venir chercher sur le marché 826 milliards d’euros.

Si le début de l’année est de tradition un moment d’affluence sur le marché, on n’avait jamais vu cela. Des grandes entreprises ont pris les devants, mais ce sont surtout les banques qui se sont manifestées. En une seule semaine se sont succédées BNP Paribas, ABN AMRO, le Crédit Agricole, Loyds Banking Group et Barclays… Une fois constaté que les mégabanques se dépêchaient pour être servies en premier, une caractéristique commune de leurs émissions frappe : dans tous les cas il s’agit de covered bonds, ces obligations sécurisées qui offrent le maximum de garanties aux investisseurs, y compris en cas de banqueroute.

Est-ce à rapprocher des intentions de la Commission européenne, dont un papier a été rendu public afin d’engager une consultation, prévoyant notamment que les obligations seniors des banques pourraient dans l’avenir subir une décote, ou bien être transformées en actions, en cas de problème rencontré par celles-ci, une fois les actionnaires mis à contribution ? En tout cas, la seule éventualité de telles dispositions va contribuer à tendre le marché obligataire, en particulier lorsque les banques des pays « périphériques » vont tenter d’émettre de la dette « senior » sur le marché. Les difficultés qu’elles rencontreront rejailliront alors immanquablement sur les Etats, déjà en fâcheuse posture. Un nouveau mécanisme compliquant l’imbroglio existant est en train de se mettre en place.

Par contagion, les marchés obligataires communiquent entre eux. Privée ou publique, de la dette est toujours de la dette et les taux des uns influent sur ceux des autres. Hier soir jeudi, le taux long portugais dépassait les 7% et celui des Italiens atteignait 4,769%. La prochaine émission portugaise a lieu le 12 janvier…

La Commission s’aventure donc sur un terrain miné, où elle essaye de se frayer un chemin. Craignant de vives réactions des marchés et ne pouvant pas rester les bras croisés. Certes, insiste-t-elle beaucoup, des décotes ne sont envisagées que pour les obligations émises par les banques et non par les Etats. En retrait donc des propositions allemandes. Mais l’on devine déjà les levées de boucliers, les banques ayant prévenu qu’il allait en résulter pour elles un surenchérissement de leurs coûts (et donc une baisse de leurs encours de prêts, menacent-elles). Après avoir cru trouver avec la titrisation une miraculeuse manière de supprimer le risque en l’évacuant, le système financier – qui en est revenu – préfère désormais renouer avec une valeur éprouvée, à laquelle il a pris goût : la défausse sur la puissance publique en cas de gros pépin. Afin que la prime soit pour lui et le risque pour les autres.

Que restera-t-il de cette proposition à l’arrivée ? Il reste une petite soupape de sécurité avec les CoCos, mais le Comité de Bâle tarde à rendre son verdict et à préciser comment ils devraient être structurés pour être éligibles aux fonds propres Tier one. Et, encore une fois, on ne connaît pas la réaction des investisseurs à ce nouveau produit financier.

Le comportement du marché obligataire va rythmer la poursuite de la crise européenne, avec des effets qui ne vont pas uniquement toucher les Etats, mais aussi les banques et les grandes entreprises. Sans raison que cela s’arrête tant qu’une restructuration des dettes publiques et privées n’aura pas été accomplie. Le coût des CDS des pays dits « périphériques » continue de grimper, exprimant que la crise va rebondir.

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108 réflexions sur « L’actualité de la crise : PLUS ON AVANCE, MOINS ON SAIT QUOI FAIRE, par François Leclerc »

    1. Oups ! Parti trop vite ! « Semblerait »  » « ait »

      Je n’arrive pas à comprendre l’écart constant entre l’observation et la « réalité » journalistique. A moins que le BDI ne soit vraiment plus un indicateur fiable ?

    2. Je vous comprends en un sens, Valjean. Pour certains blogueurs, la baisse du BDI est un élément annonciateur de l’apocalypse. Pour d’autres, le BDI n’est que ce qu’il est : une statistique parmi d’autres (celle-ci concernant la mesure du frêt maritime). Je pense que P. JORION est plutôt de la deuxième école. Donc, pas de conclusion hâtive, svp.

  1. François Fillon, le premier ministre, n’a pas tardé à en tirer les conclusions : « Les questions de convergence et d’harmonisation vont s’imposer en haut des priorités européennes », a-t-il déclaré. « C’est dans cet esprit d’ailleurs que j’accueille de façon positive l’ouverture d’un débat en France sur le coût du travail et la question des 35 heures », ajoutant « on ne peut imaginer à long terme une zone euro dans laquelle le temps de travail, l’âge de la retraite, le coût du travail soient complètement divergents ».

    oui, mais :
    « Ce n’est pas une première, mais, cette fois-ci, cela pourrait avoir des conséquences concrètes. Comme en 2002 et en 2005, dans le rapport annuel publié hier, le Comité européen des droits sociaux (CEDS) affirme que la réglementation française du temps de travail n’est pas conforme à la Charte européenne des droits sociaux fondamentaux. Cette instance composée de 15 experts s’est penchée sur la loi du 20 août 2008 qui a profondément remis en question la réglementation sur les 35 heures. Elle cible deux dispositifs : le forfait en jours et les astreintes.

    Une critique a déjà été faite par le comité par deux fois sur le premier point. L’encadrement des forfaits en jours de travail est jugé insuffisant car on peut aller jusqu’à 78 heures de travail hebdomadaire, ce qui n’est pas « raisonnable ». Il s’y en ajoute cette fois-ci une autre. Le comité déplore que la loi « n’impose pas que les conventions collectives prévoient une durée maximale, journalière et hebdomadaire ». En clair, le temps de travail doit être encadré, si ce n’est pas par la loi, ce doit être par la négociation collective. Enfin, le comité conclut à la non-conformité du droit français sur les astreintes, qui doivent « donner lieu à compensation, financière ou sous forme de repos ».
    http://www.lesechos.fr/journal20101217/lec2_entreprises_et_marches/0201010791900-temps-de-travail-la-france-a-nouveau-epinglee.htm

  2. Tant que l’on fait semblant d’ignorer que la dette ne peut que connaître la croissance exponentielle, tout comme la créance, toutes ces considérations ne concerneront que la question à qui on filera le mistigri de la décote qui, elle, est inéluctable. On peut admirer la guerre des nerfs qui se joue. On peut aussi admirer la capacité de souffrance des peuples face à une machination capitaliste totalement hors contrôle.

  3. à
    chris06 8 janvier 2011 à 00:34

    « @Alain V. Evidemment, quand on présente les choses de façon tant malhonnete que vous, on est forcé d’arriver à des conclusions erronées : »

    Pourquoi chercher de la malhonnêteté ?
    Nous n’avons pas les mêmes sources. Les vôtres seraient plus valides ???

    1. Ce n’est pas une question de vérité des sources mais de focale. Tout va si bien en Allemagne ? Votre objet est-il de signaler que les visions françaises et allemandes sont fortement opposées et qu’il n’y a pas de rapprochement possible ou simplement de vouloir démontrer que le modèle allemand est supérieur en efficacité ? (dans ce dernier cas la focale peut faire en sorte que des arguments vous tombent dessus sans que vous les ayiez vus venir…)

    2. Quelle source utilisez vous, j’ai cité les miennes.

      Sur le premier point :
      votre affirmation : le déficit de la France va grossir cet année en % du pib, alors que celui de l’allemagne va diminuer

      Que cela soit l’IMF, la BCE, l’UE, les gouvernements Français et Allemands, aucune de ces sources ne font état d’une telle prévision.
      Donc, quelle est votre source pour une telle affirmation?

      Sur le second point:
      votre affirmation : les taux des obligations Françaises ne ont qu’augmenter, alors que ceux de l’Allemagne baissent
      Ici, ce n’est pas une question de source, les taux sont ce qu’ils sont, tout le monde peut vérifier que votre affirmation est fausse en regardant les courbes de taux en 2010.

  4. bonjour a tous
    je ne comprend rien à l’économie et encore moins à la macroéconomie.
    je viens d’acheter un appartement en IDF faut il que je vende ?
    et faut il que j’investisse dans l’or?
    merçi a tous.

    1. Encore une personne qui a tout à perdre
      Ou dois je investir ??
      Donc aucun espoir après lecture du blog toujours pas compris que alimenter le monstre
      Nous entraine à l esclavage

  5. quand on a des dettes on les rembourses dans cas contraire on vous saisie pour une entreprise elle fait faillite, se fait saisir et dépose le bilan avec les conséquences juridique qui s’en suivent.
    mais pour un pays comme la france si elle ne paye pas ses dettes qu’est ce qui se passe?
    qu’elles sont les recours des créanciers ?

    1. La réponse à votre question peut-être simple : soit une guerre si les prêteurs sont étrangers, soit une guerre civile ou au moins un énorme chaos économique si les prêteurs sont nationaux. Tout dépendra du niveau de la dette. A part çà, il n’y a rien à faire, ou éventuellement sanctionner les représentants de l’Etat, en place au moment de la faillie, aux prochaines élections…

  6. « pour un pays comme la france si elle ne paye pas ses dettes qu’est ce qui se passe ? »

    A mon humble avis, il faut différencier deux créanciers :

    1- Les créanciers privés : si la France fait défaut, les créanciers l’auront dans le c.., comme d’habitude. Ensuite, dans les années suivantes, d’autres créanciers privés recommenceront à prêter à la France. Ce qui est intéressant, c’est de voir le nombre de défauts de paiement entre 1501 et 2002.

    Entre 1501 et 2002, quels sont les Etats qui ont été en défaut de paiement ?

    Réponse :

    1- L’Espagne : l’Espagne a été 13 fois en défaut de paiement.

    2- L’Equateur : 9 fois en défaut de paiement.

    3- Le Venezuela : 9 fois.

    4- La France : 8 fois. Rappel : le dernier défaut de paiement de la France remonte au 30 septembre 1797 (les historiens l’appellent « la banqueroute des Deux Tiers »).

    5- L’Allemagne : 8 fois.

    6- Le Mexique : 8 fois.

    7- L’Uruguay : 8 fois.

    8- Le Brésil : 7 fois.

    9- La Colombie : 7 fois.

    10- Le Liberia : 7 fois.

    http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2010/02/sov-default_21.png

    A chaque fois, les créanciers privés ont perdu leur argent. Pourtant, quelques années après, d’autres créanciers privés ont recommencé à prêté à la France, comme si rien ne s’était passé.

    Autrement dit : même quand un Etat fait défaut, il trouvera des créanciers privés qui lui prêteront de l’argent quelques années plus tard.

    Passons aux créanciers « publics ».

    2- Les créanciers « publics » : si la France fait défaut, la Chine sera furieuse, d’autres Etats seront furieux.

    Hypothèse : les Etats qui ont prêté à la France seront tellement furieux qu’ils adopteront des mesures de représailles.

    Par exemple : la Chine arrêtera de vendre à la France des terres rares. La France se tournera vers d’autres fournisseurs de terres rares. Problème : la Chine contrôle 95 % des terres rares.

    Conclusion : la France devra faire le tri entre ses créanciers « publics ». La France devra seulement rembourser les « grands » Etats avec lesquels elle doit rester en bon terme.

    Mais en revanche, les « petits » Etats créanciers de la France pourront être sacrifiés. La France ne doit pas rembourser les « petits » Etats qui lui ont prêté de l’argent.

    C’est cynique ?

    Oui, c’est cynique.

    De toute façon, la France retrouvera des créanciers qui lui re-prêteront de l’argent dans quelques années.

    L’idéal, ce serait de changer de système.

    L’idéal, ce serait de dire : « Pour se financer, l’Etat ne doit pas emprunter sur les marchés internationaux ».

    Le problème serait résolu.

    Mais allez expliquer ça à Sarkozy.

  7. Un des problèmes dans les solutions évoquées c’est qu’elles semblent se focaliser sur la dimension financière de la crise alors que la crise a bien d’autres dimensions comme je l’ai plusieurs fois évoqué dans ce blog dimensions sociales et organisationelles, liées en partie à des changements technologiques comme l’automatisation des processus industriels et commerciaux et changements politiques au travers de la mondialisation, effets accentués par les moyens technologiques de transmission de l’information…

    Outre les nécessaires ajustements financiers, il faudra mettre en place des politiques sociales capables de contrecarrer les effets de modifications sous-jacentes profondes dans les systèmes qui sous-tendent le fonctionnement apparent de nos économies et de nos sociétés. Résoudre les problèmes financier au niveau des superstructures ne réduira ni les inégalités ni la pauvreté.
    Voici une petite contribution au niveau européen dans lequel j’ai pu avoir une petite participation directe:

    Je pense, en accord avec d’autres personnes actives au niveau européen, à travers le mouvements associatifs, qu’il faut donner des ressources à l’Europe pour conduire une vaste politique sociale au niveau européen car au niveau des états rien ne se passera : en effet les états ne peuvent individuellement prendre de décisions en matière de politique sociale sans aggraver leurs déficits publics d’un côté ou augmenter les prélèvements fiscaux de l’autre.
    Compte tenu des critères imposés par les traités européens d’un côté et les pressions du FMI de l’autre, les états ne peuvent se lancer dans des politiques sociales qui aggraveraient leurs déficits publics. Par ailleurs un accroissement des prélèvements fiscaux au niveau d’un seul état mettrait ce dernier dans une situation d’abaissement artificiel de sa compétitivité par rapport aux autres états européens ce qui se ferait, in fine, aux dépend des populations dans un processus de non compétitivité des entreprise locales, se traduisant par un accroissement du chômage dans le pays qui aurait choisi d’augmenter ses prélèvements fiscaux. Il faudrait rajouter au poids pesant sur les populations, l’accroissement des prix à la consommation: les entreprises du pays cherchant à maintenir une partie au moins de leurs marges bénéficiaires amputées par des prélèvements fiscaux plus importants.
    Une politique sociale forte financée au niveau européen permettrait d’éviter ce problème des déficits étatiques et donc du peu d’empressement des états à mettre en place les stratégies sociales conçues par les instances européennes (c’est le moins qu’on puisse dire, les états s’opposant même directement à ces politiques européennes) Saviez vous par exemple que la Commission Européenne a développé un processus de coordination entre les autorités gouvernementales et les forces vives de la société civile, ce processus est appelé MOC : Méthode ouverte de Coordination, processus selon lequel les gouvernements doivent se concerter concrètement avec les organisations syndicales et associatives de manière régulière pour ajuster leurs politiques aux besoins exprimés… Avez-vous entendu parler ou lu dans un journal ne serait-ce qu’une fois de telles réunions de concertations ? En France ni dans aucun autre état membre de l’Union Européenne. Cet instrument de la MOC est pourtant bien rodé et certaines associations en particulier au niveau de la lutte contre la pauvreté essaient de s’en servir en consultant régulièrement leurs bases. Ces associations font pression pour que le commission européenne et le parlement européen mettent la pression sur les états membres de l’union Européenne (UE) pour qu’ils mettent en place des structure permettant d’engager de telles concertations. Or ce sont les états européens qui résistent le plus à ce genre de demandes. Et ni la commission ni le parlement européen n’ont les moyens financiers ou légaux de soutenir directement les mouvements associatifs nationaux dans de telles démarches de concertation.
    C’est pourquoi je pense que des investissements sociaux faits au niveau européen auraient un plus fort potentiel à réduire les inégalités sociales inter individuelles et inter –étatiques, les secondes étant causes de dumping fiscal et social dont les principales victimes sont les couches sociales ayant des revenus moyens ou bas et très bas.
    Voici un extrait de la dernière lettre d’information de la Plate-forme sociale qui déplorait cette résistance des états à appliquer les directives européennes en matière sociale ou de lutte contre les discriminations. (il y en a en effet, mais pour des raisons que je ne comprends pas, on n’en parle jamais dans les médias)

    Texte original de la Plate-forme Sociale en anglais: (ma traduction, rapide et imparfaite, plus bas)
    Social policy priorities deserve strong financial support in EU budget
    In 2010, with EU-wide unemployment on the rise (reaching 10,1%) and over 116 million people affected by at least one form of social exclusion, Social Platform called on national ministers, heads of state, MEPs and Commissioners to react strongly to the social impact of the economic crisis in Europe.
    We asked for the adoption of the anti-poverty target and the social inclusion guideline in the Europe 2020 Strategy, together with the anti-discrimination and maternity leave directives. On the last two, despite the support of the European Parliament, member states have so far turned a blind eye.
    For a social recovery, policy priorities have to be matched with financial support. Although 2010 was the European Year Against Poverty and Social Exclusion, public authorities across the continent cut their social services budgets. That’s why in 2011, we’ll ask the Commission to propose a budget for the coming years that backs the EU’s social policy priorities with strong financial support from its budget, so that they don’t remain just words. This will be our main battle.
    Traduction:
    Les priorités de la politique sociale nécessitent un puissant soutien financier dans le budget européen
    En 2010 avec une chômage européen croissant (atteignant 10,1%) et plus de 116 millions de gens affectés par au moins une forme d’exclusion sociale, la Plate-forme Sociale a lancé un appel aux ministres nationaux, aux chefs d’états, aux parlementaires européens (MEP) et aux membres de la commission européenne à réagir fortement à l’impact social créé par la crise économique en Europe.

    Nous(Plateforme Sociale) avons demandé l’adoption des objectifs anti pauvreté et des recommendations sur l’inclusion dans la stratégie Europe 2020, ainsi que la directive antidiscriminatoire et celle sur le congé de maternité. Sur ces deux derniers points, malgrès le soutien du parlement européen, les états membres de l’UE n’ont rien voulu savoir.

    Pour une reprise sociale, les priorités politiques doivent être suivies de soutien financier. Bien que 2010 ait été l’année contre la pauvreté et l’exclusion sociale, les autorités publiques étatiques sur tout le continent[européen] ont réduit leurs budgets en matière de services sociaux. C’est pourquoi en 2011 nous demanderons à la Commission de proposer un budget pour les prochaines années, qui appuie les priorités sociales européennes par un soutien financier prévu dans son budget en sorte que ces priorités sociales ne restent pas simplement des mots. Ceci sera notre principale bataille.
    Fin de citation / traduction
    Bien cordialement.
    Paul

  8. Ce dimanche de 12h05 à 14h
    Stéphane Paoli recevait dans son Journal 3D Quelques auteurs de livres ayant trait à l’Europe.
    Le thème était :
    Face à l’inacceptable : l’Union européenne en a-t-elle ou pas

    Les échanges lors de cette émission allaient dans le même sens que mon précédent message. Les états se sont renfermés sur leurs petits avantages et l’Europe n’a pas les moyens de les faire évoluer vers plus de solidarité.

    Pour ceux que ça intéresserait l’émission peut-être réécoutée à l’adresse suivante.
    http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/journal-3D/

    Une des remarques m’a beaucoup marqué : le manque de force politique de l’Europe est dû à plusieurs factuers, l’un d’entre eux, au-delà des égoïsmes étatiques est le manque d’une constitution européenne. L’une des intervenant laissait entendre que le traité de Lisbonne qui a pris la place du traité constitutionnel auquel plusieurs pays ont répondu « NON » remet l’Europe à un simple domaine d’échanges commerciaux et financiers, n’ayant même pas le peu de cohésion politique qui aurait pu permettre à l’Europe de faire bloc contre la crise de 2008 fondamentalement causée par la baisse des revenus américains baisse que les banques soutenues par le gouvernement américain ont essayé de compenser par des politiques de crédits à bon marché et une attitude laxiste sur la qualité des investisseurs privés…

    On m’a déjà fait remarquer que le vote au référendum avait réglé le problème, permettez moi de dire que le problème n’est pas réglé du tout : à l’heure actuelle il n’y a pas d’Europe, autre que comme une vague entité ayant un historique partagé fait d’une série de dominations impériales successives et malheureusement sur un plan encore plus négatif d’une suite de guerres fratricides. C’était un des sujets abordés ce midi à France Inter.

    On doit bien entendu respecter un vote ayant rejeté le texte du traité constitutionnel, et en cela, la signature du traité de Lisbonne est un déni de démocratie, passant au dessus des têtes des citoyens contre leurs votes. Mais en plus son contenu est pire que celui du traité constitutionnel qui a été rejeté… J’ai été personnellement très déçus qu’il n’y ait pas eu plus de protestations suite à ce viol manifeste d’une décision du peuple. En effet, bien que j’ai été en faveur du OUI au référendum, j’en avait accepté le rejet démocratique. En étant toutefois inquiet des conséquences de ce rejet. Ces craintes se sont confirmées quand après le vote scélérat du traité de Lisbonne certains états ont demandé et obtenu assez facilement des exceptions à certaines clauses concernant les droits fondamentaux (Irlande et Pologne pour des raisons religieuses obtenant des exceptions sur la liberté des préférences sexuelles qui font partie des droits fondamentaux) L’angleterre a profité des nouvelles circonstances pour se libérer encore plus de toute contraintes sociales telles qu’inscrites dans la charte européenne des droits sociaux.
    Le traité de Lisbonne en réduisant l’Europe encore plus à sa dimension de marché a permis ce genre de manœuvres. Je m’oppose farouchement à ce traité de Lisbonne dans pratiquement tous les domaines.

    Il n’e demeure pas moins qu’il n’y a pas de traité constitutionnel européen. Le traité de Lisbonne ne pouvant pas en tenir lieu. L’Europe n’a pas de gouvernance et cela s’est particulièrement fait remarquer lors des dernières crises liées ou non à la crise économique de 2008. Le traité constitutionnels a été rejeté par un vote au suffrage universel, c’est un fait accompli.

    Toutefois un vote peut-être annulé par un autre vote dans des conditions identiques au vote initial. Il me semble qu’il serait essentiel qu’une vaste consultation préliminaire permette d’explorer la faisabilité d’une constitution européenne dont on enlèverait les parties faisant références à l’économie de marché, références qui de toute façon n’avaient rien à faire dans un traité constitutionnel. Il faudrait se concentrer sur un texte qui se consacrerait à des règles constitutionnelles c’est-à-dire organisant les institutions de gouvernance et les liens qui existeraient entre ces institutions et les populations concernées par cette gouvernance, modes de représentativités des populations. Relations entre les institutions européennes ainsi créées et les institutions nationales existantes ou à venir. On devrait trouver dans ce texte les règles concernant sa propre modification et les voies par lesquelles ces dernières pourraient être initialisées puis développées, tout comme c’est les cas des constitutions nationales pour lesquelles des procédures précises ont été prévue pour leur révision.

    Cela dépasse sans doute le cadre de cette discussion, mais il me semblait que l’impuissance de l’Europe à faire face aux situations graves qui se présentent à elle était un sujet en liaison avec l’évolution économique et sociétale que nous traversons. Je trouve lamentable que le poids économique, démographique et social de l’Europe qui est au moins équivalent à celui des USA ne puisse s’appuyer sur une stratégie qui lui permettrait de résister aux pressions des marchés américains et à celles du FMI.

    Dans mon message précédent j’avais simplement abordé le thème de l’Europe sociale et j’ai élargi ce thème suite à l’émission de Stéphane Paoli ce midi.

    Bien à vous.

    Paul

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