L’actualité de la crise : TOURNANT EUROPÉEN, par François Leclerc

Billet invité.

Devant la perspective, les jours qui viennent, d’un tir groupé d’émissions obligataires – grecque, portugaise, espagnole, puis italienne – la crise européenne a été brutalement ravivée et va à nouveau mettre des gouvernements européens mal préparés dans l’obligation d’improviser.

Le déferlement de démentis apportés à l’information publiée par Der Spiegel, selon laquelle le Portugal allait demander de l’aide, n’est pas spécialement convaincant, apparaissant comme une répétition des deux précédents épisodes grecs et irlandais. Pis, le Portugal tombé, l’Espagne serait alors le prochain sur la liste. Imposant alors de revoir sans plus de cérémonie le dispositif provisoire de sauvetage actuel, qui ne pourrait y faire face. C’est pourquoi la BCE a repris ses acquisitions d’obligations, à une plus large échelle semble-t-il, afin que le Portugal puisse malgré tout passer l’échéance de cette semaine.

Une autre inconnue prend de plus en plus corps outre-Atlantique, à la suite des alarmes successivement lancées par Alan Greespan et John Lipsky, le numéro 2 du FMI, afin que les Etats-Unis commencent sans plus tarder à réduire leur déficit budgétaire. Les taux obligataires américains, qui restent bas en dépit de leurs progressions récentes, vont-ils longtemps pouvoir continuer à y rester ? La crise obligataire pourrait-elle gagner les Etats-Unis ?

Dans un contexte déjà très lourd, de prochaines coupes claires dans le budget fédéral ne contribueront pas à alléger la crise sociale. Comme rappelé dans La fausse baisse du chômage américain, 43 millions d’américains se nourrissent grâce aux food stamps (tickets d’alimentation), soit 14% de la population totale. La fréquentation des soupes populaires aurait augmenté en 2010 de 25% et plus de 600.000 personnes chercheraient chaque nuit un abri.

Ces rebondissements prévisibles de la crise obligataire ne doivent pas pour autant amener à négliger les établissements bancaires, également à la recherche de financements dans les meilleurs conditions.

On apprend en effet que la mégabanque britannique Barclays envisagerait de créer une bad bank, afin d’y parquer ses actifs douteux. Poursuivant deux objectifs : se préparer à répondre aux contraintes réglementaires de Bâle III, afin de ne avoir à prendre en compte ces actifs dans le calcul de son ratio, et dégager une meilleure rentabilité pour mieux attirer les investisseurs et augmenter ses fonds propres.

A Wall Street, 19 mégabanques pressent la Fed pour les mêmes raisons, afin qu’elle leur fasse passer de nouveaux stress tests, suite aux précédents de mai 2009, et leur permettre ensuite de redistribuer des dividendes aux actionnaires. Leurs résultats, en mars prochain, ne seront pas rendus publics mais pourraient permettre aux mégabanques de récompenser les investisseurs impatients qui y ont injecté des milliards de dollars.

La Fed vérifiera leur capacité de résistance à deux scénarios difficiles que les banques pourraient rencontrer – rendus publics dans leurs seules très grandes lignes – ainsi que l’adéquation du niveau de leurs fonds propres avec Bâle III, en tenant compte de la possibilité toujours ouverte que les mégabanques aient l’obligation d’aller au-delà. Tout ceci sans aucune transparence, mais avec pour effet recherché de permettre aux banques de plus facilement attirer de nouveaux investisseurs.

Les banques européennes, qui sont placées devant le même problème, craignent par contre de ne pas avoir la tâche facilitée par le projet de la Commission européenne qui vient d’être rendu public et pourrait être adopté en juin prochain. Selon les termes de celui-ci, les régulateurs pourraient mettre à contribution les détenteurs de dette senior, en leur imposant une décote, en cas de gros pépin survenant à une banque dont ils détiendraient de la dette.

Cette disposition n’étant applicable que pour les obligations émises postérieurement à 2013, on s’attend à un rush des banques en vue d’émettre le maximum de titres d’ici là. Ceux-ci ne risqueront donc pas de connaître une telle infamie, permettant d’espérer que leur taux ne grimperont pas. Selon Dealogic, un fournisseur d’informations financières, les banques européennes devraient aller chercher sur le marché, pour se refinancer, un montant estimé à 600 milliards d’euros, rien qu’en 2011.

Ce lundi soir, les rumeurs de marché faisaient chuter les bourses européennes, entraînées par les valeurs financières. Les problèmes des uns rejaillissant comme à l’accoutumé sur ceux des autres, la crise obligataire portugaise sur les banques, toujours susceptibles d’en faire les frais aux yeux des marchés.

Quant au marché obligataire, il a continué à se tendre en dépit d’achats estimés massifs d’obligations portugaises par la BCE. Avec comme caractéristique inquiétante que ce n’est pas seulement la dette portugaise qui est atteinte, mais en même temps celle de l’Espagne, de la Belgique et de l’Italie, qui subissent un sort identique.

En raison de cette accélération, la crise européenne est à un grand tournant.

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114 réflexions sur « L’actualité de la crise : TOURNANT EUROPÉEN, par François Leclerc »

  1. Etonnant “comming out'” d’Alexandre Jardin sur FR Inter, concernant l’implication de sa famille dans la collaboration. La droite maurassienne … pour qui la nation est sacrée. Il y a un gros débat à ce sujet, entre Pierre Assouline qui a encensé le gr père Vichiste de A Jardin, dans le fig et lemonde.

    1. On peut appeler cela “l’heure de vérité”, ce moment se présente un jour, il faut alors choisir son camps!
      Le livre d’Alexandre Jardin est probablement l’expression d’un de ces moments là, ça n’a rien d’innocent et ce n’est pas sans conséquence. A cette croisée des chemins, les voies ne sont plus les mêmes.

    2. L’historien Jean-Pierre Azéma, contrairement à Pierre Assouline, semble apprécier ce livre d’Alexandre Jardin ( en rappellant quand même qu’il s’agit d’un roman, pas d’un travail de recherche historique). On n’a pas fini de remuer la tambouille nauséabonde de cette période. La mémoire de nos pères, de nos grands-père… pas toujours facile à ingurgiter.

  2. @François Leclerc
    “Quant au marché obligataire, il a continué à se tendre en dépit d’achats estimés massifs d’obligations portugaises par la BCE.”

    Une idée qui me vient, vous remarquerez que la BCE intervient plutôt en fin de journée pour acheter des obligations quand en fait les taux se sont déjà envolés or si les taux s’envolent c’est que les vendeurs (les créanciers ) perdent de l’argent et que la BCE fait de très bonnes affaires puisqu’elle achète des obligations en dessous de leur valeur d’émission. Bref nous assistons de fait à une restructuration des dettes souveraines à la charge exclusive des créanciers, créanciers qu’on entretient pour se faire dans un climat de peur de défaut de paiement.. ensuite on peut faire confiance à nos dirigeants pour trouver une solution pour financer ces Etats et les empêcher de sortir de la zone euro.
    Ce n’est qu’une idée…

    1. Bonjour Jeanne,

      La sacro sainte croissance !!!!!! Tous ces gens n’ont rien d’autre à proposer.

      Tous les politiciens et autres qui se sont couchés devant la finance devraient pouvoir être traduit devant un tribunal de salut public pour haute trahison envers leur peuple.

      Nous serons de toute façon bientôt tous rattrapés par la réalité des contingences matérielles et les limites de notre petite planète.
      Actuellement, nous pouvons comparer l’espèce humaine à une boite de Pétri.
      Il y a un siècle population mondiale 1.7 Milliard
      Aujourd’hui population mondiale 6.9 Milliards.

      En toute honnêteté, pensez-vous vraiment que nous pouvons continuer à ce rythme?
      Ceux qui n’ont que le mot “croissance” à la bouche ne pense qu’à leurs intérêts et certainement pas aux autres.
      Sauf à changer drastiquement et rapidement, l’espèce humaine est condamnée.
      Cordialement.

    2. Je ne suis pas convaincue par les propos de Roubini, simplement je donne le lien car il me semble venir jouer les cassandre. Quant à vivre en harmonie avec la nature, comme vous semblez le proposer, j’en suis sans aucun doute. Sur ce blog on voit que la Upper Middle Class commence enfin à se réveiller, mais quant à la Lower Middle Class, ca fait déjà 15 ans qu’elle sait ce que veut dire “travailleur pauvre” ou impossibilité de se loger en France. Tout cela dit sans fatalité bien sûr.

  3. Décidément, la question de Dissy a l’air fondamentale : “Pourquoi la Grèce doit elle encore emprunter sur les marchés? N’ont’ils pas reçu leurs prêts fmi/eu??”

    Je vais essayer de répondre concrètement : la Grèce doit encore emprunter sur les marchés parce que les dirigeants politiques grecs ONT DECIDE que la Grèce, pour se financer, était obligée d’emprunter sur les marchés.

    Ce n’est pas une fatalité, comme par exemple la mort.

    Ce n’est pas une malédiction divine envoyée sur le peuple grec par le dieu Zeus.

    Mais en revanche, c’est UNE DECISION DES DIRIGEANTS POLITIQUES GRECS.

    Autrement dit : c’est UN CHOIX POLITIQUE QUE FONT LES DIRIGEANTS POLITIQUES GRECS.

    Concrètement : les dirigeants politiques grecs partisans du “oui” aux traités européens font une triple erreur.

    1- Première erreur : les dirigeants politiques grecs partisans du “oui” sont persuadés que les pays européens peuvent avoir la même monnaie.

    2- Deuxième erreur : les dirigeants politiques grecs sont persuadés que l’Etat grec, pour se financer, doit emprunter sur les marchés internationaux.

    3- Troisième erreur : les dirigeants politiques grecs n’ont toujours pas compris que la banque, le crédit, la monnaie sont des services publics. Les dirigeants politiques grecs n’ont toujours pas compris que la banque, le crédit, la monnaie doivent être un monopole d’Etat.

    Conclusion :

    Mesures politiques concrètes à prendre d’urgence : la banque, le crédit, la monnaie grecs doivent être contrôlés par le pouvoir exécutif grec, et par personne d’autre.

    Cela implique le retour à la monnaie nationale grecque, la drachme. Cela implique la nationalisation des banques grecques. Cela implique le financement de l’Etat grec par la Banque Centrale grecque, qui sera placée sous les ordres du pouvoir exécutif grec.

    Conclusion numéro 2 : pour la France, je pense exactement la même chose (dans les lignes ci-dessus, vous pouvez remplacer l’adjectif “grec” par l’adjectif “français” : ça marche aussi).

  4. Onubre…
    Tu fais autant de fautes que moi…

    “Daily Treasury Statement qui est oublié plusieurs fois par mois”
    Faut porter plainte pour abandon au commissariat.

    “On peut à ce titre regarder le gonflement de la dette fédérale et des besoins de financement du Trésor comme l’expression quantitative de cet évitement dilatoire de la dépression;”

    C’est complètement ça.
    Et ce ne sont que des chiffres officiels… et sans tenir compte de toutes les dettes locales.
    Merci Onubre.

  5. – Emprunt à 3 ans :

    Pays-Bas : taux d’intérêt pour les obligations à 3 ans : 1,158 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GNTH3YR:IND

    Allemagne : taux d’intérêt pour les obligations à 3 ans : 1,314 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR3:IND

    France : taux d’intérêt pour les obligations à 3 ans : 1,480 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GFRN3:IND

    Et le Portugal ?

    Mercredi 12 janvier 2011, pour un emprunt à 3 ans, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 5,396 % (contre 4,041 % lors d’une opération similaire en novembre dernier).

    – Emprunt à 9 ans :

    Allemagne : taux d’intérêt pour les obligations à 9 ans : 2,934 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GDBR9:IND

    Pays-Bas : taux d’intérêt pour les obligations à 9 ans : 3,039 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GNTH9:IND

    France : taux d’intérêt pour les obligations à 9 ans : 3,249 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GFRN9:IND

    Et le Portugal ?

    Mercredi 12 janvier 2011, pour un emprunt à 9 ans, le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de 6,716 % (contre 6,806 % lors d’une opération similaire en novembre dernier).

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