LA SITUATION À FUKUSHIMA (X), par François Leclerc

Mise à jour n° 171 (dimanche 08h20)

Trois mois seront nécessaires pour que le niveau des radiations soit stabilisé sur le site de la centrale, après avoir instauré un refroidissement « stable des réacteurs ». Entre six et neuf mois seront ensuite nécessaires pour que le niveau des fuites soit réduit à un niveau « très bas », en diminuant la température et la pression des réacteurs (95 degrés à la pression atmosphérique, soit une situation de « cold shotdown »). La suite des opérations n’est pas précisée.

Tel est le calendrier que vient d’annoncer Tepco, qui n’a jamais brillé par ses capacités de prévision.

Dans l’immédiat, un robot américain télécommandé de 70 cms de long et 53 cms de large va être utilisé – après avoir ouvert une porte et pénétré dans le bâtiment du réacteur n°3 – pour mesurer la température, le niveau des radiations et la concentration d’oxygène à l’intérieur. L’objectif est de déterminer dans quelles conditions une intervention humaine sera éventuellement possible et analyser le travail nécessaire pour reprendre le contrôle sur le réacteur. Le tour des réacteurs n°1 et 2 viendra ensuite.

Tepco annonce ses deux priorités : prévenir de nouvelles explosions d’hydrogène dans les trois réacteurs et stopper les fuites d’eau hautement contaminée du réacteur n°2. Des injections d’azote sont dans le premier cas le moyen. Aucune méthode n’est définie dans le second (si elle est connue, l’origine de la fuite n’est pas divulguée).

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Mise à jour n° 170 (samedi 21h31)

Petit à petit, Tepco prend la mesure des énormes difficultés qui l’attendent, mettant ainsi mieux en valeur les délais mis pour s’en rendre compte et l’inadéquation des solutions dans un premier temps apportés.

Devant la tâche – qui se révèle impossible – de remise en service du système de refroidissement des réacteurs et des piscines, Tepco étudie la mise en place d’un nouveau système en parallèle. Celui-ci fonctionnerait en circuit fermé, et bénéficierait d’échangeurs de chaleur refroidis à l’eau de mer (5 à 6 par réacteur). Commande a déjà été passé pour de tels équipements.

Ce système serait installé en dehors des enceintes de confinement, au sein desquels la radioactivité est trop élevée pour permettre des travaux, et utiliserait les tuyaux déjà actuellement utilisés pour injecter de l’eau afin de minimiser les interventions humaines en leur sein. Il devrait permettre de mieux refroidir les réacteurs et les piscines de stockage et de cesser d’alimenter les nappes d’eau contaminée, comme les injections actuelles d’eau le font (aux fuites près).

L’opérateur ne serait pas pour autant au bout de ses peines, ayant constaté que le niveau de la radioactivité continue de monter dans la mer, aux abords proches des installations, en dépit de toutes les précautions prises pour le limiter (installation de barrières flottantes et de parois d’acier, déversement de sacs de sables mélangé avec de la zéolite…). Ce qui signifie que le ruissellement d’eau hautement contaminée se poursuit.

Par ailleurs, le gouvernement américain a proposé d’envoyer par avion un hélicoptère cargo sans pilote dont disposent les U.S. Marines. Celui-ci peut soulever 1.400 kgs et permettrait d’assembler les éléments d’une énorme grue destinée à hisser dans la piscine du réacteur n°4 des casiers destinés à stocker des éléments de combustible, avant de les enlever. En raison de la quantité de combustible qui y est stocké, cette piscine représente en effet un risque potentiel majeur.

Il semble toutefois que l’assemblage des élément de la grue surplombant la piscine nécessiterait un niveau de radioactivité plus faible qu’actuellement. Chaque solution envisagée se heurte ainsi à un obstacle.

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Mise à jour n° 169 (jeudi 20h47)

Les alertes se suivent et ne se ressemblent pas. Une subite hausse de température – non précisée – a été enregistrée au sein du réacteur n°3, que l’opérateur ne s’explique pas. Il l’attribue à une possible erreur de mesure étant donné que des mesures à d’autres endroits du réacteur ne l’ont pas enregistré.

Il n’y a par contre pas de doute possible à propos de la contamination de l’eau sous les réacteurs n°1 et 2, où les niveaux d’iode-131 et de césium-134 ont très fortement augmenté.

Un réservoir pouvant contenir 30.000 tonnes de cette eau (sur une quantité estimée à 60.000 tonnes à ce jour, qui s’accroît au fur et à mesure des injections d’eau dans les réacteurs) est en cours de test avant de pouvoir être utilisé.

Le gouvernement américain a annoncé l’expédition de cinq réservoirs de grande capacité, dont la date d’arrivée n’est pas connue. Le manque de capacités de stockage de l’eau contaminée est le principal obstacle à son pompage, afin de tenter de reprendre les travaux de rétablissement des installations de refroidissement.

Faute de modus operandi, l’examen des structures des réacteurs n’a toujours pas pu débuter.

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Mise à jour n° 168 (jeudi 10h50)

S’installer dans la durée est-il même possible  ?

Tepco continue ce qui commence à apparaître comme une absurde course de vitesse : au fur et à mesure que l’eau hautement contaminée est pompée du puits et de la tranchée où elle se déverse, ceux-ci se remplissent à nouveau, résultat des injections d’eau de refroidissement dans les réacteurs, qui ne peuvent être interrompues.

Par ailleurs, les installations de pompage et d’injection d’eau dans les réacteurs et les piscines ont commencé à être surélevées et sécurisées, afin de les prémunir d’un nouveau tsunami.

Il semble par contre que l’examen des structures ne soit pas envisageable dans l’immédiat, en raison du niveau de radioactivité à proximité des réacteurs.

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Mise à jour n° 167 (jeudi 01h32)

La tâche à laquelle l’opérateur de la centrale est confronté s’avère de jour en jour plus lourde, accumulant d’immenses inconnues.

La piscine du réacteur n°4 est l’objet de nouvelles attentions, suite à l’analyse d’un échantillon d’eau, révélant des niveaux anormaux d’iode-131, de césium-134 et 137 (ces radio-éléments résultent d’un processus de fission nucléaire).

Cette piscine contient 1,331 éléments de combustibles usagés et 204 éléments de combustible non encore utilisé. Ces analyses témoignent qu’une partie d’entre eux, non déterminée, est sérieusement endommagée. Plusieurs hypothèses sont évoquées pour l’expliquer. Une explosion d’hydrogène a soufflé le sommet du bâtiment du réacteur, à la suite de laquelle un incendie s’était déclaré; les éléments de combustible ont été temporairement et partiellement découverts d’eau. Cette situation, ainsi que la projection de débris dans la piscine, peuvent être incriminés.

Un survol de la piscine par un hélicoptère télécommandé est étudié, afin d’examiner les conditions dans lesquelles une opération d’extraction du combustible endommagé pourrait être envisagée. A ciel ouvert, la piscine contribue en effet à la contamination ambiante du site et de son environnement.

L’état des structures de confinement, suite aux répliques de début de semaine, est en cours d’examen, à la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire japonaise. Il a été demandé à l’opérateur de rendre compte aussi vite que possible de ses observations et de renforcer si nécessaire les structures des réacteurs n°1, 3 et 4, déjà endommagées par des explosions d’hydrogène. Le niveau de la radioactivité auprès des réacteurs compliquera singulièrement la réalisation de ces travaux, s’ils sont entamés.

Le pompage de l’eau hautement radioactive se poursuit et devrait mettre « plusieurs semaines » avant d’être terminé. Des moyens de fortune seront utilisés pour stocker cette eau, qui ne semblent pas encore mis en place.

Il est reconnu que 22 travailleurs ont été exposés sur le site à des radiations dépassant le niveau de 100 millisieverts, maximum admissible pendant une période d’un an avant qu’il ne soit relevé à 250 millisieverts par les autorités sanitaires.

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Mise à jour n° 166 (mercredi 13h08)

Un article sur le site en ligne de la revue Nature considère qu’ “un effort de type Tchernobyl” sera nécessaire pour la centrale de Fukushima. L’article considère que la taille de cet effort implique que le gouvernement japonais devra un jour ou l’autre le prendre en charge.

La compagnie Toshiba se propose de nettoyer le site de la centrale sur une période de dix ans. L’auteur de l’article, Geoff Brumfiel, considère que cet horizon est irréaliste du fait qu’il avait déjà fallu attendre trois ans à Three Mile Island avant que la radioactivité ait suffisamment baissé pour que l’on puisse faire pénétrer une caméra au coeur du réacteur pour juger de son état.

Un physicien britannique propose de sceller le site pour cent ans, une proposition que Brumfiel juge dangereuse en raison de l’activité sismique dans la région de Fukushima ainsi que le risque toujours présent d’un nouveau tsunami.

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404 réflexions sur « LA SITUATION À FUKUSHIMA (X), par François Leclerc »

    1. Non ce n’est pas un hasard, que vaut désormais l’immobilier au Japon avec Fukushima ?
      Vous avez déjà vu une banque payer plus que cela vaut ?
      Le Japon est à lui seul un risque systémique imprévu, vive le nucléaire aux mains du profit, vive la culture du travail avant tout, vive la bêtise humaine.
      Et pour produire quoi, des tas de choses inutiles et stupides et pas un seul robot capable d’intervenir en milieu hautement radioactif !!!!
      BRAVO

  1. juste une remarque générale, les comptes-rendus de François Leclerc sur “LA SITUATION À FUKUSHIMA”, ne sont pas dans référencés dans la catégorie “nucléaire” sur le blog, mais uniquement sous “tsunami au japon”.
    Il me semble que cela serait plus correcte de les mettre dans les deux.

  2. Dimanche 17-4 13h : 400 ème CMT ??
    – Hier soir ALLEGRE chez RUQUIER .;
    Il ne me convainc pas ..
    – Edwy PLENEL et NAULLEAU l’ont mis en défaut ” ..

    Nucléaire en France :
    aà historiquement du militaire .. puis en fait ” les mêmes décideurs pour le ” militaire” et le civil
    b) De Gaulle ..
    c) puis vers 1970, des tas de gens du CEA sont arrivés chez FRAMATOMe
    d) 1er choc pétrolier .. – – – >>> MESSEMER Orientation vers nucléaire civil PWR ..
    e) perso suis arrivé chez FRAmatome automne 1975 etc ..

  3. François Leclerc et les autres
    Votre travail est magnifique .
    1) Il y a des contributeurs orientés selon différents axes
    – en 1er lieu : Gouwy et d’autres , qui connaissent bien la technique
    Certains .; j’ai les noms à l’esprit , à 1 moment .. puis le lendemain .. non ..
    Qu’ils m’excusent ..
    Le stress que me cause FUKUShima .. fait que ” mon cerveau est encombré
    2) comme ai travaillé dans le nuke ( ce qui nétait nullement mon rêve .. car il y règne un état d’esprit .. ” pas cool ” .. ), me dis que :
    ” pour chasser mes cauchemars, devrai écrire 1 book
    Bref

    3) Il ya des contributeurs qui ont le mérite de surfer pour trouver des liens, des bribes d’info
    qui se posent des questions, qui en posent à Gouwy et à d’autres
    4) ./; à 2010, ai l’impression que :
    Français sont + préoccupés ..
    2010 = ma nouvelle habitation .. avais encore impression que Français encore assez insouciants ( des fêtes .. toute occasion était bonne.. )
    là , malgré beau temps n’ai pas le même vécu .. bref ..

    Est ce le 400 ème this time ?,
    Bonne semaine à tous

  4. Ne serait il pas possible de noyer le corium dans le sable ,et de vitrifier tout ça ,quelle réaction avec la silice ,quelqu’un à t il des infos ?

    1. @Ardent Dubuisson:
      Non ce n’est pas possible. Relisez tous les commentaires de Gouwy sur ce fil et sur les autres “La situation à Fukushima” et vous comprendrez pourquoi…
      Il faut faire cet effort de recherche…les experts du blog ne peuvent pas tout réexpliquer à chaque fois!
      Cordialement.

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