RÉGLER L’ABERRATION SYSTÉMIQUE DU CRÉDIT, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Résumé

Depuis l’été 2011, la chute de la capitalisation boursière des banques en dessous de leur prix comptable réglementaire manifeste explicitement la décohérence systémique. Les marchés financiers ne croient plus que les banques puissent remplir leurs engagements contractuels. Les prix de la production économique à venir de biens et services sont arbitrairement établis par la finance.

Au lieu de reconstruire un système cohérent de régulation du crédit bancaire, les États réduisent leurs moyens de restructurer la finance. Le système financier est en incapacité radicale à proportionner le crédit à l’économie réelle. Les banques ne sont pas responsables de leurs erreurs d’anticipation et les gouvernements soumettent leurs propres emprunts à des normes privées factices.

Les budgets publics ne sont plus maîtrisés à cause du rachat incontrôlable des pertes financières par la dette publique. La liquidité des échanges est artificiellement maintenue par des monnaies prêtées indépendamment d’une vérification de l’équité par le droit. Les emprunteurs systémiques publics et privés échappent à l’obligation de justice.

Les Européens de l’euro sont au cœur de la décomposition du système d’irresponsabilité publique de la monnaie et du crédit. La monnaie unique masque la responsabilité publique du droit du crédit. Par une caisse commune de compensation et de garantie de leurs finances, les États euro peuvent restaurer la fiabilité de leurs comptes et reprendre la maîtrise des marchés financiers.

Les monnaies nationales mesurent le contrôle des États par la démocratie. L’euro monnaie commune finance la solidarité des démocraties européennes dans leur développement humain. Un capital commun de civilisation est alors constitué en euro. L’État de droit communautaire européen assure l’existence d’un capital de responsabilité bancaire suffisant pour garantir réellement le crédit et la stabilité de la monnaie.

Le crédit garanti ou détruit par le capital bancaire

La chute des cours boursiers de l’été a fait tomber la capitalisation boursière des banques européennes en dessous de leurs fonds propres comptables. Cet état de fait manifeste une aberration systémique ; les comptables et les juristes sont contredits par les investisseurs dans leur rôle de prudence.

La prudence comptable implique en principe que les dettes effectives ou probables soient appréciées au plus haut possible ; et les actifs réels ou financiers au plus certain possible. Les fonds propres comptables d’une banque sont en théorie une appréciation tout à fait prudente de la plus-value actuelle de l’actif sur le passif.

Pour apprécier les fonds propres réels d’une banque, les investisseurs partent des fonds propres comptables. Selon l’efficacité reconnue à des dirigeants dans le contexte particulier d’une banque, les analystes financiers rajoutent une prime à l’évaluation comptable des fonds propres bancaires. Le prix du capital coté en bourse est normalement supérieur au prix comptable des fonds propres.

Une direction bancaire est efficiente par le supplément de valeur qu’elle apporte au prix prudent de l’actif net comptabilisé. La surcote d’une capitalisation boursière sur un actif net comptable est la prime de marché. La surcote de marché exprime le consensus entre acheteurs et vendeurs du capital sur le prix probablement positif de la plus-value future apportée par le travail des dirigeants et collaborateurs d’une entreprise.

Si le marché des titres d’une banque indique une capitalisation inférieure à l’actif net comptable, le consensus des acheteurs potentiels de la plus-value d’entreprise anticipe une destruction nette de production dans le futur par rapport au présent. La prime de marché négative des banques signale que les actionnaires estiment avoir perdu quelque chose que les comptables et les juristes ne parviennent pas à mesurer.

Le signal est d’autant plus paradoxal que les banques elles-mêmes sont des investisseurs raisonnant sur le principe de prudence comptable qu’elles appliquent à toutes leurs activités. Par leur capitalisation inférieure à leurs fonds propres, les banques elles-mêmes en tant que gestionnaires de l’épargne, avouent un capital inférieur aux normes réglementaires actuelles de sûreté du crédit. Lesquelles sont reconnues insuffisantes pour dispenser les banques d’appeler la garantie des États en cas d’une nouvelle faillite d’un Lehman Brothers ou d’un État.

Démonstration logique d’un système de crédit aberrant

Les causes de l’instabilité du système financier restent actives et désormais manifestes. Il n’existe pas de règle opérationnelle légale d’ajustement entre les prix financiers et les prix comptables. Si le capital comptable est une mesure sûre et explicable de la plus-value réalisée dans le passé, si le capital est effectivement disponible au présent, il n’est pas logique que le marché puisse capitaliser le prix de la plus-value bancaire potentielle en dessous de sa base légale comptable.

Si le marché n’est plus sûr du prix comptable de l’actif net affiché par une banque, alors il ne croit pas que les dirigeants puissent produire une vraie plus-value dans le futur. La prime de marché négative d’une capitalisation bancaire anticipe une surestimation du prix des actifs comptabilisés ou une sous-estimation des dettes. Soit les règles comptables ne sont pas conformes à la prudence ; soit les dirigeants bancaires se trompent objectivement sans aucune conséquence légale.

Si le marché accorde une prime négative à un titre de capital bancaire et si l’on suppose que les dirigeants bancaires ne se trompent pas dans l’application du droit, il reste l’explication d’un dysfonctionnement du marché. Des spéculateurs seraient donc en mesure de vendre des titres de capital qui n’existent pas pour faire baisser le prix indépendamment d’un quelconque engagement réel.

Si le marché dysfonctionne à transformer des prix à partir d’une réalité vérifiable, c’est alors que les banques ont une activité factice. Une des fonctions fondamentales de la banque est l’émission de titres représentant des engagements de production et des engagements de livraison de biens et services réels.

Si les banques émettent des titres sans vérifier la réalité des engagements sous-jacents ni garantir l’incertitude de réalisation de ces engagements dans le futur, alors il est possible que le prix de marché des actifs financiers ne réponde pas à la réalité tangible d’un État de droit.

Le capital financier est une anticipation du prix des réalités juridiques comptabilisées au présent. Le même capital comptabilisé par une entreprise et négociable sur le marché est réputé justifier le futur au présent par le passé. Est-il raisonnable d’avoir deux prix distincts non conciliables et non réconciliés du même pont logique entre le passé et le futur ?

La loi vendue contre privilèges financiers

L’explication du prix financier du capital des banques en retrait sur la comptabilité réglementaire vient de l’existence juridiquement cachée mais nécessaire de la garantie des États. Il est acquis depuis 2008 que les États ne laisseront pas les banques faire faillite. Les banques sont donc vendeuses implicites de leur prime de crédit par quoi toute perte bancaire avérée se transforme en dette publique.

Les « marchés » évaluent empiriquement dans la capitalisation boursière la prime de crédit des banques achetées implicitement par les États. La prime de crédit est la matière que le marché financier apprécie dans la prime accordée au capital nominal. Quand le marché des titres de capital s’accorde sur le sur-prix des fonds propres comptables d’une banque, il évalue le crédit des dirigeants à transformer le prix des passifs en actifs de prix supérieur.

Or le calcul de la prime de crédit d’une direction bancaire implique des règles juridiques et comptables. La prime de marché d’une banque n’a pas de fondement sans l’existence d’un État de droit formel imposant ses règles aux opérateurs financiers de marché. La prime de crédit d’une direction bancaire contient donc la prime de légalité des prix financiers qu’elle transforme.

La prime de légalité, explicite ou non entre les opérateurs financiers et une autorité d’État, est de fait achetée par la finance au système de régulation publique. Si la puissance publique ne donne pas son avis sur la licéité des engagements concrètement vendus par les banquiers, la prime de légalité perçue par l’intérêt général est faible voir inexistante. Malgré tout, le prix de marché des engagements achetés par les clients des banques présume la légalité sans discussion possible.

En cas de crise, la prime de légalité implicitement versée par les banques aux États se matérialise par la dette publique. La faillite d’une banque est en logique de droit impossible si elle porte atteinte aux dépôts monétaires. Un dépôt monétaire est en effet le prix d’un droit acquis dans le passé contre livraison effective d’un bien ou d’un service. Amputer un dépôt monétaire acquis par une vente ou un travail réels est dans un État de droit un vol.

En logique de droit, l’autorité publique ne peut pas manquer de demander la réparation immédiate de la perte d’un dépôt monétaire qu’elle qu’en soit la cause pratique. L’erreur d’un banquier dépositaire de monnaie ne peut pas ne pas être rachetée par de la dette publique ; sauf à nier publiquement l’existence d’un État de droit.

Si la probabilité de défaut d’une banque est jugée faible et l’État acheteur de la prime de crédit suffisamment solide pour augmenter sa dette en prévention d’un défaut, alors la prime de capitalisation boursière sur les fonds propres comptables est positive. En revanche, une prime de capitalisation négative exprime la défiance quant au potentiel de plus-values bancaires à venir et la défiance dans la capacité publique à prendre en charge le défaut de crédit potentiel.

La politique en lutte contre la réalité

La prime de marché négative des banques signale l’anticipation des investisseurs d’un défaut de crédit bancaire dans un État de droit non garanti. Cette situation se prolonge actuellement sur une durée jamais vue dans l’histoire. Le fait nouveau et inédit est que les opérateurs financiers ne croient absolument plus que les États soient solvables. La puissance publique n’est plus en mesure par ses propres dépenses d’empêcher le défaut de crédit généralisé.

La systémique financière en vigueur depuis les dérégulations internationale et nationales des années soixante-dix et quatre-vingts n’impose pas aux banques le règlement aux États de la prime de légalité de leurs opérations. Cette prime de légalité aurait dû être le prix anticipé de la recapitalisation des banques en cas d’erreur d’interprétation ou d’insuffisance des règles financières.

La prime de légalité financière n’a pas été réclamée en échange de conditions d’emprunt public privilégiées au système bancaire. De même que des dirigeants bancaires peuvent se tromper dans l’appréciation de leurs actifs et de leurs passifs, des dirigeants politiques peuvent se tromper dans l’appréciation du prix fiscal de leurs décisions. L’anticipation des dépenses publiques nécessaires à l’application des lois est également entachée d’incertitude.

Les responsables publics comme les responsables financiers ont un crédit personnel plus ou moins élevé à transformer la loi en réalité concrète à un prix justement anticipé. La systémique financière repose depuis trente ans sur un troc caché (asset swap en anglais) entre le crédit des responsables de la loi et le crédit des responsables de l’anticipation des prix.

La prime de capitalisation négative des banques concomitante à des dettes publiques exorbitantes montre que le système anticipe un avenir qui ne peut pas exister. Le système de crédit est ontologiquement aberrant. Le système financier est réellement en défaut par la défiance concomitante et généralisée dans la solvabilité des banques et des États.

La liquidité des transactions interbancaires est artificiellement préservée par les banques centrales ; elles prêtent sans limite aux banques afin qu’aucune ne soit défaillante à régler l’intégralité de ses engagements. La liquidité du système financier est purement nominale. Elle n’est plus vérifiable par aucune réalité appréciable indépendamment de la sphère bancaire et du pouvoir politique.

Faux crédit, capital fictif et surévaluation monétaire

Le réel définitivement dissocié du nominal préserve les apparences seulement dans les pays capables d’imposer leur loi par leur monnaie ou par la modération avérée de leur endettement. Mais la prévalence du nominal sur le réel impose désormais de sacrifier les petits États et les personnes trop faibles pour défendre leurs droits politiques. Réduire les dettes publiques impose de dénoncer les obligations publiques de protection des plus faibles.

L’aberration systémique ne peut pas être tranchée dans la réalité concrète. Pour préserver les intérêts personnels politiques et financiers il faut dissimuler l’aberration en tordant l’expression de la loi. Les erreurs d’anticipation des prix sont mises à la charge exclusive des emprunteurs et des États. Les déficits budgétaires sont expliqués par des erreurs d’anticipation exclusivement dues à des dépenses excessives et des rentrées fiscales insuffisantes mais pas par le prix de la non-régulation financière.

L’anéantissement politique de la Grèce vise à montrer que le réel entrera dans le nominal. Pour que l’euro ne soit pas dévalué ; pour que les banques n’aient pas à comptabiliser les pertes que le marché anticipe ; pour que les États les plus puissants n’aient pas à enregistrer dans leurs dettes la recapitalisation des banques ; il est affirmé par le sacrifice de la Grèce que tous les débiteurs en euro rembourseront toutes les dettes coûte que coûte hors de toute réalité économique.

La négation du réel par le nominal est systémique et internationale. Elle corrobore une cascade d’affirmations économiques, financières et juridiques qu’aucune réalité ne prouve ; et que dément justement la prime de marché négative des banques. La falsification primordiale est dans l’hypothèse d’une émission monétaire centralisée collatéralisée par le crédit public sans limitation économique discutable par les prêteurs.

L’absence de limite rationnelle à l’endettement public nourrit l’émission libre de dollars par les États-Unis. L’économie étatsunienne emprunte au monde sans avoir à justifier ce qu’elle produit réellement en échange. Cette affirmation libre du crédit public a été récupérée dans la zone euro afin d’acheter une unité politique factice. Les États ont emprunté librement au prix de l’État financièrement le plus vertueux sans rendre compte de l’effort fiscal requis au remboursement.

L’épuisement de la logique du crédit public arbitraire reste encore dissimulable dans les pays réputés les moins endettés. La politique continue de vendre de la non-régulation bancaire contre la liberté de déficits publics minorés. Les primes de légalité financière ne sont pas budgétées ni perçues dans la régulation marchande des flux de capitaux.

Les banques spéculent sur leur prime de capitalisation non provisionnée dans les dépenses publiques. Les États ne règlent pas la prime de crédit réel de leurs anticipations budgétaires incertaines. L’insuffisance potentielle de capital bancaire à couvrir les pertes de crédit des emprunteurs systémiques finance la spéculation systémique sur l’opacité du crédit.

Comme les emprunteurs systémiques sont les États, les banques et les sociétés multinationales, le nominalisme financier emprunte à l’économie réelle la monétisation de plus-values sur des droits promis qui ne seront pas respectés. La prime de capitalisation négative des banques européennes localise la guerre du nominal contre le réel là où elle apparaît la plus explicite.

L’Europe qui fait semblant d’ignorer la démocratie

L’heure des comptes est arrivée. Les États-Unis, la Chine et les Européens non-euro savent que la liquidation générale va commencer à l’intérieur de la zone euro. L’euro associant des systèmes de droit distincts sous une même monnaie non contrôlée par un pouvoir démocratique fédéral offre la plus grande visibilité aux aberrations systémiques dont se nourrit la spéculation.

L’Europe du nord a compris que la prime de capital à régler au système bancaire européen est très supérieure à la prime de crédit économisée sur sa dette publique. Le choix est actuellement entre le repliement sur les nationalités ou sur la reconstruction systémique. Il ne sera pas possible de recapitaliser les banques allemandes et françaises sans qu’elles comptabilisent la prime de garantie de crédit des dirigeants politiques des États qu’elles financent.

Les citoyens ne feront pas d’effort sans connaître le prix réel de leurs droits. Les banques ne seront pas recapitalisées autrement que par une régulation financière efficiente. Pour que de nouveaux crédits puissent être consentis au pouvoir politique qui aura recapitalisé les banques, il faudra que le crédit des responsables politiques soient évalué dans une autre monnaie que celle qu’ils régulent.

Pour que le capital des banques soit toujours suffisant pour couvrir les erreurs d’anticipation de leurs dirigeants, il faudra que les primes de capitalisation bancaire soient appréciées dans une monnaie multinationale de régulation financière impartiale. La primauté de la loi induit le crédit rationnel sur des objets objectivement vérifiables par les citoyens hors de leur nationalité.

La régulation financière implique un marché financier où la loi et le crédit soient mesurables séparément dans une solidarité politique de droit. Le capital bancaire alloué à la couverture légale de l’autorité publique doit être distinct du capital bancaire alloué à la couverture du crédit. Sans quoi la prime du capital bancaire n’est pas justifiable et vérifiable par la prime de crédit public.

Au lieu de se laisser piller par les spéculateurs étrangers, la zone euro peut mettre un terme à l’aberration systémique transformée sans limite en dette publique. En rétablissant les monnaies nationales, elle restaure la possibilité de calcul du crédit personnel des autorités publiques nationales et constitue une réserve de capital en euro pour couvrir le crédit des banques en monnaie nationale.

Le Fonds Européen de Stabilité Financière doté par les États de l’euro achèterait les primes de crédit public et des primes de crédit bancaire. Le crédit sous-jacent aux monnaies nationales serait régulé par le marché financier en euro des garanties de crédit public, bancaire et cambiaire. La parité de change contre euro serait le prix d’équilibre des pertes de crédit possibles dans la limite du prix en euro de la prime de crédit des emprunteurs. Le FESF serait l’autorité européenne commune de régulation financière contrôlée par le Parlement Européen.

Sans la responsabilité personnelle politique et bancaire du crédit, il n’y aura pas d’économie de droit. La démocratie disparaîtra s’il reste possible d’emprunter ou de prêter du dollar à l’intérieur de la zone euro ; de même s’il reste possible à une quelconque autorité politique ou financière de se dérober aux obligations de la justice en empruntant dans une monnaie qui ne soit pas le prix d’une responsabilité publique nationale identifiée.

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27 réflexions sur « RÉGLER L’ABERRATION SYSTÉMIQUE DU CRÉDIT, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. @ Pierre Sarton du Jonchay,

    Bonjour,

    Bravo !

    In fine, vous proposez un réajustement des parités des comptabilités/monnaies nationales, devant traduire une réalité moins farcie de nominalisme (fourre-tout du virtuel et du vol), vis à vis de l’euro.

    Quid de la non-traçabilité des opérations et produits à réalité réduite et nominalité excessive?

    Une « nasse européenne collective financière » légale, peut elle être mise en oeuvre? Vous constatez que non, intérieurement comme extérieurement.

    Un kriegspiel sur l’échiquier européen ? Des structures de défaisance centralisées avec un « actionnariat » étatique au prorata de la dette ?

    Avec des techniciens faiseurs de désastre appelés à la barre des coquilles de noix rebondissant dans le caniveau au torrent d’immondices par eux nominalisés? Comme un arrière-goût de tout-à-l’égoût, non ?

    A la mort de Charlemagne, on sait comment les deux frères des zones extérieures s’entendirent pour rapacer celui du centre… La Chine a plus de passif plus ou moins récupérable en USA, et légèrement plus de perspectives en EU, ainsi qu’un rapport de force politique et stratégique plus « aisé ». Plus la proximité géographico-culturelle de la

    Le caractère humain – « familial » – des liens entre puissants jouent dans l’ombre comme à fond de cale, et la quadrilogie aristotélicienne semble, en dépit de son éclairage limpide, ne faire ni chaud ni froid à ceux qui depuis « trente ans » (vous permettrez un arrondissement à 40 pour le 71 où le FMI « nominalise » son existence/fonction), pas plus que les cris d’orfraie des peuples, qui ne savent plus à quel saint se vouer ni sur quelle petitesse se recroqueviller?

    Pierre, yémanja réputée aussi impitoyable qu’amoureuse, aurait-elle été suscitée ex-nihilo ? Tout cela est irréel…

    Combien de sang faut-il pour calmer les tuyauteries à milliards, combien de désespoir, d’insouciance, de projecteurs valsant le sens en tranches micrométriques et dispersées, comme la finance dans ses « modèles » de risque..?

    1. @Jérôme,

      Le temps de l’indignation est épuisé. Il faut comprendre dans les incantations médiatiques des autorités politiques et financières que le « système » est mort ; il ne fonctionne plus, même pas pour produire des illusions. Notre président de l’AMF l’a clairement dit : nous sommes dans l’effondrement systémique. Les écrans affichent partout : « error system » ; concrètement, les banques et les États sont en faillite les uns vis-à-vis des autres. Mais cela ne peut pas être dit faute d’un système alternatif de compensation des pertes de crédit selon une réalité partagée.

      La compensation du crédit consiste à donner des prix à la réalité vraie sans nier les obligations légales engagées dans le passé. La réalité vraie est la réalité humainement vécue par les activités de production et de consommation ; la réalité est vraie si la majorité des gens convient qu’elle s’approche de ce qu’il peut y avoir de mieux. La réalité est fausse si la majorité des gens constate que la réalité s’éloigne de ce qui est pour eux la légalité ; c’est à dire le bien raisonnablement accessible par la normalité humaine active.

      Pour revenir de la réalité fausse issue de l’erreur systémique à la réalité vraie d’un système contenant sa raison légale d’équilibre, il n’y a pas d’autre solution que de négocier collectivement le prix du crédit passé faussement anticipé. Le faux crédit est celui engagé par l’emprunteur au-delà de ce qu’il pouvait réellement produire et engagé par le prêteur au-delà de ce que la réalité objective permettait raisonnablement d’anticiper. La compensation du crédit est une rencontre entre les prêteurs et les emprunteurs arbitrée par une appréciation collective de la réalité possible indépendamment des fantasmes de la spéculation.

      Les politiques et les financiers se sont mis en attente de propositions réelles d’un système de compensation du crédit. Comme ils sont en perte, les politiques avec des dettes publiques non remboursables et les financiers sans capital suffisant pour surmonter les pertes accumulées, ils ne peuvent plus parler puisque directement intéressés à la minoration de leurs pertes.

      Il est donc nécessaire que la société civile élabore par elle-même la revendication d’une compensation organisée dont elle est seule à détenir la contrepartie réelle. C’est à dire la capacité de produire des richesses dans le futur qui justifient le crédit qui peut encore être accordé à une politique et une finance réellement contrôlées par la démocratie.

      L’impasse systémique actuelle est la décrédibilisation totale de tout discours politique ou financier. Si la société civile réclame à travers le débat démocratique et les élections un retour dans la réalité, elle sélectionnera des dirigeants engagés à instaurer une appréciation objective du crédit par la compensation équitable de tout engagement.

      Une nouvelle étape de la fondation de la démocratie se présente. Un accord entre les élites ne suffit plus ; il faut que les peuples expriment leur volonté explicite à vivre d’un État de droit commun. Et qu’ils exercent un contrôle explicite sur leurs élites pour les soumettre à la légalité commune.

      Le contrôle économique et financier de la démocratie sur ses élites et ses gouvernants ne peut se faire que par la monnaie. Une seule monnaie par système politique et par souveraineté. La parité monétaire avec les autres systèmes varie selon l’efficacité du contrôle de la démocratie sur le pouvoir politique. Les monnaies fortes seront les monnaies des démocraties efficaces à l’égalité des droits. Les monnaies faibles seront les monnaies des ploutocraties et des tyrannies.

      Il faut que les Européens se réveillent maintenant. Ils n’auront pas la démocratie, ni la richesse, ni la justice s’ils ne la demandent pas explicitement. Rien ne viendra des États-Unis, ni de la Chine, ni des autres pays. Les mécanismes de la compensation sont parfaitement identifiés et maîtrisés actuellement. Keynes a montré que la compensation surveillée par la communauté internationale est la seule possibilité d’équilibre vrai des échanges internationaux. Il n’y a pas le moindre obstacle à la mise en œuvre de la compensation. Sauf la mauvaise foi des politiques et des financiers débiteurs de l’économie réelle.

      Si la rationalité, le bon sens et la démocratie existent encore, c’est aux peuples européens de le faire savoir à leurs élites. Arrêtons de dire que la ploutocratie est invincible. Et prenons nos responsabilités de citoyens ! La blogosphère doit s’organiser pour produire explicitement l’intérêt général à la démocratie. Le mouvement est bien amorcé ; mais il faut que la démocratie se rationalise par l’Internet ; que le désir du vivre ensemble soit visible dans la confrontation des points de vue différents.

      1. illusions électoralistes quand tu nous tiens

        l’exemple du référendum de 2005 ne vous a pas suffit, faut-il relire l’histoire de ces deux derniers siècles ?

      2. @Pierre Sarton du Jonchay

        j’essaie d’imaginer ce que pourrait être une mise en pratique de vos schémas, comment progressivement les traduire sur des choses, des situations.

        Comment vérifier que la négociation collective – du prix du crédit passé faussement anticipé – ? Parvient à donner un prix un prix à la réalité vraie sans nier les obligations légales engagées dans le passé.

        Cette proposition est-elle bien construite ? si oui alors je pense que nous aurons besoin d’une série de ponctuations délimitant le passé, selon les secteurs il faudra s’entendre pour dire « à partir de quand » les marchés de dupes ont commencé.

        En principe, et même pratiquement, cela semble faisable. Par contre il faut encore que les citoyens s’emparent de votre outil théorique, par exemple dans le cas de Dexia, en appliquant votre modèle –mais sans plus y faire référence – (comme on peut faire de bonnes mathématique sans trop de souci de formalisme exagéré dans la démonstration)

        D’une façon pratique, cette rétrodiction demanderait de l’imagination sociologique à rebours », ne croyez vous pas? Il serait nécessaire de former un nominal sur le passé, dirais-je ( si ça vous va, si non ,dites-le-moi). En pratique pour l’affaire Dexia, il nous faudrait repérer « un peu arbitrairement bien sûr », les points ou c’est mal partis, à partir desquels, la réalité fut mal construite : dire à telle date, à tel endroit , par qui, et pour quel montant d’engagement nominal aujourd’hui irréalisable (si c’est bien ça, donc) . La méthode étant « que pouvons- nous raisonnablement penser aujourd’hui qu’il ’aurait été raisonnablement possible d’entreprendre hier pour que sa réalité d’aujourd’hui fasse accord ».

        Question, est-ce que la façon dont je vous reçois correspond à ce que vous attendez, sinon comment corriger, en attente d’améliorer.

      3. @Jean-Luc Morlie,
        Vous avez la bonne intuition de ce que je suggère : réévaluer le passé en fonction d’une normalité redéfinie au présent. Mais je vois que l’association de mécanismes financiers classiques avec un exercice moral de jugement de l’acceptabilité des prix négociés dans le passé n’est pas naturellement logique. Nous avons été habitué à dissocier le calcul économique et financier des questions morales d’appréciation collective du bien et du juste.
        En fait, la logique financière et la logique morale sont facilement compatibles si on enferme la mécanique financière et la référence morale dans un même marché où tous les acteurs publics et privés sont réunis à égalité de droit pour imposer leurs logiques complémentaires. La finance calcule un équilibre entre des demandes et des offres de biens objectifs qu’il appartient au droit de reconnaître comme tels. Or le bien et le juste ne sont pas dépendants du lieu ni du temps. Il n’est pas irréaliste de requalifier a posteriori la licéité d’opération grâce à des indices qui n’étaient pas clairement apparent à l’origine. Une telle démarche s’inscrit dans la logique financière du risque consistant à attribuer à des acheteurs primaires toutes les causes possibles d’incertitude du prix entre l’origine et l’échéance.
        La seule vraie condition d’une compensation des pertes de crédit entre les banques et les États est la dénonciation de privilèges respectifs qui n’ont aucune justification ni économique, ni politique. C’est aux citoyens normalement bénéficiaires du droit sur ce qu’ils produisent d’exiger l’abolition des privilèges au nom de l’économie de la démocratie. Il faut effectivement redémontrer que l’économie positive disparaît dans un régime d’inégalité réelle des droits.

  2. Toutes les solutions que vous proposez sont réalistes mais en dehors du prêt-à-penser néolibéral qui imprègne tant nos élites qu’elles ne verront le jour que lorsque leur système se sera effondré. A cet effet le blog du 21 septembre de JM Aphatie me parait significatif de la lucidité qui touche un journaliste qui n’est encore que le relai des oligarchies néolibérales.

    1. tout à fait ; comme il n’y a à l’heure actuel aucune organisation du mouvement de lémancipation sociale digne de ce nom, les capitalistes pousseront jusqu’au bout leur logique et, si les peuples ne se révoltent pas, nous irons jusqu’au crash final

  3. « La puissance publique n’est plus en mesure par ses propres dépenses d’empêcher le défaut de crédit généralisé. » C’est même elle qui a inauguré l’ère du crédit massif, à l’instar des USA, bon gré mal gré. Avant le décrochage $/or, il y avait de l’inflation à la place (moindre d’ailleurs à mon avis que l’inflation de nos jours, celle ci étant d’autant plus stable d’aspect que les étalons changent et que l’importation se développe).

    « la prime de légalité financière n’a pas été réclamée en échange de conditions d’emprunt public privilégiées au système bancaire. » inconséquence à votre avis?

    « Le choix est actuellement entre le repliement sur les nationalités ou sur la reconstruction systémique. » Comme il s’agit de l’UE, doit on comprendre que l’UE (~30 états, ~10% de la population mondiale), c’est le « déploiement » ou « l’ouverture », et que le reste (~160 états, 90% de la population mondiale), c’est le « repliement »?
    Pour la reconstruction, comme je vous l’ai dit, je suis pour, voire votre projet, mais je ne vois pas comment, vu les traités issus des pour l’instant perpétuelles négociations intra européennes.

    D’ailleurs, vous conditionnez ce projet à une réforme des traités (« constitutionnelle ») : « Le FESF serait l’autorité européenne commune de régulation financière contrôlée par le Parlement Européen. » Ils n’arrivent même pas à se décider sur le second plan d’aide à la grèce!

    « Sans la responsabilité personnelle politique et bancaire du crédit, il n’y aura pas d’économie de droit. La démocratie disparaîtra s’il reste possible d’emprunter ou de prêter du dollar à l’intérieur de la zone euro ; de même s’il reste possible à une quelconque autorité politique ou financière de se dérober aux obligations de la justice en empruntant dans une monnaie qui ne soit pas le prix d’une responsabilité publique nationale identifiée. »
    Pouvez vous m’éclairer sur ce pont : je croyais que telle banque centrale dans l’euro conservait la garantie de ces émissions (les billets sont « nationaux »), et que par exemple les « euros grecs » se réfugient à la bundesbank, la laissant se débrouiller avec la banque centrale grecque (et dégradant son bilan au passage), de laquelle théoriquement elle reçoit une garantie (résultat du mic mac de maastricht, repris dans celui de lisbonne).

    1. @Sylla,

      Une réalité avait été tue jusqu’à présent : la monnaie n’est pas simplement une unité de compte mais un étalon de mesure de la contribution des contrats au bien commun. Avoir une même monnaie est donc avoir la même interprétation de la loi dans la transformation des prix en biens et services. L’euro avait posé l’hypothèse que tous les pays de la zone euro puissent obéir aux mêmes conceptions et à la même interprétation de la réalité des biens et services produits. Les déséquilibres financiers entre les pays de l’euro montrent que l’hypothèse de la convergence politique est tout à fait prématurée.

      La distorsion entre le projet politique et la réalité économique se traduit par l’accumulation d’actifs toxiques dans le bilan de la BCE. Les banques centrales nationales ont simplement des obligations de surveillance et de régulation des systèmes bancaires nationaux selon la politique monétaire commune assumée par la BCE. La BCE mutualise les gains et les pertes systémiques de l’euro.

      En l’occurrence les pertes systémiques accumulées dans le bilan de la BCE viennent de l’incapacité des banques centrales nationales à imposer à l’État qui détient leur capital une règle européenne commune de solvabilité publique. L’euro va nécessairement disparaître en tant que monnaie unique ; si les Européens veulent préserver l’avenir de leur union, il faudra qu’il transforme l’euro en monnaie commune de garantie et de régulation des monnaies nationales.

      L’euro est en faillite pour la même raison que le dollar : absence de règles équitables de solvabilité publique et bancaire applicable à tous les emprunteurs. La crise de l’euro est donc la crise du dollar. La réforme du système monétaire international est indissociable de la consolidation des finances publiques européennes et étatsuniennes. La monnaie est une règle de crédit et le crédit est l’application de la loi d’États de droit différents. Pour le moment, cette vérité est dissimulée afin de préserver des privilèges financiers et politiques.

      1. Vous ne répondez pas sur les euros « marqués ». Ce n’est pas seulement le bilan de la BCE qui se dégrade (Julien Alexandre m’a un peu expliqué la manœuvre de la BCE), mais aussi celui des banques centrales nationales qui servent de refuge, alors que les traités interdisent toujours des transferts au niveau européen.

        « si les Européens veulent préserver l’avenir de leur union, il faudra qu’il transforme l’euro en monnaie commune de garantie et de régulation des monnaies nationales. »
        …oui…mais vous avez affaire à des idéologies politiques et des intérêts lourds.
        Ils garderont la monnaie unique le plus longtemps possible : pour les politiques, c’est le moyen de l’union (par exemple, c’est mitterrand qui a œuvré pour faire accepter à khol la monnaie unique, ce dernier mettant dans la balance les principes de la buba ; mitterrand voulait « accrocher » l’allemagne à l’UE, et khol décida que l’allemagne n’avait rien à perdre si rigueur budgétaire. on a le résultat devant les yeux, certes par gros temps, mais une monnaie n’est pas une coquille de noix sur l’océan, ou faite de bric et de brocs, normalement…), pour la finance et les industriels, la garantie du marché unique (et accessoirement pour les puissances mondiales, à part en UE, un moyen utile).
        De plus, des renégociations seraient sanctionnées par les « marchés » actuellement, je crois.

        Le second plan d’aide ne sortira pas j’ai l’impression, et la grèce fera défaut d’au moins ce montant.

        Une question qui me tient à cœur : pensez vous qu’une taille économique minimale est nécessaire pour créer l’association internationale « bancor »? Si oui, laquelle (l’allemagne peut elle l’impulser, ou monaco, ou …)?
        Car pour continuer à critiquer ces idéologies qui guident l’europe, pourquoi s’arrêter à l’europe? çà fait W.A.S.P. pour l’instant…

  4. Je lis vos articles comme ceux de vos collègues de ce site avec beaucoup d’intérêt depuis une paire d’années environ.

    Je ne suis pas économiste, mais pas tout à fait ignare. Confusément, je me sens par intuition d’accord avec tous les intervenants de ce site, à commencer évidemment avec Paul Jorion. Je vous fait toutefois une critique générale, vous parlez ou vous écrivez trop en termes technocratiques ou de spécialistes.

    Soyez plus pédagogues. Parlez ou écrivez pour celui qui ne comprend rien à l’économie. Utilisez donc les termes technocratiques ou celui des spécialistes, pour que nous puissions comparer vos analyses avec celles des économistes libéraux, mais traduisez tous ces termes avec des exemples de la vie courante pour que nous puissions comprendre ce qu’ils recouvrent.

    Si vous vous mettez à la portée des non-économistes, je peux vous assurer que, en ce qui me concerne, je suis prêt à souscrire financièrement à votre site, parce que je me sens intelluctuellement et philosophiquement des vôtres.

    En dépit de mes réserves, sachez que déjà vous m’apportez beaucoup.

  5. Les actifs des banques, et de nombres d’entreprises, sont fictifs, ou illusoires, ou illusionnistes.
    Et alors, cela ne date pas d’aujourd’hui, et repose sur le fait admis par tous les acteurs économiques que le postulat est la continuité de l’exploitation, à tous les sens du terme exploitation.
    Venez vous vraiment de découvrir cette folie, parce que les marchés paraissent commencer à l’admettre, après en avoir tiré profit ?

    1. @Marlowe,
      L’hypothèse de la continuité d’exploitation est désormais explicitement contredite par les faits. Que l’hypothèse ait été profitable ou non, continuer de la proclamer revient à détruire la réalité pour qu’aucune autre hypothèse ne puisse être posée. Voulez-vous dire que le choix du suicide est une nécessité ?

      1. Ce n’est pas parce que les fait contredisent ce que croient et affirment des déments que ceux-ci changent d’avis.

        Je crois que votre penchant humaniste vous fait aussi beaucoup négliger le côté suicidaire de notre époque.

      2. Ok Marlowe. Mais on ne va tout de même pas se laisser tondre par les déments sous prétexte qu’ils ne savent pas ce qu’est la réalité. Si le retour à la réalité passe par la guerre, alors la guerre est un devoir moral. Est-ce ce que vous voulez dire ?

      3. Le devoir moral.

        Quoique la situation soit différente à celle de 1938, l’expression que vous employez me fait penser à Bernanos, l’un des rares à s’être élevé contre les accords de Munich.
        Vous avez bien compris ce que je veux dire.
        Maintenant, je voudrais vous dire que l’économie devenue folle, et les machines qui la servent, quoique certaines aient apparence humaine, a façonné le monde comme son monde, la société du Spectacle comme l’a si bien nommée Debord.
        De ce point de vue la guerre est déjà là, et pas depuis trois ans, mais beaucoup plus.
        Cette guerre est celle qu’une époque mène contre sa propre possibilité de survie.

  6. La Hongrie adopte le projet controversé sur le remboursement des dettes
    Le Parlement hongrois a adopté lundi soir le projet permettant le remboursement à taux de change fixe préférentiel des dettes contractées en devises étrangères, en francs suisses notamment.
    Proposé par le gouvernement de centre-droit, qui jouit d’une majorité des deux-tiers au Parlement, le texte a recueilli 277 votes favorables, 9 contre et 30 députés se sont abstenus, détaille l’agence hongroise MTI.
    Selon ce projet, les Hongrois endettés en ces devises pourront repayer en un remboursement final les dettes avec une parité de 180 HUF/CHF et 250 HUF/EUR, alors que les taux actuels sont de l’ordre de 234 HUF/CHF et de 280 HUF/EUR.
    Ils ont jusqu’au 30 décembre pour déposer leur demande auprès des banques et disposeront ensuite de 60 jours pour effectuer leur remboursement.
    Les endettés pourraient avoir accès à des crédits en forints pour financer leurs transactions, ce qui reviendra à reconvertir ces crédits en forints.
    Cette possibilité de remboursement, initiée par le Premier ministre Viktor Orban, avait suscité dès son annonce la semaine dernière une vive réaction en Autriche, dont les banques sont très impliquées en Hongrie.
    L’Union européenne a également prévenu que ce projet pourrait être illégal, déséquilibrer le marché du crédit et freiner la faible croissance économique de la Hongrie.
    Près d’un million de Hongrois ont vu ces derniers mois le poids de leur dette s’alourdir avec l’envolée du franc suisse. Le gouvernement prévoit que seuls 150.000 à 300.000 d’entre eux utilisent la possibilité qui vient d’être créée.
    Et l’adresse de l’article paru dans Les Echos
    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp_00380684-la-hongrie-adopte-le-projet-controverse-sur-le-remboursement-des-dettes-221323.php
    ( présentation à rectifier suivant l’usage)

  7. Bonsoir à tous

    Indépendamment des considérations théoriques et techniques, ce que révèle le refus actuel des politiques européens d’aller vers plus d’intégration économique et fiscale pour créer un bloc susceptible de traiter le problème actuel me semble en accord avec le concept d’entrepreneuriat appliqué aux politiques par JC Werrebroucke:
    Au moins en France, et depuis des temps immémoriaux ( pas tout à ait quand même voir Ammien Marcellin au IIIème siècle) le s entrepreneurs politiques achètent leur élection au moyen de:
    pour ceux de gauche: des emplois subventionnés
    pour ceux de droite: des réductions fiscales
    Abandonner la mainmise sur le système fiscal leur couperait la branche sur laquelle ils s’assoient pour dominer et tondre: cela signerait leur perte à moins de remises en cause drastiques.
    On comprend mieux leurs réticences!
    En français d’en bas: « Si les finances d’un état sont gérées par d’autres que les copains, on fait comment pour les mallettes? »

    Donc les radicaux ont raison: il faut faire tomber ce mur là comme le mur de Berlin: à coups de masses!

    Cordialement

    1. Assurément, il va de soi que la fonction de redistribution de l’argent public au travers des politiques sociales et des travaux publics (au sens large pour ces deux secteurs) constitue un domaine de prébendes pour la classe des » redistributeurs ». La corruption du secteur de la redistribution montre l’équivalence fonctionnelle entre le salariat (forme licite) et la corruption (forme illicite) en tant que deux modalités jumelles de domination par l’établissement de hiérarchies de commandement. De fait, ces deux réseaux s’étayent l’un l’autre, car, très banalement, il faut bien laisser le champ à une société parallèle pour que les plus nuls aient aussi leur chance de grimper et que de l’autre côté, les plus civils s’étouffent d’eux-mêmes, puisque des deux côtés, les voies voie licite comme l’illicite, abandonnent toutes les anciennes civilités et fusionnent leur code, ne croyez-vous pas ?

      Dans cette perspective instaurer un salariat nettement mieux payé et associer une organisation du travail émancipatrice (en finir avec la militarisation du travail) serait réduire d’autant la corruption , il me semble.

    2. En français d’en bas: « Si les finances d’un état sont gérées par d’autres que les copains, on fait comment pour les mallettes? »
      Voilà une formulation claire et sans ambiguité, ainsi que le suggère R Mascarell.Marlowe n’étant pas myope également, je suggère pour ma part que l’on a touché le fond depuis longtemps.Au delà de longues reflexions et explications sur le système dans son ensemble qui m’ont également été utiles et d’un grand secours sur les mécanismes en usage, je crois véritablement que nous assistons à la trop lente agonie d’un système que ses partisans les plus acharnés tentent de maintenir en bricolant des solutions leur permettant de sauver le maximum de meubles.
      La mécanique est non seulement grippée, mais tous les artifices pour rajouter un logiciel de plus ou un peu d’huile dans les rouages gangrénés ne sont que des illusions.
      Si vous êtes du « bon coté du manche »-mais peut-on réellement se réjouir d’être le dernier des mohicans- ?, alors vive la société des privilégiés contre tous les autres, sinon vous allez trinquer à leur santé.Oû bien alors le sursaut « humaniste » viendra de la désintégration accélérée du système, provoqué par des évènements « lourds »comme catalyseurs imprévus, car du côté des « responsables », point de salut.
      C’est bien d’une guerre totale des classes dont il s’agit (W Buffet, l’avait d’ailleurs signalé et expliqué), et dans une guerre on ne fait pas de quartier.
      Les ultra conservateurs vont tout faire quitte à tout faire imploser, c’est ce qu’ils font d’ailleurs…
      Les crises que nous vivons, dont la dernière est une réplique d’une rare violence est celle de la civilisation dans laquelle nous évoluons.C’est une crise morale de la gouvernance corrompue moralement et financièrement comme toutes les civilisations finissantes en ont vécu.Il n’y a pas de projet de société? Pas d’équilibre.
      Les arguties techniques et juridiques ne changeront rien tant que la confiance en un projet de société pour tous n’aura pas de valeur pour tous.
      Il faut réduire la finance à son strict rôle, c’est à dire un moyen et non une fin en soi.Redéfinir la notion de bien public comme étant l’aboutissement des accomplissements individuels et des équilibres.Remettre en place les règles de saine gestion qui avaient fonctionné par le passé et qui ont été longuement reprises dans ce blog.
      La réalité doit évidemment être le ferment du sens commun, et non l’illusion, le déni est un cancer incurable.
      En écho à tout celà, je me souviens d’un dessin d’un humoriste dont j’ai oublié le nom, qui avait croqué dans une cellule carcérale qu’on pouvait imaginer dans une dictature d’amérique du sud, un opposant allongé et immobilisé sur un brancard de torture et disant devant son bourreau tenant une sorte de tenaille ahurissante, « je suis prêt à mourir pour mes idées », l’autre répondant prêt à officier « ça tombe bien, moi je suis prêt à tuer pour les miennes ».
      Et bien voyez vous la finance ultra libérale, c’est celà, c’est aussi l’entre soi de la vulgarité et de l’arrogance.Il faut donc être prêt à tout pour la mettre au pas, pas seulement à mourir, mais à tuer également, car elle n’a pas lieu d’être et est définitivement néfaste par ses excès destructeurs en tous genres.
      Malheureusement, il n’y a pas l’ombre d’un politique charismatique et courageux prêt à rétablir l’équilibre des institutions et des pouvoirs…Le sénat vient de changer de majorité…Qu’en attendre ?Il faut à terme un seisme politique pour accompagner une société rendue malade par cette finance hypertrophiée et surestimée.
      Je ne résiste pas enfin à vous inciter à regarder et surtout écouter les derniers mots d’Allende sur cette courte video, c’est de ce genre de propos et d’hommes dont la démocratie a besoin.
      Les derniers mots d’Allende
      http://www.dailymotion.com
      traduction: librepenseur007

  8. Excusez mon ignorance dans ces matières très techniques.
    Elles alimentent cependant ma réflexion de  » citoyenne d’en bas « .

    Si je pose l’hypothèse que le système démocratique fonctionne en réseaux, avec ses correctifs, la presse, la diversité des représentations politiques , les partenaires sociaux etc … et que je compare cette structure au système économique et financier mondialisé et concentré, je déduis que ce dernier est devenu un système hiérarchique hors réseau sauf en liaison avec la géopolitique.

    Nous serions donc dans un état d’affrontement entre deux systèmes qui ont évolué différemment..
    Un système hiérarchique qui phagocyte le réseau de la vie politique et sociale.

    Que se passe t-il lorsqu’un réseau ( la vie démocratique ) et une entité hiérarchisée autonome ( le système marchand et financier ) se font la guerre comme c’est le cas actuellement. ???

    Afin de stimuler le brain storming, je soumets le texte suivant à votre attention bien qu’il date de 1990 et considère encore qu’il existe des réseaux internes au système financier et économique, ce qui me parait dépassé par la structure monolithique actuelle.

    http://rb.ec-lille.fr/recherche/Resume_Powell/index.html

    1. @Beotienne,

      Je ne vois vraiment pas où est votre ignorance. Votre reformulation signale notre convergence d’analyse. Il y a bien deux systèmes en conflit radical de puissance. L’un devra tuer l’autre : soit la hiérarchie financière soit le réseau plat non hiérarchisé des échanges. J’ajouterais seulement qu’aucun des deux systèmes n’est humainement viable : les deux systèmes sont fondés sur l’élimination des inadaptés, c’est à dire d’une grande partie de l’humanité.

      Le dépassement humain de la guerre invisible des systèmes est le relativisme systémique de la compensation internationalisée proposée par Keynes. Il s’agit non seulement de compenser les prix dans une monnaie commune, mais également les lois différentes par lesquelles sont formés les prix et les primes humaines de responsabilité personnelle de garantie des prix promis. Le relativisme systémique est l’obligation d’ancrer toute promesse verbale dans une réalité visible de la même manière par des gens adhérents à des systèmes différents.

      1. Merci à vous d’avoir si bien clarifié et systématisé mon approche « intuitive ».
        Je ne pratique pas la fausse modestie, il se fait que pour des raisons circonstancielles et familiales je n’ai pas fait d’études très poussées et j’ai donc ma façon « à moi » d’aborder la connaissance, les moyens du bord qui doivent s’ajuster à la culture savante. Cet effort me plait par la nature de la dynamique qu’il génère.
        Me voici un peu hors sujet : la vulgarisation de la connaissance, qui par le truchement de l’internet apporte une nouvelle dimension à l’exercice de la pratique démocratique. Ainsi en finale retour au sujet.

      2. Merci à Béotienne de son lien qui s’est avéré assez pertinent pour que PSDJ s’y retrouve .

        J’ai craint un instant que PSDJ écrive que la hièrarchie financière et la démocratie étaient mêmement non-viables !

        Mais non , c’est le réseau plat non hiérarchisé qui était dans le collimateur . Ouf !

        J’ai bien noté que c’est la notion de hiérarchie qui était mise en exergue , comme fléau de la marche en avant ( rebaptisée il me semble « relativisme systémique de la compensation internationalisée » ).

        Le mot de hiérarchie déchaine en général les passions ( sans même se limiter aux libertaires et aux libertariens !) . Compris comme la nécessaire « primauté » , au moins pour une durée déterminée , de quelques attendus ( en principe écrits dans la Constitution ) , ça me parait une « mesure » première pour l’efficacité ,la protection , voire l’existence même d’un corps social ( ou d’un système vivant d’ailleurs) .

        C’est ce qui me faisait répliquer aux chantres parfois outranciers et sans responsabiltés , du management participatif total en réseau , que je voyais moins de danger dans un système hiérarchique que l’on conteste de l’intérieur et que parfois l’on viole , que dans un « réseau plat non hiérarchisé » qui n’est responsable de rien et qui , aux expériences tentées que j’ai eu à connaître , fabriquait très rapidement des chefs auto-proclamés ne rendant de compte à personne d’autre qu’eux mêmes nourris de leurs certitudes transcendantales . .

        Je n’avais malheureusement pas vu venir la hiérarchie financière totalitaire , sur mon autre flanc , qui a effectivement tué la bête .

        PS : tiens , j’ai parlé de « primauté » . Il y aurait donc bien un lien indirect entre prime ( premier ) et prime ( récompense) ?

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