LE PEUPLE ET CEUX QUI L’AIMENT (I)

J’ai accepté une proposition qui m’a été faite par le Théâtre du Rond-Point à Paris, de présenter un spectacle à la fin de l’année (je ne suis pas le seul à qui cette proposition a été faite : d’autres, que vous aimez bien, se sont vu faire la même offre et l’ont eux aussi acceptée).

Le thème que j’ai choisi, c’est le peuple. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : je suis ulcéré que le populisme (une valeur de ma tradition familiale) ait été abandonné de gaieté de cœur à l’extrême-droite, comme synonyme de « haine », du fait que le peuple (les gens ordinaires : les gens qui travaillent) n’intéresse plus personne.

Je ne suis pas de ceux qui imaginent qu’on s’improvise « génie » dans un domaine qu’on ne maîtrise pas, et comme j’ai été très impressionné l’autre jour par le spectacle d’Audrey Vernon, je lui ai demandé de me conseiller dans ce domaine, ce qu’elle a accepté et a déjà commencé de faire.

Parmi les images qui me serviront de décor, j’aimerais prendre certains tableaux de mon « pays » (Bruxellois comme moi-même), Eugène Laermans (1864-1940), peintre « populiste » et, j’imagine, fier de l’être.

Les intrus (1903)

 

Un soir de grève (1893)

 

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136 réflexions sur « LE PEUPLE ET CEUX QUI L’AIMENT (I) »

  1. La lumière, et l’ombre en contraste, qui se dégagent du tableau « Les Intrus » est magnifique, elle traverse le tableau pour venir nous parler de ces gens !

  2. Super… Félicitations…

    Avec Audrey Vernon, dans le théâtre de J-M. Ribes… Ben, vous vous gênez pas…

    Alors, moi… j’ai pas grand chose pour la fin de l’année… si vous avez besoin de quoique ce soit, n’hésitez surtout pas… je peux tenir une hallebarde en fond de scène sans problème, par exemple…

  3. certains commencent à réassumer ce mot.. peut-être pas un hasard que le peuple s’y retrouve de plus en plus d’ailleurs 🙂

    De quel type de spectacle s’agira-t-il dans la forme ? petite pièce ? saynète ?
    dans un spectacle commun avec les autres participants à l’exercice ?

      1. Paul, y aurait-il dans cette annonce, un lien quelconque avec votre « sinusite chronique » révélée dans votre vidéo d’il y a 1 an ? Réponse probable…disons…dimanche ? 😉

  4. Finalement, vous êtes assez proche de Naomi KLEIN dont je conseille la lecture de « NO LOGO » – Ouvrage tout aussi important, voire plus que « La stratégie du choc » souvent cité sur ce blog par les intervenants. L’avez-vous déjà rencontré lors d’un forum ?
    Ayant été un temps scénographe, et peintre le plus souvent possible, j’approuve votre choix de décor. Merci et bon courage à vous et à Audrey.

  5. Bonjour à tous,

    Il y aurait beaucoup à dire sur la diabolisation du populisme. C’est une histoire très triste et je ne suis pas d’humeur à resservir cette soupe d’amalgames puants.

    Mais le Peuple, lui, s’est bel et bien laissé désarmer en abandonnant la lutte des classes.
    Dès lors, doit-il, pour autant et par confort, se contenter de voter et de consommer suivant les prescriptions de l’Élite?

    A propos de l’Élite justement. Avez-vous remarqué comme elle brandit le spectre du populisme dès qu’elle se sent contrariée dans la concrétisation de ses chimères libérales?

    Donc, oui à un retour de la lutte des classes, à la condition qu’elle redéfinisse clairement les adversaires. Le capitalisme n’est pas l’ennemi. Seules certaines de ses excroissances sont nuisibles et la pire d’entre-elles s’appelle « auto-régulation ».

    Laisserait-on le Peuple s’auto-réguler?

    1. D’ailleurs on dit:
       » Nous, peuple de France… « ( ou du Monde )
      Le « je » du peuple, c’est le  » nous ».

      1. L’auto-régulation du capitalisme repose sur l’exclusion des :

        – mécanismes nuisibles à l’accumulation de profit
        – règles morales contraignantes

        Est-ce applicable au Peuple?

        Autrement dit n’y-a-t-il pas quelque part un « Je » qui parasite le « Nous ».

  6. J’ajoute que ce tableau « Les intrus », que je ne connaissais pas, me parle et me touche profondément.

    Bravo, choix remarquable!

  7. Plus d’affection pour « un soir de grève ».
    C’est en général dans les recoins de musées de province ou de l’étranger – pas toujours étrange – qu’on découvre quelques toiles qui mettent en scène le peuple, au travail dans les champs ou à l’usine ; ça change des bondieuseries-nobleseries-bourgeoiseries, dominantes mais les peupleseries sont rares. Le réalisme socialiste avait pris l’option inverse, d’exposer le peuple au boulot, mais les œuvres sur commande d’État n’ont pas toujours le talent que l’église, l’aristocratie ou la bourgeoisie discernait. Avant 90 dans les musées d’Europe de l’est quelques curiosités méritaient le regard, mais elles sont passées depuis dans les sous-sol, ceux que montraient le film de Wajda, « l’homme de marbre ».
    Le 18 mars dernier à l’Opéra Bastille il avait au dessus de la video du jour, une banderole pour un spectacle qui reprenait cette image d’introduction du film « Novecento ». Je l’ai vue dans un musée en Italie, oublié lequel, le nom du tableau, celui de l’artiste, mais le voilà.
    « Un soir de grève » m’a rappelé cette toile… bien connue… !

    1. Rosebud,

      C’est en général dans les recoins de musées de province ou de l’étranger – pas toujours étrange – qu’on découvre quelques toiles qui mettent en scène le peuple, au travail dans les champs ou à l’usine…

      Ah bon ? Vraiment vraiment ? Sûr ?

      1. Vigneron, sincèrement, franchement, véritablement, mon dire est vérité assurée – bien sûr – mais sans garantie assurantielle de défaut partiel. Vérifie à Bordeaux si une toile du peuple (en groupe) est absente d’une salle obscure. Et pis si dol et dam, constatés par huissier, porte plainte. Le tribunal tranchera tes frais des sens indemnisables après conversion en carton de rouge.
        J’dis bien en groupe, en masse, en nombre, (comme le Quart-état ou un soir de grève, hein) et pas les petites bouilles solitaires que t’évoques plus bas, mais les bouilles solidaires.

      2. Bon ben Rosebud, au hasard… ton quart-état mélAnchono-bertoluccien, il a l’air très à l’honneur à Milan…
        http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Museo_del_Novecento
        Bon ouais je sais, tu vas me dire que le truc s’appelle Musée du Dix-neivième, alors 1900 patins-couffins… mais non justement… p’têt ben qu’c’est plus bon qu’pour les musées… et les opéras-Bastille-populaires c’t’affaire.

      3. @Vigneron

        Seriez vous un moderne ? Vous savez que vous savez parfaitement vous peindre comme un beau néolib. Je ne sais pas si c’est un autoportrait mais on jurerait que c’est vrai !

      4. @vigneron 26 mars 2012 à 19:45
        Bon ben Vigneron, au hasard…
        ça a déjà été repéré la confusion entre milan et vautour dans la traduction du Leonard de SF. Merci de nous signaler les nouveaux fonds milan.

        Pour les musées, STP appelle-moi momie, avec l’accent anglais.

        Pis pour ta mélAncholia, une prise de la Bastille, matin midi et soir, à renouveler, jusqu’à épuisement.

  8. Aujourd’hui, il me suffit seulement de taper « paul j » dans Google et déjà je peux cliquer sur votre site,
    ( même que c’est le premier lien, en haut de la page)
    De cela, je suis toute contente
    (et donc à tous, et bien évidemment à Paul aussi, je vous remercie

      1. Plus fort encore ! Chez, moi, la nuit venue, je ferme les yeux et Paul Jorion peuple mes rêves 😉

    1. Moi aussi j’ai pensé à Courbet.
      Sans oublier l’admirable Van Gogh dont Bram Van Velde disait de lui que c’était le plus pur. Van Velde a lui aussi entièrement voué sa vie à la peinture : cependant pas la moindre trace d’un sacrifice pour une cause perdue dans leurs chefs-d’œuvre, au contraire, beaucoup d’intensité et une vision. Et c’est sans compter sur Rembrandt. Ah ces peintres hollandais, ils ont une âme bien trempée !

      1. C’est par la misère que j’ai approché la vie. La toile est liée à un drame fondamental. Je peins l’impossibilité de peindre. La peinture, c’est un œil, un œil aveuglé, qui continue de voir, qui voit ce qui l’aveugle. N’être rien. Simplement rien. C’est une expérience qui fait peur. Il faut tout lâcher. Pour être vrai, il faut plonger, toucher le fond. La toile ne vient pas de la tête, mais de la vie. Je ne fais que chercher la vie. Tout ça échappe à la pensée, à la volonté. Bram Van Velde.

      2. Me suis emmêlé les pinceaux. C’est à Jean-François Millet auquel je pensais et non à Gustave Courbet. Sans chercher à écarter ce dernier naturellement.

      3. Oui oui Octobre, Millet bien sûr, Les Glaneuses, l’Angelus, etc. Mais Courbet c’est encore mieux… Et puis y’en a eu tellement de peintres du « petit peuple », déjà Velasquez ou Vermeer…

      4. Léger lourd ; Pignon sur rue ; Picasso et assiette.

        Hé ! on peut plaisanter un peu quand on a le moral dans les chaussettes non ?

        Allez, une deuxième série ; j’invoque les Supers Masters :

        Pollock pas du toc ; Rothkoko pas d’ la noix ; Zao Wou-l’Kiki pas sot.

        ‘tain plus qu’un vivant, mais bien vivant !

    1. Un mensonge mille fois répété devient une réalité...

      Contrairement à ce que suggère le titre de cet extrait vidéo – contredit par son visionage – et contrairement a ce qu’a toujours affirmé J.P. Elkabach, qui n’a jamais été à une approximation près dès lors que cela le servait, Georges Marchais n’a jamais prononcé cette phrase (il en a fait d’autres, comme « Liliane, fais les valises »…).

      Delphin

  9. « je suis ulcéré que le populisme (une valeur de ma tradition familiale) ait été abandonné … »

    Dans cette transaction, il y a deux étapes (cf. L’argent mode d’emploi).

    Encore un petit pas et vous allez nous aider à comprendre pourquoi certaines valeurs ont été, non pas bradées (comme si ont leur attachait un prix résiduel), mais tout simplement jetées à la poubelle.

  10. Je ne sais pas pourquoi mais je me méfie toujours des mots en « isme ». Trop idéologique peut être.

    C’est toujours par ces « isme » que le peuple s’est fait avoir.
    Parfois il est bon d’inventer des mots pour se démarquer de ceux dont le sens à trop dévié.

      1. Je vois que les répèt’ ont commencé 😀

        Blague à part, ça faisait longtemps que j’attendais une occasion de « descendre » à nouveau sur Paris (comme on dit chez moi, dans le Namurois).
        Fin de l’année…pour les fêtes?

      2. Je ne vois pas de scepticisme dans ce qui est écrit par Alkali.
        Celui du sceptique Pyrrhon par exemple, il y en a d’autre, ne fait qu’essayer de montrer le possible d’une vie heureuse débarrassée du dualisme platonicien.
        Il y a pas mal des ismes dont il faut se méfier.

  11. Sur le populisme, voir les travaux d’Annie Collovald qui ont remis les pendules à l’heure depuis un certain temps déjà.
    Sur les classes, il me semble que nous souffrons de l’absence de travail sur la réalité des classes sociales aujourd’hui qui ne peuvent être définies par la seule dimension des revenus ( même pas en lui adjoignant la prise en compte du capital symbolique). Cette lacune est à l’origine de l’absence d’une véritable stratégie de changement sociale et politique. Pas sur que le FdG avance sur la question.

    1. Les classes sociales, chez Marx, ne sont jamais définies par les revenus.

      Elles sont définies par leur rapport au rapport social capital-travail. C’est un rapport de rapport donc.

      Qui travaille, qui possède les outils de production, qui possède le capital détermine l’appartenance ou non à telle ou telle classe.

      Le FdG fait comprendre que les possesseurs du capital refusent d’investir leurs profits dans l’appareil de production, ils préfèrent de loin la finance-casino qui rapporte plus aux initiés (ceux qui font des délits du même nom).

      Reprendre la main démocratiquement sur l’économie, donc s’appuyer sur une économie politique, est l’objectif du FdG. Jusqu’où ce processus pourra aller, les contradictions qu’il va rencontrer, font parties de la vie, personne ne peut le dire.
      Mais beaucoup s’y engagent car aucune autre piste raisonnable n’apparaît pour résoudre la situation critique de l’écosystème humain, les injustices sociales, les désorganisations improductives, les gaspillages d’énergies, la non inscription dans des processus de production où tout intrant est un extrant d’une autre phase, où tout extrant est intrant d’une autre phase.
      Ce qui touche tous les secteurs de production, sans exception.

      La règle de base, d’analyse et d’action, est que ce sont les besoins humains qui déterminent la production, ses processus, et les institutions nécessaires.
      Ce qui n’est pas contradictoire avec l’idée qu’en « dernier ressort c’est l’économie qui détermine », car les besoins peuvent être plus ou moins satisfaits selon le mode de production et le niveau de développement des forces de production. Le mode de production capitaliste par exemple n’est visiblement pas capable de résoudre les crises écologiques, sociales et économiques actuelles sans faire souffrir davantage les peuples par une politique austéritaire, récessionniste.

      1. @ JeanNimes

        Les classes sociales, chez Marx, ne sont jamais définies par les revenus.

        Mais Hollywood définit bien les classes sociales par le niveau du revenu.
        C’est le cinéma qui est devenu le vecteur principal de la représentation du peuple.
        C’est peut-être dans cette direction qu’il faut chercher la subvertion de la représentation du populisme, le lynchage par exemple ou des foules menaçantes ou des foules béates devant les puissants.

  12. à Paul Jorion,

    si vous cherchez de l’iconographie pour illustrer votre spectacle sur le thème du peuple, je pense que les premiers peintres, parmi les plus connus, à l’avoir mis en scène furent Pieter Brueghel l’ancien (1525-1569) puis son fils Pieter Brueghel le jeune (1564-1636).

      1. vous avez vu d’ailleurs « Bruegel, le moulin et la croix » sorti au cinoche il y a peu ?
        Lech Majewski se balade litteralement à l’interieur des tableaux de Bruegel, c’est assez hallucinant comme travail, un peu comme une extension « 3D » des celebres videos de ZBIGNIEW RYBCZYNSKI (oui j’ai copié collé son nom, aucune chance d’arriver à l’ecrire sans faute autrement 🙂

      2. à PJ,
        apparemment oui. Vous pouvez être fier de partager la même nationalité avec ces peintres. 😉

        A tout hasard, sauriez-vous pourquoi ces 1ères représentations sont nées en Flandre? Y aurait-il un rapport avec l’émergence du protestantisme bien que l’on ne sache pas avec précision à quel clan religieux appartenait Brueghel ?

      3. @ Fod
        Les premières représentations du peuple ?
        Comparez les commanditaires des « adoration des mages » et celles des « bergers »
        Je ne l’ai pas fait mais les bergers, c’est le peuple et les « mages » sont les puissants et l’élite.
        C ‘est mon opinion, rien que mon opinion.

  13. Un peuple au travail, et quelques millions d’aristos sans emploi… la monarchie elle au moins avait compris que moins on s’agite, que moins on transpire, et mieux on décide. T’as un emploi du temps de ministre ? Et t’en es fier ? Quelles sales manières !

    Sinon, jolis tableaux, il ne manque que celui du dodo.

    1. Oh, dans ce domaine là pour vous satisfaire, on peu trouver ce tableau-ci : cinq heures du mat’, paris s’éveille, DSK, Paris Hilton et Selma Hayek sortent d’un club sélect, et croisent une famille de prolétaires qui s’en vont au turbin. 😉

      (je ne dis rien du style, ici, un peu trop maniériste et pompier pour mon goût) 😉

  14. Il était, est, et sera nécessaire de dénigrer le populisme car ce faisant on dénigre les valeurs populaires. On enjoint au peuple de se taire au profit de ceux qui savent, les économistes par exemple…

  15. je pense que les « élites  » ou supposés telles n’ont jamais aimé le  » peuple  » ou s’en sont toujours méfiés bien que disant « agir  » en son nom, d’où la défiance vis à vis des référendums
    ,ceci pour la droite comme pour la gauche du moins la « récente  » = le peuple : on est là pour le guider ,le diriger mais dans le fond qu’il  » ferme sa gueule  » nous sommes plus intelligent que lui ,nous sommes ses représentants légitimes ,c’est à nous de parler,qu’il nous fasse confiance.On connait les résultats !!

    1. Je propose deux tableaux pour illustrer votre commentaire.

      Premièrement : « La Parabole des aveugles » de Pieter Bruegel l’Ancien me semble tomber sous le sens, avec des « élites » qui n’en sont pas et nous entraînent inéluctablement dans la grande perdition.

      Deuxièmement, si l’on considère que tout n’est pas perdu, peuvent refaire surface de hautes valeurs où viendraient se mêler la réalité, le réel, le symbole, la nécessité et la lumière. Des périodes tourmentés certes mais exaltantes (enfin j’imagine); lorsque nous savons et ne voulons plus être le jouet de leurs seuls caprices. Alors « La Liberté guidant le peuple » de Eugène Delacroix.

      (deux peintures déjà mises en lien sur le blog, et pour cause.)

      1. Que penser de celle-ci ?
        Après 2 guerres mondiales, aujourd’hui le consumérisme ravageur, la folie du capitalisme, les injustices étendues à la planète entière etc ; le tableau est plus noir que jamais : revisité au goût du jour si je puis dire. Que les artistes contemporains sont déchirés, les peuples également. Peu importe la couleur du bout d’étoffe brandi dans le ciel, c’est comme un signe ou un appel à la liberté, et fondamentalement, le combat reste le même. Le Printemps arabe est là pour nous le rappeler et il y en aura d’autres de ces élans printaniers, je pense. Ou un hiver très long ?

      2. @octobre

        La couleur de l’étendard est noire… couleur de l’anarchie, des pirates (informatiques ou pas) et des talibans.

        Dingue comme une image peut être éloquente !

      3. Que penser du Radeau des illusions du bordelais et ancien de Sud-Ouest, Rancinan ?
        Un Géricault post-post-moderne..
        Drouot a décidé en 2008 : 71 000€ le tirage de 2,6m/1,90m.
        Ça fait juste de lui, et grâce à ce boulot sublime (aucun trucage, fait d’un mois de préparation puis de deux jours de mise en place, répétitions et prise de vue…).

        Dans une belle exagération, l’immortalisation du radeau s’est jouée devant 400 photographes de l’Hexagone réunis au studio Rouchon, à Paris (5e). Il s’agissait de démontrer les qualités d’un nouveau boîtier Canon (21 millions de pixels !). Pourtant, au-delà de la démonstration médiatique (9 pages dans« Paris Match »), cette photo-là ne tombe pas gratuitement ici et maintenant.
        Le photographe, qui a entrepris, entre autres travaux, de visiter de grands thèmes de société, a réactualisé l’oeuvre de Géricault parce que, dit-il, elle lui parle.« Je regardais ce tableau et je voyais des images du large de l’Afrique, de’Asie, de Cuba, de ces gens partant souvent pour des illusions, pour un monde qui n’est finalement fait que de lumières. » Prise de risques. Image politique ? Évidemment. « Politique au sens noble » précise-t-il. « C’est une photo engagée, responsable. C’est une dénonciation, mais pas un jugement. Je regarde et je donne à voir. Je voudrais être une sorte d’artiste éditorialiste. » Et cette vente, son montant ? Rancinan s’inquiète qu’on croie qu’il se gave sur le dos des immigrés. « L’argent n’est pas l’enrichissement » affirme-t-il. La photo a coûté plus cher que le fruit de la vente : 98 000 euros, rien que pour les préparatifs et la décoration. Il reversera une partie de la recette de Drouot à Reporters sans frontières.
        Sa conscience soulagée, il peut dire ce qui le satisfait vraiment dans cette enchère : elle est la récompense de la prise de risques qu’il revendique comme son carburant. « Ce prix payé par un particulier veut dire que porter un thème comme celui-ci peut plaire, toucher, qu’on n’est pas obligé de tomber dans la médiocrité, dans la Star Academy, dans la banalité de la culture ou de l’information. » Il vient justement de signer une photo pour le rideau du Châtelet. Le résultat est à la hauteur d’un moderne Jérôme Bosch.
        On y voit une apocalypse cauchemardesque qui se veut une métaphore de la destruction totale de l’humanité.

        http://www.generation-nt.com/reponses/gerard-rancinan-photographe-francais-contemporain-plus-cote-encheres-entraide-1264801.html

  16. Peuple qui opprime et peuple opprimé, tous (ou presque) solidaires, certains pour se défendre, d’autres pour attaquer; qu’est ce qui les différencie: certains ont un peu (une maison, un petite aisance,…) d’autres n’ont rien à perdre…
    Pourquoi , dés qu’on a un peu, se met on rejeter l’autre, quels sont les mécanismes qui amènent à ça, sont-ils endogènes (la fameuse nature humaine), sont t’ils sociétaux ?

  17. « Populisme », voilà un mot que nombre de politiques (et leurs chiens de garde) envoient à la figure de leurs adversaires, de droite, de gauche, du centre, du bas, du haut, de l’au-delà, lorsqu’ils sont à court d’arguments. Il est grand temps d’en fournir une définition claire !

  18. « Sans la croyance en l’homme aucun art n’existe. »
    Antonio Tabucchi

    (Extrait d’un Entretien avec Catherine Argand – Été 1995)

    L’écrivain italien Antonio Tabucchi est mort (dimanche 25 mars)

    1. Napoleon, Hitler …

      « Le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à la mort, mais qui n’a aucun contenu. »

      « Les opprimés en révolte n’ont jamais réussi à fonder une société non oppressive. »
      de Simone Weil
      Extrait des Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale

      Hélas !

      1. « Napoleon, Hitler … »

        Difficile d’associer ces deux noms avec ce tableau .

        « Les opprimés en révolte n’ont jamais réussi à fonder une société non oppressive. »
        Certes , mais une révolution est généralement la conséquence d’une société oppressive ( ancien régime , Russie tsariste par exemple ) .
        J’ai le plus grand respect pour Simone Weil , et sa vie est une excellente illustration de sa pensée , mais je suis persuadé que les oppresseurs quel qu’ils soient se foutent pas mal du message d’amour délivré pas le christianisme .
        Je suis tout de même persuadé de la nécessité du moment révolutionnaire . Ce qu’on en fait après …

      2. Vous avez raison avec le tableau, les masses populaires.
        Je pensais aux risque et à ce texte plutôt:

        Il n’y a pas de  » France éternelle « , tout au moins en ce qui concerne la paix et la liberté. Napoléon n’a pas inspiré au monde moins de terreur et d’horreur qu’Hitler, ni moins justement. Quiconque parcourt, par exemple, le Tyrol, y trouve à chaque pas des inscriptions rappelant les cruautés commises alors par les soldats français contre un peuple pauvre, laborieux et heureux pour autant qu’il est libre. Oublie-t-on ce que la France a fait subir à la Hollande, à la Suisse, à l’Espagne ? On prétend que Napoléon a propagé, les armes à la main, les idées de liberté et d’égalité de la Révolution française ; mais ce qu’il a principalement propagé, c’est l’idée de l’État centralisé, l’État comme source unique d’autorité et objet exclusif de dévouement ; l’État ainsi conçu, inventé pour ainsi dire par Richelieu, conduit à un point plus haut de perfection par Louis XIV, à un point plus haut encore par la Révolution, puis par Napoléon, a trouvé aujourd’hui sa forme suprême en Allemagne. Il nous fait à présent horreur, et cette horreur est juste ; n’oublions pas pourtant qu’il est venu de chez nous. (…) (S. Weil)

      3. Entièrement d’accord .
        Pour aller dans votre sens , je me rappelle avoir lu que certains communards déportés en Nouvelle Calédonie avaient donnés un coup de main à l’armée coloniale afin de mater une révolte Kanake ( la seule ayant défendu ces derniers fut Louise Michel ) .
        Bonne fin de week- end à vous .

    2. Oui, les instincts des humbles manipulés par les instincts d’ érudits égarés et de puissants de l’ordre établi.

  19. Gens du peuple, la démocratie, ce n’est pas toujours le gouvernement pour le peuple,
    Gens du peuple, parmi vous j’en compte beaucoup qu’ils veulent ressembler à la haute,
    Gens du peuple, plus les cupides seront partout souverains et plus cela s’aggravera,
    Gens du peuple, plus chacun en perd sa souveraineté et plus tout le monde se damne,
    Gens du peuple, s’il n’y avait plus la rente comment Fortune pourrait-elle revenir ?
    Gens du peuple, tant que vous serez pauvres vous ne pourrez mériter l’Intelligence,
    Gens du peuple, les plus notables dans les villes ne font pas moins Misère Morale,
    Gens du peuple, plus chacun se détourne de son Ame et plus le monde Marchande,
    Gens du peuple, plus ils en gagnent au jeu et plus cela leur monte à la tête,
    Gens du peuple, il y a des pingres qui ne font pas plus meilleure économie,
    Gens du peuple, heureusement qu’il y a la télé et l’opium dans notre temps,

  20. J’aime lire Zola de temps en temps mais
    « Un soir de grève (1893) »
    ça c’est chouette
    Merci

  21. Aucune attaque. Pas mal de sympathie pour vous. Je répète : acceptez la contradiction et vous grandirez.

      1. T’as raison Al, faut jamais être d’accord avec les contradictions, m’enfin… avec celles qui te nient. Le Refus, deuxième vertu camusienne, avec, m’semble-t-il, la lucidité, l’obstination et… l’ironie.

  22. Pas mal l’enfant du « quart niçois » (= en bas à droite du second tableau) qui s’oppose héroïquement mais vainement à l’implacable et illusoire déploiement de l’action collective du peuple. Il y a un petit côté Goossens (cf. « La vie d’Einstein », ou « L’encyclopédie des bébés »), je trouve
    (aaaaaaah Goossens, voilà un autre très, très grand artiste qui passe presque inaperçu)

  23. « les gens ordinaires : les gens qui travaillent… » Aïe ! En tant que personne ordinaire sans travail, je tique, je tressaille… Mais j’imagine qu’il n’y avait pas d’exclusion volontaire de votre part.

    Sinon, le choix de Laermans (qui représentait aussi la misère des milliers d’ouvriers sans travail, sans revenus, sans avenir) : +1000

    1. Ha ! Perfidie féminine !

      Et qui va garder Théodore pendant les représentations ?…. Martine Mounier !

  24. Théâtre du Rond-Point ! A deux pas des Champs et des trois Palais, métro Franklin Roosevelt, bref un ‘new deal’ !?
    Et dans la salle Renaud-Barrault ?!… La classe…

  25. Trop d’ambigüités possibles sur « le peuple » pour que le sujet m’inspire autre chose qu’un prudent rappel de ma propre conception :

    il n’y a de peuple que par sa Constitution .

    Le prolétariat ne définit pas le peuple . Il se borne à asservir une partie de ses membres .

    Ceux qui aiment les prolétaires , je comprends .

    « Ceux qui aiment le peuple » n’a pas de sens , sauf à le traduire par  » ceux qui aiment la démocratie » .

    1. Je crois savoir qu’il est question d’une nouvelle constitution dans le projet du Front de gauche qui précisément à entrepris de reconquérir les catégories populaires délaissées depuis quelques décennies par la gauche social-démocrate.

  26. « le populisme n’est pas spécifiquement d’extrême droite. Le mot désigne une confiance dans le peuple que l’on rencontre dans les discours de Robespierre ou les écrits de Michelet. » Michel Winock (source: Wikipédia )

  27. Sur ce thème, on peut voir une variante grecque : celle d’une fête nationale … sans le peuple.
    Imaginons un défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées mais avec le peuple à … 500 mètres de distance.

    J’aime bien aussi la ‘moutza’ faite aux officiels par un homme en chaise roulante.

  28. Le populisme tel qu’on utilise souvent maintenant le terme, ce populisme « abandonné à l’extrême droite » utilise la peur des faibles de la société pour les faire s’entre-déchirer et voter pour les représentants des puissants.

    Ce n’est évidemment pas ça que vous comptez glorifier. Il s’agit donc d’un travail de redéfinition (ou de ‘recentrage’ du terme -voir Bruno plus haut). Faites en sorte que ce soit bien compris.

  29. « Les Pirates ! Bons à tout, Mauvais en rien »

    Le FDP des libéraux se prend une gaufre monumentale.
    Et si la CDU est encore le premier parti, elle n’a plus de réserves de voix.
    Quant au PP (Parti Pirate), c’est l’émergence qu’on n’attendait pas.
    L’imprévu.
    Le retour du politique.

    Mauvais signe pour Merkel.
    Mauvais signe pour le TINA.

    1. Zeb, les,8% du Parti Pir à Berlin…
      1) Was ist le rapport avec le sujet ?
      2) C’est gentil de nous sortir du congélo une info vieille de seulement six mois.

      1. Hé hé… «Et 16% pour die Linke»… il est mignon le Nicks… Je vois surtout que Lafontaine, ex baron de Sarre, perd plus de 5 points quand le Spd en gagne 6 et que la gauche divisée laisse ce Land ouvrier aux mains des amis de Merkel dans la coalition Cdu/Spd qui rassemble près des deux tiers des votes… Tu parles d’une victoire du Linke… Me demande d’ailleurs si les pirates leur piquent pas leurs électeurs CSP+… à eux et aux verts…

      2. « Le parti de gauche radicale Die Linke conduit par l’ancien ministre des Finances du gouvernement Schröder et transfuge du SPD, Oskar Lafontaine, perd du terrain dans une région ouvrière dont il fut roi, ne récoltant qu’entre 16,1 et 16,4% des voix (21,3 en 2009), selon les estimations. »
        😉

      3. Ok, j’avais pas connaissance des anciens chiffres. 16% ça ne me paraissait pas si mal. Mais après la victoire du Front de gauche en France, Die Linke devrait être boosté en Allemagne.

      4. @Vigneron

        Ouais c’est ça. Mais on vous invitera à prendre un verre, on ne va pas vous laisser seul avec vos grognements. Vous venez à Toulouse j’espère ?

      5. J’vais plus à la messe que pour les enterrements depuis perpète, et à Toulouse c’est pour la famille, le rouge et noir du Stade ou les saucisses, sûrement pas pour la messe et des Knackies. De profundis.

  30. Côté musique…
    « …Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu’à en trouver la formule.
    Tout est prêt: les capitaux.
    La publicité.
    La clientèle.
    Qui donc inventera le désespoir?… »
    Extrait de la chanson de Léo FERRÉ – Voir ci-dessous
    ► 3:21► 3:21
    http://www.youtube.com/watch?v=swESoyq1PoU

    – DU DESESPOIR À L’ESPOIR – OU LA MARCHE DU PEUPLE, un soir de grève…

  31. Il est un peuple en tous cas que d’aucuns aiment à chouchouter, c’est celui auquel s’adressait hier au soir la communication publique (le journal de France 2). Je veux dire le vaste peuple de l’Ass-Vie…
    Avec Spitz qui se jette à l’eau tout habillé pour expliquer que c’est toute « l’Economie française » qui dépend de son sourire, plus un peu de télé-trottoir parisien-populaire pour faire le compte; manquait plus qu’un bon chiffre (l’INFO ! ) : l’encours des Ass-Vie remonte en février ! Bon ok, après sept mois de baisse ininterrompue… mais ça repart !!
    Tain ! Sont balezes en spécu les Assurés-Vie… Juillet on anticipe la crise bancaire et on vend pendant sept mois; février on anticipe le « règlement » de la crise grecque, on s’en tape comme de son premier livret A des Cds, et on achète… C’est pas les 0,25% « manquants » sur les taux de l’épargne réglementée kamême… Tsss pas commode ce peuple là…

    1. Vu au JO du 24 mars 2012 : Déclaration de situation patrimoniale de Monsieur Nicolas Sarkozy , établie en application du 4 ème alinea du I de l’article 3 de la loi organique n° 62.1292 du 6 novembre 1062 relative à l’élection du président de la République au suffrage universel :

      – Contrat assurance vie HSBC France de 2 306 445 € situation du contrat MLP au 17 févroier 2012 .

      – Contrat assurance vie Neuflize OBC de 277 589 € situation au 31 12 2011 .

      On aimerait disposer de la même dite déclaration de la part de tous les candidats

      1. Sarko a foutu son pognon chez HSBC ???!!! HSBC fRance au moins ? Tain il m’semblait avoir lu qu’il avait tout chez la Générale ! Ça la fout bien ! J’serais chez S&P, rien que pour ça je ferais choir de trois crans la note des bancassurances trigogolores et de deux celle de la sarko-fRance…

      2. Les 100 000 € et des prouts qui manquent pour faire le total annoncé de 2,7 millions, c’est des babioles du genre autographes, montres et statuettes… plus les 34% du capital du cabinet d’avocats parisien SELAS Arnaud CLAUDE & Associés. Combien ça vaut sur le marché un machin qui fait bosser vingt avocats (d’affaires les enrobé(e)s de noir hein ? pas du genre qui acceptent les aides juridictionnelles qui payent le passage au tribunal des affaires familiales pour la garde des niards, non non, du genre qu’a des clients Sérieux Majuscules, « Sérieux comme Servier » quoi, et « Majuscule comme comment veux-tu que je … »)

    2. l’encours des Ass-Vie remonte en février !

      C’est pour ça que ce blog va affronter sa plus grosse période de récession depuis cet été si le rythme et la tendance se confirment ! A cause de l’Assurance Vie qui remonte. C’est dégueulasse.

      La preuve en chiffres :

      http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=3163

  32. A propos des mots en « …isme », je me demande lesquels on accolerait au général de Gaulle s’il faisait campagne sur ses thèmes aujoud’hui.

    Qui le soutiendrait, qui le vilipenderait, qui prendrait des pincettes ?

  33. Je ne connaissais pas ce peintre, Eugène Laermans, merci de me le faire connaitre. Sinon pour rester dans les parages Bruxellois, vous pourriez présenter ce tableau d’ Ensor si jamais la finance internationale était évoquée :  » Squelettes se disputant un hareng saur  » , 1891, huile sur bois, 16 x 21,5 cm.Bruxelles, Musées royaux des Beaux Arts de Belgique : http://francoisquinqua.blog.lemonde.fr/2008/01/30/e-comme-ensor/

    Bon, j’imagine bien que vous connaissez ce tableau mais peut-être n’y pensiez-vous pas sur le coup…( ? ) L’auteur en vérité s’y représentait au côté d’un journaliste critique d’art, mais rien n’empêche d’y voir une parfaite  » lutte à mort « …pour la subsistance voire la reconnaissance légitime de chacun et de tous.

    Quand on sait ce qui se passa au XX° siècle, le tableau daté de 1891 glace les sangs. Ensor se voulût ironique, il radiographia le siècle qui venait.

  34. « Un jour si je survis à tout cela, j’écrirai sur cette époque de petites histoires qui seront comme de délicates touches de pinceau sur un grand fond de silence. » Etty Hillesum

  35. Je suppose que vous connaissez Jojo de Geerts, qui décrit avec beaucoup de sensibilité et de drôlerie les milieux populaires belges tels qu’ils étaient il y a encore peu?

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