« SCOUT : TOUJOURS PRÊT ! »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand MM. Sarkozy et Fillon mettent en garde contre les attaques spéculatives dont la France pourrait être victime si un candidat de gauche devait l’emporter aux élections présidentielles, la réponse devrait être évidente : « Vous êtes depuis un certain temps aux affaires, qu’avez-vous fait pour protéger la France contre ce genre d’attaques contre sa souveraineté ? L’avertissement que vous adressez souligne essentiellement votre propre carence ! »

Pendant ce temps-là, les esprits s’échauffent à la nouvelle qu’Eurex, une filiale de la compagnie allemande Deutsche Börse, s’apprête à lancer un marché à terme sur les obligations françaises dites OAT (emprunts à long terme). Le fait que cet instrument puisse servir de vecteur à de la spéculation à la baisse sur la dette française suscite une levée de boucliers dans les rangs des partisans des candidats de gauche qui y voient – à juste titre – un moyen pour les marchés des capitaux d’abattre quiconque irait à l’encontre de la mise sous tutelle des systèmes politiques par eux, que l’on observe actuellement mais dont tout le monde s’est apparemment accommodé. À noter que la finance de son côté, s’inquiète aussi : ce marché connaîtra-t-il un volume suffisant, s’interroge-t-on (à chacun ses soucis !), le souvenir des marchés à terme calamiteux de la patate ou du papier étant encore dans toutes les mémoires.

Que faut-il en penser ? Il faut d’abord noter qu’un marché à terme sur les Bund, les obligations allemandes, existe depuis plusieurs dizaines d’années. Il faut se souvenir aussi que la compagnie franco-française MATIF (1986-1999) offrait le même type de produit financier que celui qui sera lancé le 16 avril à l’époque où elle était elle-même aux affaires, sans que quiconque ne s’en offusque.

La question que pose la spéculation, et elle se pose depuis qu’elle a été officiellement autorisée en France en 1885, c’est de l’interdire à nouveau et une fois pour toutes, non pas parce qu’il se trouve qu’elle joue pour des raisons fortuites contre vous un beau jour, mais par principe : parce que la spéculation pompe sa fortune sur l’économie – c’est-à-dire sur vous et sur moi – et dérègle irrémédiablement le mécanisme de la formation des prix.

Un candidat de gauche accédant au pouvoir avec une majorité de son bord doit se prémunir contre la déferlante qui se prépare contre lui, et savoir en particulier qu’à ce propos, le contrat OAT Eurex, c’est peanuts (en français : roupie de sansonnet).

Espérons qu’une cellule de crise est déjà en place, tous bazookas (ou orgues de Staline, eh, eh), braqués vers les endroits où cela pourrait faire très mal à l’adversaire. Un coup de téléphone reçu dans l’après-midi n’est malheureusement pas là pour me rassurer à ce propos – d’où, soit dit entre nous, et ne le répétez surtout pas – le présent billet !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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112 réflexions sur « « SCOUT : TOUJOURS PRÊT ! » »

  1. Kafka sur le rivage de Haruki Murakami :
    « Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C’est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l’aube. Pourquoi ? parce que la tempête n’est pas un phénomène venu d’ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d’autre. elle vient de l’intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c’est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d’empêcher le sable d’y entrer, et la traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n’y a pas de soleil, il n’y a pas de lune, pas de repère dans l’espace ; par moments, même, le temps n’existe plus. Il n’y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer. »

    Oui, il n’y a pas de défi insurmontable, même en terre inconnue.
    « Impossible n’est pas français ! » Napoléon Bonaparte
    – La volonté du peuple peut arriver à tout, elle ne connaît pas de limite.
    Le changement nous est familier. La nature nous y a préparé…

    Mais le temps qui spécule sans fin, nous pousse, à nous dissocier du temps du corps, à nous épuiser et nous égarer. Tel est sa stratégie pour dérouler ensuite le tapis rouge des addictions et sur-activités consommatrices de toutes sortes.
    Nos capacités de résister sont riches mais demeurent limitées au niveau de l’individu, quant à leur portée. Nous devons donc oeuvrer ensemble, pour hisser notre voix à un niveau supérieur.
    Celui de la collectivité solidaire. La nature elle-même, face aux agressions multiples et croissantes que notre ignorante cupidité lui inflige, sait user de « mécanismes solidaires » pour protéger la chaîne de la vie. Or même elle, si grande, si forte, commence à flancher sous nos coups de boutoir meurtriers.
    Il est encore temps de reprendre en main le compas et le marteau. De refixer des règles simples.
    Redonner sens au présent, à la lumière du passé, à la lumière des sages. Anticiper l’Avenir, oui ! Mais sans en chercher un intérêt de surprofit personnel, mais de prévention commune.
    Scout dans l’âme. Ce sera notre recours à titre juste.

  2. Ben oui…Ils vont racheter les 1700 milliards de la dette française?
    C’est comme les « bunds » allemands…2000 milliards….
    Meme la DB ne pourrait pas…
    Alors ils peuvent gigoter…
    Bon si c’était Goldman Sachs….D’aaaacccord! On pourrais s’affoler…
    Quoique Goldman est plus faible que PNB-Paribas….Mais bon!
    Mais un bidule inenvter hadoc par Clearstream, venant de Merkel-Allemagne rien que pour faire du bruit dans la campagne…présidentielle?
    Cou cou! Cou cou! Au fond des bois…Pour effrayer le pigeon…

  3. « Un coup de téléphone reçu dans l’après-midi n’est malheureusement pas là pour me rassurer à ce propos »… Que de mystères… de suspens… C’est beau d’être près de Dieu

  4. M. Berruryer sur son site dit la même chose.
    « “Quel hasard! Quelle coïncidence. 13 ans après la disparition du MATIF, le marché à terme des instruments financiers, une semaine avant les élections française, tous les spéculateurs du monde entier pourront facilement vendre à découvert de la dette française. Facilement. A coûts bas. Et avec un effet de levier maximum. Non, bien sûr, la “Finance” ne se prépare pas à la guerre contre François 2.

    À partir du 16 Avril, tout le monde pourra spéculer contre la dette Française

    C’est une annonce qui est passée relativement inaperçue. Le 16 Avril, soit, quelle coïncidence, une semaine avant le premier tour des élections françaises, le marché des dérivés, l’Eurex, va ouvrir un contrat à terme sur les emprunts d’État français. Qu’est ce que cela veut dire? Très simplement. Jusqu’à présent, si vous vouliez spéculer contre la dette française, vous n’aviez que deux moyens: acheter des CDS, ces fameux contrats d’assurance contre la faillite, ou vendre à découvert des emprunts d’État français, deux moyens destinés aux grandes institutions financières et aux gros fonds spéculatifs et qui nécessitaient de gros moyens.

    Avec l’ouverture de ce contrat, ce sera plus facile

    Tout le monde ou presque pourra acheter ou vendre à découvert des emprunts d’Etat français. Facilement. Et en plus avec un effet de levier de 20. C’est-à-dire qu’avec 50 000 euros seulement vous pourrez vendre à découvert 1 million d’euros d’emprunts d’État français. C’est l’arme idéale pour attaquer la France. Cela fait plus de 13 ans qu’avec la disparition du MATIF, le marché à terme des Instruments Financiers, on ne pouvait plus spéculer contre la France aussi facilement.

    On va dire que c’est une simple coïncidence. Que c’est un hasard si quelques jours avant les élections françaises, les spéculateurs du monde entier se dotent d’une arme fatale, bon marché, et à fort effet de levier pour s’attaquer à la dette française. Il n’y a pas de complot. Rassurez-vous. Dormez tranquille. Il ne se passera rien….” [Marc Firentino pour Allofinance] »

    Source : http://www.les-crises.fr/speculation-financiere-encore/

    Étonnant non?

  5. J’ai lancé l’alerte hier contre la création d’un nouvel instrument financier de chantage contre la dette de l’Etat français.
    Je me réjouis de voir qu’une prise de conscience commence et se traduit par plusieurs de position dans mon sens. Je note que M. Jouyet président de l’AMF me donne raison pour dénoncer le danger.
    Je m’étonne du silence de Nicolas Sarkozy qui a pourtant voix au chapitre comme président de la République française.
    J’adjure François Hollande de comprendre le danger et d’entendre ma stratégie d’affrontement avec la finance qui nous menace…..

    http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/04/11/une-nouvelle-arme-de-la-finance-contre-la-france/

    Un véritable coup d’Etat financier va se jouer en France à partir du 16 avril. En effet, le président Nicolas Sarkozy via l’AMF (Autorité des marchés financiers) vont permettre d’ouvrir sur l’Eurex, le marché des dérivés, un contrat à terme sur les emprunts d’Etat français, l’autorisation des ventes à découverts. Ce mécanisme purement spéculatif, appelé en anglais «short selling» ou «shorting», consiste à vendre un titre dont on anticipe la baisse. Le vendeur s’engage à fournir à un certain prix à une certaine date, en faisant le pari que le titre va baisser entre temps…

    http://www.actuchomage.org/2012041120252/Mobilisations-luttes-et-solidarites/sarkozy-et-lamf-preparent-un-attentat-financier-pour-le-16-avril.html

    1. Part two : MélAnche… étonnant, con ?
      Je résume : Fiorentino, en florentin de pacotille de marché, vend à terme de l’immo et son partenaire pseudo-florentin de politique et tout aussi bâté vend à terme la défaite de la gauche.

  6. La première victime:l’immobilier…on on s’en plaindra pas!Après l ‘économie réelle..et là,la révolution sera en marche!

  7. Si la France (2ieme pays de l’euro zone) est attaquée grâce à ces nouveaux futures, cela donnera une excuse pour attaquer frontalement la finance, puisque les dirigeants auront l’appui totale de la population face au danger contre l’europe entière!

    Roosevelt n’a t’il pas attendu pearl harbor pour engager les USA dans la guerre. Ce jour là, les japonais lui ont fait un cadeau inimaginable!

  8. « Aux Etats Unis, le shadow banking est devenu plus important que le système bancaire traditionnel depuis assez longtemps, Ceci n’est pas étonnant dans un pays où le financement bancaire ne concourt que pour 20 à 30 % aux besoins de financement des entreprises (contre 70% en Europe)

    En Europe et en Asie son importance s’accroit. »

    http://investmentbankerparis.blogspot.fr/

  9. aux mélenchonistes,

    Pourquoi Mélenchon ne cite-t-il pas le texte de loi qui interdisait la spéculation avant 1885 ?
    Pour moi c’est le grand mystère de la campagne des élections présidentielles 2012.

    Nathalie Arthaud au moins elle s’informe, elle sort son texte de loi (hier soir sur France 2) quand il faut avancer l’argument en béton pour couper l’herbe sous les pieds de son questionneur qui voulait la faire passer pour une dangereuse révolutionnaire imposant sa dictature aux puissants alors qu’en fait de dictature une loi interdisait déjà la pratique discriminant dont il était question (en l’occurrence il s’agissait du respect de la parité hommes-femmes.)

    Mélenchon a crée une dynamique, mais quel beau gâchis !!

    1. Mélenchon propose de limiter la spéculation tout de même!

      http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/04/11/en-pleine-campagne-un-nouvel-instrument-pour-speculer-contre-la-france-231071

      Mélenchon lance un appel au favori du deuxième tour :
      « J’invite François Hollande à prendre conscience du danger qui menace et à rejoindre ma stratégie de combat. Je préviens que si je suis élu, ces contrats seront interdits comme toutes les ventes à découvert et les CDS non-adossés. »

      Mélenchon n’est pas le Messie, il est seulement le meilleur candidat à la présidentielle. Personnellement, je voterai pour lui. Et cela fait 15 ans que je n’avais pas voté.

      1. Laissez tomber, les périscopes sont de sortie…Demain, réunion géante du Front de Gauche à Marseille !

      2. Nicks
        Puissiez-vous avoir raison.
        Que ce n’était pas Melenchon le mystérieux coup de fil à Paul. 😉

        PS. Hollande, il ne peut plus hausser un sourcil plus haut que l’autre. Mélenchon a encore une marge de manoeuvre, il faut qu’il en profite, une dynamique pareille faut pas la gaspiller.

      3. @Pierre-Yves

        Je me fous bien de savoir si le staff de Mélenchon a son calendrier prévisionnel de totalement bouclé sur la finance. Le simple fait de voir élu quelqu’un en dehors du bipartisme serait déjà un signal énorme. Le reste coulera de lui-même. Si l’Argentine ou l’Islande peuvent le faire, on peut y arriver non ?

  10. « Pourquoi Mélenchon ne cite-t-il pas le texte de loi qui interdisait la spéculation avant 1885 ? »

    Nul n’est parfait….

    A diverses occasions il a fait référence aux lois existantes pour lutter contre la financiarisation de l’économie lorsqu’il avait le temps de développer le programme du FDG.
    Il a même évoqué la suppression de toutes formes de spéculation….
    Et avide de connaissance et de bonnes idées, je suis persuadé qu’il en prend chez notre ami Paul…

    Mes sources ? Désolé ! Trop nombreuses pour que je m’y colle .

    1. mais curieusement il ne reprend pas la substantifique moelle des idées à Jorion.
      Il me donne la désagréable impression de ne donner que des os à ronger en noyant le débat dans la généralité.

      Le point juridique et historique soulevé par Paul Jorion n’est pas un détail, il est essentiel pour compréhension de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

      Si il ne reprend pas l’idée telle quelle c’est comme si il n’avait rien dit.
      Prôner l’interdiction des paris sur la fluctuations des prix par la restauration d’un simple article de loi cela ne nécessite pas de longs développement. Faut juste 30 secondes !

      1. Vous seriez capable de lui reprocher une virgule mal placée. Hollande, il reprend quoi lui ? Que dalle. Vous devriez aller chercher la définition de la cohérence…

  11. Bonjour à toutes et à tous.

    Je viens d’entendre le billet de Marie Viennot dans le journal de la mi-journée de France Culture et je m’interroge sur la pertinence de son affirmation selon laquelle il est moins intéressant de spéculer sur les obligations d’État à long terme, puisque les parieurs peuvent suivre chaque jour en toute transparence l’évolution des taux. Cela va à l’encontre des inquiétudes exprimées par Paul dans son propre billet. Quel intérêt, en effet, pour les parieurs que de parier sur le connu ? Pourtant, il y a un poil dans le potage. Je crois que cette affaire de transparence est un leurre pour lévriers infophages. Je lis dans un article de Michael R. Gibbons extrait de L’art de la finance (oui, comme il y a un art du bonneteau) que le rendement historique moyen des obligations à long terme ne diffère pas notablement de celui des obligations à court terme. Quand on sort de la moyenne, on observe même, dans « certains cas », que les anticipations de rendement pour les premières sont bien plus élevées que pour les secondes. D’où vient que les rendements sur les obligations d’État à long terme présentent un tel avantage ? Dans quels « cas » celui-ci peut-il se marquer ? Quelque âme charitable voudra bien m’éclairer.

    1. @Bertrand Rouziès-Léonardi

      « Quel intérêt, en effet, pour les parieurs que de parier sur le connu ? »

      Bah, le potage de la marmite (le Larousse donne une étymologie renvoyant à l’ancien français « hypocrite ») de l’avenir est très con.

      Ils parient sur le prix à T + 1, pas sur le prix à T, qui est une donnée, universellement apparente sinon transparente ; et ce que le « 1 » de ce « T + 1 » soit 10 ans, 3 mois, 15 secondes, ou 0,6 seconde. Et si entre-temps ils trouvent des encore plus cons, à leurs yeux, pour croire que ça monte après ce qui leur apparaît comme l’acmé de l’évolution du prix, ils leur vendent cette cristallisation de la foi de leur acheteur.

    2. @Bertrand Rouziès-Léonardi

      « Quel intérêt, en effet, pour les parieurs que de parier sur le connu ? »

      Le principe spéculatif est tout con : ils parient sur le prix à T + 1, pas sur le prix à T, universellement apparent mais opaque, en une sorte de concours de Nostradami. Le jeu consiste à vendre, à T + 1, à un acheteur croyant vendre ultérieurement plus cher. Que ce « + 1 » désigne une période de 0,6 seconde, 3 mois ou 10 ans et que la marchandise soit du blé, ta maison, un taux ou même la bourse elle-même est négligeable à leurs yeux, seule l’aventure eschatologique vaut pour les parieurs.

      Mais le capitalisme n’est ni seulement ni fondamentalement cette écume des choses.

      1. Merci Schizosophie pour ces réponses. Cela dit, la projection eschatologique des parieurs me laisse dubitatif. S’ils parient sur la fin ou les fins, c’est qu’ils comptent bien en faire un recommencement pour eux-mêmes. Jusque-là, tout va bien. Sauf que les heureux élus du recommencement, dans l’Église spéculative, sont plus souvent des initiés (délictueux) que des élus qui se seraient hissés à ce rang par l’effort. Le pari véritable, qui engage et aventure toute une vie, se fait rare. Les spéculateurs acceptent de moins en moins de prendre des risques, d’où la multiplication des assurances et l’augmentation des taux d’intérêt. Il ferait beau voir que l’un d’entre eux admette, comme les banquiers du Moyen Âge, de tout perdre au moins une fois dans sa vie. Les emprunteurs ordinaires risquent bien davantage (accidents de la vie) que les spéculateurs. La fin des temps laminera les premiers quand elle soufflera comme une brise tropicale sur la nuque des derniers.

      2. @Bertrand Rouziès-Léonardi, le 14 avril 2012 à 11 h 06

        Vous avez bien lu le double sens moqueur et la contradiction sérieuse que je voulais désigner avec l’expression « aventure eschatologique », et surtout c’est bien une forme de projection que je désignais. Je précise donc.

        Votre réponse m’autorise à distinguer entre l’aventure eschatologique fétichisée, celle riquiqui des ego dont l’argent est le vecteur et dont « ma gueule » est la fin (en contraste quand Colette Renard chante « ma gueule » elle désigne son amant en reprenant un bel usage argotique), et celle commune, mais pas banale, récemment renommée « des grands récits » par la castration idéologique disons « post-moderne », qui essaye néanmoins d’échapper aux fétichismes et tente de ne pas abandonner la passion aventureuse.

        De mon point de vue, que cette dernière n’échappe pas non plus aux illusions propres à cette contradiction, induite par le paradoxe d’une projection qui s’impose une fin, la condamne d’autant moins qu’elle aiguise mieux sa capacité de critique interne en s’efforçant de désamorcer ses propres tendances à toute forme de Parousie. Je ne connais que le travail dialectique du négatif pour tracer ce sentier escarpé : dieu est mort, l’éco-pol meurt (l’éco et la pol), et avec cette agonie, le bel avenir s’éprouve « tragicomiquement » au présent sans que le passé soit convoqué pour remplir le trou conceptuel de solutions encore inexistantes. Il me semble que nous en sommes là. Par exemple, on commence à peine à pouvoir lire Marx autrement que comme un prophète et Lacan autrement que comme un chiffreur. Il y eut heureusement quelques pionniers ça et là dans la longue histoire.

        Plus techniquement, « Les spéculateurs acceptent de moins en moins de prendre des risques » écrivez-vous. Il n’entendent évidemment pas les prendre pour eux-mêmes, mais ils savent que plus les risques sont énormes, plus les amplitudes sont prometteuses.

  12. M. Jorion, vous pouvez déjà acheter sur les marchés des contrat à terme sur les obligations françaises. Le marché est peu liquide, il est fait de gré à gré et est donc totalement opaque. En ouvrant un produit traité sur une place boursière, vous aurez des clearing houses qui centraliseront les échanges et cela se fera avec plus de transparence. Je n’arrive donc pas à comprendre pourquoi vous voulez garder un marché opaque alors vous criez tous à plus de transparence ?

    1. Il me semble que c’est exactement l’argument utilisé en 1885 pour abroger l’interdiction de jeux d’argent qui ont un caractère financier.

      On le fait déjà, donc il faut l’autoriser

      Ben justement non ! Le pouvoir de l’état n’est pas tant dans l’interdiction de l’acte lui même que dans le fait que tu coup, il ne reconnait pas les dettes de jeux et donc, les joueurs ne peuvent se retourner vers lui, et ses tribunaux, et sa police, en cas de non payement d’une des partie.

      Stop à la mise à disposition de notre justice. notre police et de nos remboursement au service de ses malfrats

      Oui à l’Interdiction de paris sur les fluctuations de prix,
      activité parasite de notre économie réelle, qui déséquilibre et fosse tous les échanges.

      .. parce que la spéculation pompe sa fortune sur l’économie – c’est-à-dire sur vous et sur moi – et dérègle irrémédiablement le mécanisme de la formation des prix.

      D’ailleurs, ceux qui jouent déjà à ce jeux devant leur murs d’écrans, devrait en prendre conscience.
      Mais surtout, vous les préteurs, Vous serriez, sans doute, bien inspirer de vérifier que dans vos portefeuille, rien de tout cela n’est pratiqué ?
      La partie pourrait s’interrompre brutalement, très prochainement, à vos dépends.

      Proposition : Un audit public avec logo obligatoire de qualité de conformité a ces principes, sur tout document de banque ? le plus dur, est juste de bien le dessiner.

      Résistons
      En espérant avoir été en cohérence avec mes lectures du blog.

    1. @ Véronique,
      13 avril 2012 à 17:43

      Bonjour,

      un ami des states..encore plus pessimiste (fiction off), vue de là-bas, comme on dit.

      — … —
      __

      Belle soirée

  13. De plus, Marianne est en mesure de révéler l’énorme bourde du gouvernement :

    il a non seulement laissé se créer un marché dérivé de sa dette, mais il a accepté que le contrôle de ce marché stratégique lui échappe !
    Car s’il y a spéculation sur la dette, ou malversation, ou simplement des doutes sur les transactions, ce n’est pas l’Autorité des marchés français (AMF) présidée par Jean-Pierre Jouyet qui sera compétente, mais son homologue allemande, la BaFin, puisque Eurex est une entreprise allemande, basée à Francfort.

    Il faudra donc, pour se défendre des spéculateurs, que les autorités françaises demandent la collaboration de nos amis allemands!

    La mécanique semble agencée comme si on avait voulu faire en sorte que le « prochain » président qui affiche sa volonté de faire en sorte que « la démocratie soit plus forte que les marchés » soit privé de tout pouvoir et placé sous tutelle dès le premier jour.

    Cette perte de souveraineté explique sans aucun doute les critiques acerbes prononcées par Jean-Pierre Jouyet. « Ce n’est pas le bon signal dans le contexte actuel », a déclaré celui qui est non seulement un ami de François Hollande mais aussi ex-directeur du Trésor à Bercy, donc l’ancien superviseur de l’agence France Trésor.
    Un expert, en somme.

    http://www.marianne2.fr/Incroyable-la-France-laisse-Francfort-speculer-sur-sa-dette-_a216960.html

  14. Si on voit la bourde comme un acte manqué , j’suis d’accord. Mais on pourrait peut -être traduire par « voyez que vous n’avez pas le choix »….

  15. L’acte manqué fait parti de la stratégie tendant à résoudre la contradiction pour un gouvernement ayant un contrôle médiatique et démocratique, de développer un action anti-démocratique. Ex: Les prix réglementés du gaz a baissé pour faire plaisir à l’électorat, mais on se trompe d’acte (réglementaire au lieu de législatif) et finalement on dit « oh comme c’est dommage! ça reste élevé; mais on avait vraiment l’intention de le baisser ce prix réglementé! » s’est du Fillon Ltd dans le texte.

  16. Quelqu’un peut-il préciser quel couillon va faire la contrepartie sans se couvrir si tout le monde est persuadé que les taux vont monter ? Pour rappel, la bombe atomique des CDS Lehmann s’est transformée en pétard mouillé. Goldman-Sachs, c’est comme les gosses qui jouent .Quand on les entend plus, c’est qu’ils préparent …….

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