L’actualité de la crise : LE LAIT EST SUR LE FEU, par François Leclerc

Billet invité

Sale tuile pour les Espagnols ! Jean-Claude Juncker, le chef de file de l’Eurogroupe, a déclaré hier que le pays « n’avait pas besoin d’aide extérieure » et a invité les marchés à être « plus rationnels » ! Vítor Constâncio, le vice-président de la BCE, a été dans son sens en estimant qu’ils avaient « sur-réagi » en imposant des taux obligataires élevés lors des adjudications d’hier mardi.

Au vu des précédents, ce genre d’affirmation est toujours annonciateur d’une catastrophe imminente. Les jours et les semaines qui viennent leur donneront ou non raison, mais comment en attendant ignorer que le compte à rebours est engagé ? Et se demander quel évènement serait encore susceptible de l’arrêter ?

Des mécanismes sont enclenchés. La hausse des taux obligataires n’aura certes qu’une incidence immédiate limitée sur la charge de la dette (le poids de ses intérêts), ne jouant encore que sur une faible partie de celle-ci. Plus préoccupantes en sont les conséquences pour les banques, qui devraient enregistrer des pertes, si elles le font, car la valeur de marché des obligations achetées avec les prêts de la BCE a diminué avec la hausse de leur taux. Le gouvernement est quant à lui placé devant un mur sans savoir quelle hauteur il va devoir prochainement franchir, ne pouvant plus bénéficier des achats obligataires des banques du pays qui stabilisaient les taux en achetant sa dette, les fonds de la BCE étant épuisés.

Vu son état, le système bancaire espagnol n’est plus à ces pertes près, il est vrai. Elles viennent s’ajouter à celles du secteur immobilier, qui tous les jours augmentent, aux effets de la récession économique, et pour faire bonne mesure à celles qui pourraient provenir du Portugal voisin, où les engagements espagnols sont estimés à 50 milliards d’euros. Son renflouement est indispensable, mais la formule est un bricolage de circonstance, car il n’est pas question d’accroître le déficit public pour y parvenir. D’où va venir l’argent ? La crainte étant que, si le FESF (fonds européen de stabilité financière) devait intervenir, car sa mission le lui permet désormais, un très mauvais signal serait par là même adressé aux marchés. Ce qui risquerait d’impliquer sans tarder un sauvetage en bonne et due forme.

La Banque d’Espagne vient de valider un plan d’assainissement du secteur bancaire gouvernemental. En plus des 9,2 milliards d’euros déjà dégagés en 2011, celui-ci va devoir trouver dans l’année qui vient, ou les deux prochaines années (pour celles qui participeront à la restructuration du réseau des Cajas en pleine déconfiture), 44,6 milliards d’euros. Soit en les prélevant sur leurs profits, ou bien en émettant des actions, soit en dernière instance en faisant appel au Frob, le fonds public d’aide. La vraisemblance du plan est faible, n’anticipant pas toutes les occasions à venir que les banques vont avoir d’accroitre leurs pertes.

Telle est la dynamique dans laquelle l’Espagne se trouve placée, avec comme seule alternative d’imposer aux régions des coupes claires dans les budgets de la santé publique et de l’enseignement pour regagner la confiance des marchés. Le gouvernement croit en avoir trouvé le moyen en s’engageant à payer les factures en souffrance des régions contre l’élaboration d’un plan d’économies. Prises à la gorge, quatorze régions sur dix-sept ont répondu présent et ont remis près de 4 millions de factures impayées pour un montant de plus de 17 milliards d’euros. Les plans remis d’ici fin avril et acceptés, les fournisseurs seront payés en mai, est-il promis.

L’objectif est de crédibiliser la participation des régions à la réduction du déficit, mais que craignent en réalité les investisseurs ? Que l’Espagne atteigne ses objectifs de déficit ou bien le contraire, inquiets qu’ils sont d’une récession qui ne peut ainsi que s’accentuer ? La stratégie poursuivie envers et contre tout procède d’un total contresens.

On peut faire confiance aux dirigeants européens : ils n’interviendront en Espagne que quand ils ne pourront plus faire autrement, n’étant capables de lever la casserole de dessus le feu que pour l’y reposer ensuite. La guerre des nerfs a donc repris.

Tous les regards se tournent vers Washington et la réunion du FMI. Le gouvernement allemand a fait savoir qu’il attendait qu’un signal y soit donné, afin que « les Européens ne soient pas livrés à eux-mêmes ». Quelle reconnaissance de l’impasse ! Pour que la BCE ne soit pas dans l’obligation d’intervenir à nouveau, sous une forme ou sous une autre, la seule issue est en effet que des ressources financières soient dégagées via le FMI pour secourir par ses prêts les pays européens qui devront à leur tour sortir d’un marché devenu infréquentable vu ses prix.

Chaque chose à sa place : à la BCE, le sauvetage des banques, aux États celui des États, c’est ainsi que peut être résumé le plan dont le second volet doit encore être concrétisé. Mais la question du risque pris par le FMI, et donc par ses membres, n’est pas négligeable, impliquant des contreparties. Les éléments d’un accord global sont connus, tout du moins pour les pays émergents, mais son adoption n’est rien moins que certaine. Car il représenterait un pas en avant vers une réforme du système monétaire international, et celle-ci ne pourra intervenir qu’à chaud, là encore quand il ne sera plus possible de faire autrement. En niant dans la presse brésilienne toute responsabilité à la baisse entretenue du dollar par la Fed dans le surenchérissement du réal, épousant la thèse américaine, Christine Lagarde vient de montrer non seulement quelles sont ses marges de manœuvre, mais également que les Américains ne veulent rien céder, craignant de ne pas pouvoir contrôler la suite.

Dans l’immédiat, le gouvernement japonais a demandé en contrepartie des 60 milliards de dollars qu’il va apporter que les Européens accroissent de leur côté le montant des engagements du Mécanisme européen de stabilité (MES).

Christine Lagarde espère atteindre au bout du compte ce qu’elle a déjà qualifié de « masse critique » en additionnant pour les besoins de la cause les fonds dont le FMI dispose déjà pour prêter aux pays à revenu moyen et élevé – 382 milliards de dollars – à ceux qu’elle récolte petit à petit comme s’il s’agissait de promesses de dons. On a déjà vu cela quelque part. Un montant équivalent est à l’arrivée espéré. Telle est la grande victoire qui s’apprête à être célébrée à Washington, au nom du refinancement planétaire de la dette des pays européens de la zone des tempêtes, à moins qu’un montage financier n’en répartisse autrement le risque.

Justifiant l’espoir d’être remboursé, le même FMI vient d’annoncer que le « pic » de la dette publique était « à portée de vue », prévoyant que « le ratio de la dette sera stabilisé ou aura commencé à baisser » dès 2015 dans une soixantaine de pays, à l’exception toutefois des États-Unis et du Japon. À condition, est-il ensuite reconnu en plus petits caractères, que se maintienne « un différentiel entre taux d’intérêt et de croissance très favorable ». D’autant que la persistance de taux d’intérêt historiquement bas n’est pas garanti », et que, « pour beaucoup d’économies avancées, y compris la France, l’Italie et le Royaume-Uni, il suffirait de petits chocs (…) pour empêcher la stabilisation de la dette à moyen terme », est-il conclu.

Une proposition de dernière minute de Christine Lagarde est par contre susceptible de semer un certain trouble, si ce n’est même un grand froid. Tirant sans doute les leçons des dernières prévisions semestrielles du FMI, selon lesquelles les banques de la zone euro devraient réduire la taille de leurs bilans de 2.600 milliards de dollars dans les deux ans à venir, augurant d’un fort resserrement du crédit, elle a proposé la création d’une nouvelle entité européenne. Elle aurait pour mission de recapitaliser les banques en prenant des participations directes dans celles-ci, afin de briser « le cercle vicieux entre États et banques ». Sans plus d’explication sur son financement et les circonstances de son intervention.

Décidément, la crise de la dette publique cède ces temps derniers le pas devant celle de la dette privée…

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69 réflexions sur « L’actualité de la crise : LE LAIT EST SUR LE FEU, par François Leclerc »

    1. Ça serait uniquement un palliatif d’urgence car ce montant correspond uniquement a la dette du secteur immobilier. En réalité la dette privé serait de l’ordre de 3.000 milliards dont 1.000 milliards environ problématiques. Évidemment la situation dégénérant ces chiffres évoluent négativement. Les attaques à la dette publique réduit les marges de manœuvre de l’État et pousse l’Espagne soit vers l’intervention (ça veut dire quoi au juste? créer de l’or à partir du plomb?) soit un sortie de l’euro que le gouvernement envisage en catimini. Aujourd’hui la bourse espagnole (el Ibex 35) a chuté de 4% et la perspective est sombre.

  1. Mercredi 18 avril 2012 :

    Banques espagnoles : nouveau record des créances douteuses, au plus haut depuis 18 ans.

    Le taux des créances douteuses des banques espagnoles, indice de leur vulnérabilité, a encore progressé en février, atteignant un nouveau record depuis 1994, selon les chiffres publiés mercredi par la Banque d’Espagne.

    Les créances douteuses, principalement des crédits immobiliers susceptibles de ne pas être remboursés, s’élevaient à 143,815 milliards d’euros en février, soit 8,15 % du total des créances, contre 7,91 % en janvier et 7,61 % en décembre.

    Le secteur bancaire espagnol est l’une des sources d’inquiétude des marchés, car il est fragilisé depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008 : son taux de créances douteuses, qui n’était que de 3,37 % fin 2008, s’est fortement détérioré depuis le début de la crise.

    http://www.romandie.com/news/n/_Espagnebanque_nouveau_record_des_creances_douteuses_au_plus_haut_depuis_18_ans58180420121059.asp

    1. Votre commentaire me fait penser à la saillie de NDA sur le plateau du grand journal.

      Je pense que François Leclerc EST un journaliste, en fin de compte.
      Nous sommes surpris de la qualité des ses billets alors que nous ne devrions pas.
      Lorsque je lis les articles des médias mainstream, les commentaires sont souvent assassins envers les auteurs des-dits articles.
      Ici, à chaque fois que FL commet, une commentateur félicite.
      Et je me permet de le féliciter, moi aussi, pour la même raison (ou la raison même)
      FL pourra peut-être nous le dire, mais je subodore qu’à la rédaction, il s’imagine, avant la première touche frappée, la confrontation avec le commentateur. Et c’est pour cela qu’il affûte ses articles avec brio.
      J’en deduis donc, à tort peut-être, que c’est ceci qu’il manque à la profession journalistique du 21ème : Imaginer la confrontation avec le lectorat (ou… commentatoriat) et que NDA a eu raison de gronder.
      Le mainstream est déconnecté de la réalité des français, FL non. La preuve dans les commentaires.

      Une petite pensée pour François, enchaîné dans la cave de Paul, rédigeant avec pour seuls moyens du pain sec et de l’eau ;o)

      1. Pas sur que ce soit motivé par la peur de la confrontation. Concernant FL tout du moins, mais peut être juste par le désir de partage de ses compétences d’analyse de synthèse dans le but de nous informer. Cela relève de l’estime pour son lectorat je dirais donc.
        Mais vous avez surement raison en revanche concernant les mass media.

      2. Probablement juste, la cave, le pain sec et l’eau, au vu des résultats.
        La facilité ( doc, fil direct agences de presse, service archive, thé ou café à la demande,
        repas 4 étoiles etc…), on sait , voyez les prestations journalistiques des marchands d’armes.

        François Leclerc? Du grand’art par un artiste du métier.
        Donc l’art naît de la contrainte.

      3. Moralité : mettre au pain sec et à l’eau toute la médiacratie afin qu’elle se rapproche de l’insurpassable qualité des articles de FL. Quant à ce dernier, SVP, Paul, faites lui passer de temps en temps un bon verre de Pomerol aux fins qu’il garde toute sa gnaque au fons de son cachot ! ! !

  2. Et si on revenait aux fondamentaux? pas ceux des banques, de la Troika, mais les notres ou les miens?
    -Ce sont les banques qui sont en faillites, pas l’Etat. La hausse des taux déséquilibrent leur budget de façon anormale. Le fait que les pays s’endettent auprés des marchés, soit. Mais que ceux-ci imosent par une pseudo loi du marché des taux délirant: Non!
    -Il faut mettre en faillite ces banques, et ceux qui ont investi dans leurs produits dérivés.

    Pour cela il fait éliminer le chantage sur les salariés en:
    -Supprimant la garantie d’état sur les comptes, ou la limitant a de faibles sommes, ce qui s’appelle euthanasier le rentier. Ainsi l’argent devra etre dépensé plutot qu’investi en obligation sur le marché de la finance.

    -Ceci fait mettre en faillite certaines banques et organiser des banques de crédit nationalisées, reconnnues par la BCE.

    Les riches seront ruinés et ne vivront que de leur travail, et ce n’est que justice.

    Nous vivons que la crise des RICHES!
    Pas de l’Etat « povidence ».

    Rajoy n’est qu’un insondable crétin au service du Grand Capital.

  3. Créances douteuses ? non , crédits immo avec défaut constaté à jour donné = 143 Md€ = 8,15 % de tous les crédits ? non.
    logements neufs invendus ES au 07/2011 = 700000 , anciens invendus = 800000
    Portage possible +- 300 Md€ non inclus les logements vendus à possible défaut.
    France vente log anciens+neufs=1.100.000/an = total portage crédit immo 20 ans= +- 5000 Md€
    5000*8,15%=407 Md€.
    En récession et chute des prix et loyers tous les crédits immo peuvent être en défaut.
    5000 Md€ en défaut………….seule solution la déspéculation en cascade.

    1. « tous les crédits immo peuvent être en défaut »
      Il est surprenant de voir comment les banques laissent les emprunteurs couler, que ce soit du fait du chômage, ou de l’indexation des intérêts sur je ne sais quelle indice farfelue.
      Il suffirait de vendre des prêts à taux fixe, et de prévoir des clauses d’échelonnement des paiements en cas de force majeur, pour atterrir en douceur lors d’un retournement . Je me souviens de la renégociation des prêts immobiliers en France lorsque les taux immobiliers sont passés de 17% à 8% dans les années 80.
      Aux USA, les emprunteurs laissent leur maison à la banque qui ne sait pas quoi en faire, ce qui met fin à leur remboursement (pour ceux qui ont eu la chance d’avoir ce type de contrat).

      1. « Aux USA, les emprunteurs laissent leur maison à la banque qui ne sait pas quoi en faire »

        J’ai été impressionné par une vidéo sur Detroit (la ville de Ford, General Motors et Chrysler.) On y voyait quelqu’un en train de s’installer dans une maison individuelle avec jardin qu’il avait payé 500 $, l’interview d’un démolisseur fort bien outillé (les maisons, en bois, sont écrabouillées en quelques coups de pelle mécanique qui a vite fait de racler les débris et de les charger dans un magnifique camion) qui disait avoir encore des années de travail devant lui et des bâtiments publics tels que la gare centrale immense laissée à l’abandon (la détruire coûterait trop cher.)

        Il y a bien sur un risque d’exagération journalistique mais l’attitude qui consiste à laisser les choses en plan quand les affaires ne marchent plus et aller s’installer ailleurs semble être restée profondément ancrée dans les habitudes US…

  4. L’état, ou des régions ou des municipalités ne pourraient t’elles pas émettre une ou des monnaies locales réservée soit à des immobilisations illiquides (infrastructures, biens durables …) soit à certains secteurs ou services (santé, éducation, …).

    Ceci en parallèle avec l’Euro, mais avec une certaine étanchéïté entre les monnaies du fait de l’illiquidité et/ou de la spécialisation. L’obligation d’une fraction (pourcentage) de monnaie locale dans tous les échanges aurait un effet similaire. Cette fraction pourrait évoluer dans le temps, voir concerner des échanges ou contrats antérieurs (par conversion d’avoirs).

    Evidemment, je pense aux états plutôt qu’aux régions et aux municipalités, et là concernant l’Euro, on s’approche de la monnaie commune au lieu de la monnaie unique, tel qu’envisagé par certains économistes, mis à part que cela peut se faire progressivement (en douceur ?) en fonction des décision nationales.

    Sous réserve que cette ou ces nouvelles monnaies soient gérées sainement (à mettre en balance avec le quantitative easing), ceci ne permettrait t’il pas d’établir des lignes budgétaires ne concernant pas l’international et l’Euro, évitant peut-être le recours aux marchés internationaux.

    Bien sûr, tout ça n’est qu’un délire de béotien, sauf que les monnaies locales existent et ont existé, que les monnaies nationales existent et ont existé, et que l’Euro a montré quelques « inconvénients ».

    1. N’exagérons rien, la bourse de Madrid en a vu d’autres : depuis un an, plus de 30 % en moins ou moins 30% en plus (restons optimistes).

      C’est pas le Crédit Agricole quand même !

  5. Et pendant ce temps certains croient bons de la jouer tactique. Ou comment appliquer la stratégie du choc dans une campagne électorale.
    http://elections.lefigaro.fr/flash-presidentielle/2012/04/17/97006-20120417FILWWW00658-hollande-29-sarkozy-24-sondage-csa.php
    Le but étant c’est certain de faire peur aux électeurs de Mr le Président…
    Car si on prend en compte la marge d’erreur de 2 points, ce même sondage mais publant 27 pour Hollande et 26 pour Sarko ne serrait pas moins « scientifique ».

  6. Mais puisqu’on vous dit qu’il faut de la croissance pour rembourser les déficit ya qu’à faire de la croissance !!!
    Ben oui, mais… c’étaient les déficits qui faisaient la croissance !!!
    Zut alors … j’y avais pas pensé
    Vous savez … un politique ça pense pas à tout
    Bon , on fait comment maintenant ???
    Je sais pas ,fallait peut être pas faire de déficits ?
    Prenons le taureau par les cornes ,soyons pragmatiques !
    Ya des solutions on a le choix !
    On pourrait peut être …
    Déclarer les états en faillite et les créanciers iront se faire voire !
    Vous n’y pensez pas ,ces gens là sont trop puissants
    On va avoir des ennuis
    Pourquoi pas gager l’or des banques nationales ?
    C’est déjà fait avec le M E S !
    Ou alors demander aux états qui sont déja endettés de prêter de l’argent au FMI
    Pour que celui ci le reprête aux états en difficultés
    Oui mais ça fait pas sérieux
    Faut sauver les prêteurs coute que coute !!!
    Ya plus qu’une solution
    Prendre tout l’argent des épargnants : livrets bleus, assurances vies etc
    Et si ça ne suffit pas
    On leur prendra leurs propriétés
    GENIAL NON ?

    1. le jeu de société « monopoly » était déjà fortement long et chiant a quelques joueurs mais un direct live..la partie n’est pas prête de se terminer ! ….encore plus long…encore plus chiante !!

      1. @Efarista
        Par contre ,avec nos joueurs politique ,sur ce Monopoly ,tu peux enlevé la case prison et la remplacer par case paradis fiscal

    2. @Ardechoix, la case paradis fiscal est représentée par le parc gratuit, tu deviens riche sans payer de taxe mais en profitant de celles des autres, symbole d’un français à monaco allant se soigner à Paris par exemple.
      La case prison existe dans notre réalité, il suffit d’acheter une carte « vous êtes libéré de prison » pour en sortir, comme Madoff ou DSK.

  7. Les pays de l’Amérique latine et d’Asie se montrent assez agacés par le fait que le FMI attribue tant d’argent aux pays européens et notamment aux pays dits « PIIGS ». Effectivement, quand on compare les chiffres, les sommes que les pays tels que le Méxique ou l’Indonésie ont recu dans le passé pour surmonter leurs crises sont faibles par rapport aux aides attribues aux PIIGS. Autrement dit, il est probable que l’argent pour sauver la zone euro se fera de plus en plus rare.

  8. Mercredi 18 avril 2012 :

    Italie : Rome revoit à la baisse son PIB, retarde l’équilibre budgétaire.

    Le gouvernement italien a revu mercredi à la baisse ses prévisions de Produit intérieur brut (PIB) pour 2012, prévoyant une contraction de – 1,2 % contre une baisse de – 0,4 % lors de la dernière prévision officielle datant de décembre.

    Il a dans le même temps retardé ses prévisions de retour à l’équilibre budgétaire, s’attendant à un déficit de 0,5 % en 2013 (au lieu de 0,1 % prévu), dans un communiqué publié à l’issue d’un conseil des ministres.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Rome_revoit_a_la_baisse_son_PIB_retarde_l_equilibre_budgetaire21180420121410.asp

    En ce moment, sous nos yeux :

    Effondrement de la Bourse de Milan.

    1. Ne dramatisons pas, la bourse de Milan en a vu d’autres : à peine – 32 % en un an et même pas -15 % depuis un mois.

      C’est pas la Société Générale, ni la BNP, quand même !

  9. Nous entrons dans la 2e branche 🙂
    Direction la cave cette fois…
    Hélas, l’élection présidentielle sera passée ;(

  10. Bon ,à ce stade pré morituri ,reste une chose utile et vitale(?) =
    prier pour
    –que le « ciel » nous tombe sur la tête(ou au moins sur celle des banksters divers ,variés ou avariés)
    –ou que le dieu Rê nous fasse une hyper méga-tétra-giga explosion avec destruction totale (ou du moins les interconnexions HFT) des courants « tueurs » .
    –ou que les pommes (apple en grande bretagne) tombent…toutes… en panne.
    –que des Humoristes de talent prennent le Pouvoir partout dans le Monde.
    Ainsi soit réglé l’insoluble.

  11. L’Espagne n’aurait pas besoin d’aide selon Juncker en tout cas, ce n’est pas ce qui se raconte à l’ambassade espagnole à Paris.

    Suite à un mail reçu de l’ambassade espagnole, un ami agent immobilier (de Toulouse), un peu surpris par l’approche, a voulu en savoir un peu plus et a donc recontacté l’ambassade.

    Celle-ci, via son service économique, lance ni plus ni moins, un grand appel au secours auprès de la profession immobilière française (nul doute qu’il se limite à la France) pour aider tout simplement ses banques, devenues propriétaires de quantité de biens neufs après les (très) nombreuses faillites de leurs clients promoteurs, car ces derniers ne semblent pas trouver preneurs !!

    Donc si vous souhaitez posséder une résidence secondaire en Espagne c’est le moment!

    1. Il y aurait en Espagne (l’Institut National de la Statistique est en train de faire une étude là-dessus) 6 millions d’appartements vides (20 % du total). Dans les 10 dernières années ont a construit 4,6 millions, dont moins de 3 ont été vendus.

      http://www.eleconomista.es/vivienda/noticias/3653831/01/12/En-Espana-podria-haber-hasta-seis-millones-de-pisos-vacios.html

      « si vous souhaitez posséder une résidence secondaire en Espagne c’est le moment! »

      Non, ce n’est pas le moment. Pourquoi acheter maintenant l’un des 2 millions d’appartements en vente si les prix devraient tomber encore de 25 % dans la période 2012-2013?

      http://www.elconfidencial.com/vivienda/2012/04/18/el-informe-mas-demoledor-sobre-el-ladrillo-espanol-preve-caidas-minimas-de-precios-del-25–96333/

      1. « Pourquoi acheter maintenant l’un des 2 millions d’appartements en vente si les prix devraient tomber encore de 25 % dans la période 2012-2013? »

        En effet… Le délicieux cercle vicieux de la déflation serait-il enclenché?

    2. Pas besoin d’aide d’ici juin ! C’est ça qui est formidable, c’est plus du court-termisme c’est de l’urgence perpétuelle…

    3. En Espagne, c’est des châteaux que l’on construit…Pas une conne résidence secondaire qu’on achète !
      Ppppffff, vous nous la jouez petit, là !

      Et puis c’est pas cher en ce moment,alors….Allons-y gaie gaie,allons-y gaiement.

  12. Cette partie de Monopoly©® intercontinentale plonge la majeure partie de la population dans une angoisse liée au fait que personne n’entrevoit de lumière au bout du tunnel… No future ! (je vais me faire pousser une crête…)

    1. « personne n’entrevoit de lumière au bout du tunnel »

      Vous avez sans doute noté les appels à économie sur les éclairages publics, les enseignes de magasins et les bureaux pendant la nuit.

      De même par souci d’économie, la lumière au bout du tunnel a été éteinte, pour une durée indéterminée.

      Donc tout va bien, tout est sous contrôle, et on n’en parle plus.

    1. Ouais… France Culture avait fait un truc avec ça…

      Alors, ce qui est drôle c’est la préoccupation résumée ainsi (je cite):
      « … rester dans la zone euro versus satisfaire la demande de son électorat naturel… »…( le type parle de F.Hollande bien sûr)… et il ajoute que F.Hollande ne pourra faire les deux et « qu’on l’a bien vu lors de la crise grecque »…

      Le type est un pro et à aucun moment il ne peut imaginer d’une… que la zone euro ne change de direction… et de deux… que « l’électorat naturel » de F.Hollande si celui-ci n’était pas élu, ne paralyse tout de même le pays si N.Sarkozy restait…

      Heureusement que les chiffres à force minéralisent les cerveaux… ça nous laisse tout de même un peu de marge de manoeuvre sur les types de la finance…

      1. @ Al

        Bonjour Al…/
        J’ ai bien aimé votre spectacle avec les danseurs qui hésitent, l ensemble qui fait un tout irréductible à la simple somme de ses parties.
        Ici, c est ce danseur là et ses « semblables » ( le grincheux au fond à gauche, et les deux blancs en avant à droite) qui foirent le spectacle ?
        Mais si vous les enlevez , cela fait quoi dans votre théorie ?
        Et si vous les remplacez, pouvez vous les remplacer par n importe quoi (
        Type déguisé en autruche ou en tomate géante …) ?
        Ne sont ils pas au contraire, exactement comme ils doivent être , pour ce spectacle là ?
        Les spectateurs dans votre théorie , font corps avec ce Méta-corps joué.
        Pourquoi s’ épuiser à changer/s’ expliquer/expliquer/tordre la représentation quand l’ effet sur les corps /Meta-corps/votre corps est si bien rendu
        « Heureusement que les chiffres à force minéralisent les cerveaux… ça nous laisse tout de même un peu de marge de manoeuvre sur les types de la finance… « >

        Aurait on autant de marge de manœuvre si nous réalisions que c est de notre être même qu’ il est question et pas seulement de 2 ou 3 acteurs ici ou là, qui ne font que ce qu’ ils doivent faire dans ce spectacle là. C’ est bien plus grave que cela.
        Réaménager une troupe c est plus complexe et surtout cela prend du temps si c est ce qu on veut faire. Si on veut détruire, c est différend, mais il ne faut pas le faire en croyant réparer.
        Là est l’ erreur.

        Lire ci après les remarques sur le Rameau d or de Ludwig Wittgenstein (commence p 12)
        Et sur la différence entre « l explication qui se croit rationnelle » et la compréhension du spectacle.
        http://atheles.org/lyber_pdf/lyber_384.pdf

        « Mais pourquoi n’est-ce pas réellement l’idée seule (ou du moins, en partie) qui est censée m’impressionner ? Des représentations ne sont- elles donc point terrifiantes ? L’idée que le gâteau a servi autrefois à désigner la victime du sacrifice ne peut-elle pas me faire frémir ? L’idée n’a-t-elle rien de terrifiant ? C’est vrai, mais ce que je vois dans ces récits, ils ne l’acquièrent pourtant que grâce à l’évidence, même celle qui ne semble pas leur être immédiatement liée – grâce à l’idée de l’homme et de son passé, grâce à toute l’étrangeté que je vois, que j’ai vue et entendue en moi et chez les autres.
        Tous ces usages différents montrent qu’il ne s’agit pas ici de la dérivation d’un usage à partir de l’autre, mais d’un esprit commun. Et on pourrait soi-même inventer (imaginer) toutes ces cérémonies. Et l’esprit qui nous permettrait de les inventer, ce serait précisément leur esprit commun. »

    2. Bonjour,

      et là on demande à monsieur Souchon de nous interpréter une derniére fois « foule sentimeeentale, a soif d’idéal etc etc  » avant que nous allions aux urnes.

      cordialement

  13. « …avec comme seule alternative d’imposer aux régions des coupes claires… »
    Coupes claires, c’est à dire ‘importantes’ ou ‘modérées’…?
    Je chipote, mais à la hache ou pas, claire c’est ‘beaucoup’, sombre c’est ‘pas trop’…
    Bizarre, comme partout, ils ne songent pas à des coupes dans le budget militaire…!
    Encore un bel et terrible article, merci.

    1. Pour une fois qu’un chroniqueur emploie la bonne expression.

      Dans les médias classiques, c’est-à dire dupliqués, on utilise improprement coupe sombre au lieu de coupe claire car, pense-t-on probablement, sombre image.

      L’expression à employer est pourtant bien coupe claire, importante au point d’être éclaircissante.

      Même inversion avec tirer les marrons du feu : = se brûler au profit d’autrui.

      Ces erreurs seraient secondaires – tout le monde en fait – si elles ne dénotaient un conformisme pernicieux : « coupe sombre » est improprement employé depuis des années car sombre frappe les imaginations, « un point c’est tout » (mépris de l’auditeur ou du lecteur).

      Delphin

      1. Coupe claire en bucheronnage, c’est une coupe rase : on coupe tout. c’est dons une coupe importante, puor repondre à paco76. Celà produit évidement de la clarté, d’ou la clairière, l’endroit qui laisse passer le soleil. Suis-je clair ?

  14. Incidente…

    Fred Astair (Top Hat, 1935) est pénible, tous les personnages animés ont quelque chose de commun avec lui ; sans doute la fluidité de ses gestes a inspiré toute la création numérique par ordinateur (et même traditionnelle), du cinéma US, des studio Disney, etc. . De sorte que le personnage de F. Astair se réverbère dans un halo de déjà-vu irréel… le copier-collé, être ou ne pas être un copier-collé.

  15. bientôt des batailles de rue .

    lien : http://pressibus.org/blogcvl/a3/arbres3.html#meffre

    Le 18 avril 2012

    L’intox médiatique municipale sur les plantations du tramway (NR)

    C’était prévisible et ça avait déjà commencé…

    C’était sûr et certain au niveau du bulletin municipal et plus généralement au niveau de la communication de la mairie, de l’agglomération, du département, du Sitcat, tout ce qui est assujetti à la coupe du maire de Tours, Jean Germain, avec de conséquents budgets de communication.

    Certes on sait que la NR (La Nouvelle République du Centre-Ouest), premier média local, lui est assujetti, mais on aurait pu croire qu’un reste d’éthique journalistique amènerait à un minimum de retenue. Pas du tout, pour l’instant sur Joué les Tours, car le voici qui titre « Les arbres poussent déjà le long du tracé du tram » (article ici), sans rappeler les abattages passés, que ce journal avait d’ailleurs gommés comme si aucun arbre n’avait été coupé sur Joué.

    Et des abattages, il y en eut des centaines…

    Nombreux était inutiles et non déclarés dans les dossiers d’enquête publique.

    Je rappelle que certains sujets ont été abattus alors qu’ils étaient à une dizaine de mètres des rails, par exemple avenue de la République à Joué lès Tours.

    Voir cette page pour des compléments sur Joué les Tours et Tours. Je rappelle qu’à Tours, en centre-ville, 600 arbres furent abattus et 400 seront replantés.

    J’ajouterai probablement des Post-Scriptum quand d’autres articles parleront des plantations le long de la ligne. Nous verrons si le parti-pris sera aussi flagrant…

    Alain Beyrand

  16. lien : http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/18/dans-les-files-d-attente-de-la-caf-c-est-pas-ca-la-vie_1686636_3224.html

    Dans les files d’attente de la CAF : « C’est pas ça, la vie »

    LE MONDE | 18.04.2012 à 12h37 • Mis à jour le 18.04.2012 à 16h00

    Par Florence Aubenas

    Les files d’attente s’allongent devant les caisses d’allocations familiales, où l’on parle peu de la présidentielle et beaucoup d’une France en panne.

    Cela se passe pendant l’année de l’élection présidentielle, pas celle-là, la précédente, en 2007. On est à l’automne, au moment où, dans les fermes et les maisons de la Creuse, on remplit les cuves de fuel en prévision des grands froids. A Guéret, les agents de la caisse d’allocations familiales (CAF) voient alors arriver des gens qui ne venaient jamais dans leurs bureaux : des retraités avec des pensions de quelques centaines d’euros à peine, mais qui en vivaient silencieusement depuis toujours et se seraient étonnés d’être considérés comme pauvres. Cette année-là, ils poussent la porte de la CAF, gauches, effarés d’avoir à demander quelque allocation, se présentant tous par la même phrase : « Pour la première fois, je n’ai plus les moyens de faire rentrer le fuel. »

    Chargé de la gestion à l’agence, Patrick Perrichon se souvient en avoir discuté avec ses collègues : « On voyait que quelque chose était en train de se passer. Mais quoi ? » Six mois plus tard éclatait la crise économique. La CAF de Guéret, préfecture de la Creuse, est la plus petite de France : 15 salariés, 17 000 allocataires. Un tiers d’entre eux vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Ici comme ailleurs, cette branche de la Sécurité sociale, chargée de verser les prestations familiales ou sociales (dont le revenu de solidarité active, RSA), est le premier maillon qui relie les Français à l’Etat. Ou alors le dernier.

    Retour en 2012, ces jours-ci exactement, juste avant le nouveau scrutin : à la CAF de Guéret, dans le bureau d’Emilienne, il y a Pierrot, cheveux noirs sur le front, blouson de cuir et sourire du joli garçon accoudé au baby-foot. Il vient vérifier le montant de ses allocations, ce qui consiste ici à dévider sa vie. Pierrot est éboueur, 1 100 euros par mois ; sa femme enchaîne des petits boulots. Leur fille va fêter ses 3 ans et la nouvelle sonne comme une catastrophe : l’allocation « jeune enfant » s’arrête (182 euros). « On ne va plus y arriver », annonce Pierrot. Il faudra lâcher l’appartement au village, revenir s’installer chez sa mère. Pierrot parle tout seul : « Et si on arrêtait aussi la nounou ? Et si on vendait la voiture ? »

    « ON TRAVAILLE, ON FAIT TOUT CE QU’IL FAUT ET ON SE VOIT TOMBER »

    De toute façon, tout est compté, ils ne bougent plus ou presque, s’autorisant de moins en moins l’hypermarché et plus jamais la sortie au lac de Courtille, le dimanche après-midi. « Et si on ne travaillait plus ? Et si on vivait des aides ? Des gens font ça, non ? » Pierrot n’est pas en colère. Il ne jette pas ses phrases, rage aux lèvres, pour annoncer un vote Front national parce que, décidément, trop de gens profitent du système, surtout les étrangers – terme qui désigne ici les Anglais, un temps considérés comme les vampires de la Creuse, achetant nos châteaux et vivant de nos allocs. Non, Pierrot sourit. Il raconte ce monde où les voitures s’arrêtent parce qu’on n’a plus de quoi mettre de l’essence. « On travaille, on fait tout ce qu’il faut et on se voit tomber. C’est pas ça, la vie. » Il regarde par la fenêtre les toits de Guéret dans le vert tendre des prés. Puis, à Emilienne derrière son ordinateur, il demande : « Et vous, vous savez pour qui voter ? »

    Patrick Perrichon, à la gestion, tempère. « Cette année, beaucoup de jeunes viennent nous dire la même chose : et si on arrêtait de travailler ? Ils se sentent à la limite, ils ne le font pas, heureusement. » Pourtant, ses collègues et lui se posent la même question qu’en 2007, avant la crise : « Quelque chose est en train de se passer. Mais quoi ? »

    Il est 7 h 30, à la CAF toujours, mais à Grenoble cette fois, dans l’Isère. Vu d’ici, Guéret paraît loin, à l’opposé même : Grenoble est une grosse agence urbaine (850 salariés, 216 000 allocataires). L’accueil n’ouvre que dans une heure, mais des personnes commencent à affluer. Ce matin, ce sont deux soeurs blondes, avec le même chignon en pelote posé haut sur la tête, qui sont arrivées les premières. Cela fait des jours que des agents, notamment de la CGT, envoient des SOS : les bureaux sont débordés, ils n’y arrivent plus.

    Dans les grands centres, l’attente culmine parfois à deux heures.

    En attendant l’ouverture, on se met à parler présidentielle, presque malgré soi. « Hier soir, j’ai dit à mon mari : éteins-moi cette télé, il y a encore les élections », explique une soeur à chignon. Et l’autre : « Nous, en ce moment, on ne l’allume plus du tout, sauf quand on a des invités, bien sûr. Sinon, ça fait trop triste. » Avant, elles voulaient être coiffeuse. Puis vendeuse. Puis femme de ménage. Maintenant, elles disent qu’elles seront ce qu’on veut, « c’est-à-dire rien pour l’instant », précise l’une, sans fâcherie. Aucune n’a le souvenir d’un fait ou geste de la campagne électorale. A vrai dire, personne n’en a retenu une seule réplique dans la file d’attente ce jour-là. « Pourtant j’ai bonne mémoire, s’étonne lui-même un boulanger devenu déménageur. Je pourrais vous réciter la recette que j’ai vue sur Cuisine-TV. »

    La dernière fois, il avait voté Ségolène Royal. Il le regrette. « J’aime gagner, il dit. Je suis un battant. » Une femme annonce qu’elle a choisi Chirac. Quand un Turc derrière elle dans la queue lui révèle qu’il ne se présente pas, elle encaisse rudement le choc. « De toute façon, les politiques ne font que s’envoyer des gros mots entre eux, reprend une soeur à chignon. Avant, au moins, c’est nous qui les engueulions, ça défoulait. Mais même les insultes, ils nous les ont piquées. » Un soleil pâle flotte dans un ciel pâle, les montagnes paraissent très près, juste au bout du parking.

    A SAINT-DENIS, QUATRE HEURES POUR ATTEINDRE L’ACCUEIL DE LA CAF

    A 8 h 30, un vigile ouvre les portes de la CAF avec une bonne humeur désarmante et pour 1 100 euros par mois. Il complète avec un deuxième boulot le week-end : nettoyer les hôtels des stations de ski. Le patron vient le chercher en camionnette à 5 heures du matin et le ramène le soir. 68 euros. Le vigile a bien observé chaque candidat à l’élection. Il reste perplexe : « Je n’arrive pas à m’identifier à l’un d’eux. »

    Le nouveau cahier des charges impose que l’attente n’excède pas vingt minutes : elle culmine parfois à deux heures, ici comme dans les grands centres, le Nord ou Clermont-Ferrand. A Saint-Denis, dans le 93, il faut quatre heures pour atteindre l’accueil. Il y a toujours plus de crise économique, toujours plus de mesures et de législation, toujours moins de personnel : ici, comme dans l’ensemble des services de l’Etat, seul un départ à la retraite sur deux est remplacé, les congés maternité ne le sont plus du tout.

    Une dame avec une poussette déplie son relevé de compte pour prouver qu’elle n’a plus rien : ses allocations n’ont pas été versées. « Un dossier met deux mois à être traité en ce moment », répond l’agent. Seize mille attendent dans les Bouches-du-Rhône.

    En 2010, Jean-Louis Deroussen, président du conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales (la CNAF, qui regroupe les CAF locales), s’était alarmé d’une possible « implosion ». « En poussant un coup de gueule, il croyait décrocher des effectifs, comme ça se faisait habituellement », raconte un cadre de la caisse. Il a réussi à gratter quelques CDD, pas plus. C’est alors que tout le monde a compris que l’époque avait changé : « La crise ne touche pas seulement les allocataires, mais nous aussi, reprend le cadre. Désormais, il faut faire avec ce qu’on a. »

    Aujourd’hui, certaines caisses doivent fermer ponctuellement pour écluser les retards. Partout, les services de travailleurs sociaux se réduisent. Ici, une photocopieuse s’arrête, parce que le contrat d’entretien n’a pas été payé. Des rumeurs de restructuration circulent, des fonctions valsent. Un peu comme à La Poste ou à ERDF, les arrêts maladie et les dépressions augmentent, surtout dans les grands centres. Dans le cadre d’un plan gouvernemental d’urgence sur le stress et les risques psycho-sociaux au travail, une enquête interne menée en 2011 sur l’ensemble de la Sécurité sociale relève que 5 % des salariés ont pu avoir « des pensées mortifères ou suicidaires ».

    En ces temps d’élections, reconnaître un manque de moyens reviendrait de fait à s’engager dans la campagne. Jean-Louis Deroussen s’est fait silencieux et prudent, mettant en avant de réelles réussites, comme la décentralisation de la plate-forme téléphonique de Paris à Guéret.

    Plus haut que Grenoble, vers Lyon, Vienne est une ville coquette de 30 000 habitants. A la CAF locale, des allocataires apportent des chocolats à Noël et quelques-uns refusent de toucher le complément RSA, par crainte des voisins. Chacun se connaît, y compris les SDF, toujours les mêmes sur le même banc, et personne n’imagine se retrouver, un jour, assis à leurs côtés.

    Aujourd’hui, c’est Ben qui arrive au guichet. Couvreur-zingueur, la chemise d’une blancheur de lessive, 2 200 euros par mois jusqu’à l’année dernière : Clara, la femme de sa vie, était fière de le présenter à ses parents. Ils ont eu trois enfants et aussi une ambition : ouvrir un local de restauration rapide. C’était l’idée de Clara, « qui a toujours eu une certaine classe ». Il y a un an, les chantiers ralentissent, Ben ne trouve plus d’embauche. Clara finit par lui demander de partir, gentiment.

    « ET SI J’ARRÊTAIS TOUT? »

    Pour parler de sa vie maintenant, de sa voiture qu’il ne fait plus rouler depuis qu’il dort dedans, de ce sentiment de n’être plus un homme, Ben a un mot : « Le gouffre ». Quelques fois, il s’assoit au volant, fait tourner le moteur et allume l’autoradio. Alors, il se sent en sécurité. Il se dit qu’il n’est pas à plaindre, que le système social français est le meilleur du monde, il a entendu ça quelque part et le répète avec confiance. Il se met à espérer qu’on va parler football aux informations. Et puis non, c’est encore la voix d’un homme politique, qu’il arrive mal à distinguer des autres. « Pourvu que les gens ne se révoltent pas, pense Ben. Je pourrais tout perdre. »

    La femme en face de lui, à l’accueil, ce jour-là, s’appelle Jeanne. Elle doit aller vite, tenir les cadences, « dégager » les gens, c’est le terme officiel. Entre elle et les allocataires de l’autre coté du guichet, il n’y a parfois presque rien : Jeanne a 52 ans, divorcée, une fille, 1 300 euros net. Ça fait un moment que les Chèques Restaurants servent surtout à remplir le frigo et qu’elle oublie de partir en vacances. « C’est la fibre sociale qui me fait tenir », dit-elle. Ici, on est dans « l’Etat d’en bas », comme on a pu dire la « France d’en bas ». En 2009, quand le RSA a été lancé, cela avait été une des surprises à la direction de la CNAF : des salariés de la caisse se sont retrouvés bénéficiaires d’un complément des minima sociaux.

    A la CAF de Guéret, Emilienne et sa collègue Martine regardent Pierrot qui s’en va avec son blouson de cuir. Martine se souvient de la naissance de son fils, quand, elle aussi, elle s’est dit : « Et si j’arrêtais tout ? »

    Florence Aubenas
    Une année en France

    Fragments d’Hexagone à Sceaux – 4/4
    La campagne du haut de leurs douze ans
    La « guéguerre » du collage entre militants

  17. Par parenthèse, après un rapide survol des tracts électoraux reçus ce matin, dans une grande enveloppe brune, fermée par un scotch (tout cela me servira de marque-pages), le seul tract qui émerge du lot, que je ne trouve pas répugnant très vite, est celui de Nathalie Artaud … Texte dense, non pas pré-formaté en alinéa pressés (on est encore respecté en tant que lecteur) elle propose la répartition du travail… elle est sympathique.

    O, it came o’er my ear like the sweet sound,
    That breathes upon a bank of violets,
    Stealing and giving odour! Enough; no more

    Twelfth Night – W.S.

  18. RMC : 18/04 – L’invité des GG – Nathalie Arthaud
    détails ▼

    lien .mp3 : http://podcast.rmc.fr/channel49/20120418_invitegg_0.mp3

    lien audio : http://www.rmc.fr/podcast/podcast.php?id=49

    lien FauxRhum : http://forumlo.cjb.net/index.php?showtopic=30470

    Matrok Ecrit le : mercredi 18 avril 2012 à 17:42 Quote Post

    Tsumego
    *****

    Messages : 2 258
    Inscrit le : 12 mar 2003

    Sympathies politiques :
    Socialisme scientifique

    J’aurai plein de choses à dire sur le sujet. En gros je n’étais pas
    d’accord avec la ligne de

    Nathalie Arthaud : « c’est un cinglé / c’est pas politique »

    mais d’accord quand elle a dénoncé la récupération. Mais je ne développe
    pas car je serais assez confus…

    En revanche, à propos de récupération : vous avez lu les professions de
    foi des candidats ? Vous avez vu qui mentionne la « tragédie de Montauban
    et de Toulouse » dans sa profession de foi pour justifier une politique
    sécuritaire ? Ce n’est pas Nicolas Sarkozy. Ni Marine Le Pen. Ils s’en
    sont bien gardés ! C’est François Hollande.

    Ce message a été modifié par Matrok le mercredi 18 avril 2012 à 17:44

    ——————–
    La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de
    larmes dont la religion est l’auréole.
    Karl Marx, Critique de « La philosophie du droit » de Hegel, 1843.

    Alors aujourd’hui, c’est à la mode, d’avoir des racines de-ci de-là. C’est
    rien d’autre que la glorification de la tradition imbécile ! Ça nous colle
    au sol, ça nous empêche d’avancer. Les racines, c’est bon pour les ficus !
    Manu Larcenet, Le combat ordinaire tome 4, « planter des clous », 2008.

  19. (un « classique » comme censé/sensé) : « dynamique (…) avec comme seule alternative d’imposer ». seule « issue », « direction », conséquence », etc. Quand le pli est pris, l’heure des choix passée, la pente fatale : c’est précisément qu’il n’y en a plus d’alternative.

  20. Je suis étonné que vous ne consacriez pas un article entier à ce qui vient d’arriver à Repsol en Argentine. N’est ce pas annonciateur de futures nationalisations dans d’autres pays qui voudront échapper à leur dette colossale ?

    1. Cristina Kirchner inscrit son action dans la lignée des continuateurs du péronisme. Elle n’exproprie pas seulement Repsol, mais cherche également à contrôler le marché des changes et à réduire les importations. Coupée du marché financier international, l’Argentine n’a pour se financer que ses surplus commerciaux, alors que ses exportations baissent fortement. Par ailleurs, la présidente cherche à préserver sa relance par la consommation, qui s’appuie notamment sur de bas niveaux de prix de l’électricité et de l’eau, sans avoir les moyens de continuer à les financer. D’où Repsol, qui suscite un tollé…

      1. Est-ce vraiment intelligent de vouloir reprendre le contrôle de la production énergétique argentine de cette manière et juste en ce moment ? Les prix de YPF-Repsol en Argentine sont parmi les plus bas du monde, la hausse prévisible de ceux-ci ne va-t-il pas faire plonger encore plus le pouvoir d’achat des argentins ? Cette mesure, prise dans le contexte formé par d’autres déclarations comme celle sur les Malouines, ne risque-t-elle pas d’accentuer la faille qui est entrain de se convertir en gouffre séparant un groupe de pays du reste de l’Amérique latine ?

        L’intention de mon commentaire n’est pas de défendre l’actuation de Repsol en Argentine, sinon de mettre en doute les intentions réelles des dirigeants qui sortent du panier péroniste. Le saccage entrepris par Menem, justicialiste donc péroniste, devrait servir de rappel constant que la trahison ( thème récurrent des documentaires de Solanas, par exemple ) n’a pas de couleur. Lui, a ponctionné son peuple en établissant les canaux de fuite des capitaux argentins vers la grande finance spéculative, que veut faire C. Fernández ? Les restrictions à l’importation affectent maintenant jusqu’aux livres…

      2. Tango alternatif argentin : Peron ou Menem/Vidella…
        80 ans que ça dure leurs conneries. Et avec ça on s’étonne de la densité de psychanalystes au km2 pour les gauchos de Pampa ?

      3. Pour tout vous dire, je ne comprends pas plus cet attachement argentin au péronisme que l’attachement français au gaullisme. Aucun des deux ne peut exister sans leur initiateur/créateur. Ce sont des doctrines personnalistes qui n’ont aucun sens dès que la personnalité qui les a produites n’est plus. C’est du moins, mon opinion personnelle sur ces mirages du passé que nous insistons à vouloir remettre à flot sans cesse. La seule chose compréhensible dans cette attitude est qu’il s’agit d’un travers psychologique qui nous fait assimiler politique nationale avec ambiance familiale. On veut un papa, quoi. Malheur à nous, si c’est un manipulateur et on peut éteindre la lumière et aller chercher un coin sous un pont, si c’est un voleur.

      4. Je pense que l’on peut dire que l’Argentine et le Brésil sont aux prises avec deux tendances autodestructrices contraires. En Argentine le politique a pris totalement le pas sur l’économique, il s’est déconnecté du monde réel des choses tandis qu’au contraire au Brésil, comme en Europe même si de manière différente, l’économique a évacué le politique du contrôle de la société et s’est déconnecté du monde réel des besoins des hommes. Dans les deux cas, il y a un déni de la réalité de la misère qui s’étend de plus en plus, surtout en Argentine et c’est un phénomène d’autant plus insupportable pour eux qu’importantes étaient les conquêtes sociales qui furent balayées.

        Le Brésil n’a fait aucune réforme politique profonde pour nettoyer les institutions du passage par la dictature comme le fit l’Espagne, par exemple et malgré toutes les réserves que l’on veuille émettre. Ceux qui la voudrait, cette réforme, préfère presque ne même pas y penser tant la trouille est grande. Du coup la corruption galope à fond de train sur ces réseaux de la vieille combine auxquels se joignent les nouveaux du fric facile. Il y a tellement d’affaires qu’il semblerait que personne ne peut résister. Le même résultat qu’en Argentine – en ce qui concerne la corruption et sauf que le chemin fut différent – et dans les deux cas tout se focalise sur le combat contre cette corruption alors quelle n’est que le symptôme, à mon avis, du niveau des inégalités dans les des deux sociétés. Elle sert clairement de leurre, comme on dit maintenant, car il est impossible de lutter contre la corruption dans un contexte où les montants sont énormes pour des faveurs de broutille ( bon salaire oblige ). Alors quand les faveurs à faire sont énormes…

  21. Etonnant de résumer la nationalisation d’une entreprise pétrolière à de pseudo considérations culturelles locales comme le font Mor ou Vigneron. Ne pourrait-on catégoriser cela en désir d’indépendance face au carcan de plus en plus étroit des investisseurs étrangers, toujours plus exigeants en termes de rentabilité ? Lé pétrole devient l’arme qui permet de mettre à genoux un pays, de lui imposer nos produits, nos prix, notre argent pour sa dette etc. Cela ne vous paraît il pas plus pertinent comme explication ?
    En des temps pas si éloignés, le monopole arrogant du thé mit fin à la domination anglaise sur les Etats Unis…Je ne sais si on nous parlerait de psychanalystes et de désir du père dans ce cas là…

    1. Je ne comprends pas. Seriez-vous un gaullo-péroniste du Tea Party pour relever de cette manière l’allusion à la politique de papa ?
      Le thé était importé de Chine aux colonies par l’empire britannique. Le pétrole argentin est extrait d’Argentine par YPF bradée à Repsol par Menem, un péroniste. Ce sont des situations très différentes. À quoi sert de tout résumer à un empire ?

      1. Gaullo-Péroniste du Tea Party ?
        C’ est un sattelitte ?
        Un poil lointain sur l’ ellipse votre construction , votre concept.
        Mais ce que ce concept peut nous montrer, c’ est l’ un des foyers autour duquel il tourne sans le nommer.

        Il y a d’ autres façons de montrer ce foyer, comme ici :
        http://www.youtube.com/watch?v=e2BjFCyrlAs&feature=youtube_gdata_player

        La nuit dormait dans son verseau,
        les chèvres buvaient au rio
        nous allions au hasard,
        et nous vivions encore plus fort
        malgré le frette et les barbares.

        Nous savions qu’un jour ils viendraient,
        à grands coups d’axes, à coups de taxes
        nous traverser le corps de bord en bord,
        nous les derniers humains de la terre .

        Le vieux Achille a dit:
        « À soir c’est un peu trop tranquille .
        Amis, laissez-moi faire le guet.
        Allez! Dormez en paix! »

        Ce n’est pas le bruit du tonnerre
        ni la rumeur de la rivière
        mais le galop
        de milliers de chevaux en course
        dans l’œil du guetteur.

        Et tout ce monde sous la toile
        qui dort dans la profondeur:
        « Réveillez-vous!
        V’là les Yankees, v’là les Yankees
        Easy come, Wisigoths,
        V’là les Gringos!

        Ils traversèrent la clairière
        et disposèrent leurs jouets de fer .
        L’un d’entre eux loadé de guns
        s’avance et pogne
        le mégaphone.

        « Nous venons de la part du Big Control,
        son laser vibre dans le pôle,
        nous avons tout tout tout conquis
        jusqu’à la glace des galaxies

        Le président m’a commandé
        de pacifier le monde entier
        Nous venons en amis .

        Maint’nant assez de discussion
        et signez-moi la reddition
        car bien avant la nuit,
        nous regagnons la Virginie! »

        V’là les Yankees, v’là les Yankees
        Easy come, Wisigoths,
        V’là les Gringos!

        « Alors je compte jusqu’à trois
        et toutes vos filles pour nos soldats
        Le grain, le chien et l’uranium,
        l’opium et le chant de l’ancien,
        tout désormais nous appartient
        et pour que tous aient bien compris,
        je compterai deux fois
        et pour les news d’la CNN:
        Tell me my friend,
        qui est le chef ici?
        Et qu’il se lève!
        Et le soleil se leva.

        Hey Gringo! Escucha me, Gringo!
        Nous avons traversé des continents,
        des océans sans fin
        sur des radeaux tressés de rêves
        et nous voici devant vivants, fils de soleil éblouissant
        la vie dans le reflet d’un glaive

        America, America.
        Ton dragon fou s’ennuie
        amène-le que je l’achève.
        Caligula, ses légionnaires,
        ton président, ses millionnaires
        sont pendus au bout de nos lèvres.

        Gringo! t’auras rien de nous
        De ma mémoire de titan,
        mémoire de ‘tit enfant:
        Ça fait longtemps que je t’attends.
        Gringo! Va-t-en! Va-t-en
        Allez Gringo! Que Dieu te blesse!

        La nuit dormait dans son verseau,
        les chèvres buvaient au rio,
        nous allions au hasard
        et nous vivions encore plus fort
        malgré le frette et les barbares.

        Encore une autre façon ici:

        Quand je marche dans la vallée de l ombre de la Mor
        Je ne crains aucun mal
        Car tu es avec moi.
        Ta houlette et ton bâton me rassurent
        Tu dresses une table devant moi face à mes adversaires
        ….

        Ce que vous montrez sans le nommer c’ est l acte de Résistance/Vie d’ hommes differents mais qui sont debout de la même manière dans cet inéluctable face à face avec Toi.

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