L’actualité de la crise : SAUT DANS LE VIDE, par François Leclerc

Billet invité.

Les gouvernements européens sont suspendus aux négociations d’Athènes, où une solution de la dernière chance va continuer d’être tentée, afin d’éviter la convocation de nouvelles élections dans un mois qui accorderaient la victoire au Syriza d’après les sondages. Elle repose sur un accord avec le Dimar, un petit parti de gauche moins radical, opposé à l’austérité et favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro. Avec Nouvelle Démocratie et le Pasok, une majorité parlementaire serait alors trouvée, donnant à un gouvernement un mandat de renégociation du plan de sauvetage, à des conditions qui dépendent du Dimar, en proie à des divisions internes.

Les dirigeants européens affichent de leur côté leur préférence pour une sortie de la Grèce de la zone euro à toute remise en cause des accords, en totale contradiction avec tout ce qu’ils ont fait et affirmé jusqu’à maintenant… Les ministres des finances des 17 vont se réunir demain, afin de tenter de sauver une situation proche de l’éclatement, sans autre arme que de réaliser une pression maximum sur les partis politiques grecs pour qu’ils s’entendent. Mais cela se soldera dans le meilleur des cas par l’exigence d’une renégociation sans délai du plan de sauvetage à laquelle ils prétendent ne pas vouloir se plier. Dans l’immédiat, la Grèce doit rembourser mardi prochain 435 millions d’euros de dette et pourrait faire défaut. La corde est tendue à son maximum et peut donc casser.

Parmi les conséquences identifiées qu’aurait une sortie de la Grèce de la zone euro figurent d’importantes pertes pour la BCE, l’Eurosystème et le FMI. 40 milliards d’euros pour la première – correspondant à ses achats d’obligations grecques sur le second marché – et on ne sait pas combien de dizaines de milliards disséminés dans les banques centrales nationales, après que les banques commerciales s’en sont délestées auprès d’elles, profitant de la bonne occasion qu’a représenté l’injection des liquidités de la BCE. Cette dernière avait jugé plus prudent de ne pas les prendre elle-même en garantie.

Luc Coene, le gouverneur belge de la BCE, n’en vient pas moins d’exprimer dans une interview au Financial Times sa conviction que cette sortie « serait possible », une première pour la banque centrale qui l’avait jusqu’à maintenant nié. En l’assimilant à l’expression d’un « droit démocratique », singulière présentation de la crise actuelle, également affirmée par Jens Weidmann, qui considère que « si Athènes ne tient pas parole, ce sera un choix démocratique »…

Cette fausse sérénité et fermeté pourraient être mises sur le compte de l’impatience dont les autorités européennes commencent à faire preuve, puisque c’est ainsi qu’il convient de faire état de leur exaspération et de l’impasse dans laquelle elles se trouvent plongées. Ainsi que le déclare désormais Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, « la zone euro peut supporter une sortie de la Grèce », effectuant une totale volte-face avec les propos tenus par Angela Merkel il y a deux mois. Elle affirmait alors qu’une sortie de la Grèce serait « catastrophique », car « les gens du monde entier se demanderaient : qui sera la suivant ? », pour conclure que « ce serait une énorme erreur politique de permettre à la Grèce d’abandonner l’euro ».

« Nous pouvons seulement gagner du temps, et il y a une limite au temps que nous pouvons gagner », explique Luc Coene dans son interview. « Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes fondamentaux », en tire-t-il comme leçon de portée générale. On ne pourrait qu’être sensible à cette nouvelle clairvoyance, si elle ne permettait au gouverneur de se laver les mains de responsabilités qui sont selon lui du ressort des gouvernements et des Etats : politique fiscale, croissance économique, solidité des banques… Le conduisant pour finir à reconnaître que « nous ne pouvons pas stimuler l’économie », contredisant ainsi Mario Draghi qui fondait sa politique et ses espoirs sur une relance du crédit s’appuyant sur les prêts de la BCE aux banques.

Tout cela ne fait toujours pas une politique, alors que la stratégie qui sous-tend le pacte budgétaire est en train de s’effondrer à la faveur du bras de fer avec les Grecs. Le calendrier selon lequel la Grèce va faire défaut est désormais la seule inconnue. On en viendrait presque à oublier la situation de l’Espagne, où toute stabilisation apparaît désormais illusoire, les engagements budgétaires du gouvernement ne pouvant pas être tenus et les finances publiques menaçant d’être mises à contribution pour recapitaliser les banques pour tout aggraver.

C’est un saut dans le vide qui se prépare.

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95 réflexions sur « L’actualité de la crise : SAUT DANS LE VIDE, par François Leclerc »

  1. Quel joli tour de passe-passe qui a permis de donner le temps à des Banques commerciales privées, créancières de la Grèce, de faire prendre en garantie leurs créances douteuses par leurs Banques Centrales publiques, avec la complicité de la BCE (LTRO).

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