LA DESTRUCTION DE LA PLANÈTE EST PROGRAMMÉE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans notre système capitaliste, les « avances » qui sont consenties par certains, les détenteurs de capital ou « capitalistes », pour rendre possible un processus de production ou pour permettre à un consommateur de consommer, sont rémunérées par des versements d’intérêts. Dans mon livre Le prix (2010), je montre sur des exemples de « systèmes à la part », en Afrique ou en Europe, comment a dû apparaître ce système de l’intérêt : les intérêts étaient conçus à l’origine comme « part » d’une richesse nouvellement créée, attribuée à l’un des partenaires ayant contribué à sa création. La dimension qui subsiste de cette logique originaire dans le système capitaliste sous sa forme actuelle, c’est le fait que chaque fois que des intérêts doivent être versés, une nouvelle richesse aura ou devra être créée d’une manière ou d’une autre, pour en être la source. Cet aspect du problème reste le plus souvent inaperçu mais ses implications sont dramatiques parce qu’elles font que le système capitaliste est, sur le plan économique, une impasse.

Nous avons toujours traité les ressources non-renouvelables de la planète où nous vivons, comme une « aubaine » au sens de Proudhon : comme un « don du ciel » à nous partager – en suivant les lignes de partage que tracent les principes de la propriété privée. Le caractère non-renouvelable de certains de ces « dons du ciel » est resté invisible aussi longtemps que la terre nous a semblé infinie. Aujourd’hui elle nous apparaît beaucoup trop petite eu égard à nos appétits insatiables.

L’épuisement de la planète découlant de notre activité économique, c’est ce qu’on appelle pudiquement les externalités négatives, qui sont d’ailleurs – au titre d’aubaines – superbement ignorées dans la comptabilité du Produit Intérieur Brut. La « croissance », c’est-à-dire le PIB quand il est à la hausse, implique du coup la destruction irréversible de la planète et, comme le capitalisme nécessite  – pour que des intérêts puissent être versés – cette même croissance, le fait que le capitalisme a pour implication logique la destruction de la planète, prend valeur de théorème.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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329 réflexions sur « LA DESTRUCTION DE LA PLANÈTE EST PROGRAMMÉE »

  1. @BASIC :
    En (2) vous dites :
    ////// Thom: « Les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés. » //////

    Il a raison , dans la mesure ou pour l’espece humaine , la “société” ne soit pas “dé-naturée” , c’est a dire qu’ elle ait respecté l’ évolution naturelle de sa structure dans son biotope et sa chaine interactive (trophique)………Ce qui n’est plus le cas .
    Le fait d’avoir brisé ce lien , nous sort du système complexe au sens mat (th.du Chaos) et nous fait perdre les avantages d’ icelui ………..la notion de stabilité économique , liée a l’attracteur , par ex , en raison de la linéarisation de la modélisation de base (taille des groupes et spécialisation) , peut tres certainement repousser l’ attracteur aux calanques chinoises , si elle n’est pas carrément supprimée.C’est la raison pour laquelle je trouve bien optimiste la suite de votre raisonnement qui semble plus proche de la priere que de la rationalité :

    ////////Je suis convaincu que notre société globalisée vit une catastrophe de bifurcation et que Thom nous indique une (la?) voie à suivre pour que cette catastrophe ne soit pas une catastrophe au sens usuel du terme mais une métamorphose bénéfique pour l’humanité (telle la chrysalide qui devient papillon). //////
    C’est je le crains d’ un optimisme non modéré .

    1. @ Kercoz
      Je suis effectivement d’un optimisme immodéré. Je voulais seulement faire remarquer que la société dans laquelle nous sommes ne se trouve pas dans une situation classique de conflit avec un autre type de société (genre USA/URSS il y a quelques décennies). La société dans laquelle nous sommes est globale et se trouve donc en conflit avec elle-même. Attendu qu’il est hors de question de rebrousser chemin jusqu’à retrouver un bon chemin (les élites n’admettent jamais qu’elles ont eu tort, cela ne s’est jamais vu dans l’histoire), je ne vois que deux possibilités: ça passe (catastrophe de bifurcation bénéfique) ou ça casse (catastrophe généralisée).
      Pour moi tout indique que ça va casser.

      1. ca Va casser ! , mais ….encore une émission cet apres midi sur Fr cult . qui remet en cause la vision de l’effondrement ROMAIN ….en fait sans trop de casse , peu d’incendies et de massacres, Juste le traumatisme de retomber sur des situations locales …mais avant , la déplétion , en voulant s’accrocher aux branches , va mettre le kaki a la mode ….puis ça va déliter par domaines …apres , mon marc de café se trouble (pas sur qu’il soit bio !)

      2. Kerkoz, BasicRabbit,
        cela s’appelle de l’anticipation !
        Certains diraient de la spéculation.
        La politique est au centre de la réflexion…

      3. @Basic Rabbit :
        Je connais bien ce lien d’ ORLOV qui montre que la “faiblesse” structurelle de L’ USSR en terme de centralisation-globalisation est devenue un avantage lors de l’ effondrement ….ils avaient tous un jardin, habitaient proche d’un TEC , marché noir local en parrallele du marché centralisé …….ce qui fout une sacrée trouille pour notre effondrement proche .
        A l’ époque ou le site OLEOCENE etait plus actif , Ramminagrobis a fourni un gros boulot d’analyse sur les resources energetiques , par région et par pays …un max de courbes tres parlantes :
        http://www.oleocene.org/phpBB3/viewtopic.php?f=42&t=8619&start=120
        Il y a un autre fil de commentaires sur ces courbes , ce fil est réservé a ses analyses .

      4. @ Kercoz
        Vous en connaissez visiblement beaucoup plus que moi sur le sujet. Et il doit y avoir des sites survivalistes spécialisés. Je n’ai guère envie de les regarder, politique de l’autruche sans doute…

        J ‘ai parlé dans un commentaire précédent de catastrophe généralisée. Thom donne un sens précis à ce genre de catastrophe et les classifie:

        “Supposons que pour t<0, un attracteur c d'une dynamique fibre règne sans partage sur un domaine D de l'espace et que pour t=0, sous l'effet de variations de paramètres externes ou internes, l'attracteur c cesse d'être attracteur exclusif; les trajectoires libérés de l'attraction de c vont alors vers d'autres attracteurs, par exemple un attracteur c1. Dans le domaine D vont alors apparaître, en général sous forme très fine et irrégulière, des plages de régime c1; ces plages vont ensuite en se réunissant et se simplifiant dans leur structure topologique, jusqu'à l'établissement d'un nouveau régime d'équilibre global. Ce type de phénomène, que nous appellerons catastrophes généralisées, se présente dans de nombreuses circonstances en nature animée et inanimée. leur aspect topologique peut être fort varié; nous allons en donner ici une classification grossière; le point important est la dimension des nuclei de la nouvelle phase c1. De manière formelle ce qui caractérise une catastrophe généralisée, c'est la destruction d'une symétrie ou d'une homogénéité; qu'un domaine dont la dynamique locale était invariante sous l'action d'un pseudo-groupe G cesse de l'être, nous aurons alors une catastrophe généralisée."

        Thom distingue alors:

        1) les catastrophes à grumeaux (par ex la condensation en pluie de la vapeur d'eau d'un nuage);
        2) les catastrophes à bulles, duales des précédentes (par ex formation de mousse -bock de bière!-);
        3) les catastrophes laminaires ou filamenteuses (par ex crossing over en génétique);
        4) les catastrophes à paramètre spatial (ex étincelle électrique qui se ramifie d'une électrode pointue vers une électrode plane).

        Ces catastrophes peuvent se superposer (par ex effet de moiré dans le cas de deux catastrophes laminaires).

        Je pense qu'on arrive quasi-systématiquement à une catastrophe généralisée dans le cas de systèmes trop complexes (ce qui nous pend au nez, ama, dans le cas de notre société globalisée actuelle).

        Il reste alors à faire son choix dans le cas qui nous concerne. J'opte pour une catastrophe (rapide) à bulles, suivie de sa catastrophe duale (lente) à grumeau. A moins qu'Internet ne brouille les cartes et qu'apparaisse une structure en réseau qui s'oppose (ou se superpose) à la formation des bulles…

        Ces catastrophes à bulles et à grumeaux apparaissent même dans le langage (et apportent une explication pour moi inattendue au succès de la BD!):
        "les structures syntaxiques sont, comme nos monnaies, en état de permanente inflation. La phrase nucléaire tend, par goût de précision, à s'encombrer d'ajouts liés, à capturer les phrases voisines en les réduisant au statut d'ajouts libres. Ce processus de surcharge syntaxique se poursuit longuement jusqu'au moment où l'unité sémantique de la phrase centrale succombe sous le poids des ajouts. Ceux-ci, devenus indépendants, s'organisent en phrases nucléaires, en héritant de leur ancienne typologie d'ajout. Ceci conduit à une conception périodique de l'évolution des langues, marquée par des phénomènes brutaux de relaxation: une longue période d'enrichissement syntaxique, suivie d'une période relativement courte, en catastrophe, où la phrase centrale se disloque en ses ajouts, et où se produit l'inversion des typologies. Cette période d'éclatement syntaxique conduit évidemment à la prolifération d'éléments anaphoriques (pronoms personnels et démonstratifs), destinés à rétablir la continuité des actants à travers l'explosion syntaxique. Plus tard, dans la longue période de condensation [catastrophe à grumeau], où la phrase nucléaire s'alourdit et s'enrichit par capture des phrases voisines, ces éléments anaphoriques, devenus inutiles, persistent formellement à l'état d'affixes liés aux verbes et aux adjectifs."

      5. @Basic Rabbit .
        OLEOCENE , n’ a rien d’ un site survivaliste ! Il est meme squatté par qqs éléments que d’aucuns qualifieraient de “réac” ou meme pro-nuke ……..Il a l’avantage de la diversité et de la confrontation sur des éléments factuels incontournables …et ses ref factuelles ds ts les domaines référés a l’énergie et la déplétion me semble assez complets et objectifs ….certains de ses intervenants sont de bon niveau humain , universitaires ou sur la recherche .
        Le terme “catastrophe” a un signifiant trop lourd de connotations , comme “chaos” , bien que l’ étymologie de ce dernier convienne tres bien au concept .
        La notion d’attracteur me parait mieux venue , plus accessible . Tout ce qui est vivant EST sur l’attracteur d’ un système complexe …sinon ne serait pas …ou plus .
        L’ avantage de ce concept est d’ évacuer la partie transitive puisqu’elle est de toute façon inaccessible !
        En variant au max les variables du système “chène” ( vent de 80km/h, secheresse , froid extremme , ….on aura un chène rabougri de 1,20 m mais un chène avec des feuilles de chène ….
        Item pour l’ ere glaciaire et inter -G , ….. Un autre ex : la Foret est l’idéal du biotope , qui arrive meme a se fabriquer des pluies perso ….sur 20 cm de terre ……..L’attracteur de secour est la steppe, en cas de glaciation …ou de Sapiens ! …….la steppe va s ‘auto- conforter race ou a cause d’une modif de faune et d’absence de canopée …une plaie du type clairiere se serait régénérée tte seule tres vite ….
        A la limite , l’aspect math , une fois référée , n’ a plus trop d’importance ! Qd on a chopé les caractères importants , on passe a la philo ou a la socio : globaliser est stupide et inefficace mathématiquement … rechercher le “temps caracteristique ” et sa relation aux variables principale d’entrée …ok ; Chercher une relation entre la stabilité d’ un attracteur et le nombre de variables principaux ou secondaires , ok …. ce qui est interessant ce sont les limites , pas les détails , de toutes façons inabordables ds les systèmes d’equa differentielles .
        Les ordi peuvent nous visualiser les limites et les influences des variables sur celles ci .
        Les modélisations de sciences humaines ne sont pas faisables en chiffres ….mais l’ économie n ‘ EST PAS une science humaine , ….Bourdieu considérait la socio comme une science exacte ….(je ne pense pas qu’il ne l’ai jamais dit ) .
        Si l’ on cherche a conjecturer le futur proche , on est certain de la dictature ! ….la sécurité prime toujours sur la liberté , ce qui fait l’ affaire des dominants , en cas de galère .

      6. Kercoz

        Je me suis donné du mal pour vous parler des catastrophes généralisées (on ne parle en effet en général que des catastrophes élémentaires). Raté!

        “Le terme « catastrophe » a un signifiant trop lourd de connotations , comme « chaos » , bien que l’ étymologie de ce dernier convienne tres bien au concept . La notion d’attracteur me parait mieux venue , plus accessible.”

        Les matheux ont commencé à classifier les attracteurs des systèmes dynamiques: ponctuels, cycliques (périodiques), toriques (pseudo-périodiques). Thom a donné la liste des attracteurs ponctuels structurellement stables les plus simples (les 7 catastrophes élémentaires). Les matheux commencent maintenant à classifier les attracteurs chaotiques (attracteurs étranges) dont le plus simple semble être celui de Lorenz. Je pense sincèrement que ce genre de classification a de l’intérêt.

  2. Pour épicer le tout …

    It has often been said that, if the human species fails to make a go of it here on the Earth, some other species will take over the running. In the sense of developing intelligence this is not correct. We have or soon will have, exhausted the necessary physical prerequisites so far as this planet is concerned. With coal gone, oil gone, high-grade metallic ores gone, no species however competent can make the long climb from primitive conditions to high-level technology. This is a one-shot affair. If we fail, this planetary system fails so far as intelligence is concerned. – Fred Hoyle

  3. Destruction programmée… à moins que la guerre civile et moins civile numérique ne s’en mêle avant :

    (gone-missing-the-public-policy-debate-on-unleashing-the-dogs-of-cyberwar)

    … the United States, having kicked off its cover of plausible deniability, has “painted a huge target on [its] back.”

    Les EU, en reconnaissant qu’ils ont lancé Stuxnet ont “peint une énorme cible sur leur dos”, en rendant ainsi bien moins répréhensible la cyberguerre par d’autres nations.

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