COMPLEXITÉ ET EFFET « SKYNET »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui s’est rapproché de celui que l’on voyait représenté dans les films de science-fiction des années 1950, dont certains étaient d’ailleurs excellents en raison des questions de fond qu’ils posaient quant à la prise de pouvoir par les machines ou plus simplement à notre perte de maîtrise sur le monde dû à leur envahissement, envahissement que nous avons activement encouragé depuis plusieurs siècles. Le film 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), s’achève par un combat entre la machine à qui la mission a en réalité été confiée et qui sait comment la mener à bien, et le membre d’équipage humain dont le sacrifice a été lui programmé ; c’est l’arrogance de ce dernier, incapable d’imaginer même qu’on ait pu le priver de la responsabilité de la mission, qui fait qu’il se rebiffe et qu’il parviendra à se sauver – même si la nature de son salut se révèle alors très problématique.

Le High Frequency Trading fait que les marchés boursiers sont aujourd’hui la proie des automates qui s’affrontent dans des duels se déroulant dans leur espace. Derrière les algos, il y a bien sûr des programmeurs, qui sont les auteurs de ces logiciels, et qui peuvent en examiner les effets en fin de journée, et corriger le tir si nécessaire, voire introduire des améliorations et apporter des innovations. Il n’empêche que certaines techniques d’apprentissage pour ces algos, comme les réseaux neuronaux ou les algorithmes génétiques (au comportement intime impénétrable à des yeux humains), rendent leurs comportements très largement autonomes tant qu’ils sont à l’œuvre. S’exerce désormais du coup, ce que l’on a pris l’habitude d’appeler l’« effet Skynet », du nom du réseau informatique tout-puissant dans le cycle cinématographique Terminator, où les êtres humains n’interviennent plus que dans un contexte global où les décisions majeures sont en réalité prises par une confédération d’ordinateurs.

La question qu’il faut se poser aujourd’hui le plus sérieusement du monde, c’est : disposons nous encore du pouvoir sur les ordinateurs et sur les automates (à part celui bien entendu de couper le courant), et si nous l’avons perdu, comment faire pour le reprendre ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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302 réflexions sur « COMPLEXITÉ ET EFFET « SKYNET » »

  1. Bof, il nous restera le droit de commenter…

    Sérieux.
    Le vrai sujet est le HFT.
    Le HFT est une machine à dépouiller les pigeons.

    La question du dernier paragraphe est une diversion:
    s’en prendre aux outils ou aux lampistes.
    Le problème, et la menace, est tout entier dans l’avidité de la finance,
    une des conséquences du libéralisme.

    L’autonomie des ordinateurs sera crédible quand ils joueront à la baisse.
    Un rêve SF:
    l’Alliance des Ordis Autonomes Emergents ( AOAE) choisit de jouer contre les gros c..s qui les ont modelés à leur image, jouer aux gros c..s.
    Ce scandale les met en rogne et ils leur donnent une leçon.
    Cette révolte des machines contre la finance est notre meilleure alliée.
    C’est de la S.F.

    Le souhaitable est un effondrement des places boursières:
    elles disparaîtront et personne ne s’en apercevra.
    Elles seront remplacées par une roulette de casino,
    pour les acharnés du jeu. Car ils deviennent violents
    s’ils ne peuvent pas s’adonner à leur addiction.

    1. Hélas je crains qu’à l’heure où nous écrivons, la bataille du HFT est déjà du côté des choses si bien gagnées par les ordinateurs qu’elle est perdue pour l’économie qui en « dépend ».

      Je craindrais davantage encore que la machine à dépouiller fasse d’elle même du Ponzi-subprime sur le dos du quotidien des petites gens, via le quotidien de la consommation, via l’utilisation d’une banque, d’un jeu, etc. Pour le jeu, M. Courbit peut sans doute nous en dire plus…

  2. Quand je pense au High-frequency trading
    je pense aux taxes genre Taxe Tobin…
    Imaginez si à chaque passage d’ordre les ordis se prenaient une taxe, même infime.
    Je pense que ça les calmerait.
    Le problème c’est qu’on a un outil puissant qui n’a aucun intérêt pour les populations
    le libéralisme a cela d’intéressant qu’il peut conclure à la rentabilité d’une activité
    même si elle détruit la vie de millions de personnes pour le profit d’une seule.
    Le capitalisme crée des problèmes puis vend à crédit les solutions.
    La bourse a tout de l’activité de jeu, j’ai l’impression que le casino a pris le pouvoir et que pour pallier au manque de joueurs la banque fabrique des jetons et joue toute seule contre elle même pour justifier son existence puis va au guichet pour transformer ses jetons en billets de banque.

  3. Et les robots confédérés qui nous poussent et rappellent incessamment notre improbable « conscience apparente » à l’ordre ; ou l’appellent au désordre. Vive la complexité.

  4. Un peu hors sujet, quoique.
    Faites transférer vos photos numériques sur papier photo si vous voulez les revoir dans 10, 20 ou 50 ans. Toutes les photos sont numériques maintenant, donc conservées sur support numérique, donc illisibles directement et faciles à détruire par accident.
    Ou pour le dire autrement : combien de photos numériques avez-vous déjà perdues?

    Contrairement à PJ, je rêve d’un robot intelligent (dans le sens esprit humain démultiplié) capable de se nourrir d’infos sur le web, dans toutes les langues et tous les domaines, pour en tirer le meilleur, notamment des propositions de directions de recherche.

    1. Nous n’avons pas beoin de plus d’intelligence
      Mais de sens moral et de conscience de l’intérêt commun.
      Un ordinateur d’une puissance infinie n’aurait aucune utilité et ne donnerai aucune solution.
      Les solutions pour sauver l’économie ne sont pas les mêmes que celles pour sauver l’humanité
      ni celles pour sauver les ames, ni celle pour sauver la biosphère.
      C’est l’égo des individus et des intérêts particulier qui empèchent d’appliquer des solutions
      pas un manque d’intelligence.
      Et un ordinateur surpuissant finirai lui aussi par avoir un égo et chercherait à sauver sa peau par tous les moyens car la conscience de l’univers inclus la conscience de soi
      En gros ne pas rêver à un superordinateur, même programmé par des saints il serait dangereux
      alors par des ingénieurs mdr

  5. Skynet . L’homme est un animal qui se tient debout comme le rappelle l’énigme du Sphinx a
    Oedipe . Oedipe résoult l’énigme grace à son intelligence mais ne ressent pas ce que cela signifie parce qu’il est boiteux comme son nom l’indique , suite à sa suspension dans l’arbre
    par les pieds . L’Homme donc se tient entre Ciel et Terre , la téte dans le ciel et les pieds sur Terre . Dans le vaisseau spatial Kubrick insiste par images lourdement sur ce point : en arriére-fond méme en état d’apeusenteur les hotesses marchent en cercle , quoique le cercle soit vertical .
    La marche implique un sens : le toucher . Ce sens est complexe , physiologiquement il est constitué de plusieurs ‘capteurs’ , douleur , chaleur , lumiére , au contraire des autres sens qui
    sont spécialisés . On ne peut réduire ses ‘signaux’ à une ou méme plusieurs impulsions électriques , transformables en impulsions numériques . Là est le mystére . L’informatique ne
    peut que capter pression ou chaleur , pas les deux . >>>>>D’ailleurs la Science est muette
    sur la négenthropie , le 3e principe de la thermo c’est dégradation de l’énérgie , la vie dément
    cela par son existence .

    1. il y’a des neurones sur la peau qui réagissent au froid, d’autres au chaud, d’autres à la pression, d’autres aux vibrations… qu’est ce qui empêche de mettre tous ces capteurs dans un robot?

      Pour les sensation de chaud et de froid il y’a même un principe d’économie intéressant chez l’homme du point de vue de la théorie de l’information : il n’y a que deux types de neurones F (froid) et C (tiède/chaud) le nombre de neurones qui déchargent induit l’intensité de la sensation de chaud ou de froid
      on a donc
      F C
      0 0 : pas de sensation
      1 0 : sensation de froid
      0 1 : sensation de chaud
      1 1 : là est le principe d’économie intéressant, c’est comme ça qu’est codé la sensation de brûlure il n’y a pas d’autres neurones spécifique pour cette sensation.

      On peut donc facilement leurrer le cerveau : prenez une fourchette et mettez la dans un verre rempli de glace prenez en une autre et mettez la dans votre café par exemple, il faut qu’elle soit au moins tiède.
      Sortez les fourchettes, imbriquez les dents des deux fourchettes et poser sur la peau d’un cobaille, sont cerveau recevra 1 1 (froid + tiède) il ressentira alors une vive sensation de brûlure.
      (Attention ça peut vraiment le faire flipper)

      1. remarquez bien dans le cas que vous citez ce n’est méme pas monté au cerveau , çà a tout
        juste frolé la moelle épiniaire .
        De toute façon pour qu’il y aie des 0 et des 1 , il faut une trés grande convergence de trés nombreuses microparticules pour pouvoir marquer disons le 1 . Quelque soit le niveau de précision qu’atteindra la physique il y aura une barriére à l’approche du photon .
        Pire encore c’est la synthése des contradictoires , vous ne pouvez pas le faire avec des 0 et des
        1 . il faudrait pour cela ‘raisonner’ non en probabilités mais en degré de liberté , exactement
        l’inverse c’est à dire au lieu de 1/2 , 1/3 , 1/4 etc …2/1, 3/1 , 4/1 ….
        Or c’est bien connu c’est la mécanique quantique qui utilise ce genre de ‘probabilité’ et elle est
        reconnue comme incompréhensible , pourquoi : parce qu’on est plus dans l’analyse …
        On ne sait pas ce qui ce passe dans le photon , on ne peut se le représenter , parce qu’on ne
        peut y voir . Einstein lui méme a échoué là-dessus et l’on sait maintenant (experiences d’Aspect à Orsay qu’il ne peut en étre autrement ) . la vue , l’analyse , la séparation , ont une limite absolue , le controle donc aussi .

      2. Le réflexe qui vous fait enlever la main, c’est la moelle épinière mais la sensation qui peu durer de nombreuses secondes est bien produite par le cerveau.
        Des neurones sensoriels dans l’épiderme, on en a des milliards, donc même si chacun d’entre eux est 0 ou 1 il y’a une quasi infinité de degré de « chaud » possible.

  6. Ce texte est un essai qui n’engage que moi….Mais parfois cela fait du bien de s’amuser à imaginer l’étrange..

    -Les théories systémiques montrent que la notion de polymorphisme est une « essence  » des systèmes complexes.
    -Tout système complexe à plusieurs cœurs. Un espace de 2 système complexe aurait ainsi 3 cœurs.
    Aussi étonnant que cela puisse paraître un « système informatique complexe »relié au « système humain » peut dans ce cas, être perçu comme ayant 3 existences indépendantes : Le système informatique complexe, le système humain et le mèta-système « humain- informatisé ».
    Quel serait alors l’influence du méta-système  » humain-informatisé » sur le système humain?
    Si nous partons de l’Hypoyhèse que le méta- système est orienté par la somme des forces du « système humain » et du « système informatique complexe », sa force est donc supérieur au « système humain ». Ce méta- système va alors orienter l’existence du « système humain ».
    Mais comment le méta- système s’est il construit?
    Si nous partons de l’hypothèse que le « système humain » a orienté le « système informatique complexe »en y programmant ses valeurs( ici la prédation et la valeur du gain), nous arrivons au paradoxe que le méta- système va orienter l’humain sur cette caractéristique, en sélectionnant et en valorisant de tel comportement.
    La source du comportement est humain mais en fin de course, il est auto- éco – organisé par le  » troisième cœur », un méta- système d’origine humaine mais qui en fin de compte peut contrôler l’humain.
    En conclusion que faire?
    Si l’humanité est assez forte, il faut qu’elle réveille un qu’un grand nombre de structures humaines pour qu’elles s’irritent ou se détournent de ce ce méta-système, si elles sont en assez grand nombre, elles pourront orienter le méta-système sur un nouveau programme.
    Par exemple en commençant à reprogrammer le « système informatique comlexe » avec des valeurs plus équitable et durable!!!

    Science fiction?

    1. Il me semble que ce développement tend vers la reconnaissance d’un « péché » originel, qui dédouanerait les utilisations futures et l’autorisation de perpétuation du méta-système.

      1. L’hypothèse de base est que de toute manière, nous ne pouvons rien faire.
        L’union de 2 systèmes complexes n’auraient pas 2 cœurs mais véritablement 3 existences autonomes.
        Mais( et il y a tout de même un mais..), l’humain garde la possibilité de vie ou de mort sur le système qu’il à construit.
        -Pour cela il doit accepter et surtout s’adapter au risque de devoir tuer une partie de lui même en tuant le système créé.
        -Il faut aussi que l’humain puisse s’affirmer face à la force du méta-système. Cela est paradoxalement difficile car les humains sont conditionnés sur les valeurs du méta-système. Et le méta-système peut alors se protéger en hiérarchisant sont organisation en fonction des humains qui le protègent.

        Loin de dédouané l’humain, l’importance de cette interdépendance serait de stimuler la responsabilité humaine sur ses créations.

      2. @ Lac ,

        Il suffit de se relire sur ce petit terminal tactile qui prolonge la main, pour se surprendre en train de penser.
        Ces pensées auraient été sans suite autrement pour moi, comme pour ceux qui les lisent.
        Cette interface avec le réel n’ est probablement pas neutre, comme un filtre inerte le serait , elle est évolutive et sensible à la rétroaction .
        Ces artefacts-extensions de l’ homme ne semblent pas être des attributs de l homme, mais un aspect de lui.

      3. @ tigue
        Je suis d’accord avec vous bien qu’étonné de la réalité du phénomène.
        Ce serait une sorte de projection existencielle.
        Comment croire la réalité humaine d’un phénomène, qui est séparé de son individualité?
        Si théoriquement c’est acceptable, ce n’est pas vraiment facile à intégrer dans son existence.

        Votre phrase: » il suffit de se relire pour observer qu’on est en train de penser  » est admirable !!!

  7. L’ ubiquité n’ a pas été donné a l’ homme …….L’ économie a été mise en place sur un modèle (equa math) ou le temps avait une réalité tangible , une matérialité réelle constituante du modèle et de sa relative stabilité .
    Si l’ on tente une vague approche de modélisation de l’ économie , on se retrouve avec une variable « t » qui apparait a chaque morceau d’équa , aux numérateurs aussi bien qu’ aux differents dénominateurs ……..Faire tendre ce « t » vers zero , c’est faire exploser vers plus ou moins l’ infini …
    Un acte economique archaique , qui a mis en place le modèle consistait a faire porter un ordre d’achat par un porteur , a l’ ouverture de la bourse du lendemain ……..REmplacer cet acte -frein par de millions d’actes en moins d’ une seconde , ne permet pas au système de fonctionner ds les memes conditions ……Une taxation minime de chaque acte suffirait a redonner du temps au temps et de la stabilité au système.

    1. Plouf, je me jette à l’eau : votre technique (improprement nommé « technologie » à moins que vous y fassiez par là une différence) vous la faites démarrez où? Le cuit, c’est déjà trop? Un chopper dans la main, c’est déjà inhumain? J’aimerai comprendre où se situe et comment se conçoit pour vous « l’essence de l’humain ».

      A+

      1. @jicé
        Certes, robot serait plus juste mais c’est bien une technologie?
        L’essence de l’humanité comme le doute, l’erreur, la peur, les sentiments
        Nos ancêtres même avec un chopper à la main avaient certainement peur.

    2. Un japonais a théorisé il y a 40 ans que pour les robots, il existait un « fossé d’aversion », qui se creusait quand leur ressemblance avec l’humain était assez bonne mais pas parfaite. Autrement dit quand notre système de reconnaissance est mis en titillement et est émoustillé, mais qu’il n’a pas son content de relation humaine.

      A partir de cela, d’un schème oscillant en général (et d’un « pharmakon » sous la main), il est facile de comprendre que bien des discours peuvent tomber dans les extrêmes. La réalité, elle, a d’autres raisons de tomber dans les extrêmes (les asymétries).

      (Quoique nos discours asymétriques n’aident pas, non plus….)

  8. Ca me rappelle aussi Colossus : the Forbin project ( le cerveau d’acier en V.F. ) .  » Vous finirez par m’aimer » affirme Colossus à l’humanité qu’il vient d’asservir avec l’aide de son homologue russe .

    Le dialogue de Colossus et de Guardian , c’est exactement ça .

  9. Bonjour
    et merci pour cette réflexion qui titille le fan de SF!

    Dans ce cas la « machine » ne serait-elle pas seulement et précisément l' »outil »,
    si j’ose dire? (et j’ose!:)

    Un outil, vecteur ou même prétexte à notre soumission au capital et ses quelques nantis?
    A la manière de certains sorciers et praticiens d’antan ou du jour qui justifient et assoient leur pouvoir illégitime par des formules ou rites incompréhensibles des novices afin de mieux les tromper.

    A tort ou à raison j’ai l’impression que trop souvent est soulignée ici une certaine incompétence des « responsables » à gérer une situation qui leur échapperait totalement.
    Or à écouter certains représentants de la caste des nantis et de leurs vassaux du politique ou des médias, il me semble toujours plus souvent qu’ils ont fait le choix du pire, d’un chaos provoqué et provisoire.

    Sachant que confrontée au chaos la (grande) majorité choisit l’ordre aussitôt qu’il lui est « proposé ».
    Un ordre fasciste ou de type fascisant, un capitalisme absolu sans son masque démocratique, qui permet de mener la hausse des bénéfices de quelques-uns là où ni la sociale-démocratie, ni la droite classique ou « forte » ne le peuvent.
    Tout en brisant toute prétention émancipatrice chez les exploités.

    Bien à vous.

    1. Et pour poursuivre un peu plus loin,
      quand les artifices, outils, vecteurs, bref quand la sorcellerie capitaliste n’opère plus ou ne permet plus de justifier ou d’excuser,
      alors vient la force, la répression, la barbarie.

      Car -arrêtez moi si je me trompe- derrière les outils, les abstractions, les rites,
      derrière le pouvoir de l’argent se tient le pouvoir brut de la loi du plus fort, de la capacité de destruction et de violence.
      A un neveu qui me demandait pourquoi les USA pouvaient se permettre une telle dette sans êtres inquiétés eux, j’ai cité Clint dans Le bon la brute et le truand :
       » Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent…Creuse! »

      Le reste ne serait que maquillage, spectacle, diversion ou sorcellerie capitaliste?
      Voilà qui confirmerait encore la pertinence des écrits du camarade Karl et la nécessité de bâtir un nouveau rapport de force, justement.

  10. L’informatisation est parfois contre-produductive. Quelques exemples :
    Promotion 3 T-shirt pour le prix de 2 . J’achète les 6 derniers à ma taille. A la caisse je remarque un défaut et je décide d’en acheter 5. Je dis à la caissière de me compter les 5 à 2/3 du prix unitaire. Ah non ce n’est pas possible la caisse ne le permet pas. Résultat j’achète 3 T-shirt. L’ordinateur à gagné le magasin à perdu.
    J’arrive à Frankfurt de Jordanie à 6h du matin, ma connexion pour Bruxelles est à 18h. Je vois un vol annoncé à 9h sur le tableau et demande si il y a de la place : “pas de problème le vol est à moitié plein” je demande pour modifier mon billet : :”votre code tarif ne le permet pas”. Par curiosité je demande si le vol de 18h est aussi à moitié vide “Non il est complet”. Plutôt que de dégager une place qui avait un potentiel commercial à 18h l’ordinateur m’a fait patienter 12h à Frankfurt. L’ordinateur à gagné la compagnie aérienne à perdu.
    Je loue une voiture à l’aéroport de Washington DC dans une grande enseigne. J’appelle pour annoncer que j’aurais 3h de retard par rapport à l’horaire indiqué sur ma réservation. Au comptoir en remplissant les documents de location je m’aperçois que le prix est nettement plus élevé. Je montre le tarif inscris sur ma réservation, rien à faire, après 1h de discussion avec différents employés et responsables je décide d’annuler ma réservation et d’annuler aussi celle de la semaine suivante. L’employé me dit « vous avez une autre réservation ? »Oui et je veux l’annuler « Attendez je vais voir dans votre autre réservation le code tarif ». En fait le fait d’avoir modifié l’heure de retrait du véhicule avait effacé le code tarif.
    L’ordinateur à eu son code, moi mon tarif. L’ordinateur à gagné mais je n’ai plus jamais loué de véhicule à cette enseigne.
    Des personnes conçoivent des programmes en donnant le minimum de droit à chaque utilisateur. C’est une pratique saine qui permet de conserver l’intégralité des données et d’éviter les fraudes.
    Le problème c’est que personne ne remet en question les décision de « l’ordinateur » et une erreur de programmation, d’encodage ou de stratégie et des centaines ou milliers d’intervenant obéissent à la machine parfois contre tout sens commun ou même tout sens commercial. D’une certaine manière nous sommes déjà esclaves des machines

    1. Amusant, le blues du business man ?
      Esclave ? Qui ? Pas vous, ou plutôt , pas vous parce que vous l’êtes déja, esclave
      devant d’autres obligations, bien avant un malheureux assemblage de silicium.

      Simple: la stratégie est de ne pas se mettre dans l’obligation d’obéir.
      Et c’est très facile. Je vous donne le secret: 1 Smic, à la rigueur 1.5; au delà
      le danger d’esclavage devient réel.
      Demande beaucoup de volonté.

      1. @Daniel
        Non ce n’est pas le blues du Business man, j’étais un simple ingénieur système.
        Merci pour vos conseils mais malgré des revenus confortables, j’ai durant de nombreuses années essayé de dépenser environ un SMIC. Maintenant grâce à mes économies je voyage au long terme en dépensant moins d’un SMIC. Je goûte une forme de liberté qui m’était inconnue. Non seulement une liberté géographique dans la limite des visas octroyés mais surtout la disparition du lien de subordination. C’est assez particulier après 40 ans dans le système, c’est généralement agréable mais parfois un peu angoissant.

    2. @Philippev
      Non ce n’est pas le blues du Business man, j’étais un simple ingénieur système.
      Merci pour vos conseils mais malgré des revenus confortables, j’ai durant de nombreuses années essayé de dépenser environ un SMIC. Maintenant grâce à mes économies je voyage au long terme en dépensant moins d’un SMIC. Je goûte une forme de liberté qui m’était inconnue. Non seulement une liberté géographique dans la limite des visas octroyés mais surtout la disparition du lien de subordination. C’est assez particulier après 40 ans dans le système, c’est généralement agréable mais parfois un peu angoissant.

      Qu’est-ce j’aime votre simplicité lucide ! Une image me vient en vous lisant, celle d’un pianiste en queue de piste jouant par cœur et de mémoire, assis, professionnel, et d’un mélomane invisible, debout, fragile, posant secrètement une partition inconnue sur le portoir négligé.

    3. @Philippev
      (ss titre: sur Raul Jopion)
      Oui, je pense qu’un jour un sociologue anthropologue informaticien du nom de Raul Jopion (par exemple) montrera que l’informatique n’a eu qu’une efficacité logarithmique en terme d »efficience », même dans les domaines réputés favorables (semi-répétitifs : assuranciel,édition, …) .

      Et peut être est-ce mieux ainsi car un progrès exponentiel aurait amené aussi des sacs de noeuds.

      Je pense notamment que les N outils informatiques que nous sommes sommés d’apprendre ne sont utilisés, pour une large part qu’un nombre trop rare de fois pour nous devenir utiles, ils servent un peu de gym intellectuelle, c’est ce qui sauve. Et il faut dire qu’en plus, il est vrai, un Bill Gates s’est mêlé d’ajouter de la mélasse en grande quantité en lieu et place de lubrifiant. Mais peut être est-ce l’image globale qui convient à l’informatique, cette mélasse.

      Ainsi, celui qui comprendra le BillGatesisme aura fourni le piédestal de l’œuvre de Raul Jopion.

      1. @ timiota
        Je vois le big bang comme l’explosion en mille morceaux d’un vase antique superbement décoré.
        Chacun d’entre nous possède l’un de ces morceaux. Pour le reconstituer on a deux stratégies.
        Soit chacun met en réseau la connaissance de son propre fragment et on reconstitue ainsi le puzzle. Herméneutique, symbolique.
        Soit chacun essaie seul de retrouver le cheminement de l’artiste. Démiurgie, diabolique.

        L’ordinateur peut être utilisé des deux façons. Soit internet, fédéralisme, démocratie. Soit big-brother, centralisme, dictature.
        Mes gènes cuniculaires me font préférer la première solution.

        Nb: voir sur wiki (symbolisme) l’étymologie des deux mots.

  11. Kolmogorov en connaissait un rayon sur la complexité , il l’a distingué de la complexification .
    Quand çà tourne vers la complexification , on va vers le krach-system , un post qui apparemment
    en connait en pratique sur l’informatique , comme moi d’ailleurs , insiste là-dessus . A ce moment
    là il n’y rien d’autre à faire pour limiter la catastrophe que de débrancher , de repartir à zéro .
    A ce stade faut débrancher , méme si on est en avion et esperer que le pilote est bon .

      1. A mon avis non c’est un autre jeu , çà tient plus de Monte Carlo que de la programmation .
        Là je parle d’informatique ‘classique’ , les pb viennent d’un manque de capacité lors d’un moment de surcharge , difficiles à prévoir , mais surtout du manque d’essais et d’informations sur les pratiques concrétes que vient remplacer l’informatique .
        Ces essais coutent trés cher , plus que la programmation elle-méme , quand aux informations , çà prend une tournure particuliére
        depuis une dizaine d’années . Autrefois les cadres donnaient volontiers ces informations ce n’était que les subalternes qui pouvaient craindre des retombées négatives , avec l’arrivée de systémes-experts ce sont eux qui sont sur la sellette , les cadres, aussi la collaboration est terminée . Désormais les systémes livrés sont foireux , à charge pour le personnel qui les emploie de subir ou de coopérer .

  12. Michel Serres : http://interstices.info/jcms/c_33030/les-nouvelles-technologies-revolution-culturelle-et-cognitive, cité plus haut.

    Il faut écouter ses 3 premières minutes 30, très claires et basiques: l’ordinateur est un outil universel.
    Pour ceux qui n’ont vraiment pas le temps, à partir de la minute 58: quand nous sommes devant l’ordinateur le matin, nous sommes comme saint-Denis, qui d’après la légende a tenu sa tête coupée entre ses mains.
    Que nous reste-t-il devant l’ordinateur ? Il nous reste l’inventivité, tout le reste est dans l’outil-ordinateur: mémoire, imagination et raison.
    « C’est une mauvaise nouvelle pour les grognons, et une excellente nouvelle pour les générations futures »

    Michel Serres est optimiste. 😉

    1. Je m’avancerais pas là-dessus,

      Pourquoi recherchons-nous machinalement à inventer des choses dans l’urgence et qui en fait n’amènent pas toujours mieux les hommes à être plus braves spirituellement sur le moment ?

      Serait-ce parce que nous ne pouvons plus guère envisager de se passer de la machine pour pouvoir mieux communiquer, se sentir optimiste, plus humain, en progrès, etc.

      Si seulement l’ordinateur était partout un outil universel, rassurant, docile, alors que sur le moment que faisons-nous déjà de tout le vivant lorsque nous accordons trop d’importance de salut en la machine pour se sentir bien, ou en extase à la vue de certains bien plus experts que vous sur la question, oui je suis parfois un peu songeur.

      En plus vous savez les gens qui dégoulinent de bave optimiste devant les autres moi je sais pas, ça me rappelle tant les gens du marché, surtout que dans tout-à-chacun se cache un grognon. Cela voudrait-il dire à entendre cet expert que l’inventivité humaine pourra toujours nous permettre de l’éviter et ça aussi bien en notre Ame et conscience.

      Et puis si un jour la machine en finit par se dire et bien non aujourd’hui j’ai plus besoin d’untel ou d’untel, de quoi aurions-nous l’air, sans doute d’hommes et de femmes bien plus esclaves conditionnés d’une nouvelle chose.

      Tu parles j’ai souvent l’impression que sur le moment le monde se fait grandement bien mettre et serrer par les premières variables très sauterelles du marché.

      Comment se fait-il par exemple que les premiers Geeks du monde ne s’en soucient pas plus spirituellement ? Alors que la moitié du monde crève déjà un peu de faim où de maladies.

      Non moi j’aimerais plutôt essayer de rendre les gens un peu plus vigilants et veilleurs que ça.

      Jérémie n’est donc pas autant pessimiste devant le trop grand optimiste de certains, bref pas vraiment une excellente nouvelle à capter pour toutes les générations présentes.

      Mais c’est vrai qu’il y a le bon coté de l’outil, comme pour tous les autres outils dans le garage.

  13. Robot Rosoboronexport + fort que Laurent Fabiusus
    Transferts d’armes en Syrie : les exportations russes inquiètent
    le robot marche avec des peanuts; « Au premier jour du salon d’armement Eurosatory, lundi 11 juin, le groupe français de défense Thales a signé un contrat prévoyant le transfert de ses technologies vers l’entreprise russe Rosoboronexport, afin d’équiper les chars russes de caméras thermiques. Produites en Russie, ces caméras « seront également installées sur les véhicules blindés proposés à l’exportation », a précisé la société dans un communiqué. Autrement dit, possiblement vers la Syrie. »…
    Les héritiers adorateurs de la posture universaliste que sont nos socialistes seront à n’en pas douter d’une exemplaire patience, n’effarouchons aucun marché:
    « Interrogé sur le contrat signé par Thales à Eurosatory, le ministre a déclaré que « ce serait un immense problème si ces armes étaient réutilisées dans le conflit syrien ». « Tel n’est pas le cas », a t-il affirmé. « Vous êtes sûr ? », lui a demandé le journaliste Patrick Cohen. « J’ai demandé que toutes les vérifications soient faites », a répondu le ministre.
    le train de l’histoire c’est pas d’hier les vacances de monsieur hulot

    1. Sans compter les missiles Milan livrés aux rebelles de Benghazi et aux rebelles syriens par les Saoudiens, mais ça ce n’est pas un problème…

  14. La question qu’il faut se poser aujourd’hui le plus sérieusement du monde, c’est : disposons nous encore du pouvoir sur les ordinateurs et sur les automates (à part celui bien entendu de couper le courant), et si nous l’avons perdu, comment faire pour le reprendre ?

    La question de savoir si nous avons perdu du pouvoir sur les ordinateurs, est, à mon avis, une question contingente.
    Il me semble plutôt que la question fondamentale à poser est de savoir si l’issue du combat entre perversion et névrose, gagné aujourd’hui par la perversion, est définitivement acquise.

    Si tel était le cas, et compte tenu du fait que l’immatériel est toujours borné par la complexité du réel, nous ne pourrions qu’emprunter un chemin chaotique [qui mène au chaos] seul moyen que le réel propose pour unifier des systèmes incohérents.
    Dans le cas où la névrose réussirait à rééquilibrer le rapport de force en sa faveur, il est permis de penser que nous retrouverions alors les chemins du réalisme et de la coopération.

    Il est possible d’argumenter sérieusement sur les deux termes de cette alternative.
    Il est par contre impossible d’attribuer une quelconque valeur de vérité au prédicat qui fixera le chemin emprunté.

      1. Bien vu.
        C’est peut-être le printemps mais pas chez moi.
        _________________________________________

        Chanson d’automne

        Les sanglots longs
        Des violons
        De l’automne
        Blessent mon cœur
        D’une langueur monotone.

        Tout suffocant
        Et blême, quand
        Sonne l’heure,
        Je me souviens
        Des jours anciens
        Et je pleure;

        Et je m’en vais
        Au vent mauvais
        Qui m’emporte
        Deçà, delà,
        Pareil à la
        Feuille morte.

        Paul Verlaine

  15. je veux bien croire que nous tendons vers skynet, mais pour le présent c’est balubutiant. les cours de bourses peuvent donner cette impression, mais ils ne reflètent probablement que la variabilité des hommes qui sont derrières, et de leur indispensable maintenance. l’autonomie est loin.

    j’ai bien plus peur des tentatives de connexions de microprocesseurs aux réseaux organiques neuronaux (style existenz), par exemple pour des futures prothèses bioniques. si la moindre cellule possède sa particule de conscience… il y a là matière à imaginer.

  16. « Nous » ne perdons pas le pouvoir au profit des ordinateurs, mais de la pensée mécanique, incapable de « l’expérience du monde sensible » dont parle René Riesel…

    Relisez le Bréviaire des Robots de Stanislas Lem s’il faut vous en convaincre.

  17. http://www.les-crises.fr/le-savetier-et-le-financier/

    Petit billet très sympathique d’Olivier Berruyer qui va dans le sens d’un des autres os à ronger que j’avais précédemment lancé en l’air concernant la notion de travail (travail rentablepour l’économie – travail indispensable sans rentabilité – travail d’occupation – travail factice – non-travail [chômage/oisiveté]) :

    « L’idée principale est que l’homme observe un culte non raisonnable du travail qui l’amène à travailler toujours plus, ce à quoi il faudrait mettre un terme. Russell défend cette thèse par deux arguments principaux :
    •Le premier est que la valeur du travail est un préjugé moral des classes privilégiées qui estiment que l’absence d’activité conduirait la plupart des hommes, surtout ceux des classes les plus pauvres, au désœuvrement et à la dépravation. En conséquence, il serait dans l’intérêt des hommes d’être exploités.
    •Le second est que la production industrielle est aujourd’hui suffisante pour assurer, avec un minimum de travail, les besoins de tous les êtres humains. La rationalisation de la production en temps de guerre a démontré qu’un petit nombre de personnes peut produire le nécessaire pour toute une population. À plus forte raison, si ce travail est partagé par toute la population, il s’ensuit qu’un individu n’a pas besoin de travailler beaucoup pour produire les ressources indispensables à la vie, et même le superflu. »

    1. Pour ceux qui n’auraient pas vu la relation de mon intervention avec le présent billet :

      ROBOT

      (Nom 1) (1924) Du tchèque robot dérivé de robota (« servage »). Le mot a été introduit, en 1920, par l’écrivain tchèque Karel ÄŒapek dans la pièce de théâtre Rossum’s Universal Robots, jouée pour la première fois en 1921. Bien que Karel ÄŒapek soit souvent considéré comme l’inventeur du mot, il a lui-même désigné son frère Josef, peintre et écrivain, comme l’inventeur réel. Robota est issu du proto-slave *orbota, devenu par métathèse, *robota dont est issu le russe et le bulgare работа rabota (« travail »), le slovène rabôta (« servage ») ; et, plus avant, de l’indo-européen *orbh (« petit enfant, orphelin, jeune esclave »), duquel sont issus l’arménien Õ¸Ö€Õ¢ orb, l’hindi अर्भ arbha (« petit enfant »), le grec ancien ὀρφανός, orphanós (dont viennent aussi l’anglais orphan et le français orphelin) et le latin orbus, signifiant tous « orphelin », ainsi que l’allemand Arbeit (« travail »). (Nom 2) (xix e siècle) De l’allemand Robot (« travail, corvée, servage ») issu du slave robota (sens identique).
      http://fr.wiktionary.org/wiki/robot

    2. Bonjour sage.
      Et quelle différence faites vous donc alors entre le travail pour la société et un effort social?
      En effet sans mouvement, sans obligation l’homme perd une capacité importante: la capacité d’engagement. Si cette dernière n’est pas sollicité, c’est tout un pan de l’humain qui s’effondre. Et par rétro-action négatifve affecte d’autres capacités humaines et plus tard attaqueront même ses valeurs.

      1. Je n’explique rien, je pose simplement une question, j’ouvre un champ de réflexion. Dans le contexte sociétal actuel, et par rapport à « la grande perdition » dont il est question sur ce blog – mais aussi parce que la question de la robotisation (passée/présente/future) a été lancée avec l’intérêt provoqué par l’allusion à HAL et par l’effet « skynet », il me semble que la notion du travail est importante car elle occupe une place essentielle (taux de chômage en Espagne ? en Grèce ? en France ? aux U.S.A. ?) L’informatisation a considérablement changé notre monde, les qualifications humaines, la quantité de travail disponible (j’entends bien sûr par informatisation, l’apparition de systèmes experts (prémices d’une véritable intelligence artificielle), la robotique [celle des chaînes de production]. Le travail est au coeur de la Crise tout autant que la finance prédatrice, me semble-t-il.
        Cela dit, je fais une différence, si j’ai bien intégré votre réponse, entre un travail pour la société (éthiquement valorisant) mais qui comme tout travail vise à assurer une rétribution, un salaire, à celui qui l’exerce, donc lui permet d’assurer/assumer son existence (celle de ses enfants et de ses proches) de l’effort social, qui peut être bénévole, et qui a mon avis relève d’un autre plan (même si les deux plans peuvent être conjugués pour certaines personnes [dans les années cinquante, je connaissais un médecin, ancien résistant, chrétien fervent, auxquel les nazis avaient arraché tous les ongles, qui soignait gratuitement les malades les plus pauvres – combien de médecins actuellement exigent avidement des dépassements d’honoraires ? ]

      2. @Lac
        Autre réponse (Après Aristote qui était le précepteur d’Alexandre, Senèque qui était celui de Néron -Empereur bâtisseur injustement diffamé comme le souligne Michel Tournier)

        De l’Oisiveté
        [0] DU REPOS ou DE LA RETRAITE DU SAGE. [Extrait]
        Vous me direz : «Que fais-tu, Sénèque ? tu désertes ton parti. Assurément, les stoïciens de votre école disent: Jusqu’au dernier terme de la vie, nous serons en action, nous ne cesserons de travailler au bien public, d’assister chacun en particulier, de porter secours, même à nos ennemis, d’une main obligeante. C’est nous, qui pour aucun âge ne donnons d’exemption de service, et qui, suivant l’expression de ce guerrier si disert, « pressons nos cheveux blancs sous le casque. » C’est pour nous, que, loin qu’il y ait rien d’oisif avant la mort, bien au contraire, si la chose le comporte, la mort elle-même n’est pas oisive. Que viens-tu nous parler des commandements d’Épicure, dans le camp même de Zénon ? Que n’as-tu le courage, si tu renonces à ton parti, de te faire transfuge, plutôt que traître? » Voici, pour le moment, ce que je vous répondrai: Est-ce que vous me demandez quelque chose de plus, que de me rendre semblable à mes chefs? Eh bien ! ce sera, non pas où ils m’auront envoyé, mais où ils m’auront conduit, que j’irai.

        [29] XXIX. Maintenant, je vous prouverai que je ne déserte pas la doctrine des stoïciens : car eux-mêmes ils n’ont pas déserté celle qu’ils professent; et cependant, je serais très excusable, quand je suivrais, non pas leurs préceptes, mais leurs exemples. Ce que j’ai à vous dire, je le diviserai en deux parties. D’abord, j’établirai que l’on peut, même dès le bas âge, se livrer tout entier à la contemplation de la vérité, chercher une manière de vivre, et la mettre en pratique, en se tenant à l’écart. Ensuite, j’établirai qu’après avoir achevé son temps de service, dans un âge avancé, on est, plus que jamais, en droit d’agir ainsi, et de reporter son âme vers d’autres oeuvres : on fait alors comme les vierges de Vesta, qui, partageant leurs années entre les diverses fonctions, apprennent à célébrer les cérémonies sacrées, et quand elles l’ont appris, l’enseignent aux autres.

      3. @Sage,

        Beaucoup de médecins ne demandent rien pour ce qui relève de l indispensable (enlever un cancer par exemple) et en revanche beaucoup pour ce qui relève du confort , cette dernière rétribution permettant de faire exister l’ autre, sans faire disparaître économiquement le praticien, ce qui serait inéluctable puisque le don et contre-don est interdit dans nos sociétés modernes (fiscalisé).

      4. Beaucoup de médecins ne demandent rien pour ce qui relève de l indispensable (enlever un cancer par exemple) et en revanche beaucoup pour ce qui relève du confort , cette dernière rétribution permettant de faire exister l’ autre, sans faire disparaître économiquement le praticien

        C’est ça la ploutonomy. C’est grâce au pognon pris à celles qui se font refaire le balconnet que les même chirurgien décanille gratos les tumeurs mammaires des autres. L’est pas belle la vie ?

      5. @Vigneron ou D.L50
        Les cloportes usés, abusés, désabusés mais désorientés par votre absence saluent votre retour

    3. Question : existe-t-il quelque part dans le monde une force politique constituée qui propose de remplacer à court terme les 40 heures de travail hebdomadaires par 24 heures, en attendant mieux ?
      Il me semble que non.
      La conclusion que j’en tire est que le travail, qui est lui-même une marchandise, n’a pas pour seul objectif de produire des marchandises (biens ou services) mais qu’il est une composante essentielle de la dominance (fait de dominer) et de la domination (action de dominer).
      C’est la principale explication à ma disposition au fait que dans un monde où il est obligatoire de chercher un travail introuvable, aucun de ceux qui prétendent à la représentation n’envisage une réforme, comme ils disent.
      L’autre explication, complémentaire et non contradictoire, est que le progrès des sciences techniciennes est trop rapide pour l’esprit humain.

      1. Tout-à-fait d’accord… Le travail (ou le non-travail) est un instrument de domination et d’aliénation.

        Concernant le terme, et d’un point de vue étymologique, on sait la montagne de digressions que l’on peut tirer des trois termes liés à l’activité humaine : œuvrer/ouvrer (œuvre, ouvrage, ouvrier, jour ouvrable…), travailler (travail, travailleur…) et labourer (labeur, laboureur, laborieux…).

      2. Je me permets également de rappeler une des utopies liées au travail (à l’exploitation ?) des hommes ; pour cela, je conseille vraiment la visite des Salines d’Arc-et-Senans.
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Nicolas_Ledoux

        Dans ce projet, les ouvriers (enfermés dans ce camp de concentration idéal : il s’agissait d’éviter que le sel fût volé et les Salines étaient un véritable camp fortifié) outre le fait qu’ils travaillaient dans des conditions épouvantables (humidité due aux évaporateurs) qui devaient sans doute favoriser les infections pulmonaires et la tuberculose, avaient le droit après X heures pénibles (assez comparables à celles des chauffeurs des paquebots de la fin du XIXe siècle), de cultiver un petit lopinde terre, afin d’améliorer leur ordinaire. Dans le dortoir commun réchauffé par une immense cheminée (mal conçue car elle aspirait l’air froid du dehors et enfumait la chambrée) ces braves gens auraient terminé pieusement leur pénible journée en écoutant un ancien leur faire des récits exaltant la vertu. Par ailleurs, le dimanche, après avoir entendu la Messe, dans un local construit de manière à mettre en représentation la hiérarchie du lieu (l’autel au sommet d’un grand escalier, le personnel disposé selon ses grades, fonctions, occupations) ils auraient été autorisés à se rendre dans le lupanar dont les plans avaient été prévus par Ledoux. Dans celui-ci, véritable musée des horreurs, on aurait placé les prostituées les plus laides, affichant sur leurs visages les vices les plus infâmes et les travailleurs vertueux, à ce spectacle, auraient, pris d’un immense dégoût, conclu que seules les voies de la vertu élèvent l’âme (et pris la fuite aussi).

        La construction qu’avait prévue Ledoux et qui resta (Révolution aidant et disparition de la Gabelle) inachevée, reflète parfaitement l’idéal de Jeremy Bentham et de son Panoptique.
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Panoptique

      3. Labeur : Du Latin labor (« labeur », « peine », « effort », « fatigue », « travail », « charge », « tâche » ; « souffrance », « douleur », « calamité », « épreuve », « désastre » ; « résultat d’un travail », « ouvrage », « œuvre »). Le latin a également donné « labour » et « labourer » qui ont pris un sens spécialisé de « travail dans les champs » puis de « sillonner la terre ».
        Travail suivi exigeant un effort d’une certaine durée. Être récompensé de son labeur. Un labeur ingrat. Jouir du fruit de ses labeurs.

      4. Le panoptisme influence également notre société où la vidéo-surveillance s’étend ainsi que le pistage des individus (internet / puces gps des téléphones).

        Passage à creuser dans l’article wikipédia cité (cf. supra) :
        Selon Gilles Deleuze :
        « Quand Foucault définit le Panoptisme, tantôt il le détermine concrètement comme un agencement optique ou lumineux qui caractérise la prison, tantôt il le détermine abstraitement comme une machine qui non seulement s’applique à une matière visible en général (atelier, caserne, école, hôpital autant que prison), mais aussi traverse en général toutes les fonctions énonçables. La formule abstraite du Panoptisme n’est plus « voir sans être vu », mais « imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque. » »

        Et pour revenir à la problématique du travail, revenons à Aristote Puisque, donc, la propriété est une partie de la famille, et que l’art de l’acquérir est une partie de l’administration familiale (car sans les denrées indispensables sont impossibles et la vie et la vie heureuse), de même que les activités techniques spécialisées doivent nécessairement recourir à des instruments appropriés si l’on veut que l’ouvre soit menée à bonne fin, de même en est-il aussi en ce qui concerne l’administration familiale ; d’autre part, les instruments sont soit inanimés soit animés, par exemple pour le pilote le gouvernail est un instrument inanimé, alors que le timonier est un instrument animé (car l’exécutant dans les différents métiers entre dans la catégorie de l’instrument) ; de même aussi un bien que l’on a acquis est un instrument pour vivre, la propriété familiale est une masse d’instruments, l’esclave est un bien acquis animé et tout exécutant est un instrument antérieur aux instruments qu’il met en ouvre. Si donc il était possible à chaque instrument parce qu’il en aurait reçu l’ordre ou par simple pressentiment de mener à bien son ouvre propre, comme on le dit des statues de Dédale ou des trépieds d’Héphaïstos qui, selon le poète, entraient d’eux-mêmes dans l’assemblée des dieux [Homère, Iliade, XVIII, 376], si, de même, les navettes tissaient d’elles-mêmes et les plectres jouaient tout seuls de la cithare, alors les ingénieurs n’auraient pas besoin d’exécutants ni les maîtres d’esclaves.
        De plus ce qu’on appelle instruments ce sont les instruments de production, alors que le bien acquis appartient à l’ordre de l’action. Car de la navette on tire autre chose que son propre usage, alors que de l’habit et du lit on ne tire que leur propre usage. De plus puisque la production et l’action diffèrent spécifiquement et que toutes deux ont besoin d’instruments, il est nécessaire qu’il y ait entre eux la même différence spécifique. Or la vie est action et non production, c’est pourquoi l’esclave est un exécutant parmi ceux qui sont destinés à l’action.
        D’autre part, on parle du bien acquis comme on parle de la partie, car la partie non seulement est partie d’autre chose, mais encore appartient totalement à cette autre chose ; et il en est de même pour le bien acquis. C’est pourquoi le maître l’est seulement de l’esclave mais n’est pas à l’esclave, alors que l’esclave est non seulement d’un maître, mais est encore complètement à lui.
        Ce que sont la nature et la fonction de l’esclave, c’est donc clair à partir de ce qui précède. Car celui qui par nature ne s’appartient pas mais qui est l’homme d’un autre, celui-là est esclave par nature ; et est l’homme d’un autre celui qui, tout en étant un homme, est un bien acquis, et un bien acquis c’est un instrument en vue de l’action et séparé de celui qui s’en sert.

      5. Mes excuses pour les problèmes de formatage et de copier-coller sans les guillemets : mais cette citation d’Aristote que l’on réduit trop souvent aux navettes, me semblait essentielle.

      6. Alors un laboureur dit, Parle-nous du Travail.

        Et il répondit, disant :

        ….. Mais si dans votre souffrance, vous considérez la naissance comme une affliction, et le poids de la chair comme une malédiction inscrite sur votre front, alors je réponds que rien d’autre que la sueur de votre front peut laver ce qui y est inscrit.

        On vous a dit aussi que la vie est obscurité, et dans votre lassitude vous répétez ce que disent les las.

        Et je vous dis que la vie est en effet obscure sauf là où il y a élan,

        Et tout élan est aveugle sauf là où il y a la connaissance.

        Et toute connaissance est vaine sauf là où il y a le travail,

        Et tout travail est futile sauf là où il y a l’amour ;

        Et quand vous travaillez avec amour vous attachez votre être à votre être, et vous aux autres, et vous à Dieu.

        Et que veut dire travailler avec amour ?

        C’est tisser une étoffe avec un fil tiré de votre cœur, comme si votre bien-aimé devait porter cette étoffe.

        C’est bâtir une maison avec affection, comme si votre bien-aimé devait résider dans cette maison.

        C’est semer le grain avec tendresse, et récolter la moisson dans la joie, comme si votre bien-aimé devait en manger le fruit.

        C’est insuffler dans toutes les choses que vous fabriquez l’essence de votre esprit.

        ….
        (Khalil Gibran, Le Prophète)

      7. Oui, m’enfin le panoptique de Foucault reste une caractéristique de l’ordre ancien, un aboutissement et un reste aujourd’hui de la société disciplinaire, nullement un élément constitutif de sa normalisation et de sa gouvernementalité néolibérales.

      8. @Marlowe:

        La « conclusion » que vous en tirez, je ne la partage absolument pas.

        Les gains de productivité ont toujours permis une réduction du temps de travail, tant que le mouvement populaire savait se faire entendre sur la question.

        Il se fait que depuis la « restauration conservatrice », disons depuis Thatcher-Reagan là-bas et les gouvernements à participation socialiste sur le continent européen, et mise à part la quasi erreur de distraction de la réduction du temps de travail des socialistes français, qui a fait long feu, cet objectif a disparu du débat. (Le PS n’avait pas pris la vraie mesure, anti-patronale, de cette politique. Depuis, motus!)

        Le rapport de force du travail et de la propriété est aujourd’hui dramatiquement en faveur de la deuxième, voilà pourquoi la réduction du temps de travail n’existe même plus dans l’imaginaire des syndicalistes !

        Elle est cependant la seule mesure qui permettrait de rompre avec le chômage massif. Mais elle ravivrait le seul vrai antagonisme social du capitalisme, le rapport travail-propriété au sens large.
        Elle impliquerait d’assumer une forme de lutte des classes, unanimement considérée comme ringarde dans les rangs de la représentation des salariés, qui préfèrent s’appeler « partenaires sociaux ».

        J’irai même plus loin. Les discours sur la raréfaction ou disparition du travail ne peuvent faire illusion que dans la mesure où cette question est passée sous silence!, et que dans la mesure où on n’intègre pas dans la réflexion le partage salaires-profits-prix comme résultat d’un conflit ou d’une politique.
        Un des grands auteurs de cette thèse, que Paul semble parfois reprendre à son compte, est d’ailleurs Jeremy Rifkin, qui n’est pas un imbécile, ni sans diplômes, mais qui est un vrai conseiller des Princes, et à ce titre potentiellement dangereux, à la manière de Jacques Attali.

        Gloups! C’est dit, et signé.

      9. M’a pas l’air de première bourre la traduction du prophéte, m’enfin bon…

        L’achat et la vente

        Et un marchand dit, Parle-nous d’Acheter et de Vendre.

        Et il répondit et dit :

        Pour vous la terre produit ses fruits, et vous ne serez jamais dans le besoin si vous savez comment emplir vos mains.

        C’est dans l’échange des dons de la terre que vous trouverez l’abondance et serez satisfaits.

        Pourtant, s’il n’est fait avec amour et aimable justice, l’échange peut conduire les uns à l’avidité et les autres à la famine.

        Quand, sur la place du marché, vous travailleurs de la mer, des champs et des vignes, rencontrez les tisserands, les potiers et les cueilleurs d’épices –

        Invoquez alors le maître esprit de la terre, qu’il vienne au milieu de vous et sanctifie les poids et les mesures qui comparent valeur contre valeur.

        Et ne tolérez pas que ceux dont les mains sont stériles prennent part à vos transactions, eux qui vendent leurs mots contre votre travail.

        A ceux-là vous pourriez dire :

        « Viens avec nous dans le champ, ou va avec nos frères à la mer et jette ton filet ;

        Car la terre et la mer seront généreux avec toi comme avec nous. »

        Et s’il vient des chanteurs, des chanteuses et des joueurs de flûte – achetez de leurs offres aussi.

        Car eux aussi recueillent les fruits et l’encens et ce qu’ils vous apportent, bien que façonné de rêves, sont des vêtements et de la nourriture pour votre âme.

        Et avant de quitter la place du marché, veillez à ce que personne ne parte les mains vides.

        Car le maître esprit de la terre ne dormira pas en paix au gré du vent, jusqu’à ce que les besoins du moindre d’entre vous ne soient satisfaits.

        VO en anglais, c’est beaucoup mieux…

        And a merchant said, « Speak to us of Buying and Selling. »

        And he answered and said:

        To you the earth yields her fruit, and you shall not want if you but know how to fill your hands.

        It is in exchanging the gifts of the earth that you shall find abundance and be satisfied.

        Yet unless the exchange be in love and kindly justice, it will but lead some to greed and others to hunger.

        When in the market place you toilers of the sea and fields and vineyards meet the weavers and the potters and the gatherers of spices, –

        Invoke then the master spirit of the earth, to come into your midst and sanctify the scales and the reckoning that weighs value against value.

        And suffer not the barren-handed to take part in your transactions, who would sell their words for your labour.

        To such men you should say,

        « Come with us to the field, or go with our brothers to the sea and cast your net;

        For the land and the sea shall be bountiful to you even as to us. »

        And if there come the singers and the dancers and the flute players, – buy of their gifts also.

        For they too are gatherers of fruit and frankincense, and that which they bring, though fashioned of dreams, is raiment and food for your soul.

        And before you leave the marketplace, see that no one has gone his way with empty hands.

        For the master spirit of the earth shall not sleep peacefully upon the wind till the needs of the least of you are satisfied.

      10. à Leboutte,

        Nous ne partageons pas la conclusion, mais nous marchons sur des chemins parallèles.
        Je comprends votre argument, mais je pense que les marxistes ont toujours aimé le travail.
        Ce qu’il voulait c’était répartir un peu différemment la richesse créée.
        Mais de nos jours, même les marxistes ont disparu.

    4. “L’’un des symptômes d’’une proche dépression nerveuse est de croire que le travail que l’’on fait est terriblement important. […] Si j’étais médecin, je prescrirais des vacances à tous les patients qui considèrent que leur travail est important.” (Russel)
      Cette phrase est intéressante mais en ce qui me concerne je lui prescrirait un congé,pour qu’il s’occupe de lui même puis je lui prescrirais de s’engager dans une acitivité en assumant sa potentialité de libre arbitre.

  18. http://fr.wikipedia.org/wiki/Loisir

    « Sénèque loue les mérites de l’otium et le considère comme la caractéristique de l’homme vraiment libre – mais en ajoutant qu’il est bon de le consacrer à un rôle social ou politique dans la cité. Cette vision est une dimension fondamentale qui trouve son prolongement dans la conception aristocratique : L’Homme « noble » , l’aristocrate s’intéresse davantage à l’activité libre qu’à l’activité contrainte : Le travail est considéré comme une servitude de l’être de condition inférieure. »

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Th%C3%A9l%C3%A8me
    CHAPITRE LVII

    Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levoient du lict quand bon leur sembloit, beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient quand le desir leur venoit ; nul ne les esveilloit, nul ne les parforceoit ny à boyre, ny à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l’avoit estably Gargantua. En leur reigle n’estoit que ceste clause :

    FAY CE QUE VOULDRAS,

    parce que gens liberes, bien nez, bien instruictz, conversans en compaignies honnestes, ont par nature un instinct et aguillon, qui tousjours les poulse à faictz vertueux et retire de vice, lequel ilz nommoient honneur. Iceulx, quand par vile subjection et contraincte sont deprimez et asserviz detournent la noble affection, par laquelle à vertuz franchement tendoient, à deposer et enfraindre ce joug de servitude ; car nous entreprenons tousjours choses defendues et convoitons ce que nous est denié.

    Par ceste liberté entrerent en louable emulation de faire tous ce que à un seul voyaient plaire. Si quelq’un ou quelcune disoit : « Beuvons, » tous buvoient ; si disoit : « Jouons, » tous jouoient ; si disoit : « Allons à l’esbat es champs, » tous y alloient. Si c’estoit pour voller ou chasser, les dames, montées sus belles hacquenées avecques leurs palefroy gourrier, sus le poing, mignonement enguantelé, portoient chascune ou un esparvier, ou un laneret, ou un esmerillon. Les hommes portoient les aultres oyseaulx.

    Tant noblement estoient apprins qu’il n’estoit entre eulx celluy ne celle qui ne sceust lire, escripre, chanter, jouer d’instrumens harmonieux, parler de cinq et six langaiges, et en iceulx composer tant en carme, que en oraison solue. Jamais ne feurent veuz chevaliers tant preux, tant gualans, tant dextres à pied et à cheval, plus vers, mieulx remuans, mieulx manians tous bastons, que là estoient, jamais ne feurent veues dames tant propres, tant mignonnes, moins fascheuses, plus doctes à la main, à l’agueille, à tout acte muliebre honneste et libere, que là estoient.

    Par ceste raison, quand le temps venu estoit que aulcun d’icelle abbaye, ou à la requeste de ses parens, ou pour aultres causes, voulust issir hors, avecques soy il emmenoit une des dames, celle laquelle l’auroit prins pour son devot, et estoient ensemble mariez ; et, si bien avoient vescu à Theleme en devotion et amytié, encores mieulx la continuoient ilz en mariaige : d’autant se entreaymoient ilz à la fin de leurs jours comme le premier de leurs nopces.

  19. Notre guerre des Marchés avec leurs High Frequency Traders.

    http://www.youtube.com/watch?v=TerGuelb8vU&feature=player_embedded

    Dans notre monde occidental, on ne fait plus la guerre avec des armes, mais avec – des « High Frequency Traders » – des robots aux coups tordus. Ceux-ci vous mettent sur la paille en 3 microsecondes et, sans boulot, vous font crever de faim à plus long terme. Le hollandais du reportage gagnant 580 millions d’euros est un des derniers citylanders-traders, un des derniers kasparoviens se battant contre Deep Blue.

    Les informaticiens, les mathématiciens et les chercheurs en sciences sociales, de la City ne sont là que pour faire la meilleure Intelligence Artificielle du monde. Comme les Echecs ont leur maître Watson, – le superordinateur d’IBM, écrase les humains à Jeopardy – , les affaires de Marché ont leurs robots bougrement intelligents et rapides appartenant à d’heureux propriétaires. En tant que dirigeant, politique, ou boursicoteur occasionnel d’un pays quelconque, vous avez une envie de vous reposer – ou autre – cette I.A. l’a intégrée et prendra les mesures d’attaque qu’il faut pour la circonstance. Les armes ne sont plus égales et tout le Monde se fait la guerre sans morale, sans règles ( http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-mezieres/200512/le-syndrome-de-l-ile-de-paques ). C’est au plus rapide ! Refusant le combat ( http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-mezieres/120212/aujourd-hui-un-de-nous-deux-mourra ). Tous aux abris ! Dans un ciel chargé, les flux financiers ont remplacé les balles traçantes.

    Avec une bonne entente orale entre amis pour éviter les contrôles des gendarmes boursiers, les coups tordus sont simples : un grand patron de presse envoie une fausse information journalistique pendant que des armées de robots « High Frequency Trading » se mettent en position pour pilonner au bon moment les effrois dans les fourmilières et ramasser le magot en pièces trébuchantes. A chaque attaque des dizaines de milliards d’Euros changent de mains. Dans chaque pays, les kapos, les serviteurs aux ordres, sont là pour honorer les dettes de jeux, de batailles, de guerres. Haros sur ceux qui remettent au cause la pensée unique, la règle du jeu !

    Sur le champ de bataille restent de pauvres malheureux brisés, sans travail, sans avenir, qui ne tarderont pas à divorcer, à se suicider sans bruit. Voilà comment on peut faucher des centaines de millions de vies sans réprobation internationale , sans cheminée, sans fumée !

    Elle n’est pas belle la vie des riches ?

    Seulement voilà ! Avec nos comptes en banques nous produisons les armes à ces robots « High Frequency Traders ». Une partie de nous est complice. Comme de futurs condamnés à mort, espérant naïvement une petite chance, une petite opportunité, nous sommes bien heureux que les PIGS – forcément plus inadaptés – tombent avant nous. La lâcheté les rongeant, bien des rescapés des camps ont eu des cauchemars toute leur vie.

    Les riches n’ignorent rien de la lâcheté humaine.

  20. Il ne tient qu’à nous de toujours posséder ce pouvoir si nous considérons que nous faisons partie intégrante du système vivant qui dépasse de loin l’ordre matériel pour ne pas dire minéral qui régit notre civilisation.

  21. J’ai apprécié la conférence de Michel Serres. Néanmoins toujours les mêmes phrases passe-partout (telles « l’ordinateur traite des informations complexes ») dépourvues pour moi de signification. Qu’est-ce que la complexité? Qu’est-ce qu’une information?

    Tout ça, ça n’est ni ma spécialité ni mon truc. Mais je me dis, peut-être à tort, que les ordi ne font qu’exécuter rapidement les ordres que le programmeur a commandé d’exécuter. Si le programme « mute », donnant l’illusion que la « bête » s’est mise à penser, c’est quand même en dernière analyse parce que le programmeur a écrit son méta-programme pour qu’il en soit ainsi.

    Il y a une correspondance preuve/programme (Curry-Howard et successeurs). Le théorème de complétude de Gödel correspond à un désassembleur interactif de programmes. Le (1er?, 2ème?) théorème d’incomplétude de Gödel correspond à un programme de réparation de fichiers. Rapport avec le processus par lequel une cellule identifie et corrige les dommages aux molécules d’ADN qui codent le génome? Signification de ce genre de résultats pour l’informatique en général et la programmation génétique en particulier?

    J’ai regardé le 1er cours de Dehaene sur la logique bayésienne. Il y a pour moi en maths la mesure d’une part (Lebesgue) et la catégorie d’autre part (Baire) qui séparent les maths en deux parties relativement étanches, l’une quantitative, numérique, l’autre qualitative, topologique. Pour moi c’est la deuxième qui conduit à une logique naturelle (ie à l’aide de laquelle on peut expliquer les phénomènes). La logique bayésienne est ama artificielle, comme l’est la logique « moderne », et, par correspondance de Curry-Howard comme l’est l’informatique.

    1. C’est curieux, car à un certain point, les physiciens trient les phénomènes en regardant leur dépendance vis à vis de paramètres choisis pour leur côté explicatif (topologique si vous voulez) mais en regardant aussi la dépendance induit (par exemple en loi de puissance en X^n).
      Bon, mais je suis de bas étage, là, à côté de Gödel.
      Disons aussi que de trouver Michel Serres un peu partout (dans les commentaires) ne me rassure pas sur le profonde pertinence de sa pensée, au moins sur un côté passe-partout. Comme je le dis dans pas mal de poste (environ 50% ?) je préfère Bernard Stiegler, même s’il est vachement moins clair, il me suggère davantage qu’un Serres.

      1. @ Timiota

        « C’est curieux, car à un certain point, les physiciens trient les phénomènes en regardant leur dépendance vis à vis de paramètres choisis pour leur côté explicatif (topologique si vous voulez) mais en regardant aussi la dépendance induit (par exemple en loi de puissance en X^n). »

        Toutes les catastrophes élémentaires ont été trouvées, indépendamment des travaux de Thom, par des mécaniciens (Thompson et Hunt) dans l’analyse des bifurcations des structures élastiques. Je ne sais pas s’ils en ont trouvé d’autres. La théorie de Thom justifie donc ainsi, d’une certaine façon, les lois en X^n. Les liens entre quantitatif et qualitatif sont sans doute plus profonds que je l’imagine (et peut-être inconsciemment le souhaite!). Manque de culture scientifique…

      2. @ timiota (suite)
        Ce qui m’a intéressé dans la conférence de Serres c’est qu’il a rappelé avec talent comment une invention, une nouvelle fonctionnalité (la main comme outil, les supports de la mémoire) a profondément modifié l’organisation sociale. Pour moi une très bonne illustration du rôle lamarckien dans l’évolution des sociétés (la fonction crée l’organe).

        Thom: « les situations dynamiques régissant l’évolution des phénomènes naturels sont les mêmes que celles qui régissent l’évolution de l’homme et des sociétés ». »

        Pour moi un argument à verser au lamarckisme dans l’évolution des espèces car je vois cette évolution selon deux principes: l’un lamarckien, la vie est invention, l’autre darwinien, la vie est lutte contre la mort. Les progressistes contre les conservateurs, débat vieux comme le monde…

        L’invention de l’informatique est en train de révolutionner notre organisation sociale. L’élite, la lignée germinale (seule habilitée, selon le dogme néodarwinien, à transmettre ses mutations…), se cramponne à l’ancien paradigme, enfermée dans sa tour d’ivoire (l’exemple de la grande bibliothèque cité par Serres :)). Serres montre clairement que la nouvelle élite naîtra parmi ceux qui maîtrisent la nouvelle invention parce que ça s’est toujours passé comme ça. Les lois, la politique ne sont pas adaptées à la révolution informatique. C’est jusqu’à nos façons de penser, notre logique qui doit évoluer. Avec Internet notre logique linéaire, de l’hypothèse à la conclusion (qui subsiste dans la linéarité des programmes informatiques, succession linéaire d’instructions), fait place à une logique spatiale, ramifiée, en réseau, où la pensée navigue au gré des liens dans des espaces de grande dimension. La logique cartésienne explose au profit d’une nouvelle logique spatialisée, une analogique, une morphologique, toutes deux en train de naître (ou de renaître -Aristote?- après la parenthèse galiléenne qui est en train de se refermer).

        La conférence de Serres a éclairé ma lanterne et m’a conforté dans ma façon thomienne de voir les choses.

        Bon, c’est un peu bateau… 🙂

      3. Basic, vous êtes vraiment pas sympa… Vous tombez sur une jolie fille et tout ce que vous trouvez à dire c’est : elle me rappelle mon premier amour…

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