30 réflexions sur « MONTPELLIER : La crise du capitalisme financier, Paul Jorion et Jean-Claude Michéa »

    1. Amusant, j’ai eu l’impression que vous parliez allemand avec un solide accent français et une voix féminine. C’est un bon doublage.

      Je suis épaté qu’en 1340 se posait la question de l’importance des formes pour transmettre un sens. La discussion continue aujourd^hui.

  1. Si je vous suis bien, vous dites que la main invisible n’a jamais été le moteur faisant tenir debout le système, mais qu’une sorte « déontologie » des acteurs (capitalistes) les empêchait d’être des prédateurs à ce point voraces qu’ils menacent la survie même du système, passé un certain taux de prédation. Un peu comme un parasite qui vit au dépend de son hôte, et qui, de ce fait n’a pas « objectivement » intérêt à le tuer.
    Or jusque dans les années 80, l’agressivité du système était relativement contenue, et j’ai toujours pensé que les augmentations de salaires et autres congés payés obtenues par les luttes syndicales permettaient de fait de faire perdurer le système.
    Avec la mondialisation, le terrain de jeu a changé.
    Je m’interroge sur le rôle de ce changement d’échelle, concomitant avec le regain d’agressivité des détenteurs de capitaux, au risque de tuer la bête sur laquelle ils vivaient jusqu’alors ?
    Peut-être parce que les taux de croissance à deux chiffres ne se rencontrent que chez ces nouveaux entrants dans la pyramide de Ponzi internationale ?

  2. Bonjour,

    Jean Claude Michéa est courageux de préciser nommément des acteurs médiatiques du grand barnum économique et financier.

    Non seulement, il amplifie l’ostracisme médiatique à son égard et s’expose à la vindicte de certains des personnages concernés, mais il s’expose également à un retour de bâton liveté centré sur le thème roué « accusateur public ».

    A mon avis, ce refus de jouer le jeu feutré médiatique, cette rare franchise de principe, augurent bien des intentions profondes de la personne.

    Delphin

  3. Dans la série très actuelle « la fabrique de » (la fabrique des cancres, la fabrique des intellectuels…), je viens de prendre connaissance avec grand intérêt, grâce à La-Femme-Est-Nue de « La fabrique de l’homme endetté, essai sur la condition néolibérale, de Maurizio Lazzarato ».

    Delphin

  4. Complètement HS , sur l’ interrogation des modèles démocratiques :
    Une démocratie au moyen age : les Moines .
    Emission interessante et surprenante
    http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-les-monasteres-au-moyen-age-une-source-de-nos-democraties-2012-06-30

    Pas d’election quantitative mais qualitative , systèmes de choix et de gestion « évolutifs » , non définitifs ….
    L’ intervenant parle d’ un modèle « ideal » de gestion , mais echouant qd le groupe depasse une soixantaine de personnes , ce qui rejoint la thèse des groupes morcelés .

    1. @ Kercoz
      J’ai écouté et trouvé ça très intéressant. Il s’agit de sociétés autarciques. Je ne sais pas si des anthropologues se sont penchés sur la question (après le ciré du marin, le costume du trader, PJ va-t-il revêtir la robe de bure?). En tout cas ce sont autant de laboratoires où s’expérimentent des règles de fonctionnement des sociétés. J’ai noté comme vous que ces règles (testées pendant des siècles!) ne fonctionnent plus au delà d’une soixantaine de personnes. J’ai noté également que l’abbé élu se trouve à l’interface entre ses clercs et le dogme et à pour charge de régler les éventuels conflits entre les deux. Son attitude selon St Benoît doit être celle d’un ministre, serviteur de ses serviteurs et aussi serviteur de Dieu. On conçoit alors aisément que le fonctionnement sera d’autant plus facile que la règle coïncidera avec les aspirations profondes de l’homme.Il est question dans l’émission du pouvoir absolu de l’abbé sur sa communauté. Contredit ultérieurement par le fait que toute décision engageant la survie de la communauté doit être prise sinon , du moins après consultation de la collectivité où il est précisé qu’une chacun doit s’exprimer. Pour lever cette apparente contradiction je verrais plutôt l’abbé comme ayant toute puissance plutôt que tout pouvoir.
      Ce qui est dit dans cette émission me semble tout à fait d’actualité. Nos dirigeants actuels doivent être à la fois les serviteurs de ceux qui les ont élus et les serviteurs du dogme ultra-libéral, du TINA. Il apparaît ama de plus en plus clairement à la majorité des commentateurs de ce blog que nos dirigeants sont écartelés entre deux exigences incompatibles, et que c’est le dogme qui doit être changé parce qu’incompatible avec les aspirations profondes de l’homme.

  5. Je ne sais pas pourquoi. mais c’est sans doute votre meilleure intervention. j’ai enfin compris quelque choses, et vos histoires sur Aristote etc.

    A quoi il conviendrait d’ajouter en guise remarque que Max Weber avait souligné que ce qui faisait la capacité supérieure des protestants dans les débuts de l’aire marchande, c’était déjà la confiance qu’ils inspiraient. On savait qu’ils respecteraient les engagements. C’est l’éthique protestante.

    Mais le rapport marchand ou d’échange que vous décrivez va plus loin puisqu’il intègre la stabilité sociale. Chez Marx il me semble et d’autres, on définit une norme du salaire selon le montant qu’il faut au prolétaire (pour reprendre les termes) pour se reproduire. Ce qui est minimal, mais toujours supérieur à ce qui est prévu actuellement.

    bref les normes salariales doivent correspondre à une forme de reproduction sociale, il était moins évident que les rapports entre offre et demande peuvent aussi bien souvent comprendre un souci de répartition équitable, pour conserver le cadre social.

    1. « Chez Marx il me semble et d’autres, on définit une norme du salaire selon le montant qu’il faut au prolétaire (pour reprendre les termes) pour se reproduire. »

      C’est en effet repris par Marx à Ricardo.

  6. Paul Jorion,

    Si vous trouvez, un jour, le temps, écoutez cet autre anthropologue, Alain Gras, socio anthropologue des techniques à Paris 1.

    Idéologie de progrès financiarisation et technologisation, même combat.

    Emission Terre à Terre 2008 (archives non officielles) :

    Amicalement,

    Delphin

    PS : revue Entropia, de Jean Claude Besson-Girard

  7. Si l’on applique la loi des systèmes on comprend tout. Effectivement c’est la libération des mouvements financiers qui mène à la cata! Rétablir les frontières est la seule solution.

  8. FD Roosevelt disait à l’élite financière et économique: « Je salue votre haine ». Il accusait cette caste de « voracité organisée » et d’être « obsédée du pouvoir », un pouvoir méprisant qui s’infiltre même dans les organismes de l’état. On est frappé par la ressemblance par rapport à la situation actuelle.
    Peut-on s’imaginer Merkel, Hollande et compagnie de prononcer des phrases de ce genre?
    Pour vous donner un exemple: Merkel, la chancelière, avait organisée et préparée, il y a quelques années, le 60ième anniversaire de Josef Ackermann, le chef de la Deutsche Bank, devenue sous sa régie l’une des banques les plus voraces de l’Occident. La liste des invité(e)s était parlante.
    Il ne faut pas se leurrer: la classe politique n’est pas de la même trempe que FD Roosevelt.
    Les peuples n’ont pas d’alliés dans les rangs de la politique. Bien au contraire.

  9. Le pb est qu’il n’y a personne actuellement pour prendre le choses en main.

    Non, puisque jusqu’ alors la main invisible des marché s’ en chargeait. Et le courage n’ est pas l’ apanage de nos contemporains, quoiqu’ on en trouvera toujours un de ci de là pour en avoir, tout n’ est pas toujours une question du temps où l’ on vit.

    Mais le contenu de la vidéo m’ a fait penser aux années quatre-vingt, à des souvenirs liés à ces années ; l’ irruption du HIV qui démolissait en quelques mois des gens jeunes et beaux (pas toujours) pas plus tard qu’ hier, cette impression que les vieux repères (moraux entre autres) étaient désormais has been, qu’ il fallait oser être un winner, ..
    J’ ai pensé à des icônes, Sade, sa musique si glam, Grace Jones, Madonna, et puis des gens qui ont vite averti de ce qui avait lieu, Phil Collins (An another day in paradise), Robert Mc Liam Wilson (les dépossédés) ; les traders, la coke dans leur nez et partout dans les boîtes.
    Un air de liberté qui allait très vite s’ avérer être la seule liberté de l’ argent.

    Il y a eu le New age aussi. De nouvelles thérapies, ..
    Indéniablement pas mal de créativité, mais là, plus rien, .. le vide, la chute.

    http://www.youtube.com/watch?v=Qrro8vHSgG4

  10. Bonjour Paul , j’ai écouté avec attention cette intervention à Montpellier , et je me demandais quelles lectures me permettraient de mieux comprendre ce que sont « richesse » et « pouvoir » sous l’angle psychanalytique.

    En termes simples: qu’est-ce qu’un riche ? qu’est-ce que le pouvoir ? quels sont les ressorts psychiques qui conduisent à l’avidité pour l’avidité ?

    Merci , si vous en avez le temps, d’éclairer ma faible lanterne dans le dédale du pensum 🙂

  11. Comme Jorion et quelques autres l’ont compris qui sont des humanistes avant d’être économistes, l’économie est une science humaine et comme telle évolue en bien et en mal. Keynésien le savait qui estimait que l’Etat devait intervenir. Mais même Roosevelt ne l’a pas entièrement suivi.

  12. J’ai beaucoup aimé cette intervention, si proche de ce que chacun vit dans son entreprise; Un autre aspect (ou plutôt conséquence?) de ces idéologies est le remplacement dans les hiérarchies des organisations, des ingénieurs et autres techniciens ou ouvriers montés du rang par des commerciaux, dont, dans certains cas, on se demande ce qu’ils peuvent comprendre à ce qu’ils managent. Les ingénieurs et autres techniciens non contents d’être smicardisés sont aussi « subalternisés », même sur des projets technologiques, au profit de cols blancs fumeux imbibés de théories vaseuses type Maslow et sa pyramide des besoins (dont on ne voit pas à quoi cela peut bien leur servir pour être pertinent dans leurs domaines)! L’effet manipulatoire du dogme sectaire « Maslow » est aussi prégnant dans les managements que la main invisible d’Adam Smith dans les marchés (dont le livre la « richesse des nations » est un peu « neu-neu » niveau attardé supérieur, on voit bien le niveau de nos dirigeants qui feraient bien de s’inspirer plutôt de Ramuz, « la pensée remontre les fleuves »). Je conseille la lecture édifiante du livre « être HUmain » d’Abraham Maslow pour s’apercevoir que, ce que l’on sert à toutes les sauces pour diriger les hommes dans leur travail est du niveau attardé sous-doué. C’est l’élucubration d’un psy pour riche qui s’émerveille de voir combien une fois nantis , les hommes peuvent faire preuve d’humanité, de bonté , de spiritualité, alors qu’en état de besoin , impossible d’accéder à la spiritualité, on cherche uniquement sa pitance: conclusion , les riches sont bons et les pauvres malsains; d’où son échelle des besoins qui répertorie en fonction de votre classe ce vers quoi vous êtes supposé enclin à être sensible (le terme supposé est une élégance, lui, il considère cela comme une certitude absolue) …..Et dire que même l’état forme aussi ses inspecteurs des impôts à Maslow! Et pour ce qui est, des effets pervers de cette théorie, malheur à vous si vous n’êtes point cupide, le profil basé sur maslow, fera analyser votre posture comme étant la preuve de votre démotivation puisqu’il ne sera pas possible de rattacher à votre désir au travail , un désir d’obtention de récompense (genre sucette en chocolat), alors même que votre désir au travail tient dans l’intérêt que vous portez à la matière que vous traitez. Ainsi, le patron D’EADS se trouva fort marri en découvrant que les salariés d’Astrium étaient démotivés, après avoir lancé un sondage (gall-up) basé sur ce profil. Oubliant que les ingénieurs sont parfois un peu comme les chercheurs, plus passionnés par leur matière que par ce qu’il se passe autour, ou par le vol des corbeaux au dessus de leurs têtes! Finalement, on jeta un voile pudique sur ce « gall-up », rebaptisé gall-down par les gens du cru , Roger Galois décidant qu’il y avait eu un problème de traduction en français à l’énoncé des questions qui avait faussé les résultats…..Voilà , ces approches ne servent que des dirigeants qui en sont réduits aux sondages pour savoir ce qui se passe et se déterminer, sans aucune forme nécessaire de vision ou de représentation personnelle, puisque de toute manière , 3 ans après ils seront passés à autre chose: le but étant juste de surfer sur la vague sans jamais se laisser rattraper par celle-ci et la conséquence de ses actions! Et comme décidément le business n’étant plus ce qu’il était, ce patron s’est reconverti dans le social en devenant président de la FNARS: fédération des associations d’hébergement et de réinsertion: il lui fallait bien cela !C’est comique le Cac 40 au chevet des SDF , il faut y croire sans se pincer!

  13. Merci pour ce concept de la taxation chez le pêcheur à voile.
    J’ai toujours eu dans l’esprit que l’argent avait vocation à définir, à quantifier un maximum de choses. Que la croissance provenait non pas de la richesse qui augmente mais de la quantification qui progresse. que finalement les théories économiques n’étaient qu’une théorie de la quantification de l’argent avec toutes les limites que cela impose. Puis vous avez eu ce mot de taxation.

    Et je dois dire mr. Que j’ai toujours pensé être libre de penser au point d’être isolé des autres. Et la en vous j’ai vu une liberté supérieure à la mienne. Je suis heureux que vous existiez.

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