UNE SOCIETE AUX ORDRES, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Les trois ordres. Aldobrandino de Sienne, Li Livres dou santé, France du Nord, vers 1285.

C’est durant le Moyen Âge, du VIIIe au XVe siècle, que s’élabore la notion de travail dans sa signification moderne d’« association de l’homme et de l’outil » (Jacques Le Goff). L’ancien français réserve cependant le mot travail au tourment en général (latin tripalium, « instrument de torture), plutôt celui qu’on inflige, d’ailleurs, que celui qu’on endure, et appelle notre travail labor, labeur, pénibilité incluse, ce labeur-là étant surtout celui du retourneur de glèbe. On distingue alors trois types dans la classe des travailleurs : le type du laborator proprement dit, le paysan, celui qui peine (l’écrasante majorité de la population), le type de l’artifex, l’artisan, celui qui exerce un métier (ars), l’operarius, le type de l’ouvrier, celui qui crée une œuvre (opus). Le travail, jamais tout à fait délesté de son substrat pénitentiel, étayé en partie par l’étymologie [1], est réhabilité au XIe siècle par Adalbéron, évêque de Laon, dans son Poème au roi Robert, qui décompose la société en trois ordres fonctionnels ou ordines (voir les fonctions tripartites indo-européennes étudiées par Georges Dumézil) : celui des oratores (ceux qui prient), celui des pugnatores ou bellatores (ceux qui combattent), celui des laboratores (ceux qui travaillent). Pénétrés que nous sommes de l’idéal républicain, qui nous fait voir la société féodale comme un régime d’abus de pouvoir, un regnum impitoyable aux plus faibles, nous nous représentons les échanges symboliques entre les trois ordres sous l’aspect d’un triangle dont l’angle sommital serait occupé par les oratores et les bellatores, forcément d’infâmes exploiteurs, et la base, par les laboratores, un ramas d’esclaves et de demi-esclaves cassés en deux sur leurs outils. Ce triangle illustre une rupture de contrat qui s’est effectivement produite (pas partout ni automatiquement), la faute aux tribulations antiques de la dette [2], mais qui s’est peu à peu résorbée par la suite, pour revenir aux formes contractuelles initiales, le roi s’instituant en recours en cas de litige.

Plutôt que de projeter sur la société d’ordres médiévale une imagerie d’Épinal héritée des élucubrations philosophiques (celles de Montesquieu, par exemple, dans L’esprit des lois, 1748) et de l’historiographie prérévolutionnaire (voir les Essais historiques sur Paris de Germain-François Poullain de Sainte-Foix, 1754-1757), et fixée pour plusieurs siècles, à l’occasion du grand déballage de pratiques fantaisistes auquel donna lieu la fameuse nuit du 4 août 1789 [3], analysons l’image que s’en faisaient les contemporains. Il s’agit d’une lettre ornée d’une copie du Livres dou santé d’Aldobrandino de Sienne (Londres, Bristish Library, Sloane 2435) datée de la fin du XIIIe siècle. De triangle, point. Plutôt un cercle, celui de la panse de la lettre, qui délimite une sorte de vignette. Le cercle symbolise la perfection de la loi divine, cadre ultime de toute organisation. Que nous montre la vignette ? Un chevalier en tenue de campagne (heaume, haubert et surcot) encadré par un clerc (robe et tonsure) et un laboureur (tunique et bêche). Le clerc lui donne des règles de bonne conduite, le laboureur lui donne une part de son revenu en échange de sa protection. Les trois sont alignés et de même taille, ce qui suppose entre eux des liens de réciprocité (horizontalité) plutôt que des liens de servitude (verticalité). Le chevalier n’a pas d’épée visible ; sa jambe gauche passée devant la jambe droite du laboureur ne témoigne pas d’une précellence ou d’un empiètement, mais confirme le rôle protecteur signifié par l’écu. C’est le rôle défensif du bellator, sa vocation première pour ainsi dire, qui est valorisé. Son écu ne protège pas le clerc, dont le bouclier le plus efficace reste la foi, mais le motif de la croix qui est peint dessus suggère que l’Église peut compter sur son secours. Le clerc lève l’index de sa main droite, comme s’il rappelait le chevalier à ses devoirs. Le seul outil visible est la bêche sur laquelle s’appuie un laboureur. L’homme est conscient de sa force et de son importance ; sa pose est fière, à des lieues de l’abattement de la condition servile. Sa bêche est l’axe véritable de la société féodale. Normal. Les fortunes des deux autres en dépendent.

« La famille du Seigneur (Dei domus), qui paraît une, est donc dans le fait divisée en trois classes. Les uns prient, les autres combattent, les derniers travaillent. Ces trois classes ne forment qu’un seul tout, et ne sauraient être séparées ; ce qui fait leur force, c’est que, si l’une d’elles travaille pour les deux autres, celles-ci à leur tour en font de même pour celle-là ; c’est ainsi que toutes trois se soulagent l’une l’autre (cunctis solamina praebent). Cette réunion, quoique composée de trois éléments, est donc une et simple en elle-même (Est igitur simplex talis connexio triplex). » Voilà ce qu’écrit Adalbéron dans son Poème au roi Robert [4], un dialogue imaginaire entre le roi et lui, qui traite de la bonne gouvernance. Trois en une, cela ne vous rappelle rien ? La Trinité, bien sûr ! Chacune des classes possède une existence propre, mais toutes ensemble forment un seul et même corps qui ne tient que parce que chaque organe se propose de soulager son voisin des tâches qui l’empêcheraient de remplir sa fonction, d’accomplir l’œuvre que Dieu lui a assignée. Car le clerc et le chevalier, dans la cité idéale, travaillent eux aussi. Ce sont des laboratores à leur façon. Il n’est pas dit qu’il incombe au seul serf de travailler. Adalbéron choisit une classe au hasard, sans préciser laquelle (« si l’une d’elle… »), pour décrire son interaction avec les deux autres.

L’extrait que nous venons de commenter est précédé d’une définition des trois ordres et de leurs tâches respectives. Avant d’aborder l’ordre des laboratores proprement dit, notre évêque sème malicieusement les indices de réciprocité dans les passages consacrés aux oratores, sa propre classe, et aux bellatores. Il rappelle, au sujet du recrutement des premiers, que la loi divine n’admet aucun division dans ses parties (lex divina suis partes non dividit ullas) et donc qu’elle ne tient aucun compte des inégalités de rang (ordo) et de naissance (natura). Certes, cette même loi a voulu que les ministres du culte soient exemptés de toute fonction servile (expertes servilis conditionis), mais c’est pour mieux les faire esclaves de Dieu Soi-même (servos Sibi). Au sujet des seconds, les bellatores, Adalbéron dit bien qu’en veillant sur les plus faibles, ils veillent sur eux-mêmes (cunctos et sese parili sic more tuentur). Nous ne nous sauvons que les uns par les autres. C’est la garantie de se maintenir au pouvoir, pour un prince, que d’être attentif à ce que Napoléon appelait la « conquête morale » [5]. L’évêque de Laon met ensuite dans la bouche du roi une peinture terrible de la condition servile : « Cette classe malheureuse ne possède rien qu’elle ne l’achète par un dur travail. Qui pourrait, en les multipliant par eux-mêmes autant de fois qu’un damier contient de cases, compter les peines, les courses, les fatigues qu’ont à supporter les serfs infortunés ? » Ce à quoi Adalbéron répond, dans une pirouette qui rebat les cartes : « Fournir à tous l’or, la nourriture et le vêtement, est la condition du serf ; et en effet, nul homme libre ne peut vivre sans le secours du serf. Se présente-t-il quelque travail à faire, veut-on se procurer de quoi satisfaire à quelque dépense ? Le(s) roi(s) et les pontifes eux-mêmes sont alors les véritables esclaves des serfs (Rex et pontifices servis servire videntur). » Le triangle féodal se retrouve la base en l’air, à danser sur la pointe.

Il ne faut bien sûr pas se laisser leurrer par cette représentation idéale, qui est tout ensemble le contrepoint et le contrefeu d’un état de fait où serfs et laboureurs, dont la fortune est très variable, sont loin de recueillir des seigneurs laïcs et ecclésiastiques toute l’estime qui leur est due. Les exemples d’entente entre ces deux puissances sont nombreux, même si un ordre religieux comme celui de Cluny a pu souligner l’antagonisme foncier des deux milices, la spirituelle et la séculière, et l’on a vu des abbés plus inexorables avec leurs serfs que les plus cruels barons. L’Église interprétait parfois dans un sens très personnel la tradition qui faisait des propriétés monastiques le « bien des pauvres ». La paix de Dieu, un peu comme la « pacification algérienne » évoquée récemment sur le blog, avait moins pour fonction de mettre un terme aux déprédations et aux crimes commis par les seigneurs en conflit, souvent au détriment des petites gens, que d’en cantonner les effets dans le registre de l’acceptable. L’Église avait du reste plutôt intérêt à ce qu’il y eût quelque crime à se faire pardonner, une donation substantielle en étant la contrepartie ordinaire. Poussée et contre-poussée. L’ingénierie sociale médiévale dose avec plus ou moins de bonheur ces deux forces bien connues des bâtisseurs d’églises, forces dont le jeu caractérise, selon l’historien Dominique Barthélemy, un « système visqueux » [6]. L’encadrement de la faide chevaleresque, la vendetta à la sauce franque, fut surtout le fait du pouvoir royal, qui lui assena le coup de grâce en exhumant le droit romain. Mais le processus d’apprivoisement prit du temps. Aux IXe et Xe siècles, les serfs voient leur condition s’améliorer et se détériorer à la fois, s’améliorer parce que la chevalerie se dote peu à peu d’un code de bonne conduite qui l’oblige envers eux, se détériorer parce qu’étant davantage tenus d’être fidèles à leur seigneur, ils sont considérés comme des ennemis à part entière par l’ennemi de leur maître, et molestés en conséquence. Un seigneur peut travailler à se rendre agréable à « ses » paysans, dont il tire ses revenus, et traiter avec le plus grand mépris les paysans de son rival. Soit dit en passant, on observe de nos jours la même disjonction, mais en sens inverse, chez les patrons français, qui ne laissent pas de louer la frugalité, l’endurance, pour ne pas dire l’abnégation des semi-esclaves qui peinent dans les usines-mouroirs des pays en voie de développement et qui n’ont pas de mots assez durs à l’endroit des tire-au-flanc surpayés, surprotégés, rebelles à tout serrage de ceinture, qui, dans leurs propres usines, s’activent mollement.

Mais revenons au Moyen Âge. Il apparaît que le servage, bête noire des révolutionnaires, n’existait déjà quasiment plus, sinon de manière formelle, aux alentours de l’an mil, ce qui expliquerait que la théorie des trois ordres ménage une place si avantageuse à l’ord vilain que la tradition littéraire, en retard d’un chariot, fait profession de détester. Au XIe siècle, les cas de nobles (le noble est un homme libre, pas forcément un seigneur de haut parage) devenus serfs par pénitence ne sont pas rares, comme l’attestent les chartes de la France moyenne et septentrionale. Attention, il s’agit d’un servage symbolique, qui n’implique ni un travail de la terre ni un déclassement, la chevalerie se devant d’être éclatante en tout, y compris dans la contrition. Le servage, à cette date, avait perdu de son caractère ignominieux. Comme l’explique Barthélemy, l’essentiel de l’assujettissement se faisait « au titre de la tenure rurale, de la justiciabilité, de la tutelle un peu perverse exercée dans le cadre de la faide chevaleresque, et le servage au sens strict, avec ses rites, n’[était] plus dans tout cela qu’un instrument annexe » [7]. Le chevage, charge caractéristique du servage au XIe siècle, était versé une fois l’an au cours d’une cérémonie dont la récurrence a dû adultérer à la longue le principe humiliant : le serf plaçait quatre deniers sur sa tête (chief, d’où chevage) inclinée. Cette cérémonie peut être lue aussi bien comme un hommage servile que comme la reconnaissance contractuelle d’une vassalité de rang inférieur, négociable, amendable au prix de quelques bricolages agréés par les deux parties, en tout cas fort éloignée d’un esclavage.

Ce bref voyage dans le temps montre une chose : il y a toujours une alternative au système, quelque verrouillé et coercitif qu’il soit en apparence, endogène au système. Il aura fallu cinq siècles pour que le dévoiement du contrat d’association du petit propriétaire et du « patron » soit rectifié en faveur du premier. Notre société est encore une société d’ordres, mais dans sa version primitive, déséquilibrée. Les contre-poussées peinent à s’y manifester. Le garde-fou clérical a été élagué et on lui a substitué le garde-fou médiatique, sans qu’aucune amélioration notable de la surveillance ait été constatée. Les laboratores modernes, pourtant beaucoup plus instruits et mieux dotés que leurs homologues médiévaux, en sont encore à méconnaître leur force plus de deux siècles après la Révolution. On leur serine que la croissance repose sur leurs épaules et ils n’en tirent aucun argument pour exiger de ceux qu’ils soulagent du soin de produire l’abolition de la servitude et son remplacement par le service réciproque. Tant que cette première étape dans la conscientisation n’aura pas été franchie, les initiatives développées hors cadre n’auront pas de prise sur les publics qu’elles visent. En affirmant que « les rois et les pontifes eux-mêmes sont […] les véritables esclaves des serfs », Adalbéron faisait plus que réhabiliter une classe, il ouvrait la porte à l’éclatement du système qu’il venait de poser. Et de fait, la contre-poussée vigoureuse du peuple, 750 ans plus tard, assujettirait un roi-citoyen à la loi commune. Nietzsche, commentant la phraséologie socialiste, affirmait que l’ouvrier serait libre dès lors qu’il cesserait de se considérer comme membre d’une classe. C’est la deuxième étape. Après avoir découvert sa force, le laborator renonce à en user pour s’arroger le pouvoir d’asservir à son tour son prochain. Je suis conscient que c’est l’étape la plus difficile à concevoir, car la passer revient à abdiquer le peu de pouvoir que nous avons, à liquider notre rêve d’ascension sociale, à rendre fluide ce qui était visqueux et nous laissait le temps d’apprécier la distance qui nous sépare d’autrui. Pourtant, c’est à ce niveau-là que l’alternative endogène et l’alternative exogène peuvent se rencontrer et s’épauler l’une l’autre, dans la recherche d’un nouveau régime d’association. Nous en sommes loin. Troubadours et trouvères sont parvenus à rendre accros au service d’amour des barons incultes habitués à se servir. Ce qu’ils ont obtenu de leurs maîtres, arriverons-nous à l’obtenir des nôtres ?


[1] J’ai dit ailleurs sur ce blog qu’on saute un peu vite par-dessus l’autre sens de tripalium, le « travail » des éleveurs, outil de contention.

[2] Voir le billet de Cédric Mas : http://www.pauljorion.com/blog/?p=36065.

[3] La palme de l’inventivité revient au député de la Constituante Le Guen de Kerengal, qui se dit « paysan breton » alors qu’il est négociant en toiles, lequel évoque, avec les trémolos d’indignation idoines qu’on imagine, « ce bizarre droit établi dans quelques-unes de nos provinces, par lequel les vassaux sont obligés de battre l’eau des marais quand la dame du lieu est en couches, pour la délivrer du bruit importun des grenouilles […] ». Et l’imposteur de lancer un défi d’ivrogne à l’assemblée : « Qu’on nous apporte ces titres qui obligent les hommes à passer des nuits entières à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil de leurs voluptueux seigneurs. » Voir Patrick Kessel, La nuit du 4 août 1789, Paris, Arthaud, 1969, pp. 142-143. Cette fable des grenouilles devait faire florès dans les manuels d’histoire de la République.

[4] Dans la traduction très dilatée de Guizot.

[5] Les exigences exorbitantes d’une guerre continuelle interdirent à l’empereur d’achever les siennes, de conquêtes morales, même dans les états vassalisés où l’égalité des citoyens devant la loi avait été le plus poussée (parfois davantage qu’en France), comme le royaume de Westphalie.

[6] Dominique Barthélemy, L’an mil et la paix de Dieu, Paris, 1999, p. 215.

[7] Chevaliers et miracles, Paris, Armand Colin, « Les enjeux de l’histoire », 2004, pp. 155-156.

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95 réflexions sur « UNE SOCIETE AUX ORDRES, par Bertrand Rouziès-Léonardi »

  1. Interessant exposé ….Il y manque peut etre , dans le jeu des pouvoirs , l’ opposition royauté / Aristocratie qui aboutira a la monarchie puis monarchie absolue qd elle se déséquilibrera …..Pour finir par la souveraineté populaire .
    Dans cette progression , de Jouvenel Montre qu’indépendamment de toute idéologie , le Système accroit son pouvoir sur l’ individu .

      1. Bonjour Arkao.

        J’aurais eu trop à dire sur les communes, et les communes rurales entre autres (ne les négligeons pas), pour que cela tînt dans un petit paragraphe. J’ai déjà synthétisé à l’extrême certains points, au risque de paraître obscur, pour offrir un tableau, dont j’admets volontiers qu’il est fort incomplet. Si j’en trouve le temps, je ferai un billet là-dessus. Je n’ai pas lu la référence que vous m’indiquez, même si je l’ai croisée dans des bibliographies récentes. J’ai utilisé des sources plus anciennes (pas de beaucoup, tout de même), mes fidèles Le Goff et Duby. Je retiens la vôtre, merci.

        Cordialement.

  2. Et mince je suis pas studieux 🙂 ,mais c’est un très bon billet.
    « Normal. Les fortunes des deux autres en dépendent », au combien il est difficile à l’expliquer, tant l’usage de la compétence est de ce rassurer à pointer à l’endroit où elle semble absence (au période facile, celle qui nourrit l’efficience de nos égos, mais face à la mort, la maladie, l’angoisse, on ce souvient alors des compétences extérieurs à la norme qui nous ronge, mais il semble alors trop tard pour fuir cet égo).
    Bah, c’est pas gagné, la phylia aura encore besoin de l’utile (sociologiquement) et les pragmatiques, s’en contenteront en laissant à demain, ce qu’on ne sait résoudre aujourd’hui 🙂

  3. Texte remarquable par son sens de la critique sociale.
    On peut discuter sur certains « détails ». Sur la stabilité et l’harmonie jamais réalisées entre les trois ordres. Le Moyen-Age est émaillé de jacqueries. Le XVIe siècle connait aussi des révoltes « millénaristes ». Même si l’ordre social n’est pas régulièrement mis en question.
    La grande trique de Lyon sous Henri III… C’est la grève qui est formellement interdite par un édit du roi.
    N’y a t-il pas aussi une vision ethnocentriste ? On parle ici du système féodal ou de celui de l’Ancien Régime en France, le plus important pays d’Europe par sa population jusqu’au XIXe siècle . La société a évolué différemment en Angleterre. Et d’une autre façon encore en Espagne…
    Mais bon c’est du pinaillage…

    1. Bonjour Nemo3637.

      L’histoire du monde paysan médiéval est très riche et un peu trop souvent négligée, quand on parle des mouvements sociaux, parce qu’on s’imagine que c’est exclusivement dans les villes que s’élabore la liberté – sans doute dans l’acception que donne Laurence Parisot à l’esprit d’entreprise – et que se concoctent les réformes majeures (et les communes rurales, on en fait quoi ?). Les villes, au Moyen Âge, en Occident, c’est peu de chose (je ne parle pas de l’Orient ; Constantinople, en 1204, compte 600000 habitants), si on les compare aux campagnes, dont elles sont extrêmement dépendantes, à moins qu’elles n’aient, comme Venise, une flotte commerciale qui les autorise à se passer d’hinterland (enfin, Venise aussi avait un petit hinterland, le Dogado). Il faudrait parler du conservatisme des villes, où fut redécouvert le droit romain, outil de régulation autant que de coercition redoutable, surtout entre les mains de l’autorité royale, qui cherchait à subjuguer les grands feudataires. Je ne pouvais pas, non plus, dans un format si court, évoquer les divergences d’évolution d’une région à l’autre… Bref. Il y a de la matière pour d’autres billets.

      Cordialement.

      1. Le concept de Moyen-Age est trompeur. Comment cerner ainsi une période de près de 1000 ans dont la caractéristique, à mon avis, n’est pas le système féodal.
        La notion de liberté, elle, est portée essentiellement par l’organisation bourgeoise, donc les villes en serait le berceau, petites ou grandes. S’affirme une pensée individualiste qui nait plus difficilement à la campagne où la religion domine sans aucune critique. Mais ça c’est « en gros » parce que même à la campagne il y a eu des mécréants marginaux et des têtes de lard (!).
        On note la persistance du droit romain qui n’a jamais disparu. Au bout de trois générations une charge, une jouissance de proprité non contesté – c’est 30 ans, là, je crois -, une profession, deviennent héréditaires. Mais la noblesse est devenu peu à peu imperméable. Bien sûr il y avait des nobles pauvres, très pauvres. Mais la majorité avait de la galette. Galette obtenu sur le dos des manants qui avait juste le droit de bosser pendant que monseigneur payait, prétendait-il, l’impôt du sang.
        Il y a eu comme une dérive….

    2. il ne faut pas oublier que les jacqueries sont arrivées durant, pour la plupart, la guerre de cents ans, ce qui n’est pas négligeable comme contexte historique.
      De plus, la majorité des jacqueries par la suite ont surtout eux lieux durant l’ancien empire, la Renaissance et la période révolutionnaire, on est donc très loin du moyen age.
      En revanche, un élément interressant est de remarquer que le sort des paysans c’est fortement dégradé a partir de la fin du moyen-age et du début de la Renaissance.

      Le moyen age a été pour les paysans un age d’or a vrai dire, la renaissance a été son enterrement….en comparaison de l’époque: on plaint un serf ou un paysan mais: ils travaillaient moins que nous, avaient plus de congés, plus de possibilités que nous n’en avons de nos jours.
      Nos conditions de vies sont plutot comparables a ce qui s’est produit ensuite durant la révolution et l’ere pré-industrielle.

      Il ne faut pas oublier un detail: quand on parle du Moyen age, pas mal de choses sont très souvent tirées de mythes érigés entre le 17eme et le 19eme siecles.
      Et certains ont la vie dure…

      Durant le Moyen age, un simple paysan pouvait devenir chevalier, c’etait assez simple, comme mercenaire au service du seigneur le plus offrant, par la suite, cela a changé…
      Exemple: le plus grand des chevaliers anglais était un simple paysan….et un sacré tueur qui a mené ses affaires au noms de nombreux princes marchands et seigneurs de l’Eglise.

      D’ailleurs, une idée fausse: on met les mefaits de l’Eglise a la période du Moyen age, mais ses exactions ont en realité commencé surtout vers sa fin et le debut de la renaissance.
      D’ailleurs la France a vu ainsi pas mal de villes et villages detruit a l’époque, j’avais un magnifique livres sur les villes et villages abandonnés de France, du aux méfaits de l’histoire ou de la nature.

      Que cela soit l’Angleterre ou la France: la problématique des paysans n’as commencé a s’aggraver que vers la Renaissance, les sources historiques le prouvent et le montrent.
      le reste n’as été que suite logique.

  4. « Nietzsche, commentant la phraséologie socialiste, affirmait que l’ouvrier serait libre dès lors qu’il cesserait de se considérer comme membre d’une classe. » (Aurore ?) Comme quoi, il avait bien lu les textes socialistes, support de cette idée encore neuve dans l’Europe de son temps, par delà la « phraséologie ».

    Sinon, mais je ne connais pas Dominique Barthélemy, « système visqueux », comme une résonance, aux accents plus vrais, avec la notion de classe moyenne. La première disant un état là où la seconde se réfugie dans les approches statistiques. J’oublie volontairement le substantif système.

  5. bonsoir brl,

    une interprétation judicieuse de cette vignette. une ou deux choses:
    -le serf ne prend pas part à la conversation, il se tient derrière le chevalier mais se tourne comme ce dernier vers le prêtre… il est doublement soumis. par la violence, et par le savoir: il n’est qu’un enfant.
    -il manque en quelque-sorte un quatrième personnage, le protecteur du clerc, chose normale puisque s’il possédait une existence physique il engendrerait une compétition bien terrestre: la guerre interconfessionnelle (croisades): une société unie n’a qu’un seul dieu (ou se veut laïque).

    le clercs prend pour protecteur la connaissance divine; il l’incarne et la diffuse pour subjuguer le chevalier converti, qui se trouve légitimement au centre, et en détourner de lui (et du serf) la violence: la violence reste la source ultime du pouvoir terrestre.

    en vérité le clerc est lui aussi soumis à cette violence mais, à la différence du serf, il dispose d’une arme pour l’atténuer ou à défaut l’orienter et s’émanciper ainsi de la protection du guerrier (qu’il peut s’avérer difficile de refuser). à cet égard le fait que le chevalier arbore un bouclier et non une épée est pour le moins optimiste, voire même la marque d’une sorte d’arrangement médiéval: en échange de ses indulgences, le clerc a son mot à dire sur les serfs.

    si le serf avec sa bêche est l’axe réel de la société médiévale, son opinion n’a aucune importance. il n’a pas d’existence individuelle. la création d’ordres de moine-chevaliers confirme que cette vision est en effet essentiellement une représentation idéalisée.

    1. L’Opinion d’un paysan avait peu d’importances?
      Je ne crois pas, on sais de sources historiques, que les paysans savaient lire et ecrire (l’aggravation de leurs statuts socials a modifié la donne par la suite), du moins, un minimum, on sais également qu’ils étaient pour beaucoups très pinailleurs concernant la loi et les règles.

      Ce n’était pas les seigneurs qui régissaient en temps normals les domaines, mais les paysans eux même, le statut de mayeux date de l’époque.
      La justice était état des paysans eux même, ils s’auto-régulaient, vu que pas mal de seigneurs n’étaient que rarement sur leurs terres.

      Leurs femmes pour beaucoups, avaient autres choses a faire en général, donc pas mal de pouvoirs etaient délégués aux paysans eux même.

      Les gens au moyen age avaient une très bonne connaissance de leur monde et du monde en général, contrairement a la croyance populaire qui les font passer pour des ignares débiles incapables de se retrouver (du genre a se paumer après 5km après leurs villes).
      et pourtant c’est ce qu’on apprend encore aux jeunes générations de nos jours: que les paysans, chevaliers et moines du moyen age étaient des ignares.

  6. @Bertrand Rouziès-Léonardi
    En lisant « Plutôt que de projeter sur la société d’ordres médiévale une imagerie d’Épinal héritée des élucubrations philosophiques (celles de Montesquieu, par exemple, dans L’esprit des lois, 1748) (…) analysons l’image que s’en faisaient les contemporains. »j’ai pensé aux Ménines par Foucault et v’là que la sérentipité du surf numérisé m’a fait découvrirce texte d’un Xavier de Harley, ça doit vous parler, comme on dit. Je ne l’ai pas lu, seulement parcouru. Mais pour qui est passe par le rêve que les mots montrent et que les images disent, sans s’en illusionner, c’est cadeau.

    1. @schizosophie 11 juillet 2012 à 02:41
      Merci du cadeau. Ça me rappelle une histoire ancienne d’une pré-ado qui avait des soucis de mémoire et d’usage des lettres. Un jour qu’elle était allée au zoo et parlait de l’éléphant, il lui était impossible de se rappeler comment ça se dit une femme d’éléphant, pourtant elle l’avait au bout des lèvres disait t-elle, c’était énervant, et pis paf encore un trou de mémoire ces défenses elles étaient en quoi au fait, elle disait l’avoir au bout de la langue mais ça venait pas. Ici le savoir c’est pas « voir sans être vu » c’est voir sans être vue montrant le savoir. J’aimerai retrouver les cache-cache de jadis ! Le savoir qui ne se sait pas on n’en fait pas dans l’informatique, c’est trop humain !

      1. @Rosebud1871, le 12 juillet 2012 à 23 h 40

        Les céphalopodes, contrairement aux vertébrés, n’ont pas de point aveugle, les logopodes auraient-ils des points muets ?

        Le cache-cache n’est pas sans déception. Un bouquet d’enfants y jouait par chez moi il y a quelques mois. C’était au tour de la fillette apparemment la plus appliquée et la plus polie du groupe de compter. Le crépuscule venant, les parents se montraient sans même dire « A table ! ». Combien de temps compta-t-elle ? Quand elle arrêta son décompte, les autres enfants étaient rentrés, aucun n’avait pensé la prévenir de la fin du jeu. Ses parents à elle n’étaient pas sortis et lui reprochèrent de rentrer tard. Elle ne sait pas que je sais, mais je lui souris plus qu’aux autres enfants du coin.

  7. Bonjour,

    J’ai pris beaucoup de plaisir à lire votre billet. Certes, je n’ai pas tout compris mais suffisamment je pense pour en comprendre le sens. Un début de matinée qui prend une couleur particulière dès lors que j’ai lu votre commentaire qui me parait s’appuyer sur une connaissance en profondeur des rouages de la machine à faire marcher le Monde.Merci pour votre intervention qui est plein d’à propos dans le site de Paul Jorion..
    Bonne journée

  8. L’accaparement des richesses est une constante ds presque toutes les sociétés humaines. Dumezil y voyait même un lien avec le développement du langage. La bonne nouvelle semble que nativement, la coopération précède la prédation qui ne serait qu’un stade evolué mais mal reglé ou régulé comme on dit de nos jours. ça c est pour les mots.

    Mais alors que dire de tous les efforts consentis par la classe dirigeante actuelle pour contrebalancer par l artifice de la consommation à bas prix son pouvoir réel sur les classes dirigées ? Serait ce simplement cela la justification douteuse de la « libre concurrence »? Tout s expliquerait, alors: concurrence acharnée = asservissement consenti contre salaire de subsistance…

  9. Je serais curieux de connaître l’origine de l’expression que vous employez : « en retard d’un chariot ». Une rapide recherche sur Google n’a rien donné. Merci. Et merci surtout pour votre article qu’il me faudra lire une deuxième fois tant il me paraît riche.

    1. « en retard d’un chariot ». est une expression attribuée à Bienvenüe ( Montparnasse de son prénom ) . Pas assez imagée à son goût, il s’attela aux plans du métro .

    2. Bonjour erreipg,

      Merci. L’expression « en retard d’un chariot » est une variante personnelle d' »en retard d’un wagon ». Comme le mot « wagon », emprunté à l’anglais, n’existait pas en ancien et en moyen français, je me suis permis cette substitution.

      Cordialement.

      1. Le ‘wagon’ dans son sens moderne n’existait certes pas en ancien et moyen français ni dans aucune autre langue du reste, mais le mot lui-même est un emprunt moderne [XVIe S] de l’anglais au néerlandais †’waghen’, mod. ‘wagen’ : chariot, charrette, voiture [le vieux mot saxon équivalent, ‘waegn’, se retrouve aujourd’hui dans ‘wain’]. Sans même remonter à la racine indo-européenne •wegh-, on peut donc poser que la substitution n’était point indispensable. Mais votre adaptation personnelle est charmante 🙂

      2. @Amsterdamois

        Merci pour ces précisions, d’autant que la situation actuelle est confuse, car dans l’industrie de la voiture les charettes reviennent à la mode.

  10. Ici, dans le Bugey rural, un « travail » c’est une sorte d’abri au bord de prés constitué d’une toiture et de quatre piliers de soutènement répartis aux angles, de dimensions assez réduites (par exemple 1,50 mètre sur 3 ou 4).

      1. Tapez : « des travails Bugey », pour plus d’infos et photos.

        Travail à ferrer, dispositif pour maintenir les grands animaux pendant le ferrage.

        Apparemment quatre piliers en général, deux quand les travails sont intégrés à un bâti pré-existant, type grange.

      2. Vu, l’hypothèse de BRL, selon laquelle le nom de l’opération qui s’y faisait fréquemment serait devenue celle des lieux me semble plausible.

    1. Bonjour psychicorps.

      Je serais curieux de connaître l’histoire de l’attribution de ce nom à un abri. Une hypothèse, que je vous soumets : installé au bord d’un pré où paissent les bestiaux, il hébergeait peut-être initialement un travail, au sens que j’indiquais. Il aurait été plus commode d’opérer sur place que de faire faire au bouvier et aux vaches (par exemple) d’incessants aller et retour entre le pré et la ferme. L’instrument protégé par l’abri aurait fini par donner son nom à l’abri lui-même, par métonymie (synecdoque particularisante, la partie pour le tout).

      Cordialement.

      1. Plutôt qu’à « tripalium », Von Wartburg (1) lie « travail » à « trabes », pour poutre, (arch. travée ) sur le modèle du « travail » : l’assemblage de poutres destiné à entraver le cheval lors du ferrage

        L’idée du « trepied » dans le mythe du « tripalium » latin, est une embrouille ecclésiastique consistant à « empoutrailler » l’origine indo-européeene (laBoR , aRBei(t) RaBo(t) t)RaBajo (t)RaVail… (d)aRBs (letton)

        Pour l’Eglise, quitte à nous emmêler les pieux en rajoutant une consonance doloriste de son cru, cela tombait bien, il lui suffisait de faire coller le répertoire des « poutres ecclésiastiques » « trabéation » (crucifixion) et en référence la « trabea » , (une toge de cérémonie romaine ornée de motif en forme de poutres), mais aussi aux « poutres de gloire » des églises chrétiennes, (trabes doxalis),

        (1) Walther v.Wartburg, FranszÔsishe Etymologishes Worterbuch, Eine dartstellung des galloroamisschen sprachschattzes Lieferung Nr.101/102, Band XIII / 2. Teil, Klincksieeck,
        1965. – trabs, pp 135-139 , – *tripaliare pp 287 -291 – tripalium pp 291-292

      2. Bonjour Jean-Luce.

        Très intéressant, ce qu’écrit Wartburg. Le Duchat émet une hypothèse peut-être moins stimulante : travail viendrait d’une corruption de trans vigilia, « à travers » ou « au-delà des veilles ». On ne sort pas du domaine religieux si l’on rapproche trans vigilia, de vigiles, la première des heures liturgiques. Les oratores, comme les laboratores, sont astreints à la veille, une veille parfois épuisante quand on sait que le démon fait le siège des monastères…

    2. Dans le sud ouest , surtout les landes , les anciennes scieries etaient constituées d’ une somme de « métiers », grand abri fermé coté ouest , constitué d’ une déligneuse , l’ écorçage se faisant manuellement .
      Les scieries que j’ ai visité utilisaient des familles d’origine souvent portugaises . Chaque « metier  » portait le nom de son « patron » , maitre apres le proprio et dirrigeant 2 à 3 personnes (souvent de meme famille). ..les « metiers » etaient répartis ts les 20 à 50 m .

      1. Ben alors kercoz on dit toujours un métier de scieur et il en reste encore pas mal même si un manouche m’a dit récemment qu’il venait d’en découper un de métier, au chalumeau, apparemment XIXe le merdier, dans un moulin (entraînement hydraulique probablement) tout près de chez moi. Rapport à un connard qui se rénove la bâtisse et lui a filé le poids de ferraille (conséquent) pour l’en débarrasser… Pour la p’tit histoire, le manouche m’a raconté ça pour excuser son cousin qui n’avait pas pu venir me filer un coup de main prévu de longue date. Normal le cousin s’était fait péter l’humérus en deux, proprement, biscotte une poutrelle du métier en question un peu maladroitement lachée de la griffe sur la benne de l’Iveco déjà en grosse surcharge… chaud devant, coup d’bol c’est le bras qu’a chargé et pas les cervicales…
        @BRL, vous citez le Goff qui me semble-t-il distingue quatre périodes dans son moyen-àge : un temps chrétien, un temps féodal, un temps urbain/marchand et enfin un temps étatique. Or cette image du XIIIe est en plein dans le temps de la coexistence chrétienté/marchand. L’image du serf est déjà presque anachronique (le marchand ne parait pas sur l’image, et pourtant il est derrière…). Le travail n’était pas la grande affaire du serf au demeurant, il passait guère plus d’heures au boulot qu’un ouvrier moderne. Contrairement au marchand ou à l’artisan des villes. Le Temps changeait de Maître, le pouvoir d’espace.

      2. Bonjour Vigneron.

        L’émergence du marchand comme rouage économique essentiel – notamment quand il s’agissait d’entreprises commerciales lointaines et incertaines – ne diminue pas l’importance du paysan (dans les textes, le terme servus peut désigner aussi bien le paysan libre, le laboureur, que le serf, tous deux hommes de peine), elle complique la donne. Comme je l’écris, le servage est en nette régression dès l’an mil et le paysan de la vignette est un archétype qui ne cible pas le serf en particulier. Au XIIIe siècle, la majorité des laboratores travaille la terre. Pour ma part, j’ai du mal à considérer le marchand comme le membre d’un 4e ordre à part entière qui jouerait les intermédiaires entre les trois autres. La raison en est que très vite les grands marchands, les principaux acteurs de la « révolution commerciale » dont on nous rebat les oreilles, ont joué aux grands seigneurs chez qui ils fréquentaient, que beaucoup le sont devenus et que certains seigneurs, à l’inverse, n’ont pas craint de déroger, en commerçant directement ou indirectement (cf. en Orient, au XVe siècle, l’exemple des aristocrates byzantins, instruits des manières italiennes ; il ne leur restait, il est vrai, plus d’autre choix, du fait du manque de terres). Prenez le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel : ce n’était pas l’homme neuf que l’historiographie nous a longtemps dépeint. Fils de drapier et bailli de Rouen, il épousa successivement deux héritières fortunées, Jeanne de Damartin puis Marguerite des Essarts. Le père de cette dernière, Pierre, avait été anobli en 1320. Il avait été argentier, puis maître des comptes du roi. La dot de Marguerite s’élevait à 3000 écus d’or, une paille. Les exemples abondent, de ces seigneurs-marchands ou marchands-seigneurs, qui, dans l’exercice de leurs hautes responsabilités administratives, ont confondu leurs intérêts, non sans risques parfois, avec ceux de la classe des bellatores avec laquelle ils voisinaient. Le mépris affiché par la noblesse pour le commerce est un mépris de pure forme, un réflexe hérité, un thème littéraire, comme le mépris pour le vilain, démenti par les faits. Le 4e ordre est un 2bis. Pour le sens de la reconversion chez les aristocrates de l’ère postrévolutionnaire, voire les pages hilarantes que Mirbeau a consacrées dans La 628-E8 aux premiers garagistes, messieurs à particule et voleurs patentés.

  11. Tout ceci manque d’ amour.
    France a déjà connu la dislocation de la révolution, c est à dire l’ appauvrissement général par la perte de la cohésion du pays.
    L’ accaparement de la richesse se fait en suite par celui qui rétablit l ordre ( le même que celui qui avait installé la discorde ).
    France connaît tout cela, on ne l’ y reprendra pas. L’ amour est le contraire de cette chose là.
    http://www.ina.fr/divertissement/varietes/video/CAB93018940/plateau-invitee-france-gall-quelques-mots-d-amour.fr.html

    Goethe auteur de Faust en parle très bien dans ses poèmes , mais il en parle encore mieux dans ses écrits scientifiques :
    Une étude ici http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1992_num_86_2_1546

    Cher BRL, ce qui est typique dans vos écrits , le phénomène typique : c est l’ absence d’ amour et la présence de cette chose qu’ il faut fuir.
    Le « nous » a besoin de se retrouver, et il n est pas ce que vous montrez à longueur de billets.
    Nous ne sommes pas des serfs et les patrons ne sont pas des maîtres, les médias ne sont pas nécessairement aux ordres.

    De même qu’ il n y a pas cette égalité transversale dans ce tableau (par opposition aux hiérarchies pyramidales intuitives)
    : le soldat entrave le paysan armé de sa pelle , dont le bord droit brillant semble très affûté , il est plus grand que les deux autres, il n à pas de visage, il est symbole, celui de la force .
    Rien de ce que vous dites n est vrai.

    1. Bonjour Tigue.

      Je ne crois pas avoir évacué tout à fait l’amour de mon billet. Relisez-le tranquillement, sans vous laisser distraire par mes précédents écrits. J’y parle d’association et de service d’amour. Si vous m’opposez Goethe, vous m’opposez un cas ambigu. Goethe a beaucoup aimé les femmes et fait de l’amour un instrument de connaissance et de façonnage du monde (cf. Les affinités électives), mais il a beaucoup aimé également le pouvoir et cultivé les honneurs qui y sont attachés, avec parfois, il est vrai, des sautes d’humeur qu’on lui passait volontiers, génie oblige. Ces honneurs vous donnent quelques facilités pour le papillonnage sentimental (libertinage romantique). Je suis, comme vous, un adepte du « nous ». Mais comme il m’arrive assez peu souvent d’en sentir la douce chaleur me pénétrer et me revigorer, je crois de mon devoir de secouer aussi bien nos petits ego (le mien y compris, nul n’est parfait), tyranniques à leur échelon (la « deuxième étape » que je signale consiste à ne pas user de la force dont on se croit investi), que nos petites infirmités morales, qui nous rapprochent de la condition servile (je m’inclus une fois encore dans le lot). Quant à mon interprétation de la lettre ornée, elle est forcément discutable, mis à part certains codes (comme le geste du clerc) qui ont été désambiguïsés, à force de recoupements, par les spécialistes de l’image. Certes, le chevalier a l’air projeté en avant, ses pieds dépassant du cadre. Toutefois, il n’est un peu plus grand que parce qu’il porte un heaume ; son col est aligné sur celui de ses voisins. Si le peintre avait voulu marquer sa supériorité, il aurait eu recours à la technique habituelle, qui consiste à réduire la taille des autres personnages. L’intéressant est que, dans la société d’ordres médiévale, c’est le clerc qui est cité en première position. Ici, le clerc n’a pas, en taille, la meilleure part. Enfin, s’il vous semble que le chevalier et le clerc s’entendent au détriment du laboureur, simplement parce qu’ils se regardent, c’est que vous négligez la portée du geste menaçant du clerc. Le peintre suggère par ce jeu des regards (le clerc et le chevalier se regardent, et le laboureur regarde le chevalier et le clerc) que ces trois-là ont besoin les uns des autres. Je dis bien qu’il s’agit d’une représentation idéale. Dans les faits, le laboureur mène une rude bataille contre les puissances concurrentes et parfois coalisées du sabre et du goupillon, même si sa condition connaît des améliorations notables, qu’il a parfois arrachées par la révolte ou – et ce fut plus efficace – par la renégociation pied à pied de ses charges et de sa place dans la société.

      Cordialement.

      1. Suite …
        Dans les derniers couplets :
        « …negative images is the main criteria
        Infecting the young minds faster than bacteria
        Kids wanna act like what they see in the cinema
        Yo’, whatever happened to the values of humanity
        Whatever happened to the fairness in equality
        Instead in spreading love we spreading animosity
        Lack of understanding, leading lives away from unity… »

  12. Il me semble que la longue période des croisades par leurs spécificités de guerres de conquêtes et de religions ont peu à peu contraint, forcé, tendu, fendillé puis cassé et fait éclater « le cadre en pierre » de ce bel et beau vitrail et donc sa représentation (trilogie dont vous parlez).
    C’est ce qu’il m’a semblé à suivre et regarder attentivement ( repassé en accéléré ) l’impact des Chartes d’affranchissements et autres libéralités concédées par le pouvoir seigneurial sur le socle initial de ses prérogatives tout au long des croisades.
    Les conséquences répétées de ces concessions s’additionnant les unes aux autres furent vraiment très importantes sur le fonctionnement et l’organisation des sociétés de ce Moyen Age. On peut paradoxalement dire que c’est grâce aux croisades que l’on s’est acheminé vers la Renaissance en modifiant la trilogie, le marchand des villes prenant la place du seigneur.

  13. Bel article qui incite à l’étude de la période mentionnée.
    Quant à la sainte trinité de l’Ordre désordre des ordres, à mon avis, rien n’a changé. Les pugnatores, bardés de capital guerrier béni par des oratores médiatiques, chevauchent la même machine que font tourner les laboratores entassés dans les soutes. Le cycle des révolutions ne fut qu’une mue pour elle.

  14. L’idéal trifonctionnel des « indo-européens » est caractéristique d’une société nomado-rurale.
    La sédentarisation et l’urbanisation qui s’en suit fait ressortir un autre ordre avec l’apparition d’une classe bourgeoise non assimilable par le modèle. C’est le positionnement et l’ascension de la bourgeoisie urbaine qui fait notre histoire depuis environ deux millénaires.
    Une des origines de notre mal du siècle est l’assimilation de facto de nettement plus de la moitié de la population à la classe bourgeoise rendant caduque l’ordre « indo-européen » préétabli qui constitue néanmoins le cadre de nos institutions et de nos sociétés.

  15. A mon avis, établir de la juste dans le monde du travail est une mission impossible, car il y aura toujours l’impacte des influences extérieuses.
    Ce fut le cas après la découverte du continent américain vers la fin du 15e siècle. Les richesses provenant de l’Amérique du sud à cette époque ont boulversée l’ordre économique ancien et, par conséquent, les structres sociologiques de toute l’Europe.
    Reste la question du rang et de la valeur sociétale attribuée au travail. C’est un problème très complexe. Je pense qu’il y a une lueur d’espoir: celui d’une repartition plus juste des richesses produites par l’homme. Car il n’y a et il n’y aura pas assez de travail remunéré, selon le schéma classique, pour tout le monde.

  16. Ou la répartition se fait tôt ou tard dans la violence et le chaos…C’est le cas dans bon nombre de pays dits « émergents » où à partir d’une certaine heure le soir, on ne peut plus sortir de chez soi sans risquer de se faire trucider pour quelques menues monnaies…Mais circuler en toute quiétude devait être plutôt rare au Moyen-Age.

  17. « Certes, cette même loi a voulu que les ministres du culte soient exemptés de toute fonction servile »

    Certes, mais peu après nous verrons les ordres Trinitaires, Franciscains, et beaucoup d’autres changer tout ça. Le cas des Trinitaires est particulièrement intéressant, à ce sujet.

  18. @ BRL
    « La barbarie est une relation sociale organisée par un pouvoir non plus symbolique mais réel ».
    L’homme sans gravité, Charles Melman.

    Il est clair pour le lacanien (et donc très peu suspect de souhaiter un retour à un pouvoir théocratique) Melman que nous vivons en pleine barbarie. il pose donc ama une intéressante question: la société barbare dans laquelle nous vivons est-elle stable (perso je ne le crois pas et nous allons nous en apercevoir sous peu), ou devons-nous nécessairement chercher un nouveau pouvoir symbolique, et si oui lequel?

    Je viens d’écouter sur France Q une émission sur la subtile manière mi-démocratique mi-dictatoriale de fonctionner des monastères bénédictins. J’ai cru y comprendre que la clé était un pouvoir divin où Dieu symbolisait en fait le clerc, l’élément de base du monastère.
    Ce qui rejoint votre: « Le(s) roi(s) et les pontifes eux-mêmes sont alors les véritables esclaves des serfs (Rex et pontifices servis servire videntur). »

    Je crois que de tout temps les serfs ne peuvent accepter leur condition que s’ils ont un pouvoir symbolique auquel sont soumis ceux qui les asservissent réellement et que ces derniers ne peuvent se maintenir que s’ils affectent (au moins symboliquement) d’être eux-mêmes les serfs des plus humbles de leurs serfs. On en semble assez loin actuellement!

    Le système bénédictin a pu perdurer un millénaire ama parce que les moines ont accepté les règles en rentrant, parce que les collectivités monastiques comportaient peu d’individus (au plus une centaine) mais surtout grâce à la construction ci-dessus qui « boucle la boucle », image que je préfère à votre « Le triangle féodal se retrouve la base en l’air, à danser sur la pointe ».

    Comment faire « tenir » une société globalisée de 7 milliards d’individus qui, eux, à la différence des bénédictins, n’ont accepté aucune règle particulière en venant au monde?

    PS: mon dada du moment est que notre rationalité actuelle, notre logique causale actuelle (que j’appelle pour cette raison ordologique) ne permet pas de « comprendre » cette relation de pouvoir. Je pense qu’il faut étendre cette ordologique en une nouvelle rationalité, une nouvelle logique qui lie subtilement ordologique et analogique (la pensée analogique étant élevée au rang de pensée rationnelle, comparaison devenant dans certains contextes raison). C’est en partie pour ça que je fais du prosélytisme pour l’oeuvre de Thom.

    1. Bonsoir, BasicRabbit.

      Intéressantes pistes que celles que vous me proposez de frayer. La ritualisation symbolique (voyez ce que je dis du chevage) peut marquer l’apaisement d’un réel dur ou l’anticiper ou le rêver… à moins qu’elle ne fabrique une réalité plus dure encore. Le Christ parlait par symboles et protestants et catholiques se sont estrapadés au sujet du sens à leur donner (transsubstantiation ou consubstantiation dans les espèces ?). Au vu de l’évolution de la société d’ordres de l’Ancien Régime, je dirai que la triade symbolique d’Adalbéron rêvait une harmonie qui ne s’est jamais réalisée que partiellement, en quelques points du grand corps disjoint de la Chrétienté, et encore, je suis trop indulgent. Quant aux communautés monastiques, elles n’étaient pas si tranquilles que cela, quelque réduite que fût leur taille. On y trouvait des prisons (vade-in-pace). Leur enrichissement rapide et exponentiel pour certaines a fait entrer le démon dans le saint des saints et alimenté très tôt une littérature satirique sur la cupidité des moines dont la fortune a duré jusqu’au XVIIIe siècle. Je crois que la barbarie est l’état de l’individu qui ne sait pas rendre hommage à ce qui est beau et bon chez son vis-à-vis et qui oublie qu’il faut passer par le cœur de l’autre pour connaître le sien.

      1. @ BRL

        « Je crois que la barbarie est l’état de l’individu qui ne sait pas rendre hommage à ce qui est beau et bon chez son vis-à-vis et qui oublie qu’il faut passer par le cœur de l’autre pour connaître le sien. »

        Je souscris à votre vision de la barbarie.

        Mais j’en reviens à ce troublant (pour moi) nombre « trois » qui revient si souvent dans l’organisation sociale, à ces trois pouvoirs possédant chacun une certaine indépendance mais également « un » dans leur interdépendance. L’ordologique ne permet pas, ama, de »comprendre » ce genre d’organisation.

        Quand il n’y a qu’un seul pouvoir (comme maintenant avec le pouvoir de l’argent) tout est plus simple, mais ama trop simple pour une société stable…

      2. @ Basic
        « Je crois que la barbarie est l’état de l’individu qui ne sait pas rendre hommage à ce qui est beau et bon chez son vis-à-vis et qui oublie qu’il faut passer par le cœur de l’autre pour connaître le sien. »

        Basic, votre commentaire « Pantocratorien » m’interpelle et oserais-je dire… vous êtes à deux doigts d’exprimer une profonde vérité, selon moi. Enfin comme d’Hab, je vais peut-être dire n’importe quoi, mais à y réfléchir trois fois plutôt qu’une, je me permets d’ajouter le commentaire suivant :

        Je suis celui qui observe, celui qui voit celui qui par son regard nous renvoie sur ce qui en substance rejoint le premier en toute lumière. (… ..)
        
En fait 2 natures en 3 figures qui revêtent 5 états oscillants et pénétrants, dans un même champ actif de service réciproque, autour d’une seule et même Impulsion Initiale.

      3. @ PHILGILL

        La citation est de BRL.

        « Je suis celui qui observe, celui qui voit celui qui par son regard nous renvoie sur ce qui en substance rejoint le premier en toute lumière. (… ..) »

        BRL et vous dites beaucoup mieux que moi ce que je ressens confusément et qui me renvoie à chaque fois aux mêmes assertions de nature translogique pour moi fondamentales, irrationnelles pour notre logique actuelle, notre ordologique:
        « Connais-toi toi-même » (Socrate), « Je mens » (Gödel), « Le prédateur affamé est sa propre proie » (Thom).
        C’est en grande partie pour ça que je m’intéresse à l’oeuvre de Thom. Parce qu’il libère la pensée en associant des systèmes dynamiques les plus simples possibles (les catastrophes élémentaires) à ce type d’assertions.

        « 
En fait 2 natures en 3 figures qui revêtent 5 états oscillants et pénétrants, dans un même champ actif de service réciproque, autour d’une seule et même Impulsion Initiale. »

        Pour moi vous décrivez typiquement un système dynamique du genre de ceux dont Thom s’occupe: déploiement universel d’une singularité, retour au centre organisateur…

      4. @ Rabbit

        La citation est de BRL.

        Bien-sûr ! Elle est de BRL… Que vous avez repris et que j’ai repris, bouclant ainsi la boucle.
        C’était pour solliciter encore une fois votre attention sur ce magnifique entrelacs fraternel.

      5. Valider le signifiant vulgaire et usuel de « Barbarie » , c’est, me semble t il , etre complètement dans l’erreur ….c’est poser comme axiome que toutes les societe ne se valent pas …c’est poser comme pré-texte que le point de vue de clui qui considère l’autre comme « barbare » lui est supérieur .
        C’est en fait, tout a fait « normal » , l’ autre groupe (langages , moeurs , etc ..) est different et il est normal de reconnaitre cette différence pour reconnaitre a l’autre sa particularité …mais posé comme l’occidental le fait , est des plus humiliant .
        La Barbarie c’est juste le fait que la socialisation de l’autre groupe n’est pas identique a la notre .

      6. Bonjour Kercoz.

        Je pense que nous connaissons tous ici l’origine du mot barbare. Je la rappelle pour bien poser les choses : barbaros désignait initialement chez les anciens Grecs la façon borborygmique dont le xenos leur semblait s’approprier le logos. Il n’est pas question ici de reconduire pareille appréciation de la différence. Relisez bien : « La barbarie est l’état de l’individu qui ne sait pas rendre hommage à ce qui est beau et bon chez son vis-à-vis et qui oublie qu’il faut passer par le cœur de l’autre pour connaître le sien. » Je parle de « vis-à-vis », je ne dénie rien à l’autre, j’en soutiens le regard. Bien entendu, si l’on n’est pas kantien (« le beau est ce qui plaît universellement et sans concept »), on s’enquerra de l’avis de l’autre sur ce qui est « beau et bon », on passera par son « cœur » pour y apprendre une autre grammaire esthétique et relationnelle. Louis Massignon soulignait que pour connaître une culture, il faut se faire son hôte. Je ne crois pas avoir écrit autre chose. Je ne crois pas que PHILGILL et BasicRabbit aient écrit autre chose.

        Cordialement.

      7. @ kercoz
        Je pense qu’une société ne peut perdurer de manière stable sans une certaine forme de pouvoir sémiologique.
        J’aurais tendance à relier barbarie avec absence de pouvoir sémiologique. Le pouvoir du signe a-t-il un rapport avec le pouvoir du beau? Faut-il poser le problème en terme de pouvoir? Je ne suis ni sociologue ni anthropologue…

      8. @BRL et Rabbit :
        /////// Relisez bien : « La barbarie est l’état de l’individu qui ne sait pas rendre hommage à ce qui est beau et bon chez son vis-à-vis et qui oublie qu’il faut passer par le cœur de l’autre pour connaître le sien. » /////////
        Bon , donc c’est un qualificatif issu d’ un ancien signifiant servant a stigmatiser un groupe , une culture (sensée etre inférieure) , …réutilisée ds cet usage (pervers) , pour qualifier un individu (du groupe ?) …avec morceaux de perversité inside …..
        Donc le méchant « Barbare » n’est pas exogène , mais endogène ……Il ne respecte pas les « règles » (contrat social) …et doit etre réprimé …….
        La bonne question c’est que s ‘ il ne se soumet pas sans contrainte , de lui meme , a l’insu de son plein gré (ce qu’on appelle aliénation)…..C’est que le « deal » du contrat social n’est peut etre pas respecté ?
        S’il préfère récupérer son agressivité ( l’ intra spécifique de K Lorenz) , puisque le groupe ne lui octroie pas la protection promise ……C’est qu’on a un problème sérieux .
        Bon , perso , je vois un problème structurel ..mais ça doit etre un effet d’optique puisque je suis quasi seul a voir cette cause .
        BRL : Relisez la phrase : « ne sait pas reconnaitre ce qui est beau et bon … »…..croyez vous vraiment que ce que vous nommez barbarie se résume a cet aspect esthétique ou qualitatif ?
        Une minorité aurait tort parce que minoritaire ? ce qui impliquerait une contrainte et une stigmatisation ?

      9. Kercoz ?…
        Vous vous êtes évertués à démonter le sens de la citation de BRL… qui pourtant « tournait bien ». Ceci est louable de votre part et qui plus est, peut être bien vu sur le blog de Jorion…. car, je m’explique : n’est-ce pas le rêve de tout bon « mécanicien » d’imaginer un jour, d’ouvrir le capot d’une « Lamborghini Miura » et d’en caresser le moteur? D’en démonter toutes les pièces, jusqu’à la culasse, le piston… puis une fois nettoyé complètement, tout remettre en place parfaitement. Quelle sensation incroyable alors d’entendre, d’un simple tour de clé, rugir de nouveau la belle mécanique.
        Ce qui veut dire Kercoz, qu’après avoir démonté cette phrase en petits morceaux, vous semblez ne plus savoir qu’en faire. Un bout de barbarie par-ci, une minorité réprimée par-là… histoire de dire tout et son principe… À vous relire, on a la sensation que vous vous bornez à une opposition sans profondeur, vous éloignant du coup du sujet portant sur la divergence, dans nos sociétés modernes et que BRL exprime, entre Savoir et Beauté.
        J’ajoute : la fêlure est là, qu’il nous faut endurer et combattre. Chaque décision individuelle peut être, à elle seule, barbare si elle ne reconnait pas que notre destin à tous est lié, afin de ne pas nuire à la survie de l’espèce. Etat de fait, il est vrai, difficile à reconnaitre à chaque instant . Bien pire complexité en résulte, une fois que le problème se pose à toute une population en société. Savoir chacun se remettre en question. Au fond Kercoz… nous parlons bien de la même chose, non?
        Comment être capable de se regarder et d’accepter en face nos erreurs, en tenant à distance tout retour aux ignorances et aux diverses habitudes qui nous conviennent si bien. Alertons-nous nous mêmes sur les dangers invoqués remarquablement par Jorion. Ne détruisons pas la diversité de la vie si nous voulons avoir une chance de nous en sortir nous aussi vivants. Sinon, une autre barbarie pourrait bien finir par nous cracher à la figure, tout son flot brûlant d’amertume…

      10. @Phillgill:
        ///// Ne détruisons pas la diversité de la vie si nous voulons avoir une chance de nous en sortir nous aussi vivants. Sinon, une autre barbarie pourrait bien finir par nous cracher à la figure, tout son flot brûlant d’amertume… ////
        Au sens premier du terme , le Barbare fait partie de la diversité .
        Au sens vulgaire aussi .
        /// qu’après avoir démonté cette phrase en petits morceaux, vous semblez ne plus savoir qu’en faire. ////
        C’est un effet d’ optique !…. L ‘altérité est nécessaire a la vie (une histoire de néguentropie) …Il faut bien sur réhabiliter l’ intollérance (titre d’ un livre de ZYZEK fortement recommandé) .
        La tolérance maximisée est une invention des libéraux pour autoriser la globalisation.
        L’ individu seul n’existe pas , il n ‘existe que PAR son groupe . et le groupe pour autoriser les interactions (affect) doit etre restreint ……L’agressivité intra-spécifique (LOrenz) inhibée ds le groupe , est réutilisé entre groupes …..Le nom de toutes les tribus est « homme » , parce que les « autres » ne sont pas homme (enfin c’est pas sur !) ….
        Les historiens sont en cours de réhabilitation de « barbares » comme Atila , pour nettoyer les mythes ……
        Ce que je voulais dire c’est que si le terme barbare doit etre employé avec son signifiant vulgaire , ce ne peut etre que pour un individu et en ce cas le groupe auquel appartient l’individu ne peut qu’etre responsable de ce refus social ……sinon on tombe ds le bouc vulgaire et philo de comptoir lepenniste .

      11. On est toujours le « Barbarcoz » de quelqu’un…
        … à partir du moment où NOUS considérons un « Sujet » comme « Étranger » et devant être rejeté, comme nous le ferions d’un mensonge.
        Alors qu’il faudrait au contraire chercher à l’intégrer comme donnée d’un problème auquel la famille, la tribu, la société se doit concrètement d’apporter une réponse. Car le barbare, nous paraît déjà moins « sauvage », à partir du moment où nous le reconnaissons dans sa différence singulière. En effet, son identité particulière par contact avec l’autre ensemble identitaire (nous incluant), n’est plus similaire – du fait – je le répète d’une autre manière : toute chose barbare le devient moins une fois nommée, puisqu’elle perd ipso facto, de sa couleur sauvage et étrangère. Nous l’avons déjà pour nous-mêmes, en partie « polie ».
        Soit, au sens large, nous ne pouvons pas rester étranger à notre propre barbarie d’où qu’elle naisse, puisque toute société humaine se protègera mieux à terme, en l’admettant qu’en l’excluant. Ou, faire de son ennemi, son ami, PAS dans la confusion mais dans une auto-domestication responsable, non-exclusive et donc, libératrice.

        Un barbare n’est pas un autre genre, une autre race, c’est un autre moi-même perçu comme vulgaire parce qu’ignorant de mes propres règles et qu’à notre tour il nous faut comprendre, en assimilant sa différence ou autrement les altérations significatives qui nous séparent. Le barbare n’est pas une figure plus éloignée de moi que quelqu’un de ma famille, de ma tribu de ma société, car il fait partie comme vous le dites Kercoz de la diversité dite vulgaire. Il est donc salutaire de ne pas le renvoyer dans le champ de son ignorance qui par voie de conséquence en exprimerait une plus grande encore au sein de notre avenir commun.
        Où les choses se compliquent c’est lorsque nous passons du stade de l’identité barbare individuelle que nous pouvons confondre avec l’étranger, à une barbarie collective. Là, il nous faut aller plus loin, Kercoz. Car si vous reconnaissez la particularité d’appliquer le terme de « barbare » à un individu (en fait rejeté par le groupe qui le domine), toute détermination de cette barbarie à un niveau plus collectif, semble soulever d’autres penchants plus gravement matérialistes et aliénatoires. Sans en dédouaner pour autant toutes responsabilités aux groupes minoritaires ou potentiellement ostracisés…
        La société est responsable de l’Individu. Mais de même, chaque partie constituante, (individuelle ou communautaire) l’est autant de la Société en général et doit veiller à ce qu’elle ne tombe pas dans une barbarie folle et destructrice. La tâche est difficile, car si l’individu peut accepter de reconnaître son erreur, elle est beaucoup plus difficile à faire admettre à toute une société, qui plus est, habituée à vivre dans le mensonge…
        En vérité, il n’a pas de barbarie, il n’y a que des problèmes à résoudre. Sinon, en parler le plus clairement possible est un bon moyen d’avancer vers des solutions heureuses.
        « Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. » – Claude Lévi-Strauss.

      12. @ Philgill:
        Nos points de vue se rapprochent ….. sauf pour :
        //// puisque toute société humaine se protègera mieux à terme, en l’admettant qu’en l’excluant. /////
        C’est la thèse de Zyzek : réhabiliter l’ intolérence ……et la mienne qui la complète en disant que cette intolérance ou cette altérité reconnue est nécessaire et ne peut se réguler , c’est a dire s’utiliser sans s’épuiser , que ds le modèle originel parcellisé (groupes de groupes et non méga-groupe) …Ca rejoint aussi la thèse de l’auto-organisation de Prigogine ….
        Comme toujours je place l’ agressivité intra-spécifique (K.LOrenz) en « énergie initiale » de tous ces processus :
        -c’est l’agressivité intra-spé , qui , inhibée et modérée sert de dynamique aux rites structurants hierechisants a l’interieur du groupe
        -C’est l’agressivité intra spé, reportée a la frontiere du groupe,conservée intact , qui va etre réutilisé comme instinct régulateur des territoires …avec la possibilité d’évoluer vers des rites inter groupes inhibiteurs …situation fractale ou le modèle structurant du 2e niveau est similaire a celui du 1er sans bien sur etre identique .
        Apre l’ hypertrophie des groupes , on remarque que les « rites » intergroupes , a structure locale , comme la mode , la musique , le langage (penser aux coiffes et parlers bretons variables ts les 20 km)…, sont nivelés et vont réapparaitre de façon non plus géographique , mais temporel : par tranche d’age ….et de façon virtuel (sans l’obligation d’unité de lieux ) …
        Il est difficile de dire que ce nouveau mode de morcelage spécifique et communautariste soit pervers et l’ancien verrtueux …sauf a dire que l’ancien a le bénéfice de millions d’années de rodage , corrections et contre rites ….Alors que le 2e n’a pas 50 ans et me semble booster l’agressivité par son caractere endogame .

    2. Un détail ce ne sont pas les bénédictins qui ont évangélisé les campagnes européennes , mais
      ce que l’on a appelé les moines Irlandais . Autre détail les bénédictins sont venus for à propos ,
      créer un ordre là où celà manquait pour l’église dans le mouvement des anachorétes et autres
      saints hommes en Orient , par trop individualistes et incontrolables .
      Il semble que cet ordre soit apparu à point nommé , pour ordonner des mouvements par trop libres et contestataires de l’église . Au reste les bisbilles entre moines , méme ordonnés et église
      parcourent toute l’histoire religieuse .

  19. Bien sûr, je remarque l’absence des femmes sur ce dessin. 🙂 Cela corrobore mon affirmation: je sors les femmes de la hiérarchie et établis que seul entre les hommes existe un rapport de force. (ici: http://www.pauljorion.com/blog/?p=39177#comments (n°9))
    J’observe, aussi que celui en armure se permet les 2 pieds hors du cercle ‘divin’. A mon sens, il est au centre car, au final, ce sont souvent la force des armes qui ont le dernier mot, hélas.

    1. Bonsoir, soi.

      Au sujet des femmes, qui sont représentées ailleurs en position de force, notamment dans la littérature courtoise, même s’il s’agit essentiellement d’une promotion littéraire (les vrais chevaliers n’étant le plus souvent qu’à demi chevaleresques), je vous répondrai qu’à cette date, elles avaient commencé de retomber dans l’enfance juridique à laquelle les vouait le droit romain, remis alors au goût du jour. J’ai rapproché la vignette du texte d’Adalbéron, bien qu’elle orne un traité d’hygiène, parce qu’elle me paraissait l’illustrer parfaitement. Adalbéron ne parle pas des femmes, c’est vrai et c’est d’autant plus étonnant qu’il écrit au XIe siècle, un siècle où les femmes en remontrent aux hommes dans bien des domaines. Cela dit, il y a, au-delà des aspects révolutionnaires de sa formulation, une part de schématisme hérité, ancré dans une tradition patriarcale. Le droit romain est encore marginalement convoqué, mais on le sent près de réémerger. Votre remarque sur les pieds qui dépassent ne tiendrait que si les autres personnages n’empiétaient pas sur le cercle. Dans ma réponse à Tigue, j’ajoute d’autres éléments à mon analyse. La centralité du chevalier (il est au « centre » aussi de la triade d’Adalbéron) est pour le moins faussée d’une part par le décalage de son énorme écu vers la droite, lequel décalage attire notre attention sur le laboureur, d’autre part par le fait que le chevalier, anonymé par le heaume, regarde vers le clerc. Très souvent, les miniaturistes représentent un personnage important, un roi qui trône par exemple, de face. Je ne parle pas des mêlées guerrières mais des situations d’affirmation du pouvoir. Sa tête peut être légèrement tournée vers un subalterne ou un officier, mais pas complètement de profil, comme celle de notre chevalier. Ce mouvement de tête attire l’attention sur le clerc. Chaque personnage est valorisé, me semble-t-il, mais pas au détriment de son voisin. Cette image est très riche, de toute façon, et je ne ferme pas la porte à d’autres lectures.

      Cordialement.

      1. Oui, j’avais remarqué que les autres personnages avaient un pied hors du cercle ‘divin’, un seul. Le paysan semble même privé d’un pied, mangé par le cercle ‘divin’ tandis pour que le second pied, on dirait que celui en armure lui marche dessus: serait-il moins libre?

        la littérature courtoise n’a-t-elle pas été pour tenter un ‘adoucissement’ de la rudesse des manières?

      2. Tout à fait, soi. La fin’amor est un des plus grands bons civilisationnels de la société occidentale. Il a permis à la condition féminine, attaquée de tous les côtés, de ne pas se dégrader au-delà de l’irréparable. Le libertinage lui-même en porte la trace et la pire des débauches sadiennes, par son inscription dans un discours très élaboré (parler d’amour c’est encore le faire ; le mot est un baiser qui pense), lui rend un hommage inattendu. Je vous recommande la lecture de L’amour et l’Occident, de Denis de Rougemont, qui montre bien quels sont les enjeux sociétaux du combat d’Éros et Agapê.

      3. moins libre ?
        l’évidence même. plusieurs intervenants n’en démordent pas et la centralité du chevalier montre si c’était nécessaire que la violence est l’ultime ordre terrestre, tout le monde comprend ça.
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Sac_de_Rome_%281084%29
        l’affirmation de brl selon laquelle la caste des clercs était la caste ‘number one’ est une fatale erreur. de même qu’il me semblait que les psy avaient remplacé les clercs et non les médias.

        petite aparté républicaine:
        chez les lettrés actuellement se développent d’une espèce de sentimentalisme pour la monarchie et le féodalisme, voire pour les pouvoirs forts. une sorte d’abdication soixante-huitarde sur le tard et qui ne dit pas son nom, quand il s’agit bien souvent de préserver (séculariser?) des acquis. une entreprise de réhabilitation qui part de loin, mais destinée en premier lieu à un petit microcosme qui adore se monter le bourrichon avant de se décomplexer gaiement.
        ne pas sous-estimer le lent travail de sape des émissions de stéphane berne ou les grandiloquentes rétrospectives sur la monarchie anglaise, sur monaco, les séries comme les tudors et autre joyeusetés sur la normalité d’être supérieur. ni le petit coucou de françois h. au windsor dernièrement. les fascinations luxembourgeoises de certains.

        non, la vie des serfs, jacques, manants, gueux, alleux et autres vilains n’était pas enviable, soumis à toutes les superstitions, avec un ‘statut’ à peine supérieur à celui de l’esclave antique.

        cordialement

      4. @ methode
        Je pense que de tous temps le « pouvoir sémiologique » a eu une importance considérable et qu’aucune société stable ne peut exister sans une certaine forme de ce pouvoir. Ce rôle a été détenu par les clercs.

        Newton, Darwin et Freud ont taillé des croupières dans le pouvoir sémiologique des clercs. Je pense que c’est de ce côté là qu’il faut chercher le pouvoir sémiologique actuel.

        Je pense comme vous que le pouvoir des médias est secondaire (mais efficace). Vous parlez des émissions de Berne. Dans l’émission « Des racines et des ailes », où au demeurant on voit de fort belles choses, il n’est question que de racines, le plus souvent royales…

      5. @soi
        Éros = amour passion, débâcle de l’être qui emporte tout, la vie y compris ; agapê = amour sublimé, amour désintéressé, amour de Dieu chez les chrétiens. D’un côté Tristan, qui ne peut s’empêcher d’être un seigneur, avec toute la part de violence et d’emportement que cela comporte ; de l’autre l’Amant du Roman de la Rose, qui abdique tout orgueil de classe devant Amour et se pose en éternel apprenant des voies du cœur, quelque puissant que soit le désir qu’il éprouve. La seigneurie courtoise est une servitude qui s’élève.

      6. A BRL,

        A votre réponse, dois-je entendre que l’amour courtois serait un pas vers une ‘abrogation’ des classes sociales?

      1. @ soi

        « quel qu’il soit »

        In fine je ne peux être que d’accord. Mais pour moi il y a des différences homme/femme et l’organisation sociale doit en tenir compte.

        « Je sors les femmes de la hiérarchie et établis que seul entre les hommes existe un rapport de force. »

        Vous semblez aller dans mon sens! Je me demande si la logique féminine « naturelle » (si cet adjectif a un sens) n’est pas différente de la masculine: aux hommes plutôt l’ordologique (la seule ayant cours actuellement), aux femmes plutôt l’analogique (interdite actuellement: comparaison n’est pas raison, ont décidé… les hommes « modernes »!).

        En résumé (nécessairement caricatural) la vision du monde des hommes et des femmes diffère peut-être « naturellement » c’est-à-dire fondamentalement, les femmes y voyant d’abord sa cohérence plutôt d’abord par équivalence, les hommes d’abord plutôt par ordre.

        Dans notre monde globalisé l’organisation sociale régionale par ordre (imposée par les hommes) a peut-être atteint ses limites. Place aux femmes pour une organisation par équivalence!

        Naîtra peut-être de là une société plus harmonieuse qui alliera subtilement équivalence et ordre, qui reflétera dans la société l’harmonie « naturelle », biologique, homme/femme?

        Pour dire les choses plus brutalement. Au retour triomphal d’Austerlitz, à quelqu’un qui aurait fait remarquer qu’il y avait eu 15.000 morts, Napoléon aurait répondu: Paris refait ça en une nuit. Je ne peux imaginer qu’une femme, une mère surtout, puisse voir le monde comme ça.
        Aux femmes de prendre les affaires du monde en main avant qu’il ne nous explose à la figure.

      2. A BasicRabbit,

        A mon sens, tant que l’idéologie sera celle du « je me valorise en dévalorisant autrui », je désespère que nous puissions trouver une ou des sorties honorables, et ce que la place soit laissée aux femmes ou aux hommes.

      3. Effectivement les femmes sont occultées . Quelques unes ont joué un role majeur et par là indique qu’elle avait une forte place dans ce moyen-age : Aliénor d’Aquitaine , Mahaut d’Artois ,
        Isabeau de Baviére , etc …

    2. @soi

      Ce serait aller un peu vite en besogne que de voir dans la courtoisie un facteur d’abolition des classes. La courtoisie s’est élaborée dans et pour une société de cour. Si l’amant courtois abdiquait sa fierté, apprenait à servir, c’était pour se grandir dans ce service d’une manière différente. Il passait ainsi d’une noblesse héritée à une noblesse méritée. Il n’en restait pas moins noble aux yeux de sa caste. La courtoisie est une discipline aristocratique. Maintenant, indépendamment du cadre où elle a pu s’exercer, on peut considérer que cette façon de faire l’amour honore davantage l’homme que le rentre-dedans coutumier à la soldatesque. C’est de ce progrès-là que je parlais, qui a fait son chemin jusqu’à nous, quittant la caste où il était cantonné.

      1. La courtoisie est une forme de rite hierarchisant , on peut meme dire qu’elle fait partie de l’agressivité (inversée) en surutilisant un rite inhibiteur . (Le chien qui cessue le combat en offrant sa gorge et ses entraille au vainqueur inhibe complètement l’agressivité de ce dernier qui devient incapable d’achever sa victime). Goffman explique tres bien le fait que « faire perdre la face » est aussi grave que perdre la face ……..(rite réutilisé inconsciemment par certains vendeurs).
        La courtoisie peut etre curieusement un acte de soumission qu’un acte de domination …ce caractère etant défini par la position historique des interactants ……..On peut en déduire que c’est un acte neutre du point de vue hierachie , mais qu’il autorise une interaction entre 2 strates de cette hierarchie…..les dominations et soumission sont occultées mais admises implicitement .

      2. La courtoisie est une discipline aristocratique

        c’est mignon . et tout en surfarce .
        ce n’est pas hélas, d’un contenu trop vibrant . alors pour se donner des frissons et avoir cette impression de participer encore au bal , on se dope de toutes sortes de fantaisies psychédéliques , et stupéfiantes . entrainant le monde à sa suite décadente . évidemment ça marche dans le luxe , de tout cacbit, et même, d’arts et de culture …
        mais rassurez vous c’est pas grave, tout est QI dans l’athanor 😉 ce qui fait que nul n’est perdu au fond . même si ça frictionne en surface .
        plus personne ne gouverne ce monde . et c’est parfait si chacun se gouverne .

      3. Avançons.
        A mon sens, le problèmes des ‘pouvoirs’ est de maîtriser les hommes.
        A la naissance de la ‘courtoisie’, se posait le problème des aristocrates qui avaient trop d’enfants (fils) pour les ‘places’ ‘disponibles’ ►prétexte des guerres de religions pour le ‘surplus’ , avec soudaine ‘sublimation’ de l’image de ‘la’ femme afin de porter les cœurs des croisés, de leur fournir un semblant de vie privée , à mon sens.

  20. Bon , je persiste :
    Il me semble que l’antagonisme Royauté / Aristocratie ne doit pas etre évacuée ds la dynamique sociétale qui a aboutit aux desastres actuels .
    Lévi Strauss comme B.de Jouvenel soutiennent la meme thèse :
    La « bifurcation  » pourrait provenir de la polygamie des chefs .
    Le desequilibre des couples chez les jeunes d’ un groupe restreint induit des razzias .
    Les razzia induisent des tas de trucs pas prévus :
    -Lignée patriarcale guerriere en parrallele a la ligné matriarcale du patriarche (Roi).(on ne peut refiler l’enfant au frere de la femme ! )
    -retorsion des groupes razziés d’ou la nécessité de la jeunesse guerriere .
    -développement du commerce et ouverture vers l’ « autre » ….
    economie de stock , de domination/protection etc …
    Apres c’est juste de l’ Histoire …mais on est sorti de la structure naturelle .

    1. Bonsoir Kercoz.

      Je n’évacue pas cet antagonisme. La royauté a eu un rôle régulateur et a même pu servir ses intérêts tout en offrant aux paysans un recours juridique face aux abus seigneuriaux. Cela dit, quand on fait le bilan du règne calamiteux de Louis XIV, qui a tant fasciné un Voltaire, on se dit que la métamorphose des féodaux en courtisans ras de la faveur a donné à l’unique bellator restant les proportions de la grenouille bovinisée de la fable. Saint-Simon a bien décrit le processus de décomposition de l’état induit par l’arasement des contre-pouvoirs (cette contre-poussée dont je parle). Louis XIV est devenu l’esclave de lui-même, sorte de tournesol hypnotisé par son propre mouvement. J’ai choisi d’évoquer Louis XIV parce qu’en matière de succession, la sienne fut particulièrement problématique, au sein d’une famille qui avait essaimé sa lippe et ses ambitions dans toute l’Europe…

      Cordialement.

    2. Bien vu, Kercoz.

      Tu remplaces roi par fasciste ou milliardaire, et le fonctionnement est EXACTEMENT identique. Soit, plus de Démocratie.

      Vachement régulateur, non..??

      1. @Yvan et BRL:
        /// Vachement régulateur, non..?? ///
        C’est pas si simple …
        J’aime bien la démo de Jouvenel ds « Du pouvoir , une histoire de sa croissance », ou il démontre que quoi qu’on fasse , qq soit l’idéologie , aussitot qu’ on bouge , on accroit le pouvoir du système sur l’ individu (aliénation)….L’etat n’etant pas le « pouvoir », mais un des instruments de celui ci …actuellement on peut meme dire que l’etat lutte contre ce pouvoir globalisant.
        Cette triangulation de l’individu pris entre la royauté et l’aristocratie a été assez longtemps equilibré si on prend le sens « complexe » du mot equilibré = somme de déséquilibres .
        Les Capétiens n’ont jamais pu lever un impot ! …L’imagerie populaire présente l’aristocratie comme les méchants et la royauté etait idéalisée …je ne suis pas certain que ce soit objectif .
        Perso , je m’appuie plutot sur une image structurelle :
        La structure archaique morcelée initiale ….sur laquelle se greffe une structure parasite linéaire et centralisée ……la structure morcelée est la forme « vertueuse » parce que naturaliste utilisant les outils complexes des interactions chargés d’affect. …Le passage a une dimension fractale pour organiser des groupes de groupes , peu développée auparavant , a induit par l’augmentation des echanges , un lieu de pouvoir qui a été rapidement exploité , et en a dé-naturé l’outil.
        Sans trop de dégats jusqu’a l’arrivée de l’energie quasi gratuite …qui a boosté la perversité du système .
        La structure linearisante centralisée a pris le dessus en détruisant son hote …pour des raison de gain de productivité , il lui fallait revenir a l’individu afin d’hypertrophier le groupe ……meme si l’individu n’existe pas sans son groupe de reference …..Divider l’ individu ?
        Cette dynamique globalisante est , me semblr t il la caracteristique des civilisation , qu’on magnifie …un peu vite ..pour qqs chromes qui brillent …Quid de l’optimisation de lindividu ? ….On peut tres bien soutenir que les civilisation sont des modèles en impasse en echec …..des tentatives organicistes ratés ..et que la vertu serait le modèle naturel archaique ……..
        Les arguments contre le constructivisme sont innombrables et pourtant …..s’y référer c’est etre pris immédiatement comme un dangereux utopiste .Le naturalisme prete a rire ! triste époque .

  21. Article passionnant ! C’est sur les leçons que l’on peut en tirer que je m’interroge.

    analysons l’image que s’en faisaient les contemporains. Il s’agit d’une lettre ornée d’une copie du Livres dou santé d’Aldobrandino de Sienne (Londres, Bristish Library, Sloane 2435) datée de la fin du XIIIe siècle : n’est-ce pas un peu comme si l’on interprétait l’ordre social d’aujourd’hui à travers les déclarations du MEDEF, des médias « main stream », ou des économistes néolibéraux qui prétendent que laisser faire le marché est le seul et meilleur moyen d’optimiser « l’allocation des ressources » ?

  22. Bonjour Crapaud Rouge.

    C’est sans doute un abus de langage (pas de pouvoir) de ma part de dire « les contemporains » quand il s’agit d’un peintre anonyme de manuscrits du XIIIe siècle dont on ignore s’il donnait là son interprétation ou s’il ne faisait que suivre les instructions du copiste, pour autant qu’il en soit distinct, ou du commanditaire. Cela dit, le texte d’Adalbéron a eu un impact considérable sur les destinataires de la culture savante, au sens où il a structuré le discours et les images de la production du temps, avec les variations subtiles que l’on sait. Je crois avoir montré qu’Adalbéron subvertit son schéma harmonieux par une pirouette qu’on mettra au compte, pour faire vite, d’un retour du refoulé égalitariste chrétien. Sa position n’est pas mainstream, si l’on considère l’ensemble du poème (ce que font rarement les glaneurs de citations). Les paysans médiévaux n’ont pas été interrogés sur cette imagerie qui leur restituait une place que certains pouvaient croire inaccessible. Je précise bien qu’il s’agit d’une représentation idéale. Au vrai, il y avait beaucoup de mouvements entre les classes de l’Ancien Régime et ce sont ces mouvements-là qui intéressent Adalbéron, dans une perspective eschatologique bien entendu (à la fin des fins, Dieu ne fera pas le tri des rangs mais des mérites). Le schéma triangulaire par lequel on résume la société d’ordres à des fins de dénigrement est inadéquat à la période médiévale ; il nous parle sans doute davantage de notre époque. « Toute histoire est contemporaine », disait Croce…

    Cordialement.

  23. J’apprécie ce billet qui remet en valeur le moyen-age , français , le vrai . Contrairement aux images d’épinal de la révolution et du monde moderne , c’est courageux de remonter le temps .
    Peut étre aboutirai-t-on aux fabuleuses controverses de l’Université autre innovation Française ,
    où le débat d’idées surpasse encore nos petites controverses . Toutes choses existant avant cette autre innovation Française : le cadastre .
    Et Cluny ! Il y aurait long à dire sur cet ordre et son tropisme vers St jacques de Compostelle , la
    Reconquista , son engouement pour le controle des eaux , chaque Abbaye était située dans le paysage , en rapport à l’eau , ses heurts avec le Comte de Toulouse où les eaux étaient gérées par une multitude de moulins , inspirés des Omeyades d’Espagne . La brutalité dans l’incompréhension de l’Incquisition ou de Simon de Monfort ! Tout un pan de l’opposition Nord-Sud , en France , aujourd’hui seul état à proner la distribution privée de l’eau . L’ex CGE dont le patron était surnommé Dieu , tellement il faisait et défaisait les politiques , dont Miterrand exemple au hasard . Oui , ce moyen-age est toujours trés présent .
    Mais plutot que société aux ordres , j’aurai préféré société en ordre .

  24. Mais plutot que société aux ordres , j’aurai préféré société en ordre .

    La cravache et le fouet referont peut-être revenir le crottin de cheval dans les villes.

  25. Rentables et non-rentables.

    J’ai lu tardivement le billet et j’ai pour l’essentiel sauté les commentaires.
    Il me semble que dans los temps modernes qui s’achèvent, les laboratores subissent une peine multipliée.
    Le travail est obligatoire mais se raréfie.
    La consommation, devenue obligatoire, s’intensifie et les prothèses modernes, payantes, sont imposées à tous.
    Le tout dans un contexte d’accélération permanent.

  26. En fait c’est une histoire de trou !
    Il y a un trou qui s’est ouvert sur un monde inconnu, causé par le copiste qui a dessiné la lettre A.
    Le clerc a demandé au manant de le boucher parce que le diable peut pénétrer par là.
    Le chevalier est arrivé et veut aller explorer ce monde inconnu, le clerc essaie désespérément de l’en empêcher !
    Le manant écoute la conversation alors que sa bergère le tire hors du cadre par sa main gauche (regardez le mouvement de son torse derrière la poignée du manche de sa pelle ; la femme elle est là) en lui disant qu’il y a des choses plus agréables à faire que d’écouter ces deux zigotos déblatérer à propos d’un trou dont on n’a que faire !

    Voilà la véritable histoire de cette enluminure.

    1. Tiens ça me rappele Jo !

      Mais non c’est la manante bien peu conventionnelle qui s’était pris une grosse pelle ce jour là, parce qu’on avait dit d’elle au village qu’elle ne faisait pas encore assez bien son trou et son beurre dans un tel monde de gens bien mieux élevés à la chose. Vous savez les gens bien arrivés qui occupent souvent les premières places dans les choses. Alors un jour un mauvais chevalier de passage et de compassion prit le temps de s’arrêter au passage, bien sur cela ne fut pas du goût de tout le monde, alors une grosse explication s’ensuivit, et puis il y avait aussi un certain symbole sur le bouclier.

      Voilà en fait l’autre histoire de cette enluminure, c’était en fait une très mauvaise travailleuse de la terre et du ciel, elle avait grandement pêcher envers le ciel durant sa très longue vie de libertinage elle méritait bien son sort la gueuse, la vilaine, la vénale, creuser d’abord son propre trou pour mieux ensuite s’y faire enterrer par une autre préférant bien plus se sauver et prendre sa place, toute l’histoire du monde.

    2. @ Louise

      Je lis avec toujours une grande attention le message que les femmes de ce blog délivrent. Et je crois que votre commentaire les résume d’une certaine façon. Tellement différent de la glose (il y a parfois des tirades de Lucky -dont les miennes…) masculine.

      Je milite sur ce blog pour une prise de pouvoir (le terme est ama inadéquat, car de connotation trop masculine) par les femmes.

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