M. Valls et l’euro, par Jean-Michel Naulot

Billet invité.

Tout en déplorant la situation déflationniste de la zone euro, le Premier Ministre a souligné dans sa déclaration de politique générale que depuis quelques mois la parité de l’euro avait évolué dans le bon sens « grâce à l’action de la France », laissant entendre qu’elle avait pesé sur les décisions de la BCE et provoqué « une baisse de l’euro de 10 centimes ». Cette déclaration comporte deux petites inexactitudes.

Imaginer qu’un gouvernement, quel qu’il soit, puisse avoir la moindre influence sur la BCE est une curieuse illusion tant l’histoire de la BCE a démontré le contraire depuis l’origine. Il n’y a pas une banque centrale dans le monde qui ait autant d’indépendance que la banque centrale européenne. C’est très regrettable mais c’est ainsi. Au point que, dans le cadre de la Troïka et de l’hypothétique OMT, la BCE prévoit de conditionner ses interventions à la mise en place de réformes structurelles par les Etats. Inimaginable dans d’autres pays !

Mais surtout, l’analyse selon laquelle ce sont les décisions de la BCE qui auraient permis de faire baisser l’euro laisse assez songeur. Depuis la dernière déclaration de politique générale du Premier Ministre, en avril dernier, le cours de l’euro contre dollar est passé de 1,37 à 1,29, soit une baisse de 6%. Dans le même temps le yen s’est déprécié très exactement de… 5%.

La vérité oblige ainsi à dire que c’est le dollar qui s’est réévalué contre les autres monnaies, euro et yen, en raison des anticipations de hausse des taux aux Etats-Unis. En vérité, le Premier Ministre a dû se dire : « Ces évènements nous dépassent, feignons de les organiser »… !

L’euro demeurera fort, comme il l’a été pendant douze ans et demi sur quinze ans d’existence, tant que la monnaie unique restera conçue et gérée sur la base de critères déflationnistes qui conduisent à l’accumulation des excédents courants.

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