Merci Thomas Piketty !

« Je refuse cette nomination car je ne pense pas que ce soit le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable »

Et voilà donc des propos qui sont honorables en soi.

Thomas Piketty ne dit pas qu’il aurait accepté la Légion d’honneur de certains gouvernements plus honorables que ceux à quoi l’Europe a malheureusement uniquement droit en ce moment mais il aurait pu selon moi. Il avait proposé une politique fiscale authentiquement progressive et redistributive avant les élections présidentielles dont on attendait qu’une majorité socialiste la fasse sienne ; cela aurait été parfaitement logique puisque le rejet d’une telle politique aurait signifié une trahison des idées de gauche. Au lieu de cela, une majorité socialiste a préféré ignorer ce projet et, dans un geste suicidaire dont il faudra un jour quand même offrir l’explication, s’est appliquée de manière générale à réduire à néant le capital de confiance qui était le sien.

Si le plan fiscal de Piketty avait été adopté, la nation lui aurait été reconnaissante et il n’aurait eu, à mon sens, aucune raison particulière de refuser la Légion d’honneur : l’acceptation ou le refus aurait été une question d’appréciation personnelle. En tant que « parcelle de l’opinion publique », je ne lui en aurais certainement pas voulu, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Pendant que M. Sapin recommande aux entreprises françaises de ne surtout pas augmenter les salaires, l’économie américaine reprend du poil de la bête parce que les salaires ont augmenté en un an de 4% aux États-Unis. Pendant que la France offre à Thomas Piketty la Légion d’honneur mais l’insulte en considérant son plan fiscal comme quantité négligeable, les États-Unis ont fait de son ouvrage Le capitalisme au XXIème siècle le coeur d’un débat de société et de la traduction de son livre en anglais, l’événement de l’année 2014.

Le dicton « Nul n’est prophète en son pays », ne contient pas seulement une opinion sur les prophètes, il en exprime une aussi sur les pays.

Partager :