La Grèce a quatre mois pour envisager une sortie de l’euro, par Jean-Michel Naulot

Billet invité. Également sur son propre blog.

L’accord qui vient d’être signé entre la Grèce et ses créanciers ne résout rien. Il permet simplement de gagner un peu de temps, ce qui est le plus important pour Alexis Tsipras. Si les dirigeants européens et la BCE avaient décidé de couper brutalement les financements, la panique se serait probablement emparée des marchés, non pas tellement pour des raisons techniques puisque ce sont les États plus que les investisseurs qui sont engagés dans les prêts à la Grèce, mais en raison de l’inattendu de la situation. Il est bien connu que les marchés détestent être pris de cours…

En vertu de cet accord, pendant quatre mois le gouvernement grec va devoir soumettre à la Troïka, rebaptisée « Institutions », toutes les mesures susceptibles d’impacter l’équilibre budgétaire. Personne ne peut imaginer qu’il y ait là la moindre trace d’un retour à la souveraineté du peuple grec, ni le moindre espoir d’un abandon de la politique d’austérité, pourtant promis au peuple grec. Madame Merkel veille. Si Alexis Tsipras veut tenir ses engagements devant son peuple, il doit tirer les conclusions de l’échec des négociations et mettre à profit ces quatre mois de répit pour préparer la sortie de la Grèce de l’euro tel qu’il fonctionne aujourd’hui. L’idéal serait que la Grèce conserve l’euro pour les seules transactions extérieures comme ce fut le cas pour les premiers adhérents à l’euro, entre 1999 et 2002. C’est ce que l’on appelle la monnaie commune, un système qui permettrait davantage de flexibilité monétaire.

Les conditions d’une sortie de l’euro sont d’une certaine manière idéales pour la Grèce, sous deux réserves : que le nouveau gouvernement ne bascule pas dans une politique budgétaire déraisonnable, cela va presque de soi, et que les dirigeants européens maintiennent vis-à-vis de la Grèce la solidarité qui lui est due comme pays cœur de l’Europe. Ce que Valéry Giscard d’Estaing vient de qualifier de friendly exit. Dire à la Grèce, « si vous sortez de l’euro, vous vous débrouillerez seuls » serait une attitude indigne. La solidarité européenne doit s’exprimer, notamment par le renoncement au remboursement d’une partie de la dette.

Tous les économistes savent que la dette grecque est insoutenable. Ne pas le reconnaître au plan politique ce serait choisir une fois de plus la voie des artifices et aggraver à terme la crise. Les dirigeants européens et du FMI qui ont pris la lourde responsabilité de prêter jusqu’à 75% de la dette publique grecque, en sachant très bien que celle-ci n’avait aucune chance d’être remboursée un jour, ne peuvent rester dans le déni. A charge pour eux de s’expliquer devant leurs électeurs sur la politique absurde qui a été mise en place.

Lorsque les dirigeants européens devront solder les comptes de ces prêts considérables, 15 fois les prêts à l’Argentine lors de la crise pourtant qualifiée de systémique du début des années 2000, des prêts qui ne sont même pas comptabilisés dans la dette publique des pays de la zone euro (!), l’explication avec les citoyens risque d’être rude. Un banquier qui aurait accepté de financer de cette manière une entreprise en difficulté serait pénalement responsable. Il serait poursuivi pour financement abusif et immixtion dans la gestion de l’entreprise…

Libérée de la contrainte de l’euro, un système monétaire qui lui impose de gérer à l’allemande une économie qui est à l’opposé du modèle allemand, la Grèce pourrait retrouver progressivement la confiance des investisseurs. D’autant plus vite qu’elle aurait les moyens de tenir ses engagements à leur égard (25% de la dette publique seulement). Le « miracle grec » qui existait avant l’arrivée de l’euro pourrait être un jour de retour. Mais cette politique exige beaucoup de courage. Ce dont vient de faire preuve Valéry Giscard d’Estaing, en faisant des déclarations en décalage avec le politiquement correct. Hommage lui soit rendu. Des dirigeants courageux, c’est ce qui nous manque le plus aujourd’hui.

 

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