De quoi Syriza est-il le nom ? par Roberto Boulant

Billet invité.

Le diable se cachant dans les détails, il faut attendre le plan que proposera Syriza demain à la Troïka, pour voir s’il s’agit effectivement d’une reddition en rase campagne du gouvernement grec. Mais d’ores et déjà, le pessimisme semble être de mise pour deux raisons principales : la Troïka qui n’a aucune légitimité démocratique, reste maîtresse du jeu et Alexis Tsipras s’est engagé – contre un très hypothétique desserrement du nœud coulant -, sur l’objectif d’un excédent primaire de 4,5 % du PIB en 2016.

La Troïka restant aux commandes, son fanatisme économique imposant un excédent primaire irréaliste, on voit mal dans ces conditions, comment Syriza pourrait trouver les marges de manœuvre lui permettant de lutter contre la crise humanitaire artificiellement provoquée, qui ravage le pays.

Le premier sentiment étant donc le bon : un Dogme ne se remet pas en cause, ne s’amende pas, même à la marge. Les Grecs doivent continuer à souffrir dans la zone euro. S’ils en sortent, tout (et cela implique probablement le retour des barbouzeries pour provoquer chaos et coups d’État), devra être fait pour qu’ils souffrent encore plus. Pour que leurs malheurs persuadent Espagnols, Portugais et autres Irlandais, de bien voter. Il ne saurait y avoir de sortie heureuse de la zone euro. La mort est la seule option laissée par la Religion Féroce à ceux qui ne veulent pas, ne veulent plus, se soumettre. C’est ainsi qu’agissent toutes les sectes : quelle meilleure méthode que la peur et la souffrance, pour garder ses disciples et les dissuader de réfléchir ?

Mais même si les choses se passent finalement ainsi, l’expérience Syriza aura été profitable.

–  Elle prouvera définitivement, à ceux et celles qui en doutaient encore, que les peuples et leur bien-être, n’ont rien à voir avec la construction de l’UE.

–  Que les cliquets mis en place, empêchent tout retour à la démocratie.

–  Que le gouvernement français n’a plus que le magister du verbe, qu’il laisse à l’Allemagne et à la BCE, le gouvernement effectif de la zone euro.

–  Surtout, et ce sera là le principal enseignement à mon sens, elle prouvera que la Raison est impuissante face à la Religion Féroce. Car enfin, s’il y a bien quelque chose que le programme, les paroles et les actes d’Alexis Tsipras ont démontré, c’est leur rationalité ! (lire à ce sujet la très révélatrice interview – merci Henri ! -, d’Alexis Varoufakis dans le Guardian).

Alors ?

Si l’UE sacrifie le peuple grec sur l’autel de la Religion Féroce, la question de la violence légitime se posera avec de plus en plus d’insistance. 70 ans après la fin de la grande guerre civile européenne (14-45), le choix entre la soumission et la liberté se posera à nouveau.

Et c’est Mme Merkel, MM Schäuble, Draghi et consorts, qui par leur aveuglement, fixeront le prix pour recouvrer cette liberté.

Voilà de quoi Syriza risque fort d’être le nom : de celui du prix que nous allons devoir payer pour détruire la religion féroce.

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106 réflexions sur « De quoi Syriza est-il le nom ? par Roberto Boulant »

  1. 24/02/2015, 15:16 | PAR CEDRIC DURAND

    http://blogs.mediapart.fr/blog/eliasduparc/240215/les-mensonges-du-monde-sur-syriza

    La liste des réformes sur lesquelles s’engage le gouvernement grec pour les quatre mois qui viennent peut être consultée ici:

    http://www.ansa.it/documents/1424769204768_PianoGrecia.PDF

    Voici quelques éléments d’analyse. Il y a certes des aspects positifs concernant la lutte contre l’évasion fiscale ou la protection des ménages pauvres surendettés. Mais aussi beaucoup de sujets d’inquiétude qui indique au minimum des renoncements substantiels:

    * Poursuite de l’austérité budgétaire: « Identify cost saving measures through a thorough spending review of every Ministry and rationalisation of non-salary and non-pension expenditures »

    * Y compris dans le domaine de la santé… « Control health expenditure and improve the provision and quality of medical services, while granting universal access. »

    * Réforme des retraites avec pour objectif d’augmenter la durée de cotisation « Continue to work on administrative measures to unify and streamline pension policies and eliminate loopholes and incentives that give rise to an excessive rate of early retirements throughout the economy and, more specifically, in the banking and public sectors. »

    * Pas d’augmentation de la masse salariale du secteur public, difficile donc d’envisager des réembauches importantes ni d’envisager une récupération du niveau des salaires des fonctionnaires en même temps qu’une décompression de la distribution des salaires des fonctionnaires (plus d’inégalités de salaires !) « Reform the public sector wage grid with a view to decompressing the wage distribution through productivity gains and appropriate recruitment policies without reducing the current wage floors but safeguarding that the public sector’s wage bill will not increase »

    * Pas de retour en arrière sur les privatisations : « Commit not to roll back privatisations that have been completed. Where the tender process has been launched the government will respect the process, according to the law.”

    * Et de nouvelles privatisations en perspective: « Review privatisations that have not yet been launched, with a view to improving the terms so as to maximise the state’s long term benefits, generate revenues, enhance competition in the local economies, promote national economic recovery, and stimulate long term growth prospects. »

    * L’augmentation du salaire minimum et la restauration des négociations salariales collectives ce n’est pas pour demain ! « Phasing in a new ‘smart’ approach to collective wage bargaining that balances the needs for flexibility with fairness. This includes the ambition to streamline and over time raise minimum wages in a manner that safeguards competiveness and employment prospects. The scope and timing of changes to the minimum wage will be made in consultation with social partners and the European and international institutions, including the ILO, »

    * Credo en faveur de l’accentuation de la concurrence « Removing barriers to competition based on input from the OECD. » et ouverture au capital des professions réglementées : « Pursue efforts to lift disproportionate and unjustified restrictions in regulated professions as part of the overall strategy to tackle vested interests. »

    * Des mesures d’urgence humanitaire sans moyen budgétaire ! « Ensure that its fight against the humanitarian crisis has no negative fiscal effect. »

    * Rien sur la restructuration de la dette (sujet sur lequel le gvt grec a déjà reculé), aucune indication chiffré d’éventuelles marges de manoeuvres budégaires (cad niveau d’excédent primaire)

  2. Si je m’en réfère au billet « le transport amoureux : une affaire inquiétante! » , Syriza pourrait être une panne sexuelle .

    Il parait que c’est le plus souvent provisoire .

    1. Mais le cialis est cher et n’est pas remboursé, ça pourrait devenir un sacré problème, ça vous flingue un homme ça :)!

  3. PAS une ligne sur le contenu accablant pour la TROIKA et les dirigeants officiels et/ou délégué des ETATS sur la crise grecque……………???
    Un véritable torrent de honte pour « nos » élites » dans « THEMA » , ARTE hier mardi 24 en soirée…

    Disponible pendant encore une semaine sur « ARTE+7 »

    Vital de déclencher les enquêtes au niveau européen et de préserver la vie physique des nouveaux dirigeants grecs………..

    1. Oui, le reportage d’Arte est excellent, il faut entendre aussi ce que dit en avant-propos Costa Gavras de Tsipras, avec lequel il a eu une longue conversation.
      Après la vision du reportage on comprend encore mieux que Tsipras et Varoufakis n’auront pas trop de notre aide, je veux dire de nous simples citoyens, car il n’y a probablement plus rien attendre de nos gouvernants qui viennent d’avaliser un programme qui exige encore et toujours des privatisations dont on sait qu’elles consistent à offrir sur un plateau des biens publics à de richissimes grecs. C’est ce que montre, entre autres crimes, le reportage : il y a une collusion entre la Troïka et les super riches grecs, auxquels on brade des biens publics à la faveur des privatisations. Tripras et Varourakis ont peut-être commis quelques erreurs lors des négociations, mais que valent ces éventuelles erreurs devant l’écrasante détermination des « institutions » (si mal nommées, car elles n’instituent rien de bon), j’ai nommé l’ex Troïka, à leur mettre des bâtons dans les roues !

      1. Oui, une remarquable enquête très fouillée, où l’on apprend entre autre que les apprentis Mengele de la finance et de l’économie ont falsifiés des documents, trompés les citoyens, obtenus des politiques des accords sous la contrainte, bradés des biens publics, volés des avoirs… et toujours en toute impunité.
        Mais jusqu’à quand une telle arrogance peut-elle gouverner, régner, en Europe sans qu’un mouvement ne vienne bousculer ses embrassades permanentes et ridicules, débile symbole d’une fraternité mafieuse ?…

      2. Bonjour ,
        L’ « aveuglement volontaire »? la résignation « réaliste »? l’incompétence économique inavouée?la « complicité objective » de caste?….?… des actuels dirigeants français et italiens ( les espagnols jouent cyniquement leur va-tout..) doivent(devraient) être systématiquement stigmatisés lors de notre vie publique …
        C’est ça qui doit être le plus dur à réaliser pour les nouvelles autorité grecques…une honte que nous devrions chercher à exprimer politiquement…Le comment reste complexe!

        Je poste l’adresse de cette percutante , dérangeante émission , en espérant que le « système » la laissera subsister encore les cinq jours prévus ( un « ennui technique » est si vite arrivé…)

        lien : http://www.arte.tv/guide/fr/051622-000/puissante-et-incontrolee-la-troika

      3. Je poste l’adresse de cette percutante , dérangeante émission , en espérant que le « système » la laissera subsister encore les cinq jours prévus ( un « ennui technique » est si vite arrivé…)

        La paranoïa ne connaît décidément aucunes limites. On est au-delà du niveau de Vicki Stoumbi, ou en-deçà, Otromeros.
        Au fait, Arte, c’est bien un produit franco-allemand, non ?

    2. Un véritable torrent de honte pour « nos » élites » dans « THEMA » , ARTE hier mardi 24 en soirée

      P Jorion disait, il y a plusieurs mois, que les journalistes disposent du meilleur pouvoir de changer les choses. Nous en voyons ici un exemple (qui me fait même changer qq peu d’avis – SYRISA me semble en fait plus rationnelle et surtout plus honnête que la troîka complice de mafieux milliardaires !).
      Malheureusement ARTE est loin d’un média de masse.

      1. @ Vigneron

        « paranoïa »…? C’est sans doute votre opinion sur la forme terminale de mon commentaire , opinion respectable au demeurant…
        Quant au fond = le contenu de l’émission ? Rien que du déjà vu? Sans intérêt?Autre?

  4. Paul Krugman (prochainement en français sur le site de la RTBF), résumé par Jacques Sapir:

    En fait, la Grèce a obtenu plusieurs choses :
    La Grèce n’est plus obligée d’atteindre un excédent budgétaire primaire de 3% cette année. L’équilibre seul est exigé.
    Le « contrat » qui court sur 4 mois est explicitement désigné comme une transition vers un nouveau contrat, qui reste bien entendu à définir.
    La « Troïka » n’existe plus comme institutions, même si chacune de ses composantes continue d’exister. C’en est donc fini des équipes d’hommes en noir (men in black suits) qui venaient dicter leurs conditions à Athènes.
    La Grèce écrira désormais l’ordre du jour des réformes, et elle l’écrira seule. Les institutions donneront leur avis, mais ne pourront plus faire d’un point particulier de ces réformes une obligation impérieuse pour Athènes.

    1. La Grèce écrira désormais l’ordre du jour des réformes, et elle l’écrira seule

      Ah ça, pour sûr, la Grèce pourra plus dire que la Troïka a écrit la feuille de route à sa place puisque primo il n’y a censément plus de Troïka et secundo c’est le gvt Tsipras lui-même qui l’a rédigée.
      Tiens, y paraît que le ministre grec de l’énergie ne serait pas spécialement aligné pile-poil sur l’analyse sapiro-krugmanienne à propos des privatisations désormais formellement promises par Tsipras dans son secteur de compétence…

  5. je rejoins jp dambrine
    en ajoutant que la « troïka », le gouv allemand et par voie de conséquences une ultra majorité des gouv européens n’ont aucun intérêt à laisser se développer la « verrue » syrisa en europe
    il est clair que l’europe joue l’effondrement de syriza en grèce, et sera beaucoup plus encline à discuter avec un gouv de coalition plus « acceptable » qui, au moins ne se posera pas de vulgaires préoccupations humanitaires
    on se retrouverait enfin enfin  » entre têtes connues  » comme dit si bien junker
    d’autant que syriza est une sorte d’abcès démocratique qui fait peur par son risque de contagion
    hollande ou renzi l’auraient soutenue, comme ils l’auraient du, qu’ils s’exposaient à l’immédiate réplique de leurs peuples respectifs :  » on vous a élu pour ça »
    et j’imagine hollande se tortiller pour réexpliquer son pacte de responsabilité et sa loi macron

    1. Deux choses.Ce qu’on appelle les 4,5% concerne le « surplus primaire » du compte extérieur
      grec,évoqué par Paul Krugman.Rien à voir avec cette « règle » dite des 3% de dette publique
      rapportée au PIB (chose assez stupide en période de stagnation approximative…)Le surplus
      extérieur primaire existe en Grèce et c’est tout à fait bon signe.

      Quant à tous les « prévisionnistes » de malheur en Grèce et en Europe,il faut savoir qui parle….
      Désolé,mais je ne crois guère à ce que peuvent plus ou moins affirmer par exemple les
      Garry Jenkins,Ilan Solot,ou Takiz Zamanis.Les deux premiers sont « responsables de la stratégie »
      crédit formés aux USA,le second n’a sommes toutes qu’un « Master »,et un MBA brésilien.Quant au 3ième, c’est un « trader ».Ces gens là,on le sait,sont prêts à jouer tout à la fois à la hausse
      ET à la baisse de n’importe quoi.Ils sont là pour faire du fric,et peuvent tous se tromper!

    1. N’empêche que je ne serais pas surpris outre mesure que quelques zinvestisseurs bien informés (pas vrai Georges ?) eussent fait quelques tonitruants profits sur les obligations et actions grecques durant le volatilissime mois que viennent de vivre les valeurs grecques…

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