LA RANÇON DE LA PUSILLANIMITÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Les plus hautes autorités européennes offrent un étonnant spectacle à l’approche d’une nouvelle réunion de la dernière chance avec leurs débiteurs grecs. Jeroen Dijsselbloem, qui préside l’Eurogroupe dont la prochaine réunion se tiendra demain jeudi, en est à déclarer que celui-ci « reste ouvert aux propositions grecques », ce qui doit s’interpréter comme un appel à propositions pour sortir de l’impasse, faute d’en disposer soi-même.

Pour Michel Sapin, qui appelle ceux qui discutent avec le gouvernement grec à « prendre leurs responsabilités » , le ton est alarmiste car « aucun d’entre nous (…) ne peut se résoudre à un échec qui serait gravissime pour la Grèce, mais aussi extrêmement grave pour le projet européen ». Mais cela ne le conduit pas à proposer une ouverture. Martin Jäger, le porte-parole de Wolfgang Schäuble, propose quant à lui de « faire un pas en avant », mais il ne précise pas ce que pourraient être les « attentes réalistes » dont il se prévaut et qui débloqueraient la situation.

Un constat s’impose : les dirigeants européens se sont enfermés dans la cage qu’ils ont eux-même construite et dont le FMI a fermé la porte. Ils se sont empêtrés dans leurs propres contradictions. Les Grecs avaient pourtant prévenu qu’ils avaient des lignes rouges – qu’ils ont même accepté de grignoter – et ils n’ont pas varié depuis. Symboliquement, Alexis Tsipras va rencontrer Vladimir Poutine à Moscou pour discuter business pendant que va se tenir à Luxembourg une réunion de plus pour rien.

On en finirait par presque s’apitoyer sur le sort de ces ministres des pays de la zone euro et hauts responsables européens ou du FMI, qui multiplient les réunions, ne savent plus à quel saint se vouer, et qui se raccrochent à des solutions qui accentueraient le désastre qu’ils ont créé en Grèce. Et qui, devant le refus de leurs victimes de poser la tête sur le billot, se retrouvent tout démunis. Désarçonnés par ces dirigeants grecs qui ne jouent pas leur jeu et s’en tiennent mordicus à leur mandat. Habités par la hantise de devoir négocier une restructuration de dette résultant des largesses dont ils ont fait bénéficier les banques européennes. Confrontés à une situation imprévue et politiquement déstabilisante, qui pourrait même faire voler en éclat le carcan budgétaire européen qu’ils ont adopté par ricochet.

Qui aurait pu penser que les Grecs parviendraient à force d’opiniâtreté à un tel résultat ? Ce que ni Matteo Renzi ni François Hollande ne se seront résolus à affronter, préférant biaiser et les abandonnant au passage, les dirigeants grecs l’ont fait. Quel peut dorénavant être le coup d’après ? Une situation entre deux eaux où le défaut de remboursement du FMI devenu inévitable n’aboutirait pas à une sortie de l’euro, mais comment et pour combien de temps ? L’adoption péniblement accordée d’une nouvelle rallonge au plan de sauvetage en cours, mais pour quoi faire à l’arrivée ? Un lamentable projet de renforcement de la zone euro, dont le principal souci est de ne pas imposer de retourner devant les électeurs, a été rédigé par les présidents du Conseil européen, de la Commission, de la BCE et de l’Eurogroupe, dans la perspective du Conseil européen des 25 et 26 juin prochains. Il est à l’image des négociations avec la Grèce qui sont en train d’échouer, illustrant leur pusillanimité. Il faut que ce soit l’OCDE qui appelle dans une étude à réformer le secteur financier afin d’encourager la croissance et de faire face au développement des inégalités. Mettant le doigt sur ce phénomène essentiel qui est si soigneusement tu, observant que « une poursuite de l’expansion [du crédit] aura plus de chances de ralentir la croissance que de l’encourager », sans toutefois en tirer toutes les conséquences.

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