Crédits structurés Dexia : Lâche soulagement !, par Marc Le Son

Billet invité.

Au constat que 80% d’entre elles (soit 676/850) auraient déposé un dossier au fonds de soutien, le secrétaire d’Etat chargé du Budget voit la preuve que « les collectivités ont choisi de faire confiance au gouvernement ». (Les Echos, 22/06/2015).

Chamberlain racontait qu’il eut peur d’être maltraité par la foule qui se pressait devant son avion de retour de Munich avant de ressentir « un lâche soulagement » quand il comprit qu’elle l’acclamait pour avoir écarté la guerre : ce lâche soulagement était partagé par cette foule apeurée qui, finalement, ne fit qu’ajouter la honte à sa souffrance.

La peur est aussi celle qui conduirait ces collectivités à « faire confiance au gouvernement » qui leur demande de renoncer au juge comme si le judiciaire pouvait devenir leur adversaire et celui de l’exécutif sans que la démocratie n’en souffre.

La honte, c’est encore refuser d’identifier comme nouveau « cheval de Troie » ce « fonds de soutien » destiné à valider de folles prétentions à indemnités (IRA) en oubliant que, s’il faut craindre les Grecs, c’est surtout quand ils font des cadeaux…

IRA furor brevis est

Ces indemnités sont établies par le taux actuel de ces prêts indexés et c’est le niveau invraisemblable atteint par ce taux qui fixe leur montant.

Pure folie puisque ces prétendues « IRA » dépassent souvent le montant de la dette résiduelle et que c’est là que le venin répandu par ces « prêts toxiques » produit ses effets les plus délétères car ces IRA ne peuvent être dues : elles sont fixées des taux relevant d’une tromperie de grande ampleur.

Un multiplicateur d’indice occulté

Ce qu’a révélé la brutale remontée de 20% du franc suisse par rapport à l’euro le 15/01/2015, c’est que le taux de nombreux crédits consentis a augmenté dans des proportions autrement plus importantes : la presse foisonne de cas où le taux de base aurait subitement triplé.

Or le triplement d’un taux, c’est une augmentation de 200% et chacun peut comprendre que 200% d’augmentation, c’est exactement dix fois la variation de 20% d’un indice.

On comprend alors comme évidence que l’indexation de ces prêts n’était pas faite sur l’évolution du franc suisse, mais sur dix fois celle-ci et que, cette singularité ne ressortant pas de la simple lecture des actes, ces collectivités ont été abusées, flouées, trompées une première fois et qu’elles se préparent à l’être une seconde fois en réglant les IRA qui en résultent.

Ce n’est pas céder à la démesure que souligner qu’il s’agit probablement là de la plus vaste opération de délinquance en col blanc qu’ait connue la République car si accepter une indexation sur un indice aussi volatil qu’une parité monétaire est déjà une prise de risque importante, aucun élu n’aurait accepté de jouer au casino avec les fonds publics en misant dix, vingt ou trente fois plus.

C’est pourtant bien de cela dont il s’agit : un « crédit toxique », ce n’est pas un prêt indexé sur des indices exotiques, mais un crédit affecté d’un coefficient multiplicateur occulté de la moindre variation de ces indices et il faut alors comprendre que les péripéties du TEG n’étaient qu’un moyen édulcoré d’anéantir un procédé malhonnête.

Alors, évidemment, on comprend bien ces élus locaux qui craignent moins l’aléa judiciaire que l’écoulement du temps procédural pendant lequel il faut bien plier l’échine, renoncer aux investissements nécessaires, assumer l’aide sociale ou encourir les reproches de l’électorat en se disant que renoncer au chant des Sirènes peut conduire de Charybde en Scylla.

Mais les juges, renonceront-ils à eux-mêmes alors qu’ils sont devenus le dernier rempart contre la désespérance de la finance folle ?

S’ils le faisaient, là, vraiment, il y aurait de quoi avoir honte mais l’histoire est en train de s’écrire et les premières décisions des tribunaux saisis de cette difficulté sont attendues pour le dernier trimestre 2015.

Décidément non, qu’il s’indigne pendant qu’il est encore temps car si le peuple doit accorder son crédit ce sera plus au pouvoir judiciaire qu’à tout autre, la loi ayant pour objet de le protéger et, en principe, étant la même pour tous.

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