De la trahison de la science et du moyen de la retrouver, par Ioana-Noemy Toma

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Jean de La Fontaine,
L’AVANTAGE DE LA SCIENCE,  Livre VIII, fable 19 

Entre deux Bourgeois d’une Ville
S’émut (1) jadis un différend.
L’un était pauvre, mais habile,
L’autre riche, mais ignorant.
Celui-ci sur son concurrent
Voulait emporter l’avantage :
Prétendait que tout homme sage
Etait tenu de l’honorer.
C’était tout homme sot ; car pourquoi révérer
Des biens dépourvus de mérite ?
La raison m’en semble petite.
Mon ami, disait-il souvent
Au savant,
Vous vous croyez considérable ; (2)
Mais, dites-moi, tenez-vous table ? (3)
Que sert à vos pareils de lire incessamment ? (4)
Ils sont toujours logés à la troisième chambre,
Vêtus au mois de Juin comme au mois de décembre,
Ayant pour tout Laquais leur ombre seulement.
La République a bien affaire
De gens qui ne dépensent rien :
Je ne sais d’homme nécessaire
Que celui dont le luxe épand beaucoup de bien.
Nous en usons, Dieu sait : notre plaisir occupe
L’artisan, le vendeur, celui qui fait la jupe,
Et celle qui la porte, et vous, qui dédiez
À Messieurs les gens de finance
De méchants livres bien payés.
Ces mots remplis d’impertinence
Eurent le sort qu’ils méritaient.
L’homme lettré se tut, il avait trop à dire.
La guerre le vengea bien mieux qu’une satire.
Mars détruisit le lieu que nos gens habitaient.
L’un et l’autre quitta sa ville.
L’ignorant resta sans asile ;
Il reçut partout des mépris :
L’autre reçut partout quelque faveur nouvelle.
Cela décida leur querelle.
Laissez dire les sots ; le savoir a son prix.

 

(1) s’éleva
(2) qui doit être considéré
(3) tenir table : donner à manger
(4) sans cesse

Il semble que la morale de cette fable a été trahie par le genre humain, l’avantage de la science est méconnu, au profit du confort matériel. Le but supérieur de l’existence, celui du « savoir-vivre » (Edgar Morin) dans un monde complexe, en connaissant et en respectant ses lois (Friedrich Nietzsche, « Tout individu collabore à l’ensemble du cosmos.”), est saboté sans cesse par les adeptes d’un agnosticisme pervers du réel. « Il y a des sécheresses, des maladies, des fraudes, des guerres sur la planète ? Ne vous en faites pas, c’est votre confort personnel qui compte ! » La dictature de l’intérêt privé, obsédée par l’exploitation des autres, foule au pied la raison du savoir-pour-vivre. Allons-nous nous laisser faire?

La société de la connaissance est minée par les intérêts corrompus, par une « culture » du mensonge. « … Le terme même de réforme a fini par signifier exactement le contraire d’une avancée vers la justice sociale. » (Pierre Dardot, Christian Laval, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, Paris, 2014, p. 571). Les « puissants » passent tout par le crible des calculs mesquins, déformant la vraie connaissance par l’intermédiaire d’interprétations viciées. Les citoyens de ce monde sont obligés de supporter le désordre et l’hyper-inflation des connaissances, des rideaux de fumée informationnelle intoxicante et la démagogie financière. Les principes du droit solidaire ont été remplacés par l’intérêt privé d’un groupe de charlatans avides, qui font passer dans la société la « peste » de l’auto-contentement à l’état de fausseté et d’indifférence à la justice.

Par contre, le pouvoir de création des humains est fantastique, il y a des logiciels gratuits, d’autres ressources gratuites, des promotions de biens et services gratuits. La nature même nous enseigne chaque jour la gratuité des actions, à partir de la conception d’un nouveau être (une mère et un père DONNENT existence à un enfant gratuitement) et à travers sa vie, jusqu’au repos final. N’occultons pas cette gratuité, elle est essentielle pour la vie. Les Beatles chantaient: « Can’t buy me love. »

Alors, un système du travail utile et gratuit, non-dépouilleur de ressources et non-gaspilleur, à la manière de la nature, de la famille naturelle, qui se développe en partage gratuit des compétences, pourrait faire échapper l’humain à la pente destructrice et autodestructrice de l’argent manipulé malhonnêtement, aliéné et aliénant. Il est vrai que même quand on récolte des fruits on s’approprie des choses qui ne nous n’appartiennent pas, mais nous pouvons le faire avec plus de rationalité, de parcimonie et de respect de la source.

Le passage vers la gratuité peut se faire graduellement, en cooptant des travailleurs des différents métiers et professions, qui reconnaissent la réalité, l’importance et la valeur en soi du travail bénévole. Celui-ci peut être enregistré dans des registres, comme contribution à la civilisation humaine, sans le faux prix qui est généralement accepté aujourd’hui. Car ce prix est un moyen d’humiliation et d’asservissement de l’intelligence et du talent humain, libre par nature. Il faut libérer le travail de cette marchandisation indigne (Engels disait que « Le travail ennoblit »).

Pensons par exemple au travail des médecins : c’est un savoir valeureux, utile et gratuit par nature. L’assurance-maladie n’est pas nécessaire, parce qu’un médecin peut réaliser un diagnostic et un traitement en bonne conscience, gratuitement. L’assistance médicale gratuite existe en fait, pour les urgences, elle doit simplement être généralisée. Ainsi des autres services utiles que l’humanité a inventés. Un autre exemple : les communautés chrétiennes monacales des déserts, où le vœu de pauvreté assurait en fait la gratuité des échanges et une assez grande liberté de pensée (mise à part la dépendance vis-à-vis de l’illusion surnaturelle).

Les paroles d’un moine du désert peut faire le lumière sur la nécessité de réduire l’inflation des mots qui accompagne l’injustice mensongère, de penser à l’essentiel :

Abraham told of a man of Scetis who was a scribe and did not eat bread. A brother came to beg him to copy a book. The old man whose spirit was engaged in contemplation, wrote, omitting some phrases and with no punctuation. The brother, taking the book and wishing to punctuate it, noticed that words were missing. So he said to the old man, ‘Abba, there are some phrases missing.’ The old man said to him, ‘Go, and practise first that which is written, then come back and I will write the rest.’

Ce trésor de pensée très humaine (à l’exception des superstitions), préoccupée par l’innocence et la justice doit être englobé, d’une manière rationnelle, dans l’héritage de la culture humaine solidaire et valorisé pour réussir la récupération de l’humanité constructrice. Il est de notre devoir de sauvegarder les bonnes pratiques que les humains ont pu développer dans l’histoire, et d’en faire des lois et des règles pour protéger avec sagesse la vie terrestre – tout ce que le néolibéralisme veut exposer au pillage et à la destruction.

Pensons donc à récupérer la science essentielle et à lui donner les moyens de survivre dans la société humaine. Car le prix de la science, celui que la justice sociale exige, ce n’est pas un prix matériel, c’est sa reconnaissance intellectuelle et sa continuation, en vue du progrès civilisationnel. Ainsi pourra-t-on aussi renforcer la gratuité naturelle par une gratuité apprise et reconnue socialement, en tant que composante de l’existence civilisée. Pour réaliser l’Utopie de Thomas More: « Ita tota insula velut una familia est » : « Ainsi toute l’île est comme une grande famille ».

Jaurès nous a prévenus :

Tant que le prolétariat ne sera pas assez organisé pour amener l’Europe à l’état d’unité, l’Europe ne pourra être unifiée que par une sorte de césarisme monstrueux, par un saint empire capitaliste qui écraserait à la fois les fiertés nationales et les revendications prolétariennes. Nous ne voulons pas d’une domesticité internationale. Nous voulons l’internationale de la liberté, de la justice et du droit ouvrier.

La vie peut se concevoir dans la liberté de la connaissance, la justice d’une société familiale et le droit de travailler pour le bonheur commun et privé.

 

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46 réflexions sur « De la trahison de la science et du moyen de la retrouver, par Ioana-Noemy Toma »

  1. Il reste à écrire la  » morale » d’une fable qui serait « le bourgeois et le citoyen » … dans le même individu .

    Pour le distinguo entre la science=les savoirs, et le savoir = connaissance singulière ,il y a déjà eu ici un billet en 2007.

    Tous les pères et mères de famille (de sang ou d’adoption , pour moi il n’y a pas de différence), et les « enseignants » , savent par contre la difficulté de la transmission tant des savoirs que du savoir .

    Peut être l’acceptation moins ironique ( même si la suspicion reste nécessaire) et plus perméable de ces transmissions ,sera -t-elle rendue plus aisée et rapide par l’urgence des défis de plus en plus lourds et complexes.

    Car dans la méthode  » essai-erreur » ,qui a été la nôtre jusqu’à ce jour pour prendre ou pas ce que nos parents ou institutions nous « dictaient-conseillaient-indiquaient » , l’erreur était réversible ,alors qu’elle ne l’est plus .

    Mais même de ça , il semble impossible de  » convaincre », alors qu’on n’a plus la corde pour donner l’apprentissage du vide (du précipice).

  2. Dans la notion de gratuité trouve-t-on une notion de valeur ou de non-valeur?
     
    Un extrait sur une non-monnaie: « D’après la littérature anthropologique sur ce qu’on appelle la « monnaie primitive » – celle que l’on trouve là où il n’y a ni Etat ni marché, comme le wampum chez les iroquois, la monnaie tissu en Afrique ou la monnaie plume aux îles Salomon – on découvre qu’elle est presque exclusivement utilisée pour le type de transactions dont les économistes ne veulent pas parler./…/
    Souvent les monnaies de ce genre ne servent jamais à acheter ni à vendre quoi que ce soit. On les utilise en réalité pour créer, maintenir et réorganiser autrement des relations entre les personnes: arranger les mariages, établir la paternité des enfants, éviter les vendettas, consoler les endeuillés, demander pardon en cas de crime, négocier des traités, acquérir des partisans – bref pratiquement n’importe quoi, sauf vendre et acheter des ignames, des pelles, des cochons ou des bijoux./…/
    Souvent, ces monnaies étaient extrêmementt importantes: on pourrait même considérer que la vie sociale tournait entièrement autour des façons de les obtenir et de les donner. Il est clair qu’elles incarnent une conception totalement différente de l’objectif d’une monnaie, ou d’une économie./…/
    Dans ces sociétés (pas nécessairement plus humaines) Il s’agit de systèmes économiques essentiellement soucieux non d’accumuler des richesses, mais de créer, détruire et redisposer des êtres humains. »
    (Dette: 5000 ans d’Histoire,David Graeber. Ed. Les liens qui libèrent)

  3. Lisant cette fable de La Fontaine, je me demande si Mandeville à vraiment traduit cette dernière « L’avantage de la science ». Un vrai camouflé à celle qui a fait sa renommée.
    Ravissant d’écriture. C’est le XVII iéme ! … et c’est La Fontaine.
    Et c’est ce que vous soulignez plus précisément.

  4. Jaurès nous a prévenus :..

    A maintes reprises, sur ce blog j’ai répété la même idée, sans le style de J Jaurès.

    Le nationalisme livre les peuples pieds et poings liés aux mafias qui se jouent des frontières.

    Constatons qu’hélas, même sur ce blog, le ventre est encore fécond …

    Nous devons lutter pour des états-unis d’ Europe (c’est trop tôt pour le niveau mondial) plutôt que nous racrapoter sur nos étroits territoires.

     

    1. … lutter pour des états-unis d’Europe

      Etes-vous bien sûr que ce soit l’objectif de Jean Jaurès ? Il parlait du prolétariat, pas du système anti-social mis en place depuis Maastricht, voire depuis le début.

       

  5. Une société ou chacun offrirait ses compétences et son travail gratuitement à la communauté, de même que chacun se verrait offrir les ressources physiques qui lui seraient nécessaires (ben oui), une telle société serait certes idéale.

    Mais si cela peut fonctionner dans des circonstances et sur des objets très particuliers, j’imagine mal que cela soit gérable à l’échelle des besoins en général, et pour des communautés de millions ou milliards d’individus.

    Cela demanderait quelques éclaircissements…

      1. « Pas le choix de toutes façons… »

        En effet, la Grèce fonctionne comme un prototype, lors d’un effondrement en cours.

        Ce genre de situation, amené semble-t-il à se multiplier, offre, par la force des choses l’opportunité de changements radicaux, impossibles à mettre en œuvre tant que la machine tourne.

        Les effondrements ne sont en général évidents que de ceux qui les subissent et ne sont pas simultanés. Par contre, lorsqu’on parvient à les entrevoir, ils peuvent nous donner des leçons, entre autres celle-ci: il est rare qu’on puisse les empêcher.

      2. La situation de la Grèce est transitoire, un tel système ne peut fonctionner sur la durée, sauf à ne pas s’en sortir.

        Le problème est qu’ils n’ont pas les ressources industrielles capable de leur permettre de s’affranchir de leurs bourreaux.

        Ils risquent d’avoir à attendre que des pays mieux pourvus (nous?), si leurs entreprises ne sont pas aussi détruites par les fous furieux de Bruxelles, s’effondrent pour ensuite, ensemble, construire autre chose.

        En espérant que  ce soit plus intelligent que le Système actuel…

      3. Entre autogestion et gratuité il y a un monde. Si les autogestionnaires grecs ne sont pas rémunérés en salaire pour cause de collapse banco-étatique, vous pouvez être surs qu’ils le sont « en nature ». Croire en la gratuité dans ce cas, c’est faire de l’humour noir…

    1. Entre gratuité et salaire exorbitant et dans le cadre d’une gestion efficace des ressources il y a le revenu minimum universel et le revenu maximum.

      À talent égal, salaire égal, un n’a pas plus de mérite que l’autre, le médecin a autant besoin de l’agriculteur que ce dernier de l’autre.

      Chacun sa vocation, travailler pour l’argent n’est pas une vocation……

      1. Le Revenu universel est une évidence. Il devrait correspondre à une part de la rente générée par le capital que représentent les Ressources primaires, offertes par la Nature et les générations précédentes.

        Par contre je ne vois pas comment définir de manière rationnelle, et non autoritaire, un revenu maximum.

        L’injustice de certains revenus astronomiques, ne vient pas de ce qu’ils sont astronomiques, mais qu’ils ne sont en rien justifiés, si ce n’est par la capacité de prédation de leurs bénéficiaires,

        et de ce que ces revenus leur permettent d’accumuler de manière astronomiques des ressources physiques qui manquent ainsi aux autres, et de ce qu’ils en tirent un pouvoir économique, qui est le pouvoir réel, infondé.

        Inversement, cela ne me choquerait pas que des personnages qui ont apporté énormément à l’humanité, que ce soit Pasteur ou de grands compositeurs, etc…, ne reçoivent énormément.

         

      2. @ DG

        Je pense que l’expérience finlandaise est un premier pas vers l’oeconomia (opposée à la chrématistique, facteur de déséquilibre et qui, à mon avis, n’a plus sa place dans une économie mondialisée). Je vois le revenu universel comme la cellule  totipotente en biologie. Et la modulation des revenus comme une différenciation cellulaire, le revenu de chacun étant proportionnel (le prix comme proportion chez Aristote) à l’utilité sociale définie par le  projet de société. L’élite sociale est celle qui a la capacité (et non le pouvoir!) d’organiser la société en vue de réaliser le projet de société.

        L’élite au pouvoir actuellement n’a pas cette capacité et se défausse à coups de prétendue auto-organisation, de main invisible du marché, de chaos constructif, etc. justifiant l’absence de projet et de véritable organisation. Pour moi cette élite auto-proclamée est constituée de véritables charlatans.

    2. Cela demanderait quelques éclaircissements…

      Il me semble que la question sous-jacente c’est celle que posait Foucault

      La question des conditions de possibilité.

      Dans un monde ou la marchandise est le paradigme quasi universel, quelle est la place pour une économie du don et du contre-don ? Et sous quelles conditions ?

      1. Il me semble que, de manière générale, la condition serait que chacun ne manque de rien, or certains sont toujours en manque.

        De ce fait une telle économie est inapplicable, sauf localement en sélectionnant soigneusement les …  moines.

  6. « La vie peut se concevoir dans la liberté de la connaissance, la justice d’une société familiale et le droit de travailler pour le bonheur commun et privé. »

    Un petit effort encore, avec quelques accords et deux tons au dessus, ça donne un air bien connu !

    Soigner est un travail gratuit par nature ? Nourrir aussi ? Puis écrire des livres, monter des murs, enseigner aussi ? Bravo, vous avez gagné votre médaille en chocolat de plus beau parleur de la semaine. Vous ouvrez le bal, on est Lundi, vendredi ça promet, le p’tit jésus va passer pour un horrible arriviste à ce rythme.

    Comme prix spécial, comme toute l’ïle est une grande famille, je vous invite 1 mois sur un petit bateau avec 10 personnes prix au pif dans la rue. La gratuité hein ? Venez la tester en vrai…

    1. Les humains ont fait, les humains doivent défaire. Pour un rappel des possibilités d’organisation solidaire, non-« compétitive »: http://www.finitude.fr/index.php/livre/la-vie-dans-les-bois/ .

       

      1. Oui vivre dans les bois ! Mon dieu que c’est pittoresque. A 12 ans j’y faisais des cabanes, j’adorais.

        Mais dans les bois, comment dire, pour toute une catégorie d’être humains, c’est un environnement plutôt hostile. Ainsi hors de toute considération moderne, dans les bois, vous pouvez réduire l’amplitude où l’on a cherché et réussi à maintenir, retenir, augmenter la vie, chez les prématurés, les grands malades, et les très vieux entre autres.

        Dans les bois encore, il est très facile de se déplacer en fauteuil roulant comme chacun le sait.

        Enfin, dans les bois, tout apnéique du sommeil passera de merveilleuses nuits sous les étoiles  sans sa ppc.

        Donc, je vous rappelle cette petite cantine qui vaut bien la Fontaine : Promenons nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas …

      2. Face au Système, et faute d’alternative pensée, beaucoup se réfugient dans des fables,  de même que certains s’imaginaient aller sur la Lune en y envoyant un obus.

        Notez que depuis, nous sommes allé sur la Lune.

        Mais ça a demandé des gros moyens et une certaine organisation

        Si vous voulez conquérir le bonheur sur Terre, c’est pareil, il va falloir sortir des rêveries,

        Comprendre que donner le pouvoir a des illuminés (comment appeler autrement des personnages qui s’imaginent avoir, seuls, les compétences ad hoc?)  illuminés en fait manipulés par ceux qui détiennent le vrai pouvoir: celui du Fric.

        Et prendre le problème par le bon bout, comme on a fait pour aller sur la Lune…

         

      3. @ DG

        J’aime bien votre métaphore lunaire (je me répète!) tout à fait lamarckienne: un projet d’abord, une organisation pour tenter de le réaliser ensuite.

        L’évolution des sociétés est lamarckienne alors que les « élites » actuelles nous imposent une évolution « darwinienne » (c’est à dire darwinienne à la sauce « élites », Darwin étant en partie lamarckien -cf. Sa théorie des gemmules) sans autre projet que le barbare « Struggle for (individual) Life ».

        Donnons-nous un projet commun à notre espèce puis organisons-nous pour le réaliser.

        J’ai déjà écrit ça en commentaire sur ce blog et quelqu’un a fait remarquer que la diversité des cultures fait qu’un tel projet commun est irréalisable.

        Il y a indéniablement dans la nature (dont nous faisons partie intégrante -la nature n’est pas parquée dans des parcs naturels) une luxuriante diversité. Mais il y a aussi, « on » 🙂  m’en a convaincu, une profonde unité.

        Pour revenir au concret (qui vous est cher) je pense que les projets fonctionnels ne sont pas aussi fréquents que ça mais que, par contre, les façons de le réaliser peuvent être multiples.

        Par exemple relier deux villes. Par eau, par terre, par mer. Si choix par terre, par train ou par camion. Si choix par train, nécessité de construction d’une voie ferrée cad d’une chréode (cf. PSI!), nécessité de retourner la locomotive en fin de ligne. Là encore plusieurs possibilités: terminaison par boucle « en poire » ou à deux rebroussements, ou par plateau tournant. Etc.

         

         

         

      4. @BasicRabbit

        Merci de votre commentaire. Parfois j’ai du mal à vous suivre, mais là c’est 5/5.

        Nous sommes sur la même longueur d’onde.

        Je suis heureux d’apprendre que je suis lamarckien, et non darwinien.    Passez leur le bonjour de ma part!

      5. DG

        « Heureux d’apprendre que je suis lamarckien ».

        A lire ses commentaires je me suis convaincu que Jducac était un darwinien (façon « élites » actuelles et non façon Darwin) pur jus. Ceci explique peut-être cela. 🙂

        Pour moi les logisticiens sont typiquement des lamarckiens (leur métier consiste à organiser pour réaliser un projet -par ex aller sur la lune). Même lorsque ces  logisticiens carburent au « Struggle for Life »!

        Pour moi l’élite exécutive d’une société doit être constituée en grande partie de logisticiens. Mais ce n’est pas à cet exécutif de définir le projet, de donner la feuille de route…

    2. ce n’est pas à cet exécutif de définir le projet, de donner la feuille de route…

      Non, bien sur.

      Le projet doit être débattu par les peuples, éclairés par toutes sortes de spécialistes du social, de l’écologique, de l’humain etc.,  qui seraient là pour exposer les choix possibles. Les logisticiens en précisant la faisabilité, et exécutant ensuite les projets ainsi définis.

      C’est à ça que devraient servir les médias de masse, dans une démocratie! (pas que, on est d’accord)

      (En l’an 3000, si on est pas morts avant.)

  7. ‘Go, and practise first that which is written, then come back and I will write the rest.’

    Je me demande parfois si nous ne passons pas beaucoup de temps (trop de temps ?) à dire et à écrire. Go and practise first…

    1. Je suis de votre avis…. Des mots , des mots, des mots, toujours des mots

      Nous traversons un temps d’incertitudes et d’infamies

      Les Grecs regardent le ciel et n’y trouvent partout que la morte peinte

      Je n’en peux plus de tant attendre ce bonheur rare d’être ensemble dans la lutte

      mes plus cordiales salutations à vous Pascal

    2. Bien sûr vous avez rectifié : il s’agit de la Mort Peinte et j’aurais pu rajouter d’autres peuples aux Grecs : les Syriens, les Palestiniens, les Kurdes etc hélas…

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    J’attends des commentaires à ce billet des informations et des liens  à partager sur cette  thématique de la gratuité, que l’auteur propose en réponse forte , me semble-t-il,  à un libéralisme économique  actuel débridé.  Cette proposition demande en effet réflexion. Personnellement je ne crois pas que la gratuité soit une réponse, sauf dans certains champs limités d’activité, à préciser.  Gratuité selon le Robert est synonyme de libéralité,  et le sens dérive vers l’ « acte gratuit » c’est-à-dire n’obéissant pas à une quelconque logique . En apparence?  Dans son « Essai sur le don » (très bon article à ce propos sur Wikipedia),  Mauss écrit que «  refuser de prendre [ ce qui est  libéralement offert]  revient à déclarer la guerre, c’est refuser l’alliance et la communion », comme  du pauvre savant avec le riche sot  selon la fable ?

  9. La gratuité serait la solution. Donc l’argent, la monnaie le problème ?

    Je ne pense pas car il reste l’envie, le besoin chez certains, chez la plupart, de posséder. Qui est lié à la volonté de surclasser et à la volonté de se rassurer. Posséder des billets verts, des plumes, des cacahuètes ou des savoirs.

    Posséder pour combler nos manques, se rassurer de nos faiblesses.

    Confondre être et paraître.

    Instagram, Facebook ou autre raconte la vie que l’on veut montrer. Des mises en scènes. Le paroxysme du paraître. Le nombril qui cache une forêt sans arbre. Des selfies de vides.

    Le jour où l’on ne trouvera pas incongru que le premier ministre de ce pays vive de dons et ne possède rien, j’y croirai peut-être.

    Pour l’instant, une starlette de télé-réalité bling-bling est l’idole des jeunes.

  10. Billet bien rafraîchissant. D’accord avec Jaurès, « nous ne voulons pas d’une domesticité internationale ». Mais j’en profite pour dire que l’internationalisme n’a de sens que si  l’entente et le rapprochement entre nations en constitue le fondement et non la suppression des frontières et l’effacement des nations (internationalisme = entre nations, intersyndicale=entre syndicats, interprofessionnel= entre professions…). C’est Régis Debray qui lors d’une conférence au Japon fit l’Eloge des frontières. Donc pas d’internationalisme sans nations, nationalisme est connoté « réac » pourtant c’est la voie vers le dialogue respectueux entre les peuples, c’est un problème de vocabulaire, comme l’exemple cité « réforme » qui devient le contraire d’une avancée, et on peut toujours faire la mijaurée en préférant le terme de « patriotisme », pour moi le « nationalisme » c’est du plomb que l’on peut transformer en or, comme la classe dominante transforme l’or en plomb (réforme, la liberté c’est l’esclavage…).

    Par contre, concernant les médecins, et dieu sait si je les admire pour leur savoir, il faut constater que leur désir de rentabilité les conduit parfois à la fraude à l’assurance maladie, qu’ils désertent des territoires pour profiter d’un meilleur « savoir-vivre » en ne faisant plus de gardes le week end, et que les bénéficiaires de la cmu peuvent avoir quelques difficultés pour se faire soigner. Mais bien sûr nous devons respecter leur savoir (sauf peut-être les psychiatres, mais bon, ça viendra peut-être avec les avancées de la science)

    Sinon, que penser du prélèvement de l’impôt à la source, et même du consentement à l’impôt, dans ces temps si troubles où l’Etat sert le bourgeois et lèse chaque jour un peu plus le citoyen.

    Enfin, que penser de ces chercheurs qui s’orientent vers la recherche privée qui donne des moyens bien supérieurs que dans le public. Comme dans les neurosciences, où il semble que le neuromarketing permet des avancées assez spectaculaires, sauf que c’est pour mieux nous manipuler!

    1. + 1

      Éloge de la frontière  – R. Debray

      « Si vous ne voulez pas de frontières, vous aurez des murs »

      L’argent lui, joue les saute-murailles.

       

  11. La compétition
    La prédation
    Le parasitisme
    La symbiose
    Le mutualisme
    Le commensalisme
    le neutralisme

    C’est fou il faut 2 sites pour trouver les 7 interactions qui sont une des bases de l’écologie (wiki associe prédation et parasitisme c’est un moyen et allo prof oublie le neutralisme), comme quoi l’écologie c’est comme les frites Mc Cain, c’est ceux qui parlent le plus…

    La gratuité implique quoi? le mutualisme? ok mais c’est pas forcement un don (qui est plutôt le commensalisme) et la communauté est plutôt l’espoir d’une symbiose, alors qu’on semble plus doué pour le neutralisme.

    Un Médecin (et tout ceux qui font des études supérieurs surtout au milieu de celle-ci) comptent ces années d’études comme des revenus en moins par rapport à un salarié (9 ans même au smic j’ai au moins 100 000 euros de retard, on peut aussi faire le calcul inverse si j’ai 1000 euros de retraite en plus que mon voisin boucher, cela équivaut sur 20 ans de retraite à un capital de 240 000 euros, si mon boucher revend son fond 200 000 euros et qu’on vit jusqu’à 80 ans je suis gagnant)

  12. @samuel

    ajoutez le narcissisme

    Ces trois mots ne prétendant pas être « évalués selon leur mérite propre », en dehors de mettre en évidence un « entre soi » préjudiciable à la majorité.

    Ce qui risque de s’évaporer, d’ici ?

      1. Exact !

        en poursuivant, dans la « prédation » aussi, avec l’élimination de ce qui gênerait les forts, les rendant encore plus forts, pour un temps, un temps seulement…

    1. Et l’émulation qui est un mélange coopération/compétition visant un objectif commun. Une compétition ou tout le monde gagne.

      1. Ah oui :-)))

        « émulation […] coopération/compétition visant un objectif commun. Une compétition ou tout le monde gagne. »

        Cela fait une inversion radicale, non par les moyens, mais par l’objectif.

        Vu comme cela, ça peut plaire à la majorité !

        Raison de plus pour ne rien faire qui laisserait qui que ce soit animé de bonnes intentions, sur les cotés,… même si un quidam se serait égaré ou aurait été égaré !

  13. La moralité de cette fable est bien belle.

    Hélas dans le vrai monde, ça se termine plus souvent ainsi:

    La fortune de l’idiot s’accroit sans cesse, (puisque la propriété privée donne un pouvoir fonction de sa taille, pouvoir dont il se sert pour accroitre sa fortune…) tandis que le savant fauché finit dans un asile psychiatrique.

    Il n’aura pas supporté la bêtise du monde dans lequel il vit, injustement dirigé par les idiots (fortunés)

    Avouons qu’une telle morale aurait fait tache…

    1. Si je comprends bien ce que vous énoncez, Dominique, « l’idiot utile du système » a plus de chance de conserver sa place que l’infortuné chercheur qui prend le risque de se tromper dans ses expériences et/ou théories… l’écart entre eux étant accentué par le fait que le Système, n’aimant pas être dérangé, « coupe les vivres » du « savant »… grand ou petit…

  14. Puisque ce billet propose de prendre appui sur  les  valeurs éthiques pour changer l’ordre économique actuel, il serait plus conforme aux traditions d’opposer à la cupidité non pas la gratuité mais  par exemple selon Platon et Aristote la modération. Dans les banquets grecs antiques on compensait les  risques d’un excés du vin par un apport d’eau ( 1/3 pour 2/3).  Les  valeurs morales autrefois étaient représentés par des figures, soit dans le Tarot de Marseille « la Tempérance », comme équivalent de la modération du  sage antique,  une femme  qui verse un fluide d’un vase dans un autre: Si les deux  contenants  A et B  sont des  entités  séparées ,  on peut expérimenter la compatibilité d’une combinaison des  contenus? cela pourrait bien être le sens…  Ces images se retrouvent dans l’art roman chrétien du Moyen Age par exemple dans le thème de chapiteaux   » les quatre fleuves du Paradis » figurant les quatre vertus cardinales: Prudence, tempérance, force, justice. Penser  que la  sagesse  humaine serait restaurée dans son statut originaire dès lors que le sage se placerait au centre de confluence des quatre fleuves des vertus spirituelles,  c’est peut-être beau, mais c’est malheureusement un voeu pieu,  non applicable à nos sociétés modernes

     

    1. Sacrilège 1/3 d’eau dans 2/3 de vin !!  Çà me rappelle Desproges:

      J’étais au bord de dire des choses à l’eau de rose, quand le sommelier est arrivé. J’avais commandé un Figeac 71, mon saint-émilion préféré. Introuvable. Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue.

      Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée.

  15. Le principe de gratuité est un concept vicié (ou vicieux, c’est comme vous voulez), car il masque dans beaucoup de cas la vraie nature des choses: Si le coût le prix du travail ne vous apparaît pas clairement, c’est que le votre n’est probablement pas assez physique. Passez donc une journée, ou même ne serait-ce que quelques heures à bêcher la terre, ou allez donc participer aux vendanges qui arrivent, et vous finirez assurément par sentir ce prix dans votre chair

    Parler de prix dans ce cadre n’est pas seulement un effet de style, car l’effort fourni dans un travail physique appelle bel et bien compensation(s), que ce soit en temps de repos et/ou en consommation alimentaire. Pour autant les travaux intellectuels, bien que ne dépensant pas les calories de la même façon, ne sont pas d’avantage gratuits que les autres, ils le sont peut-être même encore moins (cf. la tendance au burn-out qu’ils occasionnent).

    Prétendre évacuer cette variable de l’équation est au mieux une erreur, au pire une escroquerie. Le travail a un prix effectif qui tient à la condition animale, pour ne pas dire plus généralement d’être vivant de l’humain, et ce n’est même pas une question de justice mais tout bonnement de survie que de le rémunérer d’une manière ou d’une autre.

    Reprenant plusieurs de vos exemples, il ne m’est pas difficile de les évaluer sous ce prisme : La gratuité des logiciels est systématiquement le fruit d’une rémunération par ailleurs, que ce soit les bénéfices d’une entreprise qui lui permettent de s’offrir une campagne marketing en mettant gratuitement à disposition un de leurs softs, ou chez des développeurs particuliers parce qu’ils touchent indépendamment allocations ou salaire. En résumé donc, personne ne vit d’amour et d’eau fraîche, et la gratuité est dans ce cas une illusion masquant le prix effectif du travail. Dans le même ordre d’idées je peux ajouter ici l’exemple fameux des services publics, qui s’ils vous apparaissent comme gratuits quand vous les sollicitez vous sont néanmoins facturés sous forme d’impôts. Nous-même ne palabrons ici que dans la mesure ou nos conditions matérielles sont assurées par ailleurs.

    Si l’exemple de la procréation est pour le moins attendrissant pour sa part, il n’en reste pas moins soumis à cette même règle : Le prix de la vie donnée est payé en jouissance lors de la conception, et en « travail » (comme les choses sont bien faites! Le même mot pour désigner une chose étonnamment similaire dans deux cas sans rapport apparent), c’est à dire en déperdition d’énergie lors de l’accouchement. Rien de cela n’est effectivement gratuit, seulement en apparence.

    En outre, on ne peut résumer le prix du travail à sa dimension individuelle. Bien des travaux sont de très longue date des œuvres collectives et là, il ne s’agit plus seulement de prendre en compte l’aspect purement biologique de la chose, mais d’envisager son caractère éminemment politique: La rémunération du travail est une manière efficace d’euphémiser les rapports de forces qui apparaissent immanquablement dans toute activité de groupe. Supprimer cette rémunération ne supprimera pas pour autant ces conflits, ça ne fera que les rendre plus apparents et probablement plus brutaux.

    Ainsi donc la question n’est pas tant d’abolir le prix des choses ni des actes, ou je ne sais quelle autre construction prométhéenne, mais d’en trouver la formulation la plus juste, équitable et pérenne qui soit possible, ce qui est une tache autrement plus ardue.

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