L’intelligence logico-mathématique comme paradigme finissant de la pensée occidentale, par Pascal

Billet invité.

Parce quelle peut se mesurer, l’intelligence logico-mathématique est devenue prédominante dans la pensée occidentale pour atteindre son apogée au XXème siècle.

Son efficience redoutable a fait naître une pensée scientifique qui est à l’origine du « monde moderne » occidental. Dans la langue française, ce sont plus de 240 mots qui finissent par le suffixe « logie ».

L’esprit logico-mathématique, mis au service de la création de mécanismes pour soulager ou augmenter (déjà !) les capacités humaines, va permettre la production d’un catéchisme définissant les règles et les lois de la mécanique. Ces dernières qui avaient pour fonction première la création d’objets vont devenir avec Descartes un filtre pour lire le monde et la nature. Le philosophe Serge Carfantan voit dans cet avènement du paradigme mécaniste , une ontologie de la mort.

Il n’est pas surprenant, dès lors, d’entendre des néo-libéraux regretter l’irrationalité des comportements humains qui viennent contrecarrer la trop fameuse Main invisible des Marchés ainsi que de voir les algorithmes mathématiques devenir l’arme absolu du HFT, jusqu’à parier sur la chute même du système.

De même manière, la robotique parvient (encore modestement) à copier l’homme dans ses fonctions mécaniques sur la base cartésienne qu’en tout être vivant (plutôt animal) se cacherait une machine. Et de grands noms de l’informatique nous mettent en garde contre l’avènement prochain d’une IA surpassant l’esprit humain, pour nous promettre une domination du robot sur l’homme. Où l’on voit à l’œuvre le même processus du paradigme mécaniste mortifère.

Et si vous écoutez bien nos commentateurs médiatiques de la vie politique, cette noble invention de l’homme faisant société, celle-ci en est réduite à « des calculs », « des sondages » pour des individus faisant carrière.

L’esprit logico-mathématique occidental connaît maintenant son apogée à l’échelle mondiale par le biais de l’économie, mais comme tout pouvoir absolu, vacille sur son piédestal. Ces chères mathématiques avec leur théorie des ensembles qui regarde le monde en terme d’ensembles (communautaires), d’inclus et d’exclus (sociaux) a fait long feu. Sa perte de crédibilité économique (financiarisation) et scientifique (climat et pollution) à produire un récit pour l’humanité qui fait sens et société, entraîne une partie des sociétés humaines à se replier sur des archaïsmes religieux ou nationaux, vers la balistique de la guerre.

L’intelligence logico-mathématique ne doit pas pour autant faire l’objet d’un anathème. Si l’homme en a fait un outil de domination par le discours du « toujours + », nous devons aujourd’hui retrouver, non pas un « équilibre » mais une harmonie entre toutes les intelligences humaines.

Les théories les plus récentes postulent que l’homme dispose d’intelligences multiples. Il est donc primordial de redonner la parole à nos intelligences interpersonnelle, corporelle, verbale, intra-personnelle, musicale, naturaliste… Déjà l’ADN qui devait être le programme informatique de la genèse du vivant gravé sur le disque dur du noyau de nos cellules, l’ADN lui-même dans sa pensée déterministe, voire eugéniste vient de choir avec l’avancée considérable qu’est la découverte de l’épigénétique.

La pensée livrée à l’hégémonie auto-immune logico-mathématique doit renaître dans la multitude et la diversité des regards et des échanges, dans la bienveillance et la coopération qui nourrissent les sociétés. Il nous faut nous déprendre du biais logico-mathématique et nous ouvrir à la poésie du monde.

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Voir aussi à ce sujet, Paul Jorion, Comment la vérité et la réalité furent inventées, Gallimard 2009, Quatrième partie, La revanche de Pythagore : les mathématiques contemporaines

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