De l’abjection à l’abjection, par Cédric Chevalier

Billet invité.

Ce jeudi 27 août 2015, 71 migrants probablement Syriens –59 hommes, 8 femmes et 4 enfants– ont été découverts morts dans l’espace de chargement d’un camion, retrouvé sans chauffeur sur une aire de stationnement de l’Etat frontalier du Burgenland, en Autriche, sur le sol de l’Union européenne.

Nous savons que la Syrie est probablement aujourd’hui un des territoires les plus dangereux, les plus violents et les plus abjects que l’Humanité ait jamais habité.

Savons-nous assez que l’Union européenne est probablement aujourd’hui le territoire le plus prospère, le plus pacifié et le plus humainement avancé qu’ait jamais habité l’Humanité ?

Aujourd’hui, des centaines de milliers de migrants, originaires pour la plupart des pays où règne la pire abjection –Syrie, Iraq, Afghanistan, Somalie, etc.–, prennent le chemin de l’Europe, portés par l’espoir de vivre libres, de vivre tout court. Ils sont portés –en avons-nous assez conscience ?– par l’espoir et l’idéal européen. A ce jour, des milliers parmi eux sont morts de faim ou de soif, noyés, étouffés, assassinés sur ce chemin de l’espoir.

Leur fuite du territoire de l’abjection, portée par l’espoir, s’est terminée en abjection, sur le territoire de l’espoir.

Le territoire de l’abjection, « leur territoire » ? Le territoire de l’espoir, l’Europe, « mon territoire » ? Puisse leur chemin fatal nous éveiller à l’absurdité du territoire.

Aujourd’hui, sans nier la complexité « politico-juridico-économico-administrative » de cet afflux d’immigrants en Europe, que nous détaillent ad nauseam les chefs d’Etat, politiciens, experts et citoyens de bas-étage, je suis effondré d’appartenir à cette espèce qui broie tant de vies de ses individus.

Aujourd’hui, si vous le permettez, je voudrais ne pas argumenter, c’est obscène. Je voudrais, simplement, humblement, pleurer la mort absurde et abjecte de 71 frères et sœurs de mon espèce.

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