Le double effet Kiss Cool de la novlangue néolibérale, par Roberto Boulant

Billet invité

Comme l’a démontré Stéphane-Samuel Pourtalès dans son billet à propos de la dernière « saillie drolatique » de l’inénarrable M. Macron, « La vie d’un entrepreneur est bien souvent plus dure que celle d’un salarié », le néolibéralisme glorifie le nouveau chevalier des temps modernes : l’Entrepreneur ! Celui qui se bat avec courage contre l’adversité, qui n’a pas peur de retrousser ses manches pour innover, et qui non seulement crée de nouveaux produits et services, mais tel Dieu le père, est capable de faire apparaitre de nouveaux écosystèmes !Regardez-donc Steve Jobs ou Mark Zuckerberg (et oubliez les travailleurs esclaves dans les usines Foxconn de l’un, ou la disparition organisée de la vie privée par l’autre), là où il y a une volonté, il y a un chemin !

En fait de chemin, il s’agirait plutôt de celui qui relie la novlangue libérale aux films de Leni Riefenstahl

Car glorifier les uns, n’est-ce pas stigmatiser automatiquement les autres ? Les « sans-dents », cette masse informe constituée des chômeurs et des travailleurs pauvres ? Tous ceux qui n’ont pas la volonté, l’intelligence, et disons-le clairement, le courage nécessaire pour se battre ?

Bref, dans un monde où la nouvelle noblesse financière a acté la disparition du travail sous les coups de boutoirs conjugués de la mondialisation, de la robotisation et de la logicièlisation, dans ce monde où le pauvre n’est même plus une matière première à exploiter, la victime ne peut que devenir coupable !

Et vouloir discuter avec les fascistes à col blanc, vouloir les convaincre des injustices accablantes et de la profonde stupidité qu’il y a à détruire les écosystèmes et ce qui reste de nos démocraties, est totalement illusoire :

– Pitié mes Seigneurs, il y a trois jours que je n’ai rien mangé !
– Mais forcez-vous mon ami, forcez-vous !

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