« 99 Homes » de Ramin Bahrani

La crise des subprimes a créé dans son sillage une suite de films excellents.

Il y eut d’abord le documentaire « Inside Job » (2010) de Charles Ferguson, lequel avait commis quelques erreurs de fait, mais qu’il a rapidement reconnues dans les commentaires qu’il fit ensuite : quelqu’un lui avait dit ce qu’elles étaient, et il en tenait compte.

Il y a eu ensuite « Margin Call » (2011) de J. C. Chandor, film de fiction faisant le récit de la chute de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers, plus quelques péripéties de chez Goldman Sachs. Des événements qui s’étaient déroulés sur une période de quelques semaines nous étaient racontés comme ayant eu lieu sur une seule nuit, il y avait là un peu de licence poétique, mais c’était très efficace. Surtout, les différents types d’acteurs dans la chute de la firme étaient admirablement croqués. Personne n’aura oublié, alors qu’ils traversent en décapotable le Brooklyn bridge, le dialogue entre le jeune loup terrifié à l’idée que la fin du monde signifiera peut-être qu’il perdra son job et le vieux de la vieille qui a tout compris.

Il y a eu très récemment « The Big Short » (2015) de Adam McKay, film au montage époustouflant, feu d’artifice de drôlerie. Les mauvais sont les firmes de Wall Street qui titrisent les prêts subprime, et les bons, les traders aux dents longues qui parient sur l’effondrement du système financier. Euh… on a connu mieux sans doute en matière de « bons » dans un film, mais enfin, on ne boude pas son plaisir. Et puis, le producteur du film, le gauchiste bien connu Brad Pitt, arrive à faire passer son message de manière lumineuse : « De toute façon, tous des canailles ! »

Et puis, il y a « 99 Homes » que vous ne verrez pas au cinéma pour une raison qui s’appelle « les mystères profonds de la distribution » mais que vous pourrez voir en ligne, ce que je vous recommande chaudement de faire.

Pas question là de Wall Street et de ses intrigues, mais des familles subprime expulsées de leur logement. On a sans doute raison de ne pas montrer ça au cinéma : c’est formidable mais pas vraiment jubilatoire. Y a du beau monde pourtant : Andrew Garfield, le plus récent Spiderman, Michael Shannon dans un personnage plus cynique que moi tu meurs, et Laura Dern, la Lula mémorable de Sailor et Lula (Wild At Heart) de David Lynch (oui bon, aussi l’héroïne de Jurassic Park), et incidemment dans la vie, fille de Bruce Dern, amha un des tout grands du cinéma US.

La famille est une famille subprime typique : un père dans la trentaine, son fils de 8 / 9 ans, et sa mère, sa mère à lui, au père. Je ne vous raconte pas l’histoire, juste qu’il y a des bons et des méchants et – pour que vous ne vous contentiez pas de soupirer à la lecture de mon billet et que vous regardiez le film – les bons gagnent à la fin, comme à Hollywood, et de temps en temps dans la vraie vie.

« 99 Homes » est un film de Ramin Bahrani. Il est Américain, de parents iraniens comme son nom l’indique et comme le savait déjà Alexandre le Grand, après les Grecs, les Perses sont les plus forts.

« 99 Homes »

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