LE TEMPS QU’IL FAIT LE 9 SEPTEMBRE 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 9 septembre 2016. Merci à Cyril Touboulic !

Bonjour, nous sommes le vendredi 9 septembre 2016. Je voudrais aller très vite, je voudrais dire deux choses très, très rapidement : la première concerne la France, la seconde, la Belgique.

En France, vous avez dû voir, il y a un sondage qui est paru, je crois que c’était avant-hier, sur l’élection présidentielle d’avril 2017 : un candidat de la gauche ne se trouvera pas au deuxième tour, un candidat de la droite dite « classique » se trouvera devant le candidat du Front National. Dans la situation actuelle (de primaires à gauche, de pseudo-primaires à gauche, de candidatures indépendantes), il n’y aura pas de candidat de la gauche au deuxième tour.

Alors, depuis le mois de janvier si j’ai bon souvenir, moi, je prône un rassemblement des forces de gauche autour de la candidature de Thomas Piketty. Il n’apparaît même pas dans les sondages, il n’est pas mentionné, il n’est pas considéré… il ne représente pas un parti, tout ce qu’il a fait, c’est qu’il a participé à une initiative visant à ce qu’il y ait une primaire à gauche, il répète jusqu’à aujourd’hui qu’il n’a pas vocation à être candidat aux présidentielles, et surtout pas vocation à être président de la République. C’est tout à son honneur, je crois que, à mon sens, c’est une raison supplémentaire pour le pousser et pour porter un candidat qui peut rassembler, je dirais, les gens de bonne volonté de la gauche (de la gauche classique, centre gauche, social-démocratie) jusqu’à une gauche plus musclée, qui peut être tentée par le fait que, eh bien, qu’il est l’auteur d’un grand classique marxiste du XXIe siècle : le livre qu’il a d’ailleurs appelé Le Capital au XXIe siècle, en jouant sur les deux sens possibles du mot « capital » : le capital en tant que tel, en théorie économique, et le capital en tant que livre de Karl Marx. C’est quelqu’un de modéré, c’est quelqu’un qui l’emporte très facilement et très rapidement dans les débats que vous pouvez voir sur les différentes vidéos où on le voit discuter. C’est quelqu’un de rationnel, c’est quelqu’un qui l’emporte facilement par la qualité de ses arguments et le calme, et la modération, et la rationalité des propos qui sont tenus par lui.

Alors, moi, je vais continuer à enfoncer le clou de ce côté-là : on a fait une petite vidéo (un petit dessin animé), j’ai lancé une pétition pour qu’il présente sa candidature et je vais continuer à insister là-dessus.

La deuxième chose dont je voulais parler, donc, c’est en Belgique, eh bien, c’est le licenciement des salariés de la compagnie américaine Caterpillar à Gosselies. C’est la première entreprise de la province du Hainaut, c’est l’entreprise qui rapporte le plus d’argent à la région wallonne et, voilà, c’était une entreprise importante dans le complexe industriel de la Wallonie : elle disparaît.

Le ministre-président de la Wallonie, M. Paul Magnette, a dit, à très juste titre, que c’était un problème du capitalisme financier plutôt qu’un problème industriel. Il a absolument raison. Il y a une dimension supplémentaire sur laquelle j’insiste toujours, c’est qu’il y a une question qui est posée, qui est celle du travail et de l’emploi, et du remplacement des êtres humains par la machine sous la forme du robot essentiellement dans le monde industriel et sous la forme du logiciel dans le monde des services, ça fait plusieurs années que je suggère en Belgique qu’il y ait une grande conférence, qu’il y ait un grand débat, qu’il y ait une commission qui s’occupe du travail et de l’emploi en tant que tels ! Et pas simplement comme quelque chose qu’on évoque vaguement chaque fois qu’il y a un coup dur comme celui-là. C’est une question générale, c’est une question qu’il faut traiter en tant que telle : il y a des moyens. Il y a des moyens qui sont meilleurs que d’autres : la réduction du temps de travail, c’est une mesure meilleure que certaines autres mais elle n’est pas à la hauteur, à mon sens, du mouvement qui se dessine, parce qu’on va considérer que ce soit une excellente chose qu’on fasse baisser la semaine de 40 à 36 heures, puis de 36 à 32, puis de 32 à 28… mais le problème, c’est que ce sera rapidement zéro, et que par conséquent le problème ne peut pas être résolu de cette manière-là : il faut mettre la question à plat. Il faut mettre à plat la question de la redistribution de la richesse.

L’opération de Gosselies, c’est-à-dire la fermeture, le licenciement de 2.200 personnes, plus les 4.000 personnes qui vont perdre leur emploi parce que leurs emplois étaient liés à ça, va se manifester certainement par une augmentation (encore) des dividendes payés aux actionnaires de la compagnie, mais pourquoi ? Parce que dans nos règles comptables qui, comme je le dis souvent sont la véritable constitution de nos sociétés, le travail est un coût et les dividendes c’est un partage de la richesse créée, et on peut malheureusement créer de la richesse supplémentaire maintenant, dans un univers où le travail se restreint comme peau de chagrin, une compagnie peut gagner de l’argent en licenciant ces personnes et distribuer cet argent gagné à ses actionnaires ou en multipliant les bonus de ses dirigeants – combien de fois avons-nous déjà vu qu’un dirigeant d’entreprise gagne un bonus parce qu’il a licencié des milliers de personnes ? C’est le capitalisme financier, mais ce sont surtout là, en arrière-plan, ce sont nos règles comptables. Il faudra là aussi mettre la question sur la table : celle du travail, celle de l’emploi et celle des règles comptables qui imposent à nos sociétés des décisions de ce type-là : on vire les gens et ça permet à d’autres personnes de gagner de l’argent de leur côté.

Voilà, c’est tout ce que je voulais dire, je voulais aller assez vite. J’espère que, voilà, que ce que je dis là aura certaines conséquences.

Voilà, à bientôt.

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