Présidentielle, faut que ça bouge ! MM. Mélenchon et Hamon, cessez d’offrir de vous un portrait plus médiocre que la personne que vous êtes ! par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

En attendant le premier débat télévisé qui nous sortira peut-être de notre torpeur, ces élections présidentielles sont tout simplement déprimantes. Fillon est la marée noire qui pollue toute l’élection ; sa candidature se normalise, malgré les fuites qui étendent sans cesse la surface de la tache.

Son propre camp, pris en otage, semble tétanisé. À droite, ceux-là mêmes qui estimaient que sa candidature n’était plus tenable s’avèrent incapables du sursaut moral qui sauverait au moins l’honneur de leur camp ! Aux dernières nouvelles, Fillon s’en va chasser sans complexes sur les terres du FN, jouant son va-tout pour être présent au second tour. Rien ne semble l’arrêter dans sa folle fuite en avant. Cela a tout d’une farce tragique !

Curieusement, et à rebours de mon sentiment initial, plus les choses vont, plus j’éprouve de la sympathie pour Mélenchon. Sa combativité est plus grande que celle de Hamon, son alter ego. Celui-ci a le défaut d’être trop gentil et les sautes d’humeur de Mélenchon apparaissent du coup comme une qualité ! Il ne semble pas y avoir chez Hamon de réelle envie d’aller à cette élection pour y faire gagner la gauche de gouvernement. Étant un moment apparu comme un médecin généraliste, il donne davantage l’impression aujourd’hui d’être un simple chasseur de niches électorales.

Mélenchon de son côté est en retard d’une guerre sur le plan des idées, même si son programme est véritablement de gauche à bien des égards. Lui aussi peine à rassembler au-delà de son camp, bien qu’il se soit mis à l’écologie avec allant. De lui aussi on peut se demander s’il tient vraiment à gagner ces élections.

Je renvoie donc les deux candidats dos à dos, jusqu’à ce que le miracle ait lieu. Je crois encore possible qu’à l’amorce du dernier virage de la présidentielle, ils fassent l’un et l’autre le constat que, sans accord, ils vont bel et bien droit dans le mur et qu’avec eux, c’est la gauche de gouvernement qui, tout entière, va droit dans le mur, nous livrant alors en pâture pour cinq ans aux politiques au choix peu engageante, régressive, voire très inquiétante de Macron, Fillon ou Le Pen.

S’ils se cantonnent dans l’ignorance de l’autre, j’appartiendrai sans doute au parti des pêcheurs à la ligne, et ils porteront la lourde responsabilité d’avoir fait perdre la gauche alors que par les temps qui courent, les années comptent double. Autant dire que l’après-présidentielle serait dans ces conditions pour la gauche de gouvernement un champ de ruines : peut-on vraiment se permettre – comme si l’on avait l’éternité devant soi – de gâcher encore cinq longues années avant de repartir – dans le meilleur des cas – sur de meilleures bases ?

Encore un effort MM. Mélenchon et Hamon ! Cessez d’offrir de vous un portrait plus médiocre que la personne que vous êtes !

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165 réflexions sur « Présidentielle, faut que ça bouge ! MM. Mélenchon et Hamon, cessez d’offrir de vous un portrait plus médiocre que la personne que vous êtes ! par Pierre-Yves Dambrine »

  1. @ Rosebud1871, votre 18 mars 2017 à 19 h 04 min .

    D’abord une expérience : compte-rendu de la commission 6.ième République à une réunion Mélenchoniste locale. Version abrégée : Tout le monde il sera beau, tout le monde sera gentil, demain on rase gratuit et tous les défauts des hommes et des textes seront corrigés.L’extase.

    Plus haut et loin: depuis 2 siècles nous avons consommé environ 12 systèmes politiques et presqu’autant de constitutions. Elles ont toutes foirées, toutes sauf la dernière. Y’a matière à s’interroger sur notre inaptitude à faire fonctionner un texte de base. La France et l’Allemagne se sont dotées chacune d’une constitution en 1949 : l’allemande fonctionne toujours… La nôtre n’a pas résisté aux abus des partis et autres corruptions, et ce bien avant 1958. Ce sont les hommes qui trahissent. Les meilleurs textes n’y changent rien.
    Cette expérience longue et dure devrait nous suggérer que faire confiance à un texte, y placer tous nos espoirs est une gaminerie collective.
    Enfin, la 5. ième permet corrections, amendements et compléments.
    (Vous remarquerez que je ne fais de procès d’intention à Mélenchon mais à nous-même.)

    Pour Mélenchon, je crains une diversion des ennemis : faire en sorte que son attention soit fixée sur cette 6.ième République au dépens du programme bien plus urgent.

    Une expérience professionnelle : j’ai assisté à la mise en place de normes et procédures dans mon activité. J’y ai participé avec conviction. Au bout d’un an environ c’était devenu un sport que de n’en respecter que l’aspect formel -une masse de papiers sans signification réelle-. Pour le reste, on faisait au mieux, comme avant. Ça se nomme corruption. Faire appel à la bonne volonté et à la conscience professionnelle, y z’y ont pas pensé…

    1. Avis d’expert sur la diversion par le mythe dérivatif de la VIe.
      https://www.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2002-4-page-707.htm
      <blockquote[…] Encore faut-il s’entendre sur ce terme de « mythe » passablement ambigu et susceptible de sens opposés. On mentionnera, en premier, le sens le plus simple, fort clairement exprimé par Georges Sorel au début du siècle dernier : « un ensemble lié d’images motrices susceptibles de fonder une action », que l’on songe au mythe de la « grève générale » ou à celui du « Grand soir » dans la pensée marxiste sur lequel s’est fondée pendant des dizaines d’années l’action d’une certaine classe ouvrière et au nom duquel des hommes et des femmes se sont faits tuer ou encore celui de la « race pure »… Heureusement, en ce qui concerne notre mythe la réalité est beaucoup moins dramatique mais l’idée de « fonder une action » peut être retenue.

      Ce terme a aussi, un autre sens, plus discutable bien que couramment admis, celui d’utopie, au sens d’irréalisé, mais aussi d’irréalisable. Il n’est pas à exclure de notre réflexion car, on le verra, la « VIe République » pourrait bien être une forme d’utopie ayant peu, ou pas du tout, de chance d’aboutir. Le mythe s’opposant, alors, à la réalité et relevant, en quelque sorte, du fantasme ou du rêve. Il s’agirait de pratiquer une sorte de fuite en avant, voire de recourir à un dérivatif par rapport aux vrais problèmes constitutionnels du moment, sans parler des autres. […]

    2. daniel 19 mars 2017 à 1 h 28 min

      Une Constitution ça engage et ça dégage. C’est du lourd à écrire mais ça fixe les fictions juridiques que sont Peuple-État-Nation en les articulant entre elles, ce qui a des conséquences au quotidien. Les révolutions entrainent toujours une tabula rasa des anciennes bases du vivre ensemble, pour la mise en place de nouvelles. C’est l’économie-politique qui dicte au juriste ce qu’il doit formaliser, et pas le contraire. L’expert en scribouillages droits transcrit la réputé volonté du peuple. Que le militant soit débordé par la complexité de l’affaire et rêve à l’absence de défauts, c’est inévitable, comme j’ai pu être encombré par une lecture révélée imbitable des fameux traités sur lesquels on m’a proposé de voter pour finalement dénier mon vote (ce à quoi les textes d’une VIème obvieraient). Sinon les textes doivent être appliqués sinon c’est le bordel, et s’ils sont cons, une loi ça se change, quand au paradis, c’est pas sur terre…
      Les gens dont on dit qu’ils ont une bonne constitution se portent mieux que les autres, pourquoi pas un pays ?

    3. Les constitutions dont vous parlez ont toutes été écrites par des « élus ».
      Comment voulez vous que des « élus » ne soient pas en conflit d’intérêt quand ils sont amenés à écrire des règles auxquelles ils seront eux-même soumis ? Accepteriez vous qu’un juge puisse rester au tribunal si un membre de sa famille ou un ami notoire est mis en cause ? Le conflit d’intérêt ne dit rien de la probité du juge ou de l’élu, la question est uniquement le conflit d’intérêt.

      La FI n’a pas sauté le pas et ne propose pas un mode de désignation intégralement par tirage au sort mais seulement pour un tiers de la constituante.
      Le résultat ne sera donc sans doute pas à la hauteur des attentes . . .

      1. Le merveilleux contre-exemple islandais aurait dû servir de leçon à certains, mais non, penses-tu… ils rêvent ou causent ou font causer encore de constituantes.

  2. Mélenchon ?
    Non franchement, je peux pas.

    C’est une tragique erreur que de l’avoir choisi pour représenter et porter les idées de gauche. Tragique.

    1. Tragique non, n’exagérons pas, une tragi-comédie tout au plus.
      « Marat vint à la Convention, monta à la tribune, et pistolet sur la tempe menaça de se tuer si la calomnie l’accusant de la « septembrisade » ne cessait pas. Danton écourta la tragi-comédie. »

  3. Il n’est pas trop tard !
    Au lieu de dire aux candidats « cessez de… ou laissez la place à… »

    appliquer à l’avance la solution citoyenne selon cette solution:
    Lancer autant de pétitions que de candidats (de gauche par exemple)
    avec cet engagement citoyen:

    Le jour du vote, l’électeur placera dans l’urne le bulletin correspondant à celui dont la pétition aura atteint le meilleur score.

  4. Le brainstorming ci-avant montre, s’il en était encore besoin, l’impasse actuelle et l’absence de véritable solution. La lucidité démontre à l’évidence que la candidature séparée de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon, c’est l’échec à l’élection (même si l’incertitude des votes et la fragilité des sondages (volatilité, abstention, indécision) est exceptionnelle. A partir de là, l’alliance paraîtrait rationnelle pour augmenter les chances de gagner. Mais la mise en œuvre d’une telle alliance est problématique. Pour que ça marche, il faudrait qu’elle soit capable de faire émerger une nouvelle cohérence programmatique (idéalement, je pense que cela serait possible, voire même, pourrait permettre un projet encore plus fort), et je ne parle pas du problème des personnes et de l’organisation. Sinon, il y a de grandes chances pour qu’une telle alliance entraine une déperdition des voix, et pour finir ne représente même pas la somme des voix actuelles, et donc perde.
    Tout ceci dans le contexte présent : à seulement 30 jours du scrutin, pour convaincre sur cette hypothétique nouvelle base, et avec des candidats qui ne sont pas dans de bonnes dispositions (chacun avec ses propres raisons).
    Donc, partant de cette analyse, où la bataille est mal engagée, et mène à la débâcle assurée, quoi faire ? Penser à l’étape suivante (élections législatives, organisation d’une force d’opposition, autres formes de résistance et d’actions ?). C’est sans doute à quoi songent les deux protagonistes (sinon ils ne seraient pas hommes politiques, et depuis si longtemps….).
    Donc, ce que je suggère, c’est de déterminer son vote et son action en fonction du coup d’après…. (mais peut-être que je me trompe….).

    1. @ Emmanuel
      L’union fait la force !
      Apparemment, nous, gens de gauche, petits et grands, de l’arrière-garde à l’avant-garde, n’avons pas retenu assez cette leçon du passé.
      Alors, arrêtons de nous voiler la face derrière des drapeaux bleu, blanc, rouge, cette bataille présidentielle est perdue d’avance, et bien perdue.
      Car les français oublient vite tout ce qu’ils ont appris, ET ÇA FINIT PAR SE SAVOIR…
      Alors, autant en emporte le vent, et encore une fois, tout finira par une chanson :
      « France, nous ne savons plus pourquoi nous t’aimons. »
      Sûr qu’un tel constat finira bien par nous rassembler, et demain, aussi tous nos voisins qui vivent dans un même destin : « Europe, nous ne savons plus pourquoi nous t’aimons. »

  5. Quand tu passes à la télé pour vendre un programme que tu sais invendable, démerde toi pour qu’on parle de ton passage pour autre chose que pour ton programme. Idéalement, refuse de parler de ton programme et fais du spectacle en quittant le plateau. T’auras, au minimum, un lien vers ton exploit sur le blog Jorion.

  6. Apparemment l’affaire ne sera tranchée qu’au premier tour.

    Ça me rappelle mes deux enfants .

    Pour le premier je lui disais : ne grimpe pas sur la table , tu vas tomber et te faire mal , je t’interdis de le faire !!

    Pour la seconde je lui disais : tu vas te faire mal . Elle s’en foutait et se faisait mal . Elle a appris beaucoup plus vite que son frère à ne plus grimper sur la table .

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