M. Valls ou le machiavélisme pour les nuls, par Roberto Boulant

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Manuel Valls qui hier encore, les yeux dans les yeux, nous disait qu’on lui avait imposé le 49.3, vient – comme la rumeur l’annonçait – de trahir la parole donnée à Benoit Hamon (et accessoirement aux électeurs de la primaire), en ralliant la candidature d’Emmanuel Macron. Suicide politique d’un homme sans honneur, ou bien fine manœuvre politicienne digne de la tactactique du gendarme, pour acquérir un maroquin dans la start-up présidentielle En Marche ! ?

L’honneur étant à la politique ce que l’honnêteté est au monde des affaires (et réciproquement), nous écarterons d’office la première proposition. La seconde ne convenant pas non plus, car après avoir été Premier ministre, notre homme se rêve maintenant un destin national (le terme journalistique pour dire Président).

Alors ? Disons qu’il entend bien parachever l’œuvre de François Hollande en euthanasiant définitivement le Parti Socialiste. D’une part parce que décidément non, les électeurs de gauche ne votent toujours pas pour lui, comme vient de le confirmer une seconde fois sa claque quinquennale aux primaires, mais surtout -pardon pour le truisme-, parce qu’il y a belle lurette que les apparatchiks du PS ne sont plus de gauche. Il convient donc d’achever le coming-out néolibéral débuté par François Mitterrand en 1983.

Et malgré les apparences, la période est extraordinairement propice ! Benoit Hamon soutenu par le PS comme le pendu par la corde, et lesté par cinq longues années de trahisons hollandaises, n’a strictement aucune chance de passer le premier tour des présidentielles. Manuel Valls pourra donc lui faire endosser l’entière responsabilité de l’échec, en arguant d’un programme irréaliste. Lui qui se positionne en homme d’État responsable, aura alors beau jeu d’imposer sa ligne politique au prochain congrès du parti. Et gageons qu’il n’aura aucun mal à convaincre caciques et autres éléphants, de s’éloigner de la ligne ‘extrémiste’ d’un Benoit Hamon. Ne restera plus alors que de planter le dernier clou dans le cercueil, en changeant le nom du parti (oseront-ils Les Démocrates ?)

Tout cela est bien beau me direz-vous, mais quid de son soutien au Microbe (le surnom que Premier ministre, il donnait à Emmanuel Macron) ? Là aussi, aucune surprise. Notre homme prévoit (et il n’est pas le seul !), que la majorité de bric et de broc d’un Macron qui rallie aujourd’hui tout et n’importe quoi, de Robert Hue à Alain Madelin, de Philippe Douste-Blazy à Daniel Cohn-Bendit, ne résistera pas au très mauvais temps qui s’annonce. Et de fait, dans une société qui implose sous la pression des inégalités, les chances du chihuahua En Marche de mener à bien une législature, coincé entre les pitbulls du FN, des Républicains et de feu le PS, sont vraiment très minces !

Le calcul risque donc d’être aussi bêta que cela :  je prends l’ex-PS transformé en aspirateur à électeurs urbains diplômés et boboïsés, je le transforme en machine de guerre électorale, requinqué par cinq années d’opposition et de n’importe-quoi macronesque, et je me présente en 2022 dans mon rôle préféré : celui de Responsable-Réaliste-Rempart contre le FN. Et hop ! menton en avant, à moi l’Élysée !

Nicholas Machiavel est censé avoir dit « quand la Providence veut emmener un État à sa ruine, elle place à sa tête un Prince inconséquent ». Force est de constater au vu de notre ubuesque classe politique, que la Providence nous en veut vraiment beaucoup…

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106 réflexions sur « M. Valls ou le machiavélisme pour les nuls, par Roberto Boulant »

  1. Mouais, tant qu’à lire un économiste parler de démocratie et Eurozone, j’aime autant en lire un autre, le père de l’Euro, Tommaso Padoa-Schioppa, causer de Demos et Kratos en Europe…
    http://www.commentaire.fr/pdf/tempo/129/11-PADOA_SCHIOPPA_art129.pdf
    Je remarque par ailleurs que, comme Merkel et Sarkozy en leur temps ou Hollande ensuite, Piketty s’appuie d’abord sur les clivages partisans et la majorité qui en découle à l’intérieur d’une structure représentative pour envisager le changement de gouvernance et de politique économique de l’Eurozone. Il admet donc implicitement que la politique mis en œuvre jusqu’à aujourd’hui n’est rien d’autre que le reflet légitime de l’équilibre des forces partisanes à Strasbourg comme à Bruxelles, aussi bien pour le Conseil que pour la Commission ou l’Eurogroupe.
    http://www.institutdelors.eu/media/zone-euro-et-democratie-s-bertoncini-ne-ijd-jullet13.pdf?pdf=ok
    Sinon, politiquement, même au PPE, même un Finlandais, même vice-président de la Commission, ça bouge…
    http://uk.reuters.com/article/uk-eurozone-integration-idUKKBN1720TF

    « I see more willingness to consider what the ideal currency union would look like, » said Katainen. « My own thinking has also changed. It doesn’t cost anything to be open minded. »

    Y’en a qu’ont Schulz aux fesses dirait-on.

    1. De quoi Schulz est-il lui même le nom ?

      Si le marché capitaliste libéral mondial tue les chances de la démocratie , à petit feu , quelle agonie redonnera sa ( notre ) chance et sa place comme seule issue , à la démocratie européenne et pas que ?

    2. Vigneron,
      Tu passes à côté de ce que propose Piketty: UN VRAI PARLEMENT EUROPEEN (Repartition, Pouvoir, Impots).

      1. Quand on s’astreint comme Piketty à ne surtout pas citer le rapport Duff ou simplement l’éventualité d’un scrutin de liste de partis européens (sans doute pour ne pas heurter la droite allemande et française), on donne une idée assez précise de son niveau réel d’engagement pro-européen : douteux.

  2. Vigneron,
    Ce que propose Piketty va au delà du rapport Duff. Chacun peut le lire en lisant le T-Dem. Ton argument de « non-citation » n’est pas sérieux.
    Tu ne réponds pas sur le fond: la proposition par Piketty-Hamon d’un vrai parlement européen!

    1. Laisse tomber, personne n’est dupe des faux-semblants, des illusions et de la prétendue nouveauté du T-Dem de Piketty :

      La seule vraie nouveauté du T-Dem est que le PS, naguère le plus européen des partis français, a sous-traité cette opération à un intellectuel peu versé dans ces matières, signe à la fois de la perte de substance du PS et du statut de la question européenne pour Hamon. Dans un réflexe de survie, Benoît Hamon a toutefois retiré le Plan B de Thomas Piketty.

      http://www.telos-eu.com/fr/t-dem-lurgence-democratique-europeenne-selon-le-ps.html

      1. vigneron

        Alors que reste-t-il ?
        Ces arguments, ainsi que ceux développés dans le pdf plus haut selon lesquels la démocratie se fonde en raison et non pas sur une communauté d’affects, sont intéressants, ils rejoignent d’ailleurs Rancière lorsque ce dernier pose que la raison d’être de la démocratie c’est de surmonter la mésentente.

        Mais encore ? Macron avec son obsession bayrou-bourlangésienne de la réduction des déficits, de la compétitivité érigée en philosophie, qui promeut à la fois « l’ouverture et l’esprit de conquête » n’est-ce pas un bon et gros oxymore ?
        L’ouverture, oui, mais pas fondée sur de tels présupposés économicistes qui ne feront que renforcer les préjugés nationalistes.

        http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/03/emmanuel-macron-je-ne-pretends-pas-etre-un-president-normal_5104952_4854003.html

      2. Vigneron,
        Comme le dit Pierre-Yves, si Piketty-Hamon n’ont pas gràce à tes yeux , sur l’Europe, peux tu me dires ce qu’apporte Macron sur le sujet: nada, rien, du vent! J’ai parcouru son programme pour pas mourir à moitié idiot et comprendre ce qui pouvait bien te séduire. J’aurais tendance à penser que l’argument se résume donc à un Tout Sauf PS…. ce qui ne résiste pas à l’examen du parcours, du programme et de l’aeropage dument Solfériné de l’ex ministre de l’économie.

      3. Rappeler incidemment qu’on respectera la limite des 60 à 70 milliards soit 3 % de dépenses annuelles financées par de la brand new debt, t’appelles ça un discours centré sur « l’obsession de la réduction des déficits » ?
        Pour la compétitivité, désolé, mais quand tes exportations représentent plus de 30 % de ton Pib, t’es un peu obligé d’y faire gaffe, en attendant mieux…

      4. La différence, Arnaud, la cherche pas dans les annonces eurofracassantes, la cherche pas derrière des tirets sous le paragraphe Europe du programme Hamon ou entre les lignes des professions de foi partisanes du pseudo-projet pikettien, la différence c’est les drapeaux bleus à étoiles dans les meetings, la différence c’est qu’il est le seul à s’être positionné, revendiqué comme le candidat européiste, la différence c’est que malgré ce soit-disant handicap rédhibitoire il peut gagner, et l’Europe avec lui.

      5. Oui bien d’accord, mais moi j’attends toujours un petit développement européiste sur le comment de ça :

        « Il faut aller vers un changement des règles de vote à l’unanimité et les remplacer par des scrutins majoritaires pour dégager de vraies pistes européennes. C’est un chemin beaucoup plus praticable. » (Dixit Julien Alexandre)

        Tiré d’ici :

        http://www.pauljorion.com/blog/2017/03/27/presidentielle-il-faut-que-ca-change-un-candidat-antisysteme-pourrait-il-sauver-lecosysteme-par-jean-francois-le-bitoux/

        Les gens vont continuer de se détourner du magnifique drapeau bleu étoilé je le crains. Alors ?

      6. « il peut gagner, et l’Europe avec lui. »

        Oui et par ce qu’il est un des rares, en outre, a avoir non seulement les compétences adéquates et un projet progressiste construit (comme Y Varoufakis), voire les aptitudes à dialoguer avec des Schaüble et consorts (plus difficile pour Varouf), à avoir une très bonne connaissance des enjeux et des institutions, mais également une vision et une hauteur de vue que beaucoup pourraient lui envier. Il est un des rare à pouvoir , à ce titre, non seulement faire le job, mais même mieux, à pouvoir aller au delà.

        A Berlin, Macron plaide pour «une Europe plus ambitieuse»
        Par Nathalie Raulin, envoyée spéciale à Berlin – 11 janvier 2017 à 09:35

        « Budget de la zone euro
        Une façon pour lui d’amorcer la pompe de la «solidarité». Car le candidat d’En Marche veut bien davantage qu’une coopération renforcée sur la Défense: convaincre les membres de la zone euro, à commencer par une Allemagne plus que réticente, de mettre en place «un budget de la zone euro adossé à une capacité d’endettement et à des ressources propres». Le tout pour «financer des investissements d’avenir, apporter une assistance financière d’urgence et aider les pays de l’euro en cas de grand choc économique».
        http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/11/a-berlin-macron-plaide-pour-une-europe-plus-ambitieuse_1540579

    2. Merci des précisions. Sur le fond tu n’as pas d’arguments contre le projet T-DemPiketty . Tu préfères Macron sur de l’affect et autre chose de plus ineffable et c’est bien ton droit même si on tas connu plus charpenté « ad Rhetoricum ».

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