Mots du débat et dévoilement de l’imaginaire, par Timiota

Billet invité.

J’écoutais un peu distraitement le début du fameux débat-duel (sans images). J’entendais M. Macron répondre à la violence de son opposante par des « mais » ou des « non » ou des « ne pas/n’est pas » et … ça ne portait pas.

Mme Le Pen n’avait que des phrases à l’affirmatif qui emportait l’affect (celui du bistro de la Somme avec café au comptoir ; celui du bourgeois d’un ménage devenu « Sens Commun » de Vitré-les-trois-chapelles ; celui encore de l’urbain amené à vivre les délices du monde ménardo-Occitano-Pacaïque dans le sud de la France).

Grosse nuance entre dire « vos mesures ne sont pas responsables » (le roquet aboie) et « vos mesures sont irresponsables » (là, l’imaginaire projette une nature sur la personne), on ne l’a pas coaché là-dessus, M. Macron, dans sa vie de khâgneux ? Dans quelque sens qu’on le prenne « je ne suis pas » ou « vous n’êtes pas », ça n’emporte pas l’adhésion quand on se dispute l’affect de l’auditeur.

Tout petit bout de la lorgnette, mais qui permet de voir la mécanique lepénienne à l’oeuvre : l’inhibition par le « ne pas » est absente à l’extrême droite, du coup les structures du langage (plus précisément de la part sociale de ce langage, pas de la part cartésienne) se recentrent autrement, autour de la nature des gens, et pas dans leur « choix ». Et c’est bien de rejeter les autres au fond par nature qui fait voter Le Pen. C’est en jouant à la limite de cette sémantique que le FN a pu exister légalement et ne pas être dissous, sachant rapidement capitaliser sur l’accusation de « ne pas être républicain » en la renversant par tous les sophismes possibles.

La générosité qui devrait être l’ADN de la Gauche avec les mitochondries du respect, c’est de ne jamais renvoyer les gens à une « nature », quelle que soit l’ornière où l’histoire les a placés.

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