Monnaie de renommée et monnaie de réciprocité, par Dominique Temple

Billet invité. P. J. : J’attire votre attention sur ce texte à proprement parler fondateur. Ouvert aux commentaires.

Il n’est pas de marché ni de monnaie qui n’ait pour raison les valeurs éthiques que les sociétés humaines ont privilégiées à partir des structures sociales qui leur donnent naissance et qu’elles ont élues. Mais que se passe-t-il entre ces structures sociales qui instaurent la confiance, la solidarité, la paix, la justice et les entreprises capitalistes ? En l’absence d’interface de système, les marchandises produites au prix de la valeur d’échange de la force vitale brute des salariés sont proposées sur le marché à un prix inférieur à celui des marchandises qui doivent intégrer dans leur définition la dimension éthique engendrée par les structures sociales qui conditionnent leur production, autrement dit la monnaie des uns n’est pas la même que la monnaie des autres.

Nous rappellerons brièvement notre conception de la réciprocité et de la renommée. Nous préciserons que la monnaie est soit la représentation de la valeur de réciprocité, soit la représentation de la valeur d’échange. Et nous reconnaîtrons cette contradiction au cœur du débat monétaire aujourd’hui.

La réciprocité

La réciprocité conjoint en chacun le fait d’agir et de subir. Elle établit une relation entre deux consciences antagonistes dont la résultante est une conscience révélée à elle-même qui donne sens aux actes des uns et des autres. Cette révélation est libération des déterminismes de la nature, et pour ne pouvoir appartenir à personne sans la contribution d’autrui, elle peut être dite un Tiers entre les partenaires de la réciprocité, qui s’exprime aussitôt par la Parole, laquelle exige la reproduction de sa matrice par la coutume ou par la Loi.

Ayant par nature une structure contradictoire puisqu’il résulte de la relativisation de forces contraires (l’agir et le subir), le Tiers pose un problème à la logique classique pour laquelle ce qui est en soi contradictoire n’a pas de représentation immédiate. La fonction symbolique se charge donc de le traduire par l’image d’une réalité non-contradictoire empruntée à la nature : l’imaginaire.

Dès lors que le Tiers en chacun des membres de la communauté de réciprocité est le sujet de la Parole, les dons peuvent être interprétés comme des paroles de bienveillance qui inaugurent la réciprocité positive. La valeur créée par celle-ci est appelée depuis les Grecs la philia. Chacun surenchérit dans le don réciproque pour augmenter la puissance du Tiers qui l’anime, qu’il se représente dans le prestige. La réciprocité positive devient la dialectique du don, et l’économie de réciprocité a d’autant plus d’élan que le nombre de partenaires du cycle de réciprocité est plus élevé ; car si pour être puissant il faut donner plus, pour donner plus il faut produire plus. C’était là le ressort des économies d’abondance des sociétés primitives.

La monnaie de renommée

L’anthropologie a clairement établi l’origine de la monnaie à partir de la renommée acquise par la générosité. Dans les communautés archaïques, les donateurs manifestent leur prestige dans une parure, plus précisément un masque d’une grande beauté comme si la beauté était la marque d’élection à l’expression du Tiers. D’où son caractère sacré. Sa valeur est inaliénable parce qu’elle est le nom de l’humanité. Prenons la peine d’un court rappel de la référence sur le sujet. Chez les Maori, le prestige se répartit dans les ornements du masque, les vaygu’a. Bronislaw Malinowski observait que ces vaygu’a sont des objets précieux qui ne peuvent être échangés parce que liés au nom du donateur. Lorsqu’ils sont “donnés”, ils sont plutôt confiés car ils distribuent la puissance du donateur. Celui qui reçoit un vaygu’a doit cependant le mériter en reproduisant le don des vivres qui justifie qu’il en soit le possesseur. Lorsque les redistributions de vivres créent l’abondance jusqu’à saturation, le cycle se poursuit sans que celles-ci soient nécessaires, impliquant même leur destruction. Malinowski observait que les vaygu’a sont de deux sortes : bracelets (mwali) et colliers (soulava), qui circulent en sens inverse l’un de l’autre. Les soulava sont dits masculins, les mwali féminins parce que leurs relations de réciprocité permettent de construire des alliances sociétales sur le mode des alliances matrimoniales. La valeur de ces objets dits cérémoniels tire donc sa substance des sentiments éthiques engendrés dans les relations de réciprocité entre les uns et les autres.

Leur donation vaut au donateur une renommée supérieure à celle qu’ils représentaient. Les signes distinctifs qui lui sont ajoutés lors de chaque donation attestent cette croissance de valeur. Mais quelle valeur ? La valeur engendrée par la réciprocité elle-même. La valeur du Tiers est rehaussée par chaque cycle de réciprocité.

Lorsque le vaygu’a (collier ou bracelet) est redonné, il mérite, comme l’a reconnu Marcel Mauss, le nom de monnaie de renommée. Pourquoi ? Parce qu’il a acquis par devers lui le pouvoir de nouer de nouvelles relations sociales et motiver la production de la valeur.

La monnaie de renommée représente un capital imaginaire qui se nourrit de la réciprocité et de la dialectique du don, mais elle peut aussi représenter un imaginaire engendré par la dialectique de la vengeance. L’honneur est en effet à la réciprocité négative ce que le prestige est à la réciprocité positive. Il existe des monnaies de réciprocité négative. Celles-ci peuvent être rendues équivalentes aux monnaies de réciprocité positive (notamment quand un meurtre dans une relation de réciprocité de vengeance est jugé équivalent d’une relation matrimoniale). Nous ne faisons allusion à cette équivalence que parce qu’elle souligne à quel point la réciprocité crée la valeur indépendamment de l’imaginaire dans lequel elle se représente. On doit donc faire la distinction entre le capital symbolique qui appartient au cycle de réciprocité et l’imaginaire dans lequel ce capital se représente dans son contexte communautaire.

Nous ne pouvons ici développer la raison pour laquelle la réciprocité négative est souvent perçue comme fondamentale à l’orée des civilisations humaines. Disons seulement que l’intégration des défunts dans le cycle de la vengeance permet de surpasser la mort, et qu’en évitant toute confusion entre le sentiment spirituel qui résulte de la réciprocité et la jouissance des biens matériels en laquelle la réciprocité positive l’ennoie, la réciprocité négative offre une prise plus directe sur ce que l’homme crée comme au-delà de sa vie biologique. C’est pourquoi la compréhension de la théorie de la vengeance permettrait selon nous d’éteindre une grande part des conflits de la planète.

Les communautés humaines cherchent néanmoins à remplacer la réciprocité négative par la réciprocité positive tout en conservant sa mémoire grâce aux rituels sacrificiels. Pourquoi garder la mémoire de la réciprocité négative ? Ici non plus nous n’engagerons pas de polémique. Nous rappellerons seulement que toute conscience née de la réciprocité se représente de façon non-contradictoire, mais que c’est de la relativisation de la réciprocité positive et de la réciprocité négative (comme on vient de le rappeler entre l’alliance matrimoniale et la vengeance par meurtre) que se développe une conscience commune libérée de tout imaginaire.

La monnaie de réciprocité

La plupart des sociétés relativisent les deux formes de réciprocité, négative (généralement attribuée à l’homme) et positive (attribuée à la femme), afin de limiter les effets de leurs imaginaires respectifs et de promouvoir la valeur de cette forme de réciprocité que nous appelons “symétrique. Le signifiant maternel proposé par la nature pour dire la genèse du Tiers (la maternité) a été partout ou presque remplacé par un signifiant qui appartient à l’humanité seule : le travail. Ainsi la réciprocité productive succède à la réciprocité distributive proposée par la nature, et la valeur de la réciprocité symétrique devient éthique.

La monnaie de réciprocité est-elle efficiente ? Oui, elle ordonne l’obligation de réciprocité : pas seulement de reproduire des richesses mais de reproduire la matrice de la valeur, et par conséquent la valeur,  y compris des choses (leur valeur symbolique). Réduite à la valeur d’échange capitaliste lors de l’abandon de la réciprocité, la monnaie perd cette puissance. Elle ne visualise plus que la force acquise par la privatisation et le pouvoir des uns sur les autres.

Mais pourquoi la réciprocité symétrique n’est-elle jamais qualifiée ni même nommée comme l’est la réciprocité positive (le don) et la réciprocité négative (la vengeance) ? Sans doute parce qu’elle provient de la relativisation de la réciprocité positive et de la réciprocité négative de façon que la valeur produite échappe à toute représentation qui demeurerait sous l’emprise du réel et qui risquerait d’être dénaturée dans le fétichisme. Parce qu’il est engendré par cette forme symétrique de la réciprocité, le capital symbolique est donc invisible. Pour autant, la valeur peut se désigner par les signifiants proposés par la réciprocité positive ou la réciprocité négative, d’où l’ambiguïté de sa représentation qui oscille entre fétichisme et symbolisme, entre l’incarnation de l’éthique et son aliénation dans le pouvoir.

Le marché de réciprocité

Nous savons que la réciprocité simple en miroir (l’alliance) crée la philia (l’amitié), que le face-à-face collectif (l’alliance généralisée) crée une amitié collective, sans miroir particulier pour l’incarner, que l’on peut nommer la confiance (la fraternité selon la devise républicaine). Lorsque la réciprocité collective (le commun) caractéristique de la communauté familiale (l’oikos) se différencie avec la division du travail et devient le partage (metadosis), cette transformation fait apparaître une nouvelle structure parce que chacun peut recevoir d’un côté et donner d’un autre, et cette structure ternaire permet l’individuation du sujet et transforme la philia en responsabilité. Enfin, la généralisation de cette réciprocité ternaire engendre la justice.

L’avènement de la réciprocité ternaire est une révolution prométhéenne parce qu’elle transforme la sujétion à la loi en liberté du sujet responsable. Elle est l’origine du marché. Elle abolit l’aliénation de la valeur dans le prestige et donne la prééminence à l’égalité et à la justice.

Selon la structure sociale de base binaire ou ternaire que l’on choisit, la valeur se traduit donc par l’amitié, la confiance (la fraternité), la responsabilité ou la justice.

L’échange de réciprocité

L’échange de réciprocité est une autre révolution qui libère la valeur des partenaires de la réciprocité en la confiant aux objets qui peuvent s’échanger entre eux. Il démultiplie la réciprocité en fonction des besoins des uns et des autres sans contraindre à une relation immédiate et directe. Il permet en effet de remplacer un objet par un autre sans pour autant modifier la structure de réciprocité. Il soumet cependant la production à l’utilité sociale que gèrent désormais les rapports des choses entre elles sous l’emprise de la raison. Le marché se conforme donc à l’utilité sociale de la marchandise qui doit répondre des besoins des hommes qui obéissent non plus à l’imaginaire mais à la raison.

Le marché se fonde désormais sur la justice dans la distribution. Néanmoins, la confiance anime toujours la renommée de chacun au niveau de la production. La confiance fonde désormais le crédit. Elle autorise la dette à devenir le moteur de la circulation des richesses et de leur reproduction, ce que Rabelais comparait au mouvement universel et à la vie, dont le sang est le produit comme la valeur le produit de la réciprocité. La dette est le nom de la renommée. L’extension du marché de réciprocité exige seulement que la masse monétaire disponible augmente suffisamment pour que rien n’entrave l’investissement de la réciprocité productive et l’extension des réseaux d’échange de réciprocité. Tant que l’échange respecte la réciprocité (l’échange de réciprocité), l’utilité est utilité sociale parce qu’elle reste subordonnée au besoin de tous, et les choses peuvent être déconnectées de tout imaginaire et la monnaie être objective sans déroger aux impératifs de l’éthique qui justifie leur production.

La monnaie de la réciprocité symétrique se révèle donc objective et universelle, hors de l’emprise de tout imaginaire, d’une part grâce au marché de réciprocité, dont il faut rappeler que la structure de base – la structure ternaire généralisée – produit l’individuation du sujet, la responsabilité et la justice, et d’autre part grâce à l’échange qui permet de mesurer les choses en fonction de leur utilité. La valeur est reconnue dans l’objet pour son utilité sociale.

Le libre-échange

Mais c’est à l’efficacité de l’objet qu’est peu à peu transmise la valeur créée par l’entraide réciproque, efficience qui dicte des normes qu’appréhende la raison et non le sentiment. Et l’utilité ne reste pas nécessairement ordonnée aux besoins de tous. Elle peut obéir aux intérêts de particuliers. La privatisation de la propriété introduira une interface entre deux domaines : celui de l’économie sociale où la monnaie exprime la valeur née d’un rapport de réciprocité, et celui de l’économie libérale où la monnaie exprime la valeur d’échange née d’un rapport des choses entre elles arbitré par un rapport de force.

Lorsque le libre-échange interrompra la réciprocité, c’est au pouvoir des choses qui mesurent ce rapport de force que sera confié le soin de régler les rapports des hommes entre eux. L’individualisme remplacera l’individuation, l’intérêt la responsabilité, l’idéologie du libre-échange l’éthique de la réciprocité, et le profit désarticulera la production sociale en propriété privée : une autre révolution !

On peut alors s’inquiéter du rapport de force qui vient interférer avec la réciprocité. Il s’immisce, en effet, entre des valeurs différentes (c’est la violence du symbolique qui provient du fait que tout sentiment éthique est absolu parce que de nature affective, et qu’à ce titre chacun prétend à la primauté sur les autres), ou entre des imaginaires différents puisqu’ils peuvent être antagonistes (le bien de la réciprocité négative étant le mal pour la réciprocité positive et réciproquement en raison du caractère unidimensionnel de la polarité de leur dialectique respective), ou entre l’imaginaire et le symbolique (dès lors que l’imaginaire se fétichise dans le signifiant de la valeur). Dans toutes ces éventualités, le rapport de force signifie la compétition pour le pouvoir, qui prend la place de la liberté commune (la puissance sociale) à laquelle conduit la réciprocité symétrique.

La monnaie d’échange

Depuis que les hommes ont pris le relais de la nature pour organiser leurs conditions d’existence, ils authentifient la valeur à partir de leur production et reconnaissent la différence entre le travail et le produit de leur travail, le travail pour ensemencer un champ et le bénéfice de la récolte. Le boulanger est capable de produire cent pains lorsqu’il ne lui en faut qu’un pour nourrir sa famille. Et le surplus multiplie la réciprocité et l’échange. Mais dans une relation d’échange, si l’un des protagonistes (Pierre par exemple) déclare que le produit de son travail égale dix fois sa peine (y = 10x), et que l’autre protagoniste, Jean par exemple, déclare que le produit de ce travail équivaut à cette dépense, Pierre ne sera pas d’accord pour échanger le fruit de son travail (y) au prix de Jean (z = x), à moins qu’ils ne se situent tous les deux dans un autre cadre que celui de l’échange, comme Glaucos et Diomède qui au dire d’Homère « échangèrent» sur le champ de bataille leurs boucliers, l’un de bronze l’autre d’or, au nom de l’amitié de leurs pères. Mais Pierre peut y être contraint s’il ne peut plus produire qu’à la condition d’acquérir z quelle que soit la valeur de z. Que Pierre traverse un désert où Jean possède le puits d’eau de l’oasis, il comprendra très vite que s’il veut abreuver son troupeau, z = y = x si tel est le bon plaisir de Jean. Que signifie cette réduction (y = 10x) à (y = z = x) ? Que le rapport des deux hommes est un rapport de force, que Jean est plus puissant que Pierre, et que la réciprocité est rompue au bénéfice de l’intérêt égoïste de celui qui a privatisé la propriété commune.

Le capitalisme primitif

Au XIX° siècle, les économistes observent que l’institutionnalisation de la propriété privée a pour conséquence que le rapport de force entre le propriétaire des moyens de production et l’ouvrier qui ne dispose plus que de sa force de travail comme moyen d’échange conduit le propriétaire des moyens de production à réduire la valeur d’échange de la force de travail de l’ouvrier au prix des subsistances nécessaires à sa reproduction. Les deux parties n’ont pas la même notion du travail : pour l’un le travail signifie la vie usée dans la production, que paie le salaire, pour l’autre la production du travail vivant que s’approprie le propriétaire des moyens de production. Pour l’un il est une fonction catabolique, pour l’autre une fonction anabolique. Mais ce qui permet à l’un d’imposer sa définition à l’autre, c’est un rapport de force.

La concurrence entre les propriétaires des moyens de production est impitoyable. Elle contraint à ne consentir au salarié que ce qui est nécessaire à sa survie, le prix de sa force vitale brute, et à attribuer la totalité du bénéfice de la production (du “travail vivant” selon l’expression de Karl Marx) au capital (et au loisir du capitaliste). Désormais, la monnaie a pour étalon la valeur d’échange de la force de travail brute des salariés.

Lors de la naissance du capitalisme industriel, la qualité du travail libre, la puissance d’innovation, la créativité de l’ouvrier sont écartées du contrat du travail tandis que le produit du travail social est utilisé comme la manne du désert, ou comme l’air que l’on respire. Les découvertes de l’humanité, l’électricité, la machine à vapeur sont exploitées sans être honorées de la moindre considération ou rémunération pour la société qui les a produites, au même titre que la compétence de l’artisan ou de l’ouvrier aliénée dans le contrat de travail.

Le capitalisme conduit aussitôt à la lutte des classes et aux guerres coloniales pour l’approvisionnement des ressources nécessaires à la production du capital, enfin à la guerre entre les nations les plus industrialisées.

La fin de ce capitalisme primitif lors de la grande crise de 1929 obligea à reconnaître à l’innovation, la qualité du travail, sa fonction créatrice de la valeur sous le nom générique de capital humain, mais dans la mesure où celui-ci pouvait être transformé en valeur d’échange, en profit, en capital, et en rapports de force entre nations.

La monnaie de réciprocité de John Maynard Keynes : le bancor

La première tentative sérieuse des responsables politiques du capitalisme pour endiguer les affrontements entre nations eut lieu après la deuxième guerre mondiale lors des accords de Bretton Woods en 1944. Il était devenu clair que la conception capitalistique de la valeur (la valeur d’échange) et le rapport de force entre nations pouvaient se conclure par une extermination mutuelle. John Maynard Keynes proposa la création d’un Fonds monétaire commun qui s’exprimerait par une monnaie supranationale : le bancor. Une chambre de compensation internationale accorderait des crédits en bancors sans condition aux pays dont la balance commerciale serait provisoirement déficitaire afin de leur permettre de rembourser leurs emprunts à l’abri des spéculations sur la fluctuation de leur monnaie d’échange. Les pays détenteurs d’excédents de bancors seraient obligés de les réinvestir dans les pays dont la balance commerciale serait négative, et invités à participer ainsi au rétablissement de leur économie. Ce mécanisme de réciprocité positive assurait un équilibre relatif des monnaies nationales, qui, elles, demeuraient polarisées par la spéculation et le profit. J. M. Keynes proposait donc la relativisation des rapports de force monétaires par l’institution d’une monnaie inconvertible en monnaie d’échange, et à laquelle les monnaies d’échange seraient subordonnées par des relations de réciprocité. La parité des monnaies vis-à-vis du bancor pouvait cependant être reconsidérée périodiquement si l’un des États membre de la communauté rompait unilatéralement avec le principe de réciprocité. Entre-temps, la Chambre de compensation pouvait ramener à la raison ceux qui accumulaient les bancors sans les réinvestir par une sanction sous forme d’un intérêt progressif sur leurs bancors, et ceux qui abusaient de son crédit également par un intérêt progressif sur leurs emprunts. Cette rançon était donc exigée selon le principe de réciprocité négative pas seulement de celui qui empruntait trop mais également de celui qui capitalisait trop.

Ce double mécanisme de réciprocité positive et de réciprocité négative contraignait les monnaies nationales, dont les fluctuations unilatérales étaient susceptibles d’entraîner la déroute des monnaies les moins fortes, à revenir aux équilibres nécessaires à la paix. Le bancor est une monnaie de réciprocité symétrique !

Cette proposition a été refusée parce que les États-Unis d’Amérique, estimant que l’issue de la deuxième guerre mondiale les consacrait comme la plus grande puissance du monde (Hiroshima !), ont proposé que le dollar joue un double rôle : de monnaie d’échange nationale et de monnaie de référence pour toutes les monnaies nationales. La confiance dans le rôle pacifique des États-Unis, gendarmes du monde, semblait naturelle puisqu’il y allait de leur intérêt que l’économie mondiale ne subisse plus de crise majeure. Cette confiance quoique forcée autorisait donc le dollar à témoigner de la prospérité universelle et le consacrait comme monnaie de renommée et pas seulement de libre-échange.

L’une des solutions défendue par John Maynard Keynes est celle de la monnaie de réciprocité, l’autre, défendue par Harry Dexter White, celle de la monnaie de renommée.

Le dollar monnaie d’échange et de renommée

Les États-Unis d’Amérique, contrôlant la science, la technologie, l’économie, la force militaire et la force monétaire, imposèrent la seconde solution. Le dollar, choisi pour assurer la paix, n’est donc pas une monnaie de réciprocité, mais une monnaie d’échange qui s’approprie le rôle de monnaie de renommée : la Banque centrale garantit l’essor mondial du commerce et de l’industrialisation en gérant les banques commerciales par des prêts en dollars. La renommée du dollar ne tient pas seulement à la richesse de la nation américaine, elle tient aux structures sociales que la circulation de la richesse met en mouvement. La monnaie ne représente pas seulement du capital amassé grâce à la privatisation des moyens de production, mais du capital issu de la productivité des différents modes de relation des hommes entre eux, d’échange certes mais aussi de réciprocité, autrement dit de leur production sociale (et notamment de la science).

En tant que monnaie d’échange, la monnaie créée par les banques commerciales ne crée aucune valeur nouvelle. Elle n’est avancée que pour anticiper la production de marchandises. Mais il n’en est pas de même de la monnaie créée par la Banque centrale. Comme monnaie de renommée ou de réciprocité, elle représente une valeur non matérielle, la confiance, et c’est elle qui fonde le crédit.

Le plan Marshall

Le plan Marshall en est une illustration. Il n’échange pas, il ne donne pas non plus, il confie un capital de dollars aux États européens sous condition qu’ils le fassent fructifier, et qu’ils reproduisent une prestation identique en retour. La clause principale du contrat est que les États débiteurs investissent au moins le double du montant octroyé par les États-Unis dans la production de leurs entreprises, autrement dit qu’ils fassent la preuve qu’ils sont capables de donner à leur monnaie la renommée du dollar. Les États européens, définissant leur monnaie par la valeur d’échange, pouvaient dévaluer et rembourser les États-Unis en monnaie de singe. Cette solution déloyale du point de vue de la réciprocité fut enrayée par l’obligation pour les entreprises européennes de racheter en dollars des biens d’équipement aux États-Unis pour la valeur du prêt confié aux États. Ce n’est pas en termes de distribution de vivres, comme chez les Maori, que se mesure la renommée du dollar mais, ce qui revient au même, en termes de production des vivres. Le plan Marshall était placé sous la responsabilité d’une institution, en principe impartiale, désintéressée et supranationale : le Fonds Monétaire International.

La mondialisation du libre-échange, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, démontrèrent que le dollar pouvait servir de référence universelle en tant que monnaie de renommée et pas seulement de monnaie nationale d’échange pour les États-Unis.

La monnaie de renommée devint le moteur du progrès économique, mais pas de n’importe lequel ! L’unique dénomination de la monnaie de référence mondiale pour les deux fonctions de réciprocité et d’échange autorisait leur confusion car dans la perspective nord-américaine la confiance ordonnée au rôle universel du dollar est subordonnée au profit du capital ou plus exactement à l’économie telle que la définissent les capitalistes selon leurs intérêts.

La crise monétaire

Que les structures sociales qui donnent naissance aux valeurs de l’éthique soient détruites et aussitôt la monnaie ne représente plus que les rapports de force entre les intérêts des uns et ceux des autres. La dévaluation ramène la valeur symbolique à la valeur d’échange. Cette éventualité rend sa pertinence à ce propos de Karl Marx qui dénonçait la dette publique lorsqu’elle est comptée en valeur d’échange par les agents du capitalisme qui font main basse sur l’État, aujourd’hui les banquiers et leurs obligés… : « La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle dote l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créanciers publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation – de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel – la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne. » (Le Capital – Livre 1er, 1867).

La crise actuelle ne provient pas de la défiance dans le dollar en tant que monnaie de renommée, mais des spéculations des banques commerciales lorsque les États s’endettent auprès des marchés financiers. La crise des subprimes en 2008 a rappelé que les banques commerciales obéissent aux intérêts privés des spéculateurs et non à des obligations sociales de réciprocité. Il est apparu, lors de la crise grecque notamment, que les banques commerciales transformaient la monnaie de renommée, distribuée par la Banque centrale aux États, en monnaie d’échange pour le compte des actionnaires du capital, et qu’elles forçaient les États à racheter leurs dettes en sacrifiant la protection sociale des citoyens. La spéculation est en effet d’autant plus lucrative que la réciprocité est affaiblie. La faillite des États européens n’a pu être jugulée que par l’intervention de la Banques centrale, mais à quel prix ? Au prix du transfert du capital social (de réciprocité), dont les États étaient encore détenteurs, au capital des capitalistes : une partie des services publics ont été privatisés, et une partie des services gratuits sont devenus payants pour financer les déficits de l’État. La réduction de la dette de renommée en dette d’échange asservit la République au Capital.  Il eut été plus rationnel de donner la priorité à la réciprocité, de conforter l’économie sociale par l’uniformisation des prestations sociales et de diminuer le pouvoir d’accumulation du secteur privé en monnaie d’échange (par l’interdiction des paris financiers et la mutualisation de la dette).

Dans une société où la réciprocité serait généralisée, il serait impossible que la monnaie puisse refléter autre chose que le prix juste, l’équivalence de réciprocité ; il serait impossible qu’un emprunt puisse entraîner une cascade de défaillances bancaires comme lors de la crise des subprimes puisque le crédit ne saurait permettre l’accumulation du profit et à plus forte raison la spéculation. Et l’État cesserait d’exciter la convoitise des capitalistes.

La réciprocité invisible

Rien cependant n’empêche les États-Unis d’Amérique d’émettre autant de monnaie que nécessaire pourvu que la croissance des échanges puisse l’absorber, et que la production de richesse satisfasse l’imaginaire des uns et des autres. La liberté de choix est pour la monnaie de renommée aussi décisive que le pouvoir d’achat pour la monnaie d’échange, au point que son augmentation peut se payer d’une diminution de pouvoir d’achat. La liberté de choix se doit à la différentiation de la production et non à son accumulation. Entre un pouvoir d’achat élevé, qui n’a d’autre option de consommation que le pain, la pomme de terre et le chou, et un pouvoir d’achat moindre mais dont la liberté de choix s’étend au saumon fumé, aux huîtres et aux nids d’hirondelles, le consommateur préfèrera toujours moins de pouvoir d’achat et davantage de liberté de choix. Le capitalisme a dès lors intérêt à démultiplier les compétences humaines par l’extension des communications interactives, que peut assurer la liquidité monétaire, et à démultiplier la productivité grâce à la gratuité de l’information (l’open source de la révolution numérique), ce qui est en somme un appel d’offre important au capital humain. La valeur de renommée qui représente ce capital humain est ainsi intégrée au capital, et la monnaie témoigne de la puissance créative de la société, bien qu’à l’aune des rapports de force entre propriétés privées. La valeur est absorbée par la valeur d’échange, le travail vivant par le travail mort (le capital), mais la quantification de la valeur repose toujours sur la privatisation de la propriété des ressources et des moyens de production. La contradiction entre ceux qui capitalisent le produit du travail en pouvoir et ceux qui exigent la liberté de choix quant à l’investissement de leur créativité, et qui pour cela revendiquent la propriété des moyens de production qui leur sont nécessaires, sont les principaux enjeux du capitalisme, mais le cordon ombilical du profit n’est pas tranché.

Logiciel libre et open source

C’est le débat que Richard Stallman a identifié entre les partisans de ce qu’il appelle le logiciel libre et les partisans de ce qu’il appelle l’open-source. Les premiers utilisent leur droit d’auteur pour interdire que les bénéficiaires de la réciprocité puissent détourner le cours de celle-ci au bénéfice de l’accumulation capitaliste. Ils défendent systématiquement la réciprocité généralisée en suspendant l’usage de leurs découvertes au respect de son principe. La valeur engendrée par la réciprocité exige en effet la reproduction de sa matrice sous peine de disparaître. Les seconds entendent faire bénéficier les capitalistes de leurs productions au motif que cette collaboration serait plus féconde que de ralentir l’inventivité des chercheurs rémunérés par le capital. Ils peuvent prétendre que leur pari n’est pas insensé s’il est vrai que la révolution numérique échappe au contrôle de tout être humain particulier, et que la technologie de l’informatique, requérant le principe de réciprocité l’imposera aux hommes, qu’ils le veuillent ou non, et aussi bien sous sa forme de marché que sous la forme du partage.

Qui domine quoi ? La réciprocité soumet-elle l’échange à l’éthique, ou l’échange soumet-il la réciprocité au pouvoir ? La spéculation monétaire dépend-elle de la circulation des marchandises mue par la réciprocité, ou, rivée à l’intérêt individuel conduit-elle aveuglément à l’épuisement des ressources de la planète ? Aujourd’hui, l’échange rompt avec la réciprocité, et l’économie libérale envoie l’humanité dans le mur, d’où la crainte des principaux intéressés eux-mêmes qui se replient sur la propriété (qu’ils définissent comme propriété privée) au détriment de la liberté (qu’ils définissent comme liberté d’échange), c’est le reflux du libéralisme sur le nationalisme.

La crise actuelle se résumerait-elle à la contradiction du national-capitalisme et de l’ultralibéralisme, et dans les deux cas à briser toute réciprocité universelle ?

Propriété et liberté capitalistes

La question de la propriété reste donc centrale ; mais elle est relayée par une autre, celle de la liberté, comme l’a rappelé Richard Stallman. La propriété privée des moyens de production, précise-t-il, est privatrice pour autrui. Privatiser veut dire priver ou “privatriser”, pour reprendre son expression, ou encore, selon celle de Marx, exproprier. Du coup, privatiser peut vouloir dire aussi se défendre de la privatrisation, comme lorsqu’une Commune déclare privé son territoire pour empêcher qu’elle n’en soit privée. On peut appeler “privativation” cette mesure défensive ou préventive. Mais celle-ci n’est plus nécessaire si l’on supprime le caractère prédateur de la privatisation. Les deux termes de privativation et privatrisation tombent avec l’abolition de la privatisation. Autrement dit, l’abolition de la privatisation restituerait à tout le monde la propriété que la société pourrait attribuer à chacun afin qu’il puisse faire valoir ses dons et exercer sa puissance créatrice.

C’est ce que propose aujourd’hui l’idée du dividende universel, quotient de la masse totale de la monnaie divisée par le nombre d’êtres humains concernés. Selon Stéphane Laborde qui défend la Théorie relative de la monnaie : « Le Dividende Universel correspond donc simplement à la reconnaissance de la co-propriété de la zone économique par chaque Citoyen (présent et à venir, et aucune génération n’a de droit privilégié de ce point de vue). La citoyenneté de la zone économique est consubstantielle au droit fondamental à une part comparable de la création monétaire commune entre chaque citoyen ». La redistribution d’une propriété monétaire de base est en effet la condition de leur liberté réelle ! Aujourd’hui, le capital monétaire a remplacé le capital foncier, mais à cette nuance près, on entend toujours Karl Marx : « Oui, messieurs, la Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l’expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd’hui essentiellement moyens d’asservissement et d’exploitation du travail, en simples instruments d’un travail libre et associé. » Karl Marx (La Guerre civile en France – 1871).

La Théorie Relative de la Monnaie et la monnaie d’échange généralisé.

Selon la Théorie Relative de la Monnaie développée par Stéphane Laborde, le champ de valeur des citoyens est engendré par la symétrie de leurs positions. Cette symétrie est subordonnée à la clause lockéenne « qui déclare que l’on ne peut s’approprier légitimement les ressources originelles sans qu’il en reste suffisamment et en assez bonne qualité pour autrui ». Cette clause n’inclut pas le principe de réciprocité puisqu’elle n’implique pas que cette appropriation s’inquiète du besoin d’autrui pour engendrer un bien commun. Mais elle suffit à empêcher l’accumulation du capital à partir de la privatisation de la propriété des moyens de production, de la terre ou de ses ressources et du travail vivant, et par conséquent elle garantit un minimum de liberté pour tous. Symétrie veut dire égalité des uns et des autres vis-à-vis d’une même chose. Et cette chose est la liberté.

Ce qui est pris ici en considération par la Théorie relative de la monnaie comme moteur de l’économie est la puissance créatrice de l’individu libre. Dès lors tous les jugements individuels sur la valeur sont légitimes pourvu qu’ils s’inscrivent dans un même champ de valeur unifié. Et le moyen de relier dans un ensemble monétaire cohérent les référentiels de tous les particuliers est la liberté. Quelle liberté ? Liberté d’accès aux ressourcesLiberté de production de valeursLiberté d’échange dans la monnaie Liberté de choix de son code monétaire.

Ces quatre exigences renvoient cependant au primat de l’individu sur ses relations.

Réciprocité ou symétrie ?

La Théorie relativiste de la monnaie soutient que « la définition d’une valeur de référence comme monnaie forcée est un biais fondamental qui nie la relativité de toute valeur que tout individu est en droit de juger indépendamment de ses concitoyens » Soit ! Mais que tout individu juge indépendamment de ses concitoyens est très problématique : cela veut dire que son imaginaire a perdu son ancrage avec la responsabilité ou la loi, qui sont, elles, produites par la réciprocité. Son imaginaire peut alors se confondre avec son intérêt, et conduire au fétichisme de la valeur dans les limites de son pouvoir. C’est ce que doit concéder Stéphane Laborde : « Or, sur ce substrat de valeur, se développent des valeurs marchandes qui, elles, valorisent leurs produits rares ou artificiellement raréfiés en exigeant une obligation de paiement ».

La Théorie relativiste de la monnaie libère l’imaginaire des uns et des autres, mais ne supprime pas leur compétition ni la concentration du pouvoir au profit du plus fort. L’autonomie de chaque particulier en regard de tous les autres ignore le Tiers que leur réciprocité engendrerait.

Sans doute les théoriciens de la monnaie d’échange généralisée espèrent-ils que l’individu qui évalue les choses d’un point de vue différent de celui d’autrui ne souscrira pas nécessairement à l’impératif du profit. Mais la difficulté demeure car pour l’économie libérale le mot libéral signifie tirer parti de la réciprocité généralisée dans son intérêt particulier ou encore garantir la liberté individuelle par la différenciation biologique. L’individu est-il donc la seule référence de l’humanité ? La liberté n’implique-t-elle la liberté d’autrui que pour autant que l’individu puisse en espérer un bénéfice pour sa propre créativité ?

L’individuation du sujet

Nous savons que si la réciprocité est inégale, l’un perçoit son être social comme bien qui se convertit en pouvoir, et l’autre le perçoit comme déficient et assujetti. Nous avons dit que la réciprocité symétrique supprime cette inégalité, efface toute référence imaginaire et propose des valeurs éthiques universelles. Et nous avons rappelé que la réciprocité ternaire généralisée produit l’individuation du sujet, la responsabilité et la justice. Mais lorsque l’on omet de préciser le sens du mot individu, et que celui-ci au lieu de signifier l’individuation du sujet désigne l’individualité de la différenciation biologique ou autre, aussitôt l’on implique le déterminisme de la vie, c’est-à-dire la concurrence et la non-réciprocité. La lutte pour le pouvoir ou même seulement la lutte pour la vie, quand bien même l’intérêt des uns et des autres exige qu’ils ne se détruisent pas mutuellement, s’impose au détriment de la responsabilité et de la justice.

Selon la théorie de la réciprocité, la liberté est autre chose que la liberté du sujet lorsque par l’échange celui-ci rompt ses amarres avec la réciprocité. La liberté de l’individuation du sujet lorsque la réciprocité est généralisée se manifeste dans le sentiment de responsabilité vis-à-vis de la société entière. Désormais chacun est responsable de donner une valeur à sa production et de proposer une équivalence aux valeurs d’autrui. De la réciprocité généralisée (la réciprocité de marché), on déduit donc aussi que le sentiment de responsabilité justifie la propriété nécessaire à l’action, la propriété personnelle.

Mais il y a libéralisme et libéralisme : le libéralisme aristotélicien s’entend comme générosité. L’homme libéral, pour Aristote, est celui qui pratique la réciprocité à bon escient, c’est-à-dire envers quiconque est capable de réciprocité. Cette notion n’a rien à voir avec celle du capitaliste qui fait prévaloir dans ses échanges son intérêt particulier au détriment de celui d’autrui, quand bien même il lui reconnaît objectivement les moyens d’en faire autant. Le généreux, dit Aristote, est le contraire de l’égoïste. D’où les deux sens du mot libéral.

La socialisation du sujet

L’autre déficience de la Théorie relative de la monnaie est qu’elle n’accorde à la valeur de renommée qu’un contenu amputé d’une partie des valeurs éthiques du capital humain : l’individu est-il la seule référence de l’humanité ?

Le capital humain est constitué de la justice et de la responsabilité qui sont promues par le libéralisme politique aristotélicien, mais aussi des valeurs produites par les autres structures sociales de base de la société répondant au principe de réciprocité : la valeur produite par la réciprocité de face-à-face collectif (la confiance), la valeur produite par la réciprocité centralisée (la solidarité), et surtout la valeur de référence spécifique de chaque système complexe, c’est-à-dire des systèmes de production et de redistribution nationaux dont la résistance aujourd’hui à la mondialisation capitaliste est qualifiée de populisme parce que alliant confusément national-capitalisme et économie sociale.

Si l’on s’en tient à la seule relativisation des points de vue individuels pour définir un capital monétaire censé représenter le capital humain, une partie du capital humain reste hors du champ de la valeur de référence. La monnaie d’échange relativiste ou généralisée ne suffit pas à remplacer les monnaies adossées à l’imaginaire des peuples parce qu’elle marginalise le potentiel symbolique et détruit les valeurs spécifiques de leur système de réciprocité.

Le débat se porte donc sur la définition de la communauté politique d’hommes libres, capables de légiférer de façon démocratique et de répartir la propriété des moyens de production en les attribuant à qui de droit en raison de leur fonction sociale (la propriété indivise aux structures de réciprocité collective, la propriété personnelle aux structures de réciprocité généralisée), de façon à ce que toutes les valeurs éthiques de l’humanité deviennent l’apanage de tout le monde.

La destruction des acquis sociaux par la privatisation de la propriété entraîne la disparition des matrices des différentes valeurs sociales tandis que la transformation des échanges qui s’inscrivaient dans la réciprocité en échanges de libre-échange conduit à des rapports de force, à la guerre, plus précisément à la production d’armes de guerre pour le compte des capitalistes et de tous les citoyens qui sous l’aile de la démocratie capitaliste collaborent au crime contre l’Humanité. La destruction des matrices de la valeur est un assassinat économique de la Cité.

Dès lors que les deux propositions issues des accords de Bretton Woods sont caduques, la question se pose : comment la monnaie peut-elle recouvrer sa fonction sans être abandonnée aux rapports de force induits par le libre-échange ou l’accumulation capitaliste ?

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55 réflexions sur « Monnaie de renommée et monnaie de réciprocité, par Dominique Temple »

  1. Travail énorme .

    Là , je vais prendre quinze jours pour intégrer tout ça , et je laisse PSDJ passer devant .Mais il va falloir que j’imprime , parce qu’il y a besoin du papier et du bic .

    Dans l’immédiat , j’y vois des sources d’inspiration dans la suite du billet de Jean Paul Vignal sur l’économie marchande et celle qui ne l’est pas .

    Pas forcément une contestation de mon affirmation que le don ne relève pas de l’économie , tout du moins le vrai don ( qui n’est quand même pas tout à fait angélique sur le plan de la « propriété » ) .

      1. Enfin , le don d’organe jusqu’à ce que mort s’en suive , car sinon la marchandisation du corps est déjà passée par là .

      2. Pour ce qui concerne le don de spermatozoïde , aux dernières nouvelles , celui de souris est de meilleure renommée que celui d’éléphant .

  2. @ Jorion.

    « …on entend toujours Karl Marx : « Oui, messieurs, la Commune entendait abolir cette propriété de classe, qui fait du travail du grand nombre la richesse de quelques-uns. Elle visait à l’expropriation des expropriateurs. Elle voulait faire de la propriété individuelle une réalité, en transformant les moyens de production, la terre et le capital, aujourd’hui essentiellement moyens d’asservissement et d’exploitation du travail, en simples instruments d’un travail libre et associé. » Karl Marx (La Guerre civile en France – 1871)… »

    Oui enfin tout cela c’est de l’apologie du socialisme autoritaire !

    J’ai pas trop apprécié Paul qu’hier sur Arte, vous nous liquidiez Marx en deux temps trois mouvements par la boutade: « Oui bon, le socialisme autoritaire a eu sa chance, et puis regardez l’URSS et la Corée du nord ! »

    Moi je veux bien que vous poursuiviez vos recherches, et que vous tentiez de convaincre, sur la faisabilité d’un retour du socialisme « utopiste » du début du XIX siècle , mais pour cela est-il utile de caricaturer le marxisme ? En faire un repoussoir !

    Un peu de sérieux et de respect des copains quand même !

    Réduire en une formule (fausse d’ailleurs) l’histoire riche de la lutte des classes de tout le XX siècle, en amalgamant Karl Marx et Kim Jong Un , et tenter de convaincre des millions de téléspectateurs: « voilà les amis où nous auras mené le socialisme autoritaire de Marx ! » (cette phrase n’a pas été avancée, mais le fond y était), c’est limite de votre part !

    Si vous voulez nous pouvons en parler, sur la base de la vérité et de l’honnêteté historique et intellectuelle, mais de grâce ne procédons pas comme un vulgaire Valls expliquant qu’il y a deux socialismes irréconciliables !

    Le bon: le socialisme démocratique; le mauvais: le socialisme autoritaire.

    J’ai déjà écrit sur ce blog, cette juste réflexion de Trotsky :

     » Staline a révisé le marxisme avec les bottes du GPU  »

    Ceux qui ont catalogué l’oeuvre et l’activité de Marx d’autoritaire, ce sont les anarchistes de Bakounine dans l’Internationale des travailleurs.

    Ils en sont où les anarchistes vis à vis du socialisme ?

    1. Staline révise Marx et Lénine non par la plume des théoriciens, mais avec les bottes de la GPU. » (Léon Trotsky, Bolchevisme et stalinisme, l937)
      Soyez précis dans vos citations.

      Pour le reste produisez-vous même les réponses à vos questions, puis faites les fructifier en optimisant leur rendement.

      1. Rosebud1871 dit :
        « …produisez-vous même les réponses à vos questions… »

        Sur cette première question:

        « est-il utile de caricaturer le marxisme? En faire un repoussoir?

        Non évidemment non, puisque qu’il faut inciter la jeunesse à lire Marx (pas seulement) et à comprendre le monde incroyable qu’elle vit.

        Il faut dénoncer avec force l’idée que c’est Marx, qui au fond d’un faubourg londonien fomentait, dans ses écrits théoriques, le massacre une génération plus tard des anarchistes en Ukraine.

        Vous voyez Roseburd1871, plutôt que de me faire cette énième remarque sur l’une de mes citations, (quelle importance cette exactitude sur un forum de discussion, puisque votre version à strictement le même sens que la mienne), vous auriez dût répondre à Karluss et lui conseiller d’étudier, de remettre la Makhnovtchina dans un contexte historique afin d’en saisir tout le sens.
        Karluss a des préjugés, vous vous empressez de les appuyer.
        Vous êtes de ceux, pas très intéressée à refermer les anciennes blessures, d’arrêter d’opposer formellement le socialisme « autoritaire » et le socialisme « utopique ».

        Il y a un socialisme, un chemin, pour aller au communisme. Mais ce chemin est historiquement changeant, en fonction d’une réalité historique donné.
        Inutile d’accabler le bolchevisme des premières années au pouvoir, qui dans les conditions extraordinairement complexes et difficiles ont été héroïque.

         » Ou en sont où les anarchistes vis à vis du socialisme ? »

        Ils ont depuis longtemps abandonner ce terrain, renvoyant dos à dos stalinisme et trotskysme, Proudhon et Marx, et aujourd’hui semblant se satisfaire sur la cote californienne de ce Capital, (qu’ils décriaient hier en écho des communistes), celui du Nasdasq, qui faisant pleuvoir sur eux, une telle quantité de monnaie, qu’ils en sont aveuglent, et ne voient plus les inégalités et les misères que le capital génère.

        Cohn bendit de bout en bout derrière Macron, voilà le symbole qui peut nous dispenser de tout commentaire sur le fait que les anarchistes se contre-foutent aujourd’hui du socialisme, qu’il soit autoritaire, démocratique, ou anarchiste.

      2. Eninel 26 mai 2017 à 23 h 35 min

        …[L’ordre familial, en somme ne fait que traduire-quoi? -que le Père n’est pas le géniteur. Et quoi encore? :que la Mère reste contaminer la femme à jamais, pour le petit d’homme. Le reste s’ensuit. C’est pas du tout que j’apprécie le goût de l’ordre qu’il y a chez ce petit. Le fait est que j’en entends des échos: «Personnellement -«Personnellement»:c’est admirable! – Personnellement j’ai horreur de l’anarchie.» Voilà ce qu’il jacte. Comme si le propre de l’ordre, là où il y en a le moindre, c’est qu’on n’a pas à le goûter, puisqu’il est établi. C’est arrivé déjà comme ça quelque part par bon heur dirais-je, et c’est heur bon tout juste à démontrer que ça y va mal,même pour l’ébauche d’une liberté. C’est le capitalisme remis en ordre. Et à partir de là: autant pour le sexe ! Puisqu’en effet le capitalisme, ça il faut le dire, c’est de là qu’il est parti : de le mettre au rancart.]…

        Clair que pour le petit d’homme, difficile de ne pas rencontrer la question du « Dieu » qui traîne dans le langage et dans les images, et la question du maître dès qu’il est scolarisé. Alors le ni Dieu ni Maître, ça reste une révolte sympathique datée, mais le petit d’homme ce qu’il demande d’abord c’est que ça tienne le coup autour de lui, après le fils à papa, il aura le loisir de se révolter contre ce qu’on lui a refilé, ou de calquer les traces de pas du prédécesseur, parfois les deux en même temps ou l’un après l’autre.

      3. @Eninel

        Si Cohn Bendit est la référence que vous choisissez pour symboliser l’anarchisme contemporain, on peut affirmer sans trop de crainte que vous ne savez absolument rien de l’anarchisme contemporain.

      4. @ Eninel : c’est bien dans un contexte historique que la Makhnovtchina fut finalement décimée par les bolchéviques après les avoir aidés militairement à se maintenir au pouvoir. La bureaucratie des soviets fut une tyrannie aussi accablante que celle du capital. Mais je vous rassure, en aucun cas je n’accuse Marx d’être à l’origine de ce funeste destin. Marx est un grand philosophe, même sa mésentente avec les anarchistes ne peut lui enlever ce titre.

      5. @ karluss

        « …L’armée révolutionnaire et Kronstadt sont des « lieux de mémoire » de l’anarchisme : les deux font appel à une « troisième révolution » ; la rébellion armée contre les Bolcheviks voulait de réels conseils (Soviets). L’anarchisme a créé un mythe autour du mouvement makhnoviste et de la rébellion de Kronstadt, en en faisant les expressions d’une « authentique révolution populaire libertaire » écrasée par le « totalitarisme bolchevik » même si, à l’évidence, certains événements ont été magnifiés… » (Wikipédia)

        Magnifiés ? Pas tous !

        « …L’antisémitisme qui sévit à l’excès circule en tous sens et tous cèdent à des excès de pogroms… » (wikipédia)

        Rien de tel pour mettre un Trotsky en boule !

        « Le Manifeste de l’armée insurrectionnelle d’Ukraine de Nestor Makhno (batko Makhnov : signifie « le petit père Makhno » en ukrainien) donne d’emblée la principale volonté du mouvement, qui est de « s’élever contre l’oppression des ouvriers et paysans par la bourgeoisie et par la dictature bolchevique-communiste ». (Wikipédia)

        Pas la dictature de Staline hein, celle de la dictature « bolchévique-communiste » de la jeune république socialiste. pourquoi ? Pour des raisons uniquement doctrinaires:

        « Méfiance envers tous les partis, car ils veulent accéder au pouvoir et installer une autorité étatique contraire à la doctrine anarchiste » (Wikipédia)

        Et quelle est la nature de cette opposition politique ?

        « Makhno n’accepta pas de lancer son armée sous le commandement suprême de Trotsky, chef de l’Armée rouge. Cependant, les deux armées se trouvèrent d’accord à deux reprises. Lorsque la gravité du péril interventionniste exigea leur action commune ce qui se produisit d’abord en mars 1919 contre Dénikine, puis au cours de l’été et de l’automne 1920 quand menacèrent les forces blanches de Wrangel que finalement Nestor Makhno aida à mettre en déroute. Mais aussitôt le danger contre-révolutionnaire conjuré, l’armée Rouge reprenait les opérations militaires contre les guérilleros de Makhno qui lui rendaient coup pour coup… » (Wikipédia)

        Bref, le contexte historique c’était la guerre, et chaque camp se rendait « coup pour coup ». Les violences et l’intolérance règnent dans les deux camps, comme dans toutes les guerres.

         » Le mouvement se veut radical et intransigeant avec les contre-révolutionnaires, le Manifeste annonce à ce sujet qu’il est « nécessaire […] de fusiller sur place les bandits et les contre-révolutionnaires » (Wikipédia)

        Et pour un anarchiste, un bolchevique est un « bandit », russe de plus, un « contre-révolutionnaire ».

        Alors arrête de jouer la carte de la victimisation, ce n’est pas constructif, ce n’est pas loyal:

        « La bureaucratie des soviets fut une tyrannie aussi accablante que celle du capital. » dits-tu de manière très militante.

        il n’y avait pas de bureaucratie stalinienne dans l’armée rouge de l’époque, et les anarchistes n’étaient pas des tendres non plus. Tu n’aimes pas les communistes, libre à toi, mais évites ces procès et ces accusations ridicules, hors contexte historique, pour essayer de nous vendre un gentil anarchisme pacifique et propre sur lui.

        Si les bolchéviques n’avaient pas combattu et vaincu la Makhnovtchina, les bolcheviques auraient été tout simplement été fusillés en Ukraine.

    2. « …un mur qui va lui imposer la réalité du communisme par défaut. Ce communisme qu’il n’a pu choisir, voilà que le cadavre qu’il traîne, menotté à son bras, va le lui imposer. La terre, morte, retournée comme une peau de lapin, lui impose cette horreur des horreurs qu’est l’abolition de la propriété privée. L’eau polluée, l’air empoisonné, seront demain patrimoines de l’humanité, et après-demain l’uranium épuisé, le cadmium, et les quatre singes qui gambadent sur les trois derniers arbres. Demain, la terre sera propriété commune par force, dans le camp où seront parqués les hommes, avec des gardes autour.
      Freud:  » Il me semble certain à moi aussi qu’une transformation réelle des hommes par rapport à la propriété sera de meilleur secours que tout impératif éthique; pourtant cette idée juste est de nouveau troublée par les socialistes par une méconnaissance de la nature humaine, et elle perd ainsi sa valeur pratique. » Freud a bien perçu que le coeur du problème de l’abolition de la violence humaine se trouve dans la propriété, « cette propriété privée, dit Marx, qui nous a rendus si sots et si bornés qu’un objet est nôtre uniquement quand nous l’avons », née il y a quelques millénaires, quand l’homme, après quelques péripéties au cours desquelles il faillit disparaître du globe, assura sur lui sa domination violente. Mais le communisme rêvé par Marx n’a rien à voir avec le communisme subi qui se profile: vivre sur une décharge devenue bien public n’engendre ni chants ni cris de joie comme la promesse de vivre entre l’Euphrate et le Jourdain. Un corps agonisant dont nous sommes les asticots n’a rien d’exaltant comme paradis communiste. Il se peut même que ce corps entraîne l’espèce avec lui dans la mort: Claude Lévi-Strauss n’est pas le moindre chercheur à prévoir autant qu’une explosion démographique une implosion, et une disparition assez rapide et suicidaire de l’humanité.
      Rien ne dit non plus que la prophétie de Malthus (et de Ricardo et d’autres) ne soit pas plus sensée que celle de Marx: une humanité ghettoïsée, très peu de très riches, une masse de très pauvres, un cordon de police, et ces très riches obsédés par la vie éternelle, les nanotechnologies, le clonage, et tout ce qui peut ajouter quelques grains de non-vie à leur non-vie cupide et sotte, justifiée par quelques kilos de montres ou quelques heures passées à la télé. Et ni de ces très pauvres, et encore moins de ces très riches ne naîtra jamais l' »homme passionné ».
      Et c’est à ce moment-là que Marx nous abandonne, en nous laissant, incrédules, un message chrétien, matérialiste certes, sans Messie ni même Apocalypse contrairement à Malthus, mais un message de l’infini possible sur terre, l’infini des forces productives, Prométhée ayant pris la place de Zeus, la Production, le Progrès, le Travail ayant supplanté les dieux; et par une pirouette, pour ne avouer que l’homme est mort, remplacé par le travailleur, Marx nous dit que ce travailleur, parce qu’il a tué l’Argent-Dieu, a mangé son coeur et est devenu bon comme Lui.
      « Le meilleur moyen de s’approprier les vertus d’un homme est encore de le manger » (Lévi-Strauss). L’homme a fini par dévorer l’homme; ainsi est-il devenu lui-même, au terme de la prophétie des philosophes.
      Marx, je te laisse agoniser sur ta croix. »
      Bernard Maris, Marx, Ô Marx, pourquoi m’as-tu abandonné?

  3. @Dominique Temple

    Pourriez-vous préciser cet extrait svp?

    « Cette révélation est libération des déterminismes de la nature[…] »

    D’avance merci.

  4. Vous avez raison… cet extrait peut être compris de deux façons inverses. Il faut entendre : « Cette révélation est délivrance de la conscience des déterminismes que lui imposent la vie animale et ses finalités biologiques comme celle de se nourrir ou de se défendre »

  5. On sort des sentiers battus, cette approche de la sphère économique ne correspond pas à l’actualité du point de vue sémantique, car sortir du cadre va à l’encontre d’un système impérialiste, Bretton Woods est caduque, l’hégémonie du dollar repose encore sur un mythe partagé (inculqué) et sur une organisation puissante. C’est un constat qui prend de la distance avec ce qui marque l’âme, la société, la planète, sur le rapport quotidien à l’environnement et la sociabilité, celle-ci pouvant définir la fonction économique dans une perspective de paix, de longévité et d’équilibre, et cela permet de gagner en liberté, si nous ne l’avons pas encore toute sacrifiée.
    Le rapport de force, la violence autrement dit, fait du profit le nerf de la guerre. Le doux commerce existe peut-être bien sous nos yeux, c’est un moyen d’affirmer sa puissance sur des valeurs matérialistes infantiles, possession maladive dont le transhumanisme est un exemple de narcissisme bien que l’intelligence est manifeste dans ces approches nouvelles et révolutionnaires. Le rapport de force semble inhérent à la vie sociale, la valorisation du travail a sous l’emprise bourgeoise a le mérite de culpabiliser les oisifs, d’occuper les gens avec des contrats de subordination pour que chacun s’intègre et trouve sa place; ceci peut sembler du détail mais c’est ça qui peut conduire à l’exterminisme en dernier rapport social. La violence capitaliste contre les forces productives, le capitalisme ne construit pas le communisme, il cause l’extinction, Marx nous laisse sans plan B. D’où la nécessité des analyses proposées ici, pour un socialisme utopique qui mesure les enjeux et propose un changement réel et radical.
    Dans la société maori, ou à l’époque antique, la complexité n’était pas la même, il n’y avait pas de populations autant concentrées dans les villes. Le capitalisme présente l’avantage de produire en série, de livrer dans les délais, de là vient le conflit travailleur/consommateur et les « prises d’otages » par les grévistes, d’avoir un train de vie qui semblait jusqu’alors tranquille dans les pays riches. Changer une organisation dans ses fondements quand tout va mal, cela ne va pas de soit pour tout le monde. Le dollar qui y tient vraiment, l’entrepreneur-bâtisseur américain a du mérite de bien vivre de son travail, il en est fier et le dollar est un but et une fin sacrés, mais dans l’ensemble pour le possédant le dollar a t-il une valeur intrinsèque objective ou n’est-ce qu’un papier usé qui peut être remplacé par une autre devise ou un autre moyen d’échange sans affect particulier, un tel fétichisme pour le dollar ne vient donc pas du mythe de la liberté (soft power/ doux commerce)?

  6. Beaucoup d’entrées possibles pour critiquer le vaste panorama proposé, mais juste quelques unes brièvement…
    Je me demandais à vous lire, comment votre approche pourrait rendre compte en terme de réciprocité négative ou positive des destins ficelés par une monnaie dans le roman de Tolstoï « le faux coupon ».
    Il peut arriver qu’un quidam refuse un don, pour motif qu’il se sentirait en dette, et que le donneur aurait donc pris un pouvoir sur sa liberté. Mais je doute que dans les « économies d’abondance des sociétés primitives » comme vous dites, cette notion de liberté ait eu beaucoup de points communs avec celle en vigueur sous nos latitudes et à notre époque. Relativisme culturel sans doute mais qui borne l’usage d’import/export transhistorique. D’où ma moue à lire que « la compréhension de la théorie de la vengeance permettrait selon nous d’éteindre une grande part des conflits de la planète ». Même moue, à lire que « le capitalisme conduit aussitôt à la lutte des classes » alors que la thèse de Marx est que la lutte des classes, comme moteur de l’histoire, conduit de l’esclavagisme, au féodalisme, au capitalisme, au socialisme, avec germes et restes de chaque mode de production dans le suivant ou l’antécédent.
    « Entre un pouvoir d’achat élevé, qui n’a d’autre option de consommation que le pain, la pomme de terre et le chou, et un pouvoir d’achat moindre mais dont la liberté de choix s’étend au saumon fumé, aux huîtres et aux nids d’hirondelles, le consommateur préfèrera toujours moins de pouvoir d’achat et davantage de liberté de choix ». C’est votre opinion, qui pose in fine la question du désir du sujet, sa fabrique sociale, son substrat de jouissance opaque mais irrémédiablement singulière, moteur de « l’option de consommation » pour reprendre vos termes.
    L’introduction d’une opposition entre « privatisation » et le néologisme « privatrisation » semble ne reposer sur rien d’autre que le sacré de la propriété avec le droit ad hoc, mais s’il faut bien qu’une personne morale de droit public réponde de la propriété d’état, nationale, je ne discerne pas le gain à souligner que possédée par une commune, un état, ça reste du « privé ».
    Enfin à propos de votre question finale, imaginer qu’une monnaie puisse être établie sur autre chose qu’un rapport de forces, Bancor compris me surprend !

    1. devillebichot guy dit :
      27 mai 2017 à 11 h 32 min
      à Tous,

      « …Je rappellerai deux choses au besoin de Eninel… »

      Oui c’est très gentil de penser à moi, mais croyez bien que si nous ne nous appesantons pas sur tel ou tel ouvrage:

      « … le silence radio des prétendus connaisseurs de la pensée économique de Marx à l’endroit de cet ouvrage a quelque chose d’affligeant …

      C’est que comme vous le dites, nous devons déjà nous coltiner: « … les 2 tomes des œuvres de Marx (pas loin de 4000 p.) (édition la Pléiade) ».

      Pitié pour les révolutionnaires stakhanovistes !

      Surtout que maintenant Paul s’y met, et n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il faut le lire attentivement, et essayer de lui répondre, parce que comme dit la pub: « il le vaut bien ! »

      A bas les cadences infernales ! A bas Macron et son histoire d’abroger le Code du Travail, pour faire de nous des bêtes de somme !

      bon week-end ensoleillé Guy.

  7. à Tous,
    Le texte de Dominique Temple,je le crois sans doute avec
    Juannessy,parvient en somme à nous convaincre de ce que la « discipline » anthropologie,décidément,est celle
    qui les « coiffe » toutes.(je vois d’ici sourire Paul….).J’y
    ajouterais la « philosophie »,dont je pense qu’elle intègre
    la logique(dont les mathématiques sont une partie,mais
    seulement une partie).
    Je vais travailler cette distinction « monnaie de
    renommée », »monnaie de réciprocité »,comme la spécifie
    Dominique Temple.(dont les propos sont assez clairs
    quand,par exemple,ils consistent à dire que « sans
    réciprocité l’altruisme échoue »).
    Cet « éloge » à l’anthropologie m’a incité à jeter un oeil
    sur les 2 tomes des oeuvres de Marx (pas loin de 4000 p.)
    (édition la Pléiade)
    Comme il y a un « index des idées »,il est facile de vérifier
    qu’on y voit peu de contenu signalé chez Marx classé
    « anthropologie ».Je rappellerai deux choses au besoin de
    Eninel,D’abord,Marx a soutenu une thèse de philosophie à l’université de Iéna,alors qu’il avait disons 23 ans,et n’a abordé l’économie que plus tard,en avril-juin 1844,exactement.(à 26 ans par conséquent).
    D’autre part,et je rejoins la question monétaire,je
    signale l’ouvrage remarquable de Alvaro Cencini et
    Bernard Schmitt(2 volumes,1976,1977,Castella),intitulé
    « la pensée de Karl Marx,critique et synthèse »,volume 1
    « la valeur »,volume 2 « la plus-value ».(Et je me permets
    d’ajouter que le silence radio des prétendus connaisseurs de la pensée économique de Marx à
    l’endroit de cet ouvrage a quelque chose d’affligeant).
    Si j’insiste sur ce point,apparemment de détail,c’est pour ceci.Le professeur Bernard Schmitt(1929-2014)
    est sans doute LE MEILLEUR SPECIALISTE DE LA
    MONNAIE,non seulement au niveau national,mais aussi,au niveau international.(voir notamment ses
    deux ouvrages publiés en 1977,dont j’ai rendu compte
    dans la Revue d’Economie Politique,courant 1979).Il
    a travaillé à la « reconstruction » de la macro-économie
    dont il avait compris qu’elle était totalement en crise.
    (voir son ouvrage clé sur ce point,publié en 1984).

    1. devillebichot guy dit :
      27 mai 2017 à 11 h 32 min
      à Tous,

      « …Je rappellerai deux choses au besoin de Eninel… »

      Oui c’est très gentil de penser à moi, mais croyez bien que si nous ne nous appesantons pas sur tel ou tel ouvrage:

      « … le silence radio des prétendus connaisseurs de la pensée économique de Marx à l’endroit de cet ouvrage a quelque chose d’affligeant …

      C’est que comme vous le dites, nous devons déjà nous coltiner: « … les 2 tomes des œuvres de Marx (pas loin de 4000 p.) (édition la Pléiade) ».

      Pitié pour les révolutionnaires stakhanovistes !

      Surtout que maintenant Paul s’y met, et n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il faut le lire attentivement, et essayer de lui répondre, parce que comme dit la pub: « il le vaut bien ! »

      A bas les cadences infernales ! A bas Macron et son histoire d’abroger le Code du Travail, pour faire de nous des bêtes de somme !

      bon week-end ensoleillé Guy.

    2. Un tout petit ajout à mon commentaire qui précède.Selon
      la chronologie de Marx établie par Maximilien Rubel:cf.
      Oeuvres de Marx,Collection la Pléiade,Marx a suivi à
      l’Université de Berlin,en octobre 1836,il a alors 18 ans,un cours d’anthropologie avec un certain H.STEFFENS.J’ignore complètement le contenu de cet
      enseignement,mais peut-être Dominique Temple ou
      Paul ont-ils une idée sur ce point.Tout cela pour dire
      qu’un peu d’anthropologie permet sans doute de
      s’écarter d’une démarche en économie assise sur un
      « homo economicus » (pas la peine de développer…)ce
      qui conduit à des « constructions » d’un vide sociologique
      absolu(pour faire court.).C’est grave docteur? Yes it is !

  8. Trump vient de donner sa réponse au G7 .

    Jducac avait un spermatozoïde en réserve .

    Je potasse , mais c’est dense ! Faudra plus que quinze jours .

    1. Comme Sarko qui trouvait que  » l’écologie , ça commence à bien faire  » , Trump semble trouver que l’OMC « c’est plus ce que c’était » .
      Deux bons signaux .
      Restera à libérer la banque mondiale en libérant l’ONU . Le FMI reste un os .

      Quel rôle attendu ( ou qu’elles jouent déjà ) pour les ONG , dans votre interrogation finale ?

      1. Bonsoir !
        C’est gentil de passer nous voir , surtout en fin de mois , car la nature n’a par contre pas prévu d’alimenter la donation mensuelle .

        Remis de cette élection présidentielle ?

      2. @ Juannessy dit : 28 mai 2017 à 19 h 43 min

        « C’est gentil de passer nous voir, surtout en fin de mois »

        Je suis, par nature et en reconnaissance de ce que je reçois, un donateur modeste mais régulier au BPJ, depuis 2009.

        Merci Juan d’apprécier ma visite que je fais discrètement quasi quotidiennement.

        « la nature n’a par contre pas prévu d’alimenter la donation mensuelle »

        Détrompez-vous la nature, qui est née riche, fait des dons mensuels. Ces dons s’avèrent être des gaspillages, des dépenses sous formes d’inutiles préparations de vies qui dépassent les capacités matérielles des biotopes concernés.

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Menstruation

        « Remis de cette élection présidentielle ? »

        Je suis globalement satisfait puisque cette élection, faute de tout régler, donne au moins la possibilité d’amener à prendre conscience que nous ne vivons que grâce au capital matériel reçu en héritage, lequel ne peut que s’épuiser à terme, du fait de la vie qu’il permet d’alimenter.
        Notre grand timonier ne nous montre-t-il pas l’exemple en n’exploitant pas, jusqu’alors, son propre capital génétique pour perpétuer l’espèce la plus destructrice de notre planète ?

      3. Ça , si les spermatozoïdes se mettent à snober les biotopes naturels , c’est vraiment l’agonie du capitalisme !…

        Mais ça ne nous dit pas comment la monnaie peut  » recouvrer » sa fonction sociale et éthique .

        Aurez vous assez de reconnaissance , même modeste , pour apporter de premières lueurs à cette quête fondatrice ?

      4. @ Juannessy dit : 29 mai 2017 à 15 h 29 min

        « Ça , si les spermatozoïdes se mettent à snober les biotopes naturels , c’est vraiment l’agonie du capitalisme !… »

        Tout est une question de temps. Tant qu’un biotope, « un existant matériel hérité», peut nourrir un niveau de vie satisfaisant pour le groupe de géniteurs en place, rien n’oblige ce capitaliste, né comme tel, à « investir »= « s’approprier » un nouveau territoire d’extraction de richesse lui permettant de survivre.
        En fait l’agonie du capital (et du capitalisme) a commencé il y a très longtemps. Notre groupe géniteur (notre espèce humaine) se démène depuis qu’il existe pour survivre à l’épuisement des ressources qu’il provoque.
        C’est entre autre ce qui l’amène à rechercher, dans le très vaste environnement, d’autres espaces propices où il pourrait investir pour tenter de survivre.

        https://www.sciencesetavenir.fr/espace/vie-extraterrestre/le-nombre-estime-de-planetes-habitables-dans-notre-galaxie-devient-vertigineux_34505

        Tous les groupes géniteurs, toutes les espèces, sont confrontés à ce problème, même ceux qui se disent anticapitalistes. En effet, les anticapitalistes contribuent à l’accélération de l’agonie d’ensemble en poussant à l’accroissement des consommations globales au détriment des plus jeunes générations. Elles risquent ainsi d’être décimées avant même d’avoir atteint l’âge leur permettant de comprendre le phénomène fondamental d’épuisement qui est à l’œuvre depuis toujours, mais dont l’humanité n’a pris conscience que récemment..

        « Mais ça ne nous dit pas comment la monnaie peut » recouvrer » sa fonction sociale et éthique »

        A mon avis, il ne faut voir les monnaies que comme des moyens d’échange dont les valeurs relatives ne dépendent que des différences l’efficacité des systèmes mis en œuvre pour convertir l’énergie et les matières en cycles de vies, dans les divers sous groupes de notre espèce humaine.

        « Aurez vous assez de reconnaissance , même modeste , pour apporter de premières lueurs à cette quête fondatrice ? »

        Je fais de mon mieux pour faire comprendre ce que je crois avoir compris.

      5. @Jducac :

        Si le blog doit durer aussi longtemps que le temps qui me reste nécessaire pour que vous arriviez à me faire comprendre ce que vous avez compris , à la donation mensuelle près , il durera plus longtemps que moi et le capitalisme agonisant réunis !

        C’est à des choses comme ça que je reconnais que ma cervelle est devenue aussi raide que toutes mes articulations !

        Je souhaite aux vôtres les mêmes souplesses que celles d’une monnaie d’échange qui mesure les différences d’efficacités systémiques de cet univers qui ne ferait rien qu’à se décapitaliser depuis le big bang .

  9. @ Dominique Temple

    « …La destruction des matrices de la valeur est un assassinat économique de la Cité… », Affirmez-vous, dans ce texte de théorie, que Paul Jorion dit avoir à cœur, puisque il le considère « …à proprement parler fondateur… ». J’imagine d’un certain socialisme, celui que vous souhaitez voir renaître de ses cendres.

    L’absence d’une monnaie mondiale type « Bancor » et d’une politique expansive des banques centrales voué à la spéculation, (pas le décrochage du dollar vis-à-vis de l’or en 1971 bien sûr), sont à la source de la crise mondiale du capitalisme croyez-vous. Elle détruit les acquis sociaux, conduit à des rapports de force entre le Capital et le Travail, entre les Nations, à la guerre vous alarmez- vous. De là, la question posée :

    « …Dès lors que les deux propositions issues des accords de Bretton Woods sont caduques, la question se pose : comment la monnaie peut-elle recouvrer sa fonction ?… »

    Votre économiste fétiche Keynes, ayant été sèchement repoussé par l’impérialisme US en 1944, vous voulez le remettre au goût du jour, pour cela vous vous donnez beaucoup de mal pour essayer de prouver que tout les malheurs du monde est une histoire de monnaie et d’éthique.
    « …La première tentative sérieuse des responsables politiques du capitalisme pour endiguer les affrontements entre nations eut lieu après la deuxième guerre mondiale lors des accords de Bretton Woods en 1944. Il était devenu clair que la conception capitalistique de la valeur (la valeur d’échange) et le rapport de force entre nations pouvaient se conclure par une extermination mutuelle. John Maynard Keynes proposa la création d’un Fonds monétaire commun qui s’exprimerait par une monnaie supranationale : le bancor… »

    La politique expansionniste des banques centrales, en réponse aux crises financières successives de ces trente dernières années a fragilisé à l’extrême le capitalisme, sous morphine et traité comme un grand malade dans le coma, personne ne le conteste, mais penser qu’une réforme monétaire pourrait le guérir me semble illusoire.

    D’une part parce que les bourgeoisies se sont construites historiquement dans des cadres nationaux, et qu’il n’y aura donc jamais un gouvernement bourgeois unique, et donc une monnaie unique. D’autre part parce que le problème fondamental du capitalisme n’est pas d’ordre monétaire. Le capitalisme ne vit pas une crise de liquidité mais une crise de rentabilité.

    « …La crise actuelle ne provient pas de la défiance dans le dollar en tant que monnaie de renommée, mais des spéculations des banques commerciales lorsque les États s’endettent auprès des marchés financiers. La crise des subprimes en 2008 a rappelé que les banques commerciales obéissent aux intérêts privés des spéculateurs et non à des obligations sociales de réciprocité… »

    Les banques capitalistes, parce qu’elles défendraient trop leurs intérêts, qu’elles spéculeraient, seraient seules responsables de la crise. Est-ce si simple ?

    C’est la politique de la planche à billet qui provoque les bulles financières. Si les banques spéculent, c’est qu’on leur en donne les moyens. Si elles n’investissent pas massivement, c’est que les chats échaudés craignent l’eau froide, elles craignent les créances douteuses voir irrécouvrables.

    Vous qui êtes keynésien, vous devriez voir dans la politique des banques centrales, donc des gouvernements (l’indépendance des banques centrales étant une aimable plaisanterie) une politique keynésienne.

    C’est une manne extraordinaire de liquidités qui ont été injectées dans les tuyaux depuis 2008. Cette monnaie de singe s’est placé sur les marchés spéculatifs, pas dans l’économie réelle, pas dans les poches des consommateurs, mais l’intention première des décideurs c’est bien de suivre scrupuleusement les préceptes de Keynes. Vous, vous leurs dites, ne soyez pas égoïste, soyez généreux, sans chercher la raison qui explique leur frilosité.

    « …Le généreux, dit Aristote, est le contraire de l’égoïste… » Nous dites vous pour dénoncer ces banques capitalistes, refusant l’investissement et préférant la spéculation.

    Vous ne voyez pas, ou vous ne voulez pas voir que ce comportement est lié directement au processus de la baisse tendancielle du taux de profit. Si c’est le coté égoïste qui ressort, c’est que dans le cadre du capitalisme, de la recherche du profit individuel, toute politique généreuse des Etats et des banques capitalistes est impossible. Il faut sortir « du cadre » vous dites, mais vous hésitez beaucoup à le faire, et à commencer à vous en prendre à la propriété qui est le blocage de tout.

    Les capitalistes agissent comme s’ils avaient à faire face à une crise de liquidité, alors qu’en réalité nous sommes face à une crise de rentabilité. La solution que vous préconisez, retirer ces liquidités des mains des spéculateurs et les affecter à l’économie réelle, indépendamment de la rentabilité de ce Capital, semble pleine de bon sens, généreuse, mais elle est impossible.

    Vous tentez d’apporter à votre initiative une base ethnologique, anthropologique et historique. Faisons-en un rapide résumé, et obligeons-nous à reconnaître, qu’à la différence de celles de Marx qui est matérialiste, la votre est de nature idéaliste, éthique.

    « …Il n’est pas de marché ni de monnaie qui n’ait pour raison les valeurs éthiques…», écrivez-vous étonnamment, manière somme toute radicale d’évacuer dès l’introduction le coté pratique, matérialiste, qui pousse les hommes primitifs à devenir marchand, et au nom de ce marché, pour dépasser le troc, inventer la monnaie comme équivalent de la valeur d’échange.

    « …Abondance des sociétés primitives… » affirmez-vous, posant de manière idéale, comme postulat, la générosité de la terre nourricière pour les premiers hommes.

    « …La valeur créée par celle-ci est appelée depuis les Grecs la philia. Chacun surenchérit dans le don réciproque pour augmenter la puissance du Tiers qui l’anime. Pour être puissant il faut donner plus, pour donner plus il faut produire plus… » concluez-vous, en vous gardant de nous rappeler que les hommes primitifs, s’aimaient tellement, que de temps à autres ils témoignaient de cette affection par des actes de cannibalisme, sur la base d’une vie non pas d’abondance mais de subsistance.

    Ah s’il n’y avait cette sacrée spéculation contemporaine, cette mauvaise politique monétaire, comme les hommes seraient bons entres eux, « pour être puissant il faut donner plus, pour donner plus il faut produire plus ». Certes l’abondance et le surplus social va venir, mais tard dans l’histoire des hommes. Elle sera le fruit d’une lente évolution du perfectionnement de l’outil de travail, la possibilité de produire plus que le nécessaire consommé, et c’est à partir de ce moment que les sociétés matriarcales (communisme primitif) vont basculer peu à peu dans le patriarcat (Etat, système de classes, exploitation). Ce basculement que vous considérez comme le moment où d’une « réciprocité » positive, on plonge dans le moment de la « renommée » négative ne se fait pas sur un coup de tête.

    « … Nous savons que la réciprocité simple en miroir (l’alliance) crée la philia (l’amitié) structure ternaire permet l’individuation du sujet et transforme la philia en responsabilité. Selon la structure sociale de base binaire ou ternaire que l’on choisit, la valeur se traduit donc par l’amitié, la confiance (la fraternité), la responsabilité … »

    Vous expliquez le basculement dans le patriarcat, ce système nouveau, non pas comme un matérialiste, mais en idéaliste, de celui qui explique le développement de l’histoire à travers l’éthique, l’imaginaire, la morale, l’inspiration, l’idée en un mot:

    « …La monnaie de renommée représente un capital imaginaire qui se nourrit de la réciprocité et de la dialectique du don, mais elle peut aussi représenter un imaginaire engendré par la dialectique de la vengeance. Réciprocité négative (…) perçue comme fondamentale à l’orée des civilisations humaines… »
    Le don ou la vengeance ?
    « …La monnaie de réciprocité. Forme de réciprocité, négative (généralement attribuée à l’homme) et positive (attribuée à la femme), Réduite à la valeur d’échange capitaliste (..) la monnaie perd cette puissance. Elle ne visualise plus que la force acquise par la privatisation et le pouvoir des uns (propriétaires) sur les autres (esclaves)… »
    C’est la testostérone du mâle, son instinct de prédateur, sa volonté de puissance, qui explique la désharmonie sur le marché « un imaginaire engendré par la dialectique de la vengeance ».

    Combattons cela sur le plan des idées, cet imaginaire néfaste, ce mauvais penchant, et tout rentrera dans l’ordre:

    « …C’est pourquoi la compréhension de la théorie de la vengeance permettrait selon nous d’éteindre une grande part des conflits de la planète. »
    Puisque intrinsèquement :
    Les communautés humaines cherchent néanmoins à remplacer la réciprocité négative par la réciprocité positive (…) une conscience commune libérée… »

    La compréhension de la théorie matérialiste du darwinisme le ferait tout aussi bien à mon avis, mais ce n’est qu’un avis, et manifestement ce n’est pas le votre.

    En résumé. C’est une fable à mon avis de croire que:
    « … L’anthropologie a clairement établi l’origine de la monnaie à partir de la renommée acquise par la générosité. La valeur engendrée par la réciprocité elle-même. La valeur du Tiers est rehaussée par chaque cycle de réciprocité. Le marché se conforme donc à l’utilité sociale de la marchandise qui doit répondre des besoins des hommes qui obéissent à la raison… »

    Au stade de la société primitive il n’y a pas de marché, il n’y a pas de monnaie, parce qu’il n’y a pas de surplus, de réserve. C’est paradoxalement au moment où les sociétés, grâce à de meilleurs moyens de production, dégagent les moyens de nourrir des non-travailleurs, que cette société éclate en classes sociales antagoniques. L’Etat, oppression d’une classe sur une autre fait son apparition. La classe dominante, oisive, plutôt que de manger ses ennemis, peut les recruter parce que qu’elle peut les nourrir, pour contraindre les esclaves au travail forçé.

    « … L’accroissement de la production dans toutes les branches – élevage du bétail, agriculture, artisanat domestique – donna à la force de travail humaine la capacité de produire plus qu’il ne lui fallait pour sa subsistance. Elle accrut en même temps la somme quotidienne de travail qui incombait à chaque membre de la gens, de la communauté domestique ou de la famille conjugale. Il devint souhaitable de recourir à de nouvelles forces de travail. La guerre les fournit: les prisonniers de guerre furent transformés en esclaves. En accroissant la productivité du travail, donc la richesse, et en élargissant le champ de la production, la première grande division sociale du travail, dans les conditions historiques données, entraîna nécessairement l’esclavage. De la première grande division sociale du travail naquit la première grande division de la société en deux classes: maîtres et esclaves, exploiteurs et exploités… »
    (Engels. Origine de la famille, la propriété privée, l’Etat. Chapitre 7 : Barbarie et civilisation)

    C’est bien avant l’apparition du capitalisme, bien avant le XIX siècle, que les rapports de classe antagoniques s’instaurent.

    « … Le capitalisme primitif
    Au XIX° siècle, les économistes observent que l’institutionnalisation de la propriété privée a pour conséquence un rapport de force entre le propriétaire des moyens de production et l’ouvrier. (…) ce qui permet à l’un d’imposer sa définition à l’autre, c’est un rapport de force.(…).. »

    La monnaie n’a rien à voir avec l’origine de la lutte des classes. Déjà à l’époque du troc, l’esclavagisme existait. Que ce soit des dollars, le bancor, de l’or ou du bétail, les moyens d’échanges ne sont que des moyens d’échanges, la monnaie en tant qu’équivalent facilite le commerce, elle le facilite d’autant que cette monnaie est saine et repose sur des richesses tangibles, que la confiance en un billet de banque existe.

    La monnaie a pour tout étalon à l’origine, le bétail, les coquillages, plus tard les matières précieuses, pas un échange, pas un rapport. Si les grandes devises actuelles deviennent un problème et peuvent se révéler destructrices, c’est qu’elles sont toutes flottantes, toutes elles ont coupées le lien qui les rattachait à l’or (le dollar en 1971). L’instauration du bancor, impossible, ne jugulerait de toute façon pas une menace de krach monétaire et la guerre.

    Le prolétariat n’a pas besoin de théoriciens nouveaux à la recherche du Graal. Le procès théorique du mode de production capitaliste est fait, et il n’est plus à faire. Les découvertes et les travaux de nos prédécesseurs apportent largement le fondement théorique de notre combat.
    Si l’ouvrier n’a pas la science de son malheur, c’est non pas parce qu’elle n’a pas été découverte, c’est parce qu’il n’est pas invité à la découvrir.
    Nous devons être comme Lénine, avoir la modestie d’être des praticiens, pas des théoriciens. Comme Marx nous convaincre que nous n’avons pas à interpréter le monde, mais à le changer.

    « …Le débat se porte donc sur la définition de la communauté politique d’hommes libres, capables de légiférer de façon démocratique et de répartir la propriété des moyens de production en les attribuant à qui de droit en raison de leur fonction sociale … »

    Ce débat, ce combat, ne peut être mené que par le Travail dans sa lutte historique contre le Capital. L’urgence aujourd’hui c’est de l’aider à comprendre ce qui se passe, à s’organiser, de regrouper et d’armer politiquement une avant garde qui seule peut aller à la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire, d’une l’internationale, de la révolution communiste.

    Qui sait si très vite on n’aura pas plus besoin d’experts dans l’art politique, dans l’art de prendre le pouvoir et de le garder, dans l’art d’expliquer la science de la lutte des classes aux travailleurs, les sensibiliser aux enjeux de notre temps, former dès maintenant des experts dans l’art militaire même, (qui est la poursuite de la lutte politique par d’autres moyens), que d’experts en sciences monétaristes.

    Un blog comme celui de Paul Jorion devrait faire sienne cette belle ambition. Non pas ouvrir commentaires sur des billets byzantins : « monnaie de renommée, monnaie de réciprocité », discussions absorbant notre attention inutilement, puisque à bien y réfléchir changer de monnaie c’est fondamentalement rester dans le cadre.

    John Maynard Keynes n’a jamais été révolutionnaire que je sache ! Pas même socialiste utopique !

    Qu’elle est la quintessence et l’idée maîtresse de votre travail de théorisation proposant de transformer un capitalisme voyou en un capitalisme vertueux ? Celui du bâton et de la carotte :

    «… la Chambre de compensation pouvait ramener à la raison ceux qui accumulaient les bancors sans les réinvestir par une sanction sous forme d’un intérêt progressif sur leurs bancors, et ceux qui abusaient de son crédit également par un intérêt progressif sur leurs emprunts. Cette rançon était donc exigée selon le principe de réciprocité négative pas seulement de celui qui empruntait trop mais également de celui qui capitalisait trop.
    Ce double mécanisme de réciprocité positive et de réciprocité négative contraignait les monnaies nationales, dont les fluctuations unilatérales étaient susceptibles d’entraîner la déroute des monnaies les moins fortes, à revenir aux équilibres nécessaires à la paix. Le bancor est une monnaie de réciprocité symétrique ! …»

    Faut-il être aveugle à ne pas voir qu’approximativement c’est exactement ce mécanisme qui fonctionne dans l’union européenne et plus généralement dans le monde avec le FMI !

    Le problème commence lorsque les grecs veulent trop emprunter, les allemands trop capitaliser, les français mettre un doigt entre le tronc et l’écorce, alors les belges souffrent et tentent de ce faire une renommée hasardeuse avec des concepts de réciprocité atrophiées et impossibles dans le cadre d’un capitalisme pourrissant !

    La prémisse économique de la révolution socialiste, écrivait Trotsky en mars 1935, dans un article : « encore une fois où va la France » :

    « La première et la plus importante prémisse d’une situation révolutionnaire, c’est l’exacerbation intolérable des contradictions entre les forces productives et les formes de la propriété. La nation cesse d’aller de l’avant. L’arrêt dans le développement de la puissance économique et, encore plus, sa régression signifient que le système capitaliste de production s’est définitivement épuisé et doit céder la place au système socialiste.
    La crise actuelle, qui embrasse tous les pays et rejette l’économie des dizaines d’années en arrière, a définitivement poussé le système bourgeois jusqu’à l’absurde. Si à l’aurore du capitalisme des ouvriers affamés et ignorants ont brisé les machines, maintenant ceux qui détruisent les machines et les usines ce sont les capitalistes eux-mêmes. Avec le maintien ultérieur de la propriété privée des moyens de production, l’humanité est menacée de barbarie et de dégénérescence.
    La base de la société, c’est son économie. Cette base est mûre pour le socialisme dans un double sens : la technique moderne a atteint un tel degré qu’elle pourrait assurer un bien-être élevé au peuple et à toute l’humanité ; mais la propriété capitaliste, qui se survit, voue les peuples à une pauvreté et à des souffrances toujours plus grandes.
    La prémisse fondamentale, économique, du socialisme existe depuis déjà longtemps. Mais le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même de la scène. Seule la classe ouvrière peut arracher les forces productives des mains des exploiteurs et des étrangleurs. L’histoire pose avec acuité cette tâche devant nous. Si le prolétariat se trouve pour telle ou telle raison incapable de renverser la bourgeoisie et de prendre le pouvoir, s’il est, par exemple, paralysé par ses propres partis et ses propres syndicats, le déclin de l’économie et de la civilisation se poursuivra, les calamités s’accroîtront, le désespoir et la prostration s’empareront des masses, le capitalisme-décrépit, pourrissant, vermoulu-étranglera toujours plus fort les peuples, en les entraînant dans l’abîme de nouvelles guerres. Hors de la révolution socialiste, point de salut. »

    On raconte qu’au moment où Constantin Dragasès, dernier successeur le l’empereur Justinien, défendait Byzance contre l’invasion des ottomans, et que ceux-ci étaient aux portes de la ville, les moines érudits, eux, se livraient à de vifs débats sur le sexe des anges, leur réciprocité et leur renommée.

    Je pense que dans les milieux intellectuels, à l’échelle du monde, aujourd’hui on en est là !

    Mon enfance éclata
    Ce fut l’adolescence
    Et le mur du silence, un matin ce brisa
    Ce fut la première fleur et la première fille
    La première gentille et la première peur
    Je volais je le jure, je jure que je volais
    Mon cœur ouvrait les bras je n’étais plus barbare
    Et la guerre arriva
    Et nous voilà ce soir.

    1. Il ne nous manque plus que la contribution de Schizosophie et de PSDJ .

      Mais ça va me prendre encore quinze jours de plus pour savoir si je fonde ou si je refonde pas .

      PS : J’ai pu à peu près repérer le parcours de Dominique Temple , mais pas celui du camarade eninél .

  10. Juannessy dit :
    29 mai 2017 à 20 h 30 min
    IPS : J’ai pu à peu près repérer le parcours de Dominique Temple , mais pas celui du camarade eninél .

    Comme quoi, quelle que soit la monnaie utilisée, le crédit ne s’achète pas !

    1. J’ai rien compris .

      Pas bien vu non plus en quoi consiste vraiment votre projet au delà de la révélation non pas divine mais trotskyste .

      Cru comprendre aussi que votre axiome premier est : « c’est la bourgeoisie qui a inventé la monnaie » . D’où je conclus qu’en trucidant la bourgeoisie , on supprime ipso facto la monnaie . Qu’est ce qu’il se passe alors ?

      Vous lire m’aura aussi permis de relire en partie Dominique Temple .

      Je continue d’ailleurs ( à relire Dominique Temple ) , mais je n’ai pas l’envergure suffisante pour juger vraiment , dans le délai imparti, de l’ensemble de ce bloc de réflexion .

      Ça le mériterait pourtant , au delà de la réaction partielle à telle ou telle affirmation tirée du tout .

      1. @Juannessy.

        Non j’ai écrits ça moi ? « c’est la bourgeoisie qui a inventé la monnaie » , vous avez dût mal me lire !

        Mon axiome premier serait plutôt que les premières monnaie, du bétail, des coquillages etc. , en tant que, équivalent des autres objets, devenant peu peu des marchandises ayant une valeur d’échange ( alors qu’initialement ces objets n’avaient qu’une valeur d’usage ), ces monnaies donc créées peu à peu des travailleurs d’un nouveau type: des marchands, des représentants de commerce, des VRP … et bien bien plus tard ensuite des bourgeois, et leur monnaie fiduciaire, leurs billets de banque, qui se caractérisent par le fait que leur valeur est déterminée par la confiance, qui elle même est conditionnée par la rareté de ces billets (billets qui à l’origine était liés à une quantité d’or entreposé dans leurs caves).

        Mon approche est matérialiste. Marx dit que le moulin à vent est à la base de la féodalité, la machine à vapeur à la base du capitalisme, de la même manière l’élevage et l’agriculture sont à la base du marché et de la monnaie.

        Et lorsque je vous écris en guise de boutade que « … quelle que soit la monnaie utilisée, le crédit ne s’achète pas … », je m’appuie sur l’adage voulant qu’on peut amener un âne à l’abreuvoir, mais on ne peut pas le forcer à boire.

        On peut organiser une facilité de crédit pour les investisseurs, on peut baisser le coût de production des capitalistes autant que l’on veut, mais si les carnets de commandes sont vides, on n’emprunte pas, on n’investie pas, on ne produit pas, on n’ exploite pas, parce que tout simplement le marché solvable se rétrécit à fur et à mesure qu’on essaye d’enrichir les bourgeois au détriment des travailleurs .

        On peux bien offrir un climat favorable aux capitalistes, on peut même le faire avec une belle monnaie universelle comme le bancor, mais si la confiance n’est pas là, comme les ânes les capitalistes ne boivent pas ! On en est là.

        Nous vivons une crise grave de la rentabilité du capital.

        Grave parce que ces cons, les décideurs, pour contrer la difficulté de faire travailler le capital existant, la raison d’être du capitalisme, on trouver pour seule astuce de le démultiplier et d’inonder le monde de monnaies de singe, formant des bulles, des bulles, des bulles, qui lorsqu’elles vont éclater, vous aideront j’en suis sûr, de trouver vous même la réponse de savoir si oui ou non il faut trucider ou pas !

        Cette chose étant dite, quelle que soit les limites de la pensée idéaliste de l’équipe qui anime ce blog, nul ne peut leur contester leur attachement aux libertés démocratiques et leur respect vis à vis du prolétariat. Cela est tellement rare en ce moment (même dans certaines organisations ouvrières), que je veux le souligner et les en féliciter.

      2. @Eninel :

        Merci d’avoir pris le temps de cette deuxième mouture .

        Sur l’origine des monnaies , il y a déjà eu de nombreux échanges sur le blog depuis 2008 .

        Sur l’origine du capitalisme , à l’origine je partageais l’idée ( en vogue ) que la machine à vapeur et la révolution qu’elle représentait de la transformation simple de l’énergie en travail , était la base de lancement du capitalisme sinon « idéologiquement » mais en capacité d’essor . Mais il y a eu ici bien des controverses sur ce point , beaucoup trouvant des actes de naissances bien plus anciens . Vigneron , parmi plusieurs possibilités , avait aussi cité les « enclosures » . Sans parler du spermatozoïde Jducacien .

        Sur les « monnaies » d’échanges , je ne sais aussi comment aborder le sort que l’on a ainsi réservé aux femmes dans l’histoire ( ou même encore aujourd’hui , de ci , de là ) , et le qualifier alors d’un point de vue aussi bien matérialiste qu’idéaliste .

        Sur cette dernière opposition ( Schizosophie a aussi fait son choix de façon plus abrupte que la vôtre ) , je me sens plus modeste que vous ,et à la fois plus ambitieux en prétendant que c’est notre « mission » humaine que de concilier les deux , entre « réalité » et  » vérité » , entre anarchiste ( je fais donc je suis ) et philosophe ( je pense donc je suis ).

        Mais vous n’allez pas aimer que j’assimile Réalité et Anarchie .

        Je note aussi que toute notre histoire d’homo sapiens , c’est l’histoire de « l’idée » qui sort du  » matériel » , qui y retourne , en revient , et ainsi de suite … et que la « monnaie » , d’une certaine façon , c’est notre invention pour passer , en principe utilement , de l’une à l’autre et de l’autre à l’une .

        Quand cette belle mécanique de « financiarisation » déconne , se dérègle , ou est confiée à des gougnafiers :
        – le réel s’abime .
        – l’idée devient absconse et  » complexe ».

        Tiens , on retrouve le soliton .

        Et c’est peut être bien « l’idée » neuve qui peut nous permettre de faire , sinon refaire , l’harmonie entre « nous » et notre  » environnement' » .

    2. Je retiendrai par contre de votre longue analyse , la résurgence de l’opposition classique entre matérialisme et idéalisme ( on va laisser le spiritualisme de côté ) que Schopenhauer n’avait pas , à ma connaissance , envisager sur le terrain de la monnaie !

  11. Bonjour Monsieur Jorion,

    Désolé pour ce commentaire un peu hors sujet, quoique l’article parle de monnaie, mais j’aurais voulu savoir où en est la publication des brouillons de JM Keynes que vous avez retrouvés ?

    Bien à vous

  12. Si le bilan de minuit doit conclure sur un baisser de rideau du blog , ce serait en tous cas une bonne façon de ne pas conclure la pièce , en restant sur cet ultime cadeau remue-méninges interrogatif de Dominique Temple .

    Bises à toutes , salut à tous .

  13. A ma troisième lecture , je me demande si votre toute dernière question ( en gras à la fin ) ne laisse pas trop sous entendre que c’est une « action » sur le « moyen » monnaie ,qui pourrait donner l’espoir d’un progrès .

    Alors que , si on accepte votre prémisse (« il n’est pas de marché et de monnaie ….et qu’elles ont élues ») , la seule fin, c’est « les sociétés humaines et leurs structures sociales ».

    Car pour sortir d’une monnaie pervertie , devenue l’otage d’une perversion sociétale via l’ordre marchand , il faudra sans doute , avant de trouver le (ou les ) bon(s) système (s) monétaire(s) éventuellement concomitants , faire nouveau système de nos relations sociales et donc de nos « échanges ».

    Ce qui veut dire faire politique active des sujets déjà abordés ici :

    – gratuités , RUS , activités marchandes et non marchandes
    – nouveaux droits des familles et des individus
    – nouvelle politique de défense
    – renforcement de la Justice et de la Responsabilité par la Loi
    – travail vs activité vs inactivité
    – accélération des lieux et points d’application de la démocratie de proximité
    – accès renforcé et universel aux savoirs , à la satisfaction nécessaire et suffisante des besoins fondamentaux et à la culture
    -…

    La « monnaie » ainsi mise à disposition de ce premier dessein , devrait par contre aussi être interrogée par rapport aux ressources nécessaires pour la recherche fondamentale ( a priori de puissance publique) ou pour la recherche appliquée et ses développements( a priori d’action plus « privée ») , les deux domaines sensibles chers aux défenseurs idéologiques de la liberté individuelle qui confondent de plus en plus abusivement les paris sur l’avenir avec leur « maîtrise »
    ( cf. trans-humanistes et où l’on retrouve Los Angeles ).

    Et donc , en fait et de façon plus immédiate , le « moyen » de progresser , c’est peut être davantage de commencer à résoudre la question posée dans votre troisième paragraphe avant la fin (« Le débat se porte donc sur la communauté politique ….apanage de tout le monde » ).

    Avec comme préalable que nous en ayons envie sinon besoin .

  14. Enfin un texte publié sur ce blog qui fasse explicitement référence à la Théorie Relative de la Monnaie. Il était temps !
    Il faut absolument avoir lu la TRM:
    http://trm.creationmonetaire.info/

    Contrairement à ce qu’a déjà dit PJ, je ne pense pas que la monnaie soir neutre dans l’économie. La TRM démontre qu’un dividende universel change radicalement la donne par rapport à une économie où les banques ont l’exclusivité de l’accès à la monnaie.

    D’autre part, la TRM résout un paradoxe qui apparaît dans le discours de PJ. Selon PJ, la monnaie doit être créée au pro-rata de la richesse créée. Or PJ a montré lui-même que le prix n’est que le résultat d’un rapport de force. En d’autres terme, la richesse n’est en aucun cas le reflet d’un prix ou du niveau d’un PIB – la valeur c’est ce qui n’a pas de prix, dixit PJ.
    Stéphane Labordes résout ce paradoxe en indexant la monnaie non pas sur une richesse quelconque mais sur le nombre d’individus acteurs d’une économie et sur leur espérance de vie. Autrement dit, ce qui fait la « valeur » d’une monnaie, c’est l’humain lui-même.

  15. T.Pesquet témoin spatial de la beauté inouï de notre planète et de sa fragilité, revient sur terre et témoigne :

    « Inépuisable source d’énergie, le Soleil fournit chaque année 10 000 fois la production mondiale. Vu de la Station spatiale internationale, à quoi ressemble-t-il ?

    « Il est notre seule source d’énergie ! On n’a pas de réacteur nucléaire. Et on ne marche pas au pétrole ! On n’a que notre étoile et nos panneaux solaires (une surface de plusieurs terrains de basket) pour nous alimenter. Le Soleil est donc encore plus important pour nous que pour la Terre ! Quand on passe de l’ombre au soleil, on perçoit, à travers les fenêtres de la coupole, la température qui monte. C’est impressionnant. A notre distance, sans la protection de l’atmosphère, on ressent instantanément sa puissance et l’énergie qu’il nous envoie. Il est évident que, sur Terre, on n’en fait pas assez bon usage. Toute cette énergie qui nous arrive, gratuite et inépuisable, au moins dans un futur “proche” à échelle humaine, il nous faut apprendre à mieux la maîtriser. Dans ce domaine encore, l’ISS est un exemple. »
    http://www.parismatch.com/Actu/Environnement/Thomas-Pesquet-pour-l-environnement-il-se-fait-lanceur-d-alerte-de-l-espace-1248269

  16. Bonjour,

    Le marché, même au stade du troc, n’est pas un échange de biens mais d’abord de droits d’usage sur ceux-ci.
    L’échange physique des biens n’est que la conséquence logistique visible (l’activité économique concrète) d’un acte juridique premier … concurrent historique du vol (par la force, par le droit féodal, etc.).

    La monnaie est quant à elle un « droit d’usage blanc » (son objet n’est pas spécifié).

    La dualité académique « valeurs d’échange/d’usage », chère à Aristote ou Marx, reste réductrice.
    La valeur du marché est une notion conventionnelle non-scientifique qui exprime en fait une « valeur d’échange de droits d’usage ». Un peu plus complexe que le dualisme précédent.

    Cette « valeur » prend arbitrairement (au sens philosophique ou de l’épistémologie scientifique) comme « étalon de mesure » (abus sémantique de pseudoscience) une « unité de mesure de droit blanc », l’unité monétaire.
    On peut discuter des raisons de ce choix (stabilité de la convention sur la valeur de l’étalon, convention collective institutionalisée par la Bourse, paresse intellectuelle, …).
    Ceci relève d’une dérive de pseudoscience car un droit n’est pas une grandeur physique mesurable.
    Même si cela facilite les échanges dans maintes situations et catalyse globalement l’économie aux plans logistique et psychologique (tant chez le producteur, entrepreneur ou travailleur, que l’acheteur), cela reste une ineptie sur le fond et les répercussions de cette élucubration conceptuelle finissent tôt ou tard par perturber le fonctionnement sociétal.

    Sans aborder ici ces diverses perturbations, on comprend que le marché basé sur cet instrument grossier de la monnaie constitue un stade préliminaire d’une économie qui se doit d’évoluer vers des outils et des réflexions plus complexes.
    Pour dépasser l’impasse capitaliste, il est nécessaire de revenir à une réflexion première sur le droit d’usage, pour ne plus considérer alors la monnaie que comme une option parmi d’autres, assez grossière, de gestion de ce droit.

    La monnaie montre certes des avantages logistiques, que nul ne niera aujourd’hui après lecture et comparaison des options sociétales expérimentées au siècle dernier.
    Mais il apparait aussi évident qu’au niveau du droit, les effets sont catastrophiques, surtout au plan macroéconomique.

    Les monnaies non-conventionnelles restent réductrices en termes de gestion du droit d’usage.
    Dans une microsociété conviviale (monnaie locale), certains effets pervers sont amoindris mais pas tous.

    Cordialement,
    pascal

    1. … acte juridique, concurrent évidemment d’autres options sociales d’échange : le don, le partage, le prêt, etc., et pas seulement le vol. Toutes ces options se déclinant chacune selon un éventail de démarches psychologiques, voire philosophiques ou religieuses.
      Les options évoquées par Dominique Temple s’insèrent bien sûr dans une liste non exhaustive.
      Le réductionnisme monétaire capitaliste n’en paraît que plus flagrant.

  17. Arnaque juridique du capitalisme (schéma sommaire) via la monnaie … et ouverture à la réflexion sur le droit d’usage

    Monnaie = droit d’usage blanc.

    Phase 1 : le travailleur échange un droit d’usage de soi-même (temps + compétence + investissement psychophysique) contre monnaie pour accéder à un choix (perçu subjectivement comme libre et infini) parmi un panel de droits d’usage (marché des biens et services). Illusoire liberté consumériste du pouvoir d’achat.

    Phase 2 : il échange sa monnaie (perte de droit d’usage multiple, propre au droit d’usage blanc ; « la liberté ne s’use que si l’on s’en sert ») contre un droit d’usage unique maintenant spécifié et généralement obsolescent. L’obsolescence est multiforme ; technique ou symbolique, elle est entretenue par le process industriel et le marketing.

    3 Bilan
    A. Le travailleur est juridiquement aliéné (perte partielle de temps et de soi) en échange d’une richesse obsolescente (consumérisme). L’aliénation du temps serait plus marquée par l’inactivité ; elle serait moindre dans une activité à finalité plus personnelle. La révolution industrielle a faussé la perception de cette aliénation en laissant supposer que la productivité la diminuait techniquement alors qu’elle l’augmente souvent symboliquement par la perte de sens de l’activité individuelle. Elle reste in fine assez subjective.
    Les situations collectives de travail compensent aussi partiellement cette aliénation de soi par la relation à l’autre.
    Par contre, l’aliénation psychophysique et de compétences semble effective en faveur de la production qui échappe au travailleur. Cette aliénation reste assez complexe et ambiguë et demande des études plus fines que les préjugés marxistes.
    B. Le producteur, pour sa part, capitalise la monnaie, un droit non obsolescent (sauf dévaluation). Par des investissements judicieux, il peut augmenter indéfiniment son capital. La spéculation financière lui permet même une augmentation sans activité productive.
    A partir d’un certain stade, ce capital se mue de droit d’usage économique en pouvoir politique. Comble de l’arnaque juridique (vendue au travailleur sous un emballage de liberté consumériste).

    Dans la première phase, la monnaie offre une liberté consumériste au travailleur. Liberté qu’il n’aurait pas s’il n’avait pas accès au marché. Il n’est donc pas prêt a priori à sacrifier cette liberté consumériste, « liberté » du pouvoir d’achat d’autant plus illusoire que ses désirs et besoins sont dictés par le marketing et que sa satisfaction ne sera que temporaire suite à l’obsolescence des biens achetés (à l’exception de son logement, acquis grâce à un emprunt qu’il mettra toute sa vie à rembourser). A ce leurre s’ajoute un phénomène d’addiction (les réductions de pouvoir d’achat sont psychologiquement comparables aux situations de sevrage).
    Avantage illusoire et éphémère du droit d’usage blanc pour le travailleur, qui récolte in fine une richesse obsolescente, ce qui le contraint à vivre en boucle la situation. Le marketing y participe.

    Dans la seconde phase, la monnaie retourne au producteur.
    Une activité rentable lui permet d’accumuler du droit d’usage blanc. En bon gestionnaire, il capitalise ce droit non obsolescent pour le faire fructifier et augmenter non seulement son droit d’usage mais plus largement son pouvoir sociopolitique. La tendance globale actuelle va jusqu’à offrir au droit commercial un pouvoir croissant rognant progressivement les droits civils des citoyens peu fortunés (privatisation de l’eau, de la propriété intellectuelle, etc.).

    La monnaie constitue ainsi un monstrueux leurre juridique pour le travailleur.
    Mais sur le plan logistique global (qui demeure la réussite du capitalisme, en dehors de toute considération écologique), le niveau d’activité et de production augmente.
    Le PIB est alors un indicateur assez grossier de ce niveau de production de richesse.

    Conjointement, un double flux de richesse s’observe (1 et 3 ; le 2 s’annulant lui-même).
    1. Un flux de richesse durable (voire fructifiable), en monnaie, vers le producteur.
    2. Un double flux temporaire (aller/retour) de monnaie pour le travailleur (sauf s’il capitalise la monnaie). Ce double flux est sommairement à somme nulle sur l’année.
    3. Un flux de richesse obsolescente vers le travailleur lorsqu’il achète en échange de sa monnaie.

    Bilan : le flux différentiel (1 moins 3) reste une proportion (inférieure à 100 % mais non nulle) du flux 1.
    Le PIB est surtout un indicateur grossier du flux 1.
    Il s’agir d’un indicateur nettement plus grossier du flux 3 car il ne peut intégrer les diverses formes d’obsolescence (surtout les symboliques).
    Par contre, il reste un indicateur (toujours grossier) du flux différentiel (flux 1 moins lux 3).

    Le PIB constitue ainsi un indicateur du flux différentiel de richesse, flux qui augmente inéluctablement les inégalités entre les riches capitalistes et les travailleurs (ou les sans-emplois).
    Il ne faut donc pas attendre du PIB qu’il règle les inégalités sociales.

    L’impossibilité théorique d’indices comme le PIB d’intégrer correctement ces phénomènes tient déjà au fait qu’il serait nécessaire d’y introduire deux degrés de variable temporelle !
    En effet, le temps intervient comme variable différentielle fondatrice de la notion de flux (de valeur monétaire du flux 1). Pour ce flux 1, cela suffit car la valeur monétaire est supposée constante (ou au moins stable) dans le temps.
    Mais pour le flux 3, cela ne suffit pas car sa valeur est obsolescente. Le temps devrait alors intervenir à un autre niveau conceptuel pour traiter cette dévaluation en fonction du temps. Ce qui n’est pas le cas.
    Donc, outre le fait que le PIB ne traite (grossièrement) que du flux 1 (monnaie), il est mathématiquement trop réducteur pour traiter correctement du réel flux de richesse (flux 3), flux obsolescent (deux niveaux de temporalité).

    Pour revenir à la monnaie …
    La monnaie reste une géniale invention logistique. Mais …
    La monnaie offre au salarié la « liberté consumériste de s’aliéner juridiquement ».

    Le problème du capitalisme se montre avant tout juridique.
    C’est au niveau de la réflexion juridique (et psychologique dans la relation de dépendance à la monnaie) que se trouveront les solutions de la transition post-capitaliste et non dans des bricolages comptables (chers au socialisme, service après-vente du capitalisme) qui pérennisent cette escroquerie juridique.
    Besoin impératif d’une réforme du droit d’usage vers une économie méta-monétaire.

    Es monnaies non conventionnelles restent de timides initiatives en termes de droits.
    La monnaie fondante, par exemple, tente de rétablir une « symétrie d’obsolescence » entre les flux 1 et 3 mais les parades sont multiples (valeurs refuges, investissements spéculatifs permis par le droit de propriété comme le marché de l’art, etc.). On voit ici que ce qui coince, c’est le droit d’usage encore à un stade archaïque.

    Il existe a priori pour la monnaie deux extrêmes théoriques quant à la spécification d’objet du droit d’usage : le droit d’usage blanc (monnaie conventionnelle sans spécification d’objet à priori) et le ticket de rationnement (objet strictement spécifié).
    La limite de droite est l’option libérale du marché libre, la limite de gauche est l’option de l’économie planifiée.
    Il existe un champ intermédiaire à développer, incluant des organismes de change entre les diverses monnaies. Organismes ne fonctionnant pas selon des équivalences quantitatives (et ces pseudo-mesures de pseudoscience) mais selon des critères juridiques de socio-économie.
    Ceci pour la seule notion de spécification d’objet mais la réflexion juridique est ouverte à un horizon plus large.

    Cette approche reste bien sûr très schématique et caricaturale en zappant nombre de détails théoriques et pratiques.
    Cordialement,
    pascal

  18. Rappelons pour l’anecdote que le 6.10.2016 (palindrome amusant) marque la date archétypale de la « fin du temps des deniers » (débuté en 1542). La roue tourne.
    Private joke sans importance …

  19. Approche de la notion de flux obsolescent pour les personnes non formées à la réflexion scientifique en physique …

    Pour une grandeur x non obsolescente, le flux temporel moyen se calcule par la proportion : Δx / Δt
    Pour le flux « instantané » (outre la remarque des philosophes grecs qui notaient qu’un flux instantané est un non-sens, d’où la notion de différentielle), la proportion sera : dx / dt

    Pour une grandeur obsolescente, la notion usuelle de flux n’est plus pertinente et le flux moyen va dépendre du choix arbitraire de l’intervalle de temps Δt.

    Exemples.

    Si un client achète quotidiennement au boulanger une « baguette non obsolescente », il accumulera :
    1 baguette par jour : Δx / Δt = 1 : 1 = 1
    7 baguettes en 7 jours : Δx / Δt = 7 : 7 = 1
    Le flux moyen est constant : 1 baguette par jour.

    Changeons l’unité de mesure temporelle, l’année. Il accumulera :
    365 baguettes en 1 an : 1/365
    730 baguettes en 2 ans = 1/365
    3650 baguettes en 10 ans : 1/365
    Le flux moyen est constant et indépendant de l’intervalle de temps Δt
    car 1 baguette/jour = 365 baguettes/an.

    Mais si la baguette est obsolescente et ne dure qu’une journée.
    a. Au terme d’un jour, il accumule 1 baguette. Flux d’accumulation : 1 baguette/jour
    b. Au terme d’un an, il accumule 1 baguette. Flux d’accumulation : 1 baguette/an
    c. Au terme de 10 ans, il accumule 1 baguette. Flux d’accumulation : 1 baguette/10 ans
    Un flux d’accumulation obsolescent dépend de l’intervalle de temps et ne correspond plus à la notion usuelle de flux.

    Si l’on utilise la formule usuelle du flux moyen : flux = Δx / Δt, alors
    en a : flux = 365 baguettes /an (non correct)
    en b : flux = 1 baguette / an
    en c : flux = 0,1 baguette /an (non correct).

    Pour des valeurs obsolescentes, si la durée de stabilité de la valeur est inférieure à l’intervalle temporel de calcul du flux, alors le calcul n’est pas correct.

    Le calcul du PIB est celui d’un un flux annuel (intervalle = 1 an) de valeurs dont la durée d’obsolescence est souvent inférieure à un an.
    Mathématiquement, ce calcul est fondamentalement inepte.

    Le PIB n’e reste grossièrement correct que pour le calcul du flux monétaire à contresens car la monnaie a une valeur d’une durée d’obsolescence nettement plus grande qu’un an.
    Le PIB donne une estimation (encore grossière) de l’enrichissement du producteur mais certainement pas du consommateur.
    Le PIB constitue déjà à la base un leurre mathématique pour le calcul de l’enrichissement des citoyens, à partir du moment où ils achètent des biens et services à valeur obsolescente (cas majoritaire).

    A cela s’ajoute le leurre juridique propre à la monnaie.

  20. Merci Dominique. Au fil de l’eau :

    « autrement dit la monnaie des uns n’est pas la même que la monnaie des autres. »
    D’où l’on comprend que l’euro monnaie unique est un délire ontologique. Sans parler du dollar monnaie mondiale depuis 1945.

    « La réciprocité positive devient la dialectique du don, et l’économie de réciprocité a d’autant plus d’élan que le nombre de partenaires du cycle de réciprocité est plus élevé  »
    D’où l’effondrement actuel du marché capitaliste libéral fondé a priori sur un principe d’exclusion illimitée des acteurs non qualifiés par la religion féroce.

    « Dans les communautés archaïques, les donateurs manifestent leur prestige dans une parure, plus précisément un masque d’une grande beauté comme si la beauté était la marque d’élection à l’expression du Tiers. D’où son caractère sacré. Sa valeur est inaliénable parce qu’elle est le nom de l’humanité. »
    Le capitalisme libéral consiste exactement à ne jamais nommer l’humain, ni l’humanité, ni la communauté…

    « Lorsqu’ils sont “donnés”, ils sont plutôt confiés car ils distribuent la puissance du donateur. »
    Voilà une spécificité de l’humain : la puissance vient d’un donateur dont chaque individu est la représentation partageable par tous.

    « La valeur engendrée par la réciprocité elle-même. La valeur du Tiers est rehaussée par chaque cycle de réciprocité. »
    Question humaine : ce tiers effectif de la valeur commune est-il humain ou inhumain ?

    « Lorsque le vaygu’a (collier ou bracelet) est redonné, il mérite, comme l’a reconnu Marcel Mauss, le nom de monnaie de renommée. Pourquoi ? Parce qu’il a acquis par devers lui le pouvoir de nouer de nouvelles relations sociales et motiver la production de la valeur. »
    Anthropologiquement, la monnaie matérialise symboliquement la fécondité de la relation pour les acteurs de la relation.

    « La monnaie de renommée représente un capital imaginaire qui se nourrit de la réciprocité et de la dialectique du don »
    Autre symptôme du délire libéral : imaginer le capital comme une matérialité en soi indépendante de la réciprocité et du don ; imaginer une monnaie qui représente un capital dont l’origine n’est pas imaginaire.

    « L’honneur est en effet à la réciprocité négative ce que le prestige est à la réciprocité positive. »
    Oui s’il n’existe pas d’autre objet à l’honneur que la matérialité positive ; si la matérialité négative réciproque n’est pas cause d’un honneur du sujet donné à l’autre.

    « On doit donc faire la distinction entre le capital symbolique qui appartient au cycle de réciprocité et l’imaginaire dans lequel ce capital se représente dans son contexte communautaire. »
    Cela implique que le capital est insensé s’il n’est pas symboliquement et effectivement vendu au moment même où il est imaginairement et effectivement acheté. La représentation du capital véridique dans son contexte communautaire implique l’égalité matérialisée différentielle de sa mesure passive de vente et de sa mesure active d’achat : pas de capital sans option de capital avec cotation fonctionnelle séparée entre acheteurs et vendeurs de la prime dont la signification est communautaire partageable.

    « la réciprocité négative offre une prise plus directe sur ce que l’homme crée comme au-delà de sa vie biologique. »
    Que les judéo-chrétiens inventeurs de la monnaie libérale actuelle nomment « vie éternelle ».

    « La plupart des sociétés relativisent les deux formes de réciprocité, négative (généralement attribuée à l’homme) et positive (attribuée à la femme), afin de limiter les effets de leurs imaginaires respectifs et de promouvoir la valeur de cette forme de réciprocité que nous appelons “symétrique”. »
    Le phénomène monétaire contient et nécessite la sexuation de l’humain.

    « Réduite à la valeur d’échange capitaliste lors de l’abandon de la réciprocité, la monnaie perd cette puissance. Elle ne visualise plus que la force acquise par la privatisation et le pouvoir des uns sur les autres. »
    La monnaie capitaliste libérale est une force sans énergie ou une énergie sans force ; elle est aséxuée, asymétrique, anomique donc entropique.

    « Pour autant, la valeur peut se désigner par les signifiants proposés par la réciprocité positive ou la réciprocité négative, d’où l’ambiguïté de sa représentation qui oscille entre fétichisme et symbolisme, entre l’incarnation de l’éthique et son aliénation dans le pouvoir. »
    La valeur libérale est par nature désincarnée rattachée à une éthique calculatoire purement objective sans responsabilité subjective. Il n’y a aucun moyen terme entre fétichisme et symbolisme, entre incarnation de l’éthique et son aliénation dans le pouvoir. Le pouvoir n’a pas de sujet. La valeur n’a pas de cause matériellement identifiable.

    « Nous savons que la réciprocité simple en miroir (l’alliance) crée la philia (l’amitié), que le face-à-face collectif (l’alliance généralisée) crée une amitié collective, sans miroir particulier pour l’incarner, que l’on peut nommer la confiance (la fraternité selon la devise républicaine). »
    Et si le miroir particulier de l’alliance généralisée était la démocratie par les sociétés intermédiaires matérialisées par leur monnaie propre convertibles dans un État de droit financièrement partagé par une compensation centrale régulée dans la Loi commune titrisée en monnaie internationale ?

    « L’avènement de la réciprocité ternaire est une révolution prométhéenne parce qu’elle transforme la sujétion à la loi en liberté du sujet responsable. Elle est l’origine du marché. Elle abolit l’aliénation de la valeur dans le prestige et donne la prééminence à l’égalité et à la justice. »
    Mais dans le système de la monnaie libérale, la liberté du sujet responsable n’est pas objectivée donc non mesurable par la réalité. La sujétion à la loi n’est pas équilibrée par le prix d’une légalité alternative concurrente qui assure le prix par un bien commun humain réel. L’égalité et la justice ne sont pas assurées dans une matérialité commune du régime de la loi effectivement égale pour tous. Il faut passer de la « réciprocité ternaire » platonicienne à la réciprocité aristotélicienne quaternaire ; autrement désignée par réciprocité des causes matérielle, formelle, efficiente et finale. Réciprocité quaternaire des causes qu’on peut aussi nommer « échange de la réciprocité ».

    Suite de la lecture commentée ce soir ou demain…

    1. Merci à Dominique Temple de contribuer à rendre plus lumineuses les fulgurances de PSDJ .

      On attend une prestation commune entre eux deux associés à Jean Luce Morlie , préalablement soumise à l’acide de Vigneron .

      On ne sera alors pas loin du but , si Paul Jorion s’en empare pour le greffer sur le soliton , le vrai socialisme et l’IA dans un ultime bouquin qui sera l’oraison funèbre du capitalisme enfin agoni .

      1. On pourra en faire une édition en  » que sais-je? » à distribuer en livre de prières lors de la messe d’enterrement de Jducac .

  21. Plutôt content que Macron ait dit ce qu’il a dit à l’ONU .

    On aimerait vous lire , ainsi que PSDJ que ça devrait davantage inspirer , sur la coexistence entre multilatéralisme/ monnaie /libre-échange/accumulation capitaliste .

    Noté au passage que Manu a encore du chemin à faire avant de cotiser au blog , car il fallait tendre l’oreille , au détour d’une tirade , pour entendre parler prudemment de « capitalisme déréglé » .

  22. Lecture commentée, suite…

    « Le marché se conforme donc à l’utilité sociale de la marchandise qui doit répondre des besoins des hommes qui obéissent non plus à l’imaginaire mais à la raison. »
    La désubjectivation de l’échange par le prix de marché de n’importe quel objet dont la monnaie est matérialité symbolique ne substitue pas réellement la raison à l’imaginaire. Cette substitution est imaginaire voire religieuse féroce dans la vision libérale. La représentation rationnelle de l’objet de valeur par le prix masque et élude la quête politique de vérité entre les citoyens par un rapport mathématique « d’utilité » entre consommateurs « économicisés » (homo œconomicus).

    « Tant que l’échange respecte la réciprocité (l’échange de réciprocité), l’utilité est utilité sociale parce qu’elle reste subordonnée au besoin de tous, »
    Sur le plan de l’abstraction morale et théorique ou sur le plan pratique des échanges et de la confiance réelle entre individus égaux en droit et en dignité ?

    « L’individualisme remplacera l’individuation, l’intérêt la responsabilité, l’idéologie du libre-échange l’éthique de la réciprocité, et le profit désarticulera la production sociale en propriété privée : une autre révolution ! »
    En fait, une régression involutive, une fuite dans l’imaginaire, une déperdition de la réalité.

    « le rapport de force signifie la compétition pour le pouvoir, qui prend la place de la liberté commune (la puissance sociale) à laquelle conduit la réciprocité symétrique. »
    Le pouvoir libéral fait l’économie de la réalité sensible perçue, ressentie et rationalisable par le sujet.

    « Que signifie cette réduction (y = 10x) à (y = z = x) ? Que le rapport des deux hommes est un rapport de force, que Jean est plus puissant que Pierre, et que la réciprocité est rompue au bénéfice de l’intérêt égoïste de celui qui a privatisé la propriété commune. »
    L’alternative au rapport de force entre les individus est la réciprocité d’échange des statuts personnels. Cette égalité des statuts en valeur implique l’étalonnage de l’unité de compte monétaire sur quatre plans distincts de la subjectivité personnelle, de la subjectivité matérielle variable, de l’objectivité formelle et de la matérialité quantifiable en objets.
    Sur le plan de la subjectivité personnelle, c’est à dire de la justice et de la souveraineté politique, un homme égale une voie égale une unité monétaire égale la société politique dans son unicité d’action au service de chaque citoyen. Sur le plan de la matérialité quantifiable en objets, il y a autant d’unités de compte monétaire différentes donc de prix pour un même objet que de sociétés intermédiaires identifiées différentes proposant un procès de travail et de production conforme aux droits et besoins de la personne garantis par une souveraineté constituée et déposée en monnaie internationale.

    « Désormais, la monnaie a pour étalon la valeur d’échange de la force de travail brute des salariés. »
    Ou ce qui revient au même, toute l’intelligence vivante du travail est nominalement concentrée dans le capital dont l’appropriation est privée au bénéfice exclusif d’un personnage exonéré de la nécessité de travailler au sens primordial d’informer la matière par l’offre et la demande de toute humanité.

    « Le capitalisme conduit aussitôt à la lutte des classes et aux guerres coloniales pour l’approvisionnement des ressources nécessaires à la production du capital, enfin à la guerre entre les nations les plus industrialisées. »
    Le capitalisme libéral est un colonialisme radical où la propriété privée du capital accorde l’exclusivité de la pensée, du désir et de l’intuition à un propriétaire surnaturel d’un humain strictement animalisé.

    « Une chambre de compensation internationale accorderait des crédits en bancors sans condition aux pays dont la balance commerciale serait provisoirement déficitaire afin de leur permettre de rembourser leurs emprunts à l’abri des spéculations sur la fluctuation de leur monnaie d’échange. »
    La non-conditionnalité apparente des crédits en bancor est le caractère inachevé de la proposition keynésienne ; la raison pratique pour laquelle le bancor n’est pas advenu. De fait, les États-Unis créanciers nets du monde en 1945 ont imposé leurs conditions de remboursement des crédits accordés en dollars adossés à la juridicité étatsunienne. Les règles de mesure et de proportionalisation des crédits à la réalité économique internationalement intelligible n’ont pas été énoncées et ne le sont toujours pas aujourd’hui.
    On comprend bien aujourd’hui à la lumière de l’effondrement des subprimes qu’il ne fallait pas que le prix du travail relatif à chaque souveraineté et à chaque responsabilité politique nationale et locale fût librement et ouvertement convertible en prix de capital. Le capital devait et doit toujours avoir le même prix partout de façon à rendre les rapports de force internationaux calculables en dollar de l’empire étatsunien. Mais surtout, le travailleur doit rester un animal domestique domptable par son propriétaire.

    « Le bancor est une monnaie de réciprocité symétrique ! »
    Absolument ! C’est pourquoi, il faut qu’il existe quelque part sur le globe terrestre une démocratie réelle où les citoyens soient matériellement garantis dans leur liberté, à l’intérieur d’une souveraineté lisible par l’étranger, d’acheter ou de vendre dans leur monnaie nationale l’étalon monétaire international d’appréciation objective des dettes et créances. Il faut que l’étalon monétaire international soit convertible en réalisation objective par une souveraineté identifiable du prix des droits et devoirs effectifs universels du citoyen solidaire de toute humanité.

    « L’une des solutions défendue par John Maynard Keynes est celle de la monnaie de réciprocité, l’autre, défendue par Harry Dexter White, celle de la monnaie de renommée. »
    Résumé parfait de la tragédie toujours actuelle.

    « Mais il n’en est pas de même de la monnaie créée par la Banque centrale. Comme monnaie de renommée ou de réciprocité, elle représente une valeur non matérielle, la confiance, et c’est elle qui fonde le crédit. »
    En l’occurrence, nous sommes dans un régime de crédit forcé par la loi nominale et les rapports de force internationaux. Il n’y a donc aucune confiance réelle en soubassement de la masse monétaire mondiale actuelle. Le signe technique le plus évident de cette dictature de la défiance est le gel de la liquidité interbancaire depuis le krach des subprimes. Les banques et les États ne se prêtent entre eux que sous la garantie des banques centrales supra-nationales dont les bilans sont démesurément gonflés par de la confiance fictionnelle, c’est à dire des actifs pourris dont la valeur nominale est déconnectée du prix de marché réel hors finance.

    « Le plan Marshall en est une illustration. Il n’échange pas, il ne donne pas non plus, il confie un capital de dollars aux États européens sous condition qu’ils le fassent fructifier, et qu’ils reproduisent une prestation identique en retour. »
    Le plan Marshall a été le premier acte, à l’époque révolutionnaire et génial, d’une politique monétaire keynésienne mondiale à l’intérieur d’un cadre anomique non keynésien. Les cadres d’une négociation libre réciproque des montants et des objets du crédit international entre des États de droit souverains n’ont pas été établis. La dette internationale en dollar a donc enflé sans limite. De créanciers nets, les États-Unis sont devenus débiteurs nets du reste du monde. La sur-liquidité en dollar de l’économie mondiale réelle a provoqué l’inflation dont la « crise du pétrole » à partir de 1973.
    La dérégulation libérale des années 80 a entériné le fait accompli de la toute puissance du capital nominal en dollar ou euro-dollar comme seule contrepartie de la monnaie dans les échanges internationaux. La sur-liquidité financière libérale de l’économie réelle a été épongée par des « crises » régulières où l’effondrement du prix des actifs permettent de plumer les épargnants, les entrepreneurs et les contribuables nationaux à l’avantage des créanciers internationaux domiciliés dans les paradis fiscaux et le secret bancaire extra-national.

    « Ce n’est pas en termes de distribution de vivres, comme chez les Maori, que se mesure la renommée du dollar mais, ce qui revient au même, en termes de production des vivres. »
    La super-puissance étatsunienne militaire, financière et médiatique est-elle « production de vivres » ?

    « La dévaluation ramène la valeur symbolique à la valeur d’échange. »
    Mais aussi, dans certaines circonstances matérielles précises, élève la valeur nominale d’échange à la valeur symbolique réelle de l’humain. Si l’euro des Grecs pouvait être dévalué par rapport à l’euro des Allemands et à l’euro des Français, on échapperait au déni de réalité humaine dans lequel s’est vautré la zone euro.

    « Le Capital – Livre 1er, 1867 »
    Extraordinaire lucidité de Marx pour les temps actuels. Merci Dominique de nous avoir extrait cette citation.

    « Et l’État cesserait d’exciter la convoitise des capitalistes. »
    Techniquement, cela signifie que la dette publique :
    – ne peut pas être achetée par des personnes morales ; donc que les banques ne peuvent pas détenir de titres publics autrement que comme dépositaires de l’épargne des personnes physiques (c’est quasiment ce que demandent les Allemands pour participer à une vraie garantie universelle des dépôts en euro…),
    – ne peut pas être échangée entre souverainetés distinctes sans l’intermédiation d’une chambre de compensation internationale qui instaure une solidarité régulatoire de marché et une mutualisation des risques souverains sur des communautés monétaires constituées d’États (ce qui revient à la chambre de compensation en bancor et qui nécessite une confédéralisation étatique de la zone euro pour gérer le capital européen des primes de crédit public au bénéfice de tous les citoyens et pas seulement des propriétaires financiers du capital).

    « La liberté de choix se doit à la différentiation de la production et non à son accumulation. »
    Cette évidence est malheureusement imperceptible à un banquier dans le système d’anomie libérale du crédit.

    « à démultiplier la productivité grâce à la gratuité de l’information (l’open source de la révolution numérique), ce qui est en somme un appel d’offre important au capital humain. »
    La gratuité de l’information est matériellement impossible tant qu’il n’existe pas de cadastre financier exclusivement financé par la fiscalité hors intermédiation bancaire à capital privé. Les sous-jacents humains du prix juste sont un bien commun public qui doivent être hors d’atteinte des intérêts particuliers privés.

    Suite de la lecture demain…

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