L’ESPAGNE ET L’ITALIE TOUJOURS AUSSI VULNÉRABLES, par François Leclerc

Billet invité.

L’Espagne et l’Italie continuent de ressentir les effets de la profonde crise politique qui secoue l’Europe. Le sort incertain de Mariano Rajoy tient à sa capacité à obtenir, au-delà du soutien de Ciudadanos, celui de petits partis moyennant compensations. Celui de Matteo Renzi est suspendu à sa victoire lors des prochaines élections législatives, qu’il veut avancer pour les faire coïncider avec celles des Allemands à l’automne.

Ces situations expriment la fragilité des deux pays, ainsi que leur vulnérabilité à de nombreux impondérables. Dans l’immédiat, la Grèce n’est pas le moindre. Les tractations destinées à libérer une tranche de prêt se concentrent sur les projections de croissance et d’excédent budgétaire du pays, dans les dix prochaines années et au-delà, afin de justifier ou non une reconfiguration de la dette (et non plus une restructuration). C’est le biais qui a été trouvé pour travestir le refus catégorique de s’engager sur ce terrain avec des estimations totalement irréalistes.

Quand le gouvernement français propose comme compromis aux créanciers divisés de lier le soulagement du poids de l’endettement à la croissance effective, les autorités allemandes y voient naturellement une mauvaise incitation. La BCE est désormais en position d’arbitre, selon qu’elle reprenne ou non au bond la balle lancée par Alexis Tsipras et annonce d’une manière vraisemblable l’intégration future de l’achat des titres de dette grecs à son programme qui actuellement les exclut.

Mariano Rajoy a passé le cap de l’adoption du budget 2018, et va devoir faire accepter le plafond des dépenses autorisées des régions et collectivités locales, qui entrent dans le calcul du déficit public. Mais il n’est pas au bout de ses peines, averti par l’AIREF, l’autorité indépendante en charge des problèmes fiscaux, qu’il risque fort de ne pas atteindre son objectif de réduction du déficit budgétaire en dessous du seuil de 3%. La faute en est certes au renflouement des sociétés concessionnaires des autoroutes qui ont été construites à tout va dans les grandes années, mais également à des prévisions de recettes budgétaires irréalistes. Avec un Wolfgang Schäuble qui continue à chaque occasion de s’opposer à tout ce qui pourrait contribuer à assouplir les règles, et une Commission sous sa pression, cela augure de quelques complications à venir…

Matteo Renzi a réconcilié le monde politique italien autour d’une formule de consultation électorale à la proportionnelle, avec un seuil de 5% des voix imposé pour accéder au Parlement. Mais pour quelle raison souhaite-t-il donc des élections si rapidement ? La réponse qui circule est qu’il cherche ainsi à devancer une détérioration de la situation qu’il pressent, et qui sera favorable au Mouvement des 5 étoiles. Non pas tant en raison de la situation calamiteuse des banques, à condition que la Commission continue d’accepter leur recapitalisation par précaution moyennant restructuration, comme elle vient de le faire pour Monte dei Paschi di Siena, mais à cause de la précarité de la situation économique. On remarquera en passant que la réglementation de l’Union bancaire a disparu du paysage…

La future loi électorale, si elle est adoptée, aura comme résultat inévitable la formation d’une coalition pour gouverner. Elle pourra être constituée sous les auspices de Matteo Renzi, mais c’est à condition que le Parti démocrate devance le Mouvement des 5 étoiles. Or les sondages actuels les donnent dans un mouchoir de poche et ne permettent pas de trancher. Dans tous les cas, les jeux politiques dont l’Italie est coutumière pourront reprendre, rendant la situation toujours aussi insaisissable bien que selon une nouvelle donne.

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