TALLINN, UNE RENCONTRE POUR VRAIMENT PAS GRAND CHOSE, par François Leclerc

Billet invité.

Bien que leur réunion était informelle, un communiqué écrit inhabituel en de telles circonstances a été publié à l’issue de la rencontre de Tallinn des ministres de l’intérieur. Dans l’intention manifeste, à défaut d’avoir pris de grandes décisions, de marquer le coup pour ne pas laisser l’appel à l’aide italien résonner dans le vide. Toutefois, le ministre estonien avait beau avoir promis une rencontre « ambitieuse », le ballon s’est dégonflé dans la journée.

À sa clôture, rendez-vous a été pris pour une nouvelle conférence ministérielle, le 24 juillet à Tunis, qui réunira des Européens et des Africains. Sa composition indique qu’elle sera consacrée au retour des réfugiés parvenus en Italie et déboutés de leur demande d’asile, au prétexte qu’ils ne sont que des réfugiés économiques.

La répartition des réfugiés secourus dans d’autres ports, seule mesure qui pouvait concrètement aider les Italiens, a par contre été rejetée par le ministre français, avec le concours de son collègue allemand, bien que les ports de la Mer du Nord n’étaient pas vraiment concernés. Les propositions de « plan d’action » de la Commission ont constitué le gros morceau des dispositions discutées et n’ont pas fait l’objet de décisions formelles. Les participants à la réunion en sont restés à des éléments déjà évoqués à plusieurs reprises, avec pour principal objectif de les mettre en place « mieux et plus rapidement ». L’idée générale est de bloquer les réfugiés en Libye où ils sont soumis aux pires maltraitances, en toute humanité.

Seule nouveauté, l’adoption d’un futur code de conduite des ONG qui contribuent à plus d’un tiers des sauvetages cette année, auquel elles devront adhérer. Il est notamment reproché à certains navires d’allumer leurs projecteurs à la limite des eaux territoriales libyennes, et de souligner ainsi leur présence aux passeurs, alors qu’ils indiquent leur chemin aux réfugiés plongés dans le noir sans moyens de navigation, afin de les sauver.

Des « résultats tangibles » de cette réunion sont attendus selon le communiqué, la modération du propos soulignant le peu qu’il en est espéré. Comme les Grecs, les Italiens sont priés de s’en contenter. À charge pour Matteo Renzi d’endiguer la montée du populisme et d’emporter les prochaines élections. La situation aura tout le temps de se détériorer d’ici là. Les plus hautes autorités européennes naviguent au plus près.

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