Désapprendre le mythe de l’innocence américaine, par Suzy Hansen

Merci à Marianne Oppitz pour la traduction. Ouvert aux commentaires.

Introduction, par Nikademus

La propagande, c’est bien connu, cela concerne toujours les autres. Avec sa comparse l’idéologie, elle s’empare de foules simples et crédules et les voilà défilant drapeau au vent, hurlant des slogans aberrants. C’est la version grossière, orientale, elle fait les délices teintés de frisson des journaux télévisés. Plus fine et subtile, elle convainc un pays qu’il est la nation indispensable, bienveillante, dont la mission est d’apporter la démocratie dans le monde et le voilà en guerre depuis 16 ans, sans fin prévisible, ni aucun semblant de résultat. C’est la version occidentale. On en parle aussi dans les écrans ; les analystes ont le ton grave, certains mêmes sont très critiques. Mais voilà déjà qu’il nous faut passer à un tout autre sujet, qui n’a strictement aucun rapport : la crise des réfugiés ! un attentat ! le cours du pétrole qui monte et qui descend…

Point d’ironie facile dans ce constat, idéologie, propagande, c’est par construction que ces concepts ne peuvent s’appliquer qu’aux autres. Si nous prenions conscience que nous-mêmes sommes animés, dans les grandes profondeurs de l’inconscient, depuis la toute petite enfance, par de grandes mythologies qui systématiquement biaisent notre regard, notre pensée, notre compréhension du monde… eh bien, tout cela s’effondrerait. Et nous n’aurions plus, pour cet étrange autre qui nous habitait, que la commisération apitoyée que nous portons, par exemple, aux poilus de 14, aux pétainistes de 40. Comment ont-ils pu se tromper à ce point, tous, collectivement ? Pourquoi, oui pourquoi ?

Propagande et idéologie sont nécessairement des phénomènes collectifs, sociaux, qui jouent ensemble sur la grande scène de l’histoire. L’illuminé isolé et sa feuille de chou qui crient à l’idéologie n’intéressent personne, et à bon droit. C’est bien tous ensemble qu’il nous faudra sortir des ornières de notre temps. Mais c’est aussi, comme nous le raconte exemplairement l’autrice de l’article que l’on propose en traduction ici, à chacun, en même temps qu’il faudra que les écailles tombent des yeux. De son enfance moyenne américaine, « white trash » de son propre aveu, elle a tiré le fil de sa fascination improbable pour un intellectuel homosexuel noir des années 60 (sur James Baldwin, voir le saisissant documentaire de Raoul Peck, Je ne suis pas votre nègre) pour découvrir qui elle était et indissociablement qu’est-ce que c’était donc que ce pays qui l’avait fait et qui ravage le monde en criant « liberté », « démocratie » !

Celles et ceux qui voudront bien la suivre dans son histoire banale et magnifique, véritable éducation patriotique et sentimentale à la fois, seront peut-être, eux aussi, attirés à l’issue de leur lecture par ces inconfortables attracteurs étranges : Et moi ? Et nous ?

Adapté de « Notes on a Foreign Country: An American Abroad in a Post-American World » (Notes sur un pays étranger : un étranger à l’étranger dans un monde post-américain) par Suzy Hansen, publié par Farrar, Strauss et Giroux le 15 août. Paru le 8 août 2017 dans le Guardian.

Désapprendre le mythe de l’innocence américaine

À l’âge de 30 ans, Suzy Hansen a quitté les États-Unis pour Istanbul – et a commencé à se rendre compte que les Américains ne comprendront jamais leur propre pays jusqu’à ce qu’ils le voient comme le reste du monde le fait. 

Ma mère a récemment retrouvé des piles de carnets datant de ma petite enfance, remplis de projets pour mon avenir. J’étais très ambitieuse. J’ai écrit ce que je ferais à chaque âge : quand je me marierais, quand j’aurais des enfants et quand j’ouvrirais un studio de danse.

Quand j’ai quitté ma petite ville natale pour l’université, cette sorte de planification s’est arrêtée. L’expérience d’aller dans un lieu radicalement nouveau – comme l’université l’était pour moi – a bouleversé ma perception du monde et des possibilités qu’il renferme. La même chose s’est reproduite lorsque j’ai déménagé à New York après l’université, et quelques années plus tard, lorsque j’ai déménagé à Istanbul. Tout changement est spectaculaire pour un provincial mais c’est mon dernier déménagement qui a été le plus difficile. En Turquie, le bouleversement a été beaucoup plus troublant : après un certain temps, j’ai commencé à penser que tout ce sur quoi était fondée ma conscience était un mensonge.

En dépit de tout leur patriotisme, les Américains réfléchissent rarement au rapport qu’entretiennent leur identité nationale et leur identité personnelle. Cette indifférence est à la fois caractéristique de la psychologie des Américains blancs et a son histoire singulière aux États-Unis. Ces dernières années, cependant, cette identité nationale est devenue plus difficile à ignorer. En tant qu’Américains nous ne pouvons plus voyager à l’étranger sans remarquer le poids étrange que nous portons partout avec nous. Depuis les guerres d’Irak et d’Afghanistan, et les nombreuses autres qui ont suivi, il est devenu plus difficile de se balader nonchalamment à travers le monde en quête de sagesse et de développement personnel. Les Américains à l’étranger n’ont plus la même arrogance, les sourires béats et faciles. On n’a plus envie de parler aussi fort. Il y a toujours un vague risque de briser quelque chose.

Quelques années après que j’aie déménagé à Istanbul, j’ai acheté un cahier, et contrairement à l’enfant confiante que j’ai été, je n’y ai plus noté de projets mais une question : qui devenons-nous si nous ne devenons pas Américains ? Si nous découvrons que notre identité – telle que nous l’avons comprise – était un mythe ? Je me suis posée cette question parce que mes années passées à l’étranger, en tant qu’Américaine, au XXIe siècle n’ont pas été un joyeux et romantique envol à la découverte de soi. Mon voyage initiatique a été plus bouleversant et plus honteux, et même aujourd’hui, je ne me connais toujours pas moi-même.

*        *        *

J’ai grandi à Wall, une ville située en retrait du Jersey Shore[1], à deux heures de route de New York : un paysage de béton, de parkings, d’enseignes en plastique et de magasins franchisés. Il n’y avait pas de centre-ville, pas de rue principale, comme il y en avait dans la plupart des villes agréables de bord de mer des environs, ni aucun vieux petit cinéma ou d’architecture qui aurait pu suggérer un peu d’histoire ou de mémoire.

La plupart des parents de mes amis étaient des enseignants, des infirmières, des flics ou des électriciens, à l’exception d’un père qui travaillait dans « la City », et d’une poignée de familles italiennes qui faisaient des affaires moins légales. Mes parents étaient des descendants d’immigrants danois, italiens et irlandais, de classe ouvrière, qui avaient peu de souvenirs de leurs origines européennes, et ma famille élargie possédait un parcours de golf public bon marché, où je vendais des hot-dog en été. Les affaires politiques dont j’ai entendu parler, lorsque j’étais enfant, avaient trait aux impôts et aux migrants, et ne concernaient pas grand-chose d’autre. Bill Clinton n’était pas populaire chez moi. (En 2016, la plupart des habitants de Wall ont voté Trump.)

Nous étions tous patriotes, mais je ne peux même pas concevoir ce que nous aurions pu être d’autre, parce que toute notre expérience était domestique, intérieure, américaine. Nous sommes allés à l’église le dimanche, jusqu’à ce que le football remplace la messe. Je ne me souviens pas d’un fort sentiment d’engagement civique. Au lieu de cela, j’avais le sentiment que les gens pouvaient vous voler si vous n’étiez pas vigilants. Nos projets demeuraient locaux : Homecoming queen[2], championnat d’état, bourse de Trenton State, barbecues dans l’arrière-cour. Un enfant asiatique – isolé dans notre classe – a étudié dur et est allé à Berkeley. Un Indien est allé à Yale. Les Noirs ne sont jamais venus à Wall. Le monde était blanc, chrétien : le monde c’était nous.

Nous n’avons pas étudié de cartes du monde, car la géographie internationale, en tant que sujet, avait été éliminée progressivement des programmes d’études au niveau fédéral. Nous n’avions aucune notion que les États-Unis puissent être un pays parmi tant d’autres sur la planète. Même l’Union soviétique évoquait davantage quelque chose comme l’Étoile de la mort – volant au-dessus de nos têtes, prête à nous réduire en mille morceaux au laser – qu’un pays avec de vrais habitants.

J’ai des souvenirs uniquement télévisés d’événements mondiaux. Ils ne me reviennent à l’esprit qu’à travers un écran : Oliver North témoignant dans l’enquête Iran-Contra ; le visage marqué et malveillant du dictateur panaméen Manuel Noriega ; les images comme au cinéma de bombardements de Bagdad, avec ces flashs de lumière, lors de la première guerre du Golfe. De cette guerre en Irak, ce dont je me souviens le plus, c’est que nous chantions, dans le bus scolaire, « Dieu Bénis les États-Unis » – j’avais 13 ans, que je portais de petits rubans jaunes[3] dans les cheveux et de mon émotion après avoir entendu cette chanson sur MTV :

Et je suis fier d’être un Américain
Au moins, je sais que je suis libre

Ce « au moins » est drôle. Nous étions libres – c’était quand même la moindre des choses. Le reste du monde était bien bête de passer à côté d’un truc aussi évident. Quoi que ce puisse être, au moins nous l’avions, et personne d’autre ne l’avait. C’était le cadeau que Dieu nous avait offert : notre super-pouvoir.

Quand je suis arrivée au lycée, je savais que le communisme avait disparu, mais je n’avais jamais appris ce qu’il avait été (« mauvais » suffisait). La religion, la politique, la race, me sont passés au-dessus, comme des choses troubles qui signifiaient manifestement quelque chose pour quelqu’un quelque part, mais qui n’avaient aucun rapport avec moi, avec Wall, avec l’Amérique. Je n’avais certainement aucune idée que pour la plupart des gens dans le monde ils signifiaient profondément quelque chose. L’Histoire – l’histoire de l’Amérique, l’histoire du monde – traversait ma conscience sans y laisser de trace.

Pourtant, le racisme, l’antisémitisme et les préjugés, ces choses, j’ai dû inconsciemment en avoir conscience. Elles s’exprimaient dans la peur d‘Asbury Park, qui était noire. Dans le ressentiment envers les villes de Marlboro et Deal, connues comme juives. Dans la manière dont les hispaniques nous semblaient si exotiques. Une grande partie de la côte de Jersey était ségrégationniste, comme si elle était encore dans les années 1950, et les préjugés s’exprimaient par la peur de tout ce qui se trouvait à l’extérieur de Wall, quelque chose en dehors du minuscule monde blanc dans lequel nous vivions. Finalement, la seule chose qui nous a sauvés d’être ouvertement racistes, c’est que dans les petites villes comme Wall – en particulier pour les filles – il était important d’être « sympa » ou « gentil ». Cette pression calmait notre tendance juvénile à une cruauté trop ouverte.

J’ai eu de la chance d’avoir une mère qui a encouragé mon addiction naissante à la lecture, un frère aîné mystérieusement acquis aux idées politiques progressistes et un père qui a passé ses soirées à étudier d’obscures antiquités ayant trait au golf, perdu dans les plaisirs du passé. En ces jours du 1%, je suis nostalgique de la modestie de la classe moyenne de Wall et de l’air marin salé des plages du New Jersey. Mais adolescente, je savais que seule une bonne université pourrait me sauver de ce Wall de la peur[4].

*        *        *

J‘ai atterri à l’Université de Pennsylvanie. Le manque d’intérêt pour le reste du monde que j’avais connu à Wall s’est manifesté sous une autre forme là-bas, bien qu’à Penn les enfants soient riches, très instruits et apolitiques. A leur accueil, les étudiants en commerce ont été informés qu’ils étaient « les gens les plus intelligents du pays », du moins c’est ce qu’on m’a dit. (Donald Trump Jr. était là aussi à ce moment-là). À la fin des années 1990, tout le monde à Penn voulait devenir banquier d’investissement, et beaucoup d’entre eux finirent par faire chuter l’économie mondiale, une décennie plus tard. Mais ils étaient plus instruits que moi. Dans la classe de littérature américaine, ils avaient même entendu parler de William Faulkner.

Quand ma meilleure amie de Wall a révélé une nuit qu’elle n’avait pas entendu parler de John McEnroe ou de Jerry Garcia, certains garçons du dortoir nous ont traitées d’ignorantes, et de « déchets blancs », et nous reprochaient de ne pas lire de magazines. Nous étions blessées et surprises : « déchets blancs » c’était ce que nous disions à propos d’autres personnes quand on se retrouvait à la plage. Mon copain de Wall m’a accusée d’aller à Penn uniquement pour trouver un petit ami qui conduirait une Ferrari, et les garçons de Penn se moquaient des Camaros que nous conduisions au lycée. La différence de classe en Amérique n’était pas quelque chose que nous comprenions de manière structurée ou intellectuelle. La notion de classe était une constellation faite d’un million de petits signifiants culturels matériels, et l’insulte, la perte ou l’acquisition de l’un d’entre eux pouvaient complètement modifier l’avenir de quelqu’un.

À la fin, j’ai choisi de poursuivre la nouvelle vie que Penn m’offrait. Les gens que j’ai rencontrés avaient des parents qui étaient des médecins ou des universitaires. Beaucoup d’entre eux étaient déjà allés en Europe ! Penn, malgré toute sa superficialité, me paraissait un peu plus proche du vaste monde.

Pourtant, durant mes quatre années d’université, je ne me souviens pas qu’un seul d’entre nous ait été conscient d’événements se passant à l’étranger. Il y a eu des guerres en Érythrée, au Népal, en Afghanistan, au Kosovo, au Timor oriental, au Cachemire. Les ambassades américaines à Nairobi et Dar es-Salaam ont été plastiquées. Panama, Nicaragua (j’étais perdue en géographie de l’Amérique latine), Oussama ben Laden, Clinton bombardant l’Irak – rien, néant.

Je connaissais « Saddam Hussein », qui avait la même résonance démoniaque que le « communisme ». Je me souviens du film Wag the Dog[5], une satire dans laquelle des politiciens américains commencent une fausse guerre avec des « terroristes » étrangers pour distraire l’électorat lors d’un scandale intérieur – ce dont, à l’époque, on a beaucoup accusé Clinton quand il a ordonné un tir de missile sur l’Afghanistan lors de l’affaire Monica Lewinsky. Je n’ai jamais pensé à l’Afghanistan à l’époque.

Quel pays était visé dans Wag the Dog ? L’Albanie. Il y a une dureté typiquement américaine dans le choix du pays utilisé pour le film, et la réaction que ce choix suscitait chez le spectateur, une indifférence qui signifiait : un trou perdu, peu importe quel pays.

J’étais une enfant des années 90, la décennie où, selon les plus éminents intellectuels américains, « l’histoire avait pris fin , les États-Unis étaient triomphants, la guerre froide avait été gagnée par une victoire écrasante. L’historien David Schmitz a écrit qu’à cette époque, l’idée que l’Amérique avait gagné en raison de « ses valeurs et son adhésion inébranlable à la promotion du libéralisme et de la démocratie » dominait les « tribunes libres, les magazines populaires et les listes des best-sellers ». Ces idées étaient le fond sonore, la musique d’ascenseur de mes années de formation.

Mais pour moi, il y eut aussi autre chose – une expérience inespérée dans le sous-sol de la bibliothèque de Penn. Je suis tombée sur une phrase, dans un livre, dans lequel un historien soutenait qu’il y a longtemps, durant la période de l’esclavage, les Noirs et les Blancs avaient défini leurs identités en opposition les uns avec les autres. La révélation pour moi n’était pas que les Noirs avaient conçu leurs identités en réponse à la nôtre, mais que notre identité blanche avait été construite dans un rejet conscient de la leur. Je n’avais jusque là aucune idée que nous ayons jamais eu à définir notre identité, parce que pour moi, les Américains blancs étaient nés entièrement formés, complètement détachés de tout passé compliqué. Même maintenant, je me souviens de ce frisson qui a accompagné cette réalisation, ce frisson qui n’apparait que lorsque vous apprenez quelque chose qui développe, même un tout petit peu, votre sens de la réalité. Ce qui m’a mise en colère alors était que cette révélation portait sur qui j’étais. Qu’est-ce qu’il y avait encore d’autre que je ne connaissais pas de moi ?

C’est à cause de ce texte que je me suis plongée dans les livres de James Baldwin, il m’a donné le sentiment de rencontrer quelqu’un qui me connaissait mieux que moi-même et avec un arsenal critique beaucoup plus sophistiqué que le mien. Il y avait ce passage :

Mais j’ai toujours été frappé, en Amérique, d’une pauvreté émotionnelle sans fond et d’une terreur de la vie humaine, du toucher humain, si profond, que pratiquement aucun Américain ne semble parvenir à établir un lien viable et organique entre sa vie publique et sa vie privée.

Et celui-là :

Toutes les nations occidentales ont été prises dans un mensonge, le mensonge de leur prétendu humanisme ; ce qui veut dire que leur histoire n’a pas de justification morale, et que l’Occident n’a aucune autorité morale.

Et celui-ci :

Les Américains blancs sont probablement, toute couleur confondue, les personnes les plus malades et certainement les plus dangereuses qui se trouvent aujourd’hui dans le monde.

Je sais pourquoi cela m’a été un choc alors, à l’âge de 22 ans, et ce n’était pas nécessairement parce qu’il disait que j’étais malade, bien que ça en fasse partie. C’était parce qu’il ne cessait de m’appeler comme ça : « Américain blanc ». Ma réaction même justifiait son accusation. Je savais que j’étais blanche, et je savais que j’étais américaine, mais ce n’était pas ce que je considérais comme mon identité. Pour moi, la définition de soi était une question de genre, de personnalité, de religion, d’éducation, de rêves. Je pensais qu’il s’agissait juste de se trouver soi-même, de devenir soi-même, de se découvrir soi-même – et ça, je le découvrais, faisait de moi une Américaine blanche typique.

Je ne pensais toujours pas à ma place dans le reste du monde, ou que peut-être toute cette histoire – l’histoire des Américains blancs – avait quelque chose à voir avec ce que j’étais. Mon manque de conscience me permettait de croire que j’étais innocente, ou qu’être Américaine blanche n’était pas une identité comme être musulman ou turc.

De cette indifférence, Baldwin a écrit : « Les enfants blancs, en majorité, – qu’ils soient riches ou pauvres – grandissent avec une compréhension de la réalité si faible que l’on peut dire, à juste titre, qu’ils vivent dans un monde d’illusions. »

Les jeunes Américains blancs connaissent bien sûr leur lot de douleur, d’insécurité, de chagrin. Mais il est très, très rare, que les jeunes Américains blancs rencontrent quelqu’un qui leur dise, en termes sévères et impitoyables, qu’ils pourraient n’être que les pauvres gagnants d’un bien vilain jeu, et même en fait qu’en raison de leur ignorance et de leur abus de pouvoir, ils pourraient n’être que les perdants dans un univers moral qui leur échappe complètement.

*        *        *

En 2007, après avoir travaillé comme journaliste à New York pendant six ans, j’ai gagné une bourse d’écriture qui m’a envoyée en Turquie pour deux ans. J’avais lancé ma candidature sur un coup de tête. Je ne m’attendais pas du tout à gagner. Bien que mes amis m’aient félicitée, je percevais l’inquiétude sur leurs visages, comme si j’étais folle de laisser tout cela, comme si, à 29 ans, il était un peu tard pour me trouver. Je n’avais jamais été en Turquie auparavant.

Dans les semaines précédant mon départ, j’ai passé des heures à expliquer, à des proches que cela ennuyait, l’importance internationale de la Turquie en développant, sans doute, le cliché qu’Istanbul était un pont entre l’Est et l’Ouest. J’ai dit à tout le monde que j’avais choisi la Turquie parce que je voulais connaître le monde islamique. La raison secrète pour laquelle je voulais y aller était en fait que Baldwin avait vécu à Istanbul dans les années 60, avec des va-et-vient, pendant une décennie. J’avais vu un documentaire sur Baldwin qui disait qu’il se sentait plus à l’aise en tant que noir et gay à Istanbul qu’à Paris ou à New York.

Quand j’ai entendu cela, cela a tellement fait peu sens, pour moi, qui me tenait dans mon appartement de Brooklyn, qu’une sorte de trou noir s’est ouvert dans mon univers. Je ne pouvais pas croire que New York puisse être plus anti-libéral qu’un endroit comme la Turquie, parce que je ne pouvais pas concevoir qu’il y ait eu tant de préjugés à New York et Paris à cette époque-là. Et parce que je pensais qu’en allant vers l’Est, la vie s’abîmait dans le passé, l’opposé du progrès. L’idée de Baldwin en Turquie a en quelque sorte placé le problème racial américain et l’Amérique elle-même, dans un contexte international mystérieux et captivant. J’ai parié qu’Istanbul serait l’endroit qui m’apporterait la révélation des mécanismes secrets de l’histoire.

En Turquie ou ailleurs, en fait, je ressentirais une sensation presque physique d’inconfort intellectuel et émotionnel, tout en essayant de saisir une réalité dont je n’avais aucune compréhension historique ou culturelle. J’irais, comme journaliste, écrire une histoire sur la Turquie, la Grèce ou l’Égypte ou l’Afghanistan, et inévitablement quelqu’un me révélerait une partie de l’histoire, la leur, celle que nous partagions – dont je ne connaissais rien. Si je ne connaissais pas cette histoire, alors, quel genre d’histoires aurais-je pu avoir l’intention d’écrire [6]?

Mon processus d’apprentissage à l’étranger comprenait trois volets : j’en apprendrais sur les pays étrangers ; j’en apprendrais sur le rôle de l’Amérique dans le monde ; et, lentement, je découvrirais ma propre psychologie, mon caractère et mes préjugés. Même si je connaissais bien les aspects prédateurs du capitalisme, je percevais toujours le développement économique de la Turquie et de la Grèce comme un progrès, une sorte de maturation. Peu importe à quel point je comprenais que les États-Unis manipulaient l’Egypte pour servir leurs propres objectifs de politique étrangère, je n’avais jamais envisagé – et je ne pouvais pas comprendre – comment les politiques américaines affectaient vraiment la vie de chaque Égyptien, au point d’engendrer un ressentiment et un anti-américanisme. Peu importe que je sois bien persuadée qu’aucun Américain n’était formé pour reconstruire une nation, je pensais pouvoir discerner les bonnes intentions des Américains en Afghanistan. Je ne l’aurais jamais admis, ou même pensé à le formuler, mais rétrospectivement je sais qu’au fond je pensais que l’Amérique était la pointe avancée d’une sorte d’évolution des civilisations, que tout le reste du monde essayait de rattraper.

L’exceptionnalisme américain ne définissait pas seulement les États-Unis comme une nation spéciale parmi des nations inférieures ; il exigeait également que tous les Américains croient, eux aussi, qu’ils étaient d’une certaine manière supérieurs aux autres. Comment pouvais-je, en tant qu’Américaine, comprendre un peuple étranger, quand, inconsciemment, j’étais incapable d’étendre à d’autres personnes, la confiance la plus élémentaire que je m’accordais ? C’était une limite qui dépassait le racisme, les préjugés et l’ignorance. C’était une sorte de nationalisme si insidieux que je n’avais pas su l’appeler nationalisme ; c’était un aveuglement de soi si complet que je ne pouvais pas voir où il avait débuté et où il prenait fin, je ne pouvais pas l’arracher, je ne pouvais pas le détruire.

*        *        *

Durant mes premiers mois passé à Istanbul, j’ai vécu une existence sans forme, les jours fondaient dans les nuits. Je n‘avais aucun bureau où aller, je n’avais aucun effort à faire pour garder mon boulot, et j’avais 30 ans, un âge auquel les gens choisissent soit de grandir, soit de rester bloqués dans une phase exploratoire et inactive de jeunes attardés. Tout recommencer dans un pays étranger – se faire des amis, apprendre une nouvelle langue, essayer de trouver son chemin dans la ville – semblait appartenir au second choix. J’ai passé de nombreuses nuits dehors jusqu’au petit matin – comme le soir où j’ai bu de la bière avec un jeune homme turc nommé Emre, qui avait fréquenté la même université qu’un de mes amis aux États-Unis.

Un ami m’avait dit qu’Emre était l’une des personnes les plus brillantes qu’il ait rencontrées. Au cours de la soirée, j’ai beaucoup appris de son analyse de la politique turque, surtout quand je lui ai demandé s’il avait voté pour le parti de la Justice et du Développement d’Erdogan (AKP). Il a répliqué, indigné : « Avez-vous voté pour George W. Bush ? » Jusque là, je n’avais pas réalisé que ces deux-là pouvaient être semblables.

Puis, à la troisième bière, Emre a mentionné que les États-Unis avaient organisé les attentats du 11 septembre. J’avais déjà entendu cela. Les théories du complot étaient fréquentes en Turquie. Par exemple, lorsque les militaires affirmaient que le PKK, l’organisation indépendantiste kurde, avait attaqué un poste de police, il n’était pas rare que des Turcs croient que les militaires eux-mêmes l’avaient fait. Ils le croyaient même dans les cas où des civils turcs étaient morts. En d’autres termes, l’idée était que les forces de droite, telles que l’armée, faisaient sauter des cibles neutres, voire des cibles de droite, pour pouvoir en accuser les groupes de gauche, comme le PKK. Pour les Turcs, commettre des attentats dans son propre pays est une réelle possibilité.

« Allons, tu ne crois pas ça », dis-je.
« Pourquoi pas ? », dit-il. « Mais oui. »
« Mais c’est une théorie du complot ».

Il rit. « Les Américains rejettent toujours ces choses comme des théories conspirationnistes. C’est le reste du monde qui a dû faire face à vos conspirations. »

Je l’ai ignoré. « Je suppose que je fais confiance au journalisme américain », dis-je. « Quelqu’un aurait démasqué ça si c’était vrai. »

Il a souri. « Je suis désolé, il est impossible qu’ils n’aient rien eu à voir avec ça. Et maintenant, cette guerre ? », dit-il, se référant cette fois à la guerre en Irak. « Il est impossible que les États-Unis n’aient pas pu empêcher une telle chose d’arriver, et impossible que des musulmans puissent l’avoir organisée ».

Quelques semaines plus tard, une bombe a explosé dans le quartier de Güngören à Istanbul. Une deuxième a explosé dans une poubelle à proximité, peu après 22 heures, tuant 17 personnes et en blessant 150. Personne ne savait qui l’avait fait. Toute la semaine, les Turcs en ont discuté : était-ce Al-Qaïda ? Le PKK ? Le DHKP/C, un groupe radical gauchiste ? Ou peut-être : l’État parallèle ?

L’Etat parallèle – un système d’organisations paramilitaires semblables à la mafia opérant en dehors de la loi, parfois à la demande de l’armée officielle – c’était encore une autre histoire. En Turquie, on raconte que l’État parallèle a été formé pendant la guerre froide comme moyen de contrer le communisme, puis transformé en une force pour détruire toutes les menaces contre l’État turc. Le pouvoir que certains Turcs attribuaient à cette entité frisait parfois la crédulité. Mais le fait est que les Turcs vivent depuis des années avec l’idée qu’une force secrète contrôle le destin de leur nation.

En fait, la rumeur laissait entendre que, pendant la guerre froide, certains éléments de l’État parallèle avaient des liens avec la CIA, et bien que cela aussi sente sa théorie du complot, c’est la réalité dans laquelle vivent les Turcs. Le nombre impressionnant d’interventions internationales que les États-Unis ont lancées durant ces décennies est étonnant, surtout à une époque où le pouvoir américain était considéré comme relativement innocent. Il y eut des assassinats réussis : Patrice Lumumba, premier ministre de la République démocratique du Congo, en 1961 ; le général Rafael Trujillo de la République dominicaine, également en 1961 ; Ngo Dinh Diem, président du Vietnam du Sud, en 1963. Il y eut des tentatives d’assassinats ratés : Castro, Castro et Castro.

Il y eut des assassinats très souhaités : Nasser, Nasser, Nasser. Et, bien sûr, les changements de régime commandités, soutenus ou organisés par les États-Unis: l’Iran, le Guatemala, l’Irak, le Congo, la Syrie, la République dominicaine, le Sud-Vietnam, l’Indonésie, le Brésil, le Chili, la Bolivie, l’Uruguay et l’Argentine. Les Américains ont formé ou soutenu des forces de police secrètes partout, du Cambodge à la Colombie, des Philippines au Pérou, de l’Iran au Vietnam. Beaucoup de Turcs ont cru que les États-Unis avaient au moins encouragé les coups d’État militaires de 1971 et de 1980 en Turquie, bien que je n’aie pas pu trouver grand chose concernant ces événements dans aucune chronique historique orthodoxe.

Mais ce que je pouvais voir, c’est que les effets d’une telle ingérence étaient comparables à ceux du 11 septembre – tout aussi énorme, bouleversant et perturbant pour le pays et la vie des gens. Peut-être Emre n’a-t-il pas cru que le 11 septembre était une simple affaire d’indices et de preuves parce que son expérience – sa réalité – lui a appris que ces événements énormément surréels sont rarement très facilement explicables. Je ne pensais pas que la théorie d’Emre sur les attaques était plausible. Mais j’ai commencé à me demander s’il y avait beaucoup de différence entre la paranoïa d’un étranger persuadé que les Américains avaient organisé le 11 septembre et la paranoïa des Américains persuadés que le monde entier devrait payer pour le 11 septembre avec une guerre mondiale sans fin contre la terreur.

*        *        *

En une autre occasion, une Turque me déclara qu’elle croyait que les États-Unis s’étaient attaqués eux-mêmes le 11 septembre (j’ai entendu cela régulièrement, cette fois cela venait d’une jeune étudiante à l’Université de Boğaziçi d’Istanbul). J’ai réaffirmé ma confiance dans l’intégrité du journalisme américain. Elle a répondu un peu honteusement : « Eh bien, nous, nous ne pouvons pas faire confiance à notre journalisme. Nous ne pouvons pas le prendre pour acquis. »

Ces mots, « le prendre pour acquis », m’ont donné à réfléchir. Vivant en Turquie depuis plus d’un an, ayant été témoin de la façon dont la propagande nationaliste a façonné l’opinion des gens sur le monde et sur eux-mêmes, je me demandais d’où venait notre confiance en notre objectivité et notre rigueur journalistique. Pourquoi les Américains seraient-ils objectifs et tous les autres subjectifs ?

Je pensais que parce que la Turquie avait des institutions qui ne fonctionnaient pas bien – elles n’avaient pas de système de justice fiable, contrairement à un système américain que je croyais fonctionnel – ils avaient l’impression qu’il n’y avait pas de vérité. Les Turcs étaient toujours sceptiques sur les histoires officielles et se moquaient volontiers de la ligne du gouvernement. Mais n’était-ce pas plutôt que les Turcs, avec leur beau scepticisme, étaient en réalité moins nationalistes que moi ?

L’exceptionnalisme américain avait déclaré mon pays unique dans le monde, comme étant le pays vraiment libre et moderne, et sans jamais considérer que cet exceptionnalisme n’était pas différent de la propagande nationaliste d’un autre pays, j’avais intériorisé cette croyance. N’était-ce pas cela en fait une propagande réussie ? Je n’avais pas remis en question l’institution du journalisme américain en dehors des normes qu’elle avait établies pour elle-même – ce qui, en fait, aurait été la seule façon de discerner ses défauts et ses préjugés. Au lieu de cela, j’ai accepté ces normes comme les meilleures normes que n’importe quel pays puisse avoir.

À la fin de ma première année à l’étranger, j’ai lu les journaux américains différemment. Je pouvais voir combien hostiles ils pouvaient paraître aux étrangers, la façon dont les articles parlaient toujours d’une position dominante américaine, traitant les pays étrangers comme s’ils étaient les enfants mal élevés de l’Amérique. J’ai écouté mes compatriotes avec des oreilles critiques : la façon dont nos discussions concernant la politique étrangère sont comme imprégnées, depuis le 11 septembre, par ce langage officieux et officiel, le langage militaire bureaucratique de l’entreprise : dommages collatéraux, menace imminente, liberté, liberté, liberté.

Pourtant, j’étais consciente que dans la mesure où j’avais succombé il y a longtemps à la pathologie du nationalisme américain, je ne pourrais pas m’en rendre compte, – même si je comprenais l’histoire de l’injustice en Amérique, même si j’étais furieuse contre l’invasion de l’Irak. J’étais une Américaine blanche. J’avais encore cette foi fondamentale dans mon pays d’une manière qui, tout à coup, par rapport aux Turcs, m’a fait sentir immature et naïve.

Je me suis aperçue, en Turquie, qu’une communauté d’activistes et d’intellectuels – les libéraux – se demandaient effectivement ce que la « turquéité » signifiait aujourd’hui. Beaucoup d’entre eux avaient subi la propagande dans leurs écoles au sujet de leur propre histoire ; à propos d’Atatürk, premier président de la Turquie ; sur la prétendue malfaisance des Arméniens et des Kurdes et des Arabes ; à propos de la fragilité de leurs frontières et de la rapacité de tous les étrangers ; et à propos de la bonté historique et éternelle de la République turque.

« C’est différent aux États-Unis », dis-je une fois, sans réaliser tout à fait ce que je disais jusqu’à ce que les mots soient sortis. On ne m’avait jamais forcée à expliquer ça. « On nous dit que c’est le plus grand pays de la terre. Il se fait que nous n’en doutons jamais, comme vous l’avez fait tout à l’heure, parce que pour nous, ce n’est pas une propagande, c’est la vérité. Et pour nous, ce n’est pas du nationalisme, c’est du patriotisme. Et le problème est que nous ne remettrons jamais ça en question parce qu’en même temps, tout ce qu’on nous dit c’est que nous avons la liberté de penser, que nous sommes libres. Nous ne savons donc pas qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le fait de penser que notre pays est le plus grand sur terre. Toute cette construction finit par vous convaincre qu’une conscience collective dans le monde est parvenue à cette même conclusion. »

« Wow », un ami m’a une fois répondu. « Comme c’est étrange. C’est un fascisme très doux, n’est-ce pas ? »

C’était un fascisme doux qui signifiait que je verrais toujours la Turquie comme un pays inférieur au mien, et cela signifierait que je continuerais à croire que mon pays exceptionnellement bienveillant avait des intentions exceptionnellement bienveillantes envers tous les peuples du monde.

Au cours de cette nuit des théories du complot, Emre avait prétendu, comme les étrangers le faisaient souvent, que j’étais une espionne. Les informations que je recueillais en tant que journaliste, a déclaré Emre, étaient en réalité utilisées pour autre chose. J’étais en quelque sorte un agent, un émissaire américain envoyé dans le monde entier, écrivant sur les étrangers, les gouvernements, les économies et participant à une sorte de machination vaste et organisée. Emre a vécu dans le monde américain comme un étranger, comme quelqu’un de moins puissant, comme quelqu’un pour qui un article de journal pourrait signifier une guerre, ou une opinion mal venue pourrait signifier une intervention du Fonds Monétaire International. Mon attitude, mes préjugés, mon manque de générosité pourrait être tout à fait faux, inexacts ou malfaisants, mais seraient pris pour argent comptant par les journaux et les magazines pour lesquels j’écrivais, influençant ainsi pour toujours l’image qu’on se faisait au loin de la Turquie.

Des années plus tard, un journaliste américain m’a dit qu’il aimait travailler pour un grand journal parce que la Maison Blanche le lisait, il pourrait ainsi « influencer la politique ». Emre m’avait dit à quel point il était probable que je me planterais avec ce genre de bonnes intentions. Il me disait : « Pour commencer, espionne, essaie de ne faire de mal à personne ».

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[1] NdT : Le Jersey Shore désigne la région côtière du New Jersey. Ses villes côtières sont célèbres pour ses promenades et estacades en bois.

[2] NdT : Tradition annuelle aux États-Unis, dans les écoles, se composant d’un match de foot et de l’élection d’un roi et d’une reine.

[3] NdT : Portés traditionnellement aux États-Unis en soutien aux troupes déployées à l’étranger.

[4] NdT : Jeu de mot intraduisible sur wall : mur.

[5] NdT : Des hommes d’influence, 1997.

[6] NdT : Tout le paragraphe est construit sur un balancement entre raconter une histoire (« story ») et connaître l’histoire (« history »).

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78 réflexions sur « Désapprendre le mythe de l’innocence américaine, par Suzy Hansen »

  1. J’ai toujours constaté un fort dégré d’ethnocentrisme chez les Américains. Exemple: durant la guerre de l’Iraq, les politiques et journalistes amércains m’on parlé de leur étonnement du fait que la population locale ne saluait pas les troupes US comme les allemands l’ont fait en printemps 1945. Les Américains étaient convaincus que le monde entier devrait fonctionner selon leur système, puisqu’il était le seul modèle acceptable.
    Mais il y a invariablement une autre Amérique, celle qui propage une immense sensation de liberté. Quand on remonte à partir de Philadephia le Susquehenna jusqu’à sa source près de Cooperstown/NY, on ressent ce que les premiers Européens ont pu sentir: tout est neuf, il y a tout à créer, contrairement à l’Europe ou tout est figé. L’Amérique d’aujourd’hui est quelque peu différente, elle s’est en quelque sorte « européanisée », mais cet esprit de liberté allié aux vertus protéstantes existe toujours.

      1. Je ne vais pas donner ici, sur le blog de Paul Jorion, un cours magistral sur le protéstantisme. Reseignez-vous via le web, par exemple sur le rôle du protestantisme en Hollande (Amsterdam) du 17ième siecle, en Amérique du nord……

  2. « []… rétrospectivement je sais qu’au fond je pensais que l’Amérique était la pointe avancée d’une sorte d’évolution des civilisations, que tout le reste du monde essayait de rattraper. »

    Idem en France où – explicitement du temps de l’empire colonial, plus discrètement depuis qu’il ne s’agit plus que de tenir son rang dans l’alliance atlantique – la prétention d’apporter au reste du monde non seulement les progrès des techniques mais aussi ceux hérités de l’époque des lumières et de 1789 semble avoir laissé des traces profondes.

    1. Tout a fait, et c est sans doute pour ca que de nombreux Francais qui n ont pas abandonne cette pretention sont si permeables au supremacisme moraliste Americain issu de la meme matrice des Lumieres. N ayant plus les moyens de ses pretentions cette France pseudo universaliste se range immanquablement du cote de la politique neo con de Washington. C est ce qui explique le desastre lybien, l errance hollandaise en Syrie etc. Comme cette France se donne l illusion d etre a la pointe du progres et de l humanisme alors qu elle s enferme dans une lente regression dont on ne voit pas l issue. La seule difference est qu en France imperialisme et nationalisme sont dissocies voire meme opposes l un a l autre. Aux etats unis nationalisme et imperialisme se confondent presque.

  3. Oui… il y a ce qu’elle dit, cette nécessité de l’analyse, de la confession pour comprendre d’où elle vient, ce qu’elle est et toute l’importance de l’écriture, de cette construction par les mots choisis comme des notes pour y mettre une musique venue d’ailleurs car le raisonnement, les mots ne suffisent pas.
    Elle a bien raison !
    J’ai la chance de savoir que Kurusawa est un très grand cinéaste :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Vivre_(film,_1952)
    et qu’il y a plus grand que l’Amérique.
    Le film « Vivre » chuchote très bien tout cela.

  4. Magnifique témoignage, merci pour cette traduction. J’ai souvent ris au cours du texte pour la naïveté, mais aussi pour ce qu’on sait des étasuniens ici en France, ce témoignage le reflète tellement bien.
    Cette femme est admirable. Il est rare que des individus soient dans cette capacité d’autocritique. Se porter volontaire pour aller en Turquie fut un courage inconscient de sa part. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle l’a fait. Et tout c’en est suivi…

    J’ai croisé quelques étasuniens, je vais témoigner ici de 2 cas qui, comme il est décrit ici, se croient les maitres du monde.

    Dans un bar à Paris. Face à face une Brésilienne et un Étasunien, à un moment il dit : je suis Américain, elle répond je suis Brésilienne, et moi j’éclate de rire, et ne peux m’empêcher de « révéler » au mec qu’elle aussi est Américaine.

    Au Vietnam, ayant du mal à comprendre et me faire comprendre d’un ex-appelé américain – comme beaucoup d’étasuniens qui vont au Vietnam, était là pour faire son « c’est ma faute ma très grande faute » (moi accent de Londres face à un Middle West c’était assez hard), je lui dis que j’ai du mal à communiquer avec lui, il me répond : « mais enfin pourquoi vous continuer de parler français, vous devriez parler anglais comme tout le monde ». Mon honneur de Française en a pris un coup ! et je lui ai appris qu’une bonne partie de l’Afrique parlait français… il n’en croyait pas ses oreilles, lui aussi interloqué que moi par sa réflexion. Et j’ai rajouté qu’il ferait bien d’apprendre l’Espagnol car aux EU ça va lui être indispensable.

    @G L
    Cependant comme vous le dites notre légende nationale française d’avoir apporté la liberté, la démocratie, et je ne sais quoi encore, dans toutes nos colonies est dans le même genre.

    Je pense, ou crois, que les gens qui votent FN, en tout cas pour une bonne partie, sont convaincus aussi que les Français sont supérieurs au reste du monde. C’est ce genre d’idéologie que MLP crie avec conviction dans ses meetings et tout le monde d’applaudir avec chaleur.

    1. S il y a un clair rejet des immigres chez les electeurs du FN ils sont loin d etre les seuls en France a eprouver ce sentiment de superiorite qui se traduit entre autres, dans le chef des elites politiques tant de droite que de gauche, par des interventions militaires en territoire etrangers, au nom de valeurs humanistes.quand la France agit au nom des droits de l homme elle pose de maniere implicite sa supposee prerogative dans l interpretation de ces droits, en tant que « Patrie des droits de l homme ». Bref, ce sentiment de superiorite qui peut s exprimer de maniere plus ou moins subtil,, est loin d etre l apanage du  » pannier de deplorable » du FN, et il n est pas sur que sa forme droit de l hommiste ne soit pas la plus pernicieuse en cela qu elle se confond avec un sentiment partage par quasiment tous les pays du bloc occidental, EU en tete.

      1. 🙂 🙂 🙂

        Bien en amont, « Les Autres » trois petites pièces de Jean-Claude Grumberg sur le racisme des années 60 est pas mal non plus. J’ai les ai revues relativement récemment, c’est toujours aussi bien ! Genre coup de poing, on est essoufflé à la sortie.

        Jouées alors dans un théâtre privé qui accueillaient des femmes en robe longues chignons – qu’on ne voit rien derrière – (?! ça existe encore) et des maris aux souliers lustrés, ce qui m’a frappée, c’était de les voir zombis à la sortie. Ça mouftait pas trop, le genre je vais oublier tout ça assez vite…
        C’est pas comme un livre, ils ne pouvaient guère s’éclipser au milieu de la représentation, ça-ne-se-fait-pas !
        Ils ne pouvaient pas dire qu’ils étaient « français moyens » comme dans la pièce. Mais par contre, propriétaires avec Madame regardant les voisins par la fenêtre ou écoutant aux portes puis siffler des blablateries au dîner : oui.

  5. Extraordinaire travail critique, et pédagogique en même temps. Sur l’hyper-nationalisme d’un pays dominant, et cela concerne aussi, différemment, celle que nous connaissons bien, la France effectivement (comme République Universelle, mais aussi comme Royauté et Pays de Jeanne d’Arc). Tous sans doute, nous avons une forme d’hyper-nationalisme européen (la pointe de la civilisation) dont nous rêvons qu’on restaure la grandeur, avec notre UE ou en en sortant c’est pareil au même, une forme de patriotisme de la civilisation gréco-chrétienne laïcisée. Et pour un petit pays, il y a des mythes inversés, tel notre petite Belgique d’héroïsme qui a civilisé son Congo (!), notre petite Hollande aquatique qui a conquis les mers avant tout le monde, etc. Et il faut un choc pour sortir de ce rêve victorieux, de ce « fascisme doux » (une idée à creuser).
    Et si des êtres humains mâles parmi les lecteurs voulaient échapper à leur rêve de supériorité sur les femmes, « désapprendre le mythe de l’innocence » (titre de l’article), ils devraient entendre en l’adaptant à leur situation cette phrase de Baldwin : « Mais j’ai toujours été frappé, en Amérique, d’une pauvreté émotionnelle sans fond et d’une terreur de la vie humaine, du toucher humain, si profond, que pratiquement aucun Américain ne semble parvenir à établir un lien viable et organique entre sa vie publique et sa vie privée. » (et les autres citations parlent de nous également). Mais c’est un autre sujet.

  6. A l’heure où il est de bon ton de charger les (ex) soixante-huitards de tous les péchés, peut-être serait-il bon de rappeler que 68 et les années qui ont suivi ont entraîné un formidable mouvement de voyage des jeunes occidentaux vers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud.
    Je parle ici de voyages, pas de prendre un billet d’avion A/R pour un exotisme de trois semaines garanti par contrat, ou même d’une gentille bourse d’échange étudiant qui vous assure une sécurité matérielle et morale à peu près complètes. Non, il s’agissait de bosser (généralement en usine), puis de se tirer par la route (mânes de l’auto-stop, où êtes-vous? Tuées par Bla Bla Car? Ah bon…) et de se contenter d’un « confort » réduit au strict minimum, pour pouvoir voyager le plus longtemps possible: partir six mois ou un an n’avait rien d’exceptionnel.
    Dans ces conditions, la rencontre avec l’autre était assurée, était obligatoire, était le sel même du voyage. Elle conduisait de manière à peu près inévitable à une remise en question drastique de ses propres croyances, préjugés, connaissances, affects, et jusqu’à son conditionnement kinesthésique, lui aussi affaire de culture. Pour ce qui me concerne, c’est cette suite d’expériences fondatrices qui m’a conduit à l’anthropologie.
    Alors, je sais bien… ce n’était certes pas la même époque – un jeune adulte pouvait facilement trouver à s’embaucher pour quelques mois, et avait une certitude raisonnable de retrouver du boulot en rentrant. Ce n’était pas non plus la même situation géopolitique – de ce point de vue, la guerre froide avait du bon. Et tous n’ont pas fait leur miel des chemins parcourus: certains, nombreux, sont restés en carafe dans une seringue ou un shilom. Une aventure sans risques n’est tout simplement pas une aventure – ne permet pas de grandir.
    Il n’empêche que l’on peut regretter que ces formidables opportunités de se former véritablement, loin du ronron rassurant des universités, de prendre conscience de l’extrême relativité de nos hochets mentaux – patrie, drapeau, bien, mal, valeurs, certitudes… – soient désormais à peu près complètement forcloses.
    Esprit de Nicolas Bouvier, je te salue.

  7. Mouais !
    Si l’occident n’avait pas prêté la main à l’arrogance US après voir avant la chute du Mur de Berlin (n’anticipons pas sur le Mur de Tijuana), le monde serait peut-être plus calme.
    Et maintenant que fait-on ?

      1. Lucas écrit:
        « On écrit des livres des billets on convainc et on se rebelle, voilà voilà. »

        ET…
        on dérange !

        Le risque est pris, bravo Paul Jorion…

  8. Coucou,

    Texte vraiment trés interessant.
    Comme beaucoup, j’ai eu le sentiment que l’on pourrait remplacer américain blanc par français de souche !
    De P. de bonnes questions !
    « …Un parcours sans cesse à refaire… »

    Que vive le blog de Mr jorion

    Bonne journée

    Stéphane

  9. Merci pour la traduction de ce magnifique article qui fait écho à des pensées que j’avais quand j’avais 10 ans (j’en ai actuellement 33).
    J’ai commencé ma vie au Ghana et je suis revenu en Europe à l’age de 7 ans.
    Ce fut le plus gros traumatisme de ma vie que de me retrouver dans la société européenne qui se gargarisait de ce qu’elle était alors qu’elle détruisait le reste du monde sous couvert de jolie concept comme la démocratie (qu’elle ne respecte pas elle-meme).
    Je sais maintenant que cela était un peu plus compliqué mais le regard naïf que j’avais est encore beaucoup plus valable maintenant qu’a l’époque.
    Encore merci d’avoir partagé cette prise de conscience qui peut totalement être transposée à l’Europe.

  10. On en a des choses à comprendre à trente ans !

    Et il en reste encore des tonnes à résoudre , plus de cinquante ans plus tard .

    Mais pas les mêmes .

  11. Commentaire mis au mauvais endroit. Je rectifie !

    Armelle :
    Merci pour l’article, sa lecture est très agréable.
    Ah quel fardeau ces identifications. Les ressentiments fréquents que nous nourrissons envers notre pays laissent deviner que nous n’avons pas digéré les cailloux dans la soupe droits de l’homme. Nos oripeaux des grandeurs, incrustés au corps, ont du mal à se fossiliser.
    Je ne suis allée qu’une fois en Amérique, quatre mois à 16 ans en Arizona, mon frangin m’avait inscrite à l’école. Heu, comment dire, en fait j’ai halluciné complet. A 16 ans les filles parlaient de mariage et imaginaient leur belle robe blanche catalogue à l’appui, les propos racistes en plein repas de gens comme il faut, le salut et signe de croix avant les cours devant la photo de Nixon, les armes qu’on déposaient à l’entrée, etc, etc, etc. Ah la douche mazette !! J’étais complètement sonnée, surtout par la vie des femmes et ses perspectives. Enfin, ce que j’en ai perçu à un moment où l’engagement politique me paraissait une voie prometteuse. Et comme point d’orgue, de retour à Paris, au temps où une pluie permettait de s’engouffrer dans une salle de cinéma au hasard, à n’importe quelle heure, je me suis pris dans la gueule « l’Amérique interdite ». Alors là c’était l’hallu.
    Mais, ce voyage choc m’a permis de mettre en regard, au fond, à l’époque, ma propre vision de la France.

    1. « Les cours devant la photo de Nixon » ? En quelle année ? (cette immense daube putassière qu’est L’Amérique Interdite c’est 77 au plus tôt).

      1. Exact ce voyage se situe en 1976 sieur Vigneron… en revenant de là, le film sortait dans les salles crasseuses parisiennes….

        Un problème ? Je me suis replacée au même moment que cette jeune femme, c’est à dire au moment d’une des premières confrontations des cultures.

        Je dois dire qu’il m’a paru que les copains copines de l’époque qui, effectivement, partaient au large vers les terres népalaises (que j’ai connues beaucoup plus tardivement) me paraissaient autrement plus cooooool (enfin à leurs 18 ans). Mais, le frangin était aux US à l’époque, c’était l’occase de lui faire la bise ! Dé–coif–fant !

        Pourtant, l’année précédente, la découverte d’un trou paumé en Espagne (Avila) au moment de la mort de Franco était pourtant si difficile que je n’avais bafouillé un minimum de truc à mes parents au retour n’est RIEN comparé à mes premier pas sur la Lune… heu… aux US !

        Photo Nixon, j’ai oublié le crucifixxxx juste en dessous. Pour l’anecdote, la fumette battait son plein quand même et j’ai accepté un oinj histoire de m’intégrer dans ce petit monde. Et j’ai explosé de rire au salut et signe de croix quotidien devant la photo !… moyennement reçu….

        Il y avait deux cours en options, en plus : histoire des indiens d’Amérique (je vous dis pas les cours d’histoire car j’ai choisis ça), et !! je ne me souviens plus comment ça s’appelait mais c’était un cours pour bien tenir sa maison 🙁

      2. Non, en 76 pas de Nixon dans les salles de classe. Pas d’Amérique Interdite sur les écrans français avant les années 80.

  12. Rien de plus idéologique que cette auto-flagellation identitaire.

    « Suzy ! Nikademus ! Faudrait peut-être sortir de ce bain moussant, vos pieds vont palmer. Sortez de la salle de bain ! Vous pompez toute l’eau chaude. Je ne vais quand même pas faire la vaisselle à l’eau froide parce que vous vous complaisez honteusement dans votre brand new mousse Deconstruction. I’m neither not your White ! I’m not your anything ! »

    1. Yep, merci Schisosophie.
      Je ne retiens qu’une phrase de ce texte (bon ok pas fini, me suis arrêté là puisque tout y était dit, in a nutshell) :

      Depuis les guerres d’Irak et d’Afghanistan, et les nombreuses autres qui ont suivi, il est devenu plus difficile de se balader nonchalamment à travers le monde en quête de sagesse et de développement personnel.

      Celui qui ne rit pas est un idiot – après un temps d’arrêt éventuellement. Celui qui continue sa lecture…

      1. « Ainsi leur rencontre avait eu l’importance d’une aventure. Ils s’étaient, tout de suite, accrochés par des fibres secrètes. D’ailleurs, comment expliquer les sympathies ? Pourquoi telle particularité, telle imperfection, indifférente ou odieuse dans celui-ci enchante-t-elle dans celui-là ? Ce qu’on appelle le coup de foudre est vrai pour toutes les passions. Avant la fin de la semaine, ils se tutoyèrent. »

        https://fr.m.wikisource.org/wiki/Bouvard_et_Pécuchet/Texte_entier

    2. Idéologique, peut-être. Depuis que le mot idéologique est devenu systématiquement péjoratif, il me semble que l’idéologique, ce sont souvent simplement les idées d’autrui que l’on rejette, organisées ou pas en un système cohérent. Mais qualifier une thèse d’idéologique ne saurait suffire à l’infirmer.

      De même qu’isoler une phrase trop candide et non essentielle au propos d’un assez long article pour prétendre pouvoir rejeter tout le reste d’un bloc n’est pas un argument très convaincant. En tous cas pour la banane que je suis.

      L’auto-critique et la remise en question des supposées évidences dans lesquels nous grandissons tous ne mènent pas nécessairement à l’auto-flagellation. Ce n’est pas parce qu’on se rend compte qu’on se voyait trop beau qu’on doit se mettre plus bas que terre. En revanche, ça peut vous aider à comprendre que tout le monde ne vous aime pas, et vous inciter à des réajustements salutaires dans vos rapports à l’autre.

    3. Mon cher schizo!
      Tu nous vois Suzy et moi, braquant des petites vieilles, au festival de la repentance, à Tulle peut-être?, arborant fièrement chacun un t-shirt « Victime de la société » ou même pire encore « Victime du système »!
      Et James, et Malcolm, faisant la queue à la Caisse des Réparations, prêts à encaisser leur chèque et à jurer la main sur le coeur, que puisque c’est comme ça, tout est pardonné, ce monde est vraiment bien sympa, en fait!
      Comme tu le conclus fort bien, et Suzy ne dit pas autre chose, ni nègre, ni petit blanc « white trash », ni rien du tout. Tant que les manants que nous sommes se complairont dans ces sortes de déterminations sociales, psychologiques, idéologiques étrangères et aliénantes, les seigneurs de ce monde continueront à regarder la mêlée d’en haut et à faire tourner le monde comme il ne va pas.
      Elle dit que réaliser ça l’a mise en colère.

      1. Mon cher Nika,

        Ah donc, Suzy a réalisé, tant mieux, pas de développement personnel ni de sagesse au moins, puisque de la colère. D’où viennent donc ces petites vieilles de Tulle ? Ce ne sont sûrement pas celles du marché de Brive-la-Gaillarde.

        Je vous vois devant le miroir de la salle de bain.

        Baldwin : « Une grande proportion de l’énergie absorbée par ce que nous appelons le problème noir est donc produit par le profond désir qu’a l’homme blanc de n’être pas jugé par ceux qui ne sont pas blancs, de ne pas pas être vu tel qu’il est et, simultanément, une grande proportion de l’angoisse des Blancs a ses racines dans le désir également profond de l’homme blanc d’apparaître enfin sous son vrai jour, d’être affranchi de la tyrannie du miroir » (1962, The Fire Next Time, p. 125, trad. fr, Sciamma)

        Et je ne me permets pas d’appeler James ou Malcolm par leur prénom, lesquels avaient quelques désaccords, Elijah Muhamad passant par là.

        Cela dit si vous voulez en parler sérieusement plutôt que de vautrer vos énergies dans la culpabilité chromatique… À la mode, euh, à la mode ; à la mode de chez…

  13. Désapprendre l’innocence, quel beau titre !
    C’est ça la révélation, ou la conversion, au sens judéo-chrétien du terme : c’est voir par les yeux des victimes, et c’est donc se rendre compte de sa propre responsabilité, de sa propre culpabilité.
    C’est s’efforcer de ne plus faire partie de ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font ».

    1. C’est déjà très bien de  » voir  » qu’il y a des victimes pour comprendre que comme dit Montaigne  » il n’y a rien de pur en nous »

  14. Bsr Mr JORION !
    Je reprends contact avec vous …. sans conviction, je l’avoue !
    Je vous ai quitté , et non lu pendant plusieurs années , car vous êtes un CON, il faut se rendre à l’évidence …
    PEUT IMPORTE QUE VOUS ME PUBLIEZ OU PAS ? C4EST VOTRE PROBLématique … MAis si vous souhaitez que nous avancions ,, il faut changer de mode opératoire ! C’est une question survivale! DESOLE, que vous l’acceptiez ou pas ! Maintenant , si vous êtes ou non un de ces mandatés , j’ai ordonné votre fin, à cet instant du 25/08/2017 à 21H11 ! —> Désolé , il ne fallait pas me provoquer : c’est irrévocable ! Tous serez ôtés de vos vies , car telle est ma volonté ! Dans le cas contraire , bougez vous ! Synthétiquement, il nous faut, pour le 1er septembre 2017 :
    – 117 FN HERSTAL P90 avec 78 chargeurs pleins en munitions non blanches
    -234 FN HERSTAL SCAR avec 156 chargeurs pleins en munitions non blanches + Silencieux
    -468 FN HERSTAL Seven avec 936 chargeurs pleins en munitions non blanches + Silencieux

    Précisions :
    – libre à vous de me publier : aucune importance ! tout est déjà planifié , contrairement à vous !
    – libre à vous de me dénoncer ! Il est déjà trop tard … et ils sont …VOUS êtes en retard …. actions correctrices mises en oeuvre ou pas , quelquesoit leurs dates de départ d’actions !

    PS : CONTENT DE VOUS REVOIR DEPUIS PLUSIEURS SEMAINES .
    VOUS ETES UN VRAI « CONNARD » , ce qui selon notre terminologie … rassemble les termes de :  » Soumis, vendu, mandaté, non-rebel affirmé, détenteur de vies en devenir… de morts, ESPOIR en DEVENIR ! « .

    Heureux de vous relire depuis plusieurs semaines … un vrai CONNARD !
    Bonjour aux Autres …. l’Index levé ….même coupé !!!!

    Patrice LEVEQUE
    P : 06 24 47 54 06

    1. Etant en déplacement, je n’ai pas d’autre manière de réagir envisageable à ce « commentaire » que de le rendre public. Je vais en faire également un « billet » à proprement parler.

      1. Ce type existe vraiment?
        Parce qu’avec un nom et un n° téléphone, il y a de quoi faire intervenir la maréchaussée…

      2. Bonjour
        Allez en discuter avec des représentants de l’autorité…vous aurez peut-être plus d’éléments (troll , maladie mentale, extrémiste connu/inconnu) pour décider : main courante, plainte, abandon…
        Cdlt

      3. Ça ressemble à une histoire belge , une fois , ne serait ce que par le choix des armes ( wallonnes ).

    2. Bonjour cher commentateur,

      désolé de vous décevoir encore une fois, mais le 1er septembre, je pars pour la Belgique pour dédicacer mon nouveau livre, « Pour un Nouveau Monde » aux éditions Renaissance du Livre.

      Nous pouvons convenir d’un rendez vous ultérieur. Le plus tard sera le mieux vous en conviendrez.

      Si toutefois vous désiriez mener votre plan à exécution, vous pouvez me retrouver, moi et François, au café Lr Vicompte, où je pourrai vous dédicacer ce livre pour la modique somme de 14,95€.
      Celui ci vous permettra de vous ouvrir l’esprit dans votre cellule de la prison de Lantin.

      Avec toute mon attention,
      Paul

    3. Continuons d’espérer et d’œuvrer pour que la panique ne l’emporte pas. Car nous devons malheureusement et « humainement » compter là-dessus aussi, en plus du reste.

      Que quelqu’un lui fasse un gros câlin ! … et lui enfile discrètement un camisole… juste au cas ou… Biz’ à tous !

      1. Ah bon ! Et dans l’hypothèse où c’est la police qui garde ton coffre fort ? Le délire, ton délire, me semble bien flou.

    4. Je subodore une addiction. Heureusement il y a des solutions pour en éliminer les méfaits. Aucun Politique ne peut y remédier, seule la personne qui en souffre le peut. Belle journée

    5. Soutien à vous, Paul Jorion. Vous avez très bien réagi en rendant cela public. La publicité (au bon sens du terme : rendre public) est la meilleure réaction immédiate à avoir, sous réserve d’autres suites.

    6. Je suis également frustré et parfois en colère que, malgré votre bonne volonté (et vous n’êtes pas seul dans ce combat) votre action ne serve à rien pour éviter la catastrophe qui s’annonce. De là à ressentir que vous (et les autres) êtes en mission pour contenir et canaliser ces frustrations et colères…

    7. Que répondre ?
      Que l’alcoolisme est un naufrage, du point de vue individuel, et un fléau du point de vue collectif.
      J’ajoute qu’il n’est absolument pas exclu que l’on puisse y ajouter la consommation conjointe de Cannabis et autres dérivés.
      Et je m’y connais ……

    8. Il n’y a pas de lutte armée dans le silicium et le numérique, qui est par construction sous contrôle militaire, et est antinomique de la lutte clandestine.
      Les Brigades rouges, la Fraction armée rouge et Action directe ne sont pas des exemples d’efficacité ni de mobilisation politiques.
      La mobilisation des soldats de l’An II ne s’est pas faite par une distribution d’armes, mais pour la Patrie en Danger !
      Pour le reste, je n’y comprends rien !

    9. Des insultes, et des menaces, si j’ai bien compris. C’est assez confus, mais que comprendre d’autre? S’il suffit d’être un con, ou un connard, pour devoir être eliminé, alors je crains un grand massacre! On est toujours le con de quelqu’un….Moi-même je suis parfois un vrais con à mes propres yeux…. Je vais éviter de me supprimer tout de suite, le temps s’en charge.
      Franchement le courrier de se monsieur ne me semble intéressant que pour la police, et sans doute les psychiatres.

    10. Se faire traiter de con, ça promet de rentrer en connection avec une grande confrérie. Ça peut être plaisant.
      Mais « j’ai ordonné votre fin » est un appel au meurtre. C’est pas drôle, c’est puni par la loi. C’est vraiment con du coup.

    11. Soit c’est du ressort de la psychiatrie soit vous vous êtes déjà fait des ennemis parmi les I.A. à logiciel de communication défaillant .

    12. Outre une atteinte psychiatrique manifeste, cette personne souffre de surcroît ( ce n’est vraiment pas de chance …) d’une maladresse pour le moins hors norme au vu de la provision de munitions !
      Blague à part : « La loi, d’après l’article 222-17 du code pénal sanctionne la menace de mort de 6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende. »
      « Après une menace de mort que faire ? Si la menace a été proférée par courrier, sms, ou email il est primordial de conserver la trace de celle-ci, elle pourra constituer un élément central en cas de poursuites. »

    13. Je crois qu’il a surtout besoin d’aller faire une petite – non, grande – visite auprès des hommes en blanc de l’hopital psy le plus proche de chez lui. Envoyez lui l’adresse et le téléphone de l’hôpital.

    14. Vous voulez que je vous dise?
      Nous les exotiques des Confettis de l’Empire, nous vous percevons, vous de l’Hexagone, pas très différemment que les turcs de l’article perçoivent les états-uniens…
      Sans offense.
      Il faut dire aussi que, visitant les monuments de la capitale (Paris), je comprenais qu’il soit difficile pour vous qu’il en soit autrement…
      Et souvent, à lire ce Blog et les commentaires, je me sens très « Turc ». 🙂

      1. En fait , le génie hexagonal ( au moins ancien ), c’est d’arriver à se mettre lui même dans la peau du  » turc  » .
        Montesquieu et les  » lettres persanes » en sont les témoignages les plus connus .
        C’est d’ailleurs un peu ce qui peut faire la différence entre « génie français  » et génie  » nord américain ». Toujours cette histoire de rapport au temps . « Nous » plutôt dans le hors temps ( et l’utopie ) , « les nord américains  » plutôt dans le présent ( comme les allemands et les japonais) . Les britishs inclassables ( entre traîtrise et courage inouï).

    15. Désirez-vous un peu de chantilly pour améliorer votre commande? Un filet de cointreau ne serait pas mal non plus !
      Cher Monsieur, franchement, vos arguments sont un peu légers et manquent singulièrement d’originalité: Connard! quel manque d’imagination ! Je suis sûre que vous pouvez faire mieux !
      Toutefois, il faudrait quand même développer votre rhétorique parce que franchement, je ne vois vraiment pas pourquoi Paul Jorion mérite une telle énergie négative et vindicative. Ce n’est pas très clair dans vos propos, je ne comprend pas ce que lui reprochez. . La seule chose que j’ai comprise c’est que vous voulez des armes. D’accord, mais vous auriez pu, au moins, lui expliquer pourquoi vous en avez besoin. Parce que quand même, c’es un nombre impressionnant ! Et d’ailleurs, cela nous permettrait, peut-être, de vous aider dans dans votre combat. Pourriez-vous argumenter?
      je vous saurai donc gré, de bien vouloir expliciter votre démarche.
      Bien à vous !

  15. Au-delà de la sensiblerie montrée par ce texte, 3 livres permettaient très tôt de servir de guide et d’information sur les USA dans leurs affaires extérieures essentiellement.

    Theodore Roszak (2004) :
    « La menace américaine: le triomphalisme américain à l’âge du terrorisme. »

    Edward Behr (1995) :
    « Une Amérique qui fait peur. »

    Roszak était un universitaire pacifique, intellectuel et artiste, qui se disait blessé par les évolutions de son pays.

    Tout autre était Edward Behr , un journaliste parfois contesté…. Il livre des faits bruts, des exemples concrets dans une perspective d’involution…

    Je regrette d’avoir oublié l’auteur et le titre du troisième. Mais nous ne sommes pas sans ressource. L’auteur a été une connaissance de Paul dans une université anglaise. L’auteur commence par les tribulations d’un jeune anglais dans la Sud des USA, promu presque Dieu vivant et références culturelles et religieuses ( j’exagère…). L’essentiel du bouquin est une fine analyse de la formation religieuse des USA et de la persistance de la multitude des formations religieuses, d’origine grande-britannique qui se sont stratifiées. Il distingue par exemple les Ecossais d’Ecosse des Ecossais propriétaires en Irlande coloniale… En fait , le livre est beaucoup plus riche et débouche sur les malaises des USA moderne…

  16. Superbe texte et comme l’on dit plusieurs intervenants, l’héroïne de ce récit: c’est en fait un peu nous tous: les occidentaux!
    Bonne continuation.

  17. Des Américains il y en avait beaucoup à Bruxelles, beaucoup de firmes (Monsanto) et le très célèbre OTAN.
    J’en ai fréquenté me débrouillant en anglais pour communiquer avec eux ; une fille de Los Angeles, très anti conformiste qui travaillait sans visa pour le théâtre royal de la Monnaie, un autre qui a plaqué son boulot d’avocat pour se tirer en Afrique, je les aimais bien ces gens.
    Leur culture m’a bien plus influencé que la culture française (bien plus moderne dans le sens contemporain), leur cinéma était génial (Chinatown, les hommes du Président, …) et ils ont d’excellents romanciers (j’ai lu Faulkner, superbe et les Raisins de la colère de Steinbeck fait partie des meilleurs romans que j’aie lu).
    J’en ai détesté qui braillaient leur langue avec leur sale accent dans le métro bruxellois.
    Ici j’en vois par groupe de cinq ou dix, souvent très jeunes voir ce qu’est la France. Je me demande souvent de quel état ils viennent, pour qui ils ont voté.
    Il ne faut pas lire Kerouac, chiant, il faut Ginsberg, sublime.
    Mais j’ai commencé à détester les US un jour, enough is enough (l’invasion de l’Irak, Guantanamo et les prisons secrètes en Europe.
    Et en ce sens l’auteure de l’article est très lucide, nous les Blancs occidentaux, histoire d’aller foutre la misère chez les autres, pour ça on est au top. Un écrivain noir Américain dit que c’est le seul pays a avoir bombardé sa propre population, lire J Edgar Wideman, sa population noire s’entend.
    Belle Amérique, sinistre Amérique!

  18. Les météos ont averti des dangers d’ictus cérébraux par ces temps caniculaires, et ça peut donner des trucs vraiment bizarres…
    Je n’ai pas vérifier mais je me demande si l’ouragan Harvey ne doit pas son nom à « Double Face », le personnage particulièrement timbré du film de Nolan « Le chevalier noir ».
    Dans un monde dérangé les esprits dérangés fleurissent.
    Dieu est grand !

  19. James Baldwin disait que nous les Blancs ne nous rendions pas à quel point nous étions malades.
    Si nous le sommes c’est parce que nous nous trouvons inscrits dans des formes de société qui favorisent cet état.
    Nous laissons des gens devenir criminels, nous en méprisons d’autres parce que jugés non aptes ou non conformes, nous les enfermons ou confions à des gens qui emploient des méthodes qui ne devraient plus être ou n’avoir jamais été (je parle de la psychiatrie dans ce qu’elle peut avoir de plus destructeur).
    Beaucoup de gens n’ont tout simplement pas la culture pour collaborer avec des psys, parce qu’il en faut un minimum ; au moins savoir s’exprimer.
    De fait nos sociétés sont remplies de gens dits dérangés (et qui le sont vraiment) ; il y a aujourd’hui des attaques qui ne sont pas qualifiées de terroristes mais qui en ont les mêmes aspects qui sont l’oeuvre de dérangés.
    Nous vivons dans une ignorance quasi totale de ces faits, comme nous n’en avons pas grand chose à faire de ce qui n’est pas de notre monde (et ça rejoint le billet).
    Des gens sont malades, ils peuvent être dangereux et nos réponses, malgré toute la bonne volonté de certains, restent insuffisantes.
    Qu’en penser?
    Si Monsieur Jorion pouvait tenir compte de ces lignes dans l’éventuel billet qu’il compte rédiger comme dit un peu plus haut, ça pourrait être le sujet d’une discussion où bien des choses seraient à dire.

  20. Ahh folie si raisonnable des êtres humains! Que de chance avons nous eu d’exister jusqu’à ce jour…. Faut il qu’il y ait un Dieu pour rendre possible cette situation inextricable ?

  21. Je viens de découvrir qui était Suzy Hansen après être tombé par hasard sur une vidéo vue sur un autre média qui m’avait intéressé. Le monde étant petit, je retombe via Google sur le blog de Paul Jorion comme un chat jeté par la fenêtre tombe sur ses pattes. Je veux saluer ici, dans les méandres du Web, Susy Hansen, pour cet article et pour sa force intérieure, oui, simplement vivement la remercier et lui tirer mon chapeau ! – Point barre.

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