Qui étions-nous ? – Paul de Tarse en résumé

Ouvert aux commentaires.

Paul de Tarse n’était pas là au bon moment, même s’il ne se trouvait pas très loin. Jésus de Nazareth, un prophète, sur la foi d’autres prophètes avant lui, se convainc qu’il est le messie attendu, chargé d’annoncer la venue du Royaume de Dieu sur Terre. Il suit à la lettre le scénario tel que Zacharie l’a tracé, mais rien ne se passe comme prévu, il échoue, et sera supplicié comme un larron parmi d’autres, offrant la possibilité à l’insurgé Barrabas de sauver sa tête.

L’histoire est celle d’un naufrage : elle révèle crûment que les prophètes nous racontent des bobards, et que la venue de messies est une fable. Mais Paul lit, de bonne foi ou par calcul, dans cette aventure, une tout autre histoire : celle du dieu qui se sacrifie pour les hommes. Deux prototypes du message religieux du bassin méditerranéen, le prophète d’une part, et le dieu qui s’auto-immole d’autre part, soudain condensés en un seul ! Et pas par n’importe qui ! Par un théoricien, un propagandiste, un militant d’une qualité supérieure, telle qu’elle ne se rencontre qu’une fois tous les mille ans. Souvenons-nous que ses discours, ses épîtres, précèdent chronologiquement la rédaction des évangiles. Luc écrira l’un des quatre évangiles et rédigera aussi les Actes des apôtres, narration visant à légitimer le statut d’apôtre d’un personnage arrivé en réalité après la bataille, qui ne peut se prévaloir que d’une révélation sur la route de Damas pour justifier son statut de témoin arrivé très en retard. C’est Paul qui légitime la passion de Jésus, en la kidnappant, en la détournant, pour l’intégrer dans un récit cohérent porteur d’un sens jusque-là inédit.

Si Paul réussit dans la diffusion d’un récit recyclé selon une nouvelle perspective, c’est que l’histoire racontée est effectivement à vous couper le souffle car Jésus est un personnage hors du commun. Alors qu’existaient déjà comme principes de constitution de la communauté humaine, la non-réciprocité : « Vous là, vous n’êtes pas hommes, mais des chiens ! », et la réciprocité négative : « Vous êtes des hommes mais si vous me cherchez noise, je vous rendrai la pareille : œil pour œil, dent pour dent », Jésus invente la réciprocité positive, formule magique du vivre ensemble : « Je te tends l’autre joue ! Tu t’es trompé, mais cela ne fait rien, fais comme moi : comme si de rien n’était ! », la méthode qui désamorce le conflit possible, qui coupe l’herbe sous le pied d’une éventuelle vendetta.

Lévi-Strauss avait raison quand il soulignait que l’islam arrive curieusement à contretemps dans l’histoire humaine : religion de la non-réciprocité apparaissant au VIIe siècle : « Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors », écrit-il dans Tristes Tropiques (1955), alors que certains textes du judaïsme, religion de la réciprocité négative, datent du VIe siècle (av. J.-C.) voire même du Xe (av. J.-C.), et que le christianisme, religion de la réciprocité positive, date bien entendu du Ier siècle : « C’est l’autre malheur de la conscience occidentale que le christianisme […] soit apparu « avant la lettre » – trop tôt – […] : terme moyen d’une série destinée par sa logique interne, par la géographie et par l’histoire à se développer dorénavant dans le sens de l’islam… » (ibid.).

Bien sûr, pour que ces questions de chronologie soient véritablement significatives, il faudrait encore que les hommes comprennent le message de leurs prophètes ou de leurs dieux, et ne se contentent pas d’être fascinés par eux parce que des prêtres leur disent en fronçant les sourcils que c’est la chose à faire sous peine de graves ennuis. L’antériorité historique du christianisme a-t-elle la moindre importance si au XXIe siècle encore, la quasi-totalité des chrétiens n’ont toujours pas compris un traître mot de ce que Jésus de Nazareth disait (cf. ma réflexion sur l’interprétation communément admise de la parabole des talents) ?

Jésus échoue dans le rôle de messie auquel il s’identifie : sa foi ne parvient pas à déplacer les montagnes, mais dans un tour de passe-passe magistral, Paul sauve la mise en nous prouvant au contraire que la foi déplace véritablement les montagnes, mais il a besoin pour cela du tremplin que lui offre Jésus, inventeur de la réciprocité positive.

Le progrès dans la compréhension par les hommes de leur destin dépend parfois de tels accidents historiques : de la contemporanéité de phares de la pensée. Platon est contemporain de Socrate, et Aristote est lui contemporain de Platon. Paul est contemporain de Jésus. Le destin des hommes dépend parfois de telles rencontres fortuites !

 

Partager :

130 réflexions sur « Qui étions-nous ? – Paul de Tarse en résumé »

  1. Ce billet, sa lecture froide, historique et scientifique des religions monothéistes, révèle leur position centrale dans la construction de notre être par la véhémence des commentaires.
    Dans l’entreprise de fournir des outils pour comprendre les temps qui sont les nôtres, Paul Jorion ouvre le Bal avec de la dynamite. J’approuve, j’en ai marre des bricolages, pour faire du neuf il faut démolir l’ancien. Il n’y aura pas le « Brand New » Testament….

  2. L’évangile de Jean (16, 7-15) se montre assez explicite sur la prédominance eschatologique de la connaissance sur la foi.
    Ceci invite au fil du temps à une exégèse analytique et rationnelle des évangiles plutôt qu’à leur lecture littérale.
    Il y est laissé entendre que les temps de la prédication ne permettent pas encore une pleine compréhension de la parole mais que celle-ci est reportée aux temps futurs.
    La question se pose alors de la modification de contexte culturel entre ces deux périodes, modification permettant enfin cette compréhension.
    Cette modification semble ainsi se fonder a priori sur un progrès des connaissances (historiques, philosophiques, scientifiques, psychologiques, spirituelles, …).

    Les diverses traductions de l’évangile de Jean, encore fortement inspirées d’une multiséculaire priorité donnée à la foi sur la connaissance, peinent à présenter explicitement cette notion de « connaissance » comme la clé de la révélation ultime. Les traductions jouent souvent sur les mots pour éviter cette conclusion.

    Pourtant, cette progression historique vers la pleine compréhension eschatologique de la parole est bien placée sous le signe de la manifestation de « l’esprit », qui semble assez distinct de la notion de « foi aveugle ».

    Que l’on croit ou pas à la parole, la clé ultime en est la compréhension par « l’esprit » (humain, divin ou les deux … selon ses propres convictions).

    Le personnage de Jésus semble assez peu clément envers ceux qui attendraient la compréhension finale plutôt que de s’abandonner à une foi aveugle par défaut.
    Outre l’artifice (« compréhensible ») de prosélytisme, cette position reste philosophiquement plus que discutable.
    Elle relève plus du gourou que du sage.
    Même Siddhârta invite à éprouver et vérifier ses paroles avant d’y adhérer (conseil pas toujours mis en pratique par les adeptes bouddhistes).

  3. « Elle relève plus du gourou que du sage.
    Même Siddhârta invite à éprouver et vérifier ses paroles avant d’y adhérer (conseil pas toujours mis en pratique par les adeptes bouddhistes).
     »

    « adeptes » est le mot qui convient, et pas seulement aux bouddhistes !

    On peut étendre ce qualificatif aux adhérents des religions, mais pas que, encore à tous les systèmes de pensée, y compris scientifiques.
    Le terme qui accompagne « adepte » est celui de « secte ».
    Bien entendu, chacun ne se sent pas pris dans une secte, mais quand il observe un « proche » pris dans une secte, il constate qu’il est extrêmement difficile de l’en (faire) sortir: il faut que cela vienne de l’adepte lui-même.
    Aussi, chacun doit se regarder dans un miroir et se demander s’il n’est pas lui-même enfermé dans ce genre de boîte !

  4. Bonjour adoque,
    Selon la notion hindoue d’illusion de la māyā, nous y serions tous au départ, dans cette boîte (même moins serrés que dans la chanson), par notre seule croyance « naturelle » en la réalité d’un « monde environnant » en soi et conjointement en celle de tous les êtres et phénomènes qui y participent.

    Cette grande secte d’illusionnés se dispatcherait ensuite en une multitudes d’autres secondaires.
    Les idéologies et partis politiques participent pour sûr d’un principe illusoire comparable …
    Les sensations et le mental nous tendant perpétuellement ces pièges de croyance illusoire. La libération pourrait alors venir, selon une réaction naïve, d’un dépassement du mental … nouvelle illusion puisque les notions mêmes « d’illusion », de « libération », de « dépassement », etc. sont elles-mêmes des constructions mentales.
    Le méditant « libéré » retombe dans sa prison mentale dès qu’il s’imagine libéré et d’autant plus s’il le proclame.
    Les prétendus « éveillés », répertoriés par les livres d’Histoire, qui parlent de leur propre « libération » ou d’une possible « libération » a priori sont au moins des sots, au pire des gourous.
    Les traditions orientales n’échappent pas au piège, du simple fait qu’elles ne présentent pas nécessairement le « gourou » et son rôle sous une acception péjorative.
    La notion de « libération du mental » constitue un piège plus sournois mais un piège tout de même.

    Une « libération » éventuelle, dans ce contexte, ne peut être un « état » (psychique) mais une dynamique perpétuelle de remise en question.
    Tout prétendu « état » de libération constitue lui aussi un piège.

    Une porte de sortie (ouverte mais jamais entièrement franchie) : une métaphysique des paradigmes, non exhaustive et en perpétuelle amélioration, présentant chaque paradigme selon ses fondements et conséquences, ses avantages et inconvénients, permettant alors à la liberté humaine d’y jouer à sa guise en les relativisant chacun et « tous » (et surtout ceux à venir, la liste est sans fin) par un jeu perpétuel de pas en avant ou en arrière.

    Besoin aussi d’y étudier les diverses approches et acceptions (présentes et à venir) de cette prénotion de « liberté » …

    Nécessité de répertorier par ailleurs les divers langages (dont le langage usuel, en disposition séquentielle, ne constitue qu’une option archaïque) selon une ouverture semblable.

    Etc. Etc.

    Ce qui soude les membres de la secte (et les y enferme) consisterait apparemment à la base en une préférence accordée, chez l’adepte, au « confort psychique du consensus » des descendants de singes que nous sommes à « l’inconfort psychique de la dissidence » (voire de l’isolement) consécutive généralement d’un esprit critique exacerbé.

    Cordialement,
    pascal

    1. Bonjour pascal
      « Une « libération » éventuelle, dans ce contexte, ne peut être un « état » (psychique) mais une dynamique perpétuelle de remise en question.
      Tout prétendu « état » de libération constitue lui aussi un piège.
       »

      Avec mes mots, le dis que la vie toute entière est (devrait être) constituée de ce chemin erratique (où l’on peut, et se tromper, et être trompé)… Un parcours qui mérite le respect à hauteur du risque que l’on prend.
      Bien sûr, il est plus confortable de « suivre le mouvement »… si c’est « héréditaire », nous avons tout de même les moyens de discerner une évolution par rapport à nos ascendants, et donc, la responsabilité d’utiliser ces nouveaux outils qui nous différencient… « des singes ».
      Faute de le faire… on en vient à envisager la disparition de l’espèce; somme toute, rien d’anormal.

  5. Surgit ici instinctivement l’hypothèse théorique d’une vie « libérée de tout paradigme ».
    Hypothèse, elle aussi, à étudier.

    Personnellement, j’ai rarement observé un humain « libéré de tout paradigme » qui marchait à l’aveugle d’avant en arrière puis de gauche à droite en heurtant régulièrement les murs ou les arbres, libéré de la douleur consécutive des chocs, sans jamais fonder ses mouvements sur un quelconque paradigme spatial, même élémentaire et intuitif.
    Je n’ai jamais non plus repéré un tel original en milieu urbain qui bravait « librement » l’arrivée d’un bus pour traverser la route hors passage pour piétons.
    Selon un autre paradigme, plus mathématique, ses chances de survie au-delà de quelques jours resteraient assez maigres.
    Sauf à considérer ici qu’un profond état d’ébriété constituerait une telle libération … à étudier !
    Pour l’anecdote, les habitudes alimentaires rituelles de certains précurseurs du taoïsme les conduisaient à se nourrir essentiellement de végétaux fortement fermentés donc alcoolisés. A méditer aussi …

    1. Citons ici la célèbre introduction du présentateur attitré d’un ancien groupe punk wallon :
      « La réalité est une illusion créée par le manque d’alcool ».

    2. Vous qui n’appréciez pas Hubert Reeves , il vous a pourtant précédésur cette conclusion en écrivant en 1986 un bouquin intitulé ( l’heure de s’enivrer , l’univers a-t-il un sens ? » , et qui se terminait sur la citation de Baudelaire ( spleen de Paris) , que j’ai faite moi même assez souvent ici . Elle rebaptise les « frères humains qui après nous vivez  » de François Villon , en les  » esclaves martyrisés du temps  » .

      C’est personnellement sur cette intuition désespérée du temps , que je n’ai pas encore trouvé de meilleure façon d’y échapper qu’en le reconnaissant au travers d’une représentation imparfaite , à ma portée , avec un moteur à quatre …temps .

      C’est d’ailleurs cette lecture aussi lucide que possible de l’usage que je , et que nous , faisons de ces quatre repères , qui me permet d’échapper autant que je peux aux pleurnichards ( passé dévoyé ) , aux exhibitionnistes ( hors temps dévoyé) , aux gourous
      ( présent , « réification  » dévoyés) , tyrans ( futur dévoyé) .

      Ça reste une simple boîte à outils , qui n’a pas encore fini de me construire moi même , mais elle me permet de tenir tant bien que mal la route . Au moins la mienne , qui parait pas trop pesante pour mes proches .

  6. La situation (paradoxale au premier regard) de « l’adepte volontaire », optant de céder au confort psychique de la soumission sectaire (à un gourou ou à un consensus sans gourou) pour se « libérer » (c’est peut-être sa conception de la liberté) de l’inconfort psychique de la quête (intellectuelle et/ou spirituelle) solitaire ou simplement moins balisée, constitue une option à considérer avec déférence.

    Se pose toutefois la question de la prise de responsabilité individuelle de l’adepte envers l’extérieur de la secte (surtout si celle-ci montre des dérives évidentes) …

  7. Oui. Il me semble que tout dogme soit une vaine tentative d’échapper au temps.
    La voie « idéale » n’étant pas ici une porte de sortie mais plutôt d’entrée en une symbiose plus intime avec la temporalité vécue (à ne pas confondre avec la notion de « temps », qui en est une fixation « spatialiste » emprisonnante).
    Des « 4 dimensions » spatio-temporelles (en approximation euclidienne), la priorité serait à donner à la temporalité en ne posant même plus le temps comme une « dimension » (même si cette représentation reste cohérente dans les modèles figés des physiciens) mais en remplaçant cette notion morte par la dynamique vivante de la temporalité.

    Le poète effectue généralement cette pirouette existentielle, en effet.
    Le scientifique ou le croyant dogmatique, plus difficilement.

    P.s. Quand, je dis ne pas apprécier H. Reeves outre mesure, c’est surtout une boutade quant à son statut de référent intellectuel récurrent par le seul argument d’autorité de son CV scientifique.
    Sinon, le brave homme m’irrite assez peu par rapport à d’autres scientifiques.

    1. Je n’avais pas posé mes « repères » comme une dimension , mais comme une commodité pour accrocher et le sensible et le plus ou moins matériel .

      Le « hors temps » n’est pas vraiment la tasse de thé scientifique.

      Je ne partage pas plus la révérence aux référents scientifiques ou pas , que je ne crois aux classifications sectaires immuables entre scientifiques et poètes , même si bien évidemment les aptitudes et inclinations ne sont pas les mêmes ou pas dotées de la même intensité .

      Pour la symbiose à la dynamique vivante de la temporalité, à défaut d’y avoir accès facilement , j’ai parfois l’impression d’avoir ainsi une chance de m’en approcher , en tant que mes repères sont partagés par les entités vivantes .

      Mais il ne s’agit pas d’un concours pour accéder à la meilleure clé, mais d’avoir une intention sur ce l’on veut faire de la clé, de la Liberté , de l’Egalité et de la Fraternité étendue au Vivant .
      Pour ça, mon  » juge de paix », est le sourire .

      PS : Pour être transparent , je précise que mes élucubrations sont un héritage d’un contact avec une approche dite « P2L » ( Lien et Loi) développé par un dénommé Meyer Ifrah , contact déjà ancien , et que j’ai un peu retraité à ma manière en la « polluant » de quelques autres de mes butinages ( parents , lectures ,drames ,activités professionnelles …), ce qui provoquerait sans doute ses cris d’effroi et de désolation , si le  » à deux doigts d’être gourou » qu’il est peut être devenu me lisait !

      1. Juannessy, le jour est bon !
        « Je ne partage pas plus la révérence aux référents scientifiques ou pas , que je ne crois aux classifications sectaires immuables entre scientifiques et poètes ,… »

        Moi non plus ! La science étant elle-aussi affublée de son système de croyances… Mais il y a des scientifiques plus dogmatiques que d’autres…
        La poésie, l’art, sont alors des outils qui permettent de s’échapper des cadres, ce qui ne signifie pas, au contraire, s’éloigner de la réalité. (Ici, je place un sourire intérieur ;-)…)

        J’apprécie votre gymnastique !

      2. @Adoque :

        « Sortir du cadre » , c’est encore en avoir un , si possible plus « vaste » .

        La sortie est sans doute plus essentielle que le cadre.

      3. Au passage , la science nous a offert , au moins depuis un siècle des occasions de « sortie du cadre » au moins aussi énormes que la poésie !

        Côté « vertiges » , on est servi !

  8. Sur votre vidéo du 20 Octobre 2017
    Sur l’aquabonnisme.
    Il me semble que vous demeurez dans une recherche de solution dans l’individu, un individu qui deviendrait raisonnable, un nouvel homme nouveau en somme.
    Je pense que cette démarche n’a aucun intérêt, qu’elle est même anxiogène.
    Je crois que c’est au niveau du groupe que quelque chose peut se passer. Je crois que rien ne peut se passer sans une domestication, le développement d’une culture de la gestion de l’intelligence collective. Je crois que c’est à ce niveau qu’une quelconque dialectique peut passer d’un concept à une réalité concrète, pratiquée, robuste, n’excluant donc aucune source d’information et de proposition, donc aucune personne, aucun « ennemi du peuple » potentiel.
    Lisez Elinor Ostrom, un autre prix Nobel d’économie, ce sera un début, encore que bien insuffisant et trop balbutiant.

      1. Vous pouvez commencer par le Wikipédia sur Elinor Ostrom.
        Si ça vous inspire, vous pourrez trouver un livre en Français « La gouvernance des biens communs ».
        En politique, après la tentative sabordée de Nouvelle Donne, le MOC est en très bonne voie d’une gestion et d’une organisation relevant de l’intelligence collective, le seul à ma connaissance (les mouvements autogestionnaires demeurent prisonniers d’un « mythe de l’absence de structure » qui les rend impuissants).
        Dans la même veine, il y a le travail actuel de Patrick et Anne Beauvillard et l’institut des territoires coopératifs. Les principes de « maturité coopérative » qu’ils ont dégagé de leur expérience me semblent à retenir.
        Dans les entreprises, qui sont sans doute le plus en pointe sur ce sujet, Olivier Zara me semble le plus pertinent. Gros bémol, les entreprises qui font appel à la gestion de l’intelligence collective ne font en général pas entrer le capital dans le giron de cette gestion coopérative (sauf pour celles, assez rares, qui ont opté pour les principes de la sociocratie, dont les modalités sont à revisiter du fait des NTIC, en particulier le double lien, inutilement lourd aujourd’hui).

      2. Juannessy,
        Merci de me relancer, mais je l’ai déjà fait à plusieurs reprises, par exemple pour les convivialistes, ici même, sur mon modeste blog aussi. J’ai un projet de livre en chantier sur ce sujet, mais pour le moment, je n’ai pas encore beaucoup de temps pour y travailler, dans moins d’un an la retraite!

    1. Lorsque l’on critique, dans une grande finesse libertarienne, toutes les institutions sauf le monnaie, on se présente forcément comme candidat favori au pseudo-Nobel d’économie.
      L’économie ne risque pas de sortir de sa position de pseudoscience par une voie aussi peu crédible.
      Si « l’intelligence » concernait ce prix bidon, cela se saurait.

  9. @Juannessy
    « la science nous a offert , au moins depuis un siècle des occasions de « sortie du cadre » »

    C’est bien pour cela que j’aime bien les scientifiques « poètes » ou « artistes », apparemment moins rigoureux, mais finalement plus ouverts aux réalités, y compris celles qui les dépassent !

    « vertiges« … il me souvient la narration des soirées autour de feux de camp, par Werner Heisenberg avec ses amis physiciens, soirées mêlant musique et discussions animés… (La Partie et le Tout)

    1. La rigueur qu’elle soit scientifique ou poétique n’est pas que raideur et sévérité .

       » le plus admirable , c’est que son esprit ( de Paul Valéry), sans rien quitter de sa rigueur , a su garder toute sa valeur poétique  » ( André Gide ,Journal )

  10. Juan,
    D’accord avec vous sur les occasions scientifiques de faire du hors-piste.
    Et ce n’est qu’un début. Je pourrais vous présenter des ouvertures inédites (scientifiquement cohérentes) qui dépassent de loin les élucubrations les plus fantaisistes des « sciences » occultes.
    Les synchronicités de CG Jung (qui distraient notamment les adeptes new age) ne sont que rigolade en comparaison d’autres originalités scientifiquement plus cohérentes mais bien plus déconcertantes.

    Mais les dérives de pseudoscience (non pertinentes et jouant sur les failles de la vulgarisation scientifique) sont déjà omniprésentes et jouer à ce jeu du hors cadre risque de faire de la culture une soupe qui ne profitera qu’à ceux qui en ont le pouvoir, comme lors de la grande époque de l’obscurantisme religieux.
    C’est principalement pour cela que je garde ici une position excessivement critique (jusqu’à l’obsession) dans le registre de l’imaginaire d’inspiration scientifique.
    Il est possible d’exploser les cadres bien plus que ce qui existe actuellement et en accord avec des modèles scientifiquement pertinents (existants ou nouveaux).

    Par exemple, il est aisé de démontrer que tout récit de création de l’univers (avec ou sans dieu) ne peut relever que d’une cosmogonie mythique. Il « n’y a pas eu de création de l’univers », c’est ontologiquement incohérent et truffé d’anachronismes, communs à tout récit cosmogonique (usuellement religieux).
    Le big bang peut être accepté comme modèle « atemporel » ad hoc, un modèle physique sous-jacent à la structuration des phénomènes physiques macroscopiques, dans une approche spatio-temporelle de type univers 4D de Minkowski. Mais dire que le Big Bang a eu lieu et le raconter en les termes d’un récit correspond à une dérive faite d’anachronismes aussi grossiers que de poser Astérix comme l’ancêtre d’Uderzo.
    Ceci replace conjointement toute idée de « créateur de l’univers » (religieuse ou non) au registre de la littérature mythologique. Ceci n’est qu’un maigre exemple à peine esquissé (l’arbre qui cache …).

    L’héliocentrisme n’est pas non plus, autre exemple, plus pertinent que le géocentrisme … ou à peine. Etc.

    Vous pourriez alors constater que les vertiges servis depuis le siècle dernier n’étaient que l’apéro.

    Quant aux mirages promis par la cybernétique (pour revenir à un billet récent), cela relève au contraire plutôt du bluff médiatique que de l’explosion pertinente des cadres.
    Bluff au service, d’une part, de divers lobbies aux projets moins merveilleux que le marketing de Palo Alto ne le présente.
    Bluff financier aussi, à finalité d’entretenir une bulle spéculative fortement surfaite sur les GAFA et une floppée de start-ups qui engouffrent des sommes colossales … bulle financière qui explosera bien avant la chère singularité annoncée par les prophètes transhumanistes. Attention au prochain éclatement.

    Mais pour l’explosion des cadres conceptuels des modèles scientifiques à venir, cela sort (encore plus) du contexte du présent billet de départ de la discussion, voire même du blog dans son ensemble.
    Cette digression possible est sans fin mais il est peu pertinent d’avancer ici sur la toile certains éléments sans précaution.

    Sinon, un grand merci pour votre convivialité très humaine (au sens noble), vos commentaires enrichissants et les diverses références instructives.

    Bonne continuation.
    Cordialement,
    pascal

    1. Non non Hervé, vade retro, le Prophète Pascal a dit :
      « Lorsque l’on critique, dans une grande finesse libertarienne, toutes les institutions sauf le monnaie, on se présente forcément comme candidat favori au pseudo-Nobel d’économie.
      L’économie ne risque pas de sortir de sa position de pseudoscience par une voie aussi peu crédible.
      Si « l’intelligence » concernait ce prix bidon, cela se saurait. »

      1. Bon en même temps les prophètes-bouche-en-fleur-de-nave qui te balancent impunément que « l’héliocentrisme n’est pas plus pertinent que le géocentrisme… ou à peine »…

      2. En science et en logique :
        valider le général valide le particulier,
        invalider le particulier invalide le général.

        En pseudoscience :
        valider le particulier valide le général.

  11. La physique a compris depuis un siècle qu’un modèle valide au niveau microscopique ne l’est pas nécessairement au niveau macroscopique et vice versa.
    En économie, la compréhension est plus lente.

  12. Divers ordres de grandeur de la taille d’une population :
    – 10 (rang 1) : équipe de foot,
    – 10 000 (rang 2) : communauté d’Elinor Olstrom,
    – 10 000 000 (rang 3) : nation,
    – 10 000 000 000 (rang 4) : Humanité.

    La suite est géométrique de raison 1000.
    Aucun scientifique sérieux n’imaginerait que les modes organisationnels efficaces puissent être simplement transposés d’un rang à l’autre (de haut en bas ou de bas en haut).

    Il y a assez peu de pertinence scientifique (sinon par curiosité anecdotique) à demander à des spécialistes de l’organisation des rangs 1 et 2 (Elinor Olstrom, Pep Guardiola, Didier Deschamps, etc.) leur avis sur la gestion des rangs 3 et 4.

    Pourquoi pas un prix Nobel à Aimé Jacquet pour son titre à la coupe du monde 1998 ?

  13. Il me semble que le prosélytisme de l’Islam interdit de classer cette religion dans la catégorie de la « non réciprocité ». L’Islam a une vocation politique et « internationaliste ». L’infidèle est un frère potentiel, ce qui n’est guère le cas dans le judaïsme, par exemple. Les trois catégories de Temple semblent intriquées dans chaque système religieux. La réciprocité positive n’a pas été inventée par le Christ, elle est présente sous la forme de la charité dans toutes les religions du monde. De même que la réciprocité négative qui déclasse en barbare les non-membres n’est pas spécifique à l’Islam. Mahomet n’est-il pas simplement un Jésus qui a réussi? Il termine sa vie en chef politique, militaire et religieux.
    Si l’exercice est ici de se demander ce que pourrait être aujourd’hui un couple Jésus/Paul, nous avons peut-être des candidats à la succession de Paul, beaucoup moins à celle de Jésus. Ce dernier n’a pas été divinisé par les apôtres à cause de ses beaux discours mais par la globalité de son personnage, mort sur la croix comprise. De même, Rousseau ne serait pas Jean-Jacques sans sa fin recluse et misérable. Il faut une chute spectaculaire. La plus haute valeur de la réciprocité positive ne peut être transmise que par le sacrifice ou l’aliénation d’une vie d’homme. La modernité appelle « terrorisme » ou simplement « obscurantisme » les trajectoires individuelles de cet ordre. Pour résoudre le dilemme, il ne faut peut-être pas chercher un trésor méconnu dans les origines du christianisme, mais plutôt interroger la modernité libérale elle-même, comme le fait Emmanuel Todd (la méritocratie porte les germes de la violence) ou Pankaj Mishra : « Pour échapper aux dualismes vains Est/Ouest et religion/raison, nous devons regarder à nouveaux frais l’événement le plus décisif de l’histoire de l’humanité : le développement d’une civilisation industrielle et matérialiste, qui, partant de Grande-Bretagne et de France, s’est étendue vers le vieux monde asiatique et africain et le nouveau monde américain et océanien, créant les conditions originelles de notre état actuel de solidarité négative. » (trad. J-M Bourdin).

Les commentaires sont fermés.