Qui étions-nous ? – Paul de Tarse en résumé

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Paul de Tarse n’était pas là au bon moment, même s’il ne se trouvait pas très loin. Jésus de Nazareth, un prophète, sur la foi d’autres prophètes avant lui, se convainc qu’il est le messie attendu, chargé d’annoncer la venue du Royaume de Dieu sur Terre. Il suit à la lettre le scénario tel que Zacharie l’a tracé, mais rien ne se passe comme prévu, il échoue, et sera supplicié comme un larron parmi d’autres, offrant la possibilité à l’insurgé Barrabas de sauver sa tête.

L’histoire est celle d’un naufrage : elle révèle crûment que les prophètes nous racontent des bobards, et que la venue de messies est une fable. Mais Paul lit, de bonne foi ou par calcul, dans cette aventure, une tout autre histoire : celle du dieu qui se sacrifie pour les hommes. Deux prototypes du message religieux du bassin méditerranéen, le prophète d’une part, et le dieu qui s’auto-immole d’autre part, soudain condensés en un seul ! Et pas par n’importe qui ! Par un théoricien, un propagandiste, un militant d’une qualité supérieure, telle qu’elle ne se rencontre qu’une fois tous les mille ans. Souvenons-nous que ses discours, ses épîtres, précèdent chronologiquement la rédaction des évangiles. Luc écrira l’un des quatre évangiles et rédigera aussi les Actes des apôtres, narration visant à légitimer le statut d’apôtre d’un personnage arrivé en réalité après la bataille, qui ne peut se prévaloir que d’une révélation sur la route de Damas pour justifier son statut de témoin arrivé très en retard. C’est Paul qui légitime la passion de Jésus, en la kidnappant, en la détournant, pour l’intégrer dans un récit cohérent porteur d’un sens jusque-là inédit.

Si Paul réussit dans la diffusion d’un récit recyclé selon une nouvelle perspective, c’est que l’histoire racontée est effectivement à vous couper le souffle car Jésus est un personnage hors du commun. Alors qu’existaient déjà comme principes de constitution de la communauté humaine, la non-réciprocité : « Vous là, vous n’êtes pas hommes, mais des chiens ! », et la réciprocité négative : « Vous êtes des hommes mais si vous me cherchez noise, je vous rendrai la pareille : œil pour œil, dent pour dent », Jésus invente la réciprocité positive, formule magique du vivre ensemble : « Je te tends l’autre joue ! Tu t’es trompé, mais cela ne fait rien, fais comme moi : comme si de rien n’était ! », la méthode qui désamorce le conflit possible, qui coupe l’herbe sous le pied d’une éventuelle vendetta.

Lévi-Strauss avait raison quand il soulignait que l’islam arrive curieusement à contretemps dans l’histoire humaine : religion de la non-réciprocité apparaissant au VIIe siècle : « Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors », écrit-il dans Tristes Tropiques (1955), alors que certains textes du judaïsme, religion de la réciprocité négative, datent du VIe siècle (av. J.-C.) voire même du Xe (av. J.-C.), et que le christianisme, religion de la réciprocité positive, date bien entendu du Ier siècle : « C’est l’autre malheur de la conscience occidentale que le christianisme […] soit apparu « avant la lettre » – trop tôt – […] : terme moyen d’une série destinée par sa logique interne, par la géographie et par l’histoire à se développer dorénavant dans le sens de l’islam… » (ibid.).

Bien sûr, pour que ces questions de chronologie soient véritablement significatives, il faudrait encore que les hommes comprennent le message de leurs prophètes ou de leurs dieux, et ne se contentent pas d’être fascinés par eux parce que des prêtres leur disent en fronçant les sourcils que c’est la chose à faire sous peine de graves ennuis. L’antériorité historique du christianisme a-t-elle la moindre importance si au XXIe siècle encore, la quasi-totalité des chrétiens n’ont toujours pas compris un traître mot de ce que Jésus de Nazareth disait (cf. ma réflexion sur l’interprétation communément admise de la parabole des talents) ?

Jésus échoue dans le rôle de messie auquel il s’identifie : sa foi ne parvient pas à déplacer les montagnes, mais dans un tour de passe-passe magistral, Paul sauve la mise en nous prouvant au contraire que la foi déplace véritablement les montagnes, mais il a besoin pour cela du tremplin que lui offre Jésus, inventeur de la réciprocité positive.

Le progrès dans la compréhension par les hommes de leur destin dépend parfois de tels accidents historiques : de la contemporanéité de phares de la pensée. Platon est contemporain de Socrate, et Aristote est lui contemporain de Platon. Paul est contemporain de Jésus. Le destin des hommes dépend parfois de telles rencontres fortuites !

 

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130 réflexions au sujet de « Qui étions-nous ? – Paul de Tarse en résumé »

  1. Jésus ne se prenait pas pour le Messie. Non. Il rappelait, simplement, aux Juifs les règles qu’en tant que Juifs ils étaient censés respecter.

    Et il ne s’est pas auto-immolé.

    Socrate s’est auto-immolé, mettant à exécution la sentence de mort prononcé contre lui, persuadé que sa mort profiterait à la Cité. Pas Jésus qui voulait que les hommes l’entendent, pas qu’ils le mettent à mort, et qui dit en mourant « ils ne savent pas ce qu’ils font ».

    Les sorts de Socrate et de Jésus sont très similaires. L’un et l’autre enseignèrent, furent aimés et admirés. Jusqu’à ce que la foule se retourne contre l’un comme contre l’autre et qu’ils soient, tous les deux, condamnés à mort. Mais, différence essentiel : Socrate croyait au bien-fondé du sacrifice, pas Jésus.

    Jésus était un fidèle héritier d’Abraham. Il connaissait la loi de Moïse : tu ne tueras pas, aime ton prochain comme toi-même…

    Il a transmis ce savoir : la victime ne mérite pas son sort ; depuis le commencement du monde, les hommes accusent, s’assemblent en foules assassines, tuent ; ils ont tort ; la victime est innocente de ce dont la foule l’accuse, elle ne mérite pas son sort.

    C’est le cas du 3ème serviteur de la parabole des talents. Et le cas de Jésus lui-même.

    Car les hommes ne veulent pas savoir, ils ne veulent pas de la vérité. Ils éliminent ceux qui la leur rappellent.

    Paul a interprété ça à sa façon. Avec un certain succès.

    Mais l’église du Persécuté est très vite devenue persécutrice à son tour.

    Si elle a en paroles perpétué le message, elle l’a pendant près de deux mille ans en actes trahi.

    Au cours de tous ces siècles, le peuple juif, lui, a respecté et transmis, en parole et en actes, le message hébraïque et évangélique, savoir essentiel, vérité anthropologique. Jusqu’à ce qu’il soit éliminé à son tour.

    « La Shoah, Golgotha du monde moderne. »

    Qui reprendra le flambeau ?

    1. Jésus, cet homme, quel homme ! et ce qu’on en a fait, par des « histoires », « des propagandes »… pour servir dieu-sait-quoi!
      Pas étonnant qu’il en ressorte, aujourd’hui encore, tant d’imprécisions.
      Toujours est-il qu’il manifeste, deux mille ans plus tard, sa vitalité,… en se retournant dans sa tombe !

      1. Jésus et « tendre la joue gauche »
        « Jésus ne dit pas « résigne-toi » mais « trouve les ressources pour faire comprendre à celui qui t’oppresse et t’humilie qu’il ne t’est pas supérieur ».

         » Si on te gifle sur la joue droite, tends la joue gauche ».
        « Jésus s’adresse prioritairement à des personnes exclues et humiliées. Selon la tradition juive vous utilisez la main droite pour les relations sociales et publiques. Si vous êtes face à la personne que vous voulez gifler sur la joue droite vous êtes obligé de la frapper du revers de la main, ce qui est une façon de la remettre à sa place et d’indiquer que vous lui êtes supérieur. En tendant l’autre joue, j’oblige l’autre soit à ne rien faire soit à utiliser le plat de sa main pour me frapper sur la joue gauche. Or le plat de la main, c’est reconnaître que cette personne est mon égal »

        « C’est la paume de la main qui touche la paume de la main de l’ami quand nous nous saluons. Jésus ne dit pas « résigne-toi » mais « trouve les ressources pour faire comprendre à celui qui t’oppresse et t’humilie qu’il ne t’est pas supérieur ». Contrairement à ce que l’on nous a longtemps enseigné, à savoir garder une attitude passive et retenue, accepter le statu quo, les forts contre les faibles, il semblerait que nous sommes appelés non à être passifs mais à comprendre qu’un être humain ne peut s’arroger de droits sur un autre être humain. Tout être à qui l’on s’adresse doit être respecté. C’est la voie de l’ action non-violente de l’Évangile. Simplement vous faire partager cette façon de comprendre ce passage de Matthieu 5, 39  »
        https://www.la-croix.com/Debats/Courrier/Tendre-joue-gauche-2017-02-21-1200826370

    2. @Denis Monod-Broca.

      Il y a une semaine, je consultais sur Wikipedia par simple associations d’idées et par simple curiosité, les deux termes suivants:  » Aréopage  » & « Archonte « . Déjà, uniquement sur le sujet de l’organe judiciaire grec, c’était un bel enrichissement intellectuel. Puis, en poursuivant ma lecture, j’ai été frappé par ce coup de génie de la part de Paul de Tarse ; du haut de l’Aréopage, lorsqu’il a formulé son fameux discours. Celui-ci fait de lui, à coup sûr, le premier grand communiquant de la nouvelle ère : un puissant et génial propagandiste car il sait où il met précisément les pieds. Pas n’importe où, en Grèce (!). Il a surtout l’intelligence de se servir du « génie du lieu » comme d’un grand véhicule à sa pensée, un accélérateur pratique, pour parvenir à ses fins.

      Voici ce qui est écrit lorsque celui-ci se trouvait en Grèce :

       » Actes des Apôtres 9, dont voici un extrait : « Alors Paul, debout au milieu de l’Aréopage, fit ce discours :

      « Citoyens d’Athènes, je constate que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en parcourant la ville, et en observant vos monuments sacrés, j’y ai trouvé, en particulier, un autel portant cette inscription :  » Au dieu inconnu « . Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer ». 

      Bingo !

      1. Sauf que les grecs se sont regardés et se sont dits :
        « Qui c’est ce fada ? »
        Ils ont bien écouté un moment par curiosité mais ont tourné les talons.
        Non, je crois me souvenir que les grecs ne se sont pas mis en marche derrière Paul de Tarse malgré tout le soin qu’il prenait avec son secrétaire Luc pour choisir les régions qui pouvaient être favorable à son prêche, prévenir de sa venue, organiser de petits comités (genre « cellules du partie ») etc.
        Un teigneux et un grand illuminé ce Paul de Tarse doublé d’un certain génie dans le commerce des idées et un grand marcheur, artisan itinérant.
        Lettres et discours en accord avec ses actes, oui, un personnage hors du commun, mais chez les grecs ça n’a pas fonctionné.
        Avoir plusieurs dieux était plus relax.
        Un seul, omnipotent… Quelle drôle d’idée. Beurk !… beurk beurk beurk !

      2. « Au Dieu inconnu », oui, belle inscription, et bonne définition en effet du Dieu juif et chrétien.

        Dans le même ordre d’idée, ces deux vers sur la tombe d’Eugène Ionesco au cimetière Montparnasse à Paris :
        « Priez le je-ne-sais-qui,
        J’espère Jésus-Christ »

      1. @Hervey – Vous m’en bouchez un coin…et moi qui croyais que la Grèce était encore en bonne part, chrétienne orthodoxe…j’ai dû me tromper quelque part. Merci pour vos obscurs éclaircissements.

  2. On peut , peut être, poser une petite annonce sur le blog :

    Espèce en voie de disparition cherche couple jeune de préférence , de type Socrate/Platon ou Platon / Aristote ou Jésus / Paul , ayant des compétences en électricité ( divers problèmes avec la lumière ) , en spéculation , en écologie , en gestion des systèmes complexes .Travail mal rémunéré mais gratifiant ( 1500 € /mois). Faire offre à Paul Jorion qui fera suivre . La connaissance de plusieurs langues ( dont français) ou dialectes serait un plus apprécié . « Travail » d’avenir .

  3. « Jésus échoue dans le rôle de messie auquel il s’identifie : sa foi ne parvient pas à déplacer les montagnes, […] »

    Suivant l’homélie du jour: Rendez à Jorion ce qui est à Jorion, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

  4. Dans son essai  » L’entraide : un facteur de l’évolution  » Pierre Kropotkine écrit que, de toute éternité, non seulement les animaux ont développé des stratégies d’entraide mais les hommes également ont su, y compris au cours des périodes décrites comme les plus sombres, mettre en place une protection mutuelle très éloignée de la guerre de chacun contre tous dont les marchands, les financiers, les nababs et leurs valets tentent de nous persuader de la pertinence.
    Jésus était donc un homme comme les autres qui avait eu l’intuition que sans l’amour des uns pour les autres, sans le refus du matérialisme, nul espoir de survivre ne nous sera permis. Eh oui, Kropotkine, Jésus… mais dans mon panthéon personnel d’autres encore me réconfortent.

  5. C’est le message de « fraternité » ( réciprocité positive ) dont ce billet fait l’enjeu entre Jésus et Paul et le fait caractéristique des religions chrétiennes .

    Je ne suis pas sur que ce soit celui qui ait le mieux trouvé d’applications chez les « fidèles ». Et pas que dans le christianisme .

    Je pense plutôt que si le christianisme a trouvé des alliés et propagandistes , il le doit d’abord au message d’égalité et en particulier l’égalité homme -femme , car on partait de loin, et les femmes ne s’y sont pas trompé durant la vie et la mort de Jésus . Je ne crois pas dire de bêtise en imputant à Paul d’ailleurs l’idée que les femmes n’avaient pas besoin de se voiler entièrement le visage , leurs cheveux suffisant à en faire office . Pas sur que l’église catholique au moins , ait correctement géré et amplifié cet héritage .

    Le message de liberté est plus ambigu car la contrainte des corps est naturellement proscrite ( ce qui n’était pas évident dans les mœurs d’époque ) , la contrainte de l’esprit demeure et il a fallu la laïcité pour faire sauter le couvercle .

    Le message potentiel s’agissant d’écologie est mince , et il a fallu un pape récent dans lequel je pourrais me reconnaître en ce qu’il parle de globalité vivante et pas de « ressources » .

    PS : est ce que la remarque sur la dualité ambiguë des générateurs ( trices) de grand bouleversements peut se constater dans d’autres civilisations ( C’est Pascal qui me souffle la question ).

    1. Au passage , s’agissant de liberté , le catholicisme au moins a une arête dans le gosier car , c’est au nom de la préservation de la « liberté » qu’il pose la propriété comme l’ outil sacré pour se garantir contre les turpitudes attentatoires des « autres puissances que celles d’esprit » . Ce dogme là est toujours là , et il est lui même l’épine dorsale du libéralisme philosophique mais pas que .

  6. Bonsoir
    Yeshua, était appelé le nazoréen; nazoreth en hébreu signifie gardien de la foi. Cela a aussi avoir avec le naziréat. Il n’y a aucune nouveauté théologique dans l’enseignement du rabbi: tout ce qu’il dit se trouve dans ce que nous appelons l’Ancien Testament. Il faudrait plutôt comparer son oeuvre à celle des philosophes de la Renaissance qui sont allés relire les philosophes grecs pour en dégager un renouveau du sens.
    L’histoire de la joue droite est une sottise découlant d’une mauvaise traduction de « panim », visage en hébreu, qui a la particularité de ne pas exister au singulier! Celà smarque et signifie qu’un humain qu’un humain ne peut être réduit à une caractéristique: nous sommes pluriels dans nos façons d’entrer en relation avec les autres: Tendre un autre visage si on nous attaque sur un point signifie sortir de l’affrontement type face à face, symétrique qui engendre inévitablement la violence.
    Quand à l’Aime ton prochain comme toi-même, c’était aussi la base de l’enseignement d’Hillel, contemporain de Jésus, un des grands maîtres du judaïsme.
    Jésus ne pouvait en aucun cas se présenter comme étant le Messie. C’est uniquement parce qu’il mettait en danger les privilèges de la caste des prêtres qu’il a été éliminé, au prétexte de sédition contre l’occupant romain.
    Saul de Tarse, malgré toute son intelligence, son érudition et ses qualités n’aurait jamais pu atteindre à la position qu’il méritait, dans le cadre de la société juive de l’époque en raison de sa constitution maladive chronique qui faisait de lui un impur au regard de la loi juive. Il a du prendre conscience que son infirmité n’entrait pas en ligne de compte pour les disciples de Jésus.
    Quand à l’échec du christianisme, c’est à voir: les valeurs essentielles du christianisme imprègnent notre culture, sont à l’origine de nos droits de l’homme et en partie de notre conception de l’état de droit. La réussite du christianisme ne dépend pas de la croyance en un Dieu dont l’image, chez nous, a été soigneusement modelée par les derniers empereurs romains pour assurer la survie de l’empire. Dieu le Père tout- puissant n’est qu’un avatar de César Imperator démultiplié en réduction dans chaque famille à structure patriarcale et qu’il est temps, pour notre santé mentale, de mettre au rencart. Très loin donc du Père auquel Jésus se réfère.
    L’enseignement de Jésus est parfaitement conforme à la loi, fondement de l’Etat de Droit moderne, reçue au Sinaï, qui spécifie que si aucune des lettres de la Torah ne doit être changée, chaque génération a le devoir de la réinterpréter pour elle-même.
    Cordiales salutations.

    1. Merci pour toutes ces précisions. Une question, je vous prie : Pourrions-nous imaginer que Yeshua, contemporain d’Hillel, ait pu suivre son enseignement ? Yeshua, disciple d’Hillel ? – Cordialement.

    2. Quelques points :

      – Concernant le passage sur la joue droite, aucune traduction de l’hébreu n’a pu entrer en ligne de compte. L’Évangile a été directement écrit en grec, qui était la « lingua franca » de ce temps et de ce lieu. Quant à la première langue des évangélistes Matthieu, Marc comme Jean c’était l’araméen (c’était le grec pour Luc, lequel n’était d’ailleurs pas juif) ce qui était aussi le cas des disciples, de Jésus lui-même ainsi que de Paul. Les quelques mots de langue courante transcrits directement dans le texte des évangiles sont en araméen (par exemple Marc 7, 34). L’hébreu n’avait à cette époque chez les Juifs qu’une utilisation liturgique, ce n’était pas la langue courante

      – Jésus s’est sans conteste présenté non seulement comme le Messie annoncé par les prophètes avant lui, mais comme intimement lié à Dieu lui-même, d’une manière différente d’aucun autre homme. Les mentions en ce sens sont en effet nombreuses dans le texte des Évangiles, lesquels datent des années 50 à 90 du premier siècle, c’est-à-dire d’une époque où de nombreux témoins des actes et paroles de Jésus – qui mourut en l’an 30 – étaient encore vivants, ce qui rend très invraisemblable que ces actes et paroles aient pu être déformés de manière importante. Ajoutons qu’il n’existait à cette époque aucune « autorité centrale » du christianisme ayant les moyens d’imposer une interprétation obligée – cela ne commença à exister qu’avec le mariage entre Eglise et Empire romain au IVème siècle – donc déformer en même temps et dans le même sens des groupes de disciples dispersés partout dans le bassin méditerranéen aurait été pratiquement impossible.
      Quelques exemples et liste non limitative :
      – Jésus annonce à la Samaritaine qu’il est le Messie annoncé (Jean 4,26)
      – Il l’affirme à Jean le Baptiste qui le fait interroger depuis sa prison (Matthieu 11,3-10)
      – Il déclare à qui lui reproche de parler d’Abraham comme s’il l’avait connu alors qu’il « n’a pas cinquante ans » que « avant qu’Abraham fut, Je Suis » (Jean 8,58) – rappelons que suivant le récit biblique c’est exactement de cette manière que s’est présenté l’interlocuteur de Moïse « C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël: Celui qui s’appelle « je suis » m’a envoyé vers vous. » (Exode 3, 14)
      – Il pardonne les péchés, ce que seul Dieu peut faire (Luc 7, 47-49)
      – Il enseigne « en son nom propre », non en s’appuyant sur l’interprétation des textes de la Loi comme les rabbins, bref « en homme qui a autorité » (Matthieu 7, 28-29)
      – Il l’affirme au grand prêtre qui l’accuse – ce qui pousse Hanne, déchirant ses vêtements, à déclarer qu’aucune preuve n’est nécessaire contre lui et qu’il mérite la mort (Matthieu 26, 64-65)

      – L’expression Dieu le Père Tout-Puissant est clairement d’origine biblique, « le Tout-Puissant » étant l’une des manières dont l’Ancien Testament désigne Dieu, tandis que Jésus a affirmé que l’homme pouvait s’adresser à lui en disant « Notre Père ».
      Ce qui est une sottise c’est d’anthropomorphiser cette expression sous la forme d’un vieillard à la barbe blanche et aux muscles saillants, ce que la peinture chrétienne s’est souvent autorisé à partir du Moyen-Age. Cela n’a rien de biblique en effet – peut-être une réminiscence de Jupiter Pantocrator ?

    3. La pensée de Hillel est très vraisemblablement une reconstruction a posteriori du judaisme rabbinique, postérieure de deux siècles à la prédication paulinienne, en réaction, justement, à ce même christianisme.
      Tout comme l’invention d’une Loi orale (Torah), connue des seuls juifs (par opposition à la « partie » qui aurait été révêlée aux non-juifs), et qui se serait transmise de manière continue de Moïse à aujourd’hui.
      Il est d’ailleurs amusant de remarquer que le logiciel ideologique de base du judaïsme, ainsi que les bases du contenu doctrinal de l’islam (à l’origine, une secte judeo-chrétienne dont on peut actuellement remonter la trace jusqu’au IVe siècle, dont on peut dire qu’elle était proche de la ligne interprétative de Pierre) sont tous deux quasiment contemporains, et tous deux postérieurs au contenu doctrinal de base de l’Eglise, contre lequel ils se sont constitués.

      Le caractère inouï du message du nazaréen ne réside de toute façon nullement dans l’idée qu’il faudrait « aimer son prochain comme soi-meme ». Il n’y a qu’un Levinas qui fait mine, toute honte bue, de ne pas le savoir
      Ce n’etait pas non plus « l’annonce du règne de Dieu sur terre », je ne sais pas où PJ a été chercher ça… parce que ça, bien sûr, tous les prophètes avant lui l’avaient déjà dit.

      Quel rapport entre le judaïsme et la (très mauvaise) idée d’Etat de droit? Quelle définition vous donnez vous donc de l’Etat de droit pour parvenir à ce genre de conclusion?

      1. @ Killxs
        « La pensée de Hillel est très vraisemblablement une reconstruction a posteriori du judaisme rabbinique, postérieure de deux siècles à la prédication paulinienne, en réaction, justement, à ce même christianisme. »…
        Cette idée me plait beaucoup. En tous cas elle mérite d’être explorée, et étayée. Auriez vous des pistes de personnes ayant travaillé dans ce sens sur le sujet ?
        Merci.

  7. Honnêtement, prenez le temps de lire Bernard Dubourg, qui fut le dédicataire du recueil de poèmes de Prynne. Vous apprendrez bien des choses sur le soi-disant Paul.

    Et sinon, quant à l’intelligence artificielle, une lecture attentive – ce qui est bien rare – de La Phénoménologie de l’Esprit, remet les choses en place.

  8. Compliquée, l’histoire du Jésus. Tant d’histoires rajoutées les unes aux autres qu’il est difficile d’en distinguer le noyau.

    J’aime à croire qu’il s’agissait d’un de ces prophètes autoproclamés comme il en eut tant alors. Plus tolérant que Hilel car plus exigeant que Shamaï, il ne se prenait probablement pas pour le messie (dont beaucoup pensaient alors qu’il devait être Elie) mais pour celui qui annonçait sa venue. Et bien sur, Elie ne vint pas. Et Jésus, le pauvre, en mourut.

    Je ne pense pas que le Tarsiote ait été le premier à broder sur la vie de Jésus. Et d’autres poursuivirent, durant près d’un siècle après sa mort, avant que les textes soient fixés. Puis vint le temps des exégètes…
    Et toujours, le récit évolua dans le même sens, celui d’une fusion entre les rêves juifs et les mythes grecs, celui d’un dieu mort et ressuscité, un dieu qui délivrerait le monde du mal et en referait un paradis pour ses fidèles. Un dieu d’amour.
    Car c’est l’amour, l’unité de compte sur son marché au Jésus revisité par Paul et les autres. C’est l’amour qu’on cède et rétrocède. Et c’est l’amour qui rend la réciprocité positive possible. Génial, non ?

    Et pourtant, le christianisme allait semer l’intolérance dans l’empire romain, et, dans son alliance avec les royaumes barbares d’occident, il allait cautionner les guerres, civiles ou non, l’expansionnisme forcené – des croisades à la colonisation – et la mise en coupe réglée de la planète. Bref, l’amour et la réciprocité positive, dont nous avons aujourd’hui tant besoin, c’était que sur le prospectus.

    Alors, comparer les religions, c’est bien. Personnellement, j’adore. Mais elles ne sont que l’emballage. Et les ressorts des relations humaines relèvent manifestement de « structures » plus profondes qu’il nous faut, d’urgence, identifier et faire évoluer.

  9. Comme document humain, le délire du sieur Jésus ne tient pas deux minutes debout. (Paul Jorion le dit en commençant : c’est un naufrage). Il est repris en récit coordonné par quatre suiveurs puis exploité par un illuminé, Saul. Il ne tient que par ses références à des textes sacrés anciens dont il serait la continuité. Bien de ces textes (ancien et nouveau testament) sont des emprunts des cultures mythiques ou religieuses babylonienne et egyptienne.
    Cette exploitation de textes sacrés a donné l’Eglise. Celle-ci n’a pas cessé de vivre des corruptions graves, d’être à la source de guerres, de crimes, d’exclusions et de pogroms. Seule sa capacité à manipuler sa propre histoire (et sa doctrine) lui permet de continuer à faire illusion. Avec quelques autres mouvements religieux aussi dangereux les uns que les autres.
    Il m’a semblé qu’il fallait le redire…
    Faut-il alors trouver des « principes de constitution de la société humaine » dans les créations religieuses et les mettre en gradation vers la « meilleure religion » ? Outre le fait que le mouvement visé a démenti ses principes au cours de l’histoire, la méthode ne me convainc pas. C’est une autre façon de valoriser « le propre de l’homme » (cfr une discussion récente).
    Et au moment où la moitié de l’humanité est invitée à reconnaître qu’elle a des mots et des gestes de « cochon » (ce qu’elle ne fera pas, et ce n’est pas une question de réciprocité), n’est-il pas un peu vain de faire la généalogie de ces coïncidences culturelles qui n’ont pas donné grand chose ?
    Bon, je vais relire ce projet de « Qui étions nous ».

  10. Merci pour ce joli moment de christianophobie!

    Entre les propos surréalistes sur ce blog d’érudition, du type « Paul est le penseur, et Jésus un « illuminé qui ne savait pas vraiment ce qu’il racontait, et qui a échoué » (discours typique de la christianophobie juive de la grande époque, qui ne résiste ni a la lecture des logia, ni à celle des homélies clémentines), « le christ était un type formidable, comme mon voisin d’ailleurs, bénévole à médecins sans frontière… il a juste eu du bol qu’un juif romain souffreteux passe par là  » (oui oui… et comme toutes les personnes formidables, il y a bien sûr eu un avant et un après dans l’histoire de l’humanité…), ou « il n’y a rien dans sa prédication qui n’était pas déjà présent dans la Loi » (les dégats de la dissonance cognitive… on se rassure comme on peut!), … nous sommes gâtés!

    « Le monde passera, mais mes paroles ne passeront pas ».
    + de 2000 ans plus tard, il vous reste encore visiblement en travers de la gorge, et c’est à qui ira de sa petite couronne d’épine, de son petit coup de fouet, de son crachat… comme à la bonne époque! 🙂

    « le christianisme est une religion de la réciprocité positive » Non… il n’y a pas réciprocité dans le christianisme. La réciprocité positive, elle est dans l’Islam. La réciprocité négative, elle est dans le judaïsme.
    Celui qui l’a très bien vu, que le christianisme est une religion de la non-réciprocité, et qu’il n’est pas, qu’il ne peut pas être une civilisation, c’est Kierkegaard.

    Pour le reste, je lis « le christ a échoué ». Ah oui?
    De 2 choses l’une: ou bien il est ce qu’il prétend qu’il est, et dans cette mesure, il n’a pas échoué.
    Ou bien il n’est pas ce qu’il prétend qu’il est mais alors, quel est le but qu’il s’était donné et qu’il n’aurait pas atteint? N’en parlons nous pas encore 2000 ans après? Combien y a t-il de chrétiens dans le monde?
    Et Padre Pio dans tout ça?

    1. « « le christianisme est une religion de la réciprocité positive » Non… il n’y a pas réciprocité dans le christianisme. La réciprocité positive, elle est dans l’Islam. La réciprocité négative, elle est dans le judaïsme.
      Celui qui l’a très bien vu, que le christianisme est une religion de la non-réciprocité, et qu’il n’est pas, qu’il ne peut pas être une civilisation, c’est Kierkegaard. »

      Lisez le Coran et la Bible (Ancien et Nouveau Testament) au lieu de dire des âneries de ce genre et de faire appel à une autorité extérieure pour justifier votre positionnement. Le Christianisme met l’amour de son prochain en avant. L’Islam ne le fait pas, elle veut la soumission de son prochain, tout en lui refusant sa différence. Vous mélanger tout. Faîte un effort de lucidité au moins. Ah c’est sûr que c’est difficile d’être lucide quand on a des certitudes !

      A bon entendeur,

      Merci pour ce billet M. Jorion

      1. J’aimerais d’ailleurs bien savoir dans quel texte Kierkegaard ( qui en tant que proche du nihilisme doit intéresser Pascal ) a pu écrire qu’il pensait que le  » christianisme était une religion de la non réciprocité et qu’il ne peut pas être une civilisation . »

        Par contre , l’existentialisme chrétien de Kierkegaard , en ce qu’il pose l’individu et sa quête spirituelle comme hors sol et ne reconnaissant pas de loi collective ( même des églises ) , a pu trouver une application numérique par le fanatisme morbide de ceux qui n’ont retenu de l’islam que le refus de la loi commune ( et républicaine en ce qui nous concerne ).

        Kierkegaard préférait Jésus à Paul .

        Enfin bref , ils sont tous trois des humains qui n’ont pas encore permis de résoudre le passage harmonieux entre « je » et « nous », quelque soit le qualificatif de la réciprocité , et l’arbitre spirituel hors du ring .

        C’est peut être la nécessité , par l’état dégradé du ring et de la salle , qui poussera les combattants à faire alliance , arbitre par le corps plus efficace que l’arbitre par l’esprit .

      2. C’est justement parce-qu’il met l’amour du prochain, sans condition, en avant, qu’ il n’y a pas réciprocité. C’est un saut à l’élastique. Il n’y a rien à attendre en retour.
        Et s’il y a calcul sur les bon points qu’on pourrait éventuellement gagner pour aller au Ciel… et bien ça ne comptera pas !

        Comparez l’expérience et le sens de Ramadan et de Careme pour un chrétien et pour un musulman. La réciprocité positive (partage politique de l’expérience de la faim) est au coeur de l’expérience du second, et quasiment absente du premier.

        Le problème, c’est de savoir de quoi on parle. De sagesses? De régimes politiques (mode d’organisation de la communauté es croyants et rapport avec les non-membres)? De « civilisations »?
        Il n’y a pas forcément de rapport entre ces 3 « objets », même à l’intérieur d’une tradition déterminée.

        C’est entendu, l’Islam n’est pas une religion de liberté (il ne s’agit que « d’obéir »), contrairement au christianisme et au judaïsme. Personne ne conteste cela.

      3. Vos trois premières lignes semblent viser la conception chrétienne de Kierkegaard ( celle qu’il adoptait ) . Et effectivement , il n’y a pas alors réciprocité qu’elle soit positive ou pas . C’est donc le christianisme de Kierkegaard que vous critiquiez ? J’ai du mal comprendre en comprenant que c’était le christianisme avec lequel il a eu des maux .

        Je ne sais pas répondre correctement pour le judaïsme , mais pour le christianisme , c’était assez clairement une religion où il fallait obéir , et il a fallu du sang et des larmes versés pour qu’enfin la laïcité la renvoie dans ses 22 ,pour donner de l’air à la liberté .

        Dans ses 22 , mais pas tout à fait , car via le libéralisme et la propriété , adoptée par la religion chrétienne pour garantir la
         » la liberté de pensée « , elle se conservait un cheval de Troie pour tailler des croupières aux « autorités supérieures » à la sienne .

        D’autres religions ( dont une féroce ) ont repéré l’astuce et s’y sont fondues .

        Il ne peut pas y avoir de réciprocité positive , religieuse ou laïque, sans remise à plat de la propriété .

        Saint Dominique Temple ( le bien nommé ) crucifiez vous pour nous ,et que saint Paul Jorion prenne son bâton de ….conférencier .

        Et je veux bien payer mon « obole » mensuelle ( encore la monnaie)tant que je peux , pour parvenir à franchir le Styx .

      4. sur Kierkegaard, christianisme (foi) et chrétienté (civilisation), extrait de « Carnets de route, Tome 1, Feu la chrétienté », Emmanuel Mounier, Seuil, 1951 :

        Personne n’eût osé dire, il y a cinquante ans, que ces histoires de
        civilisation ne regardaient en rien le message chrétien. On avait bien trop peur de rester en arrière du courant. Aujourd’hui, un courant puissant s’est formé pour soutenir la radicale indifférence de la foi aux choses du monde. Il est né d’abord en milieu protestant en réaction contre la religion réduite aux limites de la raison et du bonheur qu’y avait acclimatée le libéralisme religieux. Le paradoxe de la foi, pour Kierkegaard, est celui d’un isolement absolu, tellement absolu qu’il imite le suprême égoïsme. Elle ne peut en aucune façon entrer dans les cadres de ce qui est général comme les concepts, les institutions, les mœurs. Le serviteur de la foi ne peut absolument pas se faire comprendre de personne, il ne peut absolument pas secourir un autre serviteur de la foi. S’il est impuissant à communiquer la foi à une personne au plan de la foi, combien plus le sera-t-il à la communiquer aux choses sur le plan de l’organisation ! La chrétienté est une « effroyable illusion ». Bien loin qu’elle soit une réalisation du christianisme, tout le problème d’aujourd’hui est de « réintroduire le christianisme dans la chrétienté ». Ce qui sépare le chrétien du Christ, de nos
        jours, ce n’est pas l’épaisseur de temps, car il peut lui être rigoureusement contemporain, en participant à sa vie comme modèle, c’est l’épaisseur de la chrétienté, qui « a destitué Christ ». On y devient chrétien « comme on prend ses chaussettes » de la façon la plus plaisante du monde ; cessant de voir une opposition infinie entre l’ordre chrétien et l’ordre mondain. Absurdité et hérésie. L’humanité a voulu anticiper l’éternité, feindre d’avoir installé une Église triomphante : elle n’institue qu’un christianisme établi et considéré, c’est-à-dire le contraire du christianisme. Le christianisme est une alternative au fond du cœur, qui se pose à chaque homme, et encore à chaque homme, non pas un établissement qui se consolide avec le temps et avec le nombre. « Le nombre est galimatias », et la durée temporelle, pour Kierkegaard, n’a d’autre sens qu’« une espèce de raréfaction continue » du christianisme. Le christianisme, dans une telle perspective, n’a donc rien à attendre de l’histoire. L’idée d’expansion lui est radicalement étrangère. Son prétendu progrès est celui dont parle le docteur d’une pièce de Holberg : la fièvre a complètement disparu, mais le malade est mort.

  11. Bonjour,

    Les traditions abrahamiques constituent dans l’ensemble une collection de fables faussement naïves qui véhiculent des structures archétypales sous-jacentes extrêmement coercitives par leur puissance symbolique.
    Cette naïveté est calculée pour traverser les siècles dans l’imaginaire populaire … et ça marche.
    La trame archétypale sous-jacente garde une finalité d’ingénierie sociétale à dimension historique … et ça marche.

    Pas sûr que l’intelligence organisatrice de ceci relève de ce que l’humain considère usuellement comme intelligence.

    Outre le pentateuque, copie notoire de vieux mythes sumériens, la dernière cène, par exemple, masque à peine son origine ésotérique issue des mythes soli-lunaires sumériens (comme les fables du graal) dans lesquels le 13 vient rétablir l’équilibre cosmique au cœur des 12, comme le 13ème mois vient périodiquement rétablir le décalage saisonnier consécutif du partage lacunaire de l’année en 12 mois de 30 jours (360 ne fait pas 365 et 1/4).

    Quant aux 30 deniers, épisode saugrenu à la lecture exotérique, il correspond à un aspect particulier de la trame archétypale de l’histoire occidentale.
    Ces textes sombrant régulièrement dans le grotesque à l’exégèse littérale constituent à une autre exégèse le plus puissant et le plus alambiqué artifice d’ingénierie sociétale de l’histoire humaine.

    Le découpage du cercle en 360 degrés, le décompte actuel du temps en système sexagésimal (60 minutes, 60 secondes) et surtout la double étoile à six branches (12 heures) du cadran horaire de nos montres et des horloges aux clochers des églises (comme celle des 12 voies sortant de la place parisienne de l’Etoile) constituent des reliquats implicites de l’antique culte du dieu sumérien Sîn (ou dieu Trente).

    La légende ne situe-t-elle pas l’origine d’Abraham à Ur, ville du dieu tutélaire … Sîn ?

    Mais l’outil d’ingénierie le plus puissant et sournois reste la symbolique gravitationnelle qui modèle les consciences individuelles et collectives depuis la révolution néolithique et la naissance des cités.

    Dans tout cela, Paul de Tarse reste un instrument narratif mineur à finalité principale de diversion exotérique, comme la plupart des personnages de l’histoire planétaire des religions.

    Cordialement,
    pascal

    1. Concernant « une collection de fables faussement naïves qui véhiculent des structures archétypales sous-jacentes extrêmement coercitives par leur puissance symbolique. Cette naïveté est calculée pour traverser les siècles dans l’imaginaire populaire », une remarque de Pascal me revient à l’esprit. Blaise Pascal, je veux dire 🙂

      Elle fut reprise plus tard sous cette forme ramassée : « Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants ».

      Cette religion est née d’un petit groupe apeuré de quelques dizaines d’hommes et de femmes reclus toutes portes fermées après l’échec final de leur maître mort sur la croix (Jean 20,19). Paul Jorion a parfaitement raison d’écrire : « L’histoire est celle d’un naufrage : elle révèle crûment que les prophètes nous racontent des bobards, et que la venue de messies est une fable ». Et ces hommes et ces femmes profondément déçus et se cachant pour échapper aux conséquences de leur naïveté à suivre cet homme l’auraient sans doute approuvé.

      Comment passe-t-on de là à un mouvement religieux aussi durable et influent que le christianisme ? Le récit évangélique, issu de ce que ces hommes et ces femmes ont raconté, propose une explication dans la deuxième partie du même verset Jean 20,19. C’est cette explication que ces hommes et ces femmes ont prêchée avec une conviction allant jusqu’à la mort. Paul ne s’est joint au mouvement que quelques années plus tard, après avoir été de ceux qui aidèrent à la mise à mort d’Etienne le premier de ces disciples mourant en annonçant ce qu’il (croyait avoir) vu, il est donc difficile de le supposer avoir été à l’origine de cette conviction.

      L’explication de la puissance du christianisme – outre l’explication la plus simple quoique la plus difficile, c’est-à-dire que le petit groupe originel aurait vraiment vu ce qu’il disait avoir vu – peut être une hallucination collective. C’est celle que préfèrent plusieurs historiens. Il existe d’une manière générale plusieurs théories alternatives à l’explication donnée par les disciples.

      Quoi qu’il en soit, l’explication ne se limite pas à la naïveté populaire 🙂

    2. Ahhhh… la terrible « symbolique gravitationnelle », aggravée/machisée encore par l’infâme tradition judo chrétienne…
      Saloperies de Sumériens, c’est là qu’il faut se pencher Jorion ! Pas se laisser bêtement divertir par l’exotérisme paulinien…

      1. Le néolithique a mis le masculin en haut et le féminin en bas, notamment dans la construction mythologique du theos.
        Et comme vous dites, le catholicisme a rajouté une couche de machisme avec son dieu le père … puis par le symbole de verticalité de la croix.
        Notre verticalité sociale machiste n’y est pas étrangère.

      2. Antérieurement , dans la peinture pariétale , où les représentations « humaines » sont rarissimes , l’homme est stylisé et « repéré » par son sexe , la femme ( encore plus rare) est toute en courbes , repérée par son sexe et la maternité . Mais dans les cas encore plus rarissime où ils sont dans la même grotte , ou bien ils sont loin de l’autre , ou bien l’un en face de l’autre .

        Dans ce dernier cas , ça me rappelle deux représentations de têtes d’africain et d’africaine taillées dans l’Okoumé du Gabon , qui trônent au dessus de mes livres en se faisant face , sans qu’on sache s’ils vont s’embrasser ou se disputer .

        Pour la verticalité , elle a du plomb dans l’aile ;

        https://www.youtube.com/watch?v=TGOYV_ON-w0

      3. Saloperie de néolithique…
        Vivement le « post-gravitationnel », hein ?
        « Par-delà leurs querelles, franc-maçonnerie et Vatican s’entendent comme larrons en foire pour nier depuis des siècles toute valeur à la féminité et toute place sociale à la femme.
        Le comble du risible est atteint par la « maçonnerie féminine ». Gardons-nous toutefois de lui ôter cette cédille.
        La conquête spatiale et la sortie du champ gravitationnel sonneront le glas de cette symbolique pesante mais pourquoi attendre ? »

      4. Merci Juan pour ces expressions artistiques d’une symétrie égalitaire, exempte (apparemment) de rapports de domination développés par la symbolique ultérieure des bâtisseurs.
        Mon approche succincte de cette « symbolique gravitationnelle » (dénomination ironique par défaut) reste à ce stade sommaire et surtout ludique. Il serait intéressant que des spécialistes présentent leur avis.

        Cette symbolique semble trouver sa source dans le passage du paléolithique au néolithique puis s’être exacerbée avec l’histoire des cités.
        La maîtrise des techniques agricoles (végétaux et animaux) semble avoir joué un rôle dans cette mutation symbolique. L’élevage a permis de comprendre le rôle de la sexualité dans la procréation et conjointement la culture des végétaux celui de la pluie dans la fertilité des sols.
        Auparavant, la mère semblait, comme la terre (sol et non planète, ici), détenir à elle seule le pouvoir procréateur.

        Sans qu’une approche aussi succincte puisse soutenir une thèse d’historien, on peut toutefois deviner que cette innovation culturelle, associée aux mécanismes mentaux de l’analogie (très présents dans ces cultures plus émotives que rationnelles), ait pu participer à une profonde mutation des symboles et croyances.
        Le masculin fut associé au ciel comme source du liquide rendant fertile le réceptacle féminin associé à la terre.
        Le réceptacle féminin ainsi fertilisé pouvait alors contenir en germe puis donner la vie.
        Le masculin accédait ainsi à ce pouvoir créateur initial auquel il n’avait pas accès. Ceci allait bouleverser les sociétés.

        La naissance des cités, l’organisation sociale plus complexe, l’écriture, le développement d’une caste religieuses, etc. bricolèrent alors progressivement des dogmes inspirés de ces prémisses symboliques.
        Le haut fut associé au masculin, au bien, au paradis, au pouvoir, aux fonctions sociales « supérieures ».
        Le bas fut associé au féminin, au mal, à l’enfer, à la soumission, aux fonctions sociales « inférieures ».

        La culture sumérienne prolongée par les traditions abrahamiques semble correspondre à ce schéma évolutif, pour aboutir à un dieu le père céleste et omnipotent.
        Ce machisme symbolico-religieux fut ensuite entretenu par une caste sacerdotale masculine.
        Le catholicisme a accentué cette tendance misogyne multiséculaire, peu explicite dans le récit mythique de la vie de Jésus mais plus marquée dans le christianisme primitif (les évangélistes officiels sélectionnés y sont masculins, comme les apôtres ; la fonction féminine y reste secondaire, comme dans le judaïsme antérieur).
        Le comble de cette dérive fut, des siècles plus tard, la chasse aux sorcières, symptomatique de la paranoïa religieuse déclenchée par ces femmes initiées aux secrets de la nature et des plantes, qui venaient remettre en question cette toute-puissance machiste.

        Ce culte de la hauteur reste encore gravé dans l’imaginaire urbain contemporain, même laïque. La course aux gratte-ciels, mettant en scène (significativement ou fortuitement) un symbole phallique, laisse supposer que cette symbolique machiste constitue toujours un fond culturel plus ou moins inconscient mais puissant.

        Issu initialement d’une critique ironique de la mythologie des traditions abrahamiques, ce regard amateur sommaire sur l’histoire symbolique de la sédentarisation puis de l’urbanisation manque évidemment d’étais rationnels suffisants, propres à l’étude historique ou anthropologique.
        Mais cela mériterait pourtant que des professionnels décortiquent et approfondissent cette petite introduction.

        Cordialement,
        pascal

  12. « Lévi-Strauss avait raison quand il soulignait que l’islam arrive curieusement à contretemps dans l’histoire humaine : religion de la non-réciprocité apparaissant au VIIe siècle : « Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors », écrit-il dans Tristes Tropiques (1955), alors que certains textes du judaïsme, religion de la réciprocité négative, datent du VIe siècle (av. J.-C.) voire même du Xe (av. J.-C.), et que le christianisme, religion de la réciprocité positive, date bien entendu du Ier siècle : « C’est l’autre malheur de la conscience occidentale que le christianisme […] soit apparu « avant la lettre » – trop tôt – […] : terme moyen d’une série destinée par sa logique interne, par la géographie et par l’histoire à se développer dorénavant dans le sens de l’islam… » (ibid.). […] »

    Quelle critique élégante, pour dire que l’Islam n’est pas une religion « recommandable ».
    Si, selon ce texte, on dispose les religions sur un axe temporel, tempéré par son sens de l’amour du prochain, on obtient dans les 36 ième dessous, le Judaisme aussi vieux que les hommes, ensuite juste au-dessus l’Islam, jeune mais inspiré de l’esprit de la loi du talion, enfin le Christianisme gagnant toute catégorie par sa promotion de l’amour du prochain. On comprendra facilement que selon cette échelle, l’Islam arrive « à contre-temps ». Oui, « à contre-temps » , dans le seul sens de la progression qui vaille, celui de l’universalité de l’amour. Bien entendu.

    Et qui, parmi nous- blanc ou assimilé blanc, propre sur lui, costard-cravate ou tailleur-talon plat impec- voudrait adopter un truc « à contre-temps » ? Et pour mieux dire , retardataire malgré son jeune âge.
    Faut admettre que d’autres, ici-bas, ont d’autres critères de choix que le message de paix par l’exemple.
    Finalement, présenté ainsi, ce n’est pas très différent du choix d’une boîte de petit-pois au Lidl du coin.
    Les ennuis commencent quand on ouvre la boîte. Y’a loin entre la promesse et la réalité, surtout pour le Christianisme. Paul (de Tarse) où nous as-tu menés ?

    1. Je ne suis pas sûr que l’islam soit vraiment une religion de la « non-réciprocité » – ça me paraît quand même plus compliqué que cela.

      L’islam est effectivement un mouvement réactionnaire dans l’histoire religieuse, dans ce sens que Mahomet réagit contre certaines des innovations issues de Jésus. Réagir contre, c’est bien la définition du réactionnaire. Par exemple, l’islam se sépare du christianisme sur ces points :
      – Un Dieu qui n’est pas seulement un Etre Suprême au-delà de toute expérience humaine, mais encore un homme
      – Un Dieu qui souffre et connaît la mort par amour pour les hommes ses créatures
      – L’abandon de toute peine de mort pour infidélité avec l’épisode de la femme adultère « Que celui qui n’a jamais commis de péché lui jette la première pierre »
      – Des exigences surhumaines à qui souhaite se revendiquer irréprochable « Vous serez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » – faute de quoi toute prétention à porter un jugement sur l’autre est interdite
      – Le mariage défini comme réciprocité, non comme un engagement que l’homme et l’homme seul peut rompre à sa guise
      – L’abandon de toute règle alimentaire

      Même si l’argument peut être difficile sur un blog rassemblant surtout des gens de gauche 🙂 il faut noter qu’on ne peut pas condamner d’emblée et par principe tout mouvement réactionnaire. La question principale est : le réactionnaire réagit-il contre quelque chose de bon, ou contre quelque chose de mauvais ? Et sur ce point, les innovations de Jésus que j’ai listées et d’autres encore, peuvent être estimées bonnes ou mauvaises par des personnes différentes.

    2. Quelle critique élégante, pour dire que l’Islam n’est pas une religion « recommandable ».

      Essentialiser l’Islam, c’est un problème.
      Affiirmer qu’elle n’est pas recommandable quand l’époque exige d’essayer de la rendre plus « recommandable » est un problème.
      Cette religion ne fait pas bon ménage avec cet ultra libéralisme.
      Moins on connait plus on se tait ?

      1. Tant que la boîte n’est pas ouverte, nous ne savons rien. C’est plus confortable ainsi.

        Quant à « Cette religion ne fait pas bon ménage avec cet ultra libéralisme. », je crois que vous vous trompez. D’abord, on parle ici d’hommes, infiniment malléables et donc infiniment trompables. A quoi servent les exégètes et les économistes ?

      2. Le musulmans n’ont pas eu tout à fait la même révolution qu’à entrepris grâce Monsieur Calvin pour justifier l’argent par et pour l’argent . Ce qui provoque par exemples une schizophrénie malsaine car on est tous bien obligé de vivre dans le même monde.
        Je ne pense donc pas me tromper et je sais pertinemment que les hommes sont des êtres de penchant et sont malléables, ils subissent simplement les pressions externes ( parmi d’autres )de telle religion ou telle institution., c’est juste ce que je dis.
        P. S. Je n’apprécie aucune religion.

      3. Daniel je ne suis pas du genre à garder l’esprit dans le confort.
        Ce sujet me touche car mon papy et de nombreuses personnes musulmanes ont passé leur vie à baisser les yeux et à faire ce que leur nouveau pays leur disait de faire. Aussi musulmans qu’ils étaient ils ont donné de l’amour à tous et on part amour fait d énormes sacrifices qui leur a coûté beaucoup. Alors quand on essentialiste ce pourquoi il croit avant même leur propre vie, en hiérarchisant telle ou telle religion sous prétexte convient d’une culture différente et qu’on comprend moins les choses, je réagis.
        Un bon religieux, même mon papy N’oserait guère hiérarchiser les religions.
        Quasiment les mêmes sornettes à quelques détails près qui les adaptent ou non au monde tel qu’il est.

      4. @ Lucas

        Rassurez-vous, je ne soutiens ou n’attaque aucune religion dans cette affaire minuscule.
        Il me semble que mes propos sont critiques envers Lévi-Strauss, bien de son temps. J’ai cité la suite car elle vaut son pesant de préjugés quant aux rapprochements des 2 religions, par glissement du christianisme vers l’Islam. (citation tronquée d’une citation elle-même tronquée : « […]le christianisme […] à se développer dorénavant dans le sens de l’islam… » ). L’erreur n’aurait pas pu être plus grande, 63 ans plus tard, me semble-t-il. Encore un grand homme pris sur le fait de se hasarder hors de son domaine. Me semble que tout son bouquin -qui vaut la lecture- témoigne d’une dépression professionnelle…

      5. Voyez-donc en Arabie Saoudite combien l’ultralibéralisme s’accommode bien de la dite religion. L’idéologie du business plein tube, pas de droits sociaux, pas de liberté individuelle, pas de grèves, pas de syndicats, des esclaves étrangers que l’on exploite allègrement et à qui on confisque les passeports de peur qu’ils ne fuient leurs bourreaux. Peine de mort à gogo pour un oui ou pour un non par décapitation publique. Un pouvoir autocratique concentré, confiscatoire, pyramidal, stable par police politique interposée avec une armée plutôt puissante et moderne à qui nos chers gouvernants français ou européens ne cessent de vendre des armes et tous les attirails de la répression, pour que le peuple par ailleurs très religieux, ne bronche pas trop sous quelques motifs que ce soit. Un paradis pour M.Gattaz ! L’aumône suffit aux pauvres, n’est-ce pas ?

      6. Je suis vraiment désolé pour toutes fautes d’orthographe, je dicte avec un microphone et ne ^prends pas toujours le temps de relire, en plus d’avoir quelques lacunes.
        Il me semble que les personns ici ont un haut niveau d’instruction et voir ceci doit les gêner.

        Je vous prie de mexcuser .

    3. Puisqu’il est sur la sellette par ailleurs , on peut citer ce billet de l’homme orchestre et hyperactif (à défaut d’être mécanicien les mains dans le cambouis) :

      http://blogs.lexpress.fr/attali/2017/10/16/judaisme-et-islam-meme-combat-pour-la-paix/

      Je n’ai d’ailleurs pas compris pourquoi le christianisme a été coupé au montage dans le titre , alors qu’il est inclus dans le corps de la démonstration ( peut être un peu trop ciblée géographiquement ) .

      1. Je crois que la raison est que ce ne sont pas actuellement christianisme et islam qui servent de justification à une « guerre sainte » autour de la terre de Judée / Palestine, mais bien judaïsme et islam.

        Si nous étions au XIIème siècle, le titre du billet aurait sans doute été « Christianisme et Islam : même combat pour la paix »

      2. @ Juannessy.
        Faut vraiment que le Jacquou soit votre grand homme pour s’obstiner ainsi à sa pub.

        Y’a 4 ou 5 ans après avoir acheté et lu quelques uns de ses livres, j’ai conclu qu’ils étaient très bon pour caler une armoire bancale, achetée à très bas prix aux Scouts de Cluses. Avec leurs épaisseurs variables – de 200 à 700 pages- on trouve facilement la bonne dimension. Et ses éditeurs ne se moquent pas du client, bonne qualité garantie, la reliure surtout. C’est important pour l’emploi prévu. Et pas de problèmes de classement, encore moins de recherche de références. L’idéal.

      3. J’ai pas mal de « grands hommes et femmes  » dans ma bibliothèque , et comme elle n’est pas bancale , je les retrouve tous sur mes étagères quand j’en éprouve le besoin .

        J’essaie de « faire de la pub » ( citer) à celles et ceux qui me semblent avoir des choses utiles , rationnelles , folles ou drôles à dire, et qui le disent en bon français ( ou qui ont été bien traduits) .
        Mais comme je ne fais le tri que de ceux que je connais , vous ne pourrez pas en tirer de conclusions sur mes préférences . Ceux qui ne m’ont rien apporté n’ont pas l’honneur de caler mes meubles : je m’en débarrasse .

        Jannessy toujours prêt !

      4. J’en profiterai ici par contre pour faire en aparté une pub pour l’écologie non romantique : le livre-cale meuble constitue à l’occasion un piège-carbone efficace, bien que peu pratique lors d’un lavage éventuel du sol …
        Se garder du réflexe de le jeter, même a finalité de recyclage.
        😉

  13. Pour la parabole des talents, j’ajouterais que la monnaie fait pire que reproduire l’ordre social de domination, elle l’aggrave.
    L’omniprésence contemporaine de l’économie monétaire ne fait qu’aggraver les inégalités sociales.
    Cela se comprend en décortiquant le fonctionnement de la monnaie, qui aggrave notamment l’asymétrie d’obsolescence de valeur des biens échangés, asymétrie reflétant les rapports de domination préexistants.
    Le pauvre vit dans l’urgence, il est prêt donner un bien de valeur durable (de la monnaie dans l’économie monétaire) contre une bouchée de pain.

    La symbolique de Mammon s’oppose bien fondamentalement à la fraternité égalitaire des évangiles.

    Un épisode de la Passion réintroduit ce rapport à l’argent : les trente deniers.
    Pourquoi trente ?
    Une possible exégèse y voit une réminiscence de la symbolique sumérienne, en toile de fond (ou de fonds, pour faire ici un facile jeu de mots).
    Le dieu Trente est une des dénominations du dieu sumérien Sîn, celui qui a appris aux hommes à compter.
    Et quand on n’aime, on ne compte pas.
    On retrouve ici cette confrontation entre deux principes peu conciliables des rapports sociaux.

    En extrapolant cette trame archétypale à une possible trame historique (option fantaisiste mais amusante), les trente deniers pourraient alors s’interpréter comme une phase « nécessaire » de l’histoire humaine, une phase où les rapports sociaux seraient dominés par les deniers : le règne des comptables.
    La phase précédente, l’étape féodale a vu les rapports sociaux dominés par l’épée.
    La passion se termine par le symbole de la coupe.

    Simple constatation.
    Exégèse ouverte à l’imagination …

    1. @ pascal
      Le recours, pour mieux les dénoncer, aux mythes lunaires et solaires supposés être le fondement des religions monothéistes est un grand classique.
      A ce sujet il convient de lire le court essai de J.-B. Péres, en 1827, qui, alors qu’on démontrait l’inexistence de Jésus qui n’aurait été qu’une variation d’un dieu solaire, s’était amusé à faire la même chose sur un autre personnage célèbre.

      http://www.phdn.org/negation/fous/napoleon.html

      Imparable.

    1. Loin de là.
      Cela invite surtout à inventer des options économiques libérées du mythe de la magie monétaire, sans tomber dans d’autres mythes (le totalitarisme communiste, …).
      Cela nous promet encore quelques mandats présidentiels merveilleux avant que des économistes se décident à penser l’économie au-delà de la monnaie … et encore quelques-uns avant d’en proposer des applications pratiques.

      Les compensations monétaires (salaire, allocations, revenu de base, etc.) ne sortent pas du carcan monétaire et ne font que pérenniser voire aggraver les rapports de dominations de départ.
      C’est le principe-même de la monnaie.
      La monnaie fondante atténuerait le problème mais, hors contraintes juridiques, cela boosterait notamment les valeurs refuges. Bricolage.
      Notons que la monnaie fondante prend (partiellement) le contre-pied du principe de la parabole. Elle tente de rétablir une symétrie concernant l’obsolescence de valeur. Mais pas sûr que cela soit suffisant pour abolir les rapports de domination préexistants.
      Une tentative timide de dépassement de la monnaie.

      1. 😀 J’imagine bien notre président venir faire le travail d’auxiliaire de vie dans ma maison tous les matins il apprendrait beaucoup !

    2. @Renard – Sinon, il y a la série télévisée vu sur Arte et intitulée « Corpus Christi », un film en douze parties réalisé par Jérôme Prieur et Gérard Mordillat. Je me souviens à l’époque de la colère qui avait saisit Paul Ricœur sur le plateau de l’émission littéraire « Apostrophe » contre cette série d’Arte. J’avais été étonné de son intolérance soudaine vis à vis de la libre expression. D’autant plus que la série était de haute qualité du point de vue des sources historiques et de la centaine d’intervenants qui interagissent dans le film avec les réalisateurs, des femmes et des hommes de foi, des archéologues, des historiens, des anthropologues, etc…. M.Ricoeur avait fait, ce soir là, un faux procès à ses auteurs ; même si on pouvait aisément comprendre au vu de sa propre œuvre, que cela ne lui plaisait pas.

      1. @ HERVE
        J’ai beaucoup aimé « Corpus Christi », moins les suites où les auteurs ont tenté de délivrer un message de façon trop appuyée.
        A noter que le catholicisme s’est refermé dogmatiquement depuis cette époque. On ne croise plus d’exégètes du style de M-E. Boismard par exemple.

  14. René Girard a passé sa vie à décoder Jésus. Sans doute ramène t-il trop de choses au « désir mimétique », mais c’est toutefois un fait de notre psychologie qu’on ne peut plus ignorer.
    Girard voit dans le sacrifice de Jésus une invitation à chercher les réponses en nous, que ce soit sur un plan personnel ou collectif, et non à se ruer vers un quelconque bouc-émissaire. Le même message se retrouve dans la parabole de la paille et de la poutre.

    Question: est-ce que ce n’est pas Saint Paul qui a introduit l’idée que nous devons souffrir, que nous sommes mauvais, coupables par défaut, pécheurs par défaut, etc…

  15. Que le christianisme soit la religion de Paul, cela ne fait aucun doute. Ou plutôt, la tradition paulienne l’a emporté sur toutes les autres…

    La question cruciale (sans mauvais jeu de mot) est: pourquoi le messianisme a-t-il eu autant de succès? Que dit ce phénomène de l’être humain? Est-il archétypal, comme dirait l’autre?

    Bien à vous!

      1. Mauvaise foi.
        Et la petite lampe rouge sur l’autel, vous en faites quoi ? Les rayons lumineux seront toujours plus rapides que les quincailles qui transbahutent vos SMS.
        Quoique, je peux me tromper, paraît que le téléphone arabe est au moins aussi rapide…
        A une autre fois.

      2. @ Hervey

        C’est trop. Faudrait être un saint et y croire. Ce n’est pas le cas, toute honte exposée. Et puis, avec le temps, j’ai l’impression d’avoir été souvent égratigné. Mais quel plaisir d’exciter ces sales bêtes ! des loups, pas des lions. Ou un crabe.

  16. Le mythe de la Passion introduit un élément symbolique pouvant se référer à la fin de cette verticalité de domination de la symbolique gravitationnelle : le rideau du temple se déchira de haut en bas.
    Imaginaire fantaisiste …

      1. … entre autres.
        La vie en apesanteur (et l’exploration spatiale) par définition (ni haut, ni bas) libère de cette emprise symbolique.

        On imagine difficilement le ressenti de lourdeur existentielle (voici quelques siècles), associé à cette fatalité (quand elle n’est pas présentée de surcroît par les dogmes comme une punition atavique) de vivre sur une terre vue comme un état « inférieur » par rapport au ciel, état « supérieur » réceptacle de toutes les sublimations, theos y compris.
        Sensation de pesanteur aggravée par le géocentrisme rejetant à l’infini l’idéal divinisé.

        Les mythes (loufoques aujourd’hui) de montée au ciel des personnages idéalisés (même hors traditions abrahamiques) expriment en partie ce besoin de libération psychique.

        En comparaison, un pré-agriculteur de la forêt amazonienne exempt de cette emprise symbolique (et vivant dans une proximité omniprésente de ses projections animistes idéalisées) ressent la vie avec plus de légèreté et de plénitude présente, malgré un milieu nettement moins hospitalier pour l’humain.

      2. L’hindouisme conçoit lui aussi les interventions divines comme des « descentes » : les avatars.
        Le terme avatar trouve son origine en Inde (du sanskrit avatāra : descente, ava-TṚ : descendre) et signifie « descente, incarnation divine » (Wikipédia).
        Cette verticalité duale semble être la règle de l’orientation progressive des symboliques religieuses après la sédentarisation et la naissance des cités.

      3. Je soupçonne un tantinet d’ironie dans l’intervention de François.

        … Oserais-je dire que j’ai moi aussi des doutes lorsqu’on assène des affirmations historiques sans les fonder sur grand chose 🙂 ?

        Marc Bloch – qui était juif – disait que « Le christianisme est une religion d’historiens ». Ce par quoi il soulignait à quel point l’étude historique précise est importante pour les chrétiens, et pour des raisons assez évidentes : au même titre que le judaïsme, et à la différence de probablement toutes les autres religions le christianisme fonde son message sur ce qu’il affirme avoir été des événements historiques précis et situés dans un contexte historique précis. Même l’islam accorde beaucoup moins d’importance aux événements précis de la prédication de Mahomet : l’essentiel est de croire que le Coran est révélation parfaite, il est inutile d’interroger la manière précise dont le texte a été prêché et transmis. Quant aux religions comme le bouddhisme, l’hindouisme ou la religion traditionnelle chinoise (Lao Tseu) on s’y désintéresse largement de l’histoire précise, parce que le contenu de la religion ne porte pas sur des événements historiques précis.

        Je suggère respectueusement que plusieurs contributeurs gagneraient à étudier ce que l’on sait aujourd’hui du premier siècle de notre ère et des conditions dans lesquelles les textes du Nouveau Testament sont apparus et ont été transmis 🙂

      4. « La » (l’hypothèse ouvre théoriquement à plusieurs versions) « psychique quantique » apporte une hypothèse de recherche intéressante pour l’étude de certains phénomènes psychiques (par exemple sur l’approche de notions encore très hypothétiques comme celle d’inconscient collectif, …).
        Cela reste proche des notions d’univers-hologramme et de conscience-hologramme.

        Pour l’explication exhaustive de la psyché, ce modèle montre vite ses limites au sens où il se fonde sur un préjugé pseudoscientifique selon lequel l’espace engloberait la totalité de l’être ; il n’englobe que la totalité des phénomènes physiques (classiques de surcroît) ; préjugé d’autant plus abusif que certains phénomènes psychiques se révèlent manifestement non spatiaux et donc non physiques.

        La théorie reste dans l’ensemble, outre l’originalité du modèle de départ, assez proche de la démarche théosophique de voici un siècle qui cherchait à tout expliquer (psyché y comprise) à partir d’extrapolations des connaissances de l’époque sur les phénomènes physiques, ondulatoires en l’occurrence.
        Ici, on y rajoute quelques considérations quantiques ultérieures.
        Intéressant toutefois comme base de réflexion (et malheureusement d’une récupération par un business de pseudoscience corollaire) mais un modèle explicatif parmi d’autres, qui ressemble déjà au départ bien trop à une invention ad hoc (comme nombre de modèles physiques déjà) pour avoir une quelconque portée exhaustive a priori.

      5. @ francois.
        Ça me fait penser à un dicton de ma grand’mère, bergère de son état:
         » Quand tique pique, chanter un cantique, sinon la bête crève. »
        Très psychologique, je trouve, cet appel à la religion, passe que à cette époque, le soin aux bêtes gouvernait votre vie, avec si peu de moyens. Plus qu’une obligation pénible, c’était une passion assumée.
        Et on reste dans la note.

  17. L’approche du christianisme à travers la seule littérature est une marque de prétention .
    Une telle erreur voudrait consacrer la toute puissance de l’homme lettré, lui même inconscient de la nature de ses idôles.

    Aimer, de cœur à cœur, invite à une forme de compréhension qui échappe à ceux qui croient que le savoir ne peut être qu’à leur portée d’intellectuel.
    C’est un peu l’histoire d’un petit prince qui aurait tout vu du monde , sans n’avoir jamais rencontré sa rose.
    Impossible dès lors , pour lui, de prendre conscience de l’essentiel.

  18.  » L’Evangile est-il vrai au point de vue historique ? N’est-ce pas plutôt une légende mystique d’une grande beauté et d’une valeur éducative incontestable, mais qui n’apporte cependant rien de vital aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, si fiers de leur faculté de raisonnement et de leur indépendance à l’égard des anciennes entraves mentales et des traditions périmées ? On remarquera que le caractère même du Christ, dont l’Evangile nous apporte une description d’une perfection inégalée, n’est nullement mis en cause. Les ennemis du christianisme admettent eux mêmes le caractère unique du Christ, sa profondeur insondable et sa compréhension des cœurs humains. Ils reconnaissent que ses idées sont
    suprêmement intelligentes et les incorporent à leur propre philosophie. Les développements que le Charpentier de Nazareth apporta à la contexture de la vie humaine, ses idéaux sociaux et économiques, et la beauté de la civilisation que l’on pourrait édifier sur les préceptes moraux du sermon sur la montagne, sont souvent mis en lumière par beaucoup d’entre ceux qui refusent de voir dans Sa mission une expression de la divinité » : Alice Bailey « de Betlhéem au Calvaire »

  19. @Paul,
    Du coup j’ai relu la page wikipédia de Paul de Tarse, où un érudit écrit : « Un courant minoritaire parmi les historiens soutient que Paul est le fondateur véritable du christianisme du fait de sa théologie et du rôle qu’il a joué dans la propagation du message chrétien aux païens. »
    Le courant majoritaire interprète le ministère de Paul de Tarse comme excellent interprète du « message », mais pas comme co-fondateur de la doctrine (ce qui revient finalement au même pour votre démonstration. Si on pique la chanson d’un autre pour devenir star, on sait que le public ne voit jamais les coulisses.)

  20. Je n’ai rien lu parce que c’est illisible, mais suffisamment lu pour savoir le sujet de la glose.
    J’aimerais en proposer un autre du même acabit:
    le Père Noël.
    Ça va être de saison.

    1. Je m’y vois déja.
      Que penseriez-vous d’un arc avec des flèches ? Avec embouts en ventouse caoutchouc par prudence. Pour l’adjoint de Gengis, ce me semble s’imposer. Mais falloir sérieusement s’ entrainer… Y’a un aigle qui vous attend.

  21. Il n’y a que deux révolutionnaires véritables dans l’histoire de l’humanité, c’est le Christ et le Boudha .
    Tout comme le Boudha venu annoncer la libération du Karma, le Christ est venu annoncer la libération du Drame avec un grand D . Ceux qui veulent savoir ce qu’est le Drame n’ont qu’à lire l’Ancien Testament . Le clergé juif de l’époque ne lui a pas pardonné de vouloir saper la justification idéologique de son existence et l’a envoyé en croix par romains interposés . Qui veut d’un raté comme annonceur de la parole de Dieu ? Même un Paul Jorion se pose la question , c’est dire .

  22. Le débat part dans tous les sens. Qu’en retenir ? Sur quoi s’entendre ?

    On peut s’interroger sans fin sur la validité historique des récits bibliques mais le fait est que ces récits sont là et bien là, depuis 2500 ans environ pour la partie hébraïque, un peu mois de 2000 ans pour la partie évangélique, que ces recits ont eu une influence déterminante sur la suite des choses, qu’ils sont inlassablement, le présent débat le montre, l’objet d’interprétations et de ré-interprétations, qu’ils disent des choses qui, disons, au moins nous interpellent. Jusque là difficile de ne pas être daccord me semble-t-il.

    Que disent-ils, ces textes, pour l’essentiel ?

    Que tuer ne mène à rien de bon, que celui qu’on accuse, condamne, éventuellement tue, mérite d’être défendu, qu’il ne faut idolâtrer ni aucun individu, ni aucun objet, ni aucune idée(ou idéologie), que, face à l’infini du cosmos et du mystère de l’existence, nous sommes bien tous semblables, égaux, frères en humanité, etc…

    N’est-il pas possible d’être d’accord là-dessus ? Ces quelques points ne peuvent-ils pas servir de fondation à une pensée objective et à un comportement rationnel ?

    1. Ben , ces quelques points de convergence ( où l’on retrouve sans trop de difficulté Liberté , Égalité , Fraternité ), qui ont sans doute la vertu de ne pas se limiter géographiquement au monde « occidental » , ont quand même eu quelques millénaires pour tenter une pensée « objective » et un comportement « rationnel » .

      On peut néanmoins avoir des doutes sérieux sur l’accord concernant la non-idolâtrie , au moins celle des idées ou du « grand tout » .

      C’est , en partie , ce qui m’a fait écrire ailleurs que l’arbitre de l’harmonie entre le « je  » et le « nous » , plutôt que « grand tout spirituel  » , serait sans doute plus efficacement « le grand tout qui nous environne et que nos corps connaissent ».

      Mais si on doit aller vers une réciprocité par le transfert de l’esprit et les anges , on est mal parti à mon  » avis « aussi bien que selon mes « tripes » .

  23. « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » Luc, 14-26
    S’il faut à partir de là aimer son prochain comme soi-même, cela ne revient-il pas à: « tu haïras ton prochain comme toi-même »?
    On a une petite consolation avec Marc 29-30 « 29 Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre
    30 sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »
    Je ne sais pas vous, mais moi tout cela me rend bien méditatif.

  24. @ Denis Monod Broca : Effectivement le débat part dans beaucoup de sens, mais on y trouve des indications intéressantes. On y trouve aussi des jugements péremptoires (Lévy Strauss dépressif, Lévinas aveugle, etc.). On doit être toujours trop bref, en réponse.
    Faut-il attribuer l’histoire chrétienne à la force de récits « sacrés » ou à celle des institutions qui les ont utilisés pour fasciner ? Je ne veux pas croire que les turpitudes périodiques de ces institutions sont une faiblesse passagère que les livres parviennent à effacer. L’idéologie est l’outil du prince, la chrétienté n’a jamais été loin du pouvoir d’Etat. Une histoire matérialiste prend au sérieux : la mainmise des familles nobles sur les évêchés et les couvents, la sauvagerie civilisée des croisades, la Saint-Barthélémy, l’écroulement des ordres monastiques en 1770, la révolution française et 1905, les crises actuelles de la finance et de la « chasteté » ecclésiales et leur traitement non-judiciaire… Non, ce que ces textes disent ne m’interpelle pas (plus), sauf à les resituer entre les mythes araméens et les romans de Balzac, à leur place.
    Le projet de PAul Jorion est de raconter pourquoi/comment nous, comme collectivité, ne sommes pas prêts à réagir à l’effondrement qui vient. (oui, j’ai relu). Prêts moralement, idéologiquement, politiquement, institutionnellement. « Pourquoi êtes vous si lents ? » dit Andrea Dworkin, dans un texte qui souhaite une journée sans viol dans le monde. Pourquoi maintenons-nous des systèmes démocratiques avec des processus du XIX e ? Or les sursauts institutionnels viennent APRES des épreuves (in)humaines (la guerre principalement), en réponse à la solidarité réciprocité vécue dans l’épreuve. Les textes sacrés d’AVANT … sont obsolètes, mais inspirent encore diverses dominations nationales ou culturelles.

  25. Un fameuse marque de chocolat (« la marmotte… ») insérait dans l’emballage de chaque tablette, une image de « La Plus Belle Histoire De Tous Les Temps ». La collection d’images se collait dans des albums, Ancien Testament puis Nouveau Testament et encore un autre…
    A noter qu’il s’agissait d’une démarche « œcuménique »: protestants et catholiques.
    Il y avait moyen d’échanger plusieurs doublons contre une image manquante. Si on parvenait à remplir l’album, on l’envoyait et il était retourné avec un joli colis de chocolats divers…
    Il se trouve que la relation des événements n’étaient pas trop édulcorés… C’était assez bien fait pour que, l’âge aidant, on aille y voir de plus près dans les Livres. On y découvre alors que les génocides « commandés d’en haut » y sont retracés avec force détails.

    A y regarder de plus près, il semble bien que Jésus connaissait les Écritures… Et j’aurais tendance à penser, qu’il était plus rebelle, révolutionnaire, que ce qu’on a bien voulu faire du personnage !

    Dommage que bien des fidèles n’aient pas lu l’intégralité de ces Livres !

    1. Jésus aurait mieux fait de multiplier les plaquettes de chocolat que les pains .

      Ha , si ç’avait été des pains au chocolat « la marmotte » !…

  26. Les religions… vues de ma porte…
    Il y a un malaise, de toute évidence !
    Prétendument être des éléments de cohésion entre toutes les « créatures pensantes » et, cerise sur le gâteau, avec le « créateur », elles s’avèrent, au fil des millénaires, sources de cohésion entre blocs qui s’opposent, se déchirent, se tuent.
    Qui peut le contester sérieusement ?
    Le malaise a peut-être sa source là: les « grands-prêtres », dans leur soif de mind control, ont vendu à l’humanité une nourriture spirituelle dont, certes, chacun.e a besoin, mais cette nourriture est frelatée. La cohésion de l’humanité paradoxalement, passe par l’épanouissement de l’humain à titre personnel, ce qui n’exclut pas, tout au contraire, le développement de sa relation aux autres et même à tout le vivant !
    Il a toujours été facile, et cela le reste, de vendre du pré-mâché, confortable, « industriel », et nos « ingénieurs d’âmes » en profitent au détriment de tous et de l’humanité.
    Quelques vérités, et même beaucoup, inscrites dans les Livres, telle que « l’homme domine l’homme à son détriment » ne gomment pas la qualité de poison de l’ensemble. (récursif !!!).

  27. Ce billet, sa lecture froide, historique et scientifique des religions monothéistes, révèle leur position centrale dans la construction de notre être par la véhémence des commentaires.
    Dans l’entreprise de fournir des outils pour comprendre les temps qui sont les nôtres, Paul Jorion ouvre le Bal avec de la dynamite. J’approuve, j’en ai marre des bricolages, pour faire du neuf il faut démolir l’ancien. Il n’y aura pas le « Brand New » Testament….

  28. L’évangile de Jean (16, 7-15) se montre assez explicite sur la prédominance eschatologique de la connaissance sur la foi.
    Ceci invite au fil du temps à une exégèse analytique et rationnelle des évangiles plutôt qu’à leur lecture littérale.
    Il y est laissé entendre que les temps de la prédication ne permettent pas encore une pleine compréhension de la parole mais que celle-ci est reportée aux temps futurs.
    La question se pose alors de la modification de contexte culturel entre ces deux périodes, modification permettant enfin cette compréhension.
    Cette modification semble ainsi se fonder a priori sur un progrès des connaissances (historiques, philosophiques, scientifiques, psychologiques, spirituelles, …).

    Les diverses traductions de l’évangile de Jean, encore fortement inspirées d’une multiséculaire priorité donnée à la foi sur la connaissance, peinent à présenter explicitement cette notion de « connaissance » comme la clé de la révélation ultime. Les traductions jouent souvent sur les mots pour éviter cette conclusion.

    Pourtant, cette progression historique vers la pleine compréhension eschatologique de la parole est bien placée sous le signe de la manifestation de « l’esprit », qui semble assez distinct de la notion de « foi aveugle ».

    Que l’on croit ou pas à la parole, la clé ultime en est la compréhension par « l’esprit » (humain, divin ou les deux … selon ses propres convictions).

    Le personnage de Jésus semble assez peu clément envers ceux qui attendraient la compréhension finale plutôt que de s’abandonner à une foi aveugle par défaut.
    Outre l’artifice (« compréhensible ») de prosélytisme, cette position reste philosophiquement plus que discutable.
    Elle relève plus du gourou que du sage.
    Même Siddhârta invite à éprouver et vérifier ses paroles avant d’y adhérer (conseil pas toujours mis en pratique par les adeptes bouddhistes).

  29. « Elle relève plus du gourou que du sage.
    Même Siddhârta invite à éprouver et vérifier ses paroles avant d’y adhérer (conseil pas toujours mis en pratique par les adeptes bouddhistes).
     »

    « adeptes » est le mot qui convient, et pas seulement aux bouddhistes !

    On peut étendre ce qualificatif aux adhérents des religions, mais pas que, encore à tous les systèmes de pensée, y compris scientifiques.
    Le terme qui accompagne « adepte » est celui de « secte ».
    Bien entendu, chacun ne se sent pas pris dans une secte, mais quand il observe un « proche » pris dans une secte, il constate qu’il est extrêmement difficile de l’en (faire) sortir: il faut que cela vienne de l’adepte lui-même.
    Aussi, chacun doit se regarder dans un miroir et se demander s’il n’est pas lui-même enfermé dans ce genre de boîte !

  30. Bonjour adoque,
    Selon la notion hindoue d’illusion de la māyā, nous y serions tous au départ, dans cette boîte (même moins serrés que dans la chanson), par notre seule croyance « naturelle » en la réalité d’un « monde environnant » en soi et conjointement en celle de tous les êtres et phénomènes qui y participent.

    Cette grande secte d’illusionnés se dispatcherait ensuite en une multitudes d’autres secondaires.
    Les idéologies et partis politiques participent pour sûr d’un principe illusoire comparable …
    Les sensations et le mental nous tendant perpétuellement ces pièges de croyance illusoire. La libération pourrait alors venir, selon une réaction naïve, d’un dépassement du mental … nouvelle illusion puisque les notions mêmes « d’illusion », de « libération », de « dépassement », etc. sont elles-mêmes des constructions mentales.
    Le méditant « libéré » retombe dans sa prison mentale dès qu’il s’imagine libéré et d’autant plus s’il le proclame.
    Les prétendus « éveillés », répertoriés par les livres d’Histoire, qui parlent de leur propre « libération » ou d’une possible « libération » a priori sont au moins des sots, au pire des gourous.
    Les traditions orientales n’échappent pas au piège, du simple fait qu’elles ne présentent pas nécessairement le « gourou » et son rôle sous une acception péjorative.
    La notion de « libération du mental » constitue un piège plus sournois mais un piège tout de même.

    Une « libération » éventuelle, dans ce contexte, ne peut être un « état » (psychique) mais une dynamique perpétuelle de remise en question.
    Tout prétendu « état » de libération constitue lui aussi un piège.

    Une porte de sortie (ouverte mais jamais entièrement franchie) : une métaphysique des paradigmes, non exhaustive et en perpétuelle amélioration, présentant chaque paradigme selon ses fondements et conséquences, ses avantages et inconvénients, permettant alors à la liberté humaine d’y jouer à sa guise en les relativisant chacun et « tous » (et surtout ceux à venir, la liste est sans fin) par un jeu perpétuel de pas en avant ou en arrière.

    Besoin aussi d’y étudier les diverses approches et acceptions (présentes et à venir) de cette prénotion de « liberté » …

    Nécessité de répertorier par ailleurs les divers langages (dont le langage usuel, en disposition séquentielle, ne constitue qu’une option archaïque) selon une ouverture semblable.

    Etc. Etc.

    Ce qui soude les membres de la secte (et les y enferme) consisterait apparemment à la base en une préférence accordée, chez l’adepte, au « confort psychique du consensus » des descendants de singes que nous sommes à « l’inconfort psychique de la dissidence » (voire de l’isolement) consécutive généralement d’un esprit critique exacerbé.

    Cordialement,
    pascal

    1. Bonjour pascal
      « Une « libération » éventuelle, dans ce contexte, ne peut être un « état » (psychique) mais une dynamique perpétuelle de remise en question.
      Tout prétendu « état » de libération constitue lui aussi un piège.
       »

      Avec mes mots, le dis que la vie toute entière est (devrait être) constituée de ce chemin erratique (où l’on peut, et se tromper, et être trompé)… Un parcours qui mérite le respect à hauteur du risque que l’on prend.
      Bien sûr, il est plus confortable de « suivre le mouvement »… si c’est « héréditaire », nous avons tout de même les moyens de discerner une évolution par rapport à nos ascendants, et donc, la responsabilité d’utiliser ces nouveaux outils qui nous différencient… « des singes ».
      Faute de le faire… on en vient à envisager la disparition de l’espèce; somme toute, rien d’anormal.

  31. Surgit ici instinctivement l’hypothèse théorique d’une vie « libérée de tout paradigme ».
    Hypothèse, elle aussi, à étudier.

    Personnellement, j’ai rarement observé un humain « libéré de tout paradigme » qui marchait à l’aveugle d’avant en arrière puis de gauche à droite en heurtant régulièrement les murs ou les arbres, libéré de la douleur consécutive des chocs, sans jamais fonder ses mouvements sur un quelconque paradigme spatial, même élémentaire et intuitif.
    Je n’ai jamais non plus repéré un tel original en milieu urbain qui bravait « librement » l’arrivée d’un bus pour traverser la route hors passage pour piétons.
    Selon un autre paradigme, plus mathématique, ses chances de survie au-delà de quelques jours resteraient assez maigres.
    Sauf à considérer ici qu’un profond état d’ébriété constituerait une telle libération … à étudier !
    Pour l’anecdote, les habitudes alimentaires rituelles de certains précurseurs du taoïsme les conduisaient à se nourrir essentiellement de végétaux fortement fermentés donc alcoolisés. A méditer aussi …

    1. Citons ici la célèbre introduction du présentateur attitré d’un ancien groupe punk wallon :
      « La réalité est une illusion créée par le manque d’alcool ».

    2. Vous qui n’appréciez pas Hubert Reeves , il vous a pourtant précédésur cette conclusion en écrivant en 1986 un bouquin intitulé ( l’heure de s’enivrer , l’univers a-t-il un sens ? » , et qui se terminait sur la citation de Baudelaire ( spleen de Paris) , que j’ai faite moi même assez souvent ici . Elle rebaptise les « frères humains qui après nous vivez  » de François Villon , en les  » esclaves martyrisés du temps  » .

      C’est personnellement sur cette intuition désespérée du temps , que je n’ai pas encore trouvé de meilleure façon d’y échapper qu’en le reconnaissant au travers d’une représentation imparfaite , à ma portée , avec un moteur à quatre …temps .

      C’est d’ailleurs cette lecture aussi lucide que possible de l’usage que je , et que nous , faisons de ces quatre repères , qui me permet d’échapper autant que je peux aux pleurnichards ( passé dévoyé ) , aux exhibitionnistes ( hors temps dévoyé) , aux gourous
      ( présent , « réification  » dévoyés) , tyrans ( futur dévoyé) .

      Ça reste une simple boîte à outils , qui n’a pas encore fini de me construire moi même , mais elle me permet de tenir tant bien que mal la route . Au moins la mienne , qui parait pas trop pesante pour mes proches .

  32. La situation (paradoxale au premier regard) de « l’adepte volontaire », optant de céder au confort psychique de la soumission sectaire (à un gourou ou à un consensus sans gourou) pour se « libérer » (c’est peut-être sa conception de la liberté) de l’inconfort psychique de la quête (intellectuelle et/ou spirituelle) solitaire ou simplement moins balisée, constitue une option à considérer avec déférence.

    Se pose toutefois la question de la prise de responsabilité individuelle de l’adepte envers l’extérieur de la secte (surtout si celle-ci montre des dérives évidentes) …

  33. Oui. Il me semble que tout dogme soit une vaine tentative d’échapper au temps.
    La voie « idéale » n’étant pas ici une porte de sortie mais plutôt d’entrée en une symbiose plus intime avec la temporalité vécue (à ne pas confondre avec la notion de « temps », qui en est une fixation « spatialiste » emprisonnante).
    Des « 4 dimensions » spatio-temporelles (en approximation euclidienne), la priorité serait à donner à la temporalité en ne posant même plus le temps comme une « dimension » (même si cette représentation reste cohérente dans les modèles figés des physiciens) mais en remplaçant cette notion morte par la dynamique vivante de la temporalité.

    Le poète effectue généralement cette pirouette existentielle, en effet.
    Le scientifique ou le croyant dogmatique, plus difficilement.

    P.s. Quand, je dis ne pas apprécier H. Reeves outre mesure, c’est surtout une boutade quant à son statut de référent intellectuel récurrent par le seul argument d’autorité de son CV scientifique.
    Sinon, le brave homme m’irrite assez peu par rapport à d’autres scientifiques.

    1. Je n’avais pas posé mes « repères » comme une dimension , mais comme une commodité pour accrocher et le sensible et le plus ou moins matériel .

      Le « hors temps » n’est pas vraiment la tasse de thé scientifique.

      Je ne partage pas plus la révérence aux référents scientifiques ou pas , que je ne crois aux classifications sectaires immuables entre scientifiques et poètes , même si bien évidemment les aptitudes et inclinations ne sont pas les mêmes ou pas dotées de la même intensité .

      Pour la symbiose à la dynamique vivante de la temporalité, à défaut d’y avoir accès facilement , j’ai parfois l’impression d’avoir ainsi une chance de m’en approcher , en tant que mes repères sont partagés par les entités vivantes .

      Mais il ne s’agit pas d’un concours pour accéder à la meilleure clé, mais d’avoir une intention sur ce l’on veut faire de la clé, de la Liberté , de l’Egalité et de la Fraternité étendue au Vivant .
      Pour ça, mon  » juge de paix », est le sourire .

      PS : Pour être transparent , je précise que mes élucubrations sont un héritage d’un contact avec une approche dite « P2L » ( Lien et Loi) développé par un dénommé Meyer Ifrah , contact déjà ancien , et que j’ai un peu retraité à ma manière en la « polluant » de quelques autres de mes butinages ( parents , lectures ,drames ,activités professionnelles …), ce qui provoquerait sans doute ses cris d’effroi et de désolation , si le  » à deux doigts d’être gourou » qu’il est peut être devenu me lisait !

      1. Juannessy, le jour est bon !
        « Je ne partage pas plus la révérence aux référents scientifiques ou pas , que je ne crois aux classifications sectaires immuables entre scientifiques et poètes ,… »

        Moi non plus ! La science étant elle-aussi affublée de son système de croyances… Mais il y a des scientifiques plus dogmatiques que d’autres…
        La poésie, l’art, sont alors des outils qui permettent de s’échapper des cadres, ce qui ne signifie pas, au contraire, s’éloigner de la réalité. (Ici, je place un sourire intérieur ;-)…)

        J’apprécie votre gymnastique !

      2. @Adoque :

        « Sortir du cadre » , c’est encore en avoir un , si possible plus « vaste » .

        La sortie est sans doute plus essentielle que le cadre.

      3. Au passage , la science nous a offert , au moins depuis un siècle des occasions de « sortie du cadre » au moins aussi énormes que la poésie !

        Côté « vertiges » , on est servi !

  34. Sur votre vidéo du 20 Octobre 2017
    Sur l’aquabonnisme.
    Il me semble que vous demeurez dans une recherche de solution dans l’individu, un individu qui deviendrait raisonnable, un nouvel homme nouveau en somme.
    Je pense que cette démarche n’a aucun intérêt, qu’elle est même anxiogène.
    Je crois que c’est au niveau du groupe que quelque chose peut se passer. Je crois que rien ne peut se passer sans une domestication, le développement d’une culture de la gestion de l’intelligence collective. Je crois que c’est à ce niveau qu’une quelconque dialectique peut passer d’un concept à une réalité concrète, pratiquée, robuste, n’excluant donc aucune source d’information et de proposition, donc aucune personne, aucun « ennemi du peuple » potentiel.
    Lisez Elinor Ostrom, un autre prix Nobel d’économie, ce sera un début, encore que bien insuffisant et trop balbutiant.

      1. Vous pouvez commencer par le Wikipédia sur Elinor Ostrom.
        Si ça vous inspire, vous pourrez trouver un livre en Français « La gouvernance des biens communs ».
        En politique, après la tentative sabordée de Nouvelle Donne, le MOC est en très bonne voie d’une gestion et d’une organisation relevant de l’intelligence collective, le seul à ma connaissance (les mouvements autogestionnaires demeurent prisonniers d’un « mythe de l’absence de structure » qui les rend impuissants).
        Dans la même veine, il y a le travail actuel de Patrick et Anne Beauvillard et l’institut des territoires coopératifs. Les principes de « maturité coopérative » qu’ils ont dégagé de leur expérience me semblent à retenir.
        Dans les entreprises, qui sont sans doute le plus en pointe sur ce sujet, Olivier Zara me semble le plus pertinent. Gros bémol, les entreprises qui font appel à la gestion de l’intelligence collective ne font en général pas entrer le capital dans le giron de cette gestion coopérative (sauf pour celles, assez rares, qui ont opté pour les principes de la sociocratie, dont les modalités sont à revisiter du fait des NTIC, en particulier le double lien, inutilement lourd aujourd’hui).

      2. Juannessy,
        Merci de me relancer, mais je l’ai déjà fait à plusieurs reprises, par exemple pour les convivialistes, ici même, sur mon modeste blog aussi. J’ai un projet de livre en chantier sur ce sujet, mais pour le moment, je n’ai pas encore beaucoup de temps pour y travailler, dans moins d’un an la retraite!

    1. Lorsque l’on critique, dans une grande finesse libertarienne, toutes les institutions sauf le monnaie, on se présente forcément comme candidat favori au pseudo-Nobel d’économie.
      L’économie ne risque pas de sortir de sa position de pseudoscience par une voie aussi peu crédible.
      Si « l’intelligence » concernait ce prix bidon, cela se saurait.

  35. @Juannessy
    « la science nous a offert , au moins depuis un siècle des occasions de « sortie du cadre » »

    C’est bien pour cela que j’aime bien les scientifiques « poètes » ou « artistes », apparemment moins rigoureux, mais finalement plus ouverts aux réalités, y compris celles qui les dépassent !

    « vertiges« … il me souvient la narration des soirées autour de feux de camp, par Werner Heisenberg avec ses amis physiciens, soirées mêlant musique et discussions animés… (La Partie et le Tout)

    1. La rigueur qu’elle soit scientifique ou poétique n’est pas que raideur et sévérité .

       » le plus admirable , c’est que son esprit ( de Paul Valéry), sans rien quitter de sa rigueur , a su garder toute sa valeur poétique  » ( André Gide ,Journal )

  36. Juan,
    D’accord avec vous sur les occasions scientifiques de faire du hors-piste.
    Et ce n’est qu’un début. Je pourrais vous présenter des ouvertures inédites (scientifiquement cohérentes) qui dépassent de loin les élucubrations les plus fantaisistes des « sciences » occultes.
    Les synchronicités de CG Jung (qui distraient notamment les adeptes new age) ne sont que rigolade en comparaison d’autres originalités scientifiquement plus cohérentes mais bien plus déconcertantes.

    Mais les dérives de pseudoscience (non pertinentes et jouant sur les failles de la vulgarisation scientifique) sont déjà omniprésentes et jouer à ce jeu du hors cadre risque de faire de la culture une soupe qui ne profitera qu’à ceux qui en ont le pouvoir, comme lors de la grande époque de l’obscurantisme religieux.
    C’est principalement pour cela que je garde ici une position excessivement critique (jusqu’à l’obsession) dans le registre de l’imaginaire d’inspiration scientifique.
    Il est possible d’exploser les cadres bien plus que ce qui existe actuellement et en accord avec des modèles scientifiquement pertinents (existants ou nouveaux).

    Par exemple, il est aisé de démontrer que tout récit de création de l’univers (avec ou sans dieu) ne peut relever que d’une cosmogonie mythique. Il « n’y a pas eu de création de l’univers », c’est ontologiquement incohérent et truffé d’anachronismes, communs à tout récit cosmogonique (usuellement religieux).
    Le big bang peut être accepté comme modèle « atemporel » ad hoc, un modèle physique sous-jacent à la structuration des phénomènes physiques macroscopiques, dans une approche spatio-temporelle de type univers 4D de Minkowski. Mais dire que le Big Bang a eu lieu et le raconter en les termes d’un récit correspond à une dérive faite d’anachronismes aussi grossiers que de poser Astérix comme l’ancêtre d’Uderzo.
    Ceci replace conjointement toute idée de « créateur de l’univers » (religieuse ou non) au registre de la littérature mythologique. Ceci n’est qu’un maigre exemple à peine esquissé (l’arbre qui cache …).

    L’héliocentrisme n’est pas non plus, autre exemple, plus pertinent que le géocentrisme … ou à peine. Etc.

    Vous pourriez alors constater que les vertiges servis depuis le siècle dernier n’étaient que l’apéro.

    Quant aux mirages promis par la cybernétique (pour revenir à un billet récent), cela relève au contraire plutôt du bluff médiatique que de l’explosion pertinente des cadres.
    Bluff au service, d’une part, de divers lobbies aux projets moins merveilleux que le marketing de Palo Alto ne le présente.
    Bluff financier aussi, à finalité d’entretenir une bulle spéculative fortement surfaite sur les GAFA et une floppée de start-ups qui engouffrent des sommes colossales … bulle financière qui explosera bien avant la chère singularité annoncée par les prophètes transhumanistes. Attention au prochain éclatement.

    Mais pour l’explosion des cadres conceptuels des modèles scientifiques à venir, cela sort (encore plus) du contexte du présent billet de départ de la discussion, voire même du blog dans son ensemble.
    Cette digression possible est sans fin mais il est peu pertinent d’avancer ici sur la toile certains éléments sans précaution.

    Sinon, un grand merci pour votre convivialité très humaine (au sens noble), vos commentaires enrichissants et les diverses références instructives.

    Bonne continuation.
    Cordialement,
    pascal

    1. Non non Hervé, vade retro, le Prophète Pascal a dit :
      « Lorsque l’on critique, dans une grande finesse libertarienne, toutes les institutions sauf le monnaie, on se présente forcément comme candidat favori au pseudo-Nobel d’économie.
      L’économie ne risque pas de sortir de sa position de pseudoscience par une voie aussi peu crédible.
      Si « l’intelligence » concernait ce prix bidon, cela se saurait. »

      1. Bon en même temps les prophètes-bouche-en-fleur-de-nave qui te balancent impunément que « l’héliocentrisme n’est pas plus pertinent que le géocentrisme… ou à peine »…

      2. En science et en logique :
        valider le général valide le particulier,
        invalider le particulier invalide le général.

        En pseudoscience :
        valider le particulier valide le général.

  37. La physique a compris depuis un siècle qu’un modèle valide au niveau microscopique ne l’est pas nécessairement au niveau macroscopique et vice versa.
    En économie, la compréhension est plus lente.

  38. Divers ordres de grandeur de la taille d’une population :
    – 10 (rang 1) : équipe de foot,
    – 10 000 (rang 2) : communauté d’Elinor Olstrom,
    – 10 000 000 (rang 3) : nation,
    – 10 000 000 000 (rang 4) : Humanité.

    La suite est géométrique de raison 1000.
    Aucun scientifique sérieux n’imaginerait que les modes organisationnels efficaces puissent être simplement transposés d’un rang à l’autre (de haut en bas ou de bas en haut).

    Il y a assez peu de pertinence scientifique (sinon par curiosité anecdotique) à demander à des spécialistes de l’organisation des rangs 1 et 2 (Elinor Olstrom, Pep Guardiola, Didier Deschamps, etc.) leur avis sur la gestion des rangs 3 et 4.

    Pourquoi pas un prix Nobel à Aimé Jacquet pour son titre à la coupe du monde 1998 ?

  39. Il me semble que le prosélytisme de l’Islam interdit de classer cette religion dans la catégorie de la « non réciprocité ». L’Islam a une vocation politique et « internationaliste ». L’infidèle est un frère potentiel, ce qui n’est guère le cas dans le judaïsme, par exemple. Les trois catégories de Temple semblent intriquées dans chaque système religieux. La réciprocité positive n’a pas été inventée par le Christ, elle est présente sous la forme de la charité dans toutes les religions du monde. De même que la réciprocité négative qui déclasse en barbare les non-membres n’est pas spécifique à l’Islam. Mahomet n’est-il pas simplement un Jésus qui a réussi? Il termine sa vie en chef politique, militaire et religieux.
    Si l’exercice est ici de se demander ce que pourrait être aujourd’hui un couple Jésus/Paul, nous avons peut-être des candidats à la succession de Paul, beaucoup moins à celle de Jésus. Ce dernier n’a pas été divinisé par les apôtres à cause de ses beaux discours mais par la globalité de son personnage, mort sur la croix comprise. De même, Rousseau ne serait pas Jean-Jacques sans sa fin recluse et misérable. Il faut une chute spectaculaire. La plus haute valeur de la réciprocité positive ne peut être transmise que par le sacrifice ou l’aliénation d’une vie d’homme. La modernité appelle « terrorisme » ou simplement « obscurantisme » les trajectoires individuelles de cet ordre. Pour résoudre le dilemme, il ne faut peut-être pas chercher un trésor méconnu dans les origines du christianisme, mais plutôt interroger la modernité libérale elle-même, comme le fait Emmanuel Todd (la méritocratie porte les germes de la violence) ou Pankaj Mishra : « Pour échapper aux dualismes vains Est/Ouest et religion/raison, nous devons regarder à nouveaux frais l’événement le plus décisif de l’histoire de l’humanité : le développement d’une civilisation industrielle et matérialiste, qui, partant de Grande-Bretagne et de France, s’est étendue vers le vieux monde asiatique et africain et le nouveau monde américain et océanien, créant les conditions originelles de notre état actuel de solidarité négative. » (trad. J-M Bourdin).

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