Création monétaire ex nihilo : le vrai complot n’est pas celui qu’on vous raconte, par Jean-Baptiste Auxiètre

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

J’ai été surpris de voir véhiculer par un média ou un Média qui s’imagine de gauche, la théorie créationniste selon laquelle les banques commerciales créent de la monnaie ex nihilo quand elles prêtent = quand nous empruntons.

En fait, et cela va de soi, c’est faux : on ne peut pas prêter de l’argent par une « simple écriture comptable », seules les banques centrales sont autorisées à produire de la monnaie.

D’où vient la naïveté qui conduit des gens éduqués à croire aussi facilement ce bobard ?

Elle provient d’une incompréhension totale des personnes appartenant aux 99% (à savoir en France, les personnes ayant des revenus mensuels entre 0 et 8.000€) que d’autres se situent complètement dans d’autres sphères. La plupart des gens arrivent à comprendre ces différences de salaire de 0 et 8.000€, mais le monde du 1% dépasse leur compréhension.

Le bas du 1% en gros ce sont les footballeurs : les pauvres de la classe supérieure. On parle de salaires indécents mais côté revenus, ce ne sont que des pauvres chez les riches et il y a bien une différence entre salaires et revenus, surtout pour les riches ! Le facteur d’échelle entre monsieur tout le monde et le footballeur est x 1.000. Ce qui est déjà énorme mais il est de x 1.000.000 par rapport aux plus riches. Il suffit donc de 70 « les plus riches » pour être aussi riches que tous les autres (en fait c’est en général moins, sauf peut-être en France) !

Personne n’ose imaginer que ces riches soient assez riches pour prêter tout l’argent du monde, ou plutôt pour prêter de l’argent à tout le monde, pour assurer le crédit immobilier d’absolument tout le monde. Mais en fait, ils le sont !

Si les gens sont prêts à gober que les banques commerciales créent ex nihilo l’argent qu’elles prêtent c’est parce que naïvement ils s’imaginent que l’argent des plus riches ne suffit pas à prêter à tout le monde, alors que ce sont bien eux, les plus riches, qui prêtent l’argent dont disposent les banques, à partir de leur richesse colossale.

Les ploucs comme nous refusent d’admettre – nous reculons devant l’indécence de penser une chose pareille – que les riches et leur argent disponible suffisent largement pour prêter à tout le monde ! Et qu’en faisant cela ils doublent encore leur mise, le montant prêté, au bout de 30 ans.

Cacher aux pauvres ou aux gens de la classe moyenne qu’ils travaillent essentiellement pour enrichir les « vraiment » riches, voilà où est le véritable complot ! Quand les ploucs comprendront-ils l’indécence du système comme il fonctionne vraiment ?

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117 réflexions sur « Création monétaire ex nihilo : le vrai complot n’est pas celui qu’on vous raconte, par Jean-Baptiste Auxiètre »

    1. Du grand n’importe quoi de a à z par des gens qui n’ont strictement rien compris au sujet dont ils sont censés parler.
      Je vous rassure… ça fait bien 6 ou 7 ans que la pauvre argumentation de Plihon (qui se contente de répéter les âneries que d’autres ont repomper bien avant lui) a été démontée en long, en large et en travers ici même.

      Malheureusement, l’adage se vérifie toujours : on ne peut pas faire boire un âne qui n’a pas soif.

      1. @ Julien Alexandre

        Peut-être Paul Jorion a t il entièrement raison sur le sujet. Qu’est-ce que j’en sais ?

        Je lirai probablement son livre. Ainsi qu’un ou deux autres défendant des thèses opposées, de Jean-Marie Harribey ou de Dominique Plihon. Lorsque j’aurai le temps.

        Mais encore une fois, sur le sujet du fonctionnement de l’économie je n’ai ni les compétences de Paul, ni celles de Jean-Marie ou de Dominique (professeur d’économie et ancien président du conseil scientifique d’Attac). La seule chose que je soupçonne, mais alors que je soupçonne vraiment très fort, c’est qu’aucun d’entre eux n’est un âne bâté. Contrairement à ce que vous suggérez très fortement au sujet de Dominique Plihon 🙂

        Je note que « grand n’importe quoi », « pauvre argumentation » et « âneries » ne sont pas des arguments.

        Concernant « démontée en long, en large et en travers ici même », pourriez-vous me donner le lien d’un texte du blog qui démonte cet article du Monde Diplomatique ?

      2. @Julien Alexandre :

        Je l’exprimais autrement ( faiblesse de la raison devant le corps ) en citant comment pour mon premier marmot qui grimpait sur les tables pour faire le clown , je l’engueulais , lui tapais sur les fesses ( ça se faisait encore ) et lui faisais une explication des risques . Pour la seconde , je me contentais de lui dire  » attention tu vas te faire mal » . Elle s’en foutait , grimpait sur la table , se cassait la figure , se faisait mal .

        Elle a appris à ne pas monter sur les tables inutilement beaucoup plus vite que son frère .

        Mais là faut reconnaître qu’il y a beaucoup de candidats pour monter sur la table, et que ceux qui y montent en nombre se foutent de ceux qui sont scratchés par terre .

      3. Encore plus loin , pour épaissir le brouillard :

        comment faire apparaitre ou disparaitre une monnaie pure « sucre » ( comme on peut dire en Équateur ou dans les pays de l’ALBA ) ,

        http://www.matvpratique.com/video/5741-magie-le-tour-de-la-piece-magique

        Mais , comme au loto et au bonneteau , il n’y a que ceux qui ne jouent pas qui n’ont pas perdu .

        L’ennui avec le capitalisme schumpeterien ou pas , c’est que ceux qui jouent font payer ceux qui ne jouent pas .

  1. De toute évidence nombreux sont encore ceux qui confondent argent prêté par la banque: crédit et reconnaissance de dette argent reprêtée ! Quand on fait un crédit de 1000 euros au coiffeur il peut les prêter au boucher qui fera une reconnaissance de dette au coiffeur puis au chauffeur qui fera la même chose etc… avec 10 personnes il y aura 10.000 euros de reconnaissance de dette mais seulement 1000 euros prêté et ces 1000 euros ne pourront être dépensé qu’une fois par le dernier ! Il n’y a au total et toujours 1000 euros de monnaie, 1000 euros de crédit mais 10000 euros au total d’argent prêter mais par par la banque. Additionner toutes les reconnaissances de dette ne donne pas la quantité de monnaie en circulation et donne un chiffre bien au delà mais cela n’est pas de la monnaie qui elle ne peut être dépensée qu’une fois même si elle peut être re-prêtée autant que l’on veut

  2. Une autre (vieille) controverse à réanimer.

    Il y a assez longtemps, Paul nous a alerté sur les découvertes « neuro-psychologiques » de Benjamin LIBET et elles ont été longuement discutées ici. Elles permettent de jeter un regard dérangeant sur notre fonctionnement intime. En fait, elles remettent en cause nos croyances sur le libre arbitre et la solidité des témoignages, entr’autres. Mieux, une généralisation un poil imprudente permettrait d’invalider une des bases de la psychanalyse. C’est dire la passion induite par ces découvertes. ( L’interprétation quantique sur un temps -durée- négatif est une spéculation sans intérêt.)

    Au gré de mes lectures, je note sur mon carnet spécial les observations que je crois se rattacher à LIBET.

    Le contexte: une collision entre 2 avions de chasse au cours d’un exercice de nuit. Miracle: les 2 pilotes s’éjectent et sont indemnes. Les avions s’écrasent dans des zones inhabitées.
    Le suspense n’est pas là.
    Suite au choc, le témoin n’a que quelques secondes pour agir. Dans un premier temps, il croit ne pas pouvoir lutter contre la force centrifuge. Son corps est plaqué contre la paroi et déclencher l’éjection signifierait sa mort, il le sait. Finalement, il parvient à « se rassembler » et s’éjecte. En résumé, ses pensées du moment, et ses paroles en font foi, disent « c’est fini » alors que son corps agit en autonomie pour survivre. La dernière phrase du témoignage est une superbe tentative de rattrapage… et un exemple de la « dynamique des affects », Copyright Jorion.

    citation:
    « Là, il me faut faire un aparté rapide sur la mémoire humaine. Pendant toute la descente en parachute et les jours suivants, je suis absolument persuadé que j’ai dit à la radio : « Je m’éjecte » ! Et bien, ce n’est qu’après avoir écouté les bandes que les enquêteurs se sont rendu compte que c’est Jean-Marc [son équipier de patrouille, hors du coup] qui parle d’éjection et moi, effectivement, je dis quelque chose pour lui répondre… mais ce que je dis c’est « je ne peux pas ! ». On l’entend très clairement. Bizarre comme la mémoire est trompeuse… et sélective ! Les neurones enregistrent ce qu’ils veulent bien enregistrer et éliminent le reste ! Comme si, sur ce disque dur cérébral, on enregistre le positif et on élimine le négatif ! »

    Les anciens Grecs, je crois, disaient qu’il y avait 2 sortes d’hommes, les marins et les hommes. Aux marins, il faut y ajouter les aviateurs… « homme » est du genre neutre. Les femmes le désirant y sont incluses.

    1. Je me souviens donc je me trompe
      Documentaire inédit écrit et réalise par RAPHAÊL HITIER conseiller scientifique, PASCAL ROULLET neurobiologiste
      PRODUCTION SCIENTIFILMS / ARTE FRANCE / CNRS IMAGES
      https://vimeo.com/195083927

      Elizabeth Loftus: Les inventions de la mémoire
      https://www.youtube.com/watch?v=PB2OegI6wvI

      Mémoire et émotion
      http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr/les-memoires/la-science-de-la-memoire/memoire-et-emotion?utm_content=bufferdb50e&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

      Mémoire et traumatisme
      http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr/publications/memoire-et-traumatisme-conference-de-denis-peschanski-et-boris-cyrulnik

      La mémoire fut un des thèmes central de la semaine du cerveau 2017

      1. @ Chantal.
        Merci.
        Vu la première vidéo.
        Pour le début seulement:
        Ils passent à côté d’une information capitale: le « comment ». Et c’est là où Libet fait son apparition. Dommage que les auteurs n’aient pas vu ou su. La « dynamique des affects » joue son rôle de tri fixateur en complément de l’effet Libet. Les 2 phénomènes n’interdisent pas la création mémorielle « pure » sans base vécue, aux effets potentiellement dévastateurs comme le montre bien la 2.nde vidéo.

        Libet permet aussi de répondre au « pourquoi », au moins pour les jeunes enfants en phase d’apprentissage: explorer toutes les possibilités de l’espace des représentations et trier. Il va de soi que nous sommes à vie en apprentissage. Une vue mécaniciste de la progression du vivant vers la complexité , c’est dire explorer toutes les liaisons biochimiques, donne une analogie acceptable. Les retours en arrière et les blocages ne sont pas exclus.

        Ce qui précède sont des errements, tribus de mon intérêt pour cette découverte. Il faut ajouter qu’elle ne s’applique pas aux actes réflexes, du moins je ne le crois pas, ni aux actes posés en résultat d’un projet ou d’une réflexion préalable. Mais les interstices où le malicieux Libet peut se glisser restent innombrables.
        Libet? un grain de sable dans nos certitudes, mille fois répété.

  3. Bonjour à tous,

    J’ai lu l’argent mode d’emploi il y a peut être 5 ans et en relisant cet article il y a certains choses qui restent toujours floues pour moi. Ne pouvant le relire en ce moment, je m’excuse par avance si mes questions sont hors sujet mais je souhaiterais avoir quelques clarifications.

    Je comprends que la confusion principale vient de confondre monnaie et reconnaissance de dette (qui par ailleurs peut-être utilisé comme moyen de paiement).

    Peut-on admettre alors que les banques commerciales peuvent créer de la reconnaissance de dette, ce qui est déjà un pouvoir important dans notre système ?

    On peut ensuite se dire que ce pouvoir est limité et contrôlé grâce au système de réserves, qui impose une limite des encours (en rapport avec la vitesse de circulation). Dans ce cas sait-on si les réserves sont vraiment contraignantes, ou si les banques centrales s’alignent à la demande de crédit et aux demandes des banques commerciales ? Si c’est le cas on pourrait alors penser que ce sont les banques commerciales qui décident de la création de monnaie centrale (même si elles ne l’impriment pas elles mêmes.) => avez vous des éléments sur ces points ?

    Un dernier point, je sais que les banques commerciales peuvent emprunter de la monnaie centrale, ce qui revient à injecter de la monnaie centrale de manière temporaire, je me trompe ? Encore une fois, est-ce contraignant, avez vous des éléments la dessus ?

    Merci d’avance

    1. « Peut-on admettre alors que les banques commerciales peuvent créer de la reconnaissance de dette, ce qui est déjà un pouvoir important dans notre système ? »

      Tout le monde peut créer de la reconnaissance de dette : si tu me prêtes de l’argent, je t’écris sur un bout de papier que je te dois des sous, je date et je signe, c’est ce que les Anglo-saxons appellent un « IOU » = « I owe you » – « Je vous dois ». Pour qu’elle puisse circuler, pour qu’elle soit « fongible », pour qu’elle soit « négociable », pour qu’elle puisse servir de pseudo-monnaie, il faut encore qu’elle soit garantie officiellement, ce qui a lieu sur un « marché primaire » des instruments de dette. Les banques s’occupent en effet de cela.

      Ceci dit une reconnaissance de dette est ce qu’elle dit être : c’est la reconnaissance d’une dette qui est de tel montant, sera remboursée tel jour, et donnera lieu à tel ou tel versement d’intérêts.

      1. Merci pour votre réponse Paul,

        Et quel est votre avis sur mon second point, à savoir est-ce qu’il se pourrait que dans le régime actuel, ce ne soit pas vraiment les banques centrales qui encadrent l’émission de « pseudo-monnaie » mais plutôt les banques commerciales, soit à cause de règles pas assez contraignantes, soit parce que la politique de création monétaire des banquiers centraux s’alignent sur la demandes des banques commerciales, soit parce que les banques centrales peuvent emprunter de la monnaie centrale à tout moment (je suis curieux en particulier sur ce dernier point) ?

        Merci

    2. Après le café du Commerce, le Café de la Bourse ! C’est sympa non ?

      Juste un petit lien pour juste rappeler M1 M2 M3 en très succinct !

      ( https://www.cafedelabourse.com/lexique/definition/masse-monetaire) :

      « La masse monétaire possède trois principales contreparties.

      les opérations sur devises
      les créances sur le Trésor Public
      les créances sur l’économie

      La masse monétaire indique aux acteurs économiques la possible évolution des prix selon la théorie quantitative de la monnaie

      Au sein de la zone euro, la Banque Centrale Européenne (BCE) a établi la classification suivante :

      M1 est un agrégat qui regroupe en euros : pièces, billets, avoirs en comptes chèques

      M2 regroupe M1 plus tous les comptes sur livrets des résidents de la zone euro

      M3 regroupe M2 et les instruments négociables, les titres d’OPCVM monétaires (SICAV ou FCP) ainsi que les titres de créance d’une durée initiale inférieure ou égale à 2 ans émis par les IFM. »

      C’est simple hein et clair !

      Puis bien entendu on se dit mais qu’est ce qu’un IFM n’est ce pas ? Ben simple :

      (https://www.banque-france.fr/sites/default/files/media/2016/12/20/methode_sm_hors_taux_dinteret_bancaires_fr.pdf), puis on peut lire

      Extrait :

      « Contreparties de M3
      Les contreparties de M3, qui constituent les principales sources de la création monétaire, sont identifiées ou construites à partie des rubriques du bilan des IFM non reprises dans les agrégats :
      – les ressources non monétaires des IFM4
      (hors fonds propres),
      – les placements des IFM en titres émis par des non-IFM,
      – les crédits accordés par les IFM aux non IFM,
      – le solde des créances et des engagements des IFM sur les non-résidents
      – le solde des créances et des engagements entre IFM6
      – un poste « divers ». »

      Moralité quoiqu’en dise donc, M3 fait partie de la masse monétaire c’est donc de la monnaie, et comme « – les crédits accordés par les IFM aux non IFM, » en sont, cette dette est donc la monnaie, le reste est querelle de clocher pour cloches.

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