ALLEMAGNE, QUELS JEUX SONT FAITS ? par François Leclerc

Billet invité.

La première impression passée, les adhérents du SPD vont-ils avaliser l’accord signé par leurs dirigeants ? Qu’est-ce qui va l’emporter dans leur esprit ? La nomination de ceux-ci à trois postes ministériels-clé, ou le contenu de l’accord qu’ils ont signé ? Sur quoi va porter le référendum au moment de voter, la composition du gouvernement ou son programme ?

L’accent a été mis sur ces nominations aux ministères des finances et des affaires étrangères et sociales (des reconductions dans ces deux dernier cas). Et dans celle d’un membre de la CSU au ministère, intitulé « de l’intérieur et de la patrie », destinée à le garantir sur la question de l’immigration. Mais comment les interpréter : Angela Merkel a-t-elle du s’y résoudre face à des demandes pressantes, afin d’emporter le morceau, ou au contraire a-t-elle ainsi acheté un accord dont elle a en réalité maitrisé le contenu ?

L’attribution des postes, quelle qu’en soit la raison, a été un élément essentiel des tractations finales qui ont duré. Concernant les contenus, l’alignement de l’accord sur les thèses de la CSU concernant le regroupement familial des réfugiés avait déjà été noté. Et l’on sait maintenant que les sociaux-démocrates n’ont pas davantage obtenu satisfaction dans deux domaines qui leur étaient chers : la réforme de l’assurance-maladie et la réduction marquée des contrats de travail à durée déterminée. Le programme de 46 milliards d’euros sur les 4 ans du mandat qui a été décidé est certes destiné à financer des mesures sociales et des investissements, tels que réclamés par le SPD, mais aussi de réduire les impôts.

Martin Schulz a salué l’avènement d’une nouvelle grande coalition « qui en finira avec le diktat de l’austérité » en Europe avant de démissionner de la présidence du SPD pour avoir doublement trahi ses promesses. Mais que trouve-t-on derrière ses grandes envolées ? L’accord accepte le principe d’un budget d’investissement de la zone euro, sans précision sur son enveloppe, et accorde une meilleure protection aux pays connaissant une crise financière, formule imprécise qui était déjà appliquée à la politique menée sous les auspices de la Troïka. C’est maigre. Enfin, mutualisation et restructuration de la dette publique ne figurent pas au programme.

A par contre été introduite une notion capitale qui ne figurait pas dans le pré-accord : le Bundestag garde la main dans tous ces domaines. Or, vu l’ambiance qui y règne et la présidence qu’y exerce désormais Wolfgang Schäuble, le parlement est devenu une place forte disposant d’un droit de veto. La sensibilité à ces questions y est extrême, conduisant la droite conservatrice à monter au créneau lorsqu’elle a découvert dans le pré-accord que le futur MES allait être de loi européenne, ce qui n’empêchera pourtant pas le gouvernement de bloquer les décisions ne lui convenant pas, vu la règle d’unanimité qui y prévaut.

Le gouvernement français ne s’y trompe pas et modère pour le moins son enthousiasme. Bruno Le Maire voit « de vraies perspectives de convergence » avec les Allemands et énumère les dossiers sur lesquels il faut avancer : « l’union bancaire, l’union des marchés de capitaux, et surtout sur la convergence fiscale ». Jean-Baptiste Lemoyne, son secrétaire d’État, déclare : « on voit bien qu’il y a quand même une tendance, une logique à doter l’Union européenne d’instruments qui vont permettre de préparer l’avenir, d’avoir des vrais projets à l’échelle européenne ».

Si elle voit le jour, la grande coalition va jouer petit braquet.

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