Compétence + temps passé à travailler. À quoi bon ?

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Il y eut une époque, assez récente, où votre compétence combinée au temps que vous passeriez à travailler permettait de prédire avec un certain degré de certitude quels seraient vos revenus.

L’actualité souligne aujourd’hui à tout moment que le lien a été brisé : votre rémunération n’est plus que tirée d’un chapeau, comme à la loterie. Avec un peu de chance vous gagnerez des millions, avec un peu de malchance, à compétence et effort égaux, vous vous retrouverez à la rue.

La légitimité d’un système politique se juge à des choses comme celles-là. Qu’on se le dise en haut lieu : la colère gronde.

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24 réflexions sur « Compétence + temps passé à travailler. À quoi bon ? »

  1. De 1988 à 2000, j’étais responsable de projets en décoration monumentale dans des parcs d’attractions (je n’étais pas ingénieur mais pour avoir fait cela pendant 12 ans, je devais avoir les compétences…).
    Aujourd’hui, j’ai soixante ans et on ne veut même pas de moi comme concierge ou pour faire la plonge dans un restaurant.
    Comprenez donc que je partage cet avis.

    1. Eh bien, dites-vous que vous avez au moins la chance d’être un homme blanc et que votre date d’expiration (60 ans) n’est somme toute pas si mauvaise que cela, compte tenu de l’époque dans laquelle nous vivons.

      Si vous aviez été de couleur et/ou étranger (ou simplement d’origine étrangère) et/ou une femme et/ou d’une certaine communauté religieuse, vous seriez périmé depuis au moins le début de la quarantaine, peu importe le nombre de diplômes et/ou de compétences. Si vous combiniez tous ces facteurs, alors là il ne vous reste plus que le suicide ou la vie en marge complète de la société.

      Quand le Titanic coule, les premiers à se noyer sont ceux présents dans la cale de la société.

    2. Excellentissime, pour illustrer votre commentaire, l’article du Gorafi partagé par Paul Jorion sur son fil Twitter: « Quand on veut, on peut ! » par ce type qui a hérité de l’entreprise familiale.

      La partie la plus drôle:
      « Après, bien sûr, on peut toujours se trouver des excuses, expliquer qu’on n’a pas les relations, les connexions, qu’on n’a pas eu de chance. Laissez-moi vous dire que ça me fait doucement marrer : moi je suis un self-made man. Je n’ai jamais rien demandé à personne. Mes parents m’ont toujours tout donné spontanément, comme ça, d’un simple claquement de doigts. Quand on veut, on peut ! ».

    3. Vous avez commis le crime d’atteindre vos 60 ans -:) joke.
      En France, il ne faut perdre son emploi à 40/45 ans +, car le « marché » d’emploi, ou plutôt la sélection en entreprise est impitoyable. Les grand comptes utilisent des machines qui sélectionnent les cv selon l’âge et d’autres critères. La gestion du personnel établit pour chaque poste recherché une grille assez précise du profil. Le temps de « l’ingénieur maison » est révolu depuis longtemps, les autodidactes n’ont pratiquement aucune chance sur un terrain hyperconcurrentiel.

  2. Monsieur Jorion, cette mise en gras de tout le texte est vraiment désagréable je trouve. N’est-il pas possible de revenir à la version non gras, comme c’était le cas précédemment sur votre blog ?

  3. Disruption : comme beaucoup de mots qui nous reviennent d’outre-manche, on a beaucoup de mal à les traduire (mal) en Français. Certains traduisent simplement par « rupture », d’autres par « perturbation ». Wiki : en psychologie, accélération de la société qui génère une perte de repère ; en marketing : stratégie d’innovation par la remise en question des formes généralement pratiquées sur un marché, créatrice de produits ou de services radicalement différents. Enfin, en physique, apparition brutale d’instabilités magnétohydrodynamique dans une chambre de confinement. Ainsi en va-t-il de plus en plus du travail, alors même que Madame Lagarde du FMI, met en garde officiellement ces dernier jours : »Certains emplois vont disparaître, mais un plus grand nombre va être affecté par l’automatisation, alors nous devons réfléchir à l’évolution du travail ». Socialiste ? Jorioniste ? (ironie).

  4. Dans la mesure où c’est bien l’apporteur de capitaux qui concentre la richesse, et personne d’autre, évidemment que les longues études ne suffiront pas à rentrer dans le club, quelle blague !

    Votre texte ne donne qu’une petite idée du cynisme à l’oeuvre.

    Quand aux grondements, ils sont bien et méthodiquement dispersés. ….

    1. A ce cynisme ambiant et organisé , je constate une réponse assez souvent aujourd’hui, sans pouvoir dire si cela sera généralisé un jour :

      Des personnes de plus en plus nombreuses abandonnent simplement l’idée de réussite financière, de carrière, d’ambition pour une quête de sens dans leur travail, de sens dans leur vie.

      Voilà un genre de grondement qui me fait un peu plus rêver. ….

      1. ah, bon ? Vous n’êtes pas Elonmuskiste ? Vous ne désirez pas aller sur la planète Mars pour y bouffer du pop-corn ? Le Transhumanisme et la pyramide de Ponzi ne vous tentent pas ?

      2. Si, si… d’ailleurs c’est avec mon cerveau 2.0 que vous discutez !

        Blague à part, mon propos et illustré par tous les maraîchers qui s’installent actuellement dans la région et qui proviennent bien souvent des villes et qui ont bien souvent des diplômes autres qu’e
        agricoles ou bien ce coordinateur que l’association dont je m’occupe vient d’embaucher qui à quitté un travail 3 fois mieux rémunéré pour venir au fin fond des landes mettre en place une recyclerie ou encore le témoignage du directeur de Emmaüs à Pau qui indique qu’il reçoit régulièrement des candidatures en provenance de personnes qui ont déjà un emploi et qui cherche à s’impliquer dans des actions qui ont du sens pour la société…..

        Y a sans doute du travail qui disparait pour créer cette vague, mais pas seulement.

  5. Encore un petit mot de la vie de tous les jours… ça y est. Et peut être que cela vous arrive à vous aussi. Sinon, essayez, vous verrez, c’est très facile. Alors, dans la vie de tous les jours, il m’arrive d’observer et de réfléchir à ce qui pourrait être automatisé ou pas. Deux exemples. J’ai un rhume et je descends à la pharmacie du coin. Une personne charmante et souriante, toute habillée en blouse blanche m’accueille. Si j’ai une ordonnance, elle passera plusieurs fois la feuille dans une vieille imprimante « marguerite », et s’en ira dans l’arrière boutique où sont agencés de très nombreux tiroirs spécialement conçus pour ça. Puis reviendra avec un pile de petites boîtes de comprimés. … Entièrement automatisable ! (c’est promis, demain je lance ma start-up, je copie le modèle Amazon, en ajoutant une petite « appli » générant sur mesure un conseil personnalisé en pharmacologie qui guidera le client (pardon, le patient) dans son choix de la posologie (déjà fait ? dommage !), et livrera à domicile en moins de 12 h – Les 10 premiers abonnés gagneront gratuitement une montre digitale, directement connectée sur le système).
    Et maintenant, hier au bureau : il se trouve que j’arrive nouvellement dans une organisation qui met à notre disposition des voitures de service (ça existe encore…). Alors, pour réserver, il vient d’être mis en place ce qu’on appelle « une boîte à clés électronique ». Chouette ! Plus besoin de remplir ces formulaires papier interminables, qui viennent encombrer la bannette de la secrétaire (au fait, il n’y a plus de secrétaire). Mais juste un hic : le système mis en place est encore au stade du bidouillage proto informatique, et la procédure prend encore au bas mot 1/4 heure pour les plus doués (pardon, pour les plus « agiles »), là où une nano seconde suffit désormais à exécuter une transaction financière à l’autre bout du monde…Et en allant m’inscrire, j’ai donc traversé de haut en bas, de long en large le désormais bâtiment tout neuf (il faut dire que je me suis perdu), entièrement aménagé en open-space. L’avantage : on traverse des étendus insoupçonnées de plateaux de bureaux agencés répétitivement, où l’on peut observer à l’oeil nu des cohortes d’employés zélés et affairés devant le même modèle de bureau interchangeable, la main crispée sur une souris et les yeux rivés sur un écran. Dans 10 ans, combien auront survécu à la vague scélérate de la digitalisation et de l’intelligence artificielle ? Et au fait, moi-même ?

  6. Oui, la reconnaissance des compétences est l’une des clés de l’avenir s’il en existe un.
    Une vraie démocratie est à la base un environnement social de partage et d’enrichissement des compétences, de toutes les compétences pas seulement dans le domaine de la politique, de la guerre et de la gestion. On commence enfin à le comprendre un peu, à force d’examiner les origines de la démocratie en Grèce antique.
    Malheureusement, l’institution en charge de l’Education confond compétence et connaissance, et prétend délivrer des certificats de compétence à des apprentis….
    Et nos penseurs politiques les plus vigoureux demeurent dans la confrontation massive entre la droite et la gauche, répartissant implicitement les individus au premier signe d’un côté ou de l’autre, étouffant toute possibilité de création des compétences collectives.

  7. Je me permet d’enfoncer le même clou sur la version nouvelle du blog.
    A lire svp:
    https://jancovici.com/transition-energetique/choix-de-societe/a-quoi-sert-le-developpement-durable/
    Extrait:
    « Toutefois, ce qui me chagrine le plus, dans cette affaire, c’est le nombre de personnes qui semblent persuadées que l’existence de ce concept permettra de violer les lois de la physique, et de faire en sorte que l’infini devienne de ce monde. La définition même du développement durable y incite : laisser croire que l’on pourra satisfaire les besoins de tout le monde, partout et tout le temps, sans mentionner aucune limite à cette « satisfaction des besoins », c’est assurément inciter à penser qu’il est possible d’avoir la croissance matérielle perpétuelle, ou que demain on rasera gratis, c’est à dire que l’infini est à notre portée. »

    Je note que sur les 17 objectifs du « développement durable » de l’ ONU seuls les 13, 14 et 15 concernent la planète, les autres relèvent de la politique d’ Alice au pays des merveilles.

    La « colère qui gronde » (limitée à une minorité européenne et US mais contredite par l’enthousiasme consommateur des classes émergentes) accélèrera l’effondrement de notre confortable démocratie mais ne changera rien aux catastrophes PHYSIQUES qui viennent.

  8. Le foot et même le sport en général est devenu un business juteux. Et cela ne changera pas, car la foule veut son plaisir, se défouler face à un match, appartenir à un groupe (de supporteurs….) – donc elle payera.
    Moi j’ai déjà entendu des patrons de grands comptes industriels se plaindre: aux Etats-Unis, la »remunération » des décideurs au sommet serait encore plus généreuse qu’en France.

  9. Les gens doivent aussi se rendre compte à quel point il sont influencés. Cette idée par exemple qu’en prenant un maximum de risques, on gagne forcément beaucoup d’argent ne vient pas de nulle part. Je me souviens d’avoir dissuadé un couple de se lancer dans le toilettage canin en se mettant un loyer de 600 euros par mois sur le dos. … D’où leur venait cette idée totalement irréaliste ? Cela relevait d’une sorte de fanatisme de la création d’entreprise… C’est quelque chose qui est vhicule par les médias… incontestablement.

  10. Oui, cher Paul, la colère gronde, mais les gens continuent à exécuter les ordres et à refuser de s’organiser pour arrêter cette folie.
    Qui ne s’est pas identifié au personnage joué par Kevin Spacey dans Margin Call ? Il obéit pour faire vendre les actifs pourris par ses commerciaux et tirer sa révérence après un dernier gros coup. Il pourrait dire « fuck » et envoyer tout bouler, mais il le fait quand même. Même si c’est contre ses principes moraux, il s’exécute.
    Notre société a fabriqué des cohortes de zombies sans principes moraux et qui attendent tous de gagner au loto.
    Alors à quoi bon avoir des compétences, donner de son temps au travail et un revenu qui en tient compte ?

  11. Conclusion de la Catho de Lille dans le débat avec Durieux et Jorion :
    « eh bien j’espère que nous pourrons ainsi rendre plus compétitifs nos étudiants sur la marché de l’emploi. »
    ALors à la Catho c’est Durieux la tendance officielle en fait.

      1. Tout à fait intéressant, ce Monsieur Durieux : acteur du revirement néo-libéral sous Mitterrand (basculement en direction de l’euro post-mastrichien) et deux fois ministre (pour une courte période à chaque fois) ; avant député (« centre-droit ») longtemps, puis une retraite de Maire dans un très petit village du centre de la France au patrimoine historique prestigieux ; et avec au départ le diplôme très honorable de l’Ecole Polytechnique, label qui fait de facto de lui un omni-compétent sur toutes les questions technico-économiques….L’archétype de « l’extrême-centre » lui-même.

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