Préface à Fuck Work ! de James Livingston

La préface que j’ai rédigée pour No More Work. Why Full Employment Is a Bad Idea (2016) de James Livingston, publié en français sous le titre Fuck Work ! (Champs Flammarion 2018). Ouvert aux commentaires.

Le texte que vous allez lire vous donne la pêche. J’espère que vous ne bouderez pas votre plaisir à sa lecture, de la même manière que je n’ai pas boudé le mien. Je l’ai découvert à la faveur de la lecture de son introduction publiée dans la revue américaine Aeon en novembre 2016. Je l’avais lu, beaucoup ri, et cherché quelqu’un qui, malgré sa longueur, serait prêt à le traduire pour Le blog de Paul Jorion. Sa publication en septembre 2017, suivie en décembre par un compte-rendu signé de Madeleine Théodore, avait suscité plus de 200 commentaires.

Mais quel est son message ? Dit-il que le travail est une abomination et que, si nous avions eu une once de raison, nous n’aurions jamais dû l’aimer ? Ou bien affirme-t-il que du travail, il n’y en a plus, et que nous devrions pour cette raison en faire notre deuil ? Les deux vues sont distinctes et leurs présupposés, différents. Dans le premier cas, si nous n’aurions jamais dû l’aimer, alors l’époque actuelle ne diffère en rien de celles qui l’ont précédée, et notre stupidité – dont notre amour du travail serait la confirmation – serait celle de tous les temps.

Pourquoi avons-nous aimé le travail ? Selon Paul Lafargue (1842-1911), gendre de Karl Marx et critique espiègle de son beau-père, c’est, comme il l’explique dans son Droit à la paresse (1880), parce que nous étions victimes d’un complot, celui dont Adolphe Thiers (1797-1897), massacreur sans états d’âme de Communards, avait bien résumé l’enjeu quand il écrivait : « Je veux rendre toute-puissante l’influence du clergé, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire à l’homme : « Jouis » ».

Mais dans le second cas de figure, à savoir s’il nous faut cesser d’aimer le travail par simple réalisme, parce qu’il a cessé d’exister, alors notre désamour s’apparente à celui du renard de La Fontaine pour les raisins dont il dit, aussitôt qu’il s’est rendu compte qu’ils sont hors de sa portée : « Ils sont trop verts, et bons pour des goujats ! »

En fait, comme vous le verrez, James Livingston, l’auteur de Fuck Work ! (le titre que son livre n’eut pas en anglais, mais qu’il aurait voulu qu’il eût), ne fait pas la distinction : que vous n’aimiez pas le travail parce que vous saviez de toute éternité qu’il était haïssable, ou que vous l’aviez aimé à une époque mais que vous en ayez fait votre deuil depuis parce qu’il est aujourd’hui mort et enterré, il tempête : « Quoi qu’il en soit, bon débarras ! »

Mais ce « quoi qu’il en soit », échouera-t-il à vous convaincre comme ce fut le cas pour moi ? Tout particulièrement parce que selon qu’il s’agit de l’un ou de l’autre, le remède devrait être différent. À vous du coup de décider si ce que vous vous apprêtez à lire dans les lignes qui suivent est toujours une préface à Fuck Work ! ou devrait être plutôt sa postface, à lire une fois la lecture achevée. Auquel cas, revenez-moi alors.

On aurait pu imaginer que dans le processus historique de mécanisation qu’a connu le genre humain, qui s’étage du silex taillé à l’Intelligence Artificielle, le bénéfice global de cette évolution aurait été partagé équitablement entre tous. Je ne vous apprends rien quand je vous dis qu’il n’en a rien été : si le travail de la machine bénéficie à son propriétaire, celui qui a perdu son emploi parce qu’un robot, un logiciel ou un algorithme serti dans un objet de l’environnement quotidien, a pris sa place, est à partir de là livré à lui-même, chargé de se retrouver un autre emploi dans un secteur où le travail humain n’a pas encore été remplacé par celui de la machine. Pour le salarié, la machine n’a donc jamais été un allié mais, comme le souligne très justement ici Livingston à la suite de Lafargue, un rival. Et aujourd’hui elle se révèle meilleure quand elle accomplit un nombre croissant de tâches : plus rapide de beaucoup, plus fiable et bien moins onéreuse.

Le salarié est apparu historiquement dans la position de celui qu’on appelait autrefois le journalier. Il est important de le souligner parce que Livingston commet à ce propos une erreur ; je dirai laquelle.

Dans le contrat de métayage, le propriétaire de la ferme mettait la terre à la disposition du métayer, à charge pour celui-ci de partager la récolte dans une proportion prédéfinie, « cinquante / cinquante » par exemple. Dans ce contexte, le journalier était la main d’œuvre recrutée en supplément quand il y avait le coup de feu dans le travail de la ferme, mais licencié aussitôt que la charge de travail revenait à la normale. En échange, rémunéré au prorata du temps durant lequel il louait sa force de travail, son sort était indifférent aux aléas de la bonne ou de la mauvaise récolte, dont le propriétaire et le métayer bénéficiaient eux dans les meilleurs années ou auxquels ils étaient exposés en période de disette. Emploi précaire donc que celui du journalier puisqu’il était embauché et licencié sans justification mais il touchait un « loyer » d’un montant fixe sur ses prestations en travail quand celles-ci étaient sollicitées.

L’erreur que commet Livingston, c’est qu’il ne voit pas que la firme (corporation) est venue s’inscrire dans le contexte du métayage, l’investisseur, dans la position du propriétaire, et la direction de l’entreprise, dans celle du métayer, de manière naturelle, sans qu’il s’agisse de l’aboutissement d’un complot ou en tout cas d’une manigance. Il voit dans la firme une sorte de coup de main, alors qu’elle s’est contentée de venir se couler dans une tradition établie de longue date : depuis des millénaires pour ce que nous en savons. Il écrit ainsi : « Dans les années 1880 à 1890, les capitalistes essayèrent pratiquement tout. Ce qui a finalement fonctionné, c’est la firme : une solution bureaucratique à une crise socio-économique. Mais la firme a été fondée sur la séparation de la propriété et de la supervision. Les capitalistes se condamnèrent en effet à la mort sociale en confiant les décisions fondamentales quant à la production et à la distribution à des dirigeants salariés qui n’étaient pas propriétaires des biens de l’entreprise – tout comme leurs prédécesseurs aristocrates avaient loué la terre à des roturiers, de simples paysans, confrontés à la crise sociale du féodalisme tardif, et s’étaient ainsi condamnés à une mort sociale tout aussi lente » (page 77 texte anglais). Livingston oublie encore que la mise au point des stock-options par le cabinet McKinsey au milieu des années 1970 a créé une sainte-alliance entre les « dirigeants salariés » de l’entreprise et les « propriétaires de ses biens », leurs intérêts étant désormais alignés entre eux par le biais du cours en Bourse de la firme.

À la suite de Marx, Livingston rappelle qu’il y eut une époque où une injection supplémentaire de capital permettait à un industriel d’acheter davantage de machines, lui offrant l’occasion de se débarrasser d’une partie de ses salariés, mais qu’il fallait alors en parallèle, ailleurs dans l’économie, recruter de la main d’œuvre pour fabriquer les machines en question. L’économie mobilise aujourd’hui davantage de capitaux pour créer des machines, robots, logiciels ou algorithmes, que pour créer de nouveaux postes de travail destinés à des êtres humains. Mais même pour cette forme d’investissement, les limites sont aujourd’hui atteintes : il n’y a pas dans la population de pouvoir d’achat en quantité suffisante pour qu’il soit possible d’injecter davantage de capitaux dans l’économie qu’on ne le fait aujourd’hui. Et faute pour ceux-ci de trouver leur chemin vers l’économie « réelle », on constate une hausse des dividendes attribués aux actionnaires et des bonus attribués à la direction, dont les montants culminent quelquefois dans le faramineux, et lorsque la firme est à court d’imagination, au rachat de ses propres actions. Pire encore, lorsqu’elle ne sait plus que faire de ses liquidités, elle confie les sommes en excès à des hedge funds – appelés en français « fonds spéculatifs » – créant ainsi un risque systémique qui fragilise le système financier dans son ensemble, et à sa suite, l’économie.

Oui, une hausse des salaires permettrait à l’économie d’absorber une demande plus importante, mais elle constituerait en soi une incitation pour les industriels à mécaniser encore davantage puisque la comparaison entre les salaires en hausse et le coût de remplacement de l’humain par les robots, logiciels ou algorithmes, serait défavorable à l’humain (une telle hausse des salaires ne se répercutant plus aujourd’hui dans le prix de la mécanisation en raison du peu de main d’œuvre qu’elle mobilise), une observation déjà faite par Lafargue, et dont celui-ci se réjouissait. [1]

Une réponse aux conséquence sociales néfastes de la disparition du travail humain pourrait être la réduction du temps de travail. Mais celle-ci aussi a ses inconvénients et connaît ses limites. Imaginons que l’on dise : passons par étapes à la semaine de 30 heures puis, à la semaine de 20 heures, c’est là supposer qu’il existe une solution purement quantitative à la question du travail que la robotique, l’automation, la logicièlisation éliminent, alors que cette question est en réalité essentiellement qualitative car elle ne se pose pas dans les termes d’un kilo de patate interchangeable avec n’importe quel autre kilo de patates : il n’existe pas d’équivalence purement quantitative entre une heure de travail dans tel domaine et une heure de travail dans un tout autre domaine. Ainsi, cela n’aurait aucun sens économique de réduire à vingt heures la semaine des programmeurs d’Intelligence Artificielle dans un souci de partage du temps de travail qui reste à faire, leur expertise étant très recherchée. Réduire la longueur de la semaine des magasiniers, oui. Mais c’est, il faut le reconnaître, seulement parce que les robots existent déjà qui effectuent le même travail, plus vite qu’eux, en faisant moins d’erreurs, et bien meilleur marché. Si l’on peut réduire le temps de travail des magasiniers c’est, soyons francs, parce que leur compétence est obsolète et qu’ils sont en tant que salariés, d’ores et déjà condamnés.

Livingston offre une série de chiffres situant les salariés aux États-Unis par rapport au seuil de pauvreté. Ainsi, dit-il, un quart des adultes « réellement actifs » selon ses termes, se trouvent au-dessous de ce seuil. À l’heure actuelle, 20% du revenu des ménages américains, dit-il encore, leur vient d’allocations versées par le système de sécurité sociale. Sans ce complément, c’est la moitié de la population qui serait en-dessous du seuil de pauvreté. Aussi, son verdict est sans appel : le salarié ordinaire est d’ores et déjà un assisté et la tendance observée aujourd’hui suggère que les choses ne pourront qu’empirer à l’avenir.

Qu’en est-il en France ?

À première vue, les chiffres sont comparables puisque l’on compte ces années récentes de l’ordre de 14% de personnes en France sous le seuil de pauvreté, pour un chiffre de 13% aux États-Unis. Seule une étude poussée révélerait cependant si ces pourcentages sont véritablement comparables, le seuil de pauvreté étant calculé très différemment dans les deux pays. En France, est « pauvre » la personne dont le revenu est inférieur à 60% du revenu médian, lequel partage la population en deux moitiés, l’une gagnant davantage et l’autre, gagnant moins. Aux États-Unis, le seuil de pauvreté est l’aboutissement d’un calcul faisant intervenir plusieurs facteurs mais dont l’élément principal est le fait de consacrer plus du tiers des revenus nets du ménage aux dépenses liées à l’alimentation.

Livingston, on le verra, relève l’unanimisme, de la droite à la gauche, en faveur du plein emploi, engouement qui demeure imperturbable, et ceci malgré l’évolution récente de la donne. Prétendre aujourd’hui que rien n’a changé, que tout est comme avant sur le marché de travail, et que l’on peut toujours espérer réaliser le plein emploi qui demeurerait une option envisageable, découle dans le meilleur des cas de la naïveté fondée sur le présupposé d’un ordre immuable, telle qu’on la trouve parfois exprimée par des syndicalistes pour qui « l’univers du travail » est à jamais coulé dans l’airain, et dans le pire des cas, de la mauvaise foi de celui aux yeux de qui la question de l’emploi ne mérite plus d’être prise au sérieux car elle s’assimile désormais à une simple question de maintien de l’ordre : que faire de tous ceux qui ont déjà perdu leur emploi ou qui le perdront bientôt et qui n’en retrouveront jamais d’autre ?

Qu’est-ce qui avait conduit Keynes à faire du plein emploi l’objectif d’une génération, celle de la Grande crise ? Un raisonnement : qu’à défaut de pouvoir atteindre un consensus sur l’éventail politique quant à une stratégie particulière qui déboucherait sur une maximisation du bonheur général, il était possible de procéder à l’inverse, à savoir de viser une minimisation du malheur de tous : penser à ce qui produit le plus grand ressentiment dans les populations, et tenter de l’éliminer. Et il avait insisté sur le fait que le plein emploi, qui était pour lui, dans le contexte de l’époque, le moyen idéal de réaliser cette fin de réduire autant que faire se peut le malheur, était une solution d’ordre politique et non économique. Il se pouvait qu’une rationalité purement économique débouche sur une autre proposition que le plein emploi, disait-il, mais qu’importe, nous parlons de sociétés humaines, faites de femmes, d’hommes et d’enfants, et non d’un univers d’objets matériels dont le sort devrait nous être indifférent.

Quel serait l’équivalent aujourd’hui du plein emploi, dans cette perspective de minimisation du ressentiment au sein des populations ? La réponse me semble évidente : un monde sans argent. Et l’on peut imaginer comme une étape intermédiaire y menant, dans le déroulement de ce qui serait une transition vers ce monde idéal, la gratuité assurée à tous pour l’indispensable, un projet que je préconise personnellement comme une alternative au revenu universel de base mais ne présentant pas le défaut de celui-ci de constituer une incitation à la consommation dans un monde économique où la destruction concomitante de la planète n’est pas prise en compte ; un projet alternatif protégé aussi contre l’avidité de notre finance et de notre économie pour lesquelles de nouvelles allocations aux ménages constitueraient une tentation quasi irrésistible de prédation additionnelle.

Livingston constate le même unanimisme, de la droite à la gauche, que celui observé en faveur du plein emploi, pour affirmer qu’un programme de type RSA ou de revenu universel de base accordé à tous ne pourrait être valide qu’à condition de ne pas décourager la recherche d’emploi par ses bénéficiaires. Or ce qu’il prône lui, c’est exactement l’inverse : il faut que les aides ou un revenu universel de base soient une incitation à abandonner toute volonté d’encore travailler. Mais on découvre là l’ambiguïté que j’évoquais d’entrée : s’agit-il chez lui d’une réconciliation avec le constat que le travail disparaît, sur le mode « le renard et les raisins », ou bien d’une opposition fondamentale au dogme du travail comme nécessité de la condition humaine telle qu’on la trouve chez Lafargue dans Le droit à la paresse, quand celui-ci écrit : « Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l’humanité, le Dieu qui rachètera l’homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté. »

Livingston rappelle, vous verrez, que l’idée d’un revenu universel de base n’est pas récente. Dès 1964, une lettre ouverte au président des États-Unis, rédigée par l’influente Students for a Democratic Society soulignait qu’« il est essentiel de reconnaître que le lien traditionnel entre emplois et revenus est cassé ». L’accent était mis par ses auteurs sur le fait que seule une économie de guerre autorisait encore le plein emploi. Deux ans plus tard, en 1966, la National Commission on Technology, Automation and Economic Progress nommée par Lyndon Johnson écrivait dans son rapport : « Nous suggérons que le Congrès étudie sérieusement une « allocation de revenu minimum » ou un « impôt sur le revenu négatif » », lequel signifie qu’au lieu de se contenter d’exempter de l’impôt les ménages dont les revenus n’atteignent pas un certain niveau, ceux qui se trouvent sous la barre bénéficient d’une allocation compensatoire.

Mais bien qu’il préconise ici un revenu universel de base, Livingston ne se préoccupe aucunement des aspects pratiques d’une éventuelle mise en œuvre du projet. Une équipe de University College à Londres a elle opéré un chiffrage en octobre 2017. Elle a comparé le coût d’un revenu universel de base au Royaume-Uni à celui des « services universels de base », une approche fondée sur la gratuité de l’indispensable identique à celle que je préconise quant à moi. Ces services universels de base au Royaume-Uni auraient un coût annuel de 42 milliards de livres contre 250 milliards pour le revenu universel de base, soit un sixième de la somme, coût qui représenterait 2,2% du PIB britannique, un montant de l’ordre du gérable, contre 13% pour le revenu universel de base, un chiffre lui bien entendu irréaliste.

Livingston explique l’attachement au plein emploi par l’éthique protestante, par cet idéal d’une autoréalisation du travailleur qui s’il n’est pas encore indépendant parce qu’il est toujours salarié, aspire à l’être : une fois franchi l’obstacle, il sera son propre maître et s’épanouira dans son affrontement au monde, ou dans son affrontement « à la Nature », pour reprendre les termes de William James (1842 – 1910), l’un des fondateurs de la psychologie moderne, cité par Livingston dans un texte de 1909 intitulé « L’équivalent moral de la guerre » : « Si maintenant – et c’est là mon idée – il y avait, au lieu d’une conscription militaire, une conscription de toute la population juvénile pour former pendant un certain nombre d’années une partie de l’armée enrôlée contre la Nature […] notre jeunesse dorée serait mobilisée, selon son choix, aux mines de charbon et de fer, aux trains de marchandises, aux flottes de pêche en décembre, au lavage de la vaisselle, du linge et des vitres, à la construction de routes et de tunnels, aux fonderies et aux bouches de chauffe, à l’armature des gratte-ciels, pour extraire d’elle l’enfance et qu’elle revienne dans la société avec des inclinations plus saines. Elle aurait payé sa taxe de sang, elle aurait fait sa part dans la guerre humaine immémoriale contre la Nature. »

Or la gauche, qui par tradition a situé le travail au cœur même des valeurs où se situent les idéaux de générosité et de partage qui sont à sa source, est incapable de prendre conscience du fait que le travail disparaît, et qu’à l’avenir il n’y en aura pas moins, mais plus du tout. Elle ne nie pas la disparition du travail, c’est simplement que sans lui, elle tombe dans la prostration, le mutisme absolu : elle ne sait tout simplement plus quoi dire. Livingston en conclut, désabusé : « Ils sont tous les prisonniers improbables – ou faudrait-il dire les gardiens ? – de l’éthique du travail protestante » (p. 54 texte anglais). La raison, d’ordre psychanalytique, de cette stupeur : « notre empressement à sublimer est en fait une pulsion à produire du surplus […] ce que j’ai appelé […] le principe de productivité » (p. 65 texte anglais), non plus donc l’éthique protestante, mais l’atavisme de l’écureuil obsédé par la constitution d’une provision de noisettes.

De la même manière qu’il a été salutaire pour nous tous (c’est la condition pour que chacun de nous en tant qu’individu soit présent ici et maintenant) que se manifeste en chacun de nous l’instinct de reproduction de l’espèce (quelle que soit la source de distraction qu’il constitue ainsi pour nous), il a été salutaire que nous aimions nous coltiner avec le monde pour constituer des réserves, des greniers et, au-delà, pour le plier à notre désir de le rendre différent qu’il n’est : plus confortable, mieux en ligne avec ce qui assure notre satisfaction immédiate – tâches pour lesquelles nous avons cessé d’être nécessaires, les machines s’y consacrant désormais à notre place, et à notre entière satisfaction.

Une objection classique aux propositions d’une déconnexion délibérée à l’avenir entre le travail et les revenus est du type : « Le genre humain peut-il s’accommoder de la disparition du travail ? » Or la question ne doit pas être posée dans ces termes car le choix ne nous est plus véritablement offert : cette disparition est en cours, quoi qu’il puisse arriver désormais.

Notre sevrage vis-à-vis du travail doit s’opérer : le travail disparaît et il est impératif que nous nous fassions à cette idée. Si nous n’y parvenons pas, nous laisserons l’emploi disparaître à sa suite en continuant de blâmer d’une situation allant en empirant ceux qui échouent à se retrouver du travail dans un marché de l’emploi qui pendant ce temps-là continuera de rétrécir comme peau de chagrin. Si la question n’est pas posée dans les termes qui sont les siens, une alternative éventuelle sera l’élimination un jour par une politique « exterministe » des salariés condamnés à un chômage structurel devenu définitif, réduits à une masse désœuvrée, encombrante aux yeux de la minorité dont les revenus seront procurés par le travail des machines et sans qu’ils doivent eux consentir aucun effort, par le seul miracle de la propriété privée.

À l’arrivée cependant, Livingston ne parvient pas à éviter l’écueil contre lequel toutes les bonnes volontés se sont fracassées jusqu’ici : que le problème de la condition humaine sera résolu aussitôt que … la nature humaine se sera amendée pour atteindre un idéal plus élevé. La solution, dit-il, c’est l’amour.

Soit, et comment en douter en effet ? L’amour, c’est Paul de Tarse qui, pour notre bonheur et notre ravissement, en a dit en son temps tout ce qu’il y avait à en dire :

« J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’avais pas la charité, s’il me manquait l’amour, je ne serais qu’un cuivre qui résonne, qu’un éclat de cymbale. J’aurais beau avoir le don de la prophétie, tout savoir des mystères et posséder toute la connaissance, j’aurais beau avoir la foi qui déplace les montagnes, s’il me manquait l’amour, je ne serais rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune à ceux qui sont dans le besoin, j’aurais beau abandonner mon corps aux flammes, s’il me manquait l’amour, cela ne me servirait à rien. L’amour prend patience et est bon ; l’amour ne connaît pas l’envie ; il n’est pas vain, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne se conduit pas de manière impropre ; il ne cherche pas son intérêt ; il ignore la provocation ; il ne pense pas à mal ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère en tout, il endure tout. L’amour ne faillira jamais. Les prophéties failliront, parler en langues cessera, et là où il y avait du savoir, il s’évanouira » (Première épître de Paul aux Corinthiens : XIII, 1-8).

Mais nous savons aussi que deux mille ans plus tard, ces splendides paroles nous demeurent tout aussi incompréhensibles qu’au jour où elles furent prononcées, car si nous les admirons sans réserve, nous ignorons toujours comment les mettre en œuvre.

Quand Josiah Warren (1798 – 1874), qui serait l’un des fondateurs du mouvement anarchiste américain, s’interrogea sur ce qui avait fait échouer les idéaux les plus élevés de la cité idéale de New Harmony fondée dans l’Indiana en 1825 par 900 disciples de Robert Owen (1771 – 1858), l’inventeur de la coopérative, il écrivit : « Nous avions un monde en miniature – nous avions reparcouru les étapes de la Révolution française, produisant nous des cœurs désespérés plutôt que des cadavres… Il nous apparaissait que nous avions été vaincus par l’une des lois propres à la nature, qui est celle de la diversité … ce que nous appelions nos « intérêts unifiés » étaient en réalité en conflit direct avec les individualités des personnes et des circonstances et avec l’instinct de survie lui-même » (Periodical Letter II 1856).

Le génial précurseur de la littérature de science-fiction que fut H. G. Wells (1866 – 1946), l’auteur de La machine à explorer le temps (1895), cité par William James dans son « L’équivalent moral de la guerre », déclarait sur un ton mi-figue mi-raisin à propos du travail, et de l’armée sous ce rapport, alors qu’il était pourtant pacifiste dans l’âme : « Ici, au moins, les hommes ne sont pas privés d’emploi et condamnés à la déchéance parce qu’il n’y a pas de travail à effectuer dans l’immédiat. Ils reçoivent un entraînement et une formation en vue de meilleurs services. Ici, au moins, un homme est censé accéder à une promotion à travers l’oubli de soi et non par le biais de l’égocentrisme. »

La nature humaine s’accomplirait-elle donc seulement par la guerre contre « la Nature » ou par la guerre tout court ? Ou bien faudrait-il, les pieds fermement sur terre, que nous lancions plus pacifiquement la jeunesse à l’assaut des étoiles, pour que l’aspiration atavique du genre humain à l’exploration et à la colonisation retrouve un exutoire d’une qualité supérieure aux jeux vidéo et aux rixes à la sortie des bars à minuit ?

La solution dont ne parle pas Livingston, c’est qu’au train où nous allons, si nous voulons survivre en tant qu’espèce, nous n’aurons en effet pas d’autre choix que d’aller conquérir les étoiles. Ressentir les terrifiantes trépidations au départ de la fusée, être tourmentés par la peur de manquer d’oxygène, par la crainte de voir nos yeux exploser du fait de la dépressurisation, alors peut-être connaîtrons-nous à nouveau le sentiment de vivre pleinement. Nous n’étions pas nés pour regarder seulement le foot à la télé, ou de quelconques mélodrames ressassant à l’infini le tumulte de la guerre de Troie qui secoua le monde en son temps ou l’exaltation de la folle conquête du Far-West contre ses incompréhensibles et cruels occupants avant nous. De naissance, nous sommes explorateurs exaltés de continents inconnus, navigateurs intrépides d’océans hostiles à nos entreprises, vainqueurs d’abysses insondables et gravisseurs de cimes inaccessibles. Le reste du temps, avouons-le, nous nous tournons les pouces et nous ennuyons ferme. Mais ne nous inquiétons pas : les nouveaux défis nous combleront. En vérité, nous n’avons encore rien vu !

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[1] Lafargue, référence constante chez Livingston, mais dont il a malheureusement choisi de taire le nom dans Fuck Work !

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31 réflexions sur « Préface à Fuck Work ! de James Livingston »

  1. Votre conclusion, Paul, me laisse sur le cul !
    La solution, c’est l’amour ! oO
    Lire ceci dans un texte traitant d’économie, je ne l’avais pas vu venir.

    Ma propre conclusion, à la lecture de votre texte, est que si la solution à tout nos problèmes est « d’upgrader » notre nature humaine, alors, on est pas dans la merdre…

    Merci Paul, et Saint Paul…

  2. « ..nous avons encore rien vu »
    C’est possible. Il y aura toujours du travail, mais pas pour tous. Je me demande quelle attitude et quelle politique les sociétés occidentales adopteront face à la masse des désoeuvrés. A entendre les gens de Silicon Valley, l’avenir pour cette population serait impitoyable – the fittest will survive. On ne persécutera plus les Juifs, mais cette fois-ci, les ressentiments pourraient s’adresser à ceux pour lesquels la société n’aura plus de la compréhension ni de la compassion chrétienne: les pauvres, les « improductifs », bref, les facteurs de coût. On sait que chaque entreprise est à la chasse des facteurs de coût. Aujourd’hui, on estime qu’un état se gère comme une entreprise – donc on va éliminer les facteurs de coût. De plus, l’afflux de migrants en Europe n’arrangera rien, du moins en ce qui concerne les emplois de basse qualification – qui se rarifient. En somme, pas très optimiste le tout.

  3. La nature humaine s’accomplirait-elle uniquement par la guerre à la « nature » ou en général ? c’est un peu réducteur, je propose de lire Matthew Crawford
    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-_loge_du_carburateur-9782707160065.html
    Pour moi il éclaire ce besoin de faire quelque chose, de résoudre un problème, d’agir sur la réalité des objets qui nous tiens.
    Et puis ce qui disparait c’est l’emploi/le travail marchand, il reste beaucoup d’activités utiles à ses congénères dans la santé l’éducation, la justice peut-être la guerre, aider les vieux et puis créer un peu de beauté, toutes activités qui rentrent mal dans le cadre de l’emploi marchand dépendant de son client solvable. L’état providence proposait une solution intéressante mais voila nos riches d’aujourd’hui ne sont plus d’accord pour financer ce genre de trucs.
    Dans mes moments optimistes je crois que ce besoin de travail va se perpétuer voire prospérer dans une économie grise, en cédant à l’euphorie on peut imager que le capitalisme marchand touche aux limites de son expansion et entre dans une phase de rétrécissement de son territoire.
    C’est le genre de pensées qui m’entretiennent un peu d’optimisme pour le genre humain.

    1. @ Eddie
      Livingstone s’amuse néanmoins aussi à détruire Matthew Crawford , plus ou moins dans la foulée de sa critique à Hannah Arendt et à Richard Sennett qui fut l’élève de Arendt.
      Sa critique, c’est que cela les activités « bonnes » selon Arendt Et Sennet, et peu ou prou Crawford, sont des actives de « création idéale », idéalisées même, qui sont une espèce d’idéalisation platonicienne de l’activité créative. Je n’ai pas le volume de Livingstone sous la main, mais il est clairement crtique sur ces trois là pour cause , disons, d’idéalisation trop poussée…

  4. Beau tour d’horizon du « problème ». Mes problèmes principaux avec votre texte:

    Un monde sans argent? Même si les machines produisaient tout ce dont nous avons besoin et en quantité suffisante, il faudrait encore décider ce qu’elle produisent (tout le monde n’a pas les mêmes goûts) et qui a droit à quoi/combien. En effet, même si les machines produisaient tout, les quantités produites seraient finies et limitées, de par la limitation d’énergie, de matière et d’espace disponible. Pour traiter ce problème de la répartition juste, il est difficile de ne pas utiliser les notions d’étalon et de réserve de valeur, bref, d’argent.

    Il faudrait que j’aille voir précisément d’où vient ce chiffrage différent de la gratuité de l’essentiel versus le revenu de base, mais ce rapport du coût des deux systèmes de 1 à 6 n’a aucun sens. Après tout, les deux systèmes sont censés apporter grosso modo les mêmes service à la même population. Il n’y a aucune raison (sauf peut-être dans l’esprit complètement tordu des économistes) de penser qu’un des deux systèmes soit beaucoup plus cher que l’autre. Il pourrait y avoir une différence de second ordre à cause de la différence des incitants dans les deux systèmes, mais je suis prêt à parier que la différence obtenue par les auteurs du rapport ne sont pas des cet ordre et proviennent d’une erreur grossière.

    Finalement, je suis bien d’accord qu’il faudrait canaliser les énergies à des entreprises folles, mais pas destructrices de nos conditions d’existence ici-bas. L’espèce humaine manque d’imagination…

    1. Je ne suis pas vite choqué, mais dire qu’une équipe de University College dirigée par Henrietta Moore et Jonathan Portes a probablement fait une erreur grossière, là, désolé : shocking! most shocking!
      (et tout particulièrement, un jour de mariage princier !)

      Mais je suis certain que vous n’aurez aucune à trouver l’erreur grossière : voici le rapport.

    2. La différence de coût entre gratuité et revenu de base est grosso modo un facteur 3.
      Tiens, c’est le facteur de marge d’à peu près toute la distribution !

      Le gérant d’une épicerie qui veut gagner ses 2000 euros par mois doit vendre 6000 euros ce qu’il achète 2000, et avec les 4000 de différence, il a à payer ses frais fixes qui boufferont la moitié des 4000 qui restent: frigos électriques, éclairage, maintenance caisse et fermertures, payer quelqu’un (au lance-pierre) pour quelques raccord ou coup de feu.

      Bon, c’est vrai que la marge peut-être plus basse sur les gammes low-cost (un français qui va en Belgique peut se faire une petite idée des marges excessives en France, d’ailleurs), mais au total, je pense qu’en gratuité des choses essentiel, on est en « prix de gros », tandis qu’en « revenu universel », on est en « prix au détail ».

  5. Je vais afficher ma colère. Pour une fois. Et comme cela ne passera sans doute pas la rampe ici, comme d’hab, je vais y aller froidement. Je veux expliquer ce que signifier travailler pour un ouvrier, pour un membre de la classe ouvrière, pour un prolétaire. Il se fait que je sais de quoi je parle. Et je ne trouve pas ce que nous ressentons en lisant le texte de Livingston, celui de Madeleine Théodule, celui de Paul Jorion. Je n’ai achevé aucun des trois textes, car ma colère m’en a retenu : il me faut dire ce qu’il en est avant de me perdre dans ces méandres de ceux qui ne savent pas ce qu’être ouvrier.
    Et l’affaire est importante, selon moi. On ne peut faire une analyse de « l’humanité » ou du « genre » ou des « dominations » sans analyse de classe. Or elle fait cruellement défaut.
    Je lis chez Livingston : « Le travail représente tout pour nous autres Américains. Cela fait des siècles — depuis, disons, 1650 — que nous croyons dur comme fer que le travail forge le caractère (ponctualité, esprit d’initiative, honnêteté, auto-discipline, et ainsi de suite). Que nous voyons dans le marché de l’emploi, où nous recherchons du travail, une source suffisamment fiable d’opportunités et de revenus. Et que nous sommes convaincus qu’un boulot, même pourri, procure du sens, un but à notre vie, et qu’il structure notre quotidien — qu’en tout cas il nous tirera du lit, paiera les factures, nous fera nous sentir responsables et nous évitera de passer toute la journée devant la télé.
    Mais ces credos ne fonctionnent plus. »
    Bref une vision « utilitariste » du boulot contre salaire et comme discipline « ascétique ». (Inspiration protestante, par ailleurs). Ce n’est pas du tout cela.
    Je lis chez Madeleine Théodule (qui commente Livingston) :
    « Cette manière qui nous est propre de concevoir notre existence « à la sueur de notre front », elle est enracinée en nous depuis des millénaires, et c’est pourquoi Hegel y percevait une notion « transhistorique », donnant à la succession des générations une impression de continuité. (…)Parcourant à travers l’histoire les différentes approches du travail, l’auteur nous montre bien le caractère tout aussi particulier que relatif du capitalisme, échouant à créer de l’égalité, et réussissant néanmoins à créer un premier espace de liberté grâce au salaire, pour disparaître finalement en même temps que la classe des prolétaires qu’il avait engendrée. (…)
    Bref, un rappel à la conception biblique du travail comme sanction divine et même comme torture, ce qui est aussi discipline. Mais ce n’est pas du tout cela.
    Paul Jorion nous emmène dans un de ces détours (dont il a le secret) par le métayer et le journalier (et c’est dicutable, car c’est faire l’impasse de l’exode rural). puis une discussion du piège de la firme puis une autre sur la réduction du travail. Mais ce n’est pas du tout cela.
    L’usine a cela de différent qu’elle incorpore chacun de nous dans un collectif, organisé, qui nous met dans un rôle de rouage indispensable au fonctionnement d’un tout basé sur la machine. Ce tout peut être constitué d’une chaîne d’industrie lourde (les diverses phases de l’installation sidérurgique : cockerie, agglomération des matériaux, haut-fourneau, convertisseur, laminoir, etc.) ou d’industrie manufacturière (la production automobile, par exemple). Dans ce tout fonctionnant, notre rouage s’associe peu ou prou avec une compétence, simplifiée, apprise sur le tas, mais développée en un vrai savoir faire qui se rajoute à la puissance de la machine (le fondeur, le verrier, le tourneur, l’ajusteur).
    Il y a bien sur des niveaux de compétence, et des niveaux de postes de travail, qui peuvent diviser les travailleurs et dont joue le patron par son placement arbitraire et sa politique de répartition salariale (il est de tradition chez les travailleurs de ne pas révéler à autrui leur salaire – qui peut varier avec diverses primes).
    Il y a donc une fierté collective des travailleurs d’appartenir à ce groupe qui fait fonctionner les machines, qui les sert de manière indispensable. Une fierté qui ne se résume pas au fait du salaire et des opportunités qu’il offre. Bref à l’utilitarisme des économistes.
    Cette puissance se manifeste pareillement dans la grève, qui met les machines à l’arrêt. Et il y a une jouissance à le manifester : qui peut ressentir cela ? La grève, c’est la puissance et la liberté.
    Cette puissance se manifeste enfin dans le paysage des villes industrielles, de ces cheminées, de ce bruit et de ce mouvement, de ce « pays noir » qui vaut de l’or, parce qu’il est libéré du rythme des saisons, et des années improductives de l’activité agricole.
    Mais il ne faut pas se leurrer : le travail en usine est synonyme de nombreuses frustrations. Vous ne participez pas au choix de la production, vous ignorez le pourquoi et le comment des commandes, vous creéz un nombre de pièces ou de produits qui dépassent l’idée même de satisfaction d’un client. En outre, le système de commandement sert à vous rappeler votre sujétion, votre esclavage, votre impuissance. L’arbitraire est la loi. Arbitraire de l’emploi, arbitraire du salaire, arbitraire des petits chefs, arbitraire du licenciement. Jeu des divisions entre travailleurs. Et par delà, permanence du mépris (marque suprême de toute domination). N’entrons pas dans tant de détails évidents de la vie quotidienne en usine. Encaissons ces discours répétés et toujours actuels sur les grévistes, les fainéants et les profiteurs (car les chômeurs, ce n’est pas « eux », c’est nous hier et demain, c’est nos enfants, nos oncles et nos cousins). Et enfin les entraves. Il fut un temps où les ouvriers (les mineurs surtout) changeaient de patron comme de chemise. Mauvais salaire, mauvais boulot, mauvais proprio, mauvaise réputation : on mettait les quatre meubles et la famille sur une charette et on allait voir ailleurs. Il a fallu des lois, des « carnets ouvriers » (registre de vos contrats de travail), des interventions de la police et de la troupe pour briser ces libertés et ces violences ouvrières contre l’exploitation. Contre cette discipline, les organisations ouvrières ont organisé leur propre solidarité qui organisait une discipline positive, à protéger le malade et le vieillard (mieux que par la bienfaisance bourgeoise), à aider les grévistes. Il fallut encore de grandes manoeuvres du patronat et de l’Etat pour s’introduire dans la gestion de ces caisses, ce qui aboutira à la Sécurité sociale universelle. Nous parlons souvent « d’allocations » comme si elles provenaient du ciel, alors qu’elles sont d’abord du bien commun des travailleurs (mais très dénaturé aujourd’hui).
    Je termine. Le travailleur salarié, c’est d’abord l’élément d’un collectif. Et c’est une puissante intégration sociale, dans le conflit de classes qui structure nos sociétés. Une expérience sociale qui se continue dans une culture de classe, fière d’elle-même, méprisante pour ce qui l’entrave et l’écrase, structurée aussi dans des organisations propres, syndicats et partis, et ces activités « d’éducation ouvrière » ou populaire qui lui ouvrent des perspectives non élitaires.
    Sur cette base, je dis que le salaire n’est pas l’essentiel, même s’il constitue un revenu social légitime (lié arbitrairement au travail pour le discipliner), dont les quelques variations sur des centimes servent à nous leurrer — et cela marche, sans être dupes. (Ce point est important, le revenu ne remplace pas l’importance du travail collectif).
    Je dis que le travail n’est pas une sanction divine, parce que le loisir nous ennuie, nous perd, puis nous abrutit dans la consommation et la télévision.
    Je dis que la réduction du temps de travail ne fut plus souhaitée quand nous avons atteint les 40 heures (en 1936-37, puis perdues et reconquises dans les années 1960). Mais que le partage du travail fut souhaité, dans le même esprit de solidarité — ce qui ne fut jamais envisagé comme tel.
    Alors oui, les quarante années (1980-2020) qui ont suivi les trente glorieuses et la chute du mur ont été effroyables de liquidation, de perte, de désespérance. Disparition des grandes entreprises et des grands ateliers, bastions ouvriers, disparition ou détournement des organisations ouvrières, perte de compétences et de savoir faire devant les machines intelligentes, délocalisation du travail et anéantissements de secteurs industriels, divergence accrue entre les postes à avantages hors salaire (chèques-repas, assurance-groupe, cartes d’achat…) et les postes peu rémunérés (divergence jamais décrite ou mesurée). C’est un monde qui s’écroule. Et rien n’est fait qui s’en soucie. D’ailleurs c’est trop tard, c’est une autre vie qui nous est offerte, qui n’a plus ce sens-là d’intégration sociale.
    Alors voilà, les élucubrations sur la société qui vient sont indispensables (et je vais maintenant les lire plus sereinement), mais elles ne peuvent être d’une telle ignorance et d’un tel déni de ce qui a structuré durant cent années la vie pour 50% et plus de la population européenne. Car le mépris de classe reste. Et de manière évidente, à travers les lignes.

    1. J ‘applaudi à votre texte. J’ai été ouvrier et votre description reflète exactement ce que je ressentais. Se fondre pour une part infime dans le processus de production qui nous échappe a sa grandeur et même sa beauté.
      Un rouage qui fait bien ce pourquoi il a été dressé a le droit d’en tirer de la fierté, mais vu de loin ?
      N’est-ce pas une forme d’aliénation?
      La réponse est simple : c’est justement ce que nous devons désapprendre.

      Ceci dit, Paul et d’autres se trompent : le travail, et le travail salarié, ne disparaîtra pas dans une société fondée sur la consommation de biens matériels et d’énergie . Avoir éliminé les usines de nos paysages et de nos réflexions cré cette illusion. Nous importons toujours plus de matières premières plus ou moins ouvrées. Au grand dam de l’équilibre écologique. Reporter le processus de production dans les pays à bas coût n’est pas différent du colonialisme en vogue jusqu’au milieu du 20. ième siècle.
      A nous les joies de la consommation, à eux les cadences imposées par des automatismes de plus en plus intelligents pour extraire le maximum de plus-value.

      1. Pour ma part, je pense que les usines les plus abondantes en main d’oeuvre et/ou polluantes en ont pour sans doute une cinquantaine d’années en Asie du sud-est, mais ça n’ira pas plus loin, en moyenne.
        Les fringues peut-être plus tard que les autres, et/ou les cimenteries, que sais-je.
        Mais le gros des biens de consommation est de plus en plus automatisé. Les écrans plats sont en pointe (les dalles n’enferment plus de poussières si aucun homme n’entre dans la zone de traitement). Pour avoir vu une boîte d’objet électroniques « moyen marché » comme DeltaDore, familiale et sise en Bretagne (genre 400 employés), il y a encore une trentaine d’années, mais décliner une gamme d’objets électronique modulaires adressables pour les marchés de masse (domestique) pourra se faire en Asie, et le cycle vers l’automatisation continuera.
        Il faudra en revanche des plombiers, des carreleurs, des chauffagistes et autres VMC, etc.
        Bref, l’usine va se réfugier sur les prod de pointe (Airbus, ST microelec, une partie des voitures). La question du savoir-faire associé à l’usage des machines va évoluer car les machines sont complexes (pour faire des skis ou pour étamer des circuits imprimer). La fierté collective me parait devoir décroitre en douceur, et il nous faut repenser tout ce que cela implique.
        Je me demande d’ailleurs si l’incapacité d’une grosse organisation au fond industrielle comme la SNCF à assurer à la fois un management correct en interne et une communication correcte en externe n’est pas un signe avancé de l’incapacité à re-former une fierté presque disparue ou au moins mal en point, sans jugement de valeur sur le mérite des uns et des autres.
        Mais je suis d’accord avec Daniel que la dimension de « prêtre auxiliaire des machines » que confère l’usine (ma version) et l’impression de « démiurge auxiliaire » qui va avec représentent un vécu de première grandeur, même s’il est destiné à l’extinction dans les pays avancés.

      2. « il y a encore une trentaine d’année ***d’horizon*** » voulais-je dire pour DeltaDore.

    2. @Pierre :

      Je ne sais pas le retrouver , mais j’avais déjà raconté ( plus brièvement ) comment le travail n’était pas qu’une source de « revenus » mais aussi et peut être surtout un moyen d’éducation personnelle , sociale , politique parmi les plus présents et affectant presque chacun .

      J’y racontais aussi que , travail disparaissant ou plus vraisemblablement concernant de moins en moins de monde pendant de longues périodes , le « nouveau monde  » qu’il fallait inventer devra forcément recréer un ou des lieux où tous ces apprentissages se forgeaient et se forgent encore .

      Cette « perte » d’humanité par le travail ne concerne ( n’a pas concerné) d’ailleurs que ce que l’on qualifie d’habitude de « classe ouvrière  » , en tant qu’elle est une forme « d’aristocratie » telle que je l’aime.

      Les « aristocraties » paysanne , enseignante , d’ingénieurs ou chercheurs…tous les lieux qui fonctionnent sur le mode apprentissage par le compagnonnage et la dynamique de groupe sont bouleversés par les nouveaux outils qui les marginalisent .

      Je vous rejoindrai pour dire , en conclusion , que perdre le travail ça n’est pas que perdre un revenu , et qu’on ne parera pas humainement cette perte par les seuls RUS ou gratuités , qui permettront peut être la subsistance des corps mais fabriqueraient des zombies si on en restait là .

      1. Merci a Pierre et à Juannessy. A ce dernier : attention de ne pas réduire ce vécu à un apprentissage (thème de la formation du garçon, de la sortie de chrysalide) une éducation, un écolage individuel. Le travail ouvrier a donné un « monde » ouvrier, qui a ses règles et sa cohérence interne (c’est une construction sociale, mais qui prend une force, une effectivité par une culture, des civilités, des valeurs, des symboles, des grands hommes propres. On n’en échappe pas tout à fait, même en le fuyant (par des études). (à Pierre : donc c’est une aliénation, mais ce n’est pas à désapprendre ; tout dominé (dont toute dominée !) a un vécu qui n’est pas sans valeur.)
        C’est aussi un monde où le groupe d’hommes (l’équipe) est très prégnant (qui se reproduit dans les groupes de manifestants ou d’occupants d’usine, de piquets de grève, mais aussi d’équipe sportive ou de fan-club, etc. Chasseurs, motards, mais ici l’influence rurale doit être prise en compte.
        En passant, lire le récent « Qui a tué mon père » de Edouard Louis. C’est aussi le récit d’un vécu de classe. Cherchant à retourner le mépris.

    3. Chabian, je ne peux pas m’empêcher de penser que votre obstination à vous référer à la « classe ouvrière » témoigne de votre nostalgie de la dictature du prolétariat, et que vous avez envie de remettre le couvert à la soviétique.

      1. Cependant la question que vous posez sur « ce qui a structuré durant cent années la vie pour 50% et plus de la population européenne » est réelle. Comment remplacer l’espace de socialisation que représente le travail ?

        On a beaucoup critiqué G Schröder avec ses emplois sous-rémunérés en Allemagne, mais ils avaient l’avantage de maintenir les chômeurs dans un espace de socialisation. Il faudrait imaginer d’autres espaces de socialisation, non virtuels, en dehors du travail, car la tendance naturelle de l’Homme est de s’isoler des autres, de maintenir le lien social à son minimum (n’est ce pas ce qui explique réellement le succès de Facebook, avoir des amis tout en restant dans la solitude ?) . Des loisirs collectifs gratuits de proximité par exemple, pourraient jouer ce rôle.

  6. Un jour pourtant, un jour viendra couleur d’orange
    Un jour de palme, de feuillages au front
    Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
    Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche….
    L. ARAGON

  7. Mais les ouvriers bichonnent (bichonnaient) leurs machines comme personne ! Ils sont (étaient) donc les mieux placés pour imaginer la suite des événements et la solution. Mais voilà, ils aiment leur travail !

    Et en effet les syndicalistes, les partis ouvriers type Lutte Ouvrière ne peuvent pas imaginer le travail disparaître, celui-là même qui fut au cœur de la pensée revendicative et politique. Les corps intermédiaires n’ont pas pu ou pas su aider à conduire les débats.

    « si nous voulons survivre en tant qu’espèce, nous n’aurons en effet pas d’autre choix que d’aller conquérir les étoiles. »
    Quant aux étoiles et au chemin qui y mène, je lis qu’en fond et fin de billet, il était une métaphore de l’amour.
    Aimer son travail à aimer tout court, voilà l’programme !

  8. Très beau texte M Jorion, sur lequel je n’ai presque rien à critiquer, si ce n’est ceci. Lorsque vous dites :
    « Quel serait l’équivalent aujourd’hui du plein emploi, dans cette perspective de minimisation du ressentiment au sein des populations ? La réponse me semble évidente : un monde sans argent. (…) »

    Abandonner l’argent du jour au lendemain, ce serait assurément le récupérer le surlendemain, devant le sentiment de dépossession dans lequel seraient plongés les riches ET les pauvres. A moins de projeter l’abandon de l’argent dans un contexte autre que démocratique, je ne vois pas comment cela pourrait être possible du jour au lendemain.

    Si néanmoins, l’abandon de l’argent est une chose souhaitable à terme, et on peut penser que ça le sera, puisque le travail disparaissant, l’argent aura de moins en moins de raison d’être, il faut d’ores et déjà imaginer une étape intermédiaire, une sorte de « révolution culturelle », sans non plus vouloir l’imposer à tous « à la chinoise ».

    L’abandon de la publicité et la « libération » de l’information pourrait constituer cette étape intermédiaire. D’une part cela ne pénaliserait pas notre économie dans l’immédiat, et cela nous permettrait de retrouver collectivement une pensée « naturelle », débarrassée de toutes les « aliénations », générées par la propagande des firmes . Une deuxième étape intermédiaire serait de se réapproprier l’innovation technologique, pour lui redonner des objectifs citoyens, mais ça ce serait encore une autre paire de manches, et on ne voit pas comment un pays pourrait le faire tout seul.

    Vincent Rey, findutravail.net

  9. Bonjour,
    Le travail salarié va disparaître, comment en douter? L’automatisation est en route dans tout les secteurs de la société. Le plein emploi est un leurre. Dans les pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre où le taux de chômage est à 4%, on observe une importante population de salarié avec des temps partiels. Ils sont le reflet d’une société qui s’automatise et repousse toujours plus loin l’employabilité de l’homme. Ce que les gens ne comprenne pas c’est que la plupart des emplois ne vont pas disparaître du jour au lendemain. C’est juste une partie de leur contenu qui est grignoté par la robotisation (physique et logicielle). Un emploi est rarement remplacé par « du tout machine ». (enfin…. pour le moment ;-). Aujourd’hui, en règle générale, l’automatisation ne touche qu’une partie, le reste devient un emploi partiel. CQFD
    C’est d’ailleurs l’une des principales différences avec la France où nous privilégions encore les emplois à temps plein. Macron veut y remédier en assouplissant le code du travail et donc faire comme l’Allemagne et les lois Hartz IV. Là, on est dans l’idéologie mais l’idée c’est qu’il vaut mieux un emploi précaire que rien du tout car l’emploi est moral et source de sens. Je ne dis que ce que j’observe …..Je ne partage pas l’idée.
    Mais bon , revenons à nos moutons, l’emploi salarié disparaît mais comment pouvait il en être autrement? J’entends ci et là que l’entreprise est là pour faire travailler les gens mais c’est faux! Une entreprise est là pour offrir un service et l’emploi n’est juste là que pour permettre ce service. A ce titre, le salarié est une coût pour le capital et même le plus important. Si demain, de nouveaux processus de production me permette d’économiser ce capital, je robotise. Fin de l’histoire, le reste n’est que littérature et sentimentalisme vis à vis d’un monde du travail qui nous a donné l’illusion de faire partir d’un même famille et même pour certains a donner un sens à leur vie. ….Réveillez vous, c’est fini tout çà! Il va falloir trouver de nouveaux ressorts pour la cohésion de nos sociétés (occidentale ou pas, la Chine est face au même probléme….) .
    Concernant le revenu de base, c’est une idée mondiale et qui traduit la peur des élites de voir se constituer des hordes de « désœuvré ». Afin de l’éviter, ils imaginent donner un peu d’argent afin de prévenir les risques d’incendies. Je pense même que l’idée à terme sera de nourrir les plus pauvres mais de leur interdire d’avoir des enfants par la suppression de toutes les aides familiales. Comme cela , au bout d’une génération, les pauvres meurent et ils ne restent plus que les riches, dans une société automatisé et sur une terre redevenu soutenable. A ce niveau là, j’imagine pas mal de dystopie.
    Enfin, on verra bien….si la vie nous en donne le temps!

    1. Plusieurs références historiques me viennent à l’esprit. D’abord les systèmes hindous des castes pour se justifier (aboutir ? ) à la caste des  »intouchables ».
      Pyi la philosophie chinoise à base de Confucianisme – Morale + Politique- et de Taoïsme ( Le Grand Tao qui donne Le premier Tao Manifesté….puis Le Yi King ….
      Ici je ne vois depuis des siècles qu’ une classe dirigeante autoproclamée , qui utilise et crée des corps de véritables mercenaires de diverses appellations.
      Je laisse à votre sagacité le soin de les repérer

    2. « Concernant le revenu de base, c’est une idée mondiale et qui traduit la peur des élites de voir se constituer des hordes de « désœuvré ». Afin de l’éviter, ils imaginent donner un peu d’argent afin de prévenir les risques d’incendies. Je pense même que l’idée à terme sera de nourrir les plus pauvres mais de leur interdire d’avoir des enfants par la suppression de toutes les aides familiales. Comme cela , au bout d’une génération, les pauvres meurent et ils ne restent plus que les riches, dans une société automatisé et sur une terre redevenu soutenable. « 

      On tourne en rond et on en revient à Malthus!

      Dans une Angleterre qui ne savait que faire de ses journaliers en surnombre (les progrès de l’agriculture y étant plus rapides que le développement de l’industrie) il était prévu que chaque paroisse leur distribue le pain nécessaire à la survie de leur famille (poor laws) mais ça ne fonctionnait pas vraiment.

      La solution que proposait Malthus (après avoir démontré que jusque là ça avait été les disettes, les guerres, les épidémies et les catastrophes naturelles qui avaient adapté la population aux ressources disponibles) était d’interdire de se marier à ceux qui ne seraient pas en mesure de nourrire une famille par leur travail.

      À cette époque comme aujourd’hui les riches pesaient n’avoir plus besoin des pauvres. La bonne solution serait évidemment que les pauvres trouvent le moyen de se passer des riches…

      1. Quand on lit ou écoute Gaspard Koenig , le libéralisme adore le RUS .

        Si on décolle un peu , qu’il s’agisse de travail ou autre chose , quand on essaie d’exprimer « l’agir » de l’humanité , on trouve toujours ( jusqu’à ce jour , restons optimistes ) la Propriété et le Pouvoir .

        La Propriété , que les nouveaux outils et concepts étendent à tout y compris autrui , avec la complicité naïve d’autrui ( très futé billet d’Attali ce jour ) .

        Le Pouvoir que tous ceux qui en sont assoiffés savent habiller du dernier néologisme plus ou moins effrayant ou sympathique , et qui est l’expression du désir d’asservissement de l’autre ( ce qui est étranger par essence et ça en fait des choses et des êtres ) , alors que , pour être justifié et efficace , ce devrait être , selon l’expression de Tolstoï , « l’état de plus grande dépendance où l’on se trouve vis à vis d’autrui » .

        Et inexorablement la vie sur terre meure de ce couple infernal , aussi surement que de la collision avec un météorite géant .

      2. @Juannessy
        « l’expression du désir d’asservissement de l’autre ( ce qui est étranger par essence et ça en fait des choses et des êtres ) »
        Oui, et/ou simple appréhension de l’étrange ou l’étranger ?
        Et comme dit Luis Régo:  » c’est terrible, il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde  » !

  10. pour le pouvoir, je suis comme souvent d’accord avec vous.
    dès qu’un humain rencontre un autre humain, il y a rapport de force
    (c’est sans doute le cas dans le règne animal également). A la suite de W.Reich,
    je crois que le facteur sexuel est essentiel pour bien comprendre cette fatalité.
    Je serais plus optimiste en ce qui concerne la propriété et la capacité humaine à pouvoir
    s’en passer avec effet induit positif possible sur la diminution de l’agressivité dans
    les rapports de force.
    n.b.
    il s’agit bien sur d’un commentaire totalement à contre courant du monde occidental dans le quel nous dépérissons.
    bien à vous

  11. J’ai 55 ans, et après m’être fait virer 15 fois pour incompatibilité d’humeur avec mes petits chefs, je ne travaille plus depuis 10 ans. Pourquoi retenter toujours la même chose pour le même résultat (Einstein?). Il faut tout de même rajouter que grâce à une psychothérapie, je sais d’où vient mon petit problème…

    Aujourd’hui je n’ai plus ni télé, ni bagnole et bien sûr pas de moyen de voyager. Mais je ne m’emmerde pas. J’ai trouvé un truc à faire, un petit truc, mais qui remplit mon temps « libre ». Et qui me permet même d’avoir quelques relations sociales. Il ne faut pas avoir peur de la fin du travail, c’est vraiment super! Bien sûr, vive internet. Mais même sans, je pense que je trouverais à passer mon temps sans rêver de changer le monde: pour ce qui me concerne les élites esclaves de leur argent peuvent dormir tranquilles.

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