À propos de “Le suicide de Stefan Zweig… et le nôtre !”, par Cédric Chevalier

Ouvert aux commentaires.

Synchronicité à nouveau confondante. Je viens de voir ta vidéo sur le suicide de Stefan Zweig. C’est un écrivain que j’apprécie particulièrement, notamment pour son amitié franco-germanique avec Romain Rolland, leur pacifisme et leur capacité à maintenir intacte la dignité de l’intellectuel en 14-18, alors que tous les autres se sont corrompus dans le bellicisme et la nationalisme idiots (même de grands scientifiques français, allemands, autrichiens, etc.).

J’ai été très marqué par l’épisode de son suicide-testament-politique en 1942, avec “Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen”, alors que la conflagration mondiale avilissait toute l’Humanité, plongée dans la bestialité à l’échelle industrielle. Comme si Zweig avait été d’une sensibilité si extrême, d’une élévation spirituelle telle, si étrangère à la bassesse commune, qu’il était devenu impossible pour lui de supporter l’échec total de l’Humanité et son auto-destruction.
 
On pourra peut-être bientôt réécrire une œuvre similaire avec le même titre, tant les années après 1950 furent d’une certaine manière brillantes en Europe… uniques dans l’Histoire, avant sa chute et une nouvelle conflagration dans les années 2020 ?
 
Aussi la nécessité d’abandonner les égos, obstacles idiots à l’unification et à la convergence nécessaire des luttes, des groupes et groupuscules en Europe et dans le monde aujourd’hui. Très vite, affleure spontanément la susceptibilité des égos des initiateurs des différentes dynamiques et il faut beaucoup de conscience pour faire taire le singe hurleur en soi, et aller vers la synergie.
 
Les gauches en France, Europe-Ecologie, bien des mouvements écologistes et socialistes sont tombés dans les ornières des égos de leurs dirigeants et de leurs membres, pour des peccadilles programmatiques.
 
Egalement durant la lutte pour les droits civiques, il a fallu l’aura d’un Martin Luther King pour parvenir à unifier (ponctuellement et provisoirement) une myriade de mouvements noirs qui se querellaient sans cesse, dans des marches historiques sur Washington, notamment.
 
Bref, l’ego se révèle souvent un poison pour l’humain et effectivement, la psychanalyse est une des techniques qui permettent de le tenir en joue ! Technique qui ne fait pas disparaître l’ego mais qui permet de le voir arriver de loin avec ses gros sabots, et de le ramener gentiment dans son placard quand il devient encombrant et pénible pour soi et les autres.
Merci en tout cas de nous rappeler la figure européenne, humaniste et pacifiste essentielle de Stefan Zweig !
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41 réflexions sur « À propos de “Le suicide de Stefan Zweig… et le nôtre !”, par Cédric Chevalier »

  1. “…des peccadilles programmatiques.”
    Mouais, c’est au delà de ça !
    Réconcilier les tendances “gauche libertaire” et “gauche autoritaire”, sacré boulot.
    Il faudrait un cataclysme pour engendrer une “union sacrée”.

    1. “union sacrée”, référence à un certain août 1914 où l’on a vu des militants libertaires et socialistes rejoindre sagement les casernes et partir la fleur au fusil.

  2. Mes deux dernières lectures du grand Stefan, “Conscience contre violence” et “Le joueur d’échec”.
    Le jeu d’échec que j’ai beaucoup pratiqué adolescent avec 1500 points ELO. Mais revenons au sujet de notre propre suicide. J’ai parfois l’envie de m’y soumettre aussi tant notre incapacité (pour le moment collective) me laisse sans voix. Et puis une petite voix, que dis je une grande voix comme celle d’Edgard Morin me rappelle la possible survenue de l’improbable. Je sais bien qu’il n’est pas possible appelé l’improbable, pourtant en ce qui concerne cette notion je suis croyant. Pour ne plus me laisser guider par mes névroses et mon histoire familiale, j’ai aussi fait l’expérience du divan qui libère et qui à la fois m’a rendu plus lucide. Je partage toute l’analyse de l’anthropologiste Paul Jorion sur l’humain comme espèce colonisatrice. Je pense que les égos ne sont pas tout, de même la figure du guide dans un monde fragmenté ne reflèterait que quelques minorité. La complexité du monde nous fragilise pour prendre des décisions collectives. En ce sens je ressent l’idée des différents débats sur ce blog des gouvernements autoritaire telle la Chine pour nous sortir de l’impasse de l’extinction de l’espèce humaine. A titre individuel je comprends le suicide comme un charge de douleur si intense qu’il n’est de possible A souffrance et que le suicide de ce fait s’impose. L’analogie avec nos sociétés et là où en est notre espèce est elle enseignante ?
    Nous souffrons tellement (dans notre inconscient) que seule notre disparition peut nous libérer ?
    Bien à toutes et tous, avec toute ma tendresse, Quelart Pierre

  3. j’avais pris en photo de profil sur twitter le dessin de Siné (qui date de peu avant sa mort 06/2014) “bordel unissez-vous” où on peut voir des gens se mordre, se cogner, se tirer les cheveux : pour signifier que le principal était de trouver un terrain d’entente. Je l’ai changée pour “la survie de l’espèce” : de fait ce sont mes deux obsessions actuelles.

    Dans un journal de gauche en ligne (la-bas si j’y suis) j’ai essayé d’appliquer ces mots d’ordre. Je l’ai fait calmement, tant que possible dans des commentaires, pas facile, des agressions qui disaient en quelque sorte ” à gauche il n’y a que les FI et Mélenchon, les autres ne sont pas de gauche et donc ne nous intéressent pas” ambiance qu’on retrouve sur twitter depuis 2017, insultent à la clef, blocage, etc.
    Quand j’ai dit que Hulot était devenu un lanceur d’alerte… ils voulaient ma mort là et maintenant, traitre que j’étais. Donc je me suis désabonnée de ce journal.

    Récemment ici j’ai raconté (je vais me répéter, désolée) :
    Un copain libertaire, de plus prof d’écologie, m’indique que ses élèves de 15ans s’ennuient copieusement durant les cours d’écologie. Je n’ose lui demander s’il a trouvé le/s moyens pour les motiver. Il dégoise à loisir sur Hulot comme tout militant de gauche « digne de ce nom ». Je lui demande « que penses-tu de la marche de samedi ? » … « ah » « ben voui dans toute la France sf dans notre ville où il ne se passe jamais rien ». Il n’en a pas eu connaissance, lui l’engagé.

    Je lui « rappelle » qu’il vit dans une ville où il n’a pas plu depuis mai. Indifférence. Finalement je sors mon argument préféré : « les gens nés à partir des années 70 vont souffrir », là, il est né dans cette tranche, un silence total. Je crois que ça a fait tilt dans tête. Si ça pouvait le motiver en tant que prof !

    mais l’argument ultime que je lui sors est « l’écologie s’est remettre le capitalisme en cause ». Là je crois que « c’est tout bon », à suivre,

    j’ai aussi écrit :
    Vous remarquerez que maintenant le PCF a intégré l’écologie dans ses revendications. Tout comme l’a fait Pierre Laurent dans son intervention à l’occasion de la fête de l’Huma dimanche dernier.

    Ces minuscules faits démontrent que c’est certes très difficile, mais je crois que nous pourrions trouver un terrain d’entente, (sans jamais parler de Hulot qui en défrise plus d’un -regrets-) en se battant pour l’écologie.

    1. L’année dernière aussi, le discours de PL à la fête de l’Huma, revendiquait l’écologie.
      Bis repetita placent . . .

  4. “Bref, l’ego se révèle souvent un poison pour l’humain et effectivement, la psychanalyse est une des techniques qui permettent de le tenir en joue ! Technique qui ne fait pas disparaître l’ego mais qui permet de le voir arriver de loin avec ses gros sabots, et de le ramener gentiment dans son placard quand il devient encombrant et pénible pour soi et les autres.”
    Faudrait il alors généraliser la psychanalyse à l’ensemble de la population?
    A minima, il nous faudrait se mettre d’accord sur la définition de l’être humain. Je pense qu’en collège et lycée , on devrait enseigner l’anthropologie. De même, il faudrait aussi développer un enseignement basé exclusivement sur la coopération et l’entraide.

  5. Stefan Zweig était de fait un très intéressant écrivain – le joueur d’échecs, la pitié dangereuse… – et aussi un homme qui ressentait profondément la catastrophe que fut le nazisme, et l’avait d’ailleurs vue venir de très loin, avec une impressionnante lucidité.

    Il y a un paradoxe cruel dans son suicide, motivé par son désespoir à la vue de la destruction du meilleur de la culture et de la civilisation européenne engloutis par l’empire hitlérien, car Zweig s’est suicidé en février 1942, c’est-à-dire deux mois après le tournant de la guerre. Le 4 décembre 1941, la victoire de Hitler peut sembler assurée. Une semaine plus tard, le 11 décembre, il a perdu :
    – Le 5 commence la contre-offensive Joukov qui va sauver Moscou et empêcher le Reich de “sortir” l’Union soviétique de la guerre comme il l’a fait à la France. La Blitzkrieg ne fonctionne pas sur les grandes distances de l’Europe de l’est
    – Le 7, le Japon attaque Pearl Harbor, forçant les Etats-Unis à rentrer dans la guerre
    – Le 11, Hitler déclare la guerre aux Etats-Unis, forçant les Etats-Unis à faire la guerre à l’Allemagne aussi

    Mais tout cela n’a pas été analysé immédiatement par tant de gens que cela. Et Zweig, exilé au Brésil, n’a pas compris ce qui venait de se passer. Deux mois plus tard, il était emporté par son désespoir.

    L’écrivain chrétien Bernanos, exilé au Brésil lui aussi, ne réussit pas à en dégager son ami Zweig. Les chrétiens ont il est vrai un avantage sur les athées en de telles circonstances : ils savent que le Maître de la vie, mort, est vivant aujourd’hui et règne. Ils savent donc que si la lucidité est indispensable ô combien, le désespoir n’est jamais justifié.

    Peut-être ne le “savent”-ils que par la bêtise bovine de leur esprit s’accrochant à une fable ?

    Quoi qu’il en soit, je propose de considérer l’idée que s’agissant des questions de désespoir et de suicide, un athée a toujours raison de s’inspirer du refus auquel le chrétien est appelé. Même si le refus du désespoir est “stupide”, c’est un bon type de stupidité.

    Et Bernanos, sur ce sujet du moins, avait raison contre Zweig.

    1. Je ne suis pas sûr que Zweig aurait apprécié de voir la belle cité de Dresde détruite par les bombes incendiaires, fussent-elles anti-nazies et transportées par les ailes de la démocratie.
      Peu importe les détails de la chronologie, la civilisation européenne qu’il a connu a été engloutie.

      1. Voilà des “détails” qui sonnent mal …

        Et on engloutit” pas une civilisation .
        Ou ça n’est pas une civilisation .

      2. @Juannessy
        Je ne comprends pas votre commentaire.
        “détail” serait-il une allusion à une expression employée par un de nos hommes politiques ? – auquel cas je ne mange pas de ce pain là, vous le savez bien.
        La guerre ne fait que des vaincus.
        Civilisation réduite en cendre mais qui peut renaitre tel le phénix, c’est mieux ?

      3. Pour les détails , il s’agissait bien de ça .

        Pour la civilisation qui est une civilisation , elle ne meurt , comme la liberté d’expression que si on ne s’en sert pas ( j’ai un peu tiqué , là aussi , sur les “cendres”… ) .

        Je pense que Marceline Loridan -Ivens saurait mieux parler de Rolland et Zweig que nous .

      4. @Juannessy
        Je regrette que mon allusion aux bombardements alliés sur l’Allemagne nazie ait été mal interprétée. Mon propos visait à étayer l’idée que la guerre est une monstruosité et la pire des solutions, que les vainqueurs d’un jour sont les perdants du lendemain. Pardon de tenter d’adopter un regard historique neutre de positionnement idéologique (si tant est que cela soit possible – mais c’est un autre débat).
        Civilisation. Vous parlez du concept philosophique, moi de sa matérialité historique.
        La civilisation Maya: morte est enterrée.
        La civilisation gréco-romaine antique: toujours présente.

      5. Ces éclaircissements sont bienvenus .

        Si la civilisation gréco-romaine n’est pas morte ( certains ne la séparent pas de la pensée juive ) , Zweig n’est pas mort .

  6. Le problème n’est pas votre acharnement contre Trump, c’est que vous vous mettiez ce faisant spontanément du côté de la CIA et du FBI et du côté des neocons qui veulent augmenter les troupes US en Afghanistan et ailleurs. Tous ces gens-là ne sont pas des bienfaiteurs de l’humanité non plus. Le monde aurait-il été plus sûr avec Hillary? je ne crois pas..

    1. Voilà : crise de “hillaryte aigüe” ! Je vous ai déjà prévenus : les gens qui me reprochent de parler de Trump n’ont qu’un seul mot à la bouche : “Hillary !”. Et “Hillary ceci !” et “Hillary cela !”, pas un seul mot sur Trump !

      Le proto-fasciste ultime n’a pas même droit à leurs yeux à une phrase entière, pas même un compliment du bout des lèvres ! Rien ! “Hillary !” “Hillary !” “Hillary !” “Hillary !”

      Je ne sais pas comment ça se soigne.

      1. “Je ne sais pas comment ça se soigne.”
        On calanche devant l’obstacle?

        Modestement, je propose l’égalité USA=Trump, grâce à leur loi électorale et constitutionnelle pour le moins bizarre.
        Si on prend en compte le nombre de voix on aurait eu l’égalité
        H. Clinton=USA.
        Blanc bonnet et bonnet blanc, bien sûr. Le grand désavantage d’Hillary étant qu’on sait ce dont elle est capable: le pire en nombre de morts violentes et immédiates et accessoirement des anciens combattants par centaine de milliers victimes du syndrome de guerre et estropiés.

        Avec Trump, on crève doucement; l’avantage est immense.

        La conclusion, pas nouvelle, est que les USA et leur ‘culture’ de mort ont cessé d’être un exemple et une préoccupation légitime ( sauf pour les victimes). C’est un trou noir suicidaire qui ne promet rien de bon, une perte de temps. Même s’il y a encore de beaux restes.
        L’attachement au destin des USA ressemble à un retour sur les lieux du passé où on a été heureux. Tout bouge, et ce passé heureux n’existe plus.
        Avec ou sans Trump. Surtout sans Trump.

        Ça vient naturellement:
        https://www.youtube.com/watch?v=Cdg1wygMOZY

      2. Un point peut être positif en faveur de Trump. Il a l’air de ne rien comprendre à ce qui se joue dans la péninsule coréenne et c’est sans doute tant mieux pour eux (pour les USA c’est moins sûr).
        Soit il est vraiment très con, soit il a reçu aussi des financements de Kim (ou les deux – tout est possible dans ce monde de dingues).

      3. Anxiolytiques a forte dose? Ce type est vraisemblablement mort de trouille : il demande pas un monde plus juste ou plus sain, non, il demande un monde plus sûr ! !! …

  7. bonjour,
    Et Nelson Mandela il a defendu la cause des noirs contre les blancs.
    La couleur de peau a beaucoup d’impacts dans le racisme mais Hitler et le nazisme qui defendaient la race aryenne a extermine toutes les races.

    1. Je dis naïf suicidaire , parce que être sincèrement en état de déclarer comme c’est sans doute son cas ,”je me fous de savoir qui me paie ,si on me laisse entièrement libre de mon travail” , c’est ou bien de la naïveté suicidaire ou un dangereux ( pour autrui) orgueil et amour-propre qui se cogne à la maîtrise des temps longs .

      L’orgueil donne , une fois tous les milles ans , les plus grandes âmes , et les plus grands traîtres et salops le reste du temps .

      Vive le choix et la multiplicité , et le financement par l’impôt , sous tutelle des citoyens et d’eux seuls .

    2. C’est tellement douloureux de quitter les feux de la rampe…
      Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

  8. Je lis que les commentaires sont principalement à propos de Stefan Zweig, alors nous n’avons pas lu le même sujet.
    Pour moi le sujet de ce billet est “notre suicide” S. Zweig étant montré comme un exemple de suicide par désespoir de la civilisation qu’était devenu son présent : pas d’avenir.

    En effet il avait connu “l’idéal” de civilisation, la même que Freud, la même que les fils, fille, oncle, de Thomas Mann (Golo, Heinrich, Erika, Klaus), que Arthur Schnitzler, Klimt, Karl Kraus, et quelques autres, c’est moi-même la civilisation mais surtout la littérature et les penseurs que cette civilisation a produit qui m’ont donnée le plus de plaisirs de lectures, de pensées, de plaisirs visuels.
    Cela me dura, longtemps, je passais, j’y revenais, impossible pour moi de les quitter tous ces créateurs qui m’ont tellement donnée.
    C’était comme un moment infini qui eut une fin. Un moment que me sembla comme un idéal de civilisation, de créations grâce à ce régime que François-Joseph favorisa comme dans un moment intemporel, moment où les Juifs étaient égaux, ce qui n’étaient pas le cas dans les pays d’Europe de l’Est.

    Ainsi, malgré le choc, je comprenais le suicide de S.Zweig : il avait cru le présent infini sans temporalité.

    Nous ne sommes pas vraiment dans un tel état d’esprit. Nous eûmes le CNR, les années 1970… le pouvoir de destruction du capitalisme a toujours été présent : la bombe qui pouvait nous tomber dessus à tout moment, les Rouges “avec le couteau entre les dents”, le tiers monde qui crevait de faim, les guerres des colonies pour enfin devenir autonomes, la guerre du Vietnam, nous n’eûmes, de mon vivant, jamais de paix réel, mais toujours un combat d’idées âpre, les armes de destruction massives ont toujours été proches, et le capitalisme et sa volonté de dominer le monde par n’importe quel moyen, toujours présent.

    1. Que ce soit celui de Stefan Zweig ou le notre , on ne doit pas parler du même suicide ou tout du moins , comme par définition si on en parle c’est qu’on n’en est pas là , pas du suicide tel que je me le représente .

      Je crois en tous cas , sans trop de risque de m’abuser , qu’on ne se suicide pas pour “donner l’exemple ” de quoi que ce soit” , sauf si on a trop picolé ou qu’on est en transes maladives .

      Auquel cas , ça fait un con en moins .

      1. Très juste.
        Le suicide ‘exemplaire’ n’existe pas. C’est une fuite devant sa responsabilité d’homme.
        La question du suicide thérapeutique me semble différente.

        Il est bon d’évoquer à tête reposée ces questions, mais, franchement, le suicide ne semble loin de satisfaire à l’optimisme revendiqué du blog…

        Le suicide concerne aussi les États : l’Europe s’est suicidée par lâcheté à partir de 1936. La France a une responsabilité écrasante dans cette fuite devant ses devoirs -Je l’ai déjà dit- Le livre de Margarete Buber-Neumann “Milena” m’a fait comprendre à quel point nous avons prêté la main à la destruction d’une diversité culturelle rare, celle de l’Europe Centrale, point de jonction entre les mondes germanique, slave et juif.
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Margarete_Buber-Neumann
        La culture et les sociétés sont une chose importante, les pertes humaines encore plus. Nous ignorons trop en Europe occidentale le cataclysme humain que notre abstention originelle a permis en Tchéquie/Slovaquie, Pologne, Hongrie, Roumanie et URSS, pour n’en citer que quelques uns.

      2. @Juannessy
        êtes vous sûr d’avoir cliqué sur le bon “répondre” car je ne vois aucun rapport entre votre commentaire sensé prolonger ou répondre au mien.

        quant à “donner l’exemple” : de qui parlez-vous ?

      3. @daniel
        21 septembre 2018 à 22 h 21 min
        le suicide de l’Europe s’est fait durant la guerre de 14-18 : ce fut l’éclatement de l’empire austro-hongrois qui rassemblait une diversité de cultures.

        et s’est confirmé en 1940. Ma référence est le livre de Arthur Koestler : la lie de la terre, paru chez Calmann Levy, 1941.

        Concernant le suicide : c’est vouloir garder sa dignité de vouloir mourir suite à certaines dégradations du corps avant que l’esprit suive.

    2. @Annie :

      Aurais je mal interprété :

      “S . Zweig étant montré comme un exemple de suicide par désespoir de la civilisation qu’était devenu son présent : pas d’avenir ” ?

      1. Juannessy
        21 septembre 2018 à 22 h 45 min

        Pour moi, et c’est le propos de mon commentaire, le suicide de Zweig n’est pas un exemple, mais plutôt une sorte d’aboutissement du vide qu’il crut que sa vie était devenue, une perte de sens, sens qui avait été la colonne vertébrale de toute la conduite de sa vie et des siens (les siens étant ses “confrères” intellectuels comme lui dont j’énumère quelqu’uns)

      2. Juannessy
        21 septembre 2018 à 22 h 45 min

        en effet le mot “exemple”, mais alors nous ne lui donnons pas le même sens, vu le contexte.

        Pour moi “exemple” était plutôt : un avertissement, une alerte. Je comprends le contre sens que suscite mon commentaire, mais il me semble que dans son contexte c’est bien une illustration, non à imiter.

      3. … de plus je parlais du billet qui donnait le suicide de Zweig en contrepoint du suicide actuel de notre civilisation.

        si vous lisez mon commentaire c’est son développement qui “compte”.
        la phrase à laquelle vous vous êtes accroché n’étant que l’introduction qui résume le sujet auquel je réponds.

        (dois-je vous rappeler les règles de rédaction en français :
        1-intro -résumé du sujet à traiter
        2-développement que l’auteur qui rédige fait
        3-conclusion de l’auteur : que la civilisation depuis la 2de n’a jamais été apaisée)

      4. Dont acte

        Mais finalement le suicide de Zweig m’est plus explicite que “le notre”, et le “pont” fait entre les deux par Paul Jorion via la tablée des égos , sème un peu la confusion car dans un cas ( Zweig) c’est la compétition d’égos “des autres” qui amène in fine à son propre suicide , alors que dans la situation actuelle c’est une compétition d’égos ” des autres” ( et peut être de nous même) qui amène au suicide de fait de l’espèce humaine .

        Et on est ainsi fait qu’on accepte plus facilement le suicide potentiel d’une entité “abstraite” sur laquelle on pense n’avoir pas ou plus prise , que l’évidence que l’on est personnellement membre inséparable de cette entité et que son suicide est aussi le “notre” individuel .

        De Zweig ( et de pas mal d’autres) ou de nous , qui est le plus libre ?

      5. “De Zweig ( et de pas mal d’autres) ou de nous , qui est le plus libre ?”
        réponse lui Zweig.

        Nous sommes bien moins libre, quoiqu’il faille définir le “nous” :
        je le prends au sens général. càd que je ne parle pas de la “piétaille” (1) qui était bien moins libre que nous maintenant, mais le “nous” à changé de contenu : moins de piétaille maintenant qu’à l’époque de Zweig : en Occident nous sommes -presque- tous instruits, nous avons été à l’école jusqu’à 15/16 ans.

        L’instruction donne une certaine liberté par l’autonomie de pensée qu’elle est sensée donner,
        mais en même temps nous sommes rassasiés par la propagande du capitalisme qui veut avant tout vendre, et qu’on achète tout et n’importe quoi. Ce n’est pas que la publicité, mais bien plus…

        de plus Zweig était un intellectuel. Le “nous” ici comprend tout le monde.

        Et si on compare les intellectuels de l’époque de Zwieg à ceux de maintenant : ils étaient bien moins nombreux, mais n’avaient pas des médias qui les encensent ou les démolissent en 1 minute, son temps étant plus “long”, “nous” – notre civilisation – vivons dans le présent.

        (1) ceux qui vont à pieds

  9. Moi aussi j’aime Zweig et le portrait petit bourgeois qu’il a dressé de son ami Freud… Tout ça pour dire que lui aussi devait caresser son ego pour pouvoir crier que c’est le problème.
    Ce n’est pas ce que je retiens de son œuvre, lui qui voulait que ses mots soient “du pain pour le peuple”.

    Des nouvelles du front, sinon. Toujours délégué du personnel dans une étude notariale de province. Avant de partir en vacances, la petite troupe de clercs venait d’essuyer une sacrée humiliation: on a déménagé une collègue pour la mettre dans un clapier afin d’accueillir une plus diplômée. Mieux, le collègue clerc qui voue son temps pour son notaire depuis des années, la cinquantaine bien sonné, aimé de tous, gentil et corvéable à souhait, s’est vu déménager dans un bureau tout petit, au fin fond de l’étude, pour laisser place à un jeune loup, proche du notaire, qui doit avoir… 25 ans de moins que lui.
    Ca c’était avant les vacances. Au retour, la standardiste vient me voir: “Tu sais Antoine, il m’avait promis au mois de mai que je serai augmenté, et que j’aurai même une prime… Ben j’ai rien eu pour les vacances..”. Or les primes, c’est au mois de juillet. Précision: cette jeune femme est seule avec son enfant. Obligé d’attraper le notaire pour lui indiquer que ne pas tenir ses engagements, c’est violent psychologiquement.
    Puis les primes. Comme on remplace pas les congés de maternité, la dame, vivant seule, et se retrouvant seule au service successions ces derniers mois, a mis les bouchées doubles. D’autant plus que comme on paye pas les heures supplémentaires, elle avait tout intérêt à assurer pour avoir une prime bien étoffée. Bref au final, elle y a laissé des plumes. Et elle a eu sa coquette prime. Avec d’autres bienheureux qui ne se sont certainement pas défoncés comme elle mais qui sont dans les petits papiers. En tout cas, c’était suffisamment injustifiable, le montant des attributions, pour semer une bonne zizanie. Suffit que l’assistante comptable qui s’en occupe sache qui touche quoi, et ne soit pas bien verni…

    La nouvelle, qui a pris le bureau de la collègue, a pris ses cliques et ses claques cette semaine. Je lui ai évidemment fait part du contexte sociale de l’étude à son arrivée et de l’humiliation que cette arrivée a suscitée. Quelques semaines ont suffi pour qu’elle se décide à quitter les lieux. Le bureau est libre…

    A discuter de nos malheurs, la chef du service successions, de retour de son congé de maternité, a manifesté un certain étonnement… Comme à son premier congé maternité, elle n’a touché que son salaire net. Or ses amies qui travaillent dans d’autres études lui ont indiqué avoir eu une majoration. Je parle à la comptable, du calcul de l’indemnité versé par la sécu des clerc, qui inclut en effet une majoration… Elle me défonce et me dit ne rien comprendre. J’en suis à interroger la CRPCEN à ce sujet. S’il s’avère que les patrons barbotent les majorations, ce serait le bouquet.

    Soit dit en passant, le tarif des notaires, qui n’a ni queue ni tête, permet à tout notaire de vivre décemment pour peu que la région soit un peu peuplé. L’étude ou je bosse, c’est une étude citadine qui a une énorme clientèle fortunée…
    Germinal, c’était quand déjà…

    1. Il faut en parler à Attali dont le rapport de 2008 se penchait aussi sur les notaires .

      On se suicide beaucoup chez les notaires ?

      1. La question qui tue… On voit bien votre optimisme indéracinable.
        Et puisque j’ai un faible pour Jacquou, j’y vais aussi de ma question: ‘Quoi, il bouge encore, submergé par tous ses rapports ?’

    2. Ce genre d’ambiance ont du toujours exister.

      années 50/60/70 : je claquais la porte et traversais la rue (1) pour trouver un autre boulot, ou faisais de l’intérim.

      C’est ainsi que je fus instable. Je n’ai aucun regret, au moins j’ai vu du paysage, des patrons et des boites de toute sorte. et j’ai fini par ouvrir ma librairie mi-70 …

      Mais on ne peut plus traverser la rue pour changer de boulot, alors on subit : je compatis.
      ……
      et je continue à être à mon compte, car oui je continue à travailler (chacun sa drogue)

      (1) Macron était-il né ?

      1. @annie,
        Il faut proteger le travail utile a la societe. Et puis le travail emancipe l’etre que je suis, j’ai beaucoup appris sur l’independance au travail.
        bien cordialement

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