ESSENTIEL – la possibilité du découplage absolu conditionne la possibilité de la croissance économique, par Cédric Chevalier

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J’ignore si le concept de découplage absolu est bien maîtrisé par les décideurs économiques et politiques. Si tel n’est pas le cas, nous avons un sérieux problème. Saviez-vous que le découplage absolu est la seule manière de « sauver » la croissance économique ? Alors que nous sommes en overshoot environnemental, et devons donc nécessairement diminuer notre empreinte environnementale (toujours en croissance), postuler qu’il est possible de découpler en termes absolu la croissance économique de l’empreinte environnementale est la seule manière de pouvoir encore vouloir désirer cette croissance économique. En termes économiques, sans découplage absolu, garder la croissance économique signifie qu’on admet qu’on va détruire à terme l’entièreté du capital naturel. Et nous avec…

L’empreinte environnementale est un macro-indicateur qui résume l’impact environnemental annuel de l’humanité sur la biosphère. Si cet impact environnemental est supérieur à la capacité de régénération annuelle de la biosphère, nous consommons plus que ce que ne produit la biosphère, nous dégradons inexorablement notre capital naturel, et nous sommes en « dépassement », en « overshoot ».

La croissance économique signifie la croissance du Produit Intérieur Brut, c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées au sein d’une économie sur un territoire durant une année.

Le découplage relatif signifie que l’empreinte environnementale croît moins vite que le PIB. Par exemple une hausse de PIB de 2% pour une hausse de l’empreinte environnement de « seulement » 1%. 

Le découplage absolu signifie que l’empreinte environnementale décroît alors que le PIB croît. Par exemple via une hausse de PIB de 2% pour une baisse de l’empreinte environnementale de 1%.

D’où des efforts héroïques d’une certaine communauté internationale pour « démontrer » la possibilité du découplage absolu. Quand on veut sauver la croissance économique à tout prix, on comprend qu’il faille se montrer créatif sur la possibilité de la combiner avec une réduction de l’empreinte environnementale. Sans quoi, cette croissance destructrice devient un peu trop manifestement nihiliste.

Vous connaissez sans doute le GIEC pour le climat, sans doute moins l’IPBES, le GIEC pour la biodiversité. Il existe aussi l’IRP, l’International Resource Panel, qui travaille sur les ressources naturelles et minérales, et qui n’est pas constitué toutefois de la même manière que le modèle COP (Conference Of the Parties).

Le rapport 2019 Global Resources Outlook de l’IRP commence comme suit :The Panel aims to contribute to a better understanding of how to decouple economic growth from environmental degradation while enhancing well-being. 

En termes d’épistémologie et de philosophie, devons-nous nous convaincre du caractère hautement problématique d’initier une recherche de cette manière ? C’est-à-dire en posant que toute la recherche devra s’inscrire dans un cadre où la croissance économique jamais ne sera remise en question ?

Autant le dire tout de suite, je crois personnellement que le découplage absolu est impossible.

Pour des raisons théoriques ET empiriques, liées à la thermodynamique et à la physique plus généralement, et sous réserve que la méthode de calcul du PIB reste constante. La croissance économique telle qu’on l’observe aujourd’hui implique d’augmenter les vols en avion, les trajets en voiture, le transport de marchandises par bateau, train et camion, le volume des habitations, la surface des routes, la part de viande dans l’alimentation, la quantité de biens consommés, etc. Certains ont tenté de vendre le concept d’économie immatérielle et donc de croissance économique immatérielle. La réalité empirique de l’impact environnemental catastrophique des technologies de l’information a douché ces techno-optimistes. Empiriquement, la croissance économique s’accompagne depuis le début d’une hausse de la consommation matérielle sous-jacente. 

Pourtant en physique, on sait qu’il n’est pas possible de déplacer plus souvent, plus rapidement et sur de plus longues distances de plus grandes masses sans consommer davantage d’énergie ! On sait qu’on ne peut chauffer ou refroidir un volume sans énergie. On sait en thermodynamique que le rendement du moteur thermique, de l’éolienne, du panneau solaire thermique ou photovoltaïque, et en fait de n’importe quelle machine, est borné par une limite supérieure indépassable (sans remettre en cause les lois admises de la physique). On sait que chaque gain d’efficience matérielle ou énergétique est souvent compensé en tout ou partie par un effet rebond, c’est-à-dire une hausse ou un déplacement de la consommation matérielle et d’énergie. Quelqu’un qui isole sa maison a tendance à augmenter la consigne de son thermostat, ou à utiliser son économie de chauffage en dépenses de vol en avion. On peut pas, en thermodynamique, réduire l’entropie sans consommer de l’énergie. Pour reconstituer le bois transformé en sciure, le lingot d’or transformé en circuit imprimé de téléphone portable ou d’ordinateur, les différentes matières issues des couches d’un emballage en plastique, il faut de l’énergie.

Saviez-vous également que, si le découplage absolu est impossible, l’économie circulaire ne peut pas résoudre le problème de l’empreinte environnementale tant que la croissance économique est arbitrairement supérieure à zéro (au minimum…) ? 

On sait en thermodynamique que le recyclage lui aussi connaît une borne supérieure de rendement. Un taux de recyclage de 100% est en réalité impossible. La plupart des bornes de rendement du recyclage se situent largement en dessous de 90%.

Schématiquement, imaginons qu’une économie produise 100 unités de biens en consommant 100 unités de ressources en année 1 et qu’elle croisse de 5% en 1 an, avec un taux de recyclage de 60%. En année 2, elle produira 105 unités de biens en consommant 105 unités de ressources. Comme elle aura recyclé 60 unités de ressources utilisées en année 1, elle ne devra plus extraire que 45 unités de ressources vierges en année 2. Mais à taux de recyclage constant, elle avait dû en extraire 40 seulement en année 1.

L’extraction de ressources est donc passée de 40 à 45 unités en 1 an, malgré un taux de recyclage annuel de 60%, parce que l’économie a crû de 5% !Ainsi, dans une économie en croissance moyenne de 5%, avec des taux de recyclage réalistes, l’économie dite circulaire ne résout pas la question environnementale, l’empreinte environnementale continue à croître inexorablement.

Il faut donc postuler des exploits technologiques soit impossibles, soit inouïs, pour satisfaire le pseudo-impératif de croissance économique ET le véritable impératif de baisse de l’empreinte environnementale. C’est-à-dire des taux de recyclage héroïques.

On le voit, le découplage absolu est un pari pour le moins audacieux sur l’avenir.

Un scénario nommé « Towards sustainability » dans le rapport de l’IRP conclut ceci :
« Environmental pressures fall, with absolute decoupling of environmental damage from economic growth and resource use.Resource efficiency and sustainability actions are projected to achieve absolute decoupling of economic activity and resource use from environmental impact, so that income and other well-being indicators improve, while key environmental pressures fall – including dramatic reductions in greenhouse gas emissions and substantial restoration of forests and native habitat from 2015 levels.Sustainability measures promote stronger economic growth, boost well-being and help support a more equal distribution of income and reduced use across countries. »

Pourtant, au-delà de ce scénario prospectif (et on y écrit toujours ce que l’on veut), on ne trouve pas dans ce rapport le fondement scientifique qui démontre la possibilité du découplage absolu, physiquement et thermodynamiquement.

Nous avons donc a priori un sérieux problème : un panel politico-scientifique international qui laisse croire, en mêlant scénario/modélisation et conclusions hâtives, que le découplage absolu est possible, ceci afin de répondre à l’objectif assumé de conserver en ligne de mire la croissance économique.

Soyons de bons comptes, le rapport ouvre la possibilité du découplage absolu du bien-être par rapport à l’empreinte environnementale. C’est-à-dire une transition sociétale où l’on diminuerait nos impacts environnementaux tout en augmentant notre qualité de vie, notre bien-être, etc. Ce dont il est facile de se convaincre d’un point de vue physique/thermodynamique. On représente Bouddha plutôt heureux alors que son empreinte environnementale était largement sous le seuil de la durabilité planétaire.

Mais alors pourquoi cet entêtement à vouloir sauver la croissance économique contre toutes les évidences ? Est-ce que cela ne confine pas au dogme religieux ?

La phrase :« The Panel aims to contribute to a better understanding of how to decouple economic growth from environmental degradation while enhancing well-being » continue à refléter la nature quasi-religieuse du phénomène sous nos yeux. Le « while enhancing well-being » renforce ce constat : elle indique à quel degré de déchéance spirituelle et philosophique est parvenu une partie du corps scientifique et politique international. Ainsi, le bien-être est accessoire, la croissance économique le principal.

La phrase adéquate pour qualifier l’objectif de l’IRP, digne de recueillir l’assentiment d’un large panel de citoyens et de philosophes sur les visées de la vie bonne, aurait dû être : « The Panel aims to contribute to a better understanding of how to decouple well-being/happiness/wisdom/serenity from environmental degradation while enhancing the minimum material well-being of the poorest. » 

Ainsi, je crois que nous devons éthiquement et moralement réduire notre empreinte environnementale sous le seuil de la capacité de régénération de la Biosphère.Il en découle que je crois la poursuite de la croissance économique impossible sous la contrainte d’abaisser notre empreinte environnementale sous le seuil de la durabilité.

Comme nous sommes en overshoot environnemental, je crois également que nous n’avons pas le choix que d’initier une décroissance économique absolue (matérielle) afin de ramener notre empreinte annuelle dans les limites de la Biosphère, et d’ensuite poursuivre un objectif d’économie stationnaire, comme le préconisait déjà John Stuart Mill (un économiste classique) en 1848 !.

Je trouve que ce raisonnement du réalisme techno-scientifique et économique, du réalisme éthique, de la recherche de l’état stationnaire, déjà ancien, est beaucoup plus solide et crédible scientifiquement et philosophiquement que le raisonnement « mainstream » actuel de poursuite de la croissance grâce à un mythique découplage absolu, fondé sur une foi irrationnelle en le progrès techno-scientifique. 

Ce raisonnement ancien est pourtant cruellement absent aujourd’hui du débat public belge, français et européen.

Et vu notre situation environnementale, on conviendra que c’est dramatique.

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50 réflexions sur « ESSENTIEL – la possibilité du découplage absolu conditionne la possibilité de la croissance économique, par Cédric Chevalier »

  1. Pas d’accord, Cédric.
    Il n’y a pas de stationnarité non plus dans le monde vivant (hors humains), les régulations écologique ne se font pas par décroissance vers des états stationnaires.
    L’homéostasie (le corps à 37°, sa concentration saline à 1,1g/litre, etc.) n’est pas très valide pour le vivant dans son ensemble, qui a de grandes excursions, tout en évitant le « winner-takes-all » : les ronces n’ont pas envahi la France.
    Je continuerai plus tard, mais c’est « autrement », pas « en arrière » qu’il faut considérer…

    1. Je reformule :
      – je ne dis pas que les régulations écologiques se font par décroissance vers un état stationnaire
      – je dis que, plutôt que 1) un état de croissance exponentielle, de destruction de la biosphère et d’exinction de l’espèce humaine, ou 2) de décroissance ininterrompue jusqu’à l’extinction de l’espèce humaine (deux bornes absurdes à mon raisonnement), il serait humainement et politiquement bon de tendre vers une empreinte environnementale annuelle moyenne de l’humanité sous la capacité de charge de la biosphère et que cela nécessite de mettre fin à l’overshoot, donc de décroître d’un point de vue matériel. Une phase de décroissance matérielle pour stabiliser notre empreinte autour d’une valeur plus ou moins stationnaire (bandes de fluctuations), sous la capacité de charge.

      Je n’ai encore rien dit sur la manière de parvenir à cette « trajectoire ».

      Sinon, que vouloir d’autre que cet état stationnaire ? Une courbe peut soit croitre à l’infini, soit décroitre à l’infini (jusque zéro si nombre naturel), soit avoir une pente nulle, soit fluctuer horizontalement entre deux bandes de fluctuation (plus réaliste que la pente nulle). Y a une possibilité mathématique que j’omets ?

      1. « Une phase de décroissance matérielle pour stabiliser notre empreinte autour d’une valeur plus ou moins stationnaire (bandes de fluctuations), sous la capacité de charge »

        L’objectif est à l’évidence éminemment souhaitable.

        Quel « degré de partage » serait nécessaire pour y parvenir avec les technologies actuelles ? Je propose le petit « calcul de coin de table » suivant, une expérience de pensée qui ne prétend pas à la précision, seulement à donner un ordre de grandeur :
        – Le « jour du dépassement » est actuellement au début d’août, soit à environ 60% d’une année. Pour rester sous la capacité de charge, il faut donc diminuer l’empreinte environnementale à 60% de ce qu’elle est aujourd’hui
        – Sauf augmentation majeure de l’efficacité écologique (c’est-à-dire la production divisée par l’empreinte environnementale), qui pourrait être irréaliste, il est donc nécessaire de diminuer la valeur du PIB mondial à 60% de ce qu’il est, soit environ 50 trillions de dollars annuels, et à l’y maintenir
        – Nous serons environ 10 milliards lorsque l’explosion démographique commencée au début du XXème siècle aura fini sa course. Le PIB mondial sera donc d’environ 5 000 $ par personne
        – Sauf à imaginer un communisme parfait – franchement irréaliste – il restera un certain degré d’inégalité, si bien que les personnes les moins bien loties auront 50% du revenu moyen. Elles ne seront donc pas sous le seuil de pauvreté, lequel est défini à 50% du revenu médian – qui est évidemment inférieur au revenu moyen. Ces personnes auront donc une consommation équivalente à 2 500 $ par personne et par an. Rappelons que la personne la moins bien lotie, c’est le plus pauvre, dans le plus pauvre des pays pauvres. L’équivalent du vendeur à la petite semaine dans un bidonville de Lagos
        – Si les personnes les mieux loties – forcément très peu nombreuses – ont quatre fois le revenu moyen, elles auront une consommation équivalente à 20 000 $ par personne et par an. Rappelons que la personne la mieux lotie, c’est le plus riche, dans le plus riche des pays riches. L’équivalent du dirigeant de grande entreprise habitant à Neuilly ou dans le sixième arrondissement de Paris – enfin plutôt à New York ou Tokyo en fait

        Bien sûr, ces consommations sont « tout inclus », notamment les dépenses de santé, d’éducation, de gouvernement etc. Il faut probablement enlever 40% au total pour obtenir l’équivalent de ce que nous appelons le salaire net :
        – La personne la plus pauvre aurait donc 1 500 $ par an, soit environ 110 euros par mois pour sa consommation personnelle.
        – La plus riche aurait 12 000 $ par an, soit environ 900 euros par mois pour sa consommation personnelle

        La désirabilité d’un tel niveau de richesse sera différemment appréciée suivant qu’on est un ouvrier pakistanais fabriquant des briques et âgé de dix ans – on sera enthousiaste… imaginez, en plus, pouvoir aller à l’école jusqu’à dix-huit ans, le paradis ! – ou un entrepreneur ou présentateur vedette français – car la personne la plus riche de ce monde n’aurait pas tout à fait le niveau de vie d’un smicard français d’aujourd’hui !

        Si un tel niveau et une telle répartition des richesses étaient la seule solution pour éviter la catastrophe écologique et humaine, et s’il existait un moyen politique d’y parvenir, je signerais. Même si je devrais sans doute me forcer, car j’y perdrais beaucoup, mais bon il faut ce qu’il faut ! Un tel monde, et ce qui apparaîtrait à nos yeux de ressortissants de pays très développé en 2019 comme une sorte de pauvreté généralisée, serait très préférable à un monde de fer où l’on laisse les pauvres mourir par milliards, ou à un effondrement généralisé.

        Mon avis cependant, c’est qu’il n’existe pas de moyen politique réaliste de rendre acceptable ce qui apparaîtrait à une bonne partie de l’humanité, et notamment à ses 20% les plus riches, pour ne rien dire des 1%, comme une grande régression matérielle. Or les 20% les plus riches sont aussi les plus puissants – car ce sont ceux qui votent dans les pays démocratiques et puissants d’Europe, d’Amérique du Nord, du Japon et autres – et les 1% sont les plus puissants des plus puissants.

        A mes yeux, il est indispensable de combiner ET un effort très significatif de partage ET une augmentation de la prospérité matérielle totale sans augmentation de l’empreinte écologique. Ce qui rend impératif l’innovation technologique de rupture, surtout en matière d’énergie de masse et non fossile. Et oui, on peut appeler de telles innovations une « cavalerie technologique » qui vient sauver la mise du héros à la fin du western. Je soulignerais tout de même que de telles interventions de la cavalerie technologique ne se voient pas que dans les westerns. Ça peut s’appeler, ce genre de cavalerie.

        Quand Einstein a écrit une lettre à Franklin Roosevelt expliquant que la possibilité théorique de réaliser un explosif atomique était peut-être déjà l’objet de tentatives de réalisation en Allemagne, et soulignant que si Hitler était le premier à mettre la main sur de telles armes les conséquences pourraient en être fort désagréables y compris pour les Etats-Unis, le président américain a réagi au quart de tour, et moins de six ans plus tard la première bombe atomique de l’Histoire explosait au Nouveau Mexique. Certes, ce cavalier-là avait une sale gueule, mais le principe peut valoir pour d’autres types de recherche et d’autres cavaleries.

  2. Même si je suis convaincu, c’est une question de survie, que nous devons inverser notre impact sur la biosphère, je pense que dans ce texte, en ce qui concerne la production et consommation d’énergie, un facteur n’est pas pris en considération, notamment dans cet extrait  » ….On sait en thermodynamique que le rendement du moteur thermique, de l’éolienne, du panneau solaire thermique ou photovoltaïque, et en fait de n’importe quelle machine, est borné par une limite supérieure indépassable (sans remettre en cause les lois admises de la physique)…Pour reconstituer le bois transformé en sciure, le lingot d’or transformé en circuit imprimé de téléphone portable ou d’ordinateur, les différentes matières issues des couches d’un emballage en plastique, il faut de l’énergie. »
    En effet une éolienne ou une cellule photo-voltaïque à un rendement, tout comme un moteur à essence ou une centrale nucléaire. Cependant ce qui fait la différence, et une fameuse différence, c’est la source d’énergie que convertissent ces systèmes. Dans le cas d’un moteur à combustible fossile ou d’une centrale nucléaire, on convertit un carburant dont la quantité disponible sur Terre est finie. Donc en effet, le résultat du système est défavorable car on a consommé de l’énergie pour créer le système et exploité une ressource qui par définition n’existera plus après son usage et là effectivement même avec des taux de recyclage élevé, le système est perdant.
    Par contre pour l’éolien, le solaire ou l’hydraulique, la source d’énergie convertie est virtuellement infinie : le soleil n’est pas prêt de s’éteindre ni le vent d’arrêter de souffler (et donc on s ‘en fout un peu du rendement pour simplifier grossièrement). Donc ces systèmes consomment bien une quantité d’énergie X pour leur fabrication et leur recyclage mais durant leur durée de vie ils produisent une quantité d’énergie Y bien supérieure à X.
    Les sources d’énergies issues de la bio-masse (bois, bio-ethanol, bio-méthane…) sont un peu entre les deux car ils faut tenir compte dans l’équation de leur temps de renouvellement (un arbre ça pousse pas vite…) et de l’énergie dépensée pour leur exploitation (cultiver des betteraves pour faire du sucre puis de l’éthanol ça consomme de l’énergie).
    Donc l’équation énergétique est à mon avis plus complexe que celle exposée dans cet article car il faut prendre en considération ces entrées énergétiques issues de la conversion de sources inépuisables pour réaliser le bilan énergétique global. Et c’est dans l’efficacité de la conversion de ces sources, et donc dans les progrès technologiques, que se jouera, à mon avis, une partie de notre salut même si comme l’auteur, je reste convaincu qu’un croissance infinie, un capitalisme débridé, une fuite en avant de la « numérisation » qui consomme une énergie folle et une exploitation abusive de notre biosphère restent la source de (tous ? ) nos maux et risquent fort de nous mener au désastre de l’extinction….

    1. Ca s’apelle « EROEI » (prononcer « héroye »): Energy Return On Energy Invested.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_retour_énergétique
      donc TRE en fançais

      Allez voir le tableau des EROEI des énergies extractives (Pétrole, charbon, Uranium).
      Je donne ci-dessous celui des renouvelables, pas si top que ça, l’analyse étant variable
      (dépend de la définition du « cycle de vie », je présume :
      /// TRE Cleveland2 /// TRE Elliott3 /// TRE Hore-Lacy4 /// TRE (Autres) ///
      Energies renouvelables
      Biomasse /// /// 3 – 5 /// 5 – 27 /// ///
      Énergie hydroélectrique /// 11,2 /// 50 – 250 /// 50 – 200 /// ///
      Énergie éolienne /// /// 5 – 80 /// 20 /// ///
      Géothermie /// 1,9 – 13 /// /// /// ///

      Energie solaire
      – Énergie solaire thermique
      /// 4,2 /// 3 – 9 /// 4 – 9 /// 7 – 20 ///
      – Énergie solaire photovoltaïque
      /// /// 1,7 – 10 /// /// ///
      Ethanol
      – De canne à sucre
      /// 0,8 – 1,7 /// /// /// ///
      – De maïs
      /// 1,3 /// /// /// 0,6 – 1,2 ///
      – De résidus de maïs
      /// 0,7 – 1,8 /// /// /// ///

      Methanol (de bois) /// 2,6 /// /// /// ///

      1. Mais cette notion ne tient pas compte du caractère épuisable ou non de la source. Les stocks d’énergies extractives ont logiquement un TRE décroissant (il faut pomper plus, creuser plus profond etc) mais une fois le stock épuisé c’est fini. Tandis que le renouvelable aura un TRE constant voir croissant avec l’évolution technologique et pour des sources comme le solaire, inépuisable. Donc on s’en fout s’il est plus faible au départ que celui des fossiles.

    2. « Donc ces systèmes consomment bien une quantité d’énergie X pour leur fabrication et leur recyclage mais durant leur durée de vie ils produisent une quantité d’énergie Y bien supérieure à X. »
      C’est une belle affirmation. Que disent les calculs intégrant toutes les consommations ? Les facteurs de charge ? La discontinuité de production énergétique par rapport aux besoins ?
      Jean-Marc Jancovici a fait les calculs, et ça ne marche pas. Désolé.
      https://jancovici.com/transition-energetique/renouvelables/100-renouvelable-pour-pas-plus-cher-fastoche/

  3. En réaction à la vidéo du jour :

    Sur notre planète, la vie a déjà eu son heure de gloire.
    Ça doit être un beau souvenir.
    Elle a eu de la chance.

    L’heure a sonné et le deuil de toute cette magnifique sage et effervescentes diversité du vivant doit être fait.

    L’heure est à la justice
    Qui doit être établie.
    Les pitres doivent être sévèrement mis au coins.
    Qu’on arrive à montrer qu’il y avait une bonne voie à arpenter, qu’il y en AVAIT une.

    Bienvenue le temps de l’amertume, des mea culpa, des punitions, et peut-être des exemples…

  4. Bonjour,
    Merci pour ces réflexions sur la notion d’overshoot.
    Effectivement, sans aller très loin, on se rend compte du problème : une croissance infinie dans un monde fini est impossible.
    « nous n’avons pas le choix que d’initier une décroissance économique absolue »
    Je penses que même en rêve un candidat à l’élection présidentielle qui prônerait la décroissance ne serait pas élu.
    L’expérience de pensée que fait Pierre Henri Castel dans son livre « le mal qui vient » me semble résumer très bien l’air du temps : nous sommes dans les temps de la fin qui précédents la fin des temps, il ne reste plus que la jouissance de s’accaparer les ressources qui reste et certains jouent à ce jeu avec un coup d’avance. Pulsion de mort en approche…
    Être dans une perspective de fin d’un monde plutôt que de fin du monde est un réflexe typique de gauche, une sorte de biais cognitif (au sens subjectif) qui nous fait mettre sous le tapis ce que l’on ne veut pas voir (meilleur critique de la collapsologie que j’ai trouvé).
    J’avoue, je ne sais plus très bien à quel saint me vouer ni ce qu’il conviendrais de faire.

    Au sujet des européennes, j’ai bien l’impression que depuis le quinquennat de Hollande, le ps est condamné à des scores de moins de 5 % jusqu’à la fin des temps.
    Avec plus de 30 listes cela risque d’être difficile pour place publique.

  5. Intéressant.

    Mais, pour la énième fois, articulé et sous-tendu avec le rationalisme qui nous a conduit jusqu’ici.

    Qu’on n’ose jamais aborder de front la problématique du vieillissement des populations au nord et celle de la surpopulation au sud, donne une idée de la divine valeur que l’homme s’est auto attribué. De son incapacité à « se voir » tel qu’il est… Ou même à tenter de le faire.

    On ne sait en vertu de quoi, n’est que s’opère un « éloignement » de l’humain du tronc commun, incapable de reconnaître qu’il n’est qu’infime bricole au sein d’une émergence qui le dépasse.

  6. Et les abrutis comme Place Privée qui ne veulent pas de personnes qui soit dévoué pour la cause et qui ne pense pas qu’à leur pomme, le monde en est rempli. Et c’est souvent que des soi-disantalliés se transforment en pire ennemi de la cause.

  7. Sujet fondamental, merci pour cet article.

    Concernant « la nature quasi-religieuse du phénomène sous nos yeux », je dirais que cette insistance sur une poursuite de la croissance économique quoi qu’il en soit a deux racines :
    – L’une est (pseudo) religieuse en effet, le progrès matériel ayant généré son propre mythe du salut, le salut par la croissance. Si la croissance devait être trop dangereuse pour être pratiquée, ce mythe qui n’est pas sans lien avec le Veau d’or devrait être abandonné
    – L’autre est beaucoup plus prosaïque, c’est la conscience que les sept et bientôt dix milliards d’habitants de notre Terre veulent tous bénéficier du développement que connaissent dès aujourd’hui les 20% d’entre nous qui habitent des pays développés – et comment le leur reprocher ? Or, même en imaginant une répartition moins inégale des richesses – au détriment des disons 1% les plus favorisés de l’humanité – il faudrait à l’évidence une production matérielle bien plus grande pour qu’à Mumbai, Lagos, Djakarta ou Caracas on ait une aisance ne serait-ce que comparable à celle dont on bénéficie à Paris, Los Angeles ou Tokyo

    Si l’on tient compte de l’impératif de développement tel que le vit la majorité de l’humanité qui habite des pays sous-développés, il est difficile d’imaginer éviter :
    1. Soit continuer la croissance quoi qu’il en soit quelles qu’en soient les conséquences – et nous savons qu’elles seraient au final véritablement catastrophiques, potentiellement à l’échelle de la transition entre la civilisation des Mayas et les bandes primitives qui furent leurs seuls descendants
    2. Soit établir autour des pays les moins développés un cercle de fer, un nouveau limes protégeant les 20% et quelques les plus développés des tentatives des sous-développés de s’échapper de leurs pays lorsque le développement y échouera tout à fait – ressources en eau, faillite agricole etc. Il ne s’agirait pas des limites actuelles à l’immigration : avec le temps, les politiques devraient devenir de plus en plus dures. Nous parlons de politiques devant lesquelles le critique ACTUEL le plus déterminé de l’immigration reculerait d’horreur… mais pas forcément ses émules politiques dans quelques décennies. L’empereur romain Marc-Aurèle au IIème siècle de notre ère était à la fois un fin philosophe et un guerrier absolument impitoyable pour maintenir en état les limites protégeant l’Empire des barbares
    3. Soit établir à l’échelle du monde un degré de partage des richesses qui ne s’est sans doute jamais vu dans l’Histoire, même à l’échelle d’un seul pays. Faire en sorte que l’indice de Gini à l’échelle de l’humanité soit encore inférieur à l’indice de Gini qui est aujourd’hui celui de la Finlande
    4. Soit diminuer DRASTIQUEMENT l’empreinte écologique de l’activité économique – avant tout celle de la production d’énergie qui pose le plus de problèmes. Ce que l’on ne sait pas faire dans l’état actuel de la technologie

    Je ne vois pas d’autre option que celles-là. Nous sommes aujourd’hui essentiellement sur la 1, avec quelques velléités ici et là de commencer à aller vers la 2.

    Or :
    – L’option 1 doit être évitée à tout prix
    – La 2 est très indésirable pour raison morale – en plus de n’être pas nécessairement une solution viable, car les 20% réussiraient-ils vraiment à auto-limiter leur consommation dans la durée ?
    – La 3 est extrêmement difficile politiquement parlant. J’irais jusqu’à dire qu’elle a tout l’air d’être irréaliste : l’acceptation d’un degré élevé de partage et d’égalité – qui est la base d’un indice de Gini bas – est fondée sur le sentiment de « faire communauté », ce qui a toujours reposé historiquement sur un groupe donné tribu, peuple ou nation. Même si la tentative de former quelque chose de ce genre entre une grosse vingtaine de pays différents en Europe devait réussir – je n’y crois pas mais c’est un autre sujet – le résultat ne serait jamais qu’un « gros » pays de plus, un équivalent grossier des Etats-Unis ou de la Chine
    – La 4 suppose que des programmes de R&D soient lancés en urgence, à budget ouvert, sur trois ou quatre pistes différentes de solution même « exotiques » voire « science-fiction », par un ou plusieurs pays ou groupes de pays. Puis qu’un ou plusieurs de ces programmes réussissent. Ce qui n’est pas gagné d’avance, mais on a dans l’Histoire de multiples exemples de réussite de ce genre d’effort (Manhattan, Apollo…)

    Je crois que l’option 4 est la seule pratiquement envisageable.

    Cela n’interdit pas naturellement de travailler aussi à améliorer le partage (option 3). Ce qui pourrait permettre de gagner un peu de temps – en ralentissant quelque peu la course à la destruction de la biosphère. Mais sans illusion, surtout sans faire tout reposer sur cette option qui à elle seule ne pourra éviter le désastre.

    1. Le désirable pour ceux qui ont ouvert les yeux concernant l’avenir, est effectivement la combinaison des options 3 et 4, malheureusement, le monde est en train de s’embarquer vers le mix des options 1 et 2 ; l’option 1 allant toujours dans le sens de ‘l’intérêt’ des possédants, quel qu’en soit le niveau, l’option 2 ne fait que conforter l’option 1 tout en s’opposant aux conséquences nées du désir des populations pauvres d’atteindre le niveau de développement des pays ‘riches’.

      1. @Jacquot(14/5 à 18h44) écrit:
        … » compteurs Linky – sinon qu’il me semble bien en avoir un puisqu’il y a l’électricité chez moi ! »….

        Une dernière question, probablement trop privée ( auquel cas contentez-vous, SVP, d’y réfléchir sans répondre…)
        Avec un ton ( un peu, seulement.. ) caustique :

         » Vous avez construit/rénové/pris en location/autres? dans les quatre,cinq dernières années ??  » -:)
        Désolé…mais le problème évoqué se pose(ra) très clairement (quand une majorité captive aura été contrainte de s’équiper… PAR le PRIVÉ … ) A moins d’une renationalisation préalable … suggestion de solliciter respectueusement l’avis d’ « Emmanuel »….. Pardon de ma clarté un peu brusque…

    2. Pour continuer sur les « programmes de R&D (à lancer) en urgence, à budget ouvert, sur trois ou quatre pistes différentes de solution même « exotiques » voire « science-fiction » » que j’évoquais.

      Juste pour préciser un peu à quoi je pense, voici les quatre pistes sérieuses que je connais pour une production d’énergie en masse et sans fossiles (sachant que d’autres pistes existent peut-être !)

      1. Les renouvelables actuels ont deux problèmes rédhibitoires : d’une part ils sont intermittents ce qui interdit de fonder un réseau électrique sur eux, d’autre part ils ne sont pas mobiles comme un moteur à essence ce qui interdit d’imaginer qu’ils propulsent un camion, un engin de chantier, un navire ou un avion. Cela n’empêche pas d’en utiliser « un peu », mais cela interdit qu’ils remplacent les fossiles pour le gros de l’énergie et de la mobilité.

      Ces deux problèmes se ramènent à l’absence d’une solution de stockage d’énergie à la fois suffisamment dense (peu de masse pour beaucoup d’énergie) et suffisamment bon marché, qui pourrait sinon à la fois permettre de pallier l’intermittence des réseaux (quand le soleil ne brille pas, c’est la batterie qui prend le relais) et propulser des camions, engins, navires ou avions électriques. On a fait des progrès dans le domaine des batteries… mais on est encore loin du compte de la densité d’énergie qu’il faudrait.

      La première piste est donc de chercher à faire des batteries avec des principes nouveaux. Essentiellement, puisque les idées « classiques » sont insuffisantes, chercher et essayer toutes les idées « folles », les idées du genre « ça a l’air physiquement possibles quand on pose le calcul, mais bon c’est trop difficile technologiquement, non ? »

      L’avantage de telles « batteries-miracle », c’est que combinées avec les nouvelles cellules solaires – on a fait de très beaux progrès là-dessus – elles permettraient de résoudre à la fois l’alimentation des réseaux et la mobilité.

      2. Le nucléaire actuel a deux problèmes dont le premier attire beaucoup l’attention mais est en fait gérable (sécurité et traitement des déchets), mais le deuxième est proprement rédhibitoire : il n’y a que très peu d’uranium 235 accessible sur Terre, si bien qu’on ne pourrait guère aller au-delà des 5% de l’énergie mondiale assurés aujourd’hui par le nucléaire, et encore pas pour beaucoup plus d’un siècle de toute façon.

      Cependant, on sait parce qu’on l’a fait à petite échelle qu’il est possible d’utiliser dans un réacteur nucléaire non seulement des atomes fissiles comme l’uranium 235, mais aussi des atomes fertiles comme l’uranium 238 (140 fois plus abondant) ou le thorium. Il y faut une conception spécifique du réacteur – ce qu’on appelle la « quatrième génération » de réacteurs – pour laquelle il existe plusieurs pistes, dont l’une a été explorée jusqu’à l’échelle industrielle (le surrégénérateur Superphénix en France), et d’autres pourraient être encore meilleures car produisant peu ou pas de déchets (alors que le seul réacteur Superphénix produisait chaque année de quoi faire mille bombes atomiques !) Le forum « Génération IV » avait identifié au total six conceptions différentes possibles de réacteur de quatrième génération.

      La deuxième piste consiste donc à explorer chacune de ces conceptions et en mener au moins une à l’échelle industrielle.

      Avec les minéraux fertiles accessibles sur Terre, des réacteurs nucléaires de quatrième génération produits en nombre pourraient alimenter dix milliards de personnes avec un niveau de vie comparable aux pays développés d’aujourd’hui pendant quelques siècles. Ce qui laisserait largement le temps de développer au moins l’une des autres pistes pour les remplacer. Il serait toujours nécessaire de réorganiser les transports pour en électrifier bien davantage (en l’absence des « batteries-miracle » de la piste 1), mais on aurait au moins de quoi alimenter tout ça. Et on pourrait continuer à utiliser un peu de fossile pour les avions et les navires, s’ils étaient limités à cet usage on resterait bien en-deçà de la capacité de la nature à absorber le CO2.

      (suite au prochain post)

      1. 3. Le Graal de l’énergie nucléaire, c’est la fusion contrôlée, c’est-à-dire l’énergie des étoiles, celle que l’on ne sait aujourd’hui libérer que de façon explosive dans une bombe à hydrogène. Y parvenir, ce serait pouvoir tirer plusieurs millions de kWh de chaque mètre cube d’eau de mer ! On tirerait plusieurs centaines de fois autant d’énergie de l’exploitation d’une quantité d’eau de mer que de l’exploitation de la même quantité de pétrole…

        On a fait des progrès continus quoique lents pour ce qui est de la fusion par tokamak (un type de machine à confinement magnétique) depuis quelques décennies, et le projet Iter est en route pour continuer à progresser. Cependant, même dans le meilleur des cas, une véritable industrialisation d’un réacteur à fusion dérivé d’Iter n’est guère envisageable avant la seconde moitié du siècle. Donc trop tard pour contribuer significativement à la solution du problème « alimenter le développement sans fossile » avant d’avoir causé des dégâts pratiquement irréparables à l’environnement.

        La troisième piste consiste donc à accélérer le mouvement d’une part en augmentant les ressources financières et intellectuelles attribuées à Iter, d’autre part en recherchant aussi les idées « non classiques » pour parvenir à la fusion, en dehors donc des tokamaks : les autres idées basées sur le confinement magnétique comme stellarators ou pièges à miroirs magnétiques, et celles qui sont basées sur le confinement inertiel. L’idée étant de les explorer toutes, et en développer au moins une à l’échelle industrielle.

        Comme la piste du nucléaire de quatrième génération, la piste de la fusion si elle aboutissait nécessiterait de réorganiser les transports… mais avec pour cela toute l’énergie dont on puisse rêver.

        4. La quatrième piste d’un côté peut sembler la plus « science-fictionnelle » de toutes, de l’autre on est assuré de sa faisabilité. On en parle d’ailleurs depuis les années 1970 au minimum – mais on n’a fait qu’en parler. Il s’agirait de résoudre le problème rédhibitoire de l’énergie solaire, son intermittence, de la manière la plus directe possible : placer les panneaux là où le Soleil brille 24 heures sur 24, sans nuit et sans nuage. Dans l’espace.

        Le concept, ce sont des satellites géants comptant des kilomètres carrés de panneaux solaires, couplés à des émetteurs de micro-ondes retransmettant l’énergie vers des champs de collecte situés au sol. Ces champs se comporteraient alors comme des panneaux solaires recevant l’énergie en permanence, même à minuit sous forte pluie. La faisabilité technique ne fait pas de doute pour ce qui est des principaux éléments (panneaux solaires haut rendement, émetteur directionnel à micro-ondes et champ d’antennes au sol). Les obstacles, c’est d’une part la construction de structures géantes dans l’espace – ou leur déploiement automatique, dans l’idéal – d’autre part et surtout la masse à transporter en orbite. L’ordre de grandeur, c’est la multiplication au moins par un facteur 1 000 des capacités actuelles de transport spatial.

        La quatrième piste consiste donc à développer le solaire dans l’espace, sachant que le principal levier consiste à multiplier par mille la capacité de transport spatial. Par lanceurs géants et bon marché car construits à la chaîne comme des navires (concept « Sea Dragon » des années 1960) ? Par navettes spatiales réutilisables à rythme élevé ? Autrement ?

        En cas de succès, comme pour les pistes 2 et 3 il est nécessaire de réorganiser les transports pour en électrifier autant que faire se peut, en réservant les fossiles aux navires et aux avions afin de garder leur consommation bien en-dessous de la capacité de la biosphère à les absorber. Ce qui est possible.

        Du point de vue politique, les pistes 1 et 2 sont à l’échelle d’un pays comme la France, pourvu qu’un président et un gouvernement décident d’y consacrer à vue de nez dix milliards par an – soit 0,5% du PIB, l’effort que les Etats-Unis ont fourni en leur temps pour le programme Apollo. Sachant que le cadre de décision démocratique existe déjà à l’échelle nationale, sachant que les structures de gestion de programme nationales ont déjà réussi dans le passé, en France et dans d’autres pays, à piloter des projets industriels majeurs, les deux premières pistes sont justiciables à mes yeux de programmes de développement français.

        Les pistes 3 et 4 ne sont pas à la dimension d’un pays comme le nôtre – sauf à y consacrer des ressources qui pourraient peut-être paraître excessives. On pourrait compter sur l’Amérique et la Chine pour s’y lancer… mais le plus sûr serait de s’y mettre aussi nous-mêmes, en coopération avec tous les pays européens (et autres ?) qui le voudraient, à la façon d’Airbus.

      2. @Jacquot(14/5 à 14h17) écrit:

        … » Les renouvelables actuels ont deux problèmes rédhibitoires : d’une part ils sont intermittents ce qui interdit de fonder un réseau électrique sur eux « , ….

        Puis-je vous proposer ce que je considère, peut-être à tort puisque j’ai lu récemment une longue discussion très détaillée, clairement contradictoire et fort sérieusement argumentée.. à mes yeux ,disons d’ « amateur éclairé » …dont je ( = moi, mais visiblement pas tout seul..) retire ceci :
        (ajout fictif à votre dernière ligne retranscrite..)
        .. à moins que « la solution » proposée?/imposée?(mais contestée par paquets de consommateurs) ne soit de « reporter le problème » ailleurs en tout ou partie, selon les « nécessités de capacité de fourniture » … par « régulation forcée » sur le négligeable consommateur( captif ) …par exemple actuel en France, par le placement de compteurs « intelligents » (enfin « un peu » , mais potentiellement « très ».. et accessibles uniquement de l’ « extérieur » fournisseur ) du genre « Linky » …pour ne pas le nommer
        Votre avis, peut-être, sans chercher à poursuivre dans mon chef, assez souvent conscient des limites de mes compétences?

      3. @ Otromeros,

        Je ne connais guère le sujet des compteurs Linky – sinon qu’il me semble bien en avoir un 🙂 puisqu’il y a l’électricité chez moi !

        D’une manière générale il est difficile d’exclure a priori telle ou telle arrière-pensée de manipulation, mais il me semble quand même qu’il y a d’autres raisons pour EdF de renouveler le type des compteurs que l’idée d’en faire un instrument de régulation d’une future pénurie.

        Je reste personnellement sur l’explication la plus simple – principe du rasoir d’Occam 🙂 – c’est-à-dire qu’il s’agit à la base d’un bête compteur, même si un type du marketing a décidé que ça ferait classe de l’appeler « intelligent ».

    3. Le 1 tendant vers le 2 est la trajectoire tendancielle. La plus plausible toutes choses égales par ailleurs. Un effondrement universel n’a pas de sens, l’espèce humaine a prouvé sa capacité à prendre ce qui est à autrui (voire à éliminer autrui) pour se donner (se maintenir) un confort supérieur et réservé. Donc on aura des effondrements asymétriques, réservés aux pauvres…

      « On » peut se contenter d’une frontière passive : un mur infranchissable (si ça existe…). Mais des amis à moi pensent que « nous » sommes prédéterminés à « sortir les kalashnikovs », dont à mettre en oeuvre des « frontières actives », soit des razzias génocidaires pour « atténuer la pression aux frontières ». Youpeee… 🙁

      Je ne crois pas à 4, à la « cavalerie technologique » à la fin du western. Il vaut mieux compter sur le vieux colt 45 dont on dispose : la technologie actuelle et un raffinement des low techs, à mon sens (voir Philippe Bihouix).

      Evidemment, c’est la solution 3 qui devrait être préférée de tous… Mais ça nécessite d’empêcher la tentation du free-riding.

      Une clef est peut-être de tenir les élites jet set à la culotte, et faire en sorte qu’elles soient enfermées dans un calcul coût-bénéfice aligné avec celui de la majorité de la population (pas d’aléa moral en langage économique : le risque doit être relativement symétrique : « si je coule, tu (riche) coules aussi ! »

      1. @Jacquot(18h44) répondant à Otromeros :

        Voir ma réponse/dernière question de 22h05 essentielle à mes yeux … malencontreusement positionnée trop haut !!
        Désolé…

  8. Décroissance matérielle , découplage ?
    Il y a un rythme des adoptions de changement techniques, qui est en gros 30 ans pour les piliers de notre dépense énergétique et extractiviste, et je ne pense pas que les changements à la baisse seront plus rapide.

    Le seul point pas tout à fait sombre dans le constat actuel est la démographie qui devient « calme » (2 enfants /femme, suivant niveau d’éducation entre autres), sauf au « Sud » où ça n’évolue pas autant, mais quand je vois ce qui se passe au Soudan, ce n’est peut-être pas si pire que ça niveau éducation.

    Donc 8 milliards de gens à 80% dans les villes, ça donne un peu de mou pour faire des transitions sur les campagnes et les 20%, ce qui est crucial pour redonner du mou (tandis que pour les 80% en ville, c’est la question de la propriété privée et du patrimoine, qui règle les grandes métropoles et par contrecoup l’miage générale que peut se faire le capitalisme de son avenir, qui est à mettre en jeu. Echelle de temps : l’héritage des quadra actuels qui lègueront dans les 50 ans leurs biens. Avec un gros dégonflage de cette richesse (qu iserait pour le coup similaire à un retour aux trentes glorieuses, cf Piketty) , voire une préemption de l’Etat (c’est proposé par des gens qui ont réfléchi à cette concentration du patrimoine qui paralyse l’urbain), on aura un gros levier pour faire des politiques urbaines « vertes » (mobilité, activité, solidarité,isolation, pouvoir vivre sans voyage lointain « au vert »…).

    Du côté des « campagnes », on doit pouvoir basculer à une organisation volontairement morcellée, avec forêts (garder l’eau, le frais, produire O2 un peu ) , pâtures (biodiversité pas négligeable) et céréales (une demi-cata de toute façon, champs pauvres en C et nécessitant les rotations pour le N et P a minima).

    C’est un peu dans la ligne de mon papier « écono-territorial » https://www.pauljorion.com/blog/2015/05/04/une-explication-econo-territoriale-des-trente-glorieuses-par-timiota/ que je proposerais de réfléchir, mais en passant des échelles globales (qui sont « jouées », maintenant que la mondialisation a eu lieu) à des échelles plus locales, et ce autant en campagne qu’en ville.

    L’électricité restera le vecteur énergétique incontournable. C’est une nouvelle ni bonne ni mauvaise. L’avion électrique court-courrier existera sans doute en 2035, les centrales nucléaires amortiront ce qu’elles peuvent en France et en Chine, aux USA. L’intérêt de l’électricité hors sa production par des fossiles est la capacité d’intervenir sur toute la chaine (et donc aussi hors le réacteur nucléaire, c’est ce que je lui reproche d’ailleurs, grosso modo, on n’a pas su en faire des « réacteurs petits gérables » avant de passer aux 900 — 1600 MW).

    Les sources d’électricité renouvelable sont extractivistes pour l’instant, mais je dirais qu’un panneau est plus facilement repéré à une déchetterie qu’une pièce de carburateur. Les éoliennes sont fixes comme des arbres, on sait où trouver leur néodyme en fin de vie.

    Les pompes à chaleur sont loin d’avoir donné tout leur potentiel, notamment en zone tempérée.

    Bref, plutôt qu’une décroissance « matérielle », je parlerais d’une reconquête des échelles fractales dans les fissures de plus en plus béantes du système actuel.

    Ceci dit, l’ouvrage que je suis en train d’achever  » EXTRACTIVISME. Exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances » d’Anna Bednik situe bien comment la fixette actuelle sur « moins de carbone, moins de carbone », rend imperceptibles les graves méfaits extractivistes urbi et orbi (en Amérique du sud en particulier, où Anne Bednik s’est activée).

    Il faut hélas une bonne recette sémantique pour parler de ce qui est quelque part entre une décroissance et un changement, et qui, j’en suis assez persuadé, se fera par des glissements sur des échelles de temps analogues à nos précédentes adoptions techniques (30 à 50 ans). Et avec un gros coup de pouce des changements de fond sur ce qu’on pense que doit être une ville, un travail, une solidarité, etc. , tout cela dans un contexte où le capitalisme sera à la fois jugulé et, en bien des endroits, terrassé . Sinon, nous aurons juste de nouvelles seigneuries.

  9. « Quelqu’un qui isole sa maison a tendance à augmenter la consigne de son thermostat, ou à utiliser son économie de chauffage en dépenses de vol en avion »

    Bonne démonstration. Mais là en l’occurrence vous ne faites référence qu’à ceux qui ont les moyens de dépenser inconsidérément de l’énergie en surchauffant apparts, balnéo et piscine par ex, et de voyager loin. Mais si tous les foyers à revenus modestes (ils sont une très grande majorité) avaient leurs logements très bien isolés ils n’augmenteraient pas la température pour autant et ne voyageraient pas plus en avion. Ils garderaient l’argent économisé pour acheter sain, goûteux et variés, à proximité, et ce qu’ils ne pouvaient pas s’offrir considéré jusque là par eux comme « superflu » (ex. films, livres, restaurants, concerts, spectacles… ») . Parce que même les pauvres aiment le bon authentique s’ils y ont accès ( à condition qu’ils soient éduqués dans ce sens et en perdent leurs habitudes de consommateurs fauchés n’ayant accès qu’à de la merde bon marché édulcorée et/ou sur-épicée pour paraître « bonne » en les rendant accros et obèses). Ce qui relancerait l’économie d’une autre manière.

    Et je donne raison à Timotia, « c’est autrement qu’il faut considérer ».
    Exemple parmi plein d’autres : les nouveaux éleveurs bio qui vendent de plus en plus leurs viandes prédécoupées et vendues sous vide dans du pastique directement aux grandes surfaces (ou chez l’habitant en cagettes tous morceaux confondus) doivent apprendre à être aussi des bouchers (ou déléguer, être boucher est un vrai métier qui ne s’improvise pas) faisant de la découpe sur l’étal à la demande du client. Autrement dit qu’à création d’exploitations bio, il y ait développement de vrais commerçants de proximité bio : 1 éleveur ou maraicher bio + plusieurs petits commerçants bio de proximité = xxxxxxx petites entreprises. Cela « relancerait » tout en rééquilibrant. Mais pour cela il faudrait que les politiques économiques les y aident vraiment en ne surtaxant pas (0% TVA par ex).

    1. J’ajoute, cela peut être possible à mon avis par une version à créer de « mutualisation de petites entreprises complémentaires dans un même secteur d’activité »

    2. @Jac qui écrit :
      … » Mais si tous les foyers à revenus modestes ( ils sont une très grande majorité ) « …

       » Très grande majorité .. »..En êtes vous certain(e) ? (liens exploitables et incontestables..?)
      C’ était aussi mon « impression »….mais…comment dire… Une certitude par un lien sûr…rien de mieux. BAV

  10. Il y a surtout une AUTRE manière de régler le problème, ou plutôt une autre manière dont le problème se règlera pour ainsi dire « de lui même », quand la pression exercée par le milieu se fera trop forte.

    = par réduction massive de la quantité d’humains sur terre, ce qui est la variable d’ajustement qui sera choisie.

    Tjs moins d’humains mais avec une empreinte écologique par tête en augmentation constante.

    1. @ KillXS

      Tout le monde comprend cela. Mais la question posée est justement comment EVITER ce type de conséquence. Qui n’est pas une manière de « régler » le problème… c’est le problème lui-même !

  11. Article très intéressant, qui aide à bien clarifier les choses. Merci Cédric, même si je pense qu’on ne pourra pas stabiliser le PIB, car la valeur ajoutée provient de la volonté irrépressible de chacun d’augmenter son confort. (au sens propre du terme, c’est à dire que si l’on voulait réduire à néant cette envie, il faudrait la réprimer)

    Il me semble que ce « découplage » serait possible, si on en revenait à la conception de la science de Papin (1), que je citais hier en commentaires quelque part. C’est parce que nous associons systématiquement l’innovation au profit qu’on peut en retirer, et je dis nous, mais bien sûr je ne parle pas de nous en tant que particuliers, je veux dire ces grandes firmes qui assurent le principal de nos fournitures, que tout progrès au sens public du terme restera impossible.

    Autrement dit, ce découplage total que tu évoques :
    [Tx de croissance | Tx de conso des ressources]

    dépend d’un autre découplage :

    [Choix des innovations | Profits financiers].

    Il n’y a pas de meilleur exemple pour illustrer cela que le Nucléaire. Pourquoi les français et les allemands ont-ils voulu poursuivre dans la voie des réacteurs pressurisés dans les années 70, en lançant le programme EPR, alors qu’Alvin Weinberg aux USA avait testé avec succès un réacteur nucléaire à sels fondus fonctionnant à la pression atmosphérique ?

    Il y avait là une voie technologique qu’on aurait dû considérer comme incontournable, en la dissociant de toute idée de profit. Nous aurions dû explorer cette voie sans relâche jusqu’à parvenir à un résultat… C’est ce qui n’a pas été fait, pour des raisons de profits à court terme. Si nous avions fait cela, nous aurions peut-être aujourd’hui une solution de production d’électricité sans déchets de plus longue vie (2), qui aurait certainement beaucoup intéressé les chinois et les indiens ! Sans évoquer les autres avantages géopolitiques qui se seraient fait jour par l’opportunité d’abandonner le pétrole…

    Mais comment faire pour que la science se mette au service bien public? Peut-on contraindre aujourd’hui une multinationale comme Areva ?

    C’est plutôt dans ce sens là que nous devrions réfléchir à faire évoluer la démocratie, plutôt que d’aller contraindre des élus en les révoquant à loisir. Il faudrait mettre fin à notre impuissance citoyenne de choisir les options technologiques, alors que ce sont bien nous, les citoyens, et non pas les actionnaires d’Areva, qui représentons le bien public.

    Cela n’a rien d’abusif. Si on peut être mis en cause par l’Etat (et pas seulement par les actionnaires lésés) pour « abus de biens sociaux », lorsqu’on profite indûment des bénéfices d’une société, c’est bien que le citoyen a un droit de regard sur ces profits qui appartiennent un peu à tous le monde. Cela ne peut qu’être encore plus vrai pour les profits d’une multinationale. Il devrait en aller de même pour les choix technologiques : l’Etat devrait avoir pour rôle d’organiser des délibérations citoyennes sur ces choix technologiques, et ne pas les laisser dans les mains des seuls actionnaires.

    (1) Extrait du Recueil de Diverses Pièces, 1695. Dans cet extrait, Papin félicite son protecteur le Landgrave de Hesse, de ne pas tenir compte des profits des profit de la vente du bois, et de continuer a le soutenir pour perfectionner ses machines qui épargnent le bois.

    (…) & même il y aura bien des gens qui trouveront que, par exemple, S. A. S. (NDLR Son Altesse Sérénissime) tirant tous les ans des revenus si considérables de la vente de ses bois, elle fait une grande faute de perfectionner des inventions qui en épargnant le bois en diminueront le prix. Mais, Monseigneur, quoi· qu’en puisse dire la Politique de notre temps, il faut avouer qu’une Bonté si désintéressée a quelque chose de bien divin; (…)

    (2) Les 3 gaspillages du Nucléaire

    1. Contraindre Areva est facile. Areva ne fait rien sans l’armée française (qui assure la sécurité de l’approvisionnement).

      Il y a eu une promesse sérieuse de développement d’une nouvelle source d énergie, dénuée des inconvénients du nucléaire. Elle a été initiée par JP. Petit. Viré de son propre projet par l’armée française, qui ne tenait au nucléaire civil que pour les possibilités stratégiques offertes par la bombe, le projet a ensuite périclité, ceux qui le remplacèrent étant incapables de résoudre par eux-mêmes les nouvelles difficultés théoriques et opérationnelles qui n’ont pas manqué de se poser.
      Son (non?)parcours académique , en un sens, est assez similaire à celui de P.J, même s’il arrive encore à publier dans des revues de rang S, mais pas en France, où il est victime d’ostracisme (ses croyances personnelles dans la présence d’extra-terrestres sur terre ont bon dos… et n’ont rien à voir avec la rigueur de ses travaux scientifiques).

      Le problème n’est donc pas tant les multinationales que le milieu académique français en l’occurrence, vicié jusqu’à la moêlle, où les responsabilités sont distribuées à force de courbettes et de renvois d’ascenceurs, l’injustice dans le partage des facultés intellectuelles faisant trop de mal à trop d’égos… Bien sûr, ca existe beaucoup moins en mathématiques ou en logique, pour des raisons évidentes.

      Cette autre voie a été poursuivie… par les russes, et désormais un peu par les sud-coréens. Au final, les russes contrôlent/savent faire : hydrocarbures, énergie nucléaire (à petite échelle, de manière infiniment plus « propre », dans la lignée de ce que Timiota regrette que la France n’a pas su développer)… et peut -etre demain l’énergie de la physique des plasmas.
      Nous avons 40 ans de retard dans le domaine (à force de mobiliser des gens intelligents sur des absurdités). C’est irrattrapable. Qu’on donne à JP Petit et à d’autres une liberté totale et un budget illimité pour transmettre ce qu’il a appris, former des chercheurs et développer ses propres travaux. Pour la transmission il estime aujourd’hui que , vu son âge désormais avancé, c’est trop tard. Quant aux étudiants qui le prendraient comme directeur de thèse, leur carrière s’achèverait avec ce premier et dernier moment de bravoure, comme cela s’est malheureusement déjà vu.

  12. A cette heure, passionnant échange sur un sujet des plus actuels, et qui m’apprend beaucoup…dont ici je tiens à remercier les différents auteurs…. °(^!^)°…

  13. C’est le concept de « sobriété heureuse » que vous développez…
    Je pense aussi que c’est ce qui faut faire! On n’aura pas le choix si on veut éviter la guerre entre nous.
    En attendant, le taux de CO2 dans l’atmosphère atteint un record jamais vu depuis 3 millions d’années !
    ==> https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/climatologie-taux-co2-atmosphere-atteint-record-jamais-vu-depuis-3-millions-annees-19695/

    bonne soirée quand même
    PS:
    Je suis désespéré quand je lis tous ces articles alarmistes.
    De savoir qu’on sait tant de choses et que malgré tout on continue à se diriger vers un mur….Cela me fait un mal terrible.

    1. « La barre des 400 ppm a en fait été dépassée pour la dernière fois il y a trois millions d’années, durant le Pliocène. Les températures étaient alors 3 à 4 °C plus élevées, des arbres poussaient en Antarctique et le niveau des océans était 15 mètres plus haut. »
      Question naïve: Puisque le niveau de CO2 d’aujourd’hui correspond à celui du Pliocène, pourquoi n’avons nous pas le climat du Pliocène (et la mer 15 m plus haut)?

      1. Inertie thermique des océans ~ 1000 ans, de mémoire.
        Et si on arrêtait toute émission d’un coup aujourd’hui, l’océan ferait retomber vers ? 350 ppm je crois.

        Le plus parlant est surtout l’élévation brutale de la fin de Permien (-255 millions d’années de mémoire), qui fut rapide car les failles de Sibérie (et/ou du Dekkan) donnèrent lieu à des milliers d’années d’épanchement de lave qui eurent le mauvais goût de brûler les tourbes environnantes sur d’immenses surfaces et épaisseurs. (Voir « trappes de Sibérie », « trappes du Dekkan » et George Monbiot qui s’était fendu d’un édito là-dessus dans la Guardian ou sur son blog.)

      2. @arkao(14/5 à 21h54)
        Comment osez-vous…???!!!??? Attention à la foudre, vite achetez un paratonnerre !
        Mais j’y pense… seriez-vous lecteur caché de …(plus bas, tout bas!)..de publications subversives genre:
        https://blogs.mediapart.fr/antoine-calandra/blog/100116/le-rechauffement-climatique-anthropique-un-mensonge-qui-arrange
        peut-être même un suppôt d’ignares « iconoclastes »….me rappelle plus du nom ..genre « Grosbolliot »..
        peut-être même « lui »…..!!  » Vade retro Satanas ..! » °(^!^)°
        Merci pour la question. Peut-être pourriez-vous, juste pour voir, proposer une réponse…

      3. @Otremeros
        Deux choses.
        -Il n’y avait pas de thermomètre au Pliocène. En paléoclimatologie on évalue la température par extrapolation du taux de CO2, entre autre, et aussi à partir des fossiles (certains typiques de climats chauds et humide, d’autres de climats froids et secs) et de la nature des sédiments accumulés (fins, grossiers, limons, tourbes, etc.).
        -Les moyens dont on dispose pour une datation absolue des phénomènes climatiques anciens (radiocarbone pour le plus connu) n’offrent pas une précision à l’année prêt, loin de là. A l’échelle de millions d’années, les courbes de CO2, températures, biotopes, semblent synchrones mais les marges d’incertitudes sont énormes, de l’ordre du siècle.

        Inertie thermique des océans, bien sûr. L’occasion de ne pas oublier la possibilité d’une rétroaction négative avec l’apport d’eau douce de fonte de glacier qui peut perturber la circulation thermohaline:

        https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89v%C3%A9nement_climatique_de_8200_BP
        https://fr.wikipedia.org/wiki/Dryas_r%C3%A9cent

        Bonne lecture 😉

      4. @arkao(15h à 21h55)

        « Certain » que vous avez bien saisi le « second degré » de mon post, auquel vous répondez (.. sans rire..on ne sait jamais avec les(certains) scientifiques (tels en tout cas revendiqués sur ce blog-internet + anonyme..) …

        Malgré son évidente pertinence à mes yeux.. je crains (ne suis pas certain du tout..) qu’il ne puisse perturber/modifier en quoi que ce soit les opinions « arrêtées », pour l’instant encore majoritaires , et, surtout en pré-actions électives prochaines.. (voir certain score plébiscité sur les sondages présentés par P.Jorion dans son billet du jour). BAV

  14. L’être humain est social, opportuniste et colonisateur dit l’anthropologue.
    Donc, les enfants doivent apprendre à vivre en société élargie, incluant tout le vivant. Ils doivent être confrontés à la réalité physique de notre environnement dégradé pour développer des stratégies d’adaptation. Ils doivent enfin apprendre à coloniser le language pour enrichire notre culture au point mort.
    Les adultes doivent s’assurer que les enfants suivent le cursus décrit ci-avant et ensuite s’occuper du merdier dans lequel on baigne.

    1. Oui, quelque part les réseaux sociaux vont faciliter le décrochage des enfants de l’éducation « classique » à base d’humanités et de maths inhumées (anagramme foireux, je ne peux m’empêcher) .
      L’effet Thunberg (« SkolStrejk = grève de l’Ecole) est un précurseur. Le savoir constitué n’est plus un pilier.
      Ce n’est pas forcément la cata éducative (je parle au Finkielkraut en vous s’il me lit :-;) ) :
      En effet par Saint Stiegler (Bernard) et Saint Simondon (Gilbert), tant qu’il y a « milieu associé » il y a de l’espoir.
      Il n’est pas impossible que la perception de l’environnement dégradé soit le fil qui tisse ce milieu associé, et structure une idéologie ou un paradigme correspondant, dépassant la place tenue par le marxisme jusque … jusqu’n 1981 l’élection d’un certain président FM qui unifia une certaine »union de la Gauche » (O tempora, o mores, même en place publique).

  15. Bonjour à tous

    Cédric & Vincent: Je pense qu’il faut résolument oublier de démontrer théoriquement que le découplage n’est pas possible.:
    – On peut construire théoriquement un modèle de société dans lequel le PIB augmenterait et la croissance matérielle diminuerait (par exemple, si demain le monde se passionne pour l’accumulation de connaissances (=moins de consommation matérielle) et choisit de traiter ses meilleurs professeurs comme des footballeurs (=> services comptabilisés dans le PIB) , nous serions dans cette situation)

    – De fait, si vous excluez les services de vos considérations vous allez conclure quasiment automatiquement que le découplage n’est pas possible

    – Je ne comprends pas ce que vous voulez dire avec votre laïus sur l’énergie. La terre est accouplée au soleil qui fournit chaque seconde plus de puissance que ce que l’humanité a produit depuis qu’elle existe. Si le problème du moyen de récupération de cette énergie existe bien, ce n’est pas du tout une question de quantité d’énergie disponible (@Michael & Jacquot: les éoliennes et panneaux solaires ça ne pousse pas sur les arbres. Of course la quantité de pétrole et d’uranium sur terre est limitée, mais la quantité de néodyme – qu’on recycle mal, Timiota ! – , acier de bonne qualité, et même de sable pour le béton des éoliennes l’est aussi mais à des horizons plus longs. Idem pour la fusion par exemple: consommation de Lithium et autres éléments nécessaires pour une installation industrielle complexe…)

    – Enfin, tout ce que vous pouvez démontrer en utilisant des considérations de rendement maximal ou de taux de recyclage maximal, c’est qu’il existe une limite
    au découplage; mais pas du tout que ce découplage ne peut pas se produire sur une période plus ou moins longue (puisque nous partons de rendements/taux de recyclages très mauvais)

    De mon point de vue, la constatation empirique que ce n’est pas possible est donc le seul argument qui reste. Mais c’est bien sûr un argument faible dans la mesure où vous ne pouvez pas prouver que ce sera toujours le cas.

    @Vincent: « il faut être sobre de nouveautés en matière de législation, parce que s’il est possible, dans une institution nouvelle, de calculer les avantages que la théorie nous offre, il ne l’est pas de connaître tous les inconvénients que la pratique seule peut découvrir »

    En vérité en vérité je vous le dis: en tant qu’ingénieur c’est une règle qui fonctionne aussi dans le domaine de la technique. L’Homme surestime incroyablement sa faculté de projection dans le futur, et la liste est longue comme le bras des innovations que nous avons cru brillantes et qui se sont révélées impraticables. Attention, je ne veux pas dire que l’immobilisme doit être la règle, non: mais que chacun doit rester humble dans ses certitudes d’avoir déniché l’idée révolutionnaire.

    1. @Relichido(14/5 à 22h56)
      A moins (imprévisible…ou dans « certains » cartons..) d’un surgissement d’un « énergie » d’origine nouvelle/disponible/et tout et tout..
      Sauf erreur, l’ampoule électrique n’a pas été inventée par les marchands de bougie..je suppose? BAV

    2. @Relichido

      « La terre est accouplée au soleil qui fournit chaque seconde plus de puissance que ce que l’humanité a produit depuis qu’elle existe. »

      Pas à ce point, quand même. Le Soleil éclaire la Terre chaque seconde avec autant d’énergie que l’humanité consomme en trois heures (soit 1,7 E17 joules environ), ce qui est déjà beaucoup. Sur le fond nous sommes d’accord, l’énergie solaire est absolument massive… le problème serait de pouvoir l’exploiter pour remplacer nos sources d’énergie fossiles, ce que nous ne savons pas faire actuellement

      « les éoliennes et panneaux solaires ça ne pousse pas sur les arbres »

      Certes. Mais que voulez-vous dire ? Chaque ressource physique est intrinsèquement limitée oui, mais le point crucial est que les ressources utilisées pour les panneaux solaires par exemple, ou pour les réacteurs nucléaires de quatrième génération (uranium 238 et thorium 232) seraient très abondantes par rapport aux besoins énergétiques de dix milliards d’habitants de pays développés, SI nous parvenions à faire des « super-batteries » dans le cas des panneaux solaires, ou à faire des réacteurs nucléaires capables d’utiliser des matériaux fertiles dans le deuxième cas.

      D’où l’idée de tenter de réaliser ces progrès techniques, afin de nous libérer des limites existantes sur les stocks de pétrole ou de gaz, sans parler des limites beaucoup plus étroites de l’énergie fossile que nous pouvons encore utiliser sans provoquer un réchauffement à un degré catastrophique.

      1. Le problème est que la totalité du système financier mondial repose sur le pétrole, si une nouvelle source d’énergie propre abondante et pas chère était disponible demain matin il serait impossible de sortir du pétrole sans un effondrement du système financier, pire, la seule nouvelle de l’existence d’une telle ressource dans un futur proche ferait exploser le système en quelques minutes voire secondes.

      2. @dup(16/5 à 13h21)
        J’imagine que c’est(aussi?) à ma courte intervention de la veille, 18h40 .. que vous réagissez..
        J’ai tendance à accorder foi dans le fond de votre intervention… ce qui nous amène alors..inéluctablement…dans une impasse!
         » Mas World « ..chante-t’il si bien..

    3. Lisez François Roddier: la thermodynamique des sociétés.

      Il y démontre que l’augmentation de PIB est l’exacte mesure de l’augmentation de l’entropie d’une société.
      Il n’est physiquement pas possible de faire du PIB sans entropie. Même les services réclament une consommation d’énergie et si l’on se place dans le cadre de la théorie classique de l’économie (c’est-à-dire en faisant fi de la remarque de Paul Jorion que les prix se fixent selon le rapport de force), la loi de l’offre et de la demande fera que les prix se répartirons aléatoirement autour d’une valeur reflétant la consommation d’énergie nécessaire à la production de ce service (ou plus exactement l’augmentation d’entropie engendrée par cette activité).

      Gaël Giraud a retrouvé ce résultat empiriquement en comparant les courbes de PIB et celles de la consommation d’énergie d’un pays; les deux sont corrélées étroitement.
      Jean-Marc Jancovici a démontré ce résultat d’une autre façon:
      – il y a échange de monnaie que s’il y a un changement quelconque autour de la transaction (production d’un bien ou d’un service), sinon, cela s’appelle du racket
      En économie, on mesure ce changement d’états (état d’avant la transaction et d’après) en signe monétaire échangé (€)
      – dans le monde physique, il ne peut y avoir de changement d’état que s’il y a eu un transfert d’énergie. On mesure ce transfert en Joules (J) / Le changement d’état se mesure par l’augmentation d’entropie (S)
      – au final, il doit y avoir nécessairement un lien entre € et J et si l’on était capable de calculer l’entropie de chaque échange, on verrait en lien encore plus fort entre € et S

      Bref, c’est aussi ce que dit Cédric dans son article avec d’autre mot. Quoique vous pensiez Reiichido, le découplage du PIB et l’augmentation d’entropie (ce qu’en terme courant on appelle consommation d’énergie et/ou pollution) est PHYSIQUEMENT IMPOSSIBLE

      1. « le découplage du PIB et l’augmentation d’entropie (ce qu’en terme courant on appelle consommation d’énergie et/ou pollution) est PHYSIQUEMENT IMPOSSIBLE »

        Physiquement impossible en effet, vous l’exposez clairement.

        Ce qui est physiquement possible, c’est d’utiliser pour l’activité économique une énergie non carbonée et ne provoquant donc pas effet de serre et réchauffement dangereux de la planète.

        Physiquement possible, mais pas encore technologiquement possible.

        La question est donc comment le rendre technologiquement possible, et suffisamment rapidement pour éviter les dégâts les plus dangereux à la biosphère.

    4. Il n’y a pas que l’energie… Il y a aussi… TOUT LE RESTE (métaux, bois, sable, abeilles…). Quand bien même vous auriez résolu le problème énergétique, vous n’auriez quand même pas ASSEZ de matériaux pour produire ce qui est nécessaire à l’augmentation du PIB mondial.

  16. Bonjour à tous,
    C’est vrai que si il existe la moindre chance pour qu’un « découplage absolu » soit envisageable, alors il convient impérativement de s’employer à sauvegarder à tout prix et par tous les moyens le fondement du principe de la croissance économique…
    … Et ce, au moins jusqu’à ce que l’ensemble des économistes aient réussi à s’accorder pour dire que c’est une chose irréalisable… Simple principe de précaution!
    Il y va en effet de la survie de tout un microcosme scientifico-économique!

    Eric.

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